Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

19/01/2011

n° 152 - Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion du Liban. -17-01 - : Début - : Liban : La prochaine guerre. ?

n° 152 - Analyse -  Géopolitique et stratégie - Réflexion du Liban.  -17-01 - : Début  - : Liban : La prochaine guerre. ?


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Dossiers  'Géopolitique et stratégie'du  Liban 

 n° 152                                                                                             18-01

   C.De broeder & M.Lemaire



Le " Dossiers  'Géopolitique et stratégie' du Liban  " est  visible  sur les blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

 

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

 

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

 NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :  

1 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

1-1 Hariri: un document audio révèle la fabrication des faux témoignages.

1-2 Découverte des engins d’espionnage : conséquences nuisibles.

1-3 Champs gaziers : échanges de menaces entre « Israël » et le Liban.

1-4 La démission de Sfeir, volontaire ou involontaire ?

2  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

2-1 Soraya Hélou : Les illusions du 14 mars...

2-2 Liban : la fuite en avant des Etats-Unis.

Fin

3 Annexe

3-1 Sayed Nasrallah: l'opposition ne nommera pas Saad Hariri.

3-2 Alain Gresh : La prochaine guerre.



1 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

1-1 Hariri: un document audio révèle la fabrication des faux témoignages.

La chaîne de télévision indépendante libanaise NewTV a diffusé samedi 15 janvier un enregistrement audio d’une réunion secrète, tenue en 2005 à Marbella (Espagne). Y participent (de gauche à droite sur le photo-montage utilisé pour illustrer la bande son) : Saad el-Hariri (fils de l’ancien Premier ministre assassiné), Mohamed Zuhair as-Siddik (le principal faux témoin), le commissaire Gerhard Lehman (numéro 2 de la Commission d’enquête onusienne) et Wissam el-Hassan (bras droit de Saad Hariri et directeur des services de renseignement).

Au cours de la réunion, les conjurés décident de faire retomber le meurtre de Rafik el-Hariri sur quatre généraux libanais et neuf personnalités syriennes. Ils discutent aussi du paiement et de la protection du faux témoin.

Rappelons qu’à la suite de cette réunion, quatre généraux libanais furent arbitrairement incarcérés durant quatre ans. Israël profita de la décapitation des services de sécurité libanais pour attaquer le pays. Sur la base du faux témoignage de M. as-Siddik, la Commission mit en cause les présidents en exercice de la Syrie et du Liban, Bachar el-Assad et Emile Lahoud, tandis que les Etats-Unis menacèrent d’intervenir militairement pour les arrêter. Le complot s’effondra lorsque les services secrets syriens démontrèrent l’inanité du faux témoignage.

Le Tribunal spécial pour le Liban a jusqu’à présent refusé d’enquêter sur « l’affaire dans l’affaire » (les faux témoins) et a refusé de remettre aux quatre généraux injustement incarcérés les documents qui leur permettraient de se retourner contre leurs accusateurs.

Le commissaire allemand Lehman a été mis en cause dans son pays comme agent de la CIA impliqué dans le programme d’enlèvement, de séquestration et de torture en Europe. Il a été formellement reconnu par une des victimes.

Après avoir séjourné en France, Mohamed Zuhair as-Siddik a disparu, avant d’être retrouvé aux Emirats arabes unis où il a été brièvement incarcéré pour immigration illégale et usage de faux passeport. Lors d’une conférence de presse donnée au moment de sa libération, il a affirmé avoir reçu un faux passeport tchèque de la main du président français Nicolas Sarkozy.

Depuis plusieurs semaines, de hauts responsables du Tribunal —voyant la chute de celui-ci imminente— se sont mis à vendre au prix fort les documents auxquels ils ont accès.

Egalement en violation du secret de l’instruction, l’acte d’accusation aurait été présenté à New York la semaine dernière par le département d’Etat US au roi Abdallah Ier d’Arabie saoudite, au président français Nicolas Sarkozy et à Saad Hariri (alors Premier ministre libanais), indique la presse libanaise. Il avait été prévu de le rendre public samedi 15, mais cela a été reporté au lundi 17 en raison de la démission du gouvernement libanais. Les ministres états-unien et français des Affaires étrangères, Hillary Clinton et Michèle Alliot-Marie ont publiquement commenté le contenu de l’acte d’accusation confirmant ainsi qu’elles en avaient illégalement eu connaissance.

Dimanche 16 janvier 2011

Source : Réseau Voltaire
http://www.voltairenet.org/...

http://www.palestine-solidarite.org:80/analyses.Reseau_Voltaire.160111.htm


1-2 Découverte des engins d’espionnage : conséquences nuisibles.

Le quotidien israélien Yediot Aharonot a mis en garde contre les conséquences nuisibles causées par la découverte des appareils d’espionnage israéliens au Liban.
Dans son article intitulé «  Dégâts pour les renseignements dans un moment délicat »,  Ron Ben Yashaï commentait la découverte par la résistance au Liban de deux engins d’espionnage israéliens dissimulés dans les montagnes de Sannine et de Barouk, dans le Chouf, et qui ont été démantelés par l’armée libanaise.
Il précise que ces deux montagnes sont les plus hautes du Liban et surplombent la plupart du territoire libanais, dont le sud et la Békaa, voire même la capitale Beyrouth et la ville sudiste Saïda.
 Yashaï a signalé que les deux appareils étaient très bien cachés, précisant que l’un d’entre eux étant un appareil électronique servant à collecter des informations, alors que le second comprenait des caméras capables de prises de vue pour  des cibles au sud, dans la Békaa, au sud et à l’est de Beyrouth. Ils étaient également dotés d’un laser capable d’évaluer les distances et de préciser peut-être des cibles en cas d’attaque.
Selon lui, ces engins étaient connectés à des appareils d’émission et de réception de longue portée, et peuvent être télécommandés à distance pour leur soutirer les informations collectées.
«  Si c’est Israël qui a planté ces appareils, cela relèverait  d’un exploit de premier degré, vu que les positions où ils ont été plantés lui permet de contrôler la région et de collecter des informations électroniques, non seulement sur l’espace aérien libanais et l’est de la Syrie, mais aussi sur les sites du Hezbollah et de l’armée libanaise à Beyrouth aussi » a ajouté ce chroniquer israélien, indiquant que le Hezbollah détient des centres qui contiennent des équipements de combat importants.
Les appareils ont permis selon l’auteur d’espionner le transport de convois d’armement de la Syrie au Hezbollah, ce qui devrait permettre à Israël lui faciliter de bombarder les dépôts en temps de guerre.
En comparaison avec les systèmes d’espionnage aériens, Yeshaï précise que les appareils terrestres sont beaucoup moins et couteux, et permettent une continuité qui fait défaut aux appareils sur avions.
Raison pour laquelle, estime-t-il, il en conclut que la découverte de ces appareils cause des dommages très graves pour Israël.

17/12/2010     
www.almanar.com.lb


1-3 Champs gaziers : échanges de menaces entre « Israël » et le Liban.

Israël a rejeté en vrac les revendications libanaises portant sur les champs gaziers maritimes en Méditerranée qu’elle voudrait s’accaparer à elle seule.

"Toutes les revendications du Liban sont sans aucun fondement juridique, économique et cartographique. Israël saura défendre ses intérêts avec toute la force nécessaire face à toutes les menaces", avertit le ministre israélien des Infrastructures nationales Uzi Landau.

Landau a affirmé qu’Israël est déterminé à défendre avec "toute la force nécessaire", face au Liban ou à tout autre pays, les champs gaziers prometteurs qui pourraient assurer son indépendance énergétique pour la première fois de son histoire.

L’enjeu porte sur deux gisements offshores découverts récemment, Tamar et Léviathan.

Les réserves de Tamar sont estimées à 8 milliards de m3 de gaz naturel et celles de Léviathan "pourraient atteindre le double et assurer la consommation d’Israël pour 25 ans", a déclaré à l’AFP le ministre des Infrastructures nationales, Uzi Landau.

Mais ces richesses se trouvent dans des zones maritimes contestées. Les frontières maritimes avec le Liban ne sont pas délimitées alors que les deux pays sont techniquement en état de guerre. En outre, la Turquie, estime avoir son mot à dire.

Ankara a pour sa part protesté contre un accord de délimitation des zones économiques exclusives conclu le 17 décembre entre Israël et Chypre. Cet accord doit permettre la poursuite des recherches sous-marines d’hydrocarbures sans crainte de conflits d’exploitation.

Selon Uzi Landau, l’accord avec Chypre "trace la limite de la frontière maritime nord d’Israël et fixe de fait la frontière avec le Liban".

Or selon le ministre libanais de l’Energie, Joubrane Bassil, "le langage de la force adoptée par Israël ne peut nous intimider" lui conseillant de l’abandonner car le Liban a trouvé "bon remède à ce genre de langage agressif".

Dans un entretien accordé au journal AsSafir, Bassil a indiqué que le Liban se réfère dans la délimitation des frontières maritimes au Droit international en vigueur sur les mers, signé par le Liban, mais dénigré par Israël. Selon lui, l’entité sioniste devrait se plier pour une fois au moins au Droit international, sinon, met-il en garde "ses intérêts et ceux des sociétés qu’elle va recruter seront menacés".

Bassil a également fustigé le comportement douteux de certains responsables libanais, lesquels s’apparente selon lui à la traitrise, signalant avoir envoyé trois messages au gouvernement lui demandant de ratifier la loi sur la délimitation des frontières maritimes, pour l’envoyer ensuite au Parlement libanais, avant de la dépêcher aux Nations-Unies. Sans obtenir gain de cause. Parmi les obstacles, Bassil évoque entre autre les entraves dressées par le ministère des Finances, dirigé par une ministre du Parti du Futur.

Il s’est également étonné que le dossier de la délimitation des frontières avec Chypre soit confisqué par le Premier ministre Saad Hariri qui se refuse de l’envoyer au Parlement.

Selon Bassil, les raisons arguées par Hariri pour ne pas envoyer ce dossier, par la volonté de ne pas offusquer la Turquie, sont "excuse pire qu’un péché". "Car cela veut dire soumettre une décision nationale à une volonté étrangère", s’est-il offusqué.

Et d’ajouter : "une fois on ne veut pas irriter la Turquie, une autre, on ne veut pas indigner l’Arabie saoudite, ou la France ou les États-Unis, et tout cela au détriment de nos intérêts nationaux".

24 décembre

Al-Manar


1-4 La démission de Sfeir, volontaire ou involontaire ?

Selon l'Agence nationale d'information le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, a démissionné : « Après une rencontre avec Mgr Nasrallah Boutros Sfeir, le ministre Boutros Harb a annoncé que le patriarche avait présenté sa démission au Saint-Siège, lui demandant de le décharger de ses fonctions. »
« Le Vatican n'a pas encore tranché », a ajouté l'agence, sans élaborer.
La veille, le quotidien al-Chark avait publié une nouvelle en ce sens, qui avait été démentie par le patriarcat maronite.
Dimanche, et avant que M. Harb ne se prononce, l'évêque maronite du Batroun, Boulos Émile Saadé, avait démenti aussi la nouvelle, estimant que « sa diffusion par certains organes de presse vise à créer une confusion entre le religieux et le politique ».
Selon une source autorisée proche du patriarcat maronite, le patriarche Sfeir a effectivement fait part au pape Benoît XVI, au cours de son dernier séjour à Rome, il y a quelques semaines, de son intention de se démettre de ses charges.
Au Liban, il l'aurait annoncée aux membres du synode des évêques maronites, sous le sceau de la confidentialité. .
Rappelons, que notre site al-Manar avait rapporté le 12-11-2010, selon des sources ecclésiastiques  bien informées et très proches du Vatican citées par  le quotidien libanais al-Akhbar que le Vativan avit demandé au Patriarche Sfeir de démissionner ! 
En effet, lors d’une  réunion qui a eu lieu le mercredi 20 Octobre, en marge du Synode des évêques de l'Orient dans la résidence du patriarche Sfeir à Rome (spécifiquement à l'école maronite) le patriarche s’était réuni avec  le secrétaire d'État du Vatican , le cardinal Bertone, et le président  de la Congrégation pour les Eglises orientales, le cardinal Sandri.
Lors de la réunion, qui a duré plus d'une heure, les deux cardinaux ont demandé au patriarche Nasrallah « de manière claire et polie», de démissionner, estimant qu’un tel «grand pas est nécessaire pour assurer la continuité du Patriarcat maronite ».
Selon les informations disponibles, les deux cardinaux ont fait usage d’une grande diplomatie pour accomplir la mission que leur avait confié le Pape ! A savoir : persuader le patriarche que l'intérêt de l'Eglise maronite exige une telle démission et  qu’il fallait gérer de manière positive  l'élection d’un nouveau Patriarche dont le profil corresponde avec le plan du Vatican qui consiste à restaurer le statut des chrétiens d'Orient dans leurs terres et améliorer l'administration de l'Église maronite. 
Toujours selon la source, les deux cardinaux ont parlé pendant longtemps de la mauvaise gestion du Patriarcat et de l'incapacité du patriarche à prendre des  initiatives visant à réduire l'immigration chrétienne, sans compter  l’isolement du Patriarcat lui-même au Liban, à un moment où la situation des chrétiens en Orient se détériore considérablement ! Ce qui exige en soi un plus grand rôle du patriarcat au Moyen-Orient .
Toujours selon la source, la réaction du patriarche était très violente  à la fois à l’égard de la proposition initiale et aussi à l’égard de la  remise en question de sa capacité à prendre la décision appropriée au bon endroit.

17/01/2011

http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=170446&language=fr


Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

2-1 Soraya Hélou : Les illusions du 14 mars...

Chaque jour qui passe montre combien une partie des Libanais aborde les questions politiques sur base de leurs propres souhaits.

Cette partie, composée essentiellement de personnalités du 14 mars semble vivre dans une bulle et a une lecture erronée des événements. A chaque nouvelle étape, elle se répand en explications et en justifications dans les médias qui n’ont rien à avoir avec la réalité, mais ne consent jamais à reconnaître son erreur…
Lorsqu’il y a pratiquement un an, le Premier ministre Saad Hariri s’est rendu pour la première fois à Damas, les personnalités du 14 mars ont ravalé leur déception et expliqué en long et en large à leurs supporters que c’est Damas qui a changé et non le Premier ministre. Il a, selon ses personnalités, rectifié le tir des relations libano-syriennes et établi des liens d’Etat à Etat, obligeant les autorités syriennes à se tenir à égale distance de toutes les parties libanaises et à traiter avec l’Etat. Pendant des mois, et en dépit de plusieurs autres visites de Hariri à Damas, ces personnalités ont continué à affirmer que la Syrie serait sur le point de lâcher le Hezbollah pour « revenir dans le giron arabe » et gagner ainsi sa place auprès de l’Arabie saoudite. Même les mandats d’arrêt émis par la justice syrienne à l’encontre de plusieurs proches du Premier ministre dans le cadre de la plainte déposée contre eux par le général Jamil Sayyed ne les a pas fait renoncer à leur théorie. Il a fallu que les autorités syriennes disent clairement : la résistance est pour nous une ligne rouge, pour qu’elles cessent de parler ouvertement du sujet, mais elles n’en continuent pas moins à miser sur des pseudo-divergences entre la Syrie et l’Iran, qui affaibliraient le Hezbollah, mais n’osent plus le déclarer ouvertement de crainte de paraître ridicules…
 De même, lorsque le Premier ministre turc Rajab Tayeb Erdogan est venu au Liban, ces mêmes personnalités ont voulu montré que sa visite avait pour objectif de rétablir l’équilibre avec celle du président iranien Mahmoud Ahmadinajad. Elles ont développé dans les médias la thèse selon laquelle le Premier ministre turc compatit intervenir auprès de la Syrie et de l’Iran pour empêcher le Hezbollah de réagir après la publication de l’acte d’accusation du TSL en faisant par exemple chuter l’actuel gouvernement après avoir renversé la majorité au Parlement. Naturellement, rien de tel n’a été effectué par le Premier ministre turc qui a insisté sur la nécessité de l’entente interne et sur l’obligation d’éviter les actes de violence sécuritaires.
Le Premier ministre Saad Hariri s’est ensuite rendu en Iran dans un virage total de sa politique. Il s’est donc rendu au cœur du « pays de Wilayat al Fakih », tellement décrié au cours des dernières élections législatives en 2009. Comment a-t-il peu faire cela ? Les personnalités du 14 mars se sont empressées d’expliquer dans les médias qu’il comptait demander aux autorités iraniennes de faire pression sur le Hezbollah pour accepter un compromis après la publication de l’acte d’accusation et surtout pour qu’il n’entreprenne aucune action contre le gouvernement une fois l’acte publié. Cette fois, la réponse a été immédiate et les autorités iraniennes n’ont pas attendu que le Premier ministre libanais quitte Téhéran pour affirmer au cours d’une conférence de presse conjointe que le TSL est politisé et que la résistance est une ligne rouge, tout en encourageant le dialogue et l’entente.
Le message était pourtant clair, malgré tout, les personnalités du 14 mars continuent à vivre dans leurs illusions. Mais cette fois, le coup est venu de leur principal protecteur les Etats-Unis. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a déclaré récemment : Le Hezbollah a le droit de protester pacifiquement mais n’a pas le droit de porter les armes contre ses adversaires au Liban. En d’autres termes, un changement de majorité au Parlement est une affaire interne… Même son de cloche en provenance de Paris. En d’autres termes, l’Occident veut bien utiliser le 14 mars pour affaiblir le Hezbollah, mais il n’est pas prêt à s’impliquer directement dans les méandres internes libanais.
En dépit de ces données, le 14 mars continue à ruer dans les brancards, croyant pouvoir encore effrayer l’opposition et le Hezbollah en particulier. La dernière arme en date ce sont les « fuites » répétées dans les médias internationaux pour annoncer le contenu de l’acte d’accusation et sa publication imminente. Déjà, lorsque le secrétaire général du Hezbollah sayed Hassan Nasrallah prononçait son discours à l’occasion de la Journée du Martyr (le 11 novembre), la chaîne MTV annonçait dans une information urgente que l’acte d’accusation était prêt et en train d’être traduit. Pourquoi n’a-t-il pas été publié depuis ?  Maintenant, c’est Le Figaro qui revient à la charge annonçant son contenu et le fait qu’il aurait été pratiquement remis au juge de la mise en état Daniel Fransen. Il a fallu d’ailleurs que le bureau du procureur Bellemare démente lui-même cette dernière « fuite » assurant qu’un communiqué officiel sera publié pour annoncer cette démarche.
Cette nouvelle manœuvre de maintenir la tension en multipliant les rumeurs sur la date de la publication et le contenu de l’acte d’accusation n’est pas plus réaliste que l’approche politique des personnalités du 14 mars avec la Syrie, l’Iran ou la Turquie. L’équation est claire : si l’acte d’accusation est publié avant un accord interne, l’opposition exécutera ses plans sans tenir compte d’autres considérations. Ce ne sont pas quelques fuites médiatiques de plus ou de moins qui risquent de changer la donne. Ce qu’il faudrait par contre, c’est un peu plus de maturité et de réalisme dans l’approche des questions politiques. Il serait peut-être temps de renoncer aux illusions…


2-2 Liban : la fuite en avant des Etats-Unis.

Le Liban est à nouveau sans gouvernement. Selon la presse occidentale, le Hezbollah exerce un chantage pour ne pas avoir à répondre de sa culpabilité dans l’assassinat de Rafik el-Hariri. En réalité, observe Thierry Meyssan, l’opposition libanaise (qui représente la majorité populaire mais est minoritaire à l’Assemblée) vient de faire échec à la machine infernale mise en place par Washington en vue de provoquer une confrontation générale au Proche-Orient.

Thierry Meyssan

Samedi 15 Janvier 2011

Alors que le Premier ministre libanais Saad al-Hariri était reçu à la Maison-Blanche par le président des Etats-Unis Barack Obama, mercredi 12 janvier 2011, 11 ministres libanais ont donné leur démission et fait chuter leur gouvernement. Plus qu’à M. Hariri, ce camouflet était ostensiblement destiné à M. Obama.

Le remodelage du Moyen-Orient élargi

Pour comprendre ce qui se passe, il convient d’abord de resituer ce coup de théâtre dans le contexte général de la résistance proche-orientale au projet états-unien de remodelage de la région.
Lorsque, le 11-Septembre 2001, les Etats-Unis ont attribué les attentats dont ils faisaient l’objet à un groupuscule islamiste terré dans une grotte afghane, ils ont déclaré la « guerre des civilisations ». Contrairement à ce que préconisaient des stratèges comme Zbignew Brzezinski (favorable à une instrumentation des musulmans contre la Russie et la Chine) et certaines firmes pétrolières (favorables à un investissement militaire massif en Afrique et dans les Caraïbes pour contrôler les champs pétroliers du XXIe siècle), les Straussiens ont imposé le monde musulman comme cible. En effet, de leur point de vue, la seule « menace révolutionnaire » capable de se propager dans le monde et de porter atteinte à l’impérialisme global est une résurgence de la révolution khomeiniste.
Washington a donc décidé de prendre l’Iran en tenaille en positionnant ses troupes en Afghanistan et en Irak. Puis, de détruire les alliés militaires de Téhéran : la Syrie et le Hezbollah libanais. Enfin, de raser l’Iran et ses 70 millions d’habitants. Toute résistance ayant été anéantie, les Etats de la région auraient été démantelés et redessinés sur une base ethnique, tandis que la Pax Americana aurait triomphé.
Cependant ce plan grandiose, à peine initié, a échoué. La plus grande armée du monde a été incapable de contrôler l’Afghanistan et l’Irak occupés. Puis, l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik al-Hariri et la révolution colorée du Cèdre ne sont pas parvenus à provoquer la guerre avec la Syrie, Damas ayant immédiatement retiré ses forces de maintien de la paix stationnées au Liban depuis la fin de la guerre civile.
Washington a alors sous-traité le problème à Tel-Aviv. A l’été 2006, Israël a attaqué le Liban, rasé tout le Sud du pays sous un tapis de bombes tel qu’on n’en avait pas vu depuis la guerre du Vietnam, mais a échoué à détruire le Hezbollah et à engager le combat avec la Syrie. Contre toute attente, c’est l’inverse qui s’est produit : le Hezbollah a tenu en échec l’armée la plus sophistiquée du monde et la Syrie n’a pas eu à entrer en lice.
Mettant en oeuvre leur Plan B, les Etats-Unis ont eu recours à la prétendue Justice internationale.

Le rôle du TSL dans la stratégie US

La Commission internationale d’enquête sur l’assassinat de Rafik al-Hariri a reçu pour mission de mettre en accusation le président syrien Bachar el-Assad, ouvrant ainsi la voie à la guerre que le Pentagone aurait entreprise pour l’amener par la force devant la Justice internationale.
La Commission d’enquête était dirigée par deux agents sûrs, les Allemands Detlev Mehlis et Gerhard Lehman. Ils sont parvenus à occulter le rôle de leur pays dans l’assassinat, mais ont échoué à inculper le président el-Assad, les services secrets syriens ayant démasqué les faux témoins fabriqués par l’ONU.
Passant au Plan C, Washington a abandonné l’idée de détruire la Syrie préalablement à l’Iran et a recentré son dispositif sur le cœur du système. Il a mis en place un Tribunal spécial pour le Liban, cette fois chargé de mettre en accusation le commandant de la Force Al-Quod (unité des Gardiens iraniens de la Révolution qui forme les combattants anti-impérialistes au Liban, en Palestine et ailleurs), le général Kassem Soleimani, et le guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei. Cette accusation judiciaire devait être coordonnée avec l’accusation politique de l’AIEA de fabrication secrète d’une bombe atomique.
La présidence de ce Tribunal très spécial a été confiée à l’Italien Antonio Cassese, jusque là conseiller juridique des Moujahidines du Peuple, un groupe armé qui revendique plusieurs milliers d’assassinats politiques en Iran pour le compte des Etats-Unis.

La tactique du Tribunal très spécial et de son procureur général était de mettre en accusation l’ancien chef militaire du Hezbollah, Iman Mugniyeh (assassiné par le Mossad) et sa famille, puis de mettre en cause leurs supérieurs hiérarchiques, non pas au sein du Hezbollah, mais au sein de leur dispositif de formation militaire : le général Soleimani et le guide suprême Khamenei. Le Pentagone et Tsahal auraient alors attaqué un Iran affaibli par des sanctions internationales, prétendument pour amener les suspects devant la prétendue Justice onusienne.
Pour une raison purement technique, l’acte d’accusation devait être publié avant la fin de l’exercice budgétaire 2010 du Tribunal (en réalité avant la fin janvier 2011). Une conférence de presse était prévue au siège du Tribunal à La Haye samedi 15 janvier. C’est ce calendrier qui a précipité la crise.

Réactions au TSL

Pour éviter la guerre programmée, la Syrie, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Iran ont décidé de mettre leurs différents en sourdine et de joindre leurs efforts pour faire entendre raison à Washington. Il s’agissait de convaincre l’administration Obama d’abandonner un plan conçu par sa faction la plus extrémiste et de lui offrir une issue honorable.
Dans ce but, le président Bachar el-Assad, le roi Abdalllah ben Abdelaziz Al Saoud, l’émir Hamad ibn-Khalifa al-Thani et le président Mahmoud Ahmadinejad se sont succédés à Beyrouth. Chacun d’entre eux a enjoint les partis et communautés sur lesquels il exerce une influence d’asphyxier le Tribunal spécial en ne renouvelant pas son budget et en retirant ses juges libanais. Le TSL n’aurait pas été dissous. Il aurait survécu sur le papier, mais serait tombé dans une profonde léthargie.
Las ! L’administration Obama a refusé la porte de sortie qui lui était offerte. N’ayant à vrai dire aucun plan de rechange à substituer à celui des Straussiens, le président états-unien a envoyé sa secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, informer les capitales concernées que le TSL irait jusqu’au bout de sa mission. Toutefois, a-t-elle laissé entendre, l’administration Obama se contentera dans un premier temps d’isoler Téhéran et ses alliés et n’envisage pas d’attaquer l’Iran à brève échéance. Chacun est donc prié d’appliquer les sanctions onusiennes et de se préparer à les renforcer.

La crise

A ce stade, on se frottait les mains à Washington, car le camp de la paix était bloqué dans une impasse. Après que le Spiegel et la télévision canadienne aient annoncé l’imminente inculpation de la famille d’Imad Mugniyeh, toute action politique du Hezbollah et de ses alliés contre le TSL serait présentée comme un aveu de culpabilité. Pour retrouver sa marge de manœuvre, sayyed Hassan Nasrallah décidait de publier des images filmées par des drones israéliens, interceptées par son organisation. Elles attestent qu’Israël a préparé l’attentat contre Rafik al-Hariri. Cependant ces révélations furent insuffisantes pour blanchir le Hezbollah car elles ne permettent pas d’établir si c’est bien l’Etat hébreu qui a réalisé ou non l’opération.
La publication par Odnako, l’hebdomadaire des élites politiques russes, de notre enquête a modifié la donne. L’arme nouvelle utilisée pour ce meurtre ayant été fabriquée par l’Allemagne, ni le Hezbollah, ni l’Iran ne peuvent encore être soupçonnés. Du coup, aux yeux de l’opinion publique proche-orientale les choses s’inversent : le Hezbollah ne peut plus être accusé de lutter contre le TSL pour fuir ses responsabilités.
Convaincu par nos arguments et soutenu par le roi Abdallah Ier, le Premier ministre Saad Hariri était prêt à négocier une solution en faveur de la paix. Toutefois, l’hospitalisation du roi aux Etats-Unis affaiblissait son autorité. Son demi-frère et successeur désigné, le prince Sultan, et son neveu, le prince Bandar, apparaissaient en capacité d’exercer rapidement le pouvoir et d’imposer leur ligne pro-états-unienne. Saad Hariri choisissait alors de prendre ses distances avec le monarque saoudien et de s’aligner sur la position états-unienne.
Mardi 11 janvier à New York, le roi Abdallah renonçait à la médiation qu’il avait entreprise avec son homologue syrien. Immédiatement, la coalition du 8-Mars sommait Saad Hariri de clarifier d’urgence la situation : elle l’enjoignait de retirer les juges libanais, de refuser de continuer à financer le TSL et à collaborer avec lui, enfin de poursuivre les faux témoins devant la Justice libanaise. Dans la plus grande discrétion, les services de sécurité de l’Etat (dépendant du Président de la République, le général Michel Sleimane) étaient réorganisés. Face à l’absence de réponse de Saad Hariri, les actions de ses sociétés perdaient en quelques heures 9 % en Bourse.
Mercredi 12 janvier à Beyrouth, les 10 ministres de la coalition du 8-Mars (dont seulement 2 sont membres du Hezbollah) démissionnaient pendant la rencontre Hariri-Obama à Washington, suivis d’un onzième ministre (proche du président Sleimane). Le quorum n’étant plus réuni, le gouvernement était dissous.

Y a t-il un Plan D ?

En toute logique, le Tribunal spécial devrait publier sous peu, peut-être samedi, son acte d’accusation. Mais, il ne devrait plus avoir de budget à la fin du mois et devrait donc, soit devenir bénévole, soit cesser ses travaux.
En Occident, où la censure est totale sur les arguments de l’opposition, l’opinion publique devrait croire à la culpabilité du Hezbollah et à la volonté états-unienne de servir la Justice. Mais au Proche-Orient, plus personne n’est dupe : les Etats-Unis et Israël manipulent le TSL, ils masquent la vérité et instrumentent le Tribunal pour justifier une guerre générale dans la région. Ayant perdu sa légitimité, Washington ne peut espérer aucun soutien au Proche-Orient, hormis de ses vassaux stipendiés. Il faut donc passer au Plan D, Mais y en a t-il un ?

« Majorité » et « minorité » au Liban

Les élections législatives de 2005 ont donné une large victoire à la coalition du 14-Mars, réunie autour de la famille Hariri (soutenue par les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et la France). Celle-ci a été depuis lors qualifiée de « majorité ». Cependant, rapidement, elle a perdu l’une de ses deux principales composantes, le Courant patriotique libre (CPL) fondé par le général chrétien Michel Aoun.
A contrario, la coalition du 8-Mars a été qualifiée en 2005 de « minorité », mais n’a cessé de s’étoffer depuis. Réunie autour du Hezbollah, elle est soutenue par la Syrie, l’Iran et le Qatar.
Les élections législatives de 2009 ont donné lieu à une vaste fraude : en violation du Code électoral des dizaines de milliers de Libanais de la diaspora se sont vu accorder des cartes d’électeurs. Un pont aérien a été mis en place par la coalition du 14-Mars pour les transporter gratuitement au Liban, obligeant à une réorganisation complète de l’aéroport de Beyrouth. Cette manipulation a profondément modifié un scrutin réunissant au total 1,4 million d’électeurs seulement. Malgré tout, la coalition du 14-Mars (la « majorité ») n’a obtenu que 44,5 % des suffrages exprimés, tandis que celle du 8-Mars (la « minorité ») obtenait 55,5 % des voix. Cependant, grâce à un découpage électoral violemment inéquitable, la coalition du 14-Mars a conservé la majorité à l’Assemblée avec 72 sièges, tandis que la majorité populaire restait minoritaire à l’Assemblée avec 56 sièges.
La majorité parlementaire a élu le leader de la coalition du 14-Mars, Saad Hariri, comme Premier ministre. Il est parvenu à composer un gouvernement d’union nationale comprenant 15 ministres du 14-Mars, 10 ministres du 8-Mars et 5 ministres neutres (des techniciens proposés par le président de la République). C’est ce gouvernement qui vient de chuter.
Le Parti Socialiste Progressiste (PSP) du leader druze Walid Jumblatt a pris ses distances avec la coalition du 14-Mars. Dans le cas où ses députés joindraient leurs votes à ceux de la coalition du 8-Mars, la majorité populaire deviendrait alors aussi la majorité parlementaire.
Selon l’accord national, la fonction de président de la République revient à un chrétien maronite, celle de Premier ministre à un musulman sunnite et celle de président de l’Assemblée à un musulman chiite. Dans le cas de la désignation d’un Premier ministre issu de la coalition du 8-Mars, le Hezbollah —bouleversant les pratiques sociales— souhaiterait que ce soit une femme.
Thierry Meyssan
Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe.

Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).

Samedi 15 Janvier 2011

 http://www.voltairenet.org/article168125.html
http://www.alterinfo.net/Liban-la-fuite-en-avant-des-Etats-Unis_a53855.html


Les commentaires sont fermés.