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24/11/2010

n°464 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 23/11 : Début - : Le Sommet de l'OTAN à Lisbonne consacre le militarisme du XXIe siècle.


n°464 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 23/11 : Début - : Le Sommet de l'OTAN à Lisbonne consacre le militarisme du XXIe siècle.



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan

   n°464                                                                                                                             23/11/10

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Le Dossier " 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan " est visible  sur ...

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

d) un sommaire à :  http://www.palestine-solidarite.org/journaux.CathyetMarc....

cette page est accessible depuis la page d'accueil ( http://www.palestine-solidarite.org/ ) colonne de gauche.

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :

Tiré à part 

Ataulfo Riera : Le Sommet de l'OTAN à Lisbonne consacre le militarisme du XXIe siècle.

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Yahia Gouasmi : Afghanistan: La guerre perdue d'avance.

1-2 Le Monde : La partition de l'Afghanistan, une fausse bonne idée.

Suite

2 Histoire

2-1 Américains et Européens fêtent-ils la même Otan?

2-2 Peter Dale Scott et Robert Parry : États-Unis, deux siècles d’histoire de sang et de brutalité.

Fin

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Une guerre insensée entame sa dixième année….

3-2 Ben Laden, terroriste bon teint bon œil exhibé selon les besoins !

3-3 Roger Romain : 2008: 78 millions d'euros (plus de 3 milliards de f. belges) à la poubelle pour leur saloperie de guerre en AFGHANISTAN ...

3-4 Antonio Artuso : Le gouvernement sous la direction deStephen Harper a consacré 22 milliards de dollars en dépenses militaires.

3-5 Accords militaires Franco-britanniques: quand la France et la Grande-Bretagne rament à contre-sens au mépris de la sécurité de la planète.

3-6 Afghanistan : les "toubibs" s'expriment dans le Quotidien du médecin.

4 Annexe

4-1 Les familles de militaires à la loupe de la sociologie.


Avant propos

·                    Les militaires américains usent du terme générique- 'Al Qaida-' 'Taliban - pour désigner tous les résistants ...'


Tiré à part 

Ataulfo Riera : Le Sommet de l'OTAN à Lisbonne consacre le militarisme du XXIe siècle.

Le Sommet de l'OTAN au Portugal, réunissant les chefs d'Etats des 28 pays membres, a adopté « une nouvelle stratégie de défense et de sécurité » (« OTAN 2020 ») pour cette organisation criminelle internationale. Une stratégie « pour le XXIe siècle adaptée aux nécessités et aux dangers de la nouvelle ère globale », qui consacre définitivement son rôle de bras armé de la globalisation capitaliste et de gendarme planétaire des intérêts des grandes puissances impérialistes, Etats-Unis en tête. L'occupation et la guerre en Afghanistan se poursuit avec des moyens renforcés. La prise de décision interne pour mener de nouvelles opérations et interventions militaires – sur base d'une définition de la « sécurité » pour le moins élastique - sera simplifiée pour être accélérée et de nouvelles bases militaires seront établies à travers le monde.

Du « péril rouge » à la « menace terroriste »: justifier la guerre permanente

Créée le 4 avril 1949, l’OTAN était alors une organisation politico-militaire dirigée contre l’URSS sur le sol européen. Après la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, loin de se dissoudre, l’OTAN commence au contraire à étendre à la fois ses zones d'intervention et ses objectifs, qui vont de la défense des « approvisionnements en ressources vitales », à la lutte contre « la prolifération des armes de destruction massive » ou contre « le terrorisme ».

L’OTAN intègre également peu à peu les anciens pays membres du Pacte de Varsovie, l'ancien glacis défensif de l'URSS, reculant ses frontières jusqu'aux portes d'une Russie qui se sent ainsi encerclée et menacée. A partir de 1995, elle intervient directement dans le conflit en ex-Yougoslavie et le 24 mars 1998, elle déclenche une campagne de bombardements intensifs contre la Serbie, sans mandat de l’ONU.

En avril, 1999, le 50e sommet de l’OTAN adopte son premier « concept stratégique pour le XXIe siècle », qui transforme l’organisation initialement à vocation régionale en organisation militaire globale. Le 12 septembre 2001, suite aux attentats à New York, est mis en oeuvre de l’Article 5 de la Charte de l’OTAN sur la « solidarité mutuelle entre Etats membres » et le 20 décembre, le Conseil de sécurité de l’ONU confie à l’OTAN la conduite des opérations militaires en Afghanistan, consacrant ainsi sa première opération militaire de grande ampleur « hors zone» et, cette fois-ci, sous mandat des Nations Unies.

Afghanistan: L'OTAN est le problème, pas la solution

L'Alliance s'embourbe dans un conflit qu'elle ne peut pas gagner et qui s'étend de plus en plus au Pakistan, constituant ainsi un foyer de déstabilisation permanente dans la région, justifiant ainsi en retour sa présence permanente, ce qui est bien son objectif. Mais en attendant, ce sont les populations civiles qui payent le prix fort de ce « Grand Jeu » pour le contrôle de la zone géostratégique essentielle de l'Asie Centrale et de ses ressources. Selon les Nations Unies, depuis 2001, plus de 10.000 Afghans sont morts à cause de la guerre, dont 2.400 rien qu'en 2009. Près de 300.000 personnes ont quitté leur pays depuis 2001, la grande majorité survivant dans des camps de fortune au Pakistan. Une infime partie de ces exilés tente sa chance en Europe, où ces mêmes gouvernements qui détruisent leur pays se refusent à leur accorder le droit d'asile.

En dépit des farces électorales, c'est l’occupation militaire internationale qui permet, seule, la survie du régime du président fantoche Amid Kharzaï. L'OTAN impose ainsi à la population un régime despotique, réactionnaire et corrompu et une économie libérale de marché qui a totalement échoué à réduire la misère. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la situation humanitaire a empiré depuis que les opérations de l'OTAN ont débutées: 61% de la population souffre de malnutrition chronique, 65% n'a pas l'accès à l'eau potable. Quant au droit des femmes, utilisé comme prétexte pour l’intervention militaire de 2001, leur situation s’est dégradée sous de nombreux aspects. Mais qui s’en soucie aujourd’hui?

L’Alliance militaire déclare mettre tout en œuvre pour reconstruire un pays... qu’elle détruit activement par ailleurs. Mais le déséquilibre entre l’effort militaire et l’aide civile est béant : depuis 2001, 140 milliards de dollars ont été dépensés pour la guerre et seulement 7 milliards pour «l’aide civile»… et 40% de cette aide est consacrée à payer des entreprises capitalistes étatsuniennes et européennes, qui ont remporté ainsi de juteux contrats. La technique est désormais bien rodée, ces entreprises « reconstruisent » ce que l'OTAN, qu'elles suivent comme des charognards, a détruit. La décision, prise au Sommet de Lisbonne, de renforcer les capacités « civiles » de l'Alliance n'a pas d'autre but que d'institutionnaliser ce partage des rôles.

Fer de lance de la prolifération nucléaire et de la course aux armements

L’OTAN possède aujourd’hui 480 missiles nucléaires déployés dans 5 pays (dont la Belgique). Malgré l'opposition des populations concernées, elle relance activement la course aux armements nucléaires entre les grandes puissances, avec la construction d'un bouclier antimissile en Pologne et en Tchéquie qui coûtera la bagatelle de près de 800 millions d'euros.

Les dépenses militaires cumulées des membres de l’Alliance s’élevent quant à elles à plus de 1.000 milliards d'euros et, malgré la crise, ses 28 Etats membres se sont engagés à consacrer jusqu'à 2% de leur budget à leur machine de guerre. De plus, l'institutionnalisation du financement de l'OTAN implique que les budgets consacrés par les gouvernements des Etats membres à l'Alliance échappent à tout contrôle ou opposition des parlements nationaux.

L’Union Européenne complice

Tous les traités européens consacrent l’OTAN comme le cadre privilégié de la coopération militaire. Le Traité de Lisbonne affirme que l’OTAN « reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en oeuvre ».

Les Etats européens avalisent le déploiement du système antimissile US en Pologne et en République Tchèque ainsi que l’élargissement géographique de l’OTAN; ils acceptent que les définitions de ses missions soient toujours plus globalisées pour en faire l’instrument principal au service de la politique de domination économique, politique et militaire des USA et de leurs alliés. 25 des Etats membres de l’UE sur 27 ont envoyé des troupes en Afghanistan; plus de la moitié des soldats étrangers présents sont européens... et parmi eux 600 militaires belges et plusieurs avions de combat « humanitaires ».

Revendiquer, comme le font la plupart des Partis Socialistes ou des partis Verts, la construction d'une « véritable politique de sécurité et de défense européenne », indépendante face à l'OTAN parce que cette dernière est dominée par les Etats-Unis, est donc absurde. En quoi l’impérialisme et le militarisme européens sont-ils plus « démocratiques », « humanitaires » et « acceptables »? Il ne s'agit pas de défendre un bloc impérialiste contre un autre, mais bien de mobiliser contre l'OTAN, « l'Europe de la défense » et le militarisme qu'ils incarnent l'un et l'autre à la perfection.

Assez d’argent pour la guerre!

L'OTAN, on le voit, constitue une menace tangible pour la paix. C'est un instrument de domination profondément non démocratique et hors de tout contrôle des institutions parlementaires des pays membres. En Belgique,  comme l'a dénoncé la CNAPD, le gouvernement « en affaires courantes » a refusé de soumettre à la discussion parlementaire le contenu de sa note préparatoire au Sommet de Lisbonne, dont les décisions seront pourtant lourdes de conséquences. Vous avez dit, démocratie?

L'adoption du nouveau concept stratégique de l'OTAN intervient au moment où la crise du capitalisme accroît les tensions commerciales, sociales et guerrières dans le monde et la fuite en avant dans la course aux armements, pour le seul profit du complexe militaro-industriel. En 2009, 1.531 milliards de dollars ont été dépensés en armements dans le monde (+50% par rapport à 2000). Or, une infime partie de ces moyens suffirait à répondre aux besoins les plus criants. 15 milliards de dollars par an suffisent pour fournir de l'eau potable à tous les humains; 20 milliards pour éradiquer la faim et la malnutrition et 12 milliards pour éduquer tous les enfants. La folie et l'irrationalité du capitalisme s'illustrent de manière particulièrement tragique dans ces quelques chiffres. Le combat contre la guerre et l’impérialisme est indissociable de la lutte contre un système capitaliste qui engendre ces crises, cette misère et ces injustices criminelles.

La dissolution de l'OTAN est plus que jamais un objectif nécessaire. La sécurité des peuples ne peut être assurée que par des réponses politiques et sociales; elle doit se baser sur la solidarité, le respect des droits démocratiques les plus larges, sur la justice sociale et la satisfaction des besoins sociaux. Ce que le système actuel est bien incapable d'assurer – d'autant plus avec la crise et l'explosion de ses contradictions -, ce pourquoi il maintient et renforce un instrument aussi nuisible que l'OTAN.

Ataulfo Riera

21 Novembre



1  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Yahia Gouasmi : Afghanistan: La guerre perdue d'avance.
Dans un enregistrement daté du 27 octobre 2010, Ben Laden s’en prend nommément et exclusivement à la France.

Les griefs portent sur l’interdiction de la Burqa en France, et sur la participation de notre pays à la guerre en Afghanistan. La prise d’otages français au Niger par le groupe dit « Al-Qaida au Maghreb islamique » est également mentionnée. La participation militaire de la France à ce que Ben Laden appelait « La guerre de Bush » semble être en réalité le cœur du problème. Une question se pose alors : que fait la France en Afghanistan ?  Autrement dit : pourquoi sommes-nous entraînés dans ce conflit ?
Cinquante militaires français ont déjà été tués au cours de cette guerre qui n’ose pas dire son nom. Il s’agit, officiellement, d’une participation française aux côtés des États-Unis. Cela a ainsi permis que l’intervention de M. Sarkozy aux côtés de Bush, puis d’Obama, échappe à tout contrôle de l’Assemblée nationale, et à tout vote. Le résultat de ce dernier n’aurait certes pas fait de doute, compte-tenu de la majorité UMP à l'Assemblée, mais il aurait au moins permis un débat. Cela aurait contraint chaque parlementaire à prendre ses responsabilités, et donc à en répondre si nécessaire devant les familles endeuillées, et devant l’opinion publique. On observe d’ailleurs que la prétendue opposition, notamment le Parti Socialiste, ne souhaite pas gêner M. Sarkozy sur cette question. Où sont en effet les interventions de leurs parlementaires ?  Pourquoi n’exigent-ils pas un retrait immédiat de nos troupes après chaque mort ?  Il s’agit donc d’une vraie guerre, non déclarée, poursuivie dans le dos de la représentation nationale mais avec sa totale complicité : une guerre dont il faut chercher à comprendre les vrais buts.
Certains nous affirment qu’un des objectifs de la participation française à ce conflit est l’établissement de la « démocratie » en Afghanistan, et en particulier la libération des femmes afghanes du port de la Burqa !  A ceux-là, nous répondons que les pires guerres coloniales et impérialistes se sont toujours faites au nom du « droit » et de la « démocratie ». Les millions de tués, autrefois en Algérie ou au Vietnam, et aujourd’hui essentiellement dans les pays musulmans (Palestine, Iraq, Afghanistan), témoignent largement de l’hypocrisie d’un tel argument. Par ailleurs, chaque peuple a ses propres traditions en matière de démocratie. Notre « démocratie parlementaire » à la française est totalement étrangère aux traditions afghanes, et semble même le devenir pour une grande partie des Français, de plus en plus sceptiques. Les dernières grèves et manifestations massives en France ont ainsi montré la coupure entre la majorité de la population d'une part, et le gouvernement et le Parlement d'autre part.
Quant au port de la Burqa, il s’agit d’un usage propre à ce pays, et dont la décision de son maintien ou de sa suppression revient exclusivement aux Afghans. Que penserait-on d’une agression militaire contre la France pour supprimer le port de la mini-jupe ? 

Les objectifs de cette guerre sont en réalité ailleurs…
Ces objectifs sont d'abord géopolitiques. L’Afghanistan est en effet le passage obligé des oléoducs et gazoducs reliant les Républiques d’Asie Centrale aux tankers américains et occidentaux. Le Pakistan, pays musulman possédant l’arme atomique, acquiert par ailleurs une importance de premier plan. Déjà, des observateurs occidentaux craignent – ou font semblant de craindre – que la bombe pakistanaise ne tombe aux mains de résistants ou prétendus tels. A partir de là, toutes les manipulations et provocations sont envisageables, y compris un attentat nucléaire (en Europe par exemple) facilement imputable aux « islamistes ». Un 11 septembre bis qui créerait un choc psychologique, et permettrait à l’USraël de relancer la machine…
Les objectifs de cette guerre sont également économiques. On connait en effet les immenses réserves en matières premières (dont certaines sont très rares) du sous-sol afghan, lesquelles représentent un véritable enjeu pour plusieurs grandes puissances, dont les États-Unis et la Chine. A cet enjeu, s’en ajoutent d’autres : l’encerclement de l’Iran, la mainmise américaine sur l’ensemble afghano-pakistanais, ou encore la culture et le trafic du pavot dont les immenses profits ont souvent financé les guerres occultes de la CIA et le système bancaire international.
Il ne faut pas oublier les aspects psychologiques et symboliques non négligeables : dominer, assujettir, en un mot « mater » des pays musulmans en les maintenant dans une mentalité de soumis et d’éternels occupés.
L'engagement de notre pays dans cette guerre illustre l’alignement total de la politique étrangère de Sarkozy sur celle de Washington. Les soldats français en Afghanistan, sous direction et contrôle nord-américain, ne sont que des supplétifs, des auxiliaires. Tout le monde sait qu’un jour ou l’autre – et ce jour est proche – les Américains se retireront d’Afghanistan, comme s’en sont retirés les Soviétiques en leur temps. Déjà, la presse américaine fait état de négociations dans certaines régions afghanes, entre le pouvoir de Kaboul et des chefs résistants. Ces négociations ne peuvent se faire qu’avec l’accord et la protection nord-américaine. Alors pourquoi attendre le retrait – inévitable – des Américains pour retirer nos propres troupes ?  Combien faudra-t-il encore de morts jusqu’aux élections présidentielles de 2012 pour rapatrier nos soldats, et sortir de ce bourbier ?
La participation de la France de M. Sarkozy à la guerre américaine en Afghanistan a des conséquences négatives pour notre pays. La France est non seulement perçue comme un ennemi dans tout le monde musulman, mais également comme un auxiliaire des États-Unis qui voudrait en faire plus que son maître. Les effets de cette politique sont déjà perceptibles : prise d’otages français au Sahel (des Français travaillant à l’extraction de l’uranium au Niger), perte de toute crédibilité de notre politique (la France apparaît désormais, sur le plan international, comme étant incapable de proposer quelque solution alternative que se soit)… Tout cela ne fait que creuser davantage le fossé entre notre pays et les pays musulmans, alors que des politiques antérieures nous donnaient une image relativement positive dans les capitales arabes, et plus généralement chez tous ceux qui n’acceptent pas la domination nord-américaine.
La guerre de la France en Afghanistan n’est peut-être pas sans liens avec les campagnes islamophobes que connaît notre pays depuis un certain temps. Tantôt de manière ouverte, tantôt de manière plus insidieuse, on désigne le musulman comme étant l’ennemi. On tend à faire croire aux Français que la guerre menée à Kaboul devra un jour se mener aussi à Paris. Cette politique est catastrophique, et on en voit déjà les effets chez nous : désignation d’un bouc émissaire, préfigurant des conflits communautaires auxquels une propagande semble déjà nous préparer.
En conclusion, lorsque les Américains se retireront d’Afghanistan, le gouvernement de M. Sarkozy y aura sacrifié des vies humaines, et fait perdre à la France la totalité de son crédit dans le monde musulman. A qui tout cela profite ?  A ceux qui ont toujours su provoquer et instrumentaliser, à leur profit exclusif, des guerres menées par d’autres : le lobby sioniste.

Yahia Gouasmi

Lundi 1er novembre 2010

Source : P.A.S.


1-2 Le Monde : La partition de l'Afghanistan, une fausse bonne idée.

nb : Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage l'analyse des auteurs mais doit être vu comme information

Un spectre hante l'Afghanistan : la partition.

A mesure que la guerre s'enlise, l'idée de diviser le pays selon des lignes de clivage ethnique progresse. Aux yeux de ses promoteurs, elle seule permettrait d'éviter la reconquête intégrale de l'Afghanistan par les résistants. Le projet est à ce stade purement théorique, mais il faut prendre au sérieux sa lente maturation, sur le terrain afghan comme chez certains analystes occidentaux. Car il peut s'imposer comme l'ultime recours, si la situation politico-militaire devait évoluer dans un sens contraire aux intérêts occidentaux ou aux minorités ethniques afghanes. Or une telle formule est le type même de la fausse bonne idée.

Elle serait même la recette d'un nouveau chaos.

L'Afghanistan est une nation multiethnique composée de quatre grands groupes : les Pachtouns (environ 45 % de la population), les Tadjiks (23 %), les Hazaras chiites (10 %) et les Ouzbeks (8,5 %). En gros, les Pachtouns sont concentrés dans le sud du pays et les non-Pachtouns dans le nord. L'insurrection recrutant principalement chez les Pachtouns, on devine aisément la conclusion qu'en tirent les tenants de la partition. Devant l'impasse actuelle, ces derniers recommandent d'abandonner le Sud pachtoun aux résistants pour mieux sanctuariser l'OTAN dans le Nord à majorité non-pachtoune, où l'insurrection est plus limitée.

Ce scénario de la fracture géographique est le plus radical des "plans B" qui fleurissent à la veille de la grande révision stratégique annoncée par l'administration Obama à la fin de l'année. Divergents dans leurs conclusions, tous ces "plans B" partagent le même présupposé : il faut renoncer à la chimérique vision du State building (construction de l'Etat) et à la trop ambitieuse doctrine de la contre-insurrection (gagner le "coeur" des communautés locales) pour se recentrer sur l'intérêt sécuritaire "vital" de l'Occident en Afghanistan, à savoir prévenir le retour des camps d'Al-Qaida. Or cet objectif premier - et accessoirement le but originel de l'intervention militaire en Afghanistan déclenchée par les attentats du 11-Septembre - passe, pensent ces auteurs, par un affaiblissement ou un contournement de l'Etat central afghan et non par son renforcement. C'est un brutal renversement de perspective au regard de toute l'entreprise politique conduite en Afghanistan par la communauté internationale depuis 2001.

Quatre textes importants, publiés récemment, illustrent cette nouvelle pensée sur le devenir afghan. Dans la hiérarchie de l'audace, le premier - A New Way Forward, rapport signé de l'Afghanistan Study Group, un panel d'experts américains - récuse l'option de la construction de l'Etat et la "création d'un Etat afghan unifié" pour préconiser un "pouvoir décentralisé". Le deuxième, un article ("Defining Success in Afghanistan") de la revue Foreign Affairs (juillet-août) signé de Stephen Biddle, Fotini Christia et J. Alexander Thier, propose de renforcer l'"autonomie locale", évoquant même l'idée d'une "souveraineté mixte " entre l'Etat central et les pouvoirs régionaux.

Le troisième texte, une tribune (10 septembre) dans l'International Herald Tribune de John Chipman, directeur de l'International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres, appelle de ses voeux un "Etat plus fédéral" avec un "redéploiement" dans le Nord des troupes étrangères dont la mission (de type "force deréaction rapide") se limiterait à "dissuader" les résistants du Sud d'élargir leur zone d'influence. Enfin, le dernier texte, paru sur le site américain Politico sous la signature de Robert Blackwill, ex-conseiller adjoint pour la sécurité nationale de George W. Bush, radicalise la réflexion en proposant sans fard une "partition de facto" entre un Sud taliban et un Nord antitaliban. Comme John Chipman, Robert Blackwill suggère que la prévention du risque Al-Qaida dans le Sud s'organise à partir de cette place forte pro-occidentale du Nord. "Le ciel de l'Afghanistan pachtoun doit être noir de drones et d'avions de la coalition", écrit-il.

Cette littérature relèverait de la fantaisie académique si elle ne rencontrait un écho en Afghanistan, au sein des communautés non-pachtounes. Ces dernières s'inquiètent de plus en plus de la perspective d'un retour au pouvoir des résistants qui réinstallerait l'hégémonie historique des Pachtouns sur l'Afghanistan. La montée des tensions ethniques dans le Nord entre, d'un côté, les Tadjiks, Hazaras et Ouzbeks et, de l'autre, les poches minoritaires pachtounes - porte d'entrée des incursions talibanes - conforte les chantres séparatistes d'une sorte de Ligue du Nord à l'afghane.

Il faut être conscient du risque.

Une partition ouvrirait une boîte de Pandore, rallumant une guerre interethnique dont l'Afghanistan a déjà souffert, dans les années 1990, après le départ des Soviétiques. L'imbrication et l'emboîtement des communautés sont tels qu'une reconfiguration des territoires se traduirait inévitablement par un "nettoyage ethnique". Plutôt que d'être "dissuadés", les résistants auraient toutes les chances de profiter de ce nouveau chaos en se posant en hérauts authentiques du nationalisme afghan. Périlleux retour de flamme.

02.11.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/11/02/la-partition-de-l-Afghanistan-une-fausse-bonne-idee_1434318_3232.html



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