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20/10/2010

n°59 - Dossier de Pakistan - 18-10 - :- Début - : L'OTAN élargit la guerre de l'Afghanistan au Pakistan.


n°59 - Dossier de Pakistan - 18-10  - :- Début  - : L'OTAN élargit la guerre  de l'Afghanistan au Pakistan.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers de PAKISTAN.  

                                                                  n° 17- 18-10     C.De Broeder & M.Lemaire



Le "DOSSIER de PAKISTAN" est visible sur les blogs :

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

Tiré à part :

L'histoire (afghane) se reproduit ....  Ben Laden résiderait confortablement au Pakistan  .... Va t'on déclaré la guerre et envahir tout le Pakistan...

1 Dossiers

1-1 Robert Stevens : Des responsables pakistanais et européens accusent les Etats-Unis d’avoir fabriqué la dernière alerte au terrorisme.

1-2 La CIA n’aime pas la démocratie…   

1-3 Françoise Chipaux : Le risque d'«afghanisation» du Pakistan.

1-4 Rick Rozoff : 10e anniversaire de l'invasion de l'Afghanistan & L'OTAN élargit la guerre  de l'Afghanistan au Pakistan.

Fin

1-5 L’aide humanitaire au Pakistan sous contrôle de l’Otan et des États-Unis.

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Luc Delval : La menace terroriste, réelle et supposée

2-2 William Blum : La mentalité américaine.

2-3 Le Canada veut utiliser des bases pakistanaises….

2-4 La machine de guerre institutionnelle des Etats-Unis.

3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Vers une invasion étatsunienne du Pakistan ?

4 Annexe

4-1 Les lauréats du Prix Nobel de la paix après le 11-Septembre



Tiré à part :

L'histoire (afghane) se reproduit ....  Ben Laden résiderait confortablement au Pakistan  .... Va t'on déclaré la guerre et envahir tout le pakistan...

Ossama Ben Laden se trouve au nord-ouest du Pakistan, affirme lundi la chaîne américaine CNN, sur base de déclarations d'un "haut fonctionnaire de l'OTAN". Alors que les Etats-Unis intensifient leurs actions de guerre avec des attaques de drones et des avions sans pilote, Ben Laden, ainsi que son bras droit Eiman al-Zawahiri, habiteraient dans deux maisons proches l'une de l'autre et dans un "confort relatif".
 "Aucun membre d'Al-Qaida n'habite dans une grotte", selon ce fonctionnaire anonyme de l'OTAN.
 Il n'y a plus de trace d'Ossama Ben Laden depuis novembre 2001, lorsque le siège de sa cache dans les montagnes de Tora Bora avait échoué.

L'homme vit dissimulé depuis neuf ans déjà, même si certaines sources affirment que le terroriste est mort depuis quelques années à la suite d'une maladie aux reins.
 Le gouvernement d'Islamabad dément régulièrement que l'homme derrière les attaques du 11 septembre se trouve au Pakistan.

(afp)

18/10/10 12h05

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/1171220/2010/10/18/Ben-Laden-residerait-confortablement-au-Pakistan.dhtml



 



1 Dossiers

1-1 Robert Stevens : Des responsables pakistanais et européens accusent les Etats-Unis d’avoir fabriqué la dernière alerte au terrorisme.

La semaine dernière, le quotidien britannique The Guardian publiait les commentaires de hauts responsables pakistanais et de responsables européens du renseignement disant que la dernière alerte au terrorisme avait des motivations politiques. Wajid Shamsul Hasan, l’ambassadeur du Pakistan en Grande-Bretagne, dit au Guardian que cette alerte avait été utilisée par les Etats-Unis afin de justifier une escalade de la guerre au Pakistan et en Afghanistan.

Ses déclarations faisaient suite à celles de certains hommes politiques européens rejetant l’affirmation de l’administration Obama qu’une attaque terroriste était imminente quelque part en Europe

Le 3 octobre, le ministère américain des Affaires étrangères avait fait une déclaration imprécise avertissant les citoyens américains en Europe de la menace d’attaques par des organisations liées à Al Qaïda. Elle ne mentionnait aucun pays en particulier et selon elle, il ne s’agissait là que d’« attaques terroristes potentielles ». La Grande-Bretagne, le Japon, la Suède et le Canada lancèrent rapidement des avertissements destinés à leurs propres citoyens leur demandant de prendre des précautions supplémentaires.

Un certain nombre de politiciens européens cependant, en Allemagne en particulier, se manifestèrent pour nier l’existence d’une menace imminente, entre autres Viviane Reding, la Commissaire européenne à la Justice et le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière.

Wajid Shamsul Hasan est un proche du président pakistanais Asif Zardari. Il dit au Guardian que malgré l’alerte lancée par les Etats-Unis et leur mise en garde contre de possibles complots commandités par Al Qaïda - dont le but serait d’attaquer des monuments célèbres dans les villes d’Europe occidentale - le gouvernement pakistanais n’avait reçu à leur sujet aucune information précise. « Si les Américains ont des informations concrètes à propos des terroristes et des gens d’Al Qaïda, ils devraient nous les donner et nous pourrions nous en occuper nous-mêmes », dit il.

« De telles déclarations [de la part des Etats-Unis] sont un mélange de frustrations, d’incompétence et de manque d’appréciation de la réalité sur le terrain. Toute tentative de violer la souveraineté du Pakistan n’apporterait pas la stabilité en Afghanistan, ce qui est, je suppose, le principal objectif des forces américaines et de celles de l’OTAN ».

Les commentaires de Hasan expriment la préoccupation du gouvernement pakistanais quant au fait que les actions militaires aveugles des Etats-Unis - parmi lesquelles l’utilisation d’hélicoptères et de ‘drones’ au Pakistan - vont provoquer une opposition de masse dans le pays. Le régime Zardari sait que toute escalade des opérations militaires au Pakistan minera un peu plus le gouvernement pakistanais. Celui-ci est complice des innombrables crimes de guerre commis par Washington. Les attaques par drones et par hélicoptères

ont « mis le feu au pays » dit Hasan. « Pourquoi font-ils tellement pression sur nous ? C’est une menace contre le système démocratique… Mais les gens au Pakistan ont le sentiment que Washington s’en fiche ».

Hasan avertit de ce que des attaques militaires futures de la part des Etats Unis pourraient déclencher des représailles dont les citoyens américains au Pakistan pourraient être la cible. « Le gouvernement ne veut pas prendre ce chemin », dit il. « Mais les gens se sentent dupés. S’ils [les Américains] tuent encore quelqu’un, ils réagiront. On dit qu’il y a 3.000 membres du personnel des Etats-Unis au Pakistan. Ils feraient des cibles faciles. »

Parmi de telles cibles pourrait se trouver le personnel américain de la base aérienne pakistanaise de Jacobalad. Cette base se situe sur la frontière entre les provinces du Sind et du Baloutchistan et est utilisée par l’armée américaine comme base permanente depuis le 11 septembre 2001. Jacobalad est la base où se trouvent les forces de la CIA et c’est là aussi que se trouvent les hangars d’où sont lancés les drones.

Les attaques par drones ont été fortement intensifiées depuis l’arrivée au gouvernement de Barak Obama. Au cours de la première année de son gouvernement, les attaques de drones ont coûté la vie à plus de 700 civils pakistanais. Le lundi 4 octobre, quatre citoyens allemands furent tués lors d’une telle attaque près de la frontière afghane, au Nord-Waziristan. Des responsables pakistanais de la sécurité ont dit que huit personnes avaient été tuées en tout dans cette attaque.

Le mercredi 6 octobre, la BBC avait rapporté que « cinq militants présumés [avaient été] tués lors d’une attaque par drone dans le nord-est du Pakistan ». La BBC dit aussi que les Etats-Unis « avaient jusqu’à présent réalisé 27 attaques par drones dans cette région depuis le début du mois de septembre. » Ce genre de frappe a commencé en juin 2004 et le gouvernement pakistanais avait alors donné son feu vert.

Le Guardian a cité un autre diplomate pakistanais qui déclarait lui que les opérations avec des ‘drones’ échappaient à présent au contrôle du Pakistan. Il dit à ce journal : « Nous l’avons toujours nié dans le passé. Mais chacun sait que cela se passe. Nous devons nous réveiller ».

L’article déjà cité et paru dans le Guardian du 7 octobre mentionnait aussi des commentaires fait par des responsables des services de renseignements européens et niant plus ou moins l’affirmation par Washington d'un complot coordonné et préparé pour attaquer des emplacements en vue en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne. Le Guardian écrit : « Ils [les responsables de services de renseignements européens] ont dit que Washington était ‘le moteur’ derrière l’affirmation d’une série de complots 'style commando' et que la CIA - peut-être parce qu'elle s’inquiétait de ce que cela attirait de façon inopportune l’attention sur ses attaques de drones - a elle aussi été extrêmement irritée de la publicité qui leur fut donnée ».

Un autre responsable dit au quotidien britannique « donner de la cohérence [aux affirmations de complot terroriste] dans un récit homogène n’a pas de sens ».

Le même article citait un « responsable du contre-terrorisme » qui rejetait l'hystérie nourrie à propos du citoyen britannique Abdul Jabbar depuis que ce dernier avait été tué au Pakistan. Jabbar et d’autres furent tués le 8 septembre au Nord-Waziristan lors d’une attaque par un drone américain. Cet habitant de Birmingham se serait vanté de vouloir apporter la guerre sainte en Grande-Bretagne en recrutant des centaines de terroristes dans un nouveau groupe, l'‘Armée Islamique de Grande-Bretagne’.

Selon un compte-rendu des événements fait par le gouvernement pakistanais, Jabbar avait été pris pour cible et tué après qu'on l’eût entendu dire dans une réunion d'environ 300 personnes près de Miranshah au Pakistan, qu'il voulait attaquer le Royaume-Uni. Les services de renseignements pakistanais ont informé le gouvernement du Royaume-Uni de l’endroit où se trouvait Jabbar et les autorités britanniques en ont ensuite informé les Etats-Unis. Mais le Guardian cite un représentant du gouvernement britannique qui dit de ce plan d’attaque supposé du Royaume-Uni, « Nous n’y avons pas attaché trop d’importance ». Un « responsable du contre-terrorisme », cité dans le même article, dit qu'il n'existait « aucune confirmation » des affirmations de Jabbar.

Toujours dans ce même article du Guardian, un responsable des renseignement est cité, disant, « On a des discussions sur toutes sortes de choses – ce qui ne signifie pas nécessairement qu'il y a quoi que ce soit de concret. Fonder des groupes n'est pas facile ».

Deux jours plus tôt, le Sun, un autre quotidien britannique, avait cité une source des services de sécurité du Royaume-Uni déclarant que Jabbar « se croyait beaucoup plus important qu'il ne l’était en réalité. Et sa vantardise lui a coûté la vie. Une figure réellement dirigeante d’Al Qaïda n'aurait pas fait une erreur aussi idiote ».

Robert Stevens

Mondialisation.ca,

Le 14 octobre 2010

WSWS

http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=21454


1-2 La CIA n’aime pas la démocratie…            

Il ya deux ans et demie, le général Pervez Musharraf avait quitté la tête de l’Etat au Pakistan sous la pression à la fois de la rue et des Etats-Unis.

Aujourd’hui, alors qu’on pensait que l’ancien dictateur avait définitivement raccroché, voilà qu’il se rappelle au bon souvenir de ses concitoyens en créant son propre parti.

Et ce n’est pas le seul militaire qui fait parler de lui en ce moment.

Le général Ashfaq Pervez Kayani, chef de l’armée pakistanaise multiplie les rencontres avec les hauts responsables politiques du pays, notamment avec le président Asif Ali Zardari.

A Washington, on voit d’un bon œil les pressions de l’armée sur la classe politique jugée corrompue et incompétente. En effet, depuis deux ans, le Pakistan est engagé dans une spirale infernale.

Le pays qui dispose de l’arme nucléaire est en proie à une véritable guerre civile dans ses frontières avec l’Afghanistan. La ‘démocratie’ tant souhaitée et encouragée à l’époque par les Américains n’a eu les résultats escomptés.

A la CIA, les analystes sont sans concession : « si cela continue comme ça, le pays pourrait se désintégrer et on est pas à l’abri d’un coup d’Etat islamiste ». Une horreur que les experts de Langley ne voudraient pas voir, parce que la signifierait tout simplement l’embrasement de tout la région.

En écartant l’option de coup d’Etat, les Etats-Unis poussent l’armée à agir dans les coulisses afin de donner le tempo à la classe politique. Un jeu dangereux, estiment certains observateurs. Les généraux pakistanais ne sont eux-mêmes un modèle de vertu.

Les années de Pervez Musharraf sont là pour le rappeler à tout le monde.

13 Octobre

http://www.maghreb-intelligence.com/monde/504-la-cia-naime-pas-la-democratie-pakistanaise


1-3 Françoise Chipaux : Le risque d'«afghanisation» du Pakistan.

Nb  La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyse de l’auteur mais doit être vu comme information.

Les pressions de Washington sur Islamabad atteignent leurs limites dans ce pays troublé.

La guerre en Afghanistan entre dans sa dixième année et, loin de se résoudre, le conflit s'étend de plus en plus au Pakistan voisin. La multiplication des attaques des drones de la CIA dans les zones tribales pakistanaises qui ne visent plus simplement les dirigeants supposés d'al-Qaida mais tous les résistants, mettent à mal les relations entre Washington et Islamabad. La vision différente que portent sur ce conflit les Etats-Unis et le Pakistan accentuent les contradictions entre deux alliés de circonstance qui n'ont jamais réussi à établir entre eux un minimum de confiance.

Le président Obama, qui a dès le début de son mandat compris que sans le Pakistan, il n'y avait pas de salut en Afghanistan, a essayé à la fois de jouer avec Islamabad de la carotte et du bâton sans obtenir ce dont ses militaires ont besoin: une lutte sans merci contre les sanctuaires talibans et autres extrémistes au Pakistan. La volonté affichée du président américain d'extirper au plus vite les Etats-Unis du bourbier afghan, la frustration de l'Otan en Afghanistan qui n'arrive pas à affaiblir l'insurrection des talibans explique les pressions renouvelées sur le Pakistan, mais celles-ci ont des limites.

La fermeture décrétée par les autorités pakistanaises pendant dix jours du col de Khyber (par lequel passe une grande partie du ravitaillement des troupes de l'Otan en Afghanistan) illustre l'importance stratégique d'un «partenaire» que de plus en plus de responsables américains dénoncent comme peu fiable. Cet arrêt des convois de l'Otan qui, dans le même temps, sont attaqués de toute part par les extrémistes islamistes, était la conséquence directe d'une incursion en territoire pakistanais d'un hélicoptère américain dont les tirs ont tué deux soldats pakistanais.

Le gouvernement d'Islamabad –très affaibli par son incapacité à répondre aux inondations sans précédent qui ont ravagé le pays, assiégé par une Cour suprême qui lui demande d'éliminer ses membres accusés de corruption et sous l'œil critique d'une armée aujourd'hui redevenue populaire– ne peut se permettre d'apparaître céder totalement sa souveraineté. La condamnation unanime de cette attaque par le Parlement, la déclaration du ministre de l'Intérieur Rehman Malik («nous devons savoir si nous sommes alliés ou ennemis») et le communiqué du ministère des Affaires étrangères indiquant «les incursions et frappes de cette nature sont inacceptables et pourraient conduire le Pakistan à considérer des représailles» sont certes à mettre au chapitre des «gesticulations», mais elles indiquent que le seuil de tolérance est proche.

Le prix du sacrifice

Au sein de l'armée et des services de renseignements, en première ligne dans ce qui concerne l'Afghanistan, le ras-le-bol est aussi très fort. Les militaires pakistanais, qui ont perdu plus de 2.000 soldats dans la lutte contre les résistants, estiment qu'en leur demandant toujours plus, les Etats-Unis ne reconnaissent pas à son juste prix le sacrifice consenti. La pomme de discorde présente, la demande américaine d'une intervention massive dans la zone tribale du Nord-Waziristan devenu le refuge des combattants d'al-Qaida et des militants de Serajuddin Haqqani, très actifs en Afghanistan, est jugée impossible par l'état-major pakistanais.

Officiellement les militaires pakistanais arguent du fait que leur armée est déjà trop déployée pour maintenir les acquis de ces précédentes opérations et qu'elle n'a pas les ressources nécessaires.

Plus fondamentalement toutefois, les stratèges pakistanais ne sont pas convaincus du succès de la nouvelle stratégie américaine en Afghanistan et craignent à juste titre qu'un départ des troupes occidentales ne ramène la guerre civile chez leur voisin. Dans ce cas, ils veulent tenir la carte pachtoune pour faire face aux ethnies du Nord qui ont toujours bénéficié du soutien de l'Iran et surtout de l'Inde. Les militaires pakistanais entendent bien être au cœur de toute solution au conflit afghan pour avoir à Kaboul un gouvernement ami à même de tenir l'Inde à l'écart. Car pour le chef de l'armée, le général Ashfaq Kayani et ses pairs, l'Inde reste «l'ennemi principal». Si New Delhi ne peut être totalement exclu d'Afghanistan, son rôle doit se limiter à faire de l'humanitaire et pas autre chose. Le conflit afghan figurera au menu des entretiens du président Obama qui se rend en Inde en novembre, mais la marge de manœuvre du président américain est quasi nulle, tant l'histoire nourrie de rancœurs pèse encore sur les relations entre New Delhi et Islamabad.

Les pressions américaines sur le Pakistan ont aussi leurs limites: les attaques de drones qui tuent des centaines de civils dans une population tribale pour laquelle la revanche est affaire d'honneur sont décriées fortement dans la population. Malgré les milliards de dollars déversés sur le Pakistan par Washington, les Etats-Unis restent hautement impopulaires et alors que des millions de personnes sont sans abri et n'ont plus grand-chose à perdre, ce n'est pas le moment de donner davantage d'arguments aux extrémistes. En l'absence d'un gouvernement crédible et capable de fixer un cap, sans effort de réhabilitation à la mesure des besoins, alors que l'économie s'effondre, la situation est suffisamment volatile dans ce pays de 180 millions d'habitants possesseur de l'arme nucléaire pour ne pas y ajouter des éléments de déstabilisation.

Françoise Chipaux 

13 octobre 2010

http://www.slate.fr/story/28577/pakistan-etats-unis


1-4 Rick Rozoff : 10e anniversaire de l'invasion de l'Afghanistan & L'OTAN élargit la guerre  de l'Afghanistan au Pakistan.

10e anniversaire de l'invasion de l'Afghanistan

Le 7 octobre, les États-Unis et leurs alliés de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord entameront leur dixième année de guerre en Afghanistan, situé à plus de 3 000 milles des quartiers généraux de l'OTAN à Bruxelles.

Le mois suivant, des élections de mi-mandat auront lieu aux États-Unis et l'OTAN tiendra un sommet de deux jours au Portugal.

L'administration américaine cherche désespérément un triomphe – ou du moins, un semblant de triomphe – en politique étrangère, afin de conserver le contrôle du Parti démocrate au Congrès, et l'OTAN cherche à justifier une mission militaire qui s'avère la plus longue et la plus étendue de ses 61 années d'existence.

Le président Barack Obama a triplé le nombre de soldats de combat américains en Afghanistan, le portant à 100 000. Lorsqu'on inclut les forces provenant des autres pays membres de l'OTAN et des pays partenaires, cela fait plus de 150 000 soldats étrangers en Afghanistan, du jamais vu dans ce pays décimé par la guerre.

De ce nombre, 120 000 sont maintenant sous la commande de la Force internationale d'assistance et de sécurité (ISAF), un nombre sans précédent pour une opération militaire dirigée par l'Alliance atlantique nord.

La Force kosovienne de l'OTAN à son apogée comprenait 50 000 soldats, mais ils ne furent envoyés dans la province serbe qu'à la fin d'une guerre aérienne qui a duré près de trois mois.

Les 120 000 soldats de l'OTAN présentement actifs – provenant de 50 pays, alors que d'autres s'apprêtent à envoyer des troupes en surcroît – sont au coeur d'une guerre ouverte des plus longues et des plus meurtrières. C'est la première guerre terrestre de l'OTAN, ses premières opérations de combat en Asie.

L'année dernière a été la plus meurtrière pour les États-Unis et pour l'OTAN dans ce conflit qui perdure depuis neuf ans. Cette année s'est avéré aussi des plus coûteuses en termes de soldats tombés au combat. Et il reste encore trois mois. Washington et Bruxelles pourraient décider de sauver la face et de mettre un terme aux hostilités au moyen d'un stratagème incluant un règlement politique interne et des mesures fondées sur un véritable maintien de la paix international – plutôt que de compter sur les activités subversives menées par la ISAF, établie sur la base d'un mandat des Nations unies en décembre 2001 mais qui, aujourd'hui, est devenue l'instrument par lequel l'OTAN mène la guerre en Afghanistan ainsi que chez son voisin, le Pakistan.

Cette perspective est peu probable, puisque la métaphysique militaire prédominante à Washington depuis les dernières 65 années ne peut accepter qu'une victoire ou, du moins, un semblant de victoire. Un héritage de défaite en Afghanistan ne pourrait que ternir l'image d'un président qui n'aura pas réussi à assurer la victoire ainsi que de son parti qui serait alors accusé de manquer de coeur au ventre et de défaitisme.

En ce qui concerne l'OTAN, le concept stratégique qui sera adopté en novembre est fondé sur un concept d'expansion du bloc en une force expéditionnaire mondiale du XXIe siècle, et l'Afghanistan en est le banc d'essai.

Si l'OTAN perd l'Afghanistan, si elle perd en Afghanistan, elle sera sujette aux critiques de ses pays membres et leurs citoyens qui auront sacrifié leurs fils et filles dans l'intérêt des ambitions internationales de l'OTAN.

Comme le déclarait l'ancien secrétaire général, Jaap de Hoop Scheffer, il y a six ans : « Que fait l'OTAN en Afghanistan ?

Elle défend des valeurs au Hindou Kouch dans un climat international bien connu de tous. Nous devons combattre le terrorisme partout. Si nous ne le combattons pas au Hindou Kouch, ce terrorisme se retrouvera chez nous. En d'autres mots, cette perception fragile [face aux agissements de l'alliance militaire de l'Atlantique nord en Asie du sud] doit être solidifiée et consolidée une fois pour toutes – pour l'avenir de l'OTAN, cette démarche est primordiale. »[1]

L'OTAN élargit la guerre  de l'Afghanistan au Pakistan

Non satisfaite du Vietnam qu'est devenu l'Afghanistan, l'OTAN a maintenant entrepris son incursion cambodgienne. Les implications de cette nouvelle incursion, par contre, sont beaucoup plus lourdes que pour le Vietnam des années soixante et soixante-dix, puisqu'elle se passe cette fois au Pakistan, un pays avec une population de presque 170 millions d'habitants et qui possède des armes nucléaires.

Au même moment où les États-Unis menaient leur vingtième attaque meurtrière à base de lancement de drones sur le sol Pakistanais, le 27 septembre, des attaques cinq fois plus importantes qu'au mois d'août, l'OTAN pour sa part menait une série d'attaques à base d'hélicoptères dans le nord-ouest du Pakistan. Invoquant le « droit à la légitime défense » et la « poursuite immédiate » des insurgés soupçonnés d'avoir attaqué un camp de l'OTAN, l'avant-poste de combat de Narizah dans la province afghane de Khost, près de la frontière pakistanaise, des hélicoptères d'attaque de l'OTAN ont mené en fin de semaine deux raids dans les régions tribales où les frappes de drones ont tué un nombre record de personnes en un mois.

Le nombre de personnes tuées, qu'on nomme machinalement dans la presse occidentale insurgés, militants ou terroristes, était d'abord de 30, ensuite de 50, puis 60, 70, et plus tard « 82 et plus ».[2]

Nous ne connaîtrons jamais de façon définitive ni le nombre ni l'identité des victimes.

Selon les journaux, les cibles visées étaient des membres du réseau Haqqani, fondé par le dirigeant vétéran des moudjahidines, Jalaluddin Haqqani, un héros américain du temps qu'il menait des attaques à partir du territoire pakistanais contre des cibles afghanes, il y a quelques années. C'était un des « combattants de la liberté » de Ronald Reagan. Il y a deux ans, le New York Times écrivait : « Dans les années 80, Jalaluddin Haqqani était entretenu en tant qu'actif de la CIA et recevait des dizaines de milliers de dollars comptant pour son travail qui consistait à combattre l'armée soviétique en Afghanistan, selon un compte-rendu paru dans The Bin Ladens, le dernier livre de Steve Coll. À ce moment-là, Haqqani aidait et protégeait Osama bin Laden, qui mettait sur pied sa propre milice pour combattre les forces soviétiques, écrit Coll. »[3]

En ce qui concerne le regret exprimé par certains à l'effet que l'admirable Haqqani ait récemment fait des Talibans ses alliés – un de ceux-là étant feu Charlie Wilson, qui disait de Haqqani qu'il était « la bonté incarnée » – à l'occasion de émission de NBC, Meet the Press, l'année dernière, le président pakistanais Asif Ali Zardari avait déclaré aux téléspectateurs américains que le Taliban « faisait partie de votre passé et du nôtre, et le Renseignement inter-services pakistanais et la CIA les ont créés ensemble. Et je peux vous citer 10 livres, 10 philosophes et 10 articles qui confirmeront mes dires... »[4]

Le 27 septembre, deux hélicoptères de l'OTAN ont attaqué l'agence Kurram située dans les régions tribales pakistanaises, tuant six personnes et en blessant huit. Un porte-parole du gouvernement pakistanais local a dit que toutes les victimes étaient des civils. Selon le Dawn News, « ce n'est pas la première fois que l'OTAN bombarde la région. »[5] Donc trois attaques en trois jours causant 100 décès.

Le même jour, une frappe de missiles drone tuait quatre personnes à l'agence du Waziristan du nord. « L'identité des quatre personnes tuées lors de l'attaque n'est pas connue... »[6]

Ces incidents ont eu lieu alors que le nouveau livre de Bob Woodward, Obama's Wars, révélait qu'« une armée secrète de 3 000 soldats paramilitaires afghans dirigés par la Central Intelligence Agency avait mené des raids outre-frontière au Pakistan ».[7]

Après une montée en intensité échelonnée sur deux ans et consistant en des opérations secrètes – des attaques par hélicoptères de combat et des raids menés par des équipes spéciales d'assassins – les États Unis et l'OTAN sont impliqués à l'heure qu'il est dans une guerre dans le nord du Pakistan qui bat son plein et qui ne peut être niée.

Le Pentagone – les hélicoptères utilisés lors des attaques des 25 et 26 septembre étaient des Apaches américains et des Kiowas – a défendu les frappes de la fin de semaine en prétendant qu'elles respectaient leurs règles d'engagement et le porte-parole du département de la Défense, le colonel Dave Lapan, a dit que les États-Unis suivaient le « protocole approprié » à la lettre et que « nos soldats ont le droit de se défendre. »[8]

Un porte-parole de l'ISAF avait d'abord nié que les forces de l'Alliance avait mené des attaques à l'intérieur des frontières pakistanaises, bien que les porte-parole de la police afghane aient confirmé le contraire. Le 27 septembre, par contre, l'ISAF a confirmé que les forces de l'OTAN avaient mené des frappes meurtrières. Alors que la troisième attaque par hélicoptères de l'OTAN avait lieu le jour même, « les porte-parole de la Coalition ont dit que les attaques outre-frontières étaient conformes à ses règles d'engagement puisque les insurgés les avaient attaqués au delà de leurs frontières ».[9]

Un porte-parole de l'OTAN a informé la presse que « les forces de l'ISAF ont le devoir et la volonté de défendre l'autorité, selon leur mandat, de se défendre lors de l'accomplissement de leur mission ».[10]

Mehmood Shah, un ancien porte-parole de la sécurité du gouvernement pakistanais dans la région où les hélicoptères de combat et les frappes de drones ont tué plus de 200 personnes dans moins d'un mois, a dit au sujet de ces dernières attaques de l'OTAN : « Ces incidents sont vraiment un point tournant. Ils [l'OTAN] doivent comprendre que la prochaine fois pourrait mener à la guerre. Il faut déployer nos unités de combat pour faire feu sur eux. Cette frontière est sacrée. L'OTAN doit réaliser qu'elle a un mandat pour opérer en Afghanistan et non au Pakistan. »[11]

Le 27 septembre, le ministre de la Sécurité, Rehman Malik, a dénoncé les raids de l'OTAN en tant que violations de l'intégrité territoriale et de la souveraineté nationale du Pakistan et a annoncé au sénat du pays que l'ambassadeur afghan à Islamabad serait convoqué afin d'expliquer ces attaques. Malik et le gouvernement pakistanais savent, somme toute, que l'administration de Hamid Karzaï à Kaboul ne contrôle aucunement les agissements des États Unis et de l'OTAN dans son propre pays, encore moins au Pakistan. Le commentaire du ministre de la Sécurité était pour consommation interne seulement, visant à calmer l'indignation populaire, mais comme le Pakistan lui- même est maintenant un partenaire de l'OTAN et un auxiliaire des États-Unis[12], ses représentants, comme ceux de l'Afghanistan, ne seront aucunement prévenus en cas de futures attaques.

Malgré tout, la pression interne a poussé Malik à dénoncer les attaques contre son pays et à affirmer : « Je considère que les attaques en territoire pakistanais sont une atteinte à la souveraineté du Pakistan. » Un sénateur de la Ligue musulmane pakistanaise de Nawaz « a demandé au gouvernement d'informer le parlement de l'existence de tout accord conclu avec les États-Unis qui autoriserait les attaques par drones ».[13]

De même, le porte-parole de l'Office des affaires étrangères du Pakistan, Abdul Basit, est allé encore plus loin et a contesté de façon officielle et sans équivoque auprès des quartiers généraux de l'OTAN à Bruxelles les frappes aériennes menées au cours de la fin de semaine, émettant une déclaration qui dit en partie : « Ces incidents représentent une nette violation et un non-respect du mandat de l'ONU qui autorise l'ISAF à agir », et que ce mandat « se termine/prend fin » à la frontière afghane.

« Il n'existe pas de règlement ou d'entente au sujet des poursuites.... Toute suggestion du contraire n'est pas basée sur les faits. De telles violations sont inacceptables. »[14]

Le soir du 27 septembre, suite aux plaintes soulevées par les Pakistanais, l'ISAF de l'OTAN a tenté de limiter les dégâts en revenant à la prise de position originale défendue par le bloc militaire à l'effet qu'elle n'avait pas mené d'attaques au Pakistan. Le jour même, elle avait envoyé deux autres hélicoptères de combat dans le but de mener un troisième raid dans les régions tribales.

L'OTAN poursuivra ses attaques meurtrières en sol pakistanais peu importe la cible et ne donnera ni avertissement ni excuse. Les États Unis continueront d'intensifier leurs attaques de missiles Hellfire contre quiconque, en se contentant de rapports inexacts, anecdotiques et intéressés.

Le nombre de morts au Pakistan pour le mois de septembre est bien au-delà de 200 et pour l'année il se situe à plus de 2 000. La justification donnée par les États-Unis et l'OTAN pour expliquer ce carnage est que celui-ci vise à prolonger la politique de Barack Obama visant à « désorganiser, démanteler et vaincre » les réseaux d'insurgés en Afghanistan jusqu'au Pakistan, prétendant ainsi mettre un terme plus rapidement à la guerre.

Il y a quarante ans, le prédécesseur d'Obama, Richard Nixon, commençait ainsi son discours annonçant l'expansion de la guerre du Vietnam au Cambodge : « Bonsoir, mes compatriotes américains. Il y a dix jours, dans mon rapport à la nation sur la question du Vietnam, j'ai annoncé la décision de retirer un autre 150 000 Américains du Vietnam dans l'année qui vient. J'avais dit à ce moment-là que je prenais cette décision malgré nos inquiétudes concernant les agissements de l'ennemi au Laos, au Cambodge et au Sud-Vietnam. Et à ce moment-là j'avais expliqué que si je devais constater que les agissements ennemis s'intensifiaient dans l'ensemble de ces régions et qu'ils mettaient en danger la vie des Américains qui devaient rester au Vietnam, je n'hésiterais pas à prendre des mesures fortes et efficaces pour régler la situation. »[15]

Il prétendait que des « sanctuaires ennemis » au Cambodge « mettaient en danger la vie des Américains qui étaient au Vietnam », et que « si cet effort de la part de l'ennemi s'avérait un succès, le Cambodge deviendrait une vaste région organisationnelle ennemie et un tremplin pour attaquer le Sud-Vietnam tout le long de sa frontière de 600 milles : un refuge vers lequel des troupes ennemies pourraient retourner pour fuir le combat sans craindre les représailles ».

Il avait commandé un déploiement pour « aller au coeur du problème, ce qui veut dire nettoyer les grands territoires vietnamiens et vietcong occupés, ces sanctuaires qui servent de bases pour mener des attaques contre les forces, tant cambodgiennes, américaines que sud-vietnamiennes, au Sud-Vietnam ».

L'application pratique de cette politique se résumait ainsi : « Nous avons mené des attaques cette semaine pour en finir avec les principaux sanctuaires ennemis sur la frontière du Cambodge et du Vietnam. »

Dans un langage très familier entendu récemment à Washington et à Bruxelles – seuls les pays ont changé de nom – Nixon avait déclaré : « Nous entreprenons cette action, non pas dans le but d'étendre la guerre jusqu'au Cambodge, mais dans le but de mettre un terme à la guerre au Vietnam... »

Washington étendit en effet la guerre du Vietnam jusqu'au Cambodge, avec les conséquences désastreuses que les peuples ne connaissent que trop bien, pour peu après déguerpir, vaincu, de l'Asie du sud-est, laissant derrière lui des régions entières du Vietnam et du Cambodge en ruines.

Le sort de l'Afghanistan et du Pakistan ne sera pas plus reluisant.

Notes
1. Radio Free Europe/Radio Liberty, le 12 novembre 2004
2.Le New York Times, le 27 Septembre 2010
3. Le New York Times, le 9 septembre 2008
4.
Meet the Press, le 10 mai 2010, http ://msnbc.msn.com/id/30658135
5.
Le Dawn News, le 28 septembre 2010
6. Le Daily Times, le 28 septembre 2010
7. Le Financial Times, le 27 septembre 2010
8. Associated Press, le 27 septembre 2010
9. Le New York Times, le 27 septembre 2010
10. Le Dawn News, le 27 septembre 2010
11. The Guardian, le 27 septembre 2010
12. « L'OTAN entraîne le Pakistan dans son réseau mondial », Stop NATO, le 23 juillet 2010
13. Le Dawn News, le 28 septembre 2010
14. Le Dawn News, le 27 septembre 2010
15. Richard M. Nixon, Discours sur l'incursion cambodgienne,
http ://www.americanrhetoric.com/speeches/richardnixoncambodia.htm
http ://www.
(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste
)
- Rick Rozoff,

 Stop NATO,

 28 septembre 2010 -

http://www.cpcml.ca/francais/Lmlq2010/Q40157.htm#2



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