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04/10/2010

n°552 - Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' de Palestine - du 03-10 -: Début - La nouvelle orientation politique du Hamas.

n°552 - Les  Dossiers  'Géopolitique et stratégie' de  Palestine - du 03-10 -: Début  - La nouvelle orientation politique du Hamas.


L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 



Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine

552 du 03-10

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/ 

b) sur le site de Eva Resis       :  no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

 

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be


 

Sommaire

Tiré à part

1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

1-1 Ginette Hess Skandrani : Un seul Etat pour tous ! Cet Etat ce sera la Palestine désionisée.

1-2 Interview de Ziyad Clot : "L'objectif d'un Etat palestinien est hors d'atteinte".

Suite

1-3 Khaled Mesh’al énonce la nouvelle orientation politique du Hamas (en 3 partie)

Fin

2  Annexe

2-1 Netanyahou : Le mouvement international de solidarité avec le peuple palestinien est une des trois "menaces stratégiques majeures"



Tiré a part



1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

1-1 Ginette Hess Skandrani : Un seul Etat pour tous ! Cet Etat ce sera la Palestine désionisée.
En contribution au débat sur la proposition de Shamir d'un Etat israélien englobant
la Cisjordanie et Jérusalem, avec des droits égaux pour tous,  tout en soutenant les textes de Serge et de Robert, je me permets de rajouter quelques points de vue dans la discussion. Je n’insulte personne, mais je reste comme toujours ferme sur mes positions ce qui m’a valu de nombreuses agressions.
«
La Palestine est une terre arabe et doit pouvoir s’intégrer dans ce monde arabe surtout si elle sera multiculturelle et multicultuelle, tout en inventant sa propre démocratie.

Cela lui permettra également de faire avancer le débat à l’intérieur de ce monde arabe si soumis aux intérêts occidentaux »
J’ai participé à cette conférence de Lausanne « Pour un seul Etat démocratique en Palestine/ Israël dont parle Shamir et que cite également Serge. J’ai d’ailleurs failli en être exclue pour antisémitisme, puisque Uri Davis l’avait demandé. Heureusement que mes amis Libyens ont exigé qu’il me présente des excuses, ce qu’il a fait.
Six ans plus tard…
Quelques réflexions sur cette conférence qui a réuni 150 personnes de quatre continents, toutes  tendances politiques et religieuses confondues… mais je me rends compte, avec le recul que,  si tous se prononçaient pour un seul Etat, tous ne définissaient pas lequel. J’ai été la seule à demander le démantèlement d’Israël (ce qui m’a valu les félicitations des Natureï Karta) et le soutien à la résistance (ce qui a fait peur à tout le monde car j’ai osé prononcer le nom :Hamas)
Un seul Etat démocratique en Palestine/Israël
Lorsque j’ai adhéré à l'association "Pour un seul Etat démocratique en Palestine/Israël, après bien des réflexions, analyses et discussions avec les un/es et les autres, je pensais qu’il était question de décolonisation de toute
la Palestine.

Je le pense toujours quoi qu’en pense Shamir. Cela me semblait une proposition très utopique (ce qui était un avantage, car l'utopie c'est la vie), provocatrice (ce qui est également un avantage, car permettant de provoquer des débats contradictoires) et surtout antisioniste (ce qui sera beaucoup plus difficile à faire admettre).
Je savais que cette initiative serait très difficile à expliquer à ceux qui militaient pour la décolonisation de toute
la Palestine de la Méditerranée au Jourdain, et qui disaient : «  ce sera aux Palestiniens à décider quelle forme ils veulent donner à leur Etat et avec qui ils veulent construire cet Etat ».
Encore plus difficile à faire comprendre à ceux qui voulaient deux Etats, l'un a côté de l'autre.
Et certainement impossible à ceux qui dénonçaient la violence de l'Etat d'Israël sans proposer de solution.
Certains de mes amis argumentaient : "Pourquoi rajouter Israël au titre, cet Etat usurpateur des terres palestiniennes ayant été crée sur un mensonge bâtard « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Le nom de Palestine, cette contrée ancestrale englobant les descendants de toutes ces peuplades : Philistins, Cananéens, Hébreux etc. dont les descendants sont aujourd’hui les Palestiniens toutes religions confondues, suffisait amplement.
 Pourquoi ne pas revenir carrément à avant le vote de la résolution 181, le 29 novembre 1947 responsable de la partition de
la Palestine et de la création d’un Etat fictif, illégitime et illégal ? Cette résolution coloniale peut et doit être abolie. L’ONU a l’habitude d’abolir des résolutions qui ne vont pas dans la logique dominatrice, comme celle qui désignait le sionisme comme une forme de racisme.
D'autres disaient : "Il ne peut y avoir d’égalité entre tous les habitants si les uns ont tout et les autres rien. La démocratie proposée ne peut être qu'une démocratie de « domination et d’exploitation » des plus pauvres.
D'autres encore : "comment allez-vous vous opposer à l'idéologie sioniste qui est fondée sur l'épuration ethnique?
Puis, "Et tous les millions de réfugiés et déplacés, comment gérer ce problème, sans provoquer de nouveaux drames?"
Ou : "Il faudra pour créer un nouvel Etat, détruire les structures de d'Israël et se débarrasser de tous ceux qui ne veulent pas devenir Palestiniens, avec quels moyens et quelles transitions ?"
Je répondais souvent :
" Qui aurait pu imaginer au cours de toutes ces années de manifestations, rassemblements, pétitions, conférences contre l'apartheid en Afrique du Sud que ces deux communautés (noires et blanches, colonisateurs et colonisés, exploiteurs et exploités allaient se réconcilier et essayer de construire ensemble ce pays ? " D’accord il n’est pas parfait loin de là, le sort des plus pauvres et des plus exclus est toujours aussi lamentable, mais c’est quand même un petit plus.
Ou bien :
"Qui aurait pu imaginer, que l'URSS, aussi impérialiste que les USA, allait se désintégrer aussi vite? Elle a du coup réveillé tous les nationalismes, identités qu'elle avait réprimées dans le sang. Vous me direz qu’avec les mafias capitalistes qui ont remplacé les soviets, ce n’est guère mieux.
Qui dans ce XXIè siècle naissant peut s'imaginer qu'un Etat ethnique, fondé sur le judaïsme donc sur  le droit du sang, d'apartheid excluant tous ceux qui n'appartiennent pas à l'ethnie dominante puisse continuer à survivre dans un monde en pleine mutation?
Quelques réflexions à faire partager :
Faut-il opposer la proposition d'un Etat unique pour tous, à celle de deux Etats séparés ?
Après quatre guerres, deux Intifada, des milliers de massacres, des centaines de milliers de déportations, des milliers de maisons et de champs détruits, plusieurs négociations manipulations baptisées "pour la paix" et ratées… Rien n'a changé. Les sionistes ne peuvent toujours pas profiter tranquillement des terres usurpées.
Les Palestiniens sont toujours debout et résistent toujours.
Le peuple palestinien se relève à chaque fois que quelques âmes bien pensantes veulent lui faire baisser la tête en lui proposant des accords frelatés.
Il sait bien que sa cause est juste et qu'il finira par gagner.
 Nous sommes en 2010, et malgré  toutes manipulations siono-américaines, s’appuyant sur les complicités européennes, nous savons tous que la solution idéale est  celle d'un « Etat unique pour tous, pluriel, multiethnique, multiculturel et démocratique avec des droits et des devoirs partagés pour tous ses habitants quelle que soit leur religion, leur appartenance, leur pratique ou leur non pratique religieuse ». Un Etat unique qui s’appellera Palestine, à moins que les Palestiniens n’acceptent (ce dont je doute fort) de choisir un nom nouveau.
Cette initiative sera très difficile à faire accepter à tous les protagonistes, y compris à certains Palestiniens qui justifient la création d'un Etat musulman à côté de l'Etat juif. Cette initiative me semble toute aussi dangereuse et pleine d'embûches que celle  proposée par les Israéliens qui nous ont prouvé depuis longtemps qu’ils ne lâcheront aucune parcelle de terre conquise sans pression économique de la communauté internationale.
Seul un boycott des produits israéliens, ainsi que du tourisme,saura les convaincre, qu’ils ont moins de droits que les Palestiniens sur cette terre et allant de parallèle avec un soutien indéfectible avec la résistance palestinienne.
La résistance palestinienne
Cette résistance a toujours existé. Mais elle ne nous apparaissait pas dans nos lucarnes télévisées, puisque le peuple palestinien était nié dans son existence, donc sa résistance légitime ne pouvait qu'être traitée d'inexistante ou forcément de terroriste.
L'Intifada de 1987, avec le soulèvement de l'ensemble de la population, les enfants lanceurs de pierres, les femmes largement engagées dans l'autosuffisance alimentaire, les familles boycottant les produits israéliens, organisant les entraides, les grands-mères et grands pères soutenant l'infrastructure de la résistance,, a donné une autre image de ce peuple spolié depuis si longtemps.
Les accords d'Oslo, comme tous ceux qui ont suivi, y compris l'arlésienne de Genève n’ont  été qu’ une énième tentative de soumettre la résistance. La conférence de Washington est de la poudre de Perlin Pinpin/
Il n’y aura que la résistance qui pourra libérer
la Palestine, comme elle a libéré l’Algérie. Cette résistance libérera également l’Irak et l’Afghanistan.
Elle est légitime et elle finira par gagner . Aujourd’hui, elle s’appelle Hamas, hier elle s’appelait FPLP demain… elle sera toujours là.
Les réfugiés palestiniens
Intervenir pour un Etat unique en Palestine, implique évidemment d'exiger le droit au retour de tous les réfugiés.
La résolution 194 adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 11 décembre 1948 spécifie dans son paragraphe 11 : "Il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, que des indemnités doivent être payées au titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers ou pour tout bien perdu et endommagé".
Cette résolution pourtant acceptée par Israël pour pouvoir accéder à l'ONU n'a jamais été appliquée. Encore aujourd'hui, après 62 ans d'errances des réfugiés et plusieurs guerres subies, l'Etat juif refuse toujours d'en discuter.
Actuellement, selon l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) organisation crée en 1949, les réfugiés Palestiniens et leurs descendants, sont au nombre, de l'ordre de trois millions et demi de personnes dont 30 % vivent dans des camps.

Le sort de ces réfugiés constitue depuis plus d'un demi-siècle le plus grand problème humanitaire jamais résolu, la honte des Nations Unies et de la Communauté internationale et surtout un problème de sécurité majeure, ayant eu des répercussions régionales énormes et jouant un rôle central pour la paix dans le Moyen-Orient.

Ce problème s'est encore accentué depuis la colonisation de l'Irak, vu que les Palestiniens qui s'étaient intégrés dans la population irakienne ont été ramenés dans des camps et revivent dans le plus complet dénuement.
Que pense Shamir du droit au retour de tous les réfugiés ?

Et où, pense-t-il les faire retourner ?
N'oublions pas qu'Israël possède également de nombreuses armes de destruction massive. L'armement nucléaire israélien a été dénoncé dès 1986 par l'ingénieur israélien Mordachaï Vanunu, dans le "Sunday Times" des 5 et 12 octobre 1986 .

Et depuis cette date cet Etat a pu continuer en toute impunité et,  au vu et au su de toute la Communauté internationale,  à produire toutes sorte d’armes : nucléaires, chimiques et biologiques et c’est grâce à cet armement que ce Etat tient en otage tous les peuples de la région. Le seul Etat qui lui tient tête et ose résister à cette domination impérialiste est aujourd'hui l’Iran.

Ginette Hess Skandrani
Paris,
21 septembre 2010


1-2 Interview de Ziyad Clot : "L'objectif d'un Etat palestinien est hors d'atteinte".

(Ziyad Clot, ancien négociateur pour la partie palestinienne).

Badoumba: Pourquoi avez-vous  quitté les négociations?

A cause des Palestiniens, à cause de l'attitude israélienne, pourquoi?  

Ziyad Clot, A cause de l'attitude du gouvernement israélien, largement soutenue par la "communauté internationale", qui rend intenables les positions et les choix de l'OLP [Organisation de libération de la Palestinecomposée de plusieurs organisations palestiniennes, dont le Fatah de Mahmoud Abbas, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP)].  

On demande à l'OLP de négocier alors que l'objet des négociations (la terre, Jérusalem, etc), s'évapore au fil du "processus de paix". Le plus dramatique est que les pseudo-négociations se font au détriment de la réconciliation nationale entre l'OLP et le Hamas. C'est le sort du mouvement national palestinien qui se joue sous nos yeux alors que la Cisjordanie continue a être repoussée vers la Jordanie et la bande de Gaza vers l'Egypte... 

 

Bibi: Y a-t-il vraiment d'un côté comme de l'autre la volonté de négocier, car c'est un dialogue de sourd...  

Ziyad Clot Chacun est prêt à négocier, mais à ses conditions. En partant du droit international côté OLP. En partant de la situation prévalant sur le terrain côté israélien. Toute négociation est l'expression d'un rapport de forces. Les Palestiniens sont trop affaiblis et divisés pour faire reconnaître leurs droits par le gouvernement israélien. Et l'administration Obama n'est pas en mesure -ou ne souhaite pas- peser de tout son poids sur la partie israélienne pour rétablir un semblant de parité.  

Naqba: Vous dites qu'il n'y aura pas d'Etat palestinien. C'est les Palestiniens qui n'en veulent pas ou les Israéliens?   

Ziyad Clot L'OLP s'est résolue en 1988 à un Etat sur 22% de l'ancienne Palestine mandataire avec Jérusalem-Est comme capitale. A l'époque ce choix d'accepter un "micro-Etat"en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avec était lourdement critiqué par nombre de leaders palestiniens. Plus de 20 ans plus tard, le rapport de force et l'étendue de la colonisation fait que les Palestiniens ne sont même plus en mesure d'atteindre ce but. Le gouvernement israélien actuel veut sans doute la paix mais à ses conditions: maintien des blocs de colonies majeurs en Cisjordanie, refus de rendre Jérusalem-Est, reconnaissance de l'Etat juif par l'OLP etc. Tout ceci est naturellement inacceptable côté palestinien.  

Laetyaz: Quels sont pour vous les 3 arguments qui font que la Palestine ne pourra pas avoir son indépendance?  

Ziyad Clot- Plus de 500 000 colons entre Jérusalem-Est et le reste de la Cisjordanie: le territoire a été mangé par la colonisation  

- Faiblesse du leadership politique côté palestinien divisé entre Gaza et Ramalllah  

- Tout le monde oublie, une fois un possible accord conclu, qu'il faudra le mettre en oeuvre... Dans le cas israélo-palestinien, il faut compter un processus de 10-15 ans. Plus qu'il n'en faut pour faire capoter un accord de paix dans la région alors que les parties suivantes ne sont pas intégrées au dit "processus de paix": Hamas, Hezbollah, Iran, Syrie, Liban et -dans une certaine mesure- réfugiés palestiniens et colons israéliens...  

Tricheur: Et Gaza sinon le Hamas dans ces pourparlers?  

Ziyad Clot Quoiqu'on puisse penser du Hamas en tant que mouvement politique, on ne peut que l'intégrer d'une manière ou d'une autre dans les négociations:  

- c'est une exigence démocratique: il est arrivé en tête lors des élections législatives palestiniennes de 2006  

- d'un point de vue pragmatique, si on veut un Etat palestinien sur la Cisjordanie et Gaza, il faut mettre fin à l'ostracisation de la bande de Gaza.  

Ceci dit, je pense que même dans l'hypothèse d'une intégration du Hamas dans le jeu des pourparlers, l'objectif Etat palestinien (un vrai Etat souverain et viable avec Jérusalem-Est comme capitale s'entend) est devenu hors d'atteinte.  

Le clown: Quelle légitimité à des négociations dont les interlocuteurs sont illégitimes (Abbas- abs. élections) dans l'illégalité (Netanyahu- occupation et colonisation) ou absents (Hamas- Gaza)?  

Ziyad Clot Aucune.  

Le Palestinien Mahmoud Abbas et l'Israélien Benjamin Netanyahu se sont engagés à se rencontrer toutes les deux semaines dans l'année qui vient pour rechercher la paix au Proche-Orient.  

La truffe: Pourquoi l'Autorité palestinienne accepte-t-elle des négociations directes alors qu' il y a occupation et colonisation illégales selon le Droit internationnal?  

Parce qu'elle n'a pas d'autre choix... Ou parce qu'elle pense qu'elle n'a pas d'autre choix... L'OLP a fait le choix de la négociation avec les accords d'Oslo en 1993. Les négociateurs palestiniens sont encore traumatisés par les conséquences de seconde Intifada (plus de 5000 morts côté palestiniens notamment). Ils ne veulent plus commettre la même erreur et risquer un regain de violence trop coûteux pour la population. Alors on "négocie" sans pouvoir stopper la politique israélienne du fait accompli.  

Les dés sont pipés, mais l'Autorité palestinienne n'a pas d'autre choix que d'accepter les négociations

Il faut savoir aussi que l'objectif "Etat palestinien", c'est environ 7 milliards de promesses de dons (Conférence de Paris, en décembre 2007). Quitter la table des négociations, c'est prendre le risque de voir ces fonds coupés, de voir la population de Cisjordanie plongée dans la pauvreté etc. Difficile de quitter la table de négociations dans ces conditions même si les dés sont pipés.  

Boubou: Que prépare Israël en gagnant du temps? Car si il voulait la paix il aurait commencé à évacuer quelques petites colonies pour pouvoir négocier les grosses.  

Ziyad Clot L'évacuation des colonies, si elle doit un jour arriver (...), se fera après l'accord. Si vous voulez avoir une idée de ce qui est acceptable en terme territorial pour les Israéliens, je vous invite à regarder le tracé du mur de séparation. Il vous donne une bonne idée du tracé de frontière que le gouvernement de l'Etat hébreu serait prêt à accepter. Pour le reste, le "processus de paix" permet aux Israéliens de redorer leur image au niveau international (et d'accéder à tous les accords de partenariat qui vont avec: UE, OCDE, etc.) tout en poursuivant la colonisation de la Cisjordanie et en maintenant Gaza sous contrôle. Une aubaine...  

lestoret: Nous savons tous à peu près ce qui est demandé à Israël. Sait-on ce qui est demandé aux Palestiniens?  

Ziyad Clot Pour bien comprendre la position des Palestiniens dans les négociations, il faut garder à l'esprit que, pour eux, le "compromis historique" a été fait dans le cadre de la déclaration d'Alger (1988): l'OLP s'y était résolue à ce que l'Etat palestinien soit créé sur 22% de la Palestine historique, aux côtés d'Israël. L'OLP ne pensait pas, à l'époque, avoir encore à négocier ce compromis... Aujourd'hui, en plus d'assurer la sécurité d'Israël (postulat du processus de paix depuis Oslo, alors même que les Palestiniens vivent toujours sous occupation), il leur est demandé dans le cadre des négociations:  

- de céder à Israël les principaux blocs de colonies israéliennes situés en Cisjordanie (en particulier ceux encerclant désormais Jérusalem-Est)  

- de laisser Jérusalem-Est aux Israéliens (Netanyahou, soutenue par l'opinion israélienne, paraît inflexible sur cette question)  

- de reconnaître Israël en tant qu'Etat juif: ce qui fermerait définitivement la porte du droit au retour des réfugiés palestiniens et mettraient les Arabes israéliens sous la menace d’une expulsion par l'Etat hébreu  

- de laisser le contrôle de la frontière jordanienne aux Israéliens (impératif sécuritaire non négociable selon eux du fait de la menace venant de l'Est: Iran, Syrie etc)  

- que l'Etat palestinien soit démilitarisé  

De toute évidence, la création d'un Etat palestinien viable, souverain et indépendant sur la Cisjordanie et la bande de Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale est devenue hors d'atteinte.  

Vincent C.: La question de Jérusalem, qui a ressurgi en 2009, ne complique-t-elle pas la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens? Et si la création d'un État palestinien est impossible, comme vous le pensez, qu'adviendra-t-il des palestiniens dans le futur?  

Ziyad Clot En quoi la question de Jérusalem a-t-elle ressurgi en 2009 (vous voulez dire au niveau de la colonisation?) ? Jérusalem a toujours été au cœur du conflit. Elle l'est plus que jamais aujourd'hui alors que, des deux côtés, le religieux prend le pas.  

S'il n'y a pas d'Etat palestinien:  

- la solution du moment -très similaire à l'Apartheid- se poursuivra (combien de temps?)  

- les Palestiniens resteront sous la menace d'une nouvelle expulsion alors que le risque démographique continue de s'accroître pour Israël  

- l'Etat unique redeviendra le seul horizon souhaitable en vue d'une résolution durable du conflit malgré les très grand risques également inhérents à cette option.  

L. Guyon: Pourquoi les négociations de paix s'orientent-elles depuis toujours vers une solution à deux Etats, laquelle n'a aucune chance d'être viable? Le futur Etat palestinien devrait-il en effet se réduire au bantoustan formé par la seule bande de Gaza, avec ou sans quelques confettis de Cisjordanie - que les juifs se sont déjà de toute manière appropriés sous le nom de "Judée-Samarie"? Israël peut-il rester durablement "Etat juif", ou ne devrait-il pas plutôt accepter de devenir un Etat laïc, accordant l'égalité des droits entre tous ses citoyens, et luttant effectivement contre toute forme de discrimination à l'encontre de ses citoyens non juifs, sous le contrôle le plus strict des instances internationales, avec sanctions économiques et présence de forces militaires internationales à la clef?  

Aucune des parties prenantes au processus de paix ne souhaite l'Etat unique. Mais je suis d'accord avec vous pour dire qu'un Etat binational est redevenu le seul horizon souhaitable, l'Etat palestinien étant devenu un objectif irréalisable. Je crois que cet Etat hybride existe d'ailleurs déjà: c'est ce que j'appelle "Israëltine" dans mon livre.  

Un Etat binational est redevenu le seul horizon souhaitable

"Israëltine" correspond à la situation créée par la main mise qu'exerce désormais Israël sur l'ensemble de la Palestine historique/le Grand Israël (selon qu'on se situe côté israélien ou palestinien): autrement dit, la terre qui s'étend de la Méditerranée au Jourdain. Israël est naturellement souveraine à l'intérieur de ses frontières (celles reconnues par le Droit international). Mais elle contrôle aussi la Cisjordanie malgré ou grâce à l'Autorité palestinienne. Malgré les apparences et le Hamas, Israëltine est enfin en charge du présent et de l'avenir de la bande de Gaza: elle contrôle ses frontières, son régime alimentaire, se réserve le droit d'y intervenir militairement chaque fois que sa sécurité est menacée etc. Une terre, deux peuples imbriqués dont l'un est discriminé: "Israeltine" est le pays imparfait, hybride, que nous avons aujourd'hui sous nos yeux.  

Cette situation génère cependant de nombreux risques car les deux populations ne sont pas prêtes à la cohabitation.  

Hâl: Aujourd'hui, quel avenir peut-on espérer pour le peuple Palestinien? Sachant qu'aucun pays arabe ne collabore étroitement avec Le Président Mahmoud Abbas...

Pour vous, le Salut des Palestiniens doit-il venir de son gouvernement ou au contraire de l'appui de ces frères Arabes? Et pensez vous qu'une paix pourra venir dans les prochaines années.... si oui comment envisagez vous les négociations?  

Ziyad Clot Je crois que l'avenir des Palestiniens ne passent ni par ses dirigeants actuels (à Ramallah comme à Gaza) et encore moins par ses "frères" arabes. Je crois qu'il passe par la lutte des Palestiniens pour leurs droits civiques et politique au sein d'Israël et ce qu'il reste des territoires palestiniens. Il n'y aura pas de paix dans un avenir proche. Une période de très grande instabilité est au contraire sans doute en train de s'ouvrir.  

Bio Express

Ziyad Clot, avocat français, ancien négociateur et conseiller juridique de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) en 2007-2008. Rapidement, au fil des discussions, il acquiert la conviction que "le processus de paix est un spectacle".

Pour Ziyad Clot, la solution pacifique ne peut plus passer que par un Etat unique israélo-palestinien. Ce dernier, en un sens, existe déjà...

Mais Palestiniens et Israéliens doivent apprendre à vivre ensemble. Son ouvrage, incisif et subtil, sort ces jours-ci : Il n'y aura pas d'Etat palestinien (éditions Max Milo).  

LEXPRESS.fr,

Publié le 27/09/2010

http://www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?id=922775&k=29


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