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27/12/2010

n°3 - Dossier Wikileaks - 26-12 - Début - Qu’est-ce que Wikileaks?

 

n°3 - Dossier Wikileaks - 26-12 - Début - Qu’est-ce que Wikileaks?


       L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 

                                                       



 Dossier Wikileaks

                                    n°3                                                  26-12

                                       C.De Broeder & M.Lemaire   



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

Tiré à part

Vers le contrôle d’Internet - Rôle de Wikileaks dans la « fabrique de la contestation »

Wikileaks : héros ou escrocs ?

1 Pays

France

Le Monde « oublie » un document WikiLeaks sur… les médias français.

Israël

Djerrad Amar : Israël, l'un des rares pays épargnés. 

Irak 

WikiLeaks : Armes en Irak, les estimations erronées d'Israël.

Liban

Ibrahim al-Amine : Le « 14 mars » dans le Wikileaks « libanais »:Des informateurs du dixième rang.

Yémen

WikiLeaks : les stocks radioactifs du Yémen sont des cibles faciles pour Al-Qaïda.  

2 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

2-1 Vidéo : Wikileaks et Cantona servent-ils à quelque chose?

L’avis de Michel Collon

http://www.dailymotion.com/video/xg7v0u_wikileaks-et-cantona-servent-ils-a-quelque-chosey_news#from=embed

2-2 WikiLeaks, le faux-monnayeur de l’information.

2-3 Julien Salingue : La tempête WikiLeaks et la girouette.

3  Dossier

3-1 Ne tirez pas sur le messager qui révèle des vérités qui dérangent.

3-2 Cecilia Escudero : Qu’est-ce que Wikileaks?

3-3 Julian Assange: « Nous allons publier des informations sensibles sur la guerre de juillet 2006 ».

5  Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

5-1 Jonathan Azaziah : Wikileaks ?

5-2 Alain Gresh : La prochaine guerre.

 



Tiré à part

Vers le contrôle d’Internet - Rôle de Wikileaks dans la « fabrique de la contestation »

Le contrôle d’internet est l’un des objectifs de la « Guerre de l’Information » dans laquelle Wikileaks/ Julian Assange joue un rôle prépondérant mais aussi dans la « fabrique de la contestation » ce qu’analyse avec justesse et clairvoyance Michel Chossudovsky dans « Who is Behind Wikileaks ».

Actuellement l’ONU fait l’objet de pressions de la part d’un certain nombre d’états membres pour créer en son sein un organisme pour « faire la police » sur internet. Ces pays évoquent les fuites de Wikileaks comme raison principale d’un contrôle plus strict d’internet.

La demande vise la création d’un « groupe de travail » qui comprendrait seulement des responsables gouvernementaux qui discuteraient entre eux comment établir un consensus dans leur « politique publique internationale « pour internet. En d’autres termes les gouvernements seraient amenés à décider de ce qui serait effectivement publié sur internet.

Alors il y a-t-il derrière tout le buzz médiatique des « fuites « de Wikileaks un plan visant à limiter la liberté de publication sur internet ? Le Pentagone a déjà qualifié Assange de « cyber terroriste » on parle de poursuites contre lui aux US pour « espionnage ».

Alors des « fuites » orchestrées sur internet pour réclamer plus de contrôle et à long terme le monopole des médias de masse complices sur tous les contenus internet devenu payants ?

Dans un article publié le 13/12/2010 sur Global Research intitulé « Who is Behind Wikileaks » - Qui est Derrière Wikileaks- Michel Chossudovsky fournit des informations clés sur cette organisation et en conclusion donne un avis clairvoyant sur ce processus de « fuites ».

Ci-dessous traduction du paragraphe « Manufacturing Dissent ».

... « Fabrique de la Contestation »

Wikileaks présente les caractéristiques essentiels d’un processus de « contestation fabriquée ». Il cherche à exposer les mensonges du gouvernement. Il a publié d’importantes informations sur les crimes de guerre US. Mais une fois que le projet a été intégré dans le moule du journalisme de masse il est utilisé comme un instrument médiatique de désinformation.

« C’est dans l’intérêt des élites des multinationales d’accepter la contestation et les protestations comme un élément du système tant qu’elles ne menacent pas l’ordre social établi. L’objectif ce n’est pas de réprimer la contestation mais au contraire de façonner et modeler le mouvement de protestation pour établir les limites externes de la contestation. Pour maintenir leur légitimité les élites économiques favorisent une opposition limitée sous des formes contrôlées... Cependant pour être efficace le processus de la « fabrique de la contestation » doit être prudemment régulé et contrôlé par ceux qui sont visés par le mouvement de protestation »

Voir Michel Chossudovsky "Manufacturing Dissent" : the Anti-globalization Movement is Funded by the Corporate Elites, September 2010

Ce que l’examen de ce projet Wikileaks suggére aussi c’est que les mécanismes de la propagande du Nouvel Ordre Mondial sont devenus de plus en plus sophistiqués surtout en ce qui concerne son agenda militaire.

Désormais ils ne reposent plus sur une suppression directe des faits concernant les crimes de guerre des US-OTAN. Ils ne nécessitent plus non plus que les responsables gouvernementaux aux échelons les plus élevés dont la secrétaire d’état soient protégés. Ils peuvent être remplacés. Les politiciens du Nouvel Ordre Mondial sont d’une certaine façon « jetables ». On peut les remplacer. Ce qui doit être protégé et soutenu ce sont les intérêts des élites économiques qui contrôlent l’appareil politique dans les coulisses.

Dans le cas de Wikileaks, les faits se trouvent dans les données bancaires ; un grand nombre de ces faits particulièrement ceux concernant les gouvernements étrangers servent les intérêts de la politique étrangère US. D’autres faits ont tendance d’un autre côté à discréditer l’administration des US. En ce qui concerne les informations financières la publication de données concernant une banque en particulier à l’instigation de Wikileaks, par une institution financière rivale, pourrait être potentiellement utilisée pour déclencher l’effondrement ou la banqueroute d’une institution financière ciblée.

Tous les faits-wiki sont sélectivement rédigés, puis ils sont « analysés » et interprétés par des médias qui sont au service des élites économiques.

Tandis que les nombreux morceaux d’informations contenus dans la banque de données de Wikileaks sont accessibles, le public dans son ensemble ne prendra pas la peine de consulter et scanner ces informations de la banque de données de Wikileaks. Le public lit les sélections d’informations rédigées et les interprétations présentées dans les principaux organes de presse.

Ce qui est présenté c’est une vue partiale et biaisée. La version rédigée est acceptée par l’opinion publique car elle est basée sur ce qui est défini comme « une source fiable » alors qu’en fait ce qui est présenté dans les pages des principaux journaux et chaînes TV ce sont des distorsions fabriquées et compliquées de la vérité.

Des formes limitées de débat critique et de « transparence » sont tolérées tandis qu’il s’agit de faire accepter par le public dans son ensemble la politique étrangère des US, incluse leur « guerre contre le terrorisme ». Pour ce qui est d’une grande partie du mouvement anti guerre US, cette stratégie semble avoir réussi : « nous sommes contre la guerre mais nous soutenons la guerre contre le terrorisme ».

Ce que cela signifie c’est que la vérité dans les médias ne peut exister qu’en démantelant l’appareil de propagande — i.e. Casser la légitimité des médias de masse qui soutiennent les vastes intérêts des élites économiques de même que les plans militaires mondiaux de l’Amérique.

A notre tour nous devons nous assurer que la campagne contre Wikileaks aux US, se servant de la loi sur l’Espionnage de 1917 ne sera pas utilisée comme moyen de mener une campagne pour contrôler l’internet. C’est pour cela que nous devons aussi rester fermes pour empêcher les poursuites judiciaires de Julian Assange aux Etats Unis. »

dimanche 19 décembre 2010

Zone-7

(Source : Planète Non Violence)

http://www.newsoftomorrow.org/spip.php?article9427

 


Wikileaks : héros ou escrocs ?

J’ai résisté pendant plusieurs semaines aux sirènes du buzz "Wikileaks" ; mais mes fils RSS se sont inexorablement remplis à 80% d’articles directement ou indirectement liés à ce sujet. J’ai donc décidé de boire la tasse jusqu’au bout, et de m’offrir une cure intensive de Wikileaks avant de passer à autre chose. Le lecteur légitimement agacé de la récurrence de ce sujet pourra arrêter ici la lecture de ce billet.

Commençons par un focus sur la naissance mouvementée de Wikileaks, qui en dit déjà long sur les orientations du projet.

4 octobre 2006 : Wikileaks.org est enregistré par John Young, co-fondateur de Wikileaks et fondateur de Cryptome.org, autre site bien connu pour dévoiler des documents confidentiels. Le projet Wikileaks ne possède à ce stade aucun site web ni aucune visibilité extérieure : tout se passe sur une liste de diffusion privée, où les premiers membres définissent de concert les lignes directrices du projet. Le principe fondateur est de dévoiler des documents confidentiels dérobés à des gouvernements, mais pas n’importe lesquels : "les gouvernements autoritaires non-occidentaux" ["our focus is on non-western authoritarian regimes"]. L’idéologie qui soude les membres fondateurs est basée sur le principe que le secret est forcément nuisible à la démocratie. Le groupe s’efforce dans un premier temps de mettre en place des outils et des mécanismes permettant de protéger leurs sources.

décembre 2006 : Wikileaks se dévoile au grand public avec la diffusion d’un document volé à l’un des leaders d’un tribunal islamique en Somalie. Dans leurs interviews initiales, les porte-paroles de Wikileaks affirment posséder plus d’un million de documents confidentiels dérobés à des gouvernements. En privé, Julian Assange déclare vouloir obtenir $5 millions en donations sur les six premiers mois ; un objectif excessif qui fait claquer la porte du projet à John Young, qui accuse Wikileaks d’être à la solde de la CIA : selon lui, il n’y a qu’une manière pour un site naissant d’acquérir autant d’argent en si peu de temps, c’est d’être financé par un service d’Etat. Julian Assange répond à ces accusations par "Si escroquer la CIA peut être utile au projet, alors nous l’escroquerons" ["If fleecing the CIA will assist us, then fleece we will"], et ajoute "Nous avons déjà des soutiens de la part du NED (National Endowment for Democracy), du CFR (Council on Foreign Relations), de la Freedomhouse et d’autres tétines de la CIA" ["We have pullbacks from NED, CFR, Freedomhouse and other CIA teats"]. Young met à disposition ici et ici des archives complètes des e-mails échangés par les fondateurs de Wikileaks lors des premières semaines du projet.

Avant 2006, des documents mentionnent Assange tantôt en tant que président de l’Australian National Cognitive Facility, tantôt de l’Australian Institute for Collaborative Research, deux organismes très discrets domiciliés à une même boîte postale australienne, et dont on trouve fort peu de traces sur le web. Autant dire qu’on ne sait pas grand chose du passé d’Assange, en dehors de sa "carrière" de hacker, qu’il raconte dans son livre "Underground" publié en 1997.

Après la fondation de Wikileaks s’ensuivent plusieurs années plus ou moins intéressantes, où Wikileaks va dévoiler des documents confidentiels de diverses sources. Ce qui nous amène aux polémiques actuelles et aux événements de ces dernières semaines, qu’on pourra résumer de la manière suivante :

Début juin, l’arrestation de Manning (l’analyste qui avait transmis à Assange des dizaines de milliers de documents confidentiels sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak), trahi par Adrian Lamo, est rendue publique. Kevin Poulsen dévoile dans son article que Manning avait également transmis à Wikileaks 260.000 câbles diplomatiques confidentiels ; mais la publication des câbles ne débutera que le 28 novembre. Entre temps, les ennuis ont commencé pour Assange : le mandat d’arrêt international contre lui, émis fin août par les autorités suédoises et annulé le lendemain même, refait surface le 1er septembre. On apprendra plus tard que l’une des plaignantes aurait des liens avec la CIA. Wikileaks en prend également pour son grade : un pirate patriote, "Th3j35t3r", s’en prend d’abord à Wikileaks et met le site hors ligne pendant plusieurs heures, avant de revendiquer l’attaque. Wikileaks quitte alors son hébergeur pour migrer sur la plateforme EC2 d’Amazon, pour s’en faire bannir à peine deux jours plus tard. Le domaine Wikileaks.org est suspendu, Paypal, MasterCard et Visa coupent le robinet financier et cessent d’accepter des dons pour l’organisation. Les sites miroirs se multiplient — pas loin de 1700 à l’heure où j’écris cet article. Des pirates, les "Anonymous", entament des attaques de déni de service contre les sociétés qui sont hostiles à Wikileaks — quelques milliers de volontaires sont enrôlés pour l’occasion ; puis les Anonymous changent de stratégie en incitant les volontaires à dupliquer les mémos sensibles le plus possible afin de rendre impossible leur suppression. Parallèlement, deux anciens de Wikileaks claquent la porte et fondent OpenLeaks, un projet concurrent. La dissidence interne chez Wikileaks se fait en effet sentir depuis des mois, l’attitude dictatoriale d’Assange étant dénoncée par ses proches collaborateurs. On apprend ainsi qu’Assange vivrait rubis sur l’ongle, avec pas moins de $225.000 de dépenses personnelles, de voyages en première classe, d’hôtels de luxe et de vêtements rien que pour l’année 2009 ; tandis que le supposé soutien financier au soldat Manning peine à arriver.

Et pour couronner le tout, Dimitry Medvedev a publiquement annoncé en décembre que Julian Assange devrait être candidat au Prix Nobel de la paix ! Une déclaration qui tente certainement de calmer le jeu après qu’Assange ait déclaré à un journaliste moscovite que le Kremlin devait se préparer à une nouvelle série de fuites concernant la Russie...

Toute cette agitation, rappelons-le, a pour origine la publication :

de câbles relatant les manies et les petits défauts de chefs d’Etat du monde entier. Des "informations" dont, au mieux, on rit, mais qui ont leur place dans des magasines people, pas dans des journaux sérieux ;

d’un câble en particulier, vivement critiqué, listant les infrastructures mondiales jugées comme critiques pour les Etats-Unis. Mais ne cherchez pas de scoop : on apprend de cette liste que les grands ports internationaux sont des enjeux critiques, au même titre que l’industrie pharmaceutique, les câbles sous-marins, et même les ponts. Mais point de bunkers ou de sites militaires secrets. La publication de cette liste a été vivement critiquée comme pouvant faciliter un attentat. Si c’est le cas, à ce titre, il faut également interdire la publication des annuaires et des cartes maritimes et routières : tout est dedans !

de plusieurs câbles, publiés en tout début de crise, portant sur la politique extérieure américaine : on y apprend par exemple que des pays arabes, dont l’Arabie Saoudite, ont fait pression sur les Etats-Unis pour intervenir contre l’Iran ; que la Corée du Nord aurait vendu à l’Iran une technologie de missiles pouvant transporter des charges nucléaires ; que la Chine serait prête à revoir son alliance avec la Corée du Nord ; que le piratage de Google aurait vraisemblablement été commandité par le gouvernement chinois ; etc, etc. Des informations certes confidentielles, mais en rien embarrassantes pour les Etats-Unis, bien au contraire, puisqu’elles rendraient presque sympathique leur politique extérieure au moyen-Orient et en Asie.

Résumons donc cette agitation à cette observation : les seuls vrais scoops publiés par Wikileaks ces derniers mois sont très favorables aux Etats-Unis.

Cette agitation a pour le moment réussi à occulter les questions suivantes :

Le premier principe de Wikileaks était de s’attaquer à des gouvernements autoritaires non-occidentaux. Comment Assange en est-il arrivé à mener une croisade contre un état (à peu près) démocratique et occidental, les Etats-Unis ?

Le second principe de Wikileaks était le refus radical du secret comme principe de gouvernance. Comment Wikileaks a-t-il pu lui-même devenir une organisation secrète, au financement opaque, et dont les membres sont pour la plupart restés anonymes ? Et d’où vient l’argent ?

Si les révélations de Wikileaks sont aussi fracassantes que ce qu’en disent les gouvernements du monde entier, comment se fait-il que rien n’ait été fait pour empêcher la diffusion de ces documents, qui était pourtant annoncée depuis des mois ?

15 décembre 2010

NewsOfTomorrow

(Source : ZDNet)

http://www.newsoftomorrow.org/spip.php?article9419



1 Pays

France

Le Monde « oublie » un document WikiLeaks sur… les médias français.

Depuis le 28 novembre, le journal le Monde publie chaque jour un ou plusieurs articles traitant des « révélations » du site fondé par Julian Assange.

Le quotidien du soir est l’un des partenaires de WikiLeaks, aux côtés du Guardian, du New York Times, d’El Pais et du Spiegel.

Critiqué par nombre de ses pairs, le Monde a justifié ainsi sa démarche : « A partir du moment où cette masse de documents a été transmise, même illégalement, à WikiLeaks, et qu’elle risque donc de tomber à tout instant dans le domaine public, Le Monde a considéré qu’il relevait de sa mission de prendre connaissance de ces documents, d’en faire une analyse journalistique, et de la mettre à la disposition de ses lecteurs ».

Mais la sélection réserve parfois des surprises…

La tempête politico-médiatique déclenchée par la publication des documents WikiLeaks semble donner raison, a posteriori, au Monde, notamment contre tous ceux qui ont tenté d’affirmer, malgré les évidences, que les télégrammes révélés par WikiLeaks « ne nous apprenaient rien ».

Il s’avère néanmoins que le Monde a « oublié » un câble adressé au Secrétariat d’Etat états-unien par l’ambassade des Etats-Unis à Paris. C’est le câble 07PARIS306, consultable (en anglais) sur le site de WikiLeaks.

 A l’heure actuelle, le Monde ne s’en est pas fait l’écho. C’est bien dommage. On découvre en effet dans ce document, qui traite des « communautés musulmanes en France », l’instructif point de vue de l’ambassade à Paris sur les médias français. Entre autres :

« 17. Les grand journalistes français sont souvent issus des mêmes écoles d’élite que de nombreux responsables gouvernementaux. Ces journalistes ne considèrent pas nécessairement que leur rôle premier soit de surveiller le pouvoir exécutif. Nombre d’entre eux se voient plutôt davantage comme des intellectuels, et préfèrent analyser les événements et influencer leurs lecteurs plutôt que de rapporter les événements.

18. Le secteur privé des médias en France (presse écrite, TV et radio) continue d’être dominé par un petit nombre de conglomérats, et l’ensemble des médias français sont davantage régulés et soumis aux pressions politiques et commerciales que leurs homologues américains. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, créé en 1989, nomme les dirigeants de l’ensemble des chaînes TV et stations de radio publiques et surveille leur contenu politique.

19. L’accès à internet se développe de manière continue en France, notamment chez les jeunes générations, et remplace rapidement les médias traditionnels. Toutes les grandes chaînes de télévision et stations de radio ont leur propre site internet, tout comme les grands organes de presse écrite. Les blogs sont un moyen de communication de plus en plus populaire pour les minorités et les ONG, qui les utilisent pour exprimer des opinions qu’ils estiment ne pas retrouver dans les médias traditionnels ».

« Transparence et discernement ne sont pas incompatibles », écrivait Sylvie Kauffman, directrice de la rédaction du Monde, dans l’article cité plus haut. Le moins que l’on puisse dire est que le Monde semble, dans le cas du câble 07PARIS306, avoir davantage mis l’accent sur une certaine forme de discernement que sur la transparence. Le quotidien a sans doute estimé que cette information WikiLeaks était nettement moins digne d’intérêt que celles concernant l’Iran, le Vatican, le Pérou, le Kenya, la Chine ou le Maroc.

Et pourtant, ces quelques lignes rédigées par l’ambassade des Etats-Unis mériteraient d’être largement diffusées et, pourquoi pas, commentées par le Monde (et les autres usagers médiatiques de WikiLeaks). Certains silences sont au moins aussi révélateurs que certaines prises de position, aussi justes soient-elles. Cet avis d’Acrimed n’équivaut pas, chacun l’aura compris, à un soutien à la diplomatie états-unienne et à ses jugements sur les médias français qui pourraient être retournés contre les médias d’outre-atlantique.

Julien Salingue

P.S. Le 12 décembre, Paul Moreira évoque, sur son blog, le document WikiLeaks en question. Avec, entre autres, ce commentaire plein d’humour : « Ceci n’est pas une note d’Acrimed ». Merci pour le clin d’oeil...

Annexe : l’extrait (traduit ci-dessus par nos soins) en version originale :

17. Top French journalists are often products of the same elite schools as many French government leaders. These journalists do not necessarily regard their primary role as to check the power of government. Rather, many see themselves more as intellectuals, preferring to analyze events and influence readers more than to report events.

18. The private sector media in France - print and broadcast - continues to be dominated by a small number of conglomerates, and all French media are more regulated and subjected to political and commercial pressures than are their American counterparts. The Higher Audio-Visual Council, created in 1989, appoints the CEOs of all French public broadcasting channels and monitors their political content.

19. Internet access is growing steadily in France, especially among the younger generation, rapidly replacing traditional media. All important television and radio channels in France have their own websites, as do the major print media. Blogs are an increasingly popular method of communication for minorities and NGOs, who use them to express opinions they do not feel are reflected in the traditional media.
www.kubakoetxea.com (français/castellano)

"Les bombes nucléaires pourront tuer ceux qui ont faim, les malades, les ignorants.
Mais elles ne pourront pas tuer la faim, les maladies et l'ignorance. Elle ne pourront pas non plus tuer la juste rebellion des peuples".
(Fidel CASTRO-août 2010)

14 décembre

http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/article-le-monde-oublie-un-document-wikileaks-sur-les-medias-francais-vous-avez-dit-bizarre-62998576.html


Israël

Djerrad Amar : Israël, l'un des rares pays épargnés. 

Par WikiLeaks, le monde tu tromperas ?

En faisant le lien avec les déclarations d’Assange complimentant Netanyahu d’homme pas “naïf” mais un “politicien sophistiqué” ou encore “(...) Netanyahu a fait une déclaration intéressante disant que les dirigeants devraient dire en public ce qu’ils disent en privé, [ce qui] conduira à une sorte d’intensification du processus de paix au Moyen-Orient et en particulier en relation avec l’Iran”, il est certain qu’il y a connivence.
Selon de nouvelles révélations faites par “Al-Haqiqa”, un site de journalisme d’investigation, reprises par plusieurs sites, Assange aurait rencontré des responsables israéliens à Genève avec qui il aurait conclu un pacte secret consistant à ne pas divulguer ce qui peut nuire à Israël, surtout ceux provenant des ambassades américaines de Tel-Aviv et de Beyrouth sur les périodes correspondant aux attaques israéliennes au Liban et à Gaza.
L’assurance est que ces documents seraient “enlevés” avant les publications. “Veterans Today” aussi, qui titre dans son site : “Démoli, Wikileaks sert Israël”, accuse Assange, selon un rapport publié, “de recevoir de l'argent du Mossad lors d'une réunion de Genève… [d’avoir] accepté de laisser à Israël de choisir et de censurer toutes les fuites de WikiLeaks”. Si l’on ajoute qu’il a traité de menteurs, dans une vidéo, les partisans de la “vérité sur l’attentat du 11/9” que l’on qualifie d’adeptes des “thèses complotistes” alors même Fox News admet des vérités sur cet attentat, nous sommes en droit de questionner sur ses buts ! Ses attitudes ont provoqué le mécontentement de ces collaborateurs  entraînant une scission. Les dissidents lui reprochent de passer des accords avec des médias choisis — sans les consulter et contre leur volonté — dont ils ignorent les contenus.
Devant ce manque de transparence, plusieurs d’entre eux, dont Daniel Domscheit-Berg, ont dû quitter WikiLeaks pour lancer leur propre site “OpenLeaks”, “pour réaliser l’objectif initial de Wikileaks”, selon une interview qu’il a accordée au journal allemand Die Tageszeitung. Il a été constaté, étrangement, que l’évènement aussi important que la guerre au Liban soit passé sous silence ; créant un “vide” documentaire bizarre.
On comprend dès lors la déclaration de B. Netanyahu annonçant avoir “pris les devants” et son empressement à réagir le 1er favorablement aux “fuites” en disant que “pour la 1re fois (…) il y ait consensus (…) que l'Iran est la menace (…) Quand les dirigeants ont la volonté de dire à leur peuple la vérité, cela sert la paix (…)”. En faisant le lien avec les déclarations d’Assange complimentant Netanyahu d’homme pas “naïf” mais un “politicien sophistiqué” ou encore “(...) Netanyahu a fait une déclaration intéressante disant que les dirigeants devraient dire en public ce qu’ils disent en privé… [ce qui] conduira à une sorte d’intensification du processus de paix au Moyen-Orient et en particulier en relation avec l’Iran”, il est certain qu’il y a connivence. Ses révélations sont d’une grande utilité dans la guerre de désinformation que mènent de concert dans la même stratégie l’Amérique et les sionistes.
Certains  voient en WikiLeaks une “psy op made in Israël” (opérations psychologiques) destinées à donner l'illusion d'une “information libre et renégate”, afin d’influencer les raisonnements objectifs et les comportements pour mieux faire accepter leurs projets bellicistes. Il se trouve, hélas, dans le “monde arabe”, des “caisses de résonance” qui reproduisent ou acceptent sans recule et sans réflexions ce genre d’informations subversives et qui trouvent, de bonne foi peut-être, matière à s’en servir contre leur propre pays ou contre des pays amis tombant ainsi en plein dans le piège, alors que beaucoup de signes dévoilent un complot.
D’abord, il y a les cibles géopolitiques sélectionnées, ensuite les médias choisis connus pour être pro-sionistes et enfin la déclaration de H. Clinton affirmant que “ceux qui liront ces notes diplomatiques concluront que les craintes concernant l'Iran sont fondées (…) partagées et continueront d'être le leitmotiv de la politique que nous poursuivons, avec nos partenaires, afin d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire”.
Ces documents américains, d’apparence les desservant, s’avèrent converger vers les pays déjà ciblés dans cette stratégie américano-sioniste. Ils donnent des Arabes une image dégradante faite de lâcheté et de traîtrise afin de créer un climat de haine, d’adversité entre  Arabes, musulmans et chrétiens. Ils visent à compromettre l’avenir de certaines personnalités en ternissant leur image car refusant de se rallier à leur projet d’agression contre l’Iran entre autres, mais aussi à déchoir certains de leurs serviteurs devenant inutiles.
Dans cette avalanche de “fuites”, aucun haut placé au sein de l’establishment US et israélien n’a été inquiété. Celles diffusées sur eux semblant les mettre dans “l’embarras” — notamment celles qui dévoilent “l’appréciation” que font les représentants américains des dirigeants “amis” — s’analysent comme “basiques” et souvent connues, sans impact comparées à l’information stratégique glissée relatives à l’Iran, les Arabes et les musulmans.
D’autres informations font état d’une tractation entre un journal libanais et Assange dans l’espoir de se procurer, contre de l’argent, en particulier un important PV d’une réunion tenue à l'ambassade américaine à Beyrouth, le 24 juillet 2006. Réunion déterminante dans la guerre contre le Hezbollah et ses alliés. Mais les documents reçus par Al-Akhbar s’avèrent sans importance. On comprend donc  qu’Assange est un homme négociable, prêts à se censurer et à trahir. Dans ces conditions, il ne s’agit plus de probable manipulation, mais de collusion pour de l’argent.
Alors, Assange objet d’une manipulation, rusé négociant ou faisant partie du système sioniste qui domine la plupart des médias ? Comme rien ne peut plus désormais être caché, l’avenir proche nous dira si WikiLeaks est bien ce site qu’il prétend être; un Hoax, ce canular informatique, ou bien un autre instrument de domination et de propagande obéissant à la devise du Mossad : “Par la tromperie, la guerre tu mèneras.”

Djerrad Amar
Jeudi 16 décembre 2010

Copyright © 1998-2010 Tous droits réservés LIBERTE.
Publié le 16 décembre 2010 avec l'aimable autorisation de Liberté.


 

Source : Liberté
http://www.liberte-algerie.com/...


Irak 

WikiLeaks : Armes en Irak, les estimations erronées d'Israël.

Pour Le Monde.fr | 19.12.

Lorsque le sujet est abordé, lors d'une rencontre entre le sénateur américain Carl Levin, et un responsable des renseignements militaires israéliens, en mars 2009, il y a bien longtemps que les limiers américains ne cherchent plus en Irak les armes de destruction massive dont la présence supposée avait justifié, six ans plus tôt, l'invasion du pays.

Un rapport américain vient d'être publié qui dresse un constat accablant pour le renseignement américain. "Et vous ?" demande le sénateur au colonel Itai Brun. "Nous étions très proches" des estimations américaines, confesse le militaire israélien, selon un télégramme diplomatique secret obtenu par WikiLeaks et consulté par Le Monde.

A l'époque, poursuit-il, précisant que l'estimation israélienne était tirée des informations de la communauté du renseignement toute entière, nous pensions que le régime irakien disposait de lanceurs "résiduels" et de missiles sol-sol capables de porter des bombes chimiques et biologiques. Il n'y avait pas de preuve directe, c'était une "conclusion stratégique" basée sur le comportement de Saddam Hussein dans les années 1990, selon laquelle il ne cèderait jamais ces armes. La seule conséquence de cette estimation, ajoute alors le militaire, fut la distribution de masques à gaz, mais il s'agissait d'une décision politique, non liée à la fiabilité supposée de notre conclusion.

Interrogé sur les liens supposés à l'époque entre Al-Qaida et le régime irakien, un autre militaire, le lieutenant-colonel Avi Zaroni, indique que les autorités israéliennes disposaient d'informations sur des contacts avec des deuxièmes et troisièmes couteaux d'Al-Qaida mais qu'elles "savaient" que le régime baasiste ne soutiendrait pas un "djihad". Le colonel Brun, questionné sur un éventuel approvisionnement clandestin en uranium de l'Irak à l'époque, conclut que les autorités israéliennes ne s'étaient même pas penchées sur le sujet car elles étaient convaincues de l'inexistence d'un programme nucléaire significatif.


Liban

Ibrahim al-Amine : Le « 14 mars » dans le Wikileaks « libanais »:Des informateurs du dixième rang.
On reste perplexe sur la manière d’aborder les textes de la correspondance entre l’ambassade américaine à Beyrouth et le ministère des AE à Washington, à propos des détails politiques et sécuritaires relatifs au Liban.
Les textes parvenus à « al-Akhbar » sont par centaines, et les pages encore plus, et tous sont classés secrets, même si leur contenu n’est pas étrange aux oreilles et yeux des Libanais au cours des années passées. La polémique politique interne, les relations avec la Syrie, la confrontation du Hezbollah et l’enquête internationale ainsi que le tribunal, etc.. Dans toutes ces situations, les Etats-Unis paraissent le centre polarisateur.
Les textes ne contiennent pas des commentaires très importants ou des explications des positions de Washington, à partir des titres, et le scénario est limité aux dialogues entre d’une part, l’ambassadrice américaine ou son remplaçant, qui pose les questions, et d’autre part, les personnalités libanaises qui répondent, en long et en large. Il est cependant certain que les diplomates américains savent que le contenu de ces réunions s’envolera rapidement à Washington. Ils comptaient sur la confidentialité des procès-verbaux et qu’ils ne seraient pas publiés. Mais le problème, concernant les parties libanaises qui ne savaient pas que leurs paroles allaient être transmises, Dieu seul sait si la transmission a été fidèle et précise ou déviée, ou en fonction de ce que les Américains avaient compris.
Mais ces personnalités ne pensaient pas que ce qu’elles faisaient n’était qu’une des formes de collaboration pour le bénéfice de parties étrangères, et qu’elles sont en position d’informateurs qui transmettent les renseignements et incitent contre une partie libanaise, sans aucune retenue. Et si un jour, on découvre la liste des paiements de Jeffrey Feltman à Beyrouth, nous pouvons dès lors comprendre cet enthousiasme et cet excès à présenter des informations à l’ambassade américaine, de la part de ces parties ou personnalités libanaises.
Outre l’aspect amusant de l’affaire, mais à la manière « il vaut mieux en rire plutôt que pleurer », l’importance de ces documents gît, pour les Libanais aujourd’hui, dans la nécessité de revoir la période passée, et reprendre les positions, les déclarations et les décisions prises par le 14 mars, tout au long de ces années, quels furent ses propres calculs, ses analyses et ses données, et parce qu’ils indiquent l’ampleur des intérêts américains auprès de ceux-là, et combien ce groupe libanais a compté sur l’appui américain pour toute affaire. Cela reflète aussi l’ampleur de l’indifférence américaine au travers de l’ampleur des demandes insistantes.
Il est possible, en toute simplicité, de comprendre et de saisir l’ampleur de la politisation du dossier de l’enquête dans l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri, et il est possible de comprendre l’implication interne dans la guerre ouverte contre la résistance, comme il est possible de comprendre la guerre ouverte également contre le général Michel Aoun car il s’est entendu avec le Hezbollah, et il est possible de comprendre l’indifférence de l’occident, sous la direction des Etats-Unis d’Amérique, envers toute chose au Liban hormis ce qui se rapporte à la sécurité « d’Israël ».
Il est difficile que quelques pages contiennent tout ce qui existe, mais il y a plusieurs moyens de publication. Al-Akhbar publiera sur son site électronique les textes tels quels, dans leur langue d’origine, et la traduction en arabe de certains d’entre eux, et tous les documents relatifs au Liban et plusieurs pays arabes. Quiconque souhaite les consulter, doit être prêt à accepter, à l’avance, que la majeure partie de nos gouvernements et la majorité des forces du pouvoir dans notre monde arabe, sont des forces prêtes à vendre toute chose pour demeurer dans leur position…
Puis ils vous parlent de liberté, de souveraineté et d’indépendance…
 


Yémen

WikiLeaks : les stocks radioactifs du Yémen sont des cibles faciles pour Al-Qaïda.  

Un haut fonctionnaire du gouvernement du Yémen a mis en garde les diplomates américains sur la pauvreté de la sécurité de l’entreprise principale de produits radioactifs du pays, qui pourrait permettre aux terroristes de mettre la main sur de la matière hautement dangereuse, selon les fuites diplomatiques révélées par Wikileaks.

Le fonctionnaire yéménite a dit aux Américains qu’un seul garde surveillait les installations et il a été démis de ses fonctions, donc seule une caméra de télévision en circuit fermé était sur place, mais en panne depuis 6 mois. Le message comme quoi l’écart entre les terroristes et les matières nucléaires au Yémen est très faible a été relayé par un message diplomatique le 9 janvier par l’ambassade de la CIA à Sanaa à la sécurité intérieure américaine.
Le Yémen est le pays le plus pauvre du monde arabe, et il est apparu comme la base la plus active pour Al-Qaïda, après l'Irak et l'Afghanistan. Le groupe est derrière une série d'attaques contre des cibles occidentales dans le pays, y compris le complot de fret aérien qui a échoué en octobre et la tentative d'abattre un avion de ligne américain à destination de Detroit à Noël l'année dernière. Le kamikaze, né au Nigeria Detroit, Omar Farouk Abdulmutallab, a été radicalisé au Yémen, selon des sources de sécurité.
Les informations diplomatiques, classées secrètes par l'ambassadeur américain Stephen Seche, et envoyées peu après l’évènement de la bombe le jour de Noël, décrit « l’inquiétude » officielle des Etats-Unis pour convaincre le gouvernement du Yémen d’enlever tous les matériaux du pays jusqu'à ils soient mieux assurés afin d'améliorer les mesures de sécurité l’agence nucléaire.
Le câble diplomatique a également révélé que l'établissement détient de grandes quantités de substances radioactives utilisées par les hôpitaux, les universités locales pour la recherche agricole et dans les champs pétrolifères. La communauté internationale craint que les isotopes radioactifs peuvent être utilisés pour fabriquer une bombe sale. Les isotopes ne sont pas des explosifs, à la différence des matières nucléaires comme l'uranium. Bien qu’il existe peu de chances de tuer un grand nombre de personnes avec un tel dispositif, cela pourrait toutefois causer des dommages énormes et une zone contaminée par la radioactivité.
Des experts internationaux ont déclaré que le manque de sécurité dans les installations au Yémen est une "haute priorité" pour le gouvernement des États-Unis.

(Guardian, 20 Dec)

http://www.sharknews.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=1306:wikileaks--les-stocks-radioactifs-du-yemen-sont-des-cibles-faciles-pour-al-qaida-guardian-20-dec&catid=106:articles-du-monde&Itemid=162

 



2 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

2-1 Video : Wikileaks et Cantona servent-ils à quelque chose?

L’avis de Michel Collon

http://www.dailymotion.com/video/xg7v0u_wikileaks-et-cantona-servent-ils-a-quelque-chosey_news#from=embed


2-2 WikiLeaks, le faux-monnayeur de l’information.

A la fin des années soixante-dix, des imprimeurs et photo-graveurs de génie, à Paris, fabriquèrent, par milliers, des chèques de voyage, au nom de la « First National City Bank », et inondèrent le marché grâce à un réseau de militants révolutionnaires (1).

L’escroquerie prit une telle ampleur que la banque de New-York finit par négocier, avec les faussaires, le rachat des plaques.

Au même moment, des agents du KGB écoulaient, à prix d’or, à Potsdam, des microfilms jaunis, témoignant de durs combats, en Afghanistan…

C’est entre ces deux histoires qu’il faudrait ranger, aujourd’hui, le phénomène WikiLeaks et la bande d’internautes, dirigés par l’australien Julian ASSANGE.

Une sorte d’Andy WARHOL, capable de transformer la moindre note de frais d’une ambassade US à Kaboul, relative à la consommation de papier hygiénique, en billets de 100 dollars.

Même si certains feignent de présenter la fine équipe comme des anarchistes qui ajouteraient une plus-value au journalisme électronique, personne n’est dupe.

La machine à fabriquer des fuites ne dérange pas le sommeil de Robert GATES.

Le dandy aux cheveux blancs qui occupe notre large écran plat n’est pas un dissident ni un journaliste engagé.

Mais un pirate informatique qui a compris et mis en pratique un principe très simple : plus l’information est estampillée « Confidentiel défense », plus elle a des chances d’être cru et partagée par un nombre invraisemblable de gogos.

DU PRODUCTEUR DES MENSONGES DIRECTEMENT AU CONSOMMATEUR

Les capitalistes possèdent les îles Caïman pour blanchir leur argent sale ; les pirates de WikiLeaks, l’Islande (2), ruinée par le spéculateur Georges SOROS, dont Julian ASSANGE a élargi sérieusement les perspectives.

Là le corsaire de l’info a ouvert un comptoir on line : celui de la sous-traitance des poubelles du Pentagone et des papiers non-broyés du département d’état.

La machine à fabriquer des fuites y mélange judicieusement, dans un flot perpétuel de télégrammes, écrits dans la langue impériale, le vrai et le faux.

Le Mossad, le M16, la CIA, la DCRI, etc. des entreprises comme des particuliers, peuvent venir tranquillement, entre deux lettres de déserteurs, déposer les « bijoux de famille » ou des produits toxiques.

Comme pendant la guerre du Vietnam, au Canada, le « traitre aux intérêts américains » redore ici le blason d’un « Monde libre », blessé par les images scandaleuses provenant de Guantanamo Bay ou du camp de concentration de Bagram.

Selon les lois américaines contrairement au droit français, la société ou la personne morale qui publie des secrets d’état n’est pas répréhensible.

Au reste, Julian ASSANGE n’est pas accusé de haute trahison ou d’intelligence avec l’ennemi, en Islande, Grande-Bretagne ou aux États-Unis.

Son commerce licite est politiquement correct.

Le propos du receleur, étant de négocier, dans les places où règne le libre échange, des documents déjà éventés…

On reste dans le cadre strict de la « libéralisation, privatisation et globalisation du renseignement », en évitant de mettre en danger les différentes sécurités nationales (3).

La trahison est un exercice hautement contrôlée chez WikiLeaks (4).

Le biffin de l’info, recherché par Interpol, pour une sombre affaire d’agression, en Suède, ne s’étend pas sur les raisons de l’invasion puis de l’occupation de l’Afghanistan ou de l’Irak, ni ne donne la parole aux « combattants ennemis ».

Les télégrammes et datas du Pentagone ou département d’état sont fournis tel quel.

Le recyclage de papiers compromettants, entre ses mains, est un commerce juteux – très sérieux.

S’ il y a encore un secret, dans l’entreprise de Glasnots, c’est seulement celui de son chiffre d’affaires.

Le génie de WikiLeaks est d’avoir fait converger, par la technique, trois genres qui, autrefois, ne se mélangeaient guère : l’espionnage, dans les poubelles, le journalisme et la propagande.

120 journalistes éplucheraient, à temps plein, les documents, déclassés sauvagement, et les notes qualifiées « croustillantes » du département d’état.

ASSANGE a transformé chacun d’entre-eux, loin de leur métier initial, en expert du jargon diplomatique ou militaire et en éventuel correspondant d’une agence de sécurité.

Le site owni.org, chargé de mettre en ligne une partie des documents, signale que WikiLeaks ne demande, aujourd’hui, qu’aux journaux à grand tirage d’être leurs officiers traitants.

Le flibustier du Net a réussi à convaincre, à une vitesse prodigieuse, les plus grands quotidiens de la Planète, « Le Monde », « The Guardian », « Der Spiegel », « The New-York Times », « El Païs », de la justesse de son combat.

A terme, ASSANGE et sa bande, enrichis pour avoir mis en contact les barbouzes, les soldats en déshérence et la fine fleur du journalisme, laisseront le « club des cinq » diriger le navire.

Grâce à WikiLeaks, le reporter découvre, loin des hôtels malfamés de Rawalpindi, les joies de se baigner dans la Source même et de l’interpréter directement.

Jamais une presse, depuis la « Pravda », n’a été bue aussi facilement et enivré autant de monde.

HIMALOVE

(1) Lire « Lucio, l’irréductible », Bernard Thomas, éditions Flammarion, paru en 2000.

(2) Le 3 décembre 2010, nous apprenons que Julian ASSANGE demande pour WikiLeaks l’asile informatique en France et à la Confédération helvétique ; le site kriptome.org, ennemi juré de WikiLeaks, parle de « couardise » de la part de son dirigeant ; il semble que l’un des parrains de l’entreprise, le spéculateur Georges SOROS lui ait demandé, pour des raisons inconnues, de quitter l’Islande…

(3) Les révélations de WikiLeaks ne mettent en danger que les sécurités nationales des pays suivants : Vénézuéla, Cuba, Chine, Iran, Pakistan, Corée du nord, Birmanie, Liban du Hezbollah.

(4) Il est à noter, au moment où le Congrès américain demande la libération immédiate de l’espion, Johnatan POLLARD, ancien officier de l’US Navy, condamné à perpétuité pour avoir donné les clefs électroniques de la NSA à Israël, WikiLeaks fait tout comme le réseau Indymedia pour taire toute information à propos de l’état hébreux.

Mecanopolis

Article placé le 21 déc 2010,

http://www.mecanopolis.org/?p=20971&type=1



2-3 Julien Salingue : La tempête WikiLeaks et la girouette.

La Maison Blanche n’a pas été la seule institution secouée par l’affaire WikiLeaks.

Le quotidien Libération a éprouvé les plus grandes difficultés, dans les deux semaines qui ont suivi les révélations du site fondé par Julian Assange, à définir une ligne éditoriale, préférant se réfugier derrière les opinions d’invités divers. On aura pu lire dans les pages du quotidien absolument tout, et surtout son contraire. Retour sur une tragicomédie en trois actes.
Acte I – « Oui mais non » : Libération se cherche

Difficile de rester silencieux sur l’affaire WikiLeaks. Nous pensons pour notre part, au-delà du contenu précis des documents, que dans le domaine du journalisme, toute « source » d’informations brutes est bonne à exploiter. Il n’y a pas de source a priori « immorale » ou « non déontologique ». Tout le problème étant bien entendu d’accomplir ensuite un travail de journaliste sérieux : contrôler, vérifier, recouper, afin de ne pas publier n’importe quoi. PourLibération, les choses se sont avérées beaucoup plus compliquées.

Tout commence le 30 novembre, au surlendemain de la publication des premiers télégrammes diplomatiques. Le journal consacre six pages à « l’affaire ». Si un article de Christophe Ayad [1] porte sur le contenu des document, Libération se penche avant tout sur la « méthode » WikiLeaks. Dans son éditorial, intitulé« Paradoxe » [2], Laurent Joffrin reconnaît que « les journaux ne peuvent se plaindre de bénéficier de cette documentation instantanée et massive sur le fonctionnement d’une politique étrangère qui affecte chacune de nos vies ». Mais c’est pour mieux expliquer plus loin qu’il convient de « réfléchir sur cette demande de transparence à tout prix ». La transparence ne peut être totale, poursuit Joffrin, car les États ont besoin de garder certains de leurs secrets : « Dans un monde traversé par des conflits violents, un État ne saurait agir en permanence sous le regard instantané de l’opinion. Il a le droit de conserver ses secrets de défense, de discuter avec ses alliés ou ses adversaires dans la discrétion et même de monter certaines opérations spéciales, dès lors qu’elles sont soumises au contrôle des représentations élues. Même la démocratie la plus ouverte et la plus attachée aux droits de l’homme a besoin d’un État. » On se prend à espérer qu’il ne parle pas ici des États-Unis, cible numéro 1 de WikiLeaks.

On notera que Joffrin ne répond pas explicitement à la question inhérente au « paradoxe » qu’il souligne dans son éditorial : fallait-il rendre publics les secrets diplomatiques états-uniens ? Il laisse apparemment cette tâche à Lorraine Millot, correspondante deLibération à Washington qui, dans un article publié le même jour [3], pose ouvertement la question : « Fallait-il publier ces documents ? » On trépigne d’impatience. Mais malheureusement sa réponse est à l’image de la « non-ligne » de Libération : « Le Monde, qui avait déjà participé en août à l’analyse de la précédente vague de documents du Pentagone sur l’Irak, justifie ce partenariat dans son édition datée d’aujourd’hui […] Le Wall Street Journal affirme s’être vu proposer par WikiLeaks de publier une partie de ces documents, à condition de signer un accord de confidentialité. “Nous n’avons pas voulu donner notre accord à un ensemble de conditions préalables sans avoir été informés, au moins dans les grandes lignes, de ce que contenaient ces documents”, a expliqué un porte-parole du Wall Street Journal. CNN a aussi refusé de passer pareil accord préalable avec WikiLeaks. Pour le New York Times, “les documents servent l’intérêt général, en éclairant les buts, les succès, les compromis et les frustrations de la diplomatie américaine d’une manière avec laquelle d’autres types de comptes rendus ne peuvent rivaliser”. Le“travail des médias n’est pas de protéger le pouvoir de tout embarras”, relève de son côté le Guardian, ajoutant : “C’est aux gouvernements, pas aux journalistes, de protéger les secrets”  ».

Lorraine Millot passe alors à une autre question. Conclusion : grâce à Libération, on connaît donc les positions du Monde, du Wall Street Journal, de CNN, du New York Times et du Guardian. On ne connaît malheureusement pas la position de Libération.

Quelques indices, toujours dans l’édition du 30 novembre, montrent néanmoins une orientation résolument critique à l’égard de WikiLeaks. Une interview d’Hubert Védrine [4], tout d’abord, dont le titre parle de lui-même : « Ne confondons pas déballage généralisé et transparence ». L’ancien ministre des Affaires étrangères s’explique : « L’aspect Robin des Bois libertaire de cette mise en ligne de documents confidentiels peut plaire à certains. Mais, sur le principe, il n’y a pas de quoi se réjouir. De telles publications auraient pu faire avorter de délicats processus diplomatiques en cours. » Avant d’ajouter : « Le nécessaire contrôle démocratique n’est pas condamné à prendre la forme d’un Big Brother électronique ou de règlement de comptes ! » Une allusion à Big Brother qui ne manquera pas de faire trembler le lecteur et qui, on le verra, semble avoir convaincu la rédaction deLibération.

Outre celle d’Hubert Védrine, l’opinion de plusieurs historiens et sociologues est convoquée, dans un article [5] dont le titre (« Des scoops un peu trop bruts pour les historiens ») et le chapeau (« Les documents mis en ligne par WikiLeaks ne sont pas assez contextualisés pour permettre un véritable travail ») ne laissent à leur tour planer aucun doute. Divers universitaires sont sollicités :« L’archive offerte ainsi à chaud interfère dans les processus en cours sans qu’il soit possible de la traiter sérieusement » (Annette Wievorka) ; « Il s’agit d’une illusion de transparence même si la masse des documents offerts peut faire vibrer » (Catherine Durandin) ; « La démarche de WikiLeaks est le reflet d’une époque fondée sur l’immédiateté et le spectacle avec l’idée que chacun est capable de s’approprier l’information et de la traiter par lui-même » (Patrick Michel). Une belle unanimité [6] donc, que l’on peut évidemment comprendre du point de vue du travail des historiens. On est cependant en droit de se demander pourquoiLibération a choisi ce seul point de vue...

En résumé : Libération est favorable à la transparence, mais pas à n’importe quel prix ; la presse semble partagée sur la question ; le « spécialiste des relations internationales » Hubert Védrine s’inquiète ; les historiens jugent les documents inexploitables. Au lecteur d’en tirer les conclusions quant à la position de Libération. Si elle existe.

Fin de l’acte I.

Acte II – « En fait, non tout court » : Libération contre WikiLeaks

Les choses se précisent dans l’édition du 2 décembre. Libérationconsacre sa une à WikiLeaks.

Cette une mérite à elle seule quelques commentaires. Le titre, tout d’abord : « WikiLeaks : la fuite en avant ». Le choix des mots indique que la ligne éditoriale du journal s’affine : dénoncer la« fuite en avant » de WikiLeaks, c’est évidemment dénoncer le site lui-même, sa méthode, ses excès. Et pour celles et ceux qui penseraient qu’il s’agit là d’une surinterprétation malintentionnée, jetons un œil sur une autre une de Libération, datée du 6 décembre (quatre jours plus tard), qui évoque elle aussi une « fuite en avant » : 

Nous n’irons bien évidemment pas jusqu’à sous-entendre queLibération place Laurent Gbagbo et WikiLeaks sur le même plan. Chacun reconnaîtra cependant que la reprise du terme est pour le moins pittoresque.

Ironie de l’histoire : Libération avait déjà accolé les deux termes« WikiLeaks » et « fuite en avant ». C’était en juillet dernier, lors de la précédente vague de révélations de WikiLeaks. Libérationnous expliquait alors : « Le site WikiLeaks a publié des milliers de documents internes de l’armée américaine décrivant une guerre absurde ». On pouvait lire un article [7] signé de… Lorraine Millot, intitulé « Naufrage afghan : la fuite en avant ». Moins de six mois plus tard, les termes n’ont pas changé, mais l’accusation a été retournée. C’est désormais WikiLeaks qui est coupable de « fuite en avant ». « Paradoxe ». À moins que Daniel Schneidermann ne se trompe pas lorsqu’il évoque une opération ponctuelle de flingage en règle du concurrent Le Monde [8]…

Poursuivons avec la une du 2 décembre. Comme dans l’édition du 30 novembre, Libération semble ne pas avoir de position et se réfugie derrière les avis des autres : « Umberto Eco et Élisabeth Roudinesco s’inquiètent des excès de la transparence après la divulgation des documents secrets américains ». S’ils le disent… Mais le journal Libération s’inquiète-t-il ? Pas évident, à première vue, même si la une donne le ton. Le lecteur du 1984 de Georges Orwell, déjà apeuré par la référence d’Hubert Védrine à Big Brother, aura pour sa part toutes les raisons de s’inquiéter devant cette une. A fortiori s’il est l’heureux détenteur de l’édition Penguin Readers de l’ouvrage :

WikiLeaks is watching you ?

Les écrivains invités à s’exprimer dans ce numéro de Libérationconfirment l’orientation sans équivoque de la une. « Tout en contrebalançant le pouvoir des États, les révélations du site Internet alimentent les thèses conspirationnistes [9et donnent aux médias un pouvoir sans précédent » annonce le chapeau deLibération. Trois pages sans aucune nuance, dans lesquelles aucun des quatre textes publiés ne défend un tant soit peu WikiLeaks. Pour Élisabeth Roudinesco, c’est « la dictature de la transparence »(formule choc qui sert de titre au « dossier », mais qu’il convient de ne surtout pas confondre avec la « tyrannie de la transparence », titre de l’éditorial du Figaro du 29 novembre). « Quand le citoyen se complaît dans le complot », sous la plume de Françoise Gaillard. Une histoire de « hackers vengeurs » et d’« espions en diligence »sous celle d’Umberto Eco.

Jean-Claude Monod nous pose quant à lui une question : « Faut-il se réjouir que la culture d’opacité des souverainetés soit battue en brèche ? » Interrogation à laquelle il répond en convoquant… la secrétaire d’État états-unienne en personne : « Hillary Clinton a renvoyé la balle en liant le sort de la diplomatie et celui du journalisme sérieux : tous deux impliquent une part de confidentialité. » Et elle sait de quoi elle parle.

Pas un mot sur le contenu des révélations WikiLeaks, pas un mot sur la contradiction manifeste entre la thèse du « on n’apprend rien » et celle du « ces révélations sont dangereuses » [10] et surtout pas une voix discordante. En introduction à ces trois pages,Libération posait la question : « Cette course à la transparence au nom de la démocratie est-elle bénéfique ou nourrit-elle au contraire soupçons et théories du complot ? » La réponse est cette fois-ci tranchée. Sans équivoque ni « paradoxe »

Cette prise de position se retrouve le 4 décembre dans la chronique hebdomadaire de Denis Muzet [11], président de Médiascopie, qui se livre à un subtil exercice de mise en forme orientée de commentaires de divers citoyens. La version papier du micro-trottoir. Un exercice périlleux qui mérite d’être cité presque in extenso : « Les consommateurs d’information sont partagés. Il y a les blasés : “Ça ne m’intéresse pas, au siècle où on est, y a plus trop de suspense.” Il y a ceux qui se réjouissent : “Au siècle d’Internet, il est difficile de garder secrètes certaines affaires.” Ceux qui rêvent d’un “grand soir” où tout ce que les “puissants” ont cherché à cacher serait enfin révélé […] Mais le doute reprend le dessus :“Avec Internet, on a un trop-plein d’informations non vérifiables, ça entretient le flou”, juge une institutrice. “On est noyés sous l’information, on n’en tient pas tellement compte finalement, d’ici deux semaines ça sera oublié”, conclut le facteur. » Le facteur qui, comme chacun le sait, a nécessairement le mot de la fin.

Synthèse de Denis Muzet, nuancé comme il se doit, à l’image des« consommateurs d’information » qui sont, rappelons-le,« partagés » : « L’entreprise de WikiLeaks, loin de faire la transparence et de clarifier la compréhension des populations, participe du brouillage de sens et de la confusion générale des esprits qui caractérise nos sociétés médiatiques en proie à la “mal-info” et à un Internet suspecté. L’appétit est soulevé, mais le soufflé retombe vite. Le doute et le flou recouvrent de leur ombre la lumière qu’on avait cru, un instant, entrevoir. »

CQFD.

Les philosophes et le bon peuple sont unanimes pour dénoncer l’entreprise WikiLeaks. Libération n’exprime pas clairement de position, mais les contributeurs sollicités (et leurs avis) vont tous dans le même sens : Haro sur WikiLeaks ! Fin de l’acte II.

Acte III – « Finalement, oui » : Libération contreLibération

Un lecteur de Libération, qui avait effectué un voyage à l’étranger du 5 au 11 décembre et n’avait pas accès à son quotidien favori, en est tombé de sa chaise 

« Libération abrite WikiLeaks », peut-on lire sur la une du quotidien daté des 11 et 12 décembre. « Nous avons choisi d’empêcher l’asphyxie de WikiLeaks à l’heure où des gouvernements et des entreprises cherchent à bloquer son fonctionnement sans même une décision de justice. Comme des milliers d’autres sites, Libération.fr a décidé de participer au mouvement de soutien qui se met en place sur le Net en répliquant le contenu de WikiLeaks à la virgule près. Ces sites dits “miroirs” peuvent être hébergés par tout un chacun disposant d’espace sur des serveurs. C’est ce que nous avons fait afin d’empêcher que disparaissent de la Toile les informations de WikiLeaks sélectionnées avec les journaux partenaires. » [12]

Étonnant retournement de situation. Libération, complice de ceux qui nourrissent « soupçons et théories du complot » ? Libération, prêt à « renoncer à toute la conception des libertés organisées que nous développons depuis le XVIIIe siècle » [13] ? Libération, happé par Big Brother ? Nombre de questions se posent… Mais peut-être faut-il tout simplement aller chercher du côté des développements de l’affaire WikiLeaks. Que s’est-il passé entre le 5 et le 11 décembre ?

L’offensive contre WikiLeaks, à laquelle Libération avait participé à sa manière durant la première semaine, s’est accélérée : « lâchage » de WikiLeaks par Amazon, fermeture du compte Paypal du site, blocage des virements par Visa et Mastercard, gel du compte bancaire de Julian Assange par la banque suisse PostFinance, menaces de poursuites contre les divers hébergeurs du site et, le 7 décembre, emprisonnement du fondateur de WikiLeaks. La contre-offensive s’est elle aussi développée : pétitions sur Internet, manifestations, attaques informatiques contre Mastercard, la banque PostFinance ou le site du ministère de la Justice suédois, multiplication des sites hébergeant et protégeant les documents WikiLeaks, prises de position de personnalités en faveur de Julian Assange (de Ken Loach au ministre australien des Affaires étrangères)…

La rédaction de Libération a probablement pris conscience de ces évolutions et a donc progressivement opéré un retour sur ses positions de la semaine précédente. Le 8 décembre, le quotidien fait ainsi sa une sur l’arrestation de Julian Assange, tout en ne semblant néanmoins pas encore prendre ouvertement position en sa faveur (« Wikileaks : l’étrange Monsieur Assange »).

Le contenu du journal est nettement moins ambigu que la une. Si le long portrait consacré à Assange [14] le dépeint comme un personnage fantasque et susceptible, aucune attaque n’est portée contre la méthode WikiLeaks. Une interview de Cédric Manara [15], professeur de droit, est titrée : « Je n’ai jamais vu un tel acharnement ». Une dénonciation sans équivoque de l’offensive anti-WikiLeaks, du point de vue d’un juriste spécialiste d’Internet :« […] pour Assange et WikiLeaks, c’est invraisemblable : on a utilisé en quelques jours tous les leviers possibles. Il ne manque plus que le filtrage, et qu’on interdise l’accès de WikiLeaks aux internautes, et on pourra comparer le tout au modèle chinois. Je trouve cette accélération très inquiétante. » En donnant la parole à ce juriste, Libération se place résolument du côté de la défense, pour WikiLeaks, de la liberté d’informer. L’éditorial du jour [16] se conclut même par une citation de Julian Assange qui contraste fortement avec la ligne du journal la semaine précédente : « Comme l’écrivait Assange quelques heures avant son arrestation, “les sociétés démocratiques ont besoin de médias forts et WikiLeaks appartient au monde des médias”.  »

On est désormais bien loin de « la sottise infantile des nouveaux dictateurs de la transparence » (Élisabeth Roudinesco), de « la thèse conspirationniste, exploitée par des séries cultes comme X Files et actualisée par le 11 septembre, qui constitue le fonds de commerce de sites comme WikiLeaks » (Françoise Gaillard) ou du« Big Brother électronique » d’Hubert Védrine et de la une du 2 décembre. Le journal s’intéresse de plus en plus au contenu des documents Wikileaks et multiplie les articles consacrés à leur contenu. Dernière étape de ce brusque changement de cap (à l’heure de la rédaction de cet article) : le 10 décembre, le site Internet deLibération a ouvert une page intitulée « D’autres pépites dans WikiLeaks ? » [17]. Le journal y met à contribution ses lecteurs :« Vous êtes allé fouiller dans les télégrammes diplomatiques surhttp://wikileaks.liberation.fr/ et vous avez fait des trouvailles intéressantes ? Discutez-en ici. »

« Paradoxe », soulignait Laurent Joffrin dans son éditorial du 30 novembre. Il affirmait aussi : « […] il est assez réconfortant de voir que les échanges secrets des grandes diplomaties sont fort peu différents, sur le fond, de leur discours public. Il faut croire que la machiavélisme qu’on prête aux gouvernants, toujours soupçonnés d’organiser de noirs complots, est moins grand dans la réalité que dans l’esprit de certains militants paranoïaques ». Implacable sentence, largement démentie une semaine plus tard dans…Libération : « Il faut vraiment être mauvais joueur pour ne rien trouver d’intéressant dans les câbles du département d’État, véritable écorché du monde tel qu’il est, que ce soit la corruption du pouvoir afghan, les liens entre le Kremlin et les mafias, ou la volonté des Saoudiens de faire bombarder Téhéran par les Américains » [18]. À chacun ses paradoxes.

De l’hésitation au soutien revendiqué, quasi militant, en passant par une condamnation sans nuance, l’évolution de la ligne éditoriale de Libération sur l’affaire WikiLeaks a de quoi surprendre. Démarche opportuniste ou saine prise de conscience ? Chacun appréciera.

Notes

[1« L’obsession iranienne », sur le site de Libération.

[2] Consultable sur le site de Libération.

[3] Consultable sur le site de Libération.

[4] Consultable sur le site de Libération.

[5] Consultable sur le site de Libération.

[6] Même si elle est en partie remise en cause par Sonia Combe, chercheuse au CNRS, qui considère la publication des télégrammes comme « positive en tant que citoyenne ».

[7] Consultable sur le site de Libération.

[8« WikiLeaks, un bon vieux scoop "à l’heure d’internet" ? »consultable sur Rue89.

[9] On pourra noter ici la caractère circulaire des arguments dénonçant le conspirationnisme : en révélant des documents secrets, WikiLeaks tendrait à démontrer qu’on nous cache des choses et que les adeptes de la « théorie du complot » ont raison ; mais en ne les révélant pas, le site n’entretiendrait-il pas le secret et donc, la « théorie du complot » ?

[10] Voir l’article de Daniel Schneidermann cité ci-dessus.

[11] Consultable sur le site de Libération.

[12] Position confirmée et assumée le 13 décembre par… Laurent Joffrin himself !

[13] Propos d’Hubert Védrine, dans l’interview citée ci-dessus.

[14] Consultable sur le site de Libération.

[15] Consultable sur le site de Libération.

[16] Consultable sur le site de Libération.

[17] Consultable sur le site de Libération.

[18] Éditorial du 8 décembre, cité ci-dessus.

Julien Salingue

Publié le 15 décembre 2010 par 

http://www.acrimed.org/article3499.html

http://groups.google.fr/group/medias-mensonges-desinformation?hl=fr


Commentaires

un peu long tout de meme

Écrit par : jean | 24/10/2012

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