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05/02/2011

n° 567 FIN des Dossiers 'Géopolitique et stratégie' de Palestine - 02-02 – Début - Au-delà de l'imaginable


n° 567 FIN des Dossiers 'Géopolitique et stratégie' de Palestine - 02-02 - Fin - Au-delà de l'imaginable



L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 



Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine

567 du 02-02

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

e) sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be

 


Sommaire

6 Annexe

6-1 Moubarak s'est tout d'un coup aperçu hier, oups, qu'il n'avait jamais désigné de vice-président… 

6-2 La libération de la Palestine passe par Le Caire.
6-3 Le peuple tunisien s'est soulevé comme une tempête face à l'injustice.

6-4 Jacob Cohen : Les sayanim : des « agents dormants » très actifs au service d’Israël.


6 Annexe

6-1 Moubarak s'est tout d'un coup aperçu hier, oups, qu'il n'avait jamais désigné de vice-président 
Moubarak s'est tout d'un coup aperçu hier, oups, qu'il n'avait jamais désigné de vice-président en 30 ans, il a donc procédé à la nomination de Omar Suleimane, chef des renseignements généraux, à ce poste personne n'a oublié la fameuse déclaration de Suleimane à l'adresse des "terroristes palestiniens de Gaza": "on coupera les mains et les jambes des Palestiniens qui franchiront nos frontières à la recherche de médicaments ou d'aliments", pour montrer sa détermination à renforcer le blocus instauré par l'Egypte, en soutien du blocus sioniste contre la population de Gaza
 on peut imaginer qu'autour de la momie en putréfaction, des personnes bien intentionnées (de préférence d'obédience étatsunienne et sioniste, voire française) lui soufflent les dernières décisions à prendre en essayant de gagner un maximum de temps, alors que la famille et les "proches" s'installent ci et là dans les capitales occidentales où ils détiennent des hôtels particuliers et des comptes bancaires le temps que les sionistes, qui étaient, avant-hier encore, si sûrs de leur principal allié au machreq, dont ils louaient la "stabilité" ("l'Egypte n'est pas la Tunisie"), voient plus clair dans le "processus de paix" qu'ils prétendent mener sur le dos de la Palestine et des Palestiniens (une intense activité de communication entre les renseignements militaires européens et diverses armées arabes est signalée)
 aujourd'hui Omar Suleimane, demain El Baradei, qu'on assigne à résidence histoire de lui inventer un passé d'"opposant", le régime de Camp David est à la recherche d'une parade à sa stratégie dans la région, et le monde arabe en général, qui consiste depuis plus de 80 ans à piller les richesses, asservir les peuples et soutenir l'occupant sioniste et son incrustation par la force en terre arabe 
en attendant, et toujours dans le but de gagner quelques jours avant que ses maîtres décident de son sort, la clique au pouvoir en Egypte a lancé ses sbires (les fameux Moukhabarat renforcés par des criminels de droit commun relâchés exprès) qui tuent les gens par dizaines dans la rue et pillent les maisons pour donner le prétexte d'une éventuelle prise de pouvoir par l'armée et ternir l'image de l'insurrection égyptienne, elle a aussi ce matin bouclé la frontière avec Gaza et fermé les bureaux de Al Jazeera
 
VIVE LA LUTTE DES PEUPLES ARABES CONTRE L'OPPRESSION, LE COLONIALISME ET LE SIONISME
 
enfin, ci-dessous une illustration de plus de l'orientalisme français, véritable collaborateur et soutien de l'oppression des peuples arabes
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/01/26/egypte-personne-ne-lachera-moubarak_1470629_3218.html


6-2 La libération de la Palestine passe par Le Caire.
Il faut comprendre que le régional est local dans ce pays. En l'an 2000, les protestations n'ont pas commencé comme des protestations contre le régime, mais bien contre Israël et en soutien au Palestiniens. La même chose s'est passée avec l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis, trois ans plus tard. Mais, une fois que tu descends dans la rue et que tu t'affrontes à la violence d'un régime, tu te poses des questions: pourquoi Moubarak envoie-t-il des soldats réprimer les manifestants au lieu de lutter contre Israël? Pourquoi le pays exporte-t-il du ciment en Israël pour qu'il soit utilisé pour construire des colonies au lieu d'aider les Palestiniens à reconstruire leurs maisons? Pourquoi la police est tellement brutale avec nous quand nous voulons seulement exprimer notre solidarité avec les Palestiniens, de manière pacifique?

Ainsi, les problèmes régionaux comme Israël et l'Irak deviennent des questions locales. En peu de temps, les mêmes manifestants qui lançaient des slogans pro-Palestiniens ont commencé à le faire contre Moubarak. Le moment décisif et spécifique, en terme de protestation, ce fut 2004, quand la dissidence intérieure à commencé à se manifester.

Des luttes de ces derniers mois en Egypte puis dans l’ensemble de la région naît un nouveau militantisme arabe [7]. Son surgissement est la conséquence directe du tournant néo-libéral que connaissent ces états bureaucratiques. La jeunesse se heurte à la fois à l’absence de perspective d’emploi après de longues études, corruption d’état oblige, mais aussi, plus récemment, à l’aggravation des conditions de vie. Les modes d’organisation de ce militantisme se manifestent par des formes de mise en réseau qui échappent aux autorités tels que le cyber-activisme, ou encore l’usage du téléphone portable pour les rassemblements de dernière minute. La diffusion spontanée des révoltes de la jeunesse d’un pays arabe à l’autre est bon signe : on est loin des affrontements nationalistes entre l’Algérie et l’Égypte causés par des matches de foot. Mais le repli nationaliste, notamment en Égypte, est une vraie menace pour le mouvement. C’est pour cela qu’une structuration entre les différents pays de la méditerranée est nécessaire pour inscrire cette solidarité, dont la forme élémentaire est le soutien à la lutte de libération de la Palestine.


6-3 Le peuple tunisien s'est soulevé comme une tempête face à l'injustice.
LA MARCHE POUR LA PALESTINE A COMMENCE A SIDI-BOUZID.ELLE EST AU CAIRE AUJOURD'HUI!
 Au Caire, le 5 janvier 1948, Abd el-Krim, dirigeant révolutionnaire rifain pour l'indépendance déclarait : "Je me réjouis, pour terminer, de pouvoir féliciter nos frères, qui mènent le Djihad pour la Palestine-sœur, leur souhaitant la libération et les assurant de la collaboration de tous les pays maghrébins et de leur résolution de prendre toutes les dispositions pour participer à la délivrance de leur pays et pour la conservation de son unité et de son caractère arabe ». 
Le vendredi 17 décembre 2010 a démarré un mouvement de protestation à Sidi Bouzid (Tunisie).Le peuple tunisien s'est soulevé comme une tempête face à l'injustice.
 Quelques semaines plus tard, c’est au tour des quartiers populaires d’Alger d’exploser.
Au Maroc, en Jordanie, en Mauritanie, en Arabie Saoudite, au Yémen,… partout les manifestations ont éclaté ces dernières semaines.
Ce mardi 25 Janvier, des milliers d'Égyptiens sont descendus dans les rues du Caire aux cris de «Moubarak dégage!».
Le rapprochement est clair. Ben Ali 23 ans de pouvoir, contre presque 30 pour Hosni Moubarak. «Moubarak dégage, tu es injuste, tu nous affames, tu nous tortures dans tes commissariats, tu es un agent des Américains», lançait une mère de famille venue manifester dans le quartier de Mohandessine, dans l'ouest du Caire, un drapeau égyptien à la main. 
L’immolation par le feu semble être devenue le symbole de la lutte contre des régimes qui ne satisfont pas le peuple, des régimes où prédominent l’oppression, la corruption, le chômage ou encore l’augmentation du prix des produits de première nécessité.
Le taux de chômage dans le monde arabe est le plus élevé au monde, avec une moyenne de 14,5 %, selon les derniers chiffres de l’Organisation arabe du travail, contre 5,7 % ailleurs. 
L’Intifada tunisienne a fait l’effet d’un tremblement de terre, les journaux algériens nous informent des problèmes du Maroc ou de la Tunisie ; les journaux marocains des problèmes algériens, égyptiens, libyen, etc. A les entendre, tous va bien sauf chez les voisins ! Mais ces manipulations des gouvernements ne trompent plus personne.
Les régimes du Maghreb sont tous profondément corrompus. Ils sont tou au service des institutions internationales comme la Banque Mondiale, le Fond Monétaire International ou l’ Organisation Mondiale du Commerce. Tous collaborent d’une manière ou d’une autre avec le régime sioniste.
Ne négligeons pas le rôle des révélations d’Al Jazeera dans l’Intifada égyptienne.
Les jours de l’autorité palestinienne, du « président » Mahmoud Abbas sont comptés.
Silvan Shalom, vice-premier ministre israélien a déclaré avec inquitéude : Ce qui s’est passé en Tunisie pourrait mener à une forte recrudescence au pouvoir de manière démocratique dans d’autres pays arabes, ce qui constituerait une menace à la sécurité d’Israël. Il se pourrait que des régimes élus démocratiquement et qui détestent Israël, aient un impact important sur la menace de la sécurité d’Israël.
La répression sociale, le manque de perspective politique et la remise en cause des quelques libertés démocratiques nous concernent aussi.
Les gouvernements arabes et du Maghreb sont unis contre les peuples ! Et nous qu'attendons-nous pour nous unir contre eux ?
Bruxellois, Belges issus ou non de l’immigration marocaine, algérienne, tunisienne, égyptienne, palestinienne, soyons unis que nous soyons «islamistes », chrétiens, communistes, socialistes….
Loin des clivages nationaux ou philosophiques, notre rôle consiste à être une passerelle entre les revendications du Sud et les nôtres.
A Bruxelles aussi, les écarts de richesse entre quartiers prospères et quartiers sinistrés ne font que se creuser. Ces fossés sont à l’image de ceux qui existent, partout dans le monde, entre régions riches et régions pauvres. Et, au sein de chaque partie du monde, entre riches et pauvres.
 
Et puisque l’Intifada qui se poursuit depuis 62 ans chaque jour sous nos yeux est notre symbole commun, nous avons le devoir de nous mobiliser tous, pour que cesse cette injustice absolue, ce crime permanent contre l’humanité qui ébranle nos consciences !

  • Pour un Maghreb démocratique et respectueux des droits politiques, civils, sociaux, culturels et religieux de ses peuples ;
  • Pour un soutien total aux mouvements populaires, contestataires et autonomes auxquels la jeunesse participe massivement.
  • Pour la libération de tous les prisonniers politiques d'aujourd'hui et d'hier.Nous réclamons que les responsables de la répression soient traduits en justice. Nous demandons aux autorités belges et européennes de prendre position et de s’exprimer publiquement sur les répressions en cours dans le Maghreb et dans le monde arabe. Leur silence vaudrait complicité voire approbation et chacun saurait s’en souvenir. 
  • Pour le soutien aux revendications des manifestations : « du travail pour tous », « une répartition des richesses entre tous et tous », « l’arrêt de la corruption et du népotisme ». Sinon : « Dégagez !»
  • Pour une réelle prise en compte de la précarité. L’accès des citoyennes et citoyens aux services publics de qualité, le droit à la santé, au logement, à l’enseignement, à la formation et l’accès à l’information, là-bas et ici !

La lutte continue, 
Maghreb des peuples United !

 http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-12279633

 


6-4 Jacob Cohen : Les sayanim : des « agents dormants » très actifs au service d’Israël.

Les sayanim sont des juifs de la diaspora qui, par patriotisme, collaborent avec le Mossad dans le domaine de l'espionnage ou de la désinformation.

Ils constituent également le thème principal du dernier roman de l'écrivain franco-marocain Jacob Cohen.

Investig'Action a interviewé M. Cohen lors de son passage à Bruxelles sur cet obscur réseau d'influence ainsi que sur l'état actuel et l'évolution de la situation au Proche-Orient.

INTERVIEW : Aurore Van Opstal & Abdellah Boudami

Qui sont les sayanim ?

Le mot hébreu sayan, au pluriel sayanim, désigne un Juif qui aime Israël, et qui, par « patriotisme », collabore avec le Mossad, dans deux domaines notamment : soit dans le domaine de l’espionnage, soit dans des activités de désinformation, manipulation, propagande. Les sayanim sont des personnes qui sont réparties dans toutes les couches et classes sociales de la société. Le gouvernement, le parlement, l’économie, les médias, et même, en fait, toutes sortes d’autres métiers. Prenons par exemple le cas d’un agent du Mossad qui a besoin d’une planque : un garagiste peut offrir un abri sûr. Donc le Mossad cherche à pouvoir établir des relations avec toute une série de personnes différentes, susceptibles un jour ou l’autre de leur rendre un service.

 

Ne vous reproche-t-on pas souvent d’être partisan de la « théorie du complot » ?

Oui, mais tout de même, il faut reconnaître avant tout que si Israël est ce qu’il est aujourd’hui, c’est grâce à sa diaspora. Jamais ce pays n’aurait pu être ce qu’il est aujourd’hui, en atteignant un tel niveau développement, sans qu’il n’y ait de soutien de toute la « diaspora », ou plutôt de toutes ces communautés juives, un peu partout dans le monde. Qu’on pense au soutien américain, français, par exemple : il y a clairement des soutiens qui vont dans ce sens. Qu’on l’appelle complot, ou autrement, il y a quand même objectivement une communauté d’intérêts, avec des soutiens concrets, notamment des soutiens financiers, matériels. On ne peut pas nier cela. Et si certains, sans chercher à nier les faits qui sont têtus, veulent simplement les dénigrer en appelant cela « théorie du complot », nous en arrivons au procédé bien connu qui consiste à qualifier d’antisémite toute personne critiquant la politique israélienne.

 

Comment s’exerce l’influence des sayanim dans le champ médiatique ?

Il faut dire que je ne suis pas à l’intérieur de ce champ, mais, tout de même, il y a des cas qui éclairent ce genre d’interrogations. Un cas qui me paraît vraiment révélateur : la manière dont s’est diffusée le portrait et le nom de ce jeune caporal israélien, détenu dans la bande de Gaza, Gilad Shalit. Il n’est pas un pays en Europe et en Amérique où l’on ignore son nom, son âge. Cela, c’est en ce qui concerne le champ médiatique. Mais, ce même cas illustre l’influence des sayanim dans d’autres champs, notamment diplomatiques, politiques, etc.

 

En tant que lecteur de la presse israélienne, j’ai pu noter que les parents de ce jeune soldat ont été reçus par tous les gouvernements des grandes puissances. Par Merkel, cinq ou six fois, par Sarkozy, autant de fois, par Bush et Obama, par le Parlement européen. Le père d’un caporal, auquel on déroule un tapis rouge, semble recevoir le traitement auquel même la famille d’un général d’un de ces pays ne recevrait pas. Il y a clairement une organisation efficace derrière cela, car il faut des moyens financiers et diplomatiques importants. Et la famille d’un modeste soldat ne peut mobiliser seule de tels moyens, surtout pour un soldat d’occupation, il faut le rappeler.

 

Pour revenir aux médias, on peut penser à un autre cas frappant : celui des élections palestiniennes, que le Hamas avait remportées démocratiquement. Mais tout de suite après les résultats des élections, des voix se sont élevées de partout, en chœur, disant qu’il ne faut surtout pas négocier avec le Hamas. Une véritable levée de bouclier aux allures synchronisées, alors que la logique la plus élémentaire, pour le Parlement européen par exemple, eût été de dire aux Palestiniens : « Ok, nous avons acté votre choix, nous négocierons avec le représentant que vous vous êtes choisis démocratiquement ». Et il n’a pas fallu deux ou trois jours pour que ce qu’on appelle la « communauté internationale » se plie, s’incline véritablement, devant ce diktat insensé. D’un point de vue pro-israélien, par contre, il était tout à fait logique d’avoir véhiculé ces positions. Et je pense fermement que les sayanim ont fait tout ce qu’ils ont pu pour empêcher ce qu’Israël voulait éviter : le Hamas comme interlocuteur des négociations. En effet, celui-ci n’est pas corrompu comme l’est une bonne partie de l’autorité palestinienne depuis très longtemps.

 

Ces sayanim reçoivent-ils des rétributions en échange des services qu’ils rendent ?

Non, je ne pense pas. C’est assez simple pour le Mossad. Il n’a pas de difficultés à trouver des sayanim. Par exemple, il lui est facile de trouver des personnes disposées à apporter leur aide sein de Bnei Brith, qui est une organisation franc-maçonne juive comptant environ 500 000 membres de par le monde, et dont le profil part de la moyenne bourgeoisie jusqu’aux sphères les plus hautes de la société. Or, les membres de cette institution sont précisément, de par ce statut, des soutiens inconditionnels à Israël. Sur un demi-million de personnes, il n’est pas très difficile de demander les services de quelques uns. Victor Ostrovski (aujourd’hui écrivain, il a travaillé pour le Mossad ; ndlr) disait qu’il y avait certainement dans le monde un million de Juifs prêts à soutenir aveuglément Israël. Or, ce pays n’a pas besoin d’un million, un réseau constitué de 50 000 personnes est déjà très efficace.

 

En s’investissant pour Israël, certains juifs ne cherchent-ils pas, comme le laisse entendre les réactions des militants de l’Anti Defamation League dans le film Defamation, à se « racheter » une identité juive et une conscience, « perdues », en quelque sorte, du fait qu’ils ne sont pas juifs au sens pratiquant et religieux ?

Tout d’abord, précisons que le sionisme, en tant qu’idéologie politique, a été ultra minoritaire dans les communautés juives avant 1948. Nos dirigeants communautaires, quand j’étais au Maroc du temps de mon enfance, nous mettaient en garde contre le sionisme. Les sionistes étaient minoritaires, et pas qu’au Maroc : en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, les sionistes étaient vus comme des gens un peu fous, insensés. Même au sens du Yichouv, c’est à dire au sein des communautés juives vivant en Palestine, le sionisme n’était pas chose répandue, sans compter que les militants sionistes radicaux tabassaient les patrons juifs employant des Arabes, et ont même assassiné un dirigeant communautaire juif local qui voulait aller à Londres se plaindre de l’action des sionistes. C’est après 1948 que les sionistes ont réussi à « mettre la main » sur les communautés, c’est-à-dire à créer ce lien automatique entre juif et soutien à Israël. Je ne suis pas sûr que ce soit un transfert du religieux vers l’idéologie sioniste, puisque bien des leaders religieux aujourd’hui soutiennent Israël. Il y a beaucoup de conditionnement et de propagation de peur, laissant entendre que si on ne défend pas Israël, il y aurait à nouveau un génocide, des massacres, etc. Un exemple parmi des milliers d’autres : très récemment, un ministre israélien déclarait que le retour aux frontières de 1967 serait un nouvel Auschwitz. Cela relève proprement du lavage de cerveau. Israël est présenté comme une forteresse assiégée. En France, je vois chez les membres de la communauté juive, une impression forte que rien ne va, le sentiment que le monde entier les haït, un repli sur soi-même. Et Israël contribue fortement a créé ces impressions, ce qui lui permet de renforcer les liens. Par exemple, les étudiants français peuvent sans peine étudier en Israël trois ou cinq ans, tous frais payés.

 

Avez-vous une idée du nombre de sayanim qu’il pourrait y avoir en France ?

Mon estimation est qu’ils sont probablement de l’ordre de cinq mille. Pourquoi cinq mille ? Victor Ostrovski, dans ses écrits, parle d’environ trois mille sayanim uniquement pour la ville de Londres. En extrapolant un peu pour le France, on peut penser qu’ils doivent atteindre le nombre de cinq mille assez facilement. En ce qui concerne un cas pratique en France, on peut penser à une anecdote rapportée par Ostrosvki. Dans les années 1980, suite à un accord pour une centrale nucléaire, des étudiants irakiens étaient venus étudier au Centre d’Etude Atomique de Saclay. Evidemment, sur ce genre de dossier, le Mossad se doit d’obtenir des informations et récolter tous les éléments possibles concernant ces étudiants, la possibilité de les manipuler, etc. Des services secrets, normalement, aurait du consacrer plusieurs semaines au difficile travail d’infiltration, et de récolte d’informations. Pour le Mossad, c’est bien plus simple ! Ils ont pu compter sur l’aide d’un sayan. Ce dernier a été contacté, il a photocopié les dossiers demandés, les a remis à leur place et communiqué les copies au Mossad. Voilà, très simplement.

 

Il est clair qu’une antenne du KGB aurait besoin, pour Paris par exemple, d’au moins quelques centaines d’agents. Le Mossad peut compter sur six ou sept sayanim, puisque ceux-ci sont déjà au centre des institutions.

 

Mais pourquoi n’entend-on jamais parler des sayanim ?

C’est une question difficile, à laquelle je n’ai pas de réponse à vous apporter de manière certaine. On en parle dans le monde saxon, et pas du tout dans le monde francophone. Il semble que l’atmosphère en France est propice à l’étouffement, parce que les gens ont peur d’être montrés du doigt, d’essuyer les critiques. Il ne s’agit même pas de menaces ou de contrainte directe. Et puis, de toute manière, comme le dit Noam Chomsky, la sélection s’opère à l’amont, et les journalistes qui détiennent les postes-clés sont des personnes qui vont dans le sens de l’ordre établi et ne vont pas le bousculer. Et ceux qui ne se conforment pas à cela se font simplement licencier. On peut citer le cas de RFI (Radio France Internationale), qui a connu trois rédacteurs en chef licenciés ou poussés à la démission pour avoir exprimé des opinions non-conformes en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. Je connais le cas d’une journaliste d’Europe 1 dont je tairais le nom qui, après avoir fait un reportage sur les enfants palestiniens, a essuyé tant de critiques vives qu’elle a préféré tout simplement ne plus en parler.

 

Mais, au fond, n’est-ce pas une pratique courante des Etats de se constituer des réseaux à l’étranger ? On peut penser au régime marocain qui mobilise de tels réseaux dans les pays où résident des immigrés partis du Maroc ? Où y a-t-il une spécificité israélienne ?

Il n’y a pas matière à comparer, tant la puissance du réseau israélien constitué par les sayanim est impressionnante. Evidemment les autres Etats tentent de construire des réseaux à l’étranger, mais le Maroc serait bien en peine d’avoir l’équivalent de trois mille sayanim en Belgique, par exemple. Et il lui sera difficile d’avoir des exécutants qui obéissent au doigt et à l’œil à l’instar de ce que les sayanim sont prêts à faire pour Israël. Il y a des différences qui tiennent à plusieurs raisons. D’une part, Israël est un pays en guerre, un pays d’occupation. Il se doit donc d’être actif au maximum. D’autre part, il y a un caractère très particulier à l’attachement que réservent certains membres de la communauté juive envers Israël, que ne connaissent pas les autres Etats.

 

Pour ce qui est du conflit israélo-palestinien, quelle est votre vision de l’état actuel des choses et de l’évolution possible ?

Bon, pour moi, une chose est claire : Israël ne veut pas la paix. C’est un principe clair et sans appel établi par l’Etat israélien naissant en 1948, à savoir qu’il ne peut y avoir qu’un seul nationalisme entre le Jourdain et la Méditerranée. D’ailleurs, d’un point de vue israélien, pendant trois décennies, le Palestinien n’existait pas. Les Israéliens considéraient que c’était des Arabes venus de Jordanie, de Syrie, qu’ils n’avaient qu’à y retourner, et que rien ne pouvait justifier un attachement de ces personnes à des terres palestiniennes. Cette méthode n’a pas été concluante, et au bout de cette période, vers la fin des années 1980, la méthode a changé. Les Israéliens étaient prêts à donner un drapeau, quelques confettis territoriaux, un semblant d’autonomie, etc. La preuve concrète qu’ils ne veulent pas de paix, malgré ces apparentes concessions, est tout simplement que la colonisation se poursuit sans arrêts. Même Yithzak Rabin, présenté comme un homme de paix, l’artisan des accords avec les Palestiniens, était surtout un homme très intelligent et sioniste jusqu’au bout ! Il a réussi un coup de maître avec un semblant d’accord de paix, ce qui a permis d’ouvrir des relations diplomatiques et commerciales avec nombre de pays importants auparavant réticents (Inde, Chine, etc), en échange d’une autonomie de façade et de quelques voitures de fonction cédées à une autorité palestinienne très faible et insignifiante. Pour l’anecdote, un soldat israélien a fait sortir un ministre palestinien de sa voiture de fonction et l’a obligé à traverser le check point à pied ! C’est vous dire à quel point ils comptent peu. L’image de « l’Arabe » en Israël est désastreuse, et c’est une coutume très répandue, là-bas, que de coller un sticker « mort aux Arabes » à l’arrière de sa voiture. Israël est un Etat raciste, et je vois mal ce pays désirer la paix avec des individus profondément méprisés et déshumanisés.

 

Quid de l’évolution du conflit ?

Je pense qu’Israël va s’enfermer de plus en plus dans cette impasse, et que la logique de l’occupation prévaudra jusqu’à entraîner une grosse crise, notamment vis-à-vis de l’Union européenne qui ne pourra plus accepter et fermer les yeux sur la situation du Proche-Orient. Les actions citoyennes vont vraisemblablement prendre de l’importance et exercer des pressions sur les dirigeants. Sur quoi cela peut-il déboucher ? Difficile à dire, mais, à mon avis, soit sur une tragédie sanglante, j’en ai bien peur, soit sur un revirement des puissances. Car après tout, si l’Union européenne et les Etats-Unis soutiennent Israël aujourd’hui, ça peut très bien changer dans dix ans ou quinze ans. Et dans ce cas de figure, je pense que la solution à un Etat peut être envisageable, avec des Israéliens forcés à négocier et à céder. En tout cas, je pense qu’à terme, et ce n’est pas tellement une question de ce que je voudrais, mais de ce que j’observe, ça ne peut qu’aller vers la solution à un Etat. J’espère une chose, c’est que ce ne sera pas trop sanglant…

Jacob Cohen

Jacob Chohen est un écrivain franco-marocain. Il est né en 1944 dans le Mellah de Meknès. Il obtient une licence en Droit à la Fac de Casa. Ensuite, il fait Sciences-Po à Paris et émigre à Montréal et à Berlin. Il est de retour au Maroc en 1978 et devient maître-assistant à la Fac de Casa jusqu'en 1987. Enfin, il s’installe à Paris et écrit. Il a publié 5 romans jusqu'à présent. Investig’action l’interroge sur son dernier roman : « Le printemps des sayanim » (1).

5 janvier 2011

Note :

() : Voir la présentation du livre et de l'auteur ici

Aurore Van Opstal et Abdellah Boudami sont co-auteurs avec Michel Collon du livre Israël, parlons-en !

Source : www.michelcollon.info


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" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19



 

 

 

 

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