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02/01/2011

n°565 - Dossier de Palestine - 31-12 - Fin - : 1 million (1.000.000) de Palestiniens ont été détenus depuis 1967 par les forces d’occupation israéliennes.


n°565 - Dossier de Palestine - 31-12 -  Fin  - : 1 million (1.000.000)  de Palestiniens ont été détenus depuis 1967 par les forces d’occupation israéliennes.



       L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 

                                                       



Dossier de Palestine

N°565                                                     31-12

C.De Broeder & M.Lemaire

 


 


Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

e) sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



 

Sommaire

4 Annexe

4-1 Le 23ème anniversaire du Hamas, riche expérience et espoir de la nation

4-2 Fêtant son 23ème anniversaire, le Hamas renouvelle son serment de défendre les droits et les constantes du peuple palestinien.

4-3 23ème anniversaire du Hamas : La popularité du Hamas est en nette ascension

5 Conférence

5-1Chomsky : la sauvagerie de l’impérialisme états-unien.




4 Annexe

4-1 Le 23ème anniversaire du Hamas, riche expérience et espoir de la nation.
Le mouvement de la résistance islamique Hamas est né il y a de cela vingt-trois ans.

Malgré ces années peu nombreuses, le Hamas a pris de l’importance. Le Hamas a maintenant un poids que personne ne pourra ignorer. Notre Centre Palestinien d’Information (CPI) a rencontré certains chercheurs et experts pour sonder leurs avis concernant cette riche expérience.
Le professeur d’université Ayad Al-Qar dit que le mouvement du Hamas a pu, depuis sa naissance, présenter un exemple exceptionnel dans ses relations avec les autres mouvements, un exemple de mariage entre ses exigences en tant que faction et les exigences de l’intérêt national, un exemple de celui qui laisse ses intérêts au profit de l’unité du peuple palestinien, en présentant une vision claire du travail militaire résistant.
Il souligne que le mouvement a réalisé des dizaines d’opérations militaires de résistance communes avec plusieurs autres factions palestiniennes, le mouvement du Fatah en tête, bien que le mouvement du Hamas soit capable de les réaliser tout seul. Il veut cependant consolider l’unité des mouvements de la résistance.
Etapes importantes
Al-Qarra croit que le Hamas a connu plusieurs étapes importantes dans son parcours, comme toutes les factions de la résistance du Vietnam et d’Amérique du Sud. On peut en compter quatre.
La première étape concerne l’année 1996, l’année où s’est tenue la conférence « La lutte contre le terrorisme » à Charm Al-Cheikh. Le Hamas a ensuite subi l’encerclement, la poursuite, la répression interne. Tout cela a énormément touché son organisation.
La deuxième étape a commencé avec le déclenchement de l’Intifada d’Al-Aqsa. Le Hamas s’est organisé, en effectuant des opérations martyres, en dirigeant la résistance et en infligeant aux occupants israéliens de lourdes pertes.
La troisième étape a commencé en 2005, l’année de la victoire du Hamas contre l’occupation israélienne qui s’est trouvée obligée de se retirer de la bande de Gaza, une conséquence de ses sacrifices dont la tombée en martyre de ses dirigeants et de ses fondateurs.
La quatrième étape a débuté par sa victoire aux élections législatives, qui a confirmé la grande confiance populaire en lui.
La période la plus dangereuse de l’histoire du Hamas est celle de la dernière guerre agressive israélienne menée contre Gaza, fin 2008/début 2009. Cette guerre avait pour but de l’anéantir, totalement. Il a cependant pu en sortir avec une bonne aptitude et une grande capacité d’endurance.
Une riche expérience
Pour sa part, le chercheur Hassan Abdou a compté cinq étapes dans l’histoire du Hamas.
La première étape commence le 14 décembre 1987, le jour de sa naissance, un point important dans l’histoire de tout le travail islamique en Palestine. Cette étape a connu la résistance et le sacrifice, tout au long de la Première Intifada.
Avec la naissance des brigades d’Al-Qassam, au début des années quatre-vingt-dix, une nouvelle étape est née, non seulement dans l’histoire du mouvement du Hamas, mais aussi dans l’histoire du peuple palestinien. Le mouvement a pu réaliser plusieurs opérations de résistance qui ont eu un bon écho en Palestine toute entière.
Le mouvement du Hamas a laissé ses empruntes sur l’Intifada d’Al-Aqsa, en 2000, bien que cette Intifada soit venue après plusieurs coups donnés par les occupants israéliens, ainsi que par l’autorité du Fatah de l’époque. La période entre 1996 et 2000 était une période très sombre pour le Hamas : entre poursuites et arrestations politiques.
Le chercheur Abdou confirme que le Hamas a activement participé dans l’Intifada d’Al-Aqsa. L’industrie militaire a connu un progrès remarquable, les roquettes d’Al-Qassam n’en sont qu’un exemple. La balance de la terreur avec l’ennemi sioniste a connu une sorte d’équilibre.
Le mouvement a enregistré une réussite remarquable dans l’action sociale, comme dans la résistance. Puis dans le travail politique lorsque le mouvement du Hamas est sorti victorieux des élections législatives du 2006, et qu’il a constitué le dixième gouvernement palestinien. Toutefois, les tentatives de le faire tomber se sont multipliées, menant enfin à cette division de la scène palestinienne.
Ce chercheur politique attire l’attention sur le fait qu’on ne puisse parler du Hamas sans parler de toutes ces tentatives : le blocus, la force, la guerre ; le Hamas, cependant, a réussi à préserver les principes qu’il respecte depuis toujours.
Les observateurs remarquent l’enracinement du Hamas dans la réalité palestinienne et arabe. Le mouvement marche avec assurance vers la libération de la Palestine et vers le gouvernement islamique.

14-12-2010

Palestine Info


 

4-2 Fêtant son 23ème anniversaire, le Hamas renouvelle son serment de défendre les droits et les constantes du peuple palestinien.
Le Mouvement Hamas a renouvelé, lors du 23ème anniversaire de sa création, son serment de protéger les droits nationaux et les constantes palestiniens et de travailler sans relâche à la fin de la division interne dans l'arène palestinienne.
"Le Hamas a travaillé en accord avec les enseignements de Sheikh Ahmed Yassin et ses compagnons, qui ont allumé la première étincelle de l'intifada bénie," a déclaré le Hamas lors d'une conférence de presse, lundi, dans la Bande de Gaza.
"Le mouvement Hamas a réussi, grâce à Dieu Tout-Puissant, à établir une structure organisationnelle basée sur une éducation solide, de bonnes mœurs et un engagement constructif. Cette structure a engendré des héros comme les martyrs, les prisonniers, les exilés, les blessés et les personnalités nationales qui se sont transformés en une entreprise intégrée de dirigeants et de cadres rejoints par les masses du peuple palestinien," souligne la déclaration.
Le communiqué souligne que la Palestine, de la Méditerranée au Jourdain, est la terre des Palestiniens et que le Hamas ne reconnaîtra jamais l'Etat israélien d'occupation et qu'il continuera d'adhérer à l'option de la résistance jusqu'à la libération de la Palestine et de ses lieux saints.
Dans un communiqué similaire diffusé mardi par le Hamas depuis Damas, le Mouvement a appelé l'Autorité palestinienne (AP) sous contrôle Fatah à cesser de courir après le mirage du processus de paix et à adopter l'option de la résistance et de la fermeté, soulignant que les droits nationaux sont extorqués par la force et non en les mendiants.
Il exige aussi du président de facto Mahmoud Abbas qu'il prenne une décision audacieuse et mette fin à la coopération sécuritaire entre ses forces de sécurité et l'occupation israélienne.
Dans le même contexte, Mahmoud al-Zahhar, membre du bureau politique du Hamas, a dit dans un communiqué de presse au quotidien jordanien Assabeel, lors de cet anniversaire, que son mouvement avait eu de nombreuses réussites pendant 23 ans de lutte de libération de la Palestine.
Zahhar a souligné que le Hamas avait réussi à unir la résistance et l'action politique, et que son gouvernement avait réussi à gérer Gaza avec succès malgré le blocus et les complots pour lui nuire.
The Palestinian Information Center,

14.12.2010
(traduction MR)

http://www.ism-france.org/news/article.php?id=14723&type=analyse&lesujet=Histoire


4-3 23ème anniversaire du Hamas : La popularité du Hamas est en nette ascension  24/12/2010

Les gens sont venus en masse, sur la place d’Al-Katiba, au centre de la ville de Gaza. Ils sont venus fêter le vingt-troisième anniversaire du Hamas. Ils sont venus exprimer leur résistance, la résistance du peuple palestinien, la résistance du mouvement de la résistance islamique Hamas.

Notre Centre Palestinien d’Information (CPI) a recueilli les remarques de certains observateurs sur la popularité du Hamas. Tous croient qu’elle est en nette ascension. Elle se consolide de jour en jour. La célébration du jour de la naissance du Hamas de cette façon représente un réel plébiscite soutenant le choix de la résistance et montrant que le Hamas reste toujours fort.

Popularité en ascension

L’analyste Hani Al-Bassous confirme que ces masses tellement énormes qui viennent célébrer l’anniversaire du Hamas montrent que le Hamas profite d’un soutien sans faille qui se renforce de jour en jour, cette année plus encore que l’année dernière. Ainsi, la popularité du mouvement du Hamas est en ascension au niveau local. Il y a aussi une certaine ascension aux niveaux régional et international.

Les activités affirment l’étendue de l’organisation, l’esprit pratique qui réagit de façon professionnelle face aux évènements.

Pour lui, la sortie de ces masses porte beaucoup de sens.

En fait, la grande majorité de la bande de Gaza est sortie pour cette célébration, sans parler de ceux qui la suivent via la radio et la télévision. Quasiment tous les habitants de la bande de Gaza y ont participé.

En Cisjordanie, le Hamas profite du même taux de soutien ; cependant, les gens ne peuvent pas le montrer.

« Je ne pense pas, dit-il, que les masses auraient été moins denses s’il avait été possible d’organiser l’événement ».

La plus grande foule

Des centaines d’hommes et de femmes ont participé au festival du mouvement du Hamas. Cette année, la foule était beaucoup plus dense que les années précédentes, confirme Ismaël Haniyeh, premier ministre palestinien.

Pour sa part, Mohammed Al-Hindi, chef du mouvement du Jihad Islamique, pense que ces grandes masses confirment l’adoption du choix de la résistance et du djihad par le peuple palestinien.

Et de son côté, l’analyste politique Hassan Abdou croit que ces masses reflètent la force du mouvement du Hamas et leur attachement au choix de la résistance.

Cette façon de célébrer représente pour le mouvement de la résistance islamique Hamas une victoire populaire.

14.12.2010

http://www.palestine-info.cc/fr/


5 Conférence

5-1Chomsky : la sauvagerie de l’impérialisme états-unien.

Nb PS : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

Conférence de juin 2010

par Comité Valmy

1. L’empire des États-Unis, le Moyen-Orient et le monde

Noam CHOMSKY

Il est tentant de reprendre depuis le début.

Le début c’était il y a bien longtemps, mais il est utile de revoir certains points d’histoire qui pourront être comparés à la politique actuelle des États-Unis au Moyen-Orient.

Les États-Unis sont un pays très particulier par bien des aspects. Ils sont probablement le seul pays au monde qui soit né empire. C’était un empire enfant – comme George Washington l’a appelé –, et les Pères fondateurs étaient très ambitieux. Le plus libéral d’entre eux, Thomas Jefferson, pensait que l’empire enfant devait s’étendre davantage et devenir le « nid » à partir duquel le continent entier serait colonisé. Cela signifiait se débarrasser des « rouges », les Indiens, lesquels ont effectivement été déplacés ou exterminés. Les Noirs devaient être renvoyés en Afrique dès qu’on n’aurait plus besoin d’eux et les Latins seraient éliminés par une race supérieure.

La conquête du territoire national

Les États-Unis ont été un pays très raciste pendant toute leur histoire, et pas seulement à l’encontre des Noirs. Les idées de Jefferson étaient assez communes, les autres étaient globalement d’accord avec lui. C’est une société de colons. Le colonialisme de peuplement c’est ce qu’il y a de pire comme impérialisme, le genre le plus sauvage parce qu’il requiert l’élimination de la population indigène. Ce n’est pas sans relation, je crois, avec le soutien automatique des États-Unis à Israël, qui est aussi une société coloniale. La politique d’Israël d’une certaine façon fait écho à l’histoire états-unienne, en est une réplique. Et, il y a plus, les premiers colons aux États-Unis étaient des fondamentalistes religieux qui se considéraient être des enfants d’Israël répondant au commandement divin de peupler la terre et de massacrer les Amalécites, etc. C’est tout près d’ici, les premiers colons, au Massachusetts.

 

Tout cela était fait avec les meilleures intentions. Ainsi, par exemple, le Massachusetts (le Mayflower et toute cette histoire) à reçu sa Charte de la part du roi d’Angleterre en 1629. La Charte chargeait les colons de sauver les populations locales des affres du paganisme. D’ailleurs si vous regardez le sceau de la Bay Colony du Massachusetts vous voyez un Indien qui tient une flèche pointée vers le bas en signe de paix. Et devant se bouche il est écrit « Come over and help us » [« Venez et aidez-nous »]. C’est l’un des premiers exemples de ce qu’on appelle aujourd’hui l’interventionnisme humanitaire. Et ce n’est qu’un exemple, il y a bien d’autres cas au cours de l’histoire, et cela dure jusqu’à nos jours. Les Indiens demandaient aux colons de venir et de les aider et les colons suivaient gentiment le commandement leur demandant de venir et de les aider. En fait nous les aidions en les exterminant.

Après coup on a trouvé ça bizarre. Dans les années 1820, un membre de la Cour suprême a écrit à ce propos. Il dit qu’il est assez étrange que, malgré toute notre bienveillance et notre amour pour les Indiens, ils dépérissent et disparaissent comme les « feuilles d’automne ». Comment était-ce possible ? Il a fini par en conclure que la volonté divine est « au-delà de la compréhension humaine ». C’est simplement la volonté de Dieu. Nous ne pouvons pas espérer comprendre. Cette conception – appelée le providentialisme – selon laquelle nous suivons toujours la volonté de Dieu existe encore aujourd’hui. Quoi que nous fassions nous suivons la volonté de Dieu. C’est un pays extrêmement religieux, unique en son genre en matière de religiosité. Une grande partie de la population – je ne me souviens plus du chiffre, mais il est assez élevé – croit littéralement ce qui est écrit dans la Bible. Le soutien total à Israël est l’une des conséquences de tout cela, parce que Dieu a promis la terre promise à Israël. Donc nous devons les soutenir.

Les mêmes personnes – une part importante des plus importants défenseurs d’Israël – sont des anti-sémites, parmi les plus extémistes du monde. À côté d’eux Hitler semble assez modéré. Leur perspective est l’élimination des Juifs après Armageddon. Il y a tout un tas d’histoires à ce propos, lesquelles sont crues, littéralement, jusqu’à un très haut niveau – probablement des gens comme Reagan, George W. Bush, et d’autres. Cela n’est pas sans lien avec l’histoire colonialiste du sionisme chrétien – il précède le sionisme juif, et il est beaucoup plus puissant. C’est l’une des raisons qui expliquent le soutien automatique et inconditionnel à Israël.

La conquête du territoire national est une histoire assez laide. Certaines des personnes les plus honnêtes l’ont reconnu, comme John Quincy Adams, qui était l’un des grands stratèges de l’expansionnisme – le théoricien de la Destinée manifeste, etc. À la fin de sa vie, longtemps après ses propres crimes, il se lamentait sur le sort de ceux qu’il appelait « la malheureuse race des indigènes américains, que nous exterminons sans pitié et avec une perfide cruauté ». Il a dit que ce serait l’un des péchés pour lesquels le Seigneur allait nous punir. Nous attendons encore.

Ses idées sont jusqu’à nos jours tenues en haute considération. Il y a un livre de référence, universitaire, écrit par John Lewis Gaddis, un grand historien états-unien, qui concerne les racines de la doctrine Bush. Gaddis, avec raison, présente la doctrine Bush comme héritière de la grande stratégie de John Quincy Adams. Il dit que c’est un concept qui existe tout au long de l’histoire des États-Unis. Il en fait l’éloge, il considère que c’est la conception correcte – nous devons assurer notre sécurité, l’expansion est le moyen de la sécurité, et vous ne pouvez pas vraiment assurer votre sécurité sans tout contrôler. Donc nous devons nous déployer, non seulement dans l’hémisphère, mais partout dans le monde. C’est la doctrine Bush.

Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, sans entrer dans les détails…

Bien que les États-Unis aient été depuis longtemps et de loin le pays le plus riche du monde, ils jouaient un rôle secondaire sur la scène mondiale. L’acteur principal c’était la Grande-Bretagne – et y compris la France avait une plus grande présence dans le monde. La Deuxième Guerre mondiale a changé tout cela. Les stratèges états-uniens durant la Deuxième Guerre mondiale, les planificateurs de Roosevelt, ont dès le début de la guerre très bien compris qu’au bout du compte les États-Unis allaient se retrouver dans une position de supériorité absolue.

Alors que la guerre se déroulait – les Russes terrassaient les Allemands, ils ont à ce moment presque gagné la guerre en Europe – on avait compris que les États-Unis seraient dans une position de domination encore plus nette. Et ils ont donc élaboré des plans pour la configuration du monde de l’après-guerre. Les États-Unis auraient le contrôle total d’une zone qui comprendrait l’hémisphère occidental, l’Extrême-Orient, l’ex-Empire britannique, la plus grande partie possible de l’Eurasie, incluant donc l’Europe occidentale et son importante infrastructure commerciale et industrielle. C’est le minimum. Le maximum c’est le monde entier ; et bien entendu c’est ce dont nous avons besoin pour notre sécurité. Dans cette zone les États-Unis auraient le contrôle incontesté et empêcheraient tous les pays d’aller vers davantage de souveraineté.

Les États-Unis se trouvent à la fin de la guerre dans une position de domination et de sécurité sans équivalent dans l’histoire. Ils ont la moitié de la richesse mondiale, ils contrôlent tout l’hémisphère occidental et les deux rives des deux océans. Ce n’était pas un contrôle total. Les Russes étaient là et il y avait encore quelques parties hors de contrôle, mais l’expansion avait été remarquable. Juste au centre se trouvait le Moyen-Orient.

Adolf A. Berle, une personnalité libérale, qui fut très longtemps le conseiller du président Roosevelt, mettait l’accent sur le fait que contrôler le pétrole du Moyen-Orient signifierait dans une bonne mesure contrôlé le monde. Cette doctrine reste inchangée, elle est encore en vigueur actuellement et c’est l’un des facteurs essentiels pour décider des orientations politiques.

Après la Deuxième Guerre mondiale

Durant la Guerre froide les décisions politiques étaient invariablement justifiées par la menace russe. C’était dans une bonne mesure une menace fictive. Les Russes géraient leur propre petit empire avec un prétexte similaire, la menace états-unienne. Ce rideau de fumée n’existe plus depuis la chute de l’Union soviétique. Pour ceux qui veulent comprendre la politique étrangère de États-Unis, un point qui de toute évidence devrait être observé c’est ce qui est arrivé après la disparition de l’Union soviétique. C’est naturellement le point qu’il faut observer, et il s’ensuit presque automatiquement que personne ne l’observe. On en parle à peine dans la littérature universitaire alors qu’il est évident que c’est ce que vous devez regarder pour comprendre la Guerre froide. En fait si vous regardez vous obtenez des réponses tout à fait claires. Le président à l’époque était George Bush I. Immédiatement après la chute du mur de Berlin, il y a eu une nouvelle stratégie de sécurité nationale, un budget de la défense, etc. C’est très intéressant. Le message principal est le suivant : rien ne va changer sauf les prétextes. Donc nous avons encore besoin, disaient-ils, d’une force militaire gigantesque, non pas pour nous défendre des hordes russes parce que ça n’existe plus, mais à cause de ce qu’ils ont appelé la « sophistication technologique » de certains pouvoirs dans le Tiers monde. Maintenant si vous êtes une personne bien éduquée, bien formée, qui vient de Harvard, etc., vous n’êtes pas supposé rire quand vous entendez ça. Et personne n’a ri. En fait je pense que personne n’en a rendu compte. Donc, disaient-ils, nous devons nous protéger de la sophistication technologique des puissances du Tiers monde et nous devons maintenir ce qu’ils ont appelé la « base industrielle de la défense » – un euphémisme pour parler de l’industrie high-tech (les ordinateurs, Internet, etc.), qui dépend principalement du secteur étatique, sous le prétexte de la défense.

Concernant le Moyen-Orient... Ils disaient que nous devions maintenir nos forces d’intervention, la plupart d’entre elles au Moyen-Orient. Puis vient une phase intéressante. Nous devons faire barrage pour contenir l’ennemi. Nous devons maintenir les forces d’intervention au Moyen-Orient pour défendre nos intérêts, la région qui « ne pouvait pas être offerte en cadeau au Kremlin ». En d’autres termes, désolés les gars, nous vous avons menti pendant 50 ans, mais maintenant que le prétexte n’existe plus, nous vous dirons la vérité. Le problème au Moyen-Orient est ce qu’on appelle le nationalisme radical. « Radical » signifie simplement indépendant. C’est un terme qui signifie « ne suit pas les ordres ». Le nationalisme radical peut être de différentes sortes. L’Iran en est un bon exemple.

La menace du nationalisme radical

En 1953 la menace iranienne c’était un nationalisme laïque. Après 1978 c’est le nationalisme religieux. En 1953 on a renversé le régime parlementaire et on a installé un dictateur beaucoup plus à notre goût. Ce n’était pas un secret. Le New York Times, par exemple, dans un éditorial, se réjouissait du renversement du gouvernement iranien, estimant qu’il s’agissait d’une bonne « leçon de choses » pour les petits pays qui devenant fous, emportés par le nationalisme radical, rejettent toute autorité et veulent contrôler eux-mêmes leurs ressources. Ce sera une leçon de choses pour eux : n’essayez pas ce genre de bêtises, et certainement pas dans cette région dont nous avons besoin pour contrôler le monde. C’était en 1953.

Depuis le renversement du tyran imposé par les États-Unis en 1979 l’Iran a continuellement été attaqué par les États-Unis. Au début Carter a essayé de répondre au renversement du shah en organisant un coup d’État. Ça n’a pas marché. Les Israéliens – l’ambassadeur… il y avait des relations très proches entre Israël et l’Iran sous le shah, bien que théoriquement il n’y eût pas de relations formelles – ont fait savoir que si nous pouvions trouver des officiers disposés à tuer 10 000 personnes dans les rues, nous pourrions rétablir le régime du shah. Zbigniew Brzezinski, le conseiller de Carter à la sécurité nationale, avait à peu près les mêmes idées. Mais ça n’a pas vraiment marché. Les États-Unis ont alors immédiatement soutenu Saddam Hussein, pour qu’il envahisse l’Iran. Et ce n’est pas une mince affaire. Des centaines de milliers d’Iraniens ont été massacrés. Les gens qui sont à la tête de l’Iran actuellement sont des vétérans de cette guerre et ils ont une claire conscience du fait que l’ensemble du monde est contre eux – les Russes, les États-Uniens, tout le monde soutenait Saddam Hussein, tout le monde voulait renverser le nouvel État islamique.

Ce n’est pas peu de choses. Le soutien des États-Unis à Saddam Hussein est allé très loin.

Les crimes de Saddam – comme le génocide d’Anfal, massacre de Kurdes – étaient niés.

Le gouvernement Reagan les démentait et les attribuait à l’Iran.

 À l’Irak on a même donné un privilège rare. C’est le seul pays, avec Israël, qui a pu attaquer un navire états-unien et s’en sortir impunément. Dans le cas d’Israël c’était le USS Liberty en 1967. Dans le cas de l’Irak c’était le USS Stark en 1987 – un navire qui appartenait à la flotte états-unienne protégeant les convois irakiens des attaques iraniennes pendant la guerre. Ils ont attaqué le navire avec des missiles français, ils ont tué plusieurs dizaines de marins – et ils n’ont reçu qu’une petite tape sur la main, rien de plus.

Le soutien des États-Unis était tel que c’est quasiment eux qui ont remporté la guerre pour l’Irak. Une fois la guerre finie, le soutien des États-Unis à l’Irak a continué. En 1989 George Bush I a invité des ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis, pour qu’ils reçoivent des formations de pointe dans le domaines des armes nucléaires. C’est l’une de ces petites choses qu’on cache parce que quelques mois plus tard Saddam est devenu un mauvais garçon. Il a désobéi aux ordres. Juste après cela il y a eu de terribles sanctions, etc.

La menace iranienne

Pour en revenir à notre époque, dans la littérature sur la politique étrangère et dans les commentaires généraux ce que vous lisez généralement c’est que le problème le plus important pour les États-Unis était et reste la menace iranienne. Qu’est-ce que c’est que cette menace iranienne au juste ? Nous disposons d’une source qui fait autorité sur ce point. C’était il y a quelques mois : un compte rendu au Congrès des États-Unis émanant du département de la défense et des services d’intelligence. Tous les ans ils font un compte rendu au Congrès sur la situation mondiale en matière de sécurité. Le dernier compte rendu, celui d’avril dernier, comporte une partie qui concerne l’Iran, bien sûr, la plus grande menace. Il est important de lire ce compte rendu. Ce qu’ils disent c’est que, quoi qu’il en soit de la menace iranienne, ce n’est pas une menace militaire. Ils disent que les dépenses militaires iraniennes sont plutôt basses, y compris si on les compare aux pays de cette région ; et si on les compare à celles des États-Unis, elles sont insignifiantes – probablement moins de 2% de nos dépenses militaires. Par ailleurs ils disent que la doctrine militaire iranienne est basée sur le principe de la défense du territoire national, elle est conçue pour contenir une invasion pendant un temps suffisant pour rendre possible le passage à l’action diplomatique. Voilà la doctrine militaire des Iraniens. Ils disent qu’il est possible que l’Iran pense aux armes nucléaires. Ils ne vont pas plus loin que cela, mais ils disent que si les Iraniens développaient des armes nucléaires ce serait dans le cadre de leur stratégie défensive, afin de prévenir une attaque, ce qui est une éventualité assez réaliste. Le plus grand pouvoir militaire de l’histoire – c’est-à-dire nous –, qui leur a toujours été extrêmement hostile, occupe deux pays frontaliers de l’Iran et menace ouvertement d’attaquer ce pays. Israël, État client des États-Unis, lance les mêmes menaces. Voilà pour le côté militaire de la menace iranienne telle qu’identifiée dans le Military Balance.

Ils disent par ailleurs que l’Iran est une menace majeure parce que ce pays tente d’étendre son influence dans les pays voisins. On appelle cela déstabilisation. Ils œuvrent à la déstabilisation dans les pays voisins en tentant d’augmenter leur influence et cela est un problème pour les États-Unis, parce que les États-Unis tentent d’apporter la stabilité. Lorsque les États-Unis envahissent un pays c’est pour apporter la stabilité – un terme technique dans la littérature des relations internationales qui signifie obéissance aux ordres des États-Unis. Donc lorsque nous envahissons l’Irak ou l’Afghanistan, c’est pour créer de la stabilité.

Si les Iraniens essaient d’accroître leur influence, juste chez leurs voisins, c’est déstabilisant. Cette doctrine, comme tant d’autres, est élaborée dans les universités. Un commentateur libéral et ex-éditeur de Foreign Affairs, James Chase, a même pu dire sans crainte du ridicule que les États-Unis devaient déstabiliser le Chili d’Allende pour apporter la stabilité – c’est-à-dire la soumission aux États-Unis.

Qu’est-ce que le terrorisme ?

La deuxième menace iranienne c’est le soutien au terrorisme.

Qu’est-ce que le terrorisme ?

On nous donne deux exemples du soutien de l’Iran au terrorisme : son soutien au Hezbollah libanais et son soutien au Hamas palestinien. Quoi que vous pensiez du Hezbollah et du Hamas – vous pensez peut-être que c’est ce qu’il y a de pire au monde –, qu’est-ce qui fait qu’on les considère terroristes ?

Bon, le « terrorisme » du Hezbollah est fêté tous les ans au Liban le 25 mai, fête nationale libanaise qui célèbre l’expulsion des envahisseurs israéliens du Liban en 2000. La résistance du Hezbollah et sa guerre de guérilla avaient fini par obliger Israël à se retirer du Sud-Liban, mettant fin à une occupation de 22 ans, avec son lot de terreur, de violence, de torture – occupation maintenue en violation des ordres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Donc Israël a finalement quitté le Liban et c’est le jour de la Libération au Liban. Voilà globalement ce qui est considéré comme le terrorisme du Hezbollah. C’est comme ça qu’il est décrit.

En fait, en Israël c’est même décrit comme une agression. Vous pouvez lire la presse israélienne ces jours-ci et des politiciens de premier plan disent que c’était une erreur de se retirer du Sud-Liban parce que cela permet à l’Iran de poursuivre son « agression » contre Israël, agression qui a commencé en 2000 avec le soutien à la résistance contre l’occupation israélienne. C’est considéré comme une agression contre Israël. Ils ont les mêmes principes que les États-Unis, nous disons la même chose. Voilà pour le Hezbollah. Il y a d’autres actes que vous pourriez critiquer, mais voilà ce qu’est le terrorisme du Hezbollah.

Un autre crime commis par le Hezbollah c’est que la coalition dont il est l’élément principal a largement emporté les dernières élections parlementaires ; mais en raison du principe communautariste qui prévaut pour l’assignation des sièges ils n’ont pas reçu la majorité des sièges. Thomas Friedman [du New York Times] a donc versé des larmes de joie, comme il l’a lui-même expliqué, lors de ces merveilleuses élections libres au Liban, le président Obama ayant battu le président iranien Ahmadinejad. D’autres se sont joints à cette célébration. Autant que je sache personne n’a rendu compte des véritables résultats électoraux.

Et le Hamas ?

Hamas est devenu une menace sérieuse – une organisation terroriste importante – en janvier 2006 lorsque les Palestiniens ont commis un crime vraiment grave. C’était au moment des premières élections libres jamais tenues dans le monde arabe et les Palestiniens ont voté comme il ne fallait pas. C’est inacceptable pour les États-Unis. Immédiatement, sans la moindre hésitation, les États-Unis et Israël ont fait savoir qu’ils prenaient la décision de punir les Palestiniens pour ce crime.

Juste après vous avez pu lire dans le New York Times deux articles qui se côtoyaient – l’un des deux parlant de notre amour pour la démocratie, ce genre de choses, et l’autre parlant de nos projets de punition contre les Palestiniens parce qu’ils avaient mal voté aux élections de janvier. Aucune contradiction.

Les Palestiniens avaient dû subir bien des punitions avant les élections, mais elles ont été accentuées après – Israël est allé jusqu’à couper l’alimentation en eau à la bande de Gaza, si aride. Au mois de juin Israël avait déjà lancé 7 700 roquettes sur Gaza. Tout cela s’appelle défense contre le terrorisme. Puis les États-Unis, et Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, ont essayé d’organiser un coup pour renverser le gouvernement élu. Ils ont échoué et le Hamas a pris le contrôle de Gaza. Après cela le Hamas est devenu l’une des principales forces terroristes au monde. Vous pouvez leur faire beaucoup de critiques – leur façon de traiter leur propre population par exemple – mais le terrorisme du Hamas est assez difficile à prouver. Les accusations actuelles concernent les roquettes lancées de Gaza sur les villes israéliennes frontalières. C’est la justification qui a été donnée pour l’opération « plomb durci » (l’invasion israélo-états-unienne de décembre 2008) et aussi pour l’attaque israélienne contre la Flotille de la paix en juin 2010, dans les eaux internationales. Neuf personnes avaient alors été tuées.

Il n’y a que dans un pays très endoctriné que vous pouvez entendre ces choses ridicules et ne pas rire. Passons sur la comparaison entre les roquettes Qassam et le terrorisme que les États-Unis et Israël pratiquent constamment. L’argument n’a absolument aucune crédibilité pour une raison bien simple : Israël et les États-Unis savent très bien comment arrêter les tirs de roquettes : par des moyens pacifiques. En juin 2008 Israël a accepté un cessez-le-feu avec le Hamas. Israël ne l’a pas vraiment respecté – ils étaient supposés ouvrir les frontières et ils ne l’ont pas fait – mais le Hamas l’a respecté. Vous pouvez vérifier sur les sites officiels israéliens ou écouter leur porte-parole officiel, Mark Regev : ils sont d’accord pour dire que durant le cessez-le-feu le Hamas n’a pas lancé une seule roquette.

Israël a rompu le cessez-le-feu en novembre 2008 en envahissant Gaza et en tuant une demi-douzaine de militants du Hamas. Quelques roquettes ont alors été lancées, puis Israël a lancé une attaque bien plus importante. Il y a eu des morts, tous palestiniens. Hamas a proposé le retour au cessez-le-feu. Le gouvernement israélien a évalué l’offre, puis l’a rejetée, optant pour le recours à la violence. Quelques jours plus tard il y a eu l’attaque israélo-états-unienne contre Gaza.

Aux États-Unis, et en Occident de façon générale, y compris les organisations de défense des droits humains, y compris le rapport Goldstone, on considère comme une évidence le droit d’Israël à se défendre en utilisant la force. Il y a eu des critiques disant que l’attaque était disproportionnée, mais cela est secondaire par rapport au fait qu’Israël n’avait absolument pas le droit d’utiliser la force. Vous n’avez aucune justification pour l’utilisation de la force tant que vous n’avez pas épuisé les recours pacifiques. Dans ce cas les États-Unis et Israël n’avaient non seulement pas épuisé les recours pacifiques, ils avaient rejeté tout recours aux moyens pacifiques, alors que c’était parfaitement possible et ils le savaient bien. Ce principe selon lequel Israël a le droit de lancer des attaques militaires est tout bonnement un fascinant cadeau.

Quoi qu’il en soit, que l’Iran essaie d’étendre son influence et que l’Iran soutienne le Hezbollah et le Hamas c’est, du point de vue des services d’intelligence et du département de la défense, ce qui constitue son soutien au terrorisme.

Noam Chomsky

Source : http://www.zcommunications.org/u-s-...

Traduction : Numancia Martínez Poggi

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1011



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