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18/02/2011

N° 569 - Analyse - Géopolitique et stratégie de Palestine –17-02 – Début - L’avènement de la démocratie en Égypte, un espoir pour les Palestiniens ?


N° 569 - Analyse - Géopolitique et stratégie de Palestine –17-02 – Début  -  L’avènement de la démocratie en Égypte, un espoir pour les Palestiniens ?



L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 



Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine

569 du 17-02

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

d) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

e) sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be

 


Sommaire

1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

1-1 Matthew Cassel : La révolution en Egypte: “Mauvaise pour les Israël”.

1-2 Entretien avec Pierre Stambul : L’avènement de la démocratie en Égypte, un espoir pour les Palestiniens ?

Suite

1-3 Manlio Dinucci : Quand l’or blanc du Nil fait envie à Israël aussi.

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Aya Kaniuk & Tamar Goldschmidt : «  à 13 ans, ils lui ont pissé dessus, l’ont torturé et condamné à huit mois de prison. »

2-2 « Des soldats israéliens ont torturé deux enfants et les ont forcé à boire l’eau des latrines. »

2-3 Dîner du CRIF : Sarkozy fait état des « racines juives de la France ».

Fin

3 Histoire

3-1 Noam Chomsky : La sauvagerie de l’impérialisme états-unien.

4 Annexe

4 Alain Gresh : Palestine : La prochaine guerre.



1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

1-1 Matthew Cassel : La révolution en Egypte: “Mauvaise pour les Israël”.

Le point de vue d’Israël, c’est que si elles réussissent, les révolutions tunisienne et égyptienne sont mauvaises, très mauvaises. Les Arabes instruits – ils ne sont pas tous habillés comme des “islamistes”, un bon nombre d’entre eux parlent un anglais parfait et dont le souhait de la démocratie est articulé sans recourir à une rhétorique “anti-occidentale” - sont mauvais pour Israël.

Les armées arabes qui ne tirent pas sur ces manifestants sont aussi mauvaises que de nombreuses autres images qui se sont déplacées et ont enthousiasmé tant de gens à travers le monde, même en Occident. Cette réaction du monde est aussi mauvaise, très mauvaise. Elle donne de l’occupation israélienne en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza ainsi que de ses politiques d’apartheid à l’intérieur de l’État l’apparence d’actes d’un régime «arabe» typique.

Pendant un temps, on ne pouvait pas deviner ce qu’était la pensée officielle d’Israël. Dans le premier message de bon sens jamais donné à ses collègues, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a demandé à ses ministres, ses généraux et ses politiciens de ne pas se prononcer publiquement sur les événements en Egypte. Pour un bref instant on a pu penser qu’Israël se détournait du rôle de voyou du voisinage à celui qu’il a toujours été: un visiteur ou un résident permanent.

Il semble Netanyahu a été particulièrement gêné par les propos malheureux sur la situation prononcés publiquement par le général Aviv Kochavi, le chef du renseignement militaire israélien. Ce top expert israélien sur les affaires arabes a déclaré en toute confiance il ya deux semaines à la Knesset que le régime de Moubarak était plus solide et résistant que jamais. Mais Netanyahu ne pouvait pas se taire plus longtemps. Et quand le patron a parlé tous les autres ont suivi. Et quand ils ont tous répondu, leurs commentaires ont donné des commentateurs de Fox News l’image d’une bande de pacifistes et de hippies partisans de l’amour libre dans les années 1960.

L’essentiel de la narration israélienne est simple: il s’agit d’une révolution à l’iranienne aidée par Al Jazeera et stupidement autorisée par le président américain Barack Obama, qui est un nouveau Jimmy Carter, et un monde stupéfait. Les anciens ambassadeurs d’Israël en Egypte sont les fers de lance de l’interprétation israélienne. Toute leur frustration d’avoir été enfermés dans un appartement dans un gratte-ciel cairote ressort désormais comme un volcan en éruption. Leurs tirades peuvent se résumer par les paroles de l’un d’entre d’eux, Zvi Mazael qui a dit à la télévision israélienne Channel One, le 28 Janvier, “c’est mauvais pour les Juifs, très mauvais”.

En Israël, bien sûr, quand vous dites “mauvais pour les Juifs», vous parlez des Israéliens - mais il faut aussi dire que tout ce qui est mauvais pour Israël est mauvais pour les Juifs partout dans le monde (en dépit des preuves du contraire depuis la fondation de l’état).

Mais ce qui est vraiment mauvais pour Israël, c’est la comparaison. Peu importe comment tout cela finira, cela expose les erreurs et les faux semblant d’Israël comme jamais auparavant. L’Egypte connaît une Intifada pacifique, la violence meurtrière venant du côté du régime. L’armée n’a pas tiré sur les manifestants, et avant même le départ de Moubarak, déjà sept jours après le début des manifestations, le ministre de l’Intérieur qui a dirigé ses hommes de main pour réprimer violemment  les manifestations avait été viré et sera probablement traduit en justice.

Oui, cela a été fait afin de gagner du temps et de tenter de persuader les manifestants de rentrer chez eux. Mais même cette scène, maintenant oubliée, ne pourra jamais se passer en Israël. Israël est un lieu où tous les généraux qui ont ordonné les tirs sur des manifestants anti-occupation Palestiniens et Juifs sont maintenant en compétition pour le plus haut poste de chef d’état-major général.

L’un d’eux est Yair Naveh, qui donnait les ordres en 2008 de tuer des suspects palestiniens, même s’ils pouvaient être arrêtés pacifiquement. Il n’ira pas en prison ; mais la jeune femme, Anat Kamm, qui a révélé ces ordres risque maintenant neuf ans de prison pour avoir informé le quotidien israélien Haaretz. Pas un général israélien ou un politicien n’a ou ne va passer un jour en prison pour avoir ordonner aux troupes de tirer sur des manifestants non armés, des civils innocents, des femmes, des vieillards et des enfants. La lumière rayonnante de l’Egypte et de la Tunisie est si forte qu’elle illumine également les espaces les plus sombres de la «seule démocratie au Moyen-Orient.”

Les Arabes non-violents, démocratiques (qu’ils soient religieux ou non) sont mauvais pour Israël. Mais peut-être ces Arabes étaient là depuis longtemps, non seulement en Egypte, mais aussi en Palestine. L’insistance des commentateurs israéliens sur la question la plus importante en jeu - le traité de paix israélo-égyptien - est une diversion, et a peu d’intérêt comparée à l’impulsion puissante qui secoue le monde arabe dans son ensemble.

Les traités de paix avec Israël sont les symptômes de la corruption morale, non pas de la maladie elle-même - c’est pourquoi le président syrien Bachar El-Assad, sans aucun doute un leader anti-israélien, n’échappe pas à cette vague de changements. Non, ce qui est en jeu ici, c’est le prétexte qu’Israël est un pays stable, civilisé, l’île de l’ouest dans une mer agitée de la barbarie islamique et du fanatisme arabe. Le «danger» pour Israël est que la cartographie reste la même, mais que la géographie change. Il serait encore une île, mais de la barbarie et du fanatisme dans une mer d’Etats égalitaires et démocratiques nouvellement formés.

Aux yeux de larges couches de la société civile occidentale, l’image démocratique d’Israël a depuis longtemps disparu, mais elle peut maintenant être estompée et ternie aux yeux des autres qui sont au pouvoir et en politique. Quelle est l’importance de l’ancienne et positive image d’Israël pour maintenir sa relation privilégiée avec les États-Unis? Seul le temps nous le dira.

Mais d’une façon ou d’une autre le cri montant de la place Tahrir au Caire est un avertissement que les fausses mythologies de la «seule démocratie au Moyen-Orient », le fondamentalisme chrétien dur (bien plus sinistre et corrompu que celui des Frères musulmans), le profit cynique des entreprises militaro-industrielles, le néo-conservatisme et le lobbying brutal ne garantira pas indéfiniment la pérennité de la relation spéciale entre Israël et les Etats-Unis.

Et même si la relation spéciale persévère pendant un certain temps, il est maintenant basé sur des fondements encore plus fragiles. Les études de cas diamétralement opposées entre d’une part les puissances régionales jusqu’ici toujours anti-américaines de l’Iran et de la Syrie, et dans une certaine mesure de la Turquie, de l’autre les tyrans pro-américains qui sont finalement tombés, sont révélatrices:  même durable, le soutien américain pourrait ne pas suffire à l’avenir pour maintenir un «Etat juif» ethnique et raciste au cœur d’un monde arabe en mutation.

Cela pourrait être une bonne nouvelle pour les Juifs, même pour les Juifs en Israël sur le long terme. Etre entourés par les peuples qui chérissent la liberté, la justice sociale et de la spiritualité et qui naviguent parfois en toute sécurité et parfois brutalement entre tradition et modernité, nationalisme et humanité, mondialisation capitaliste agressive et survie quotidienne, ne va pas être facile.

Mais cette situation nouvelle a un horizon, et elle comporte l’espoir de déclencher des changements similaires en Palestine. Elle peut mettre fin à plus d’un siècle de colonisation et de dépossession sioniste, et la remplacer par une réconciliation plus équitable entre les victimes palestiniennes de ces politiques criminelles où qu’elles soient, et la communauté juive. Cette réconciliation sera construite sur la base du droit au retour des Palestiniens et sur tous les autres droits pour lesquels le peuple d’Egypte a si vaillamment combattu dans les vingt derniers jours.

Mais faites confiance aux Israéliens pour ne pas manquer une occasion de rater la paix. Ils crieront au loup. Ils demanderont, et recevront, des fonds supplémentaires du contribuable américain en raison de la nouvelle “évolution”. Ils interfèreront clandestinement et destructivement afin de saper toute transition vers la démocratie (souvenez-vous quelle la force et quelle la méchanceté ont caractérisé leur réaction à la démocratisation de la société palestinienne?), et ils élèveront la campagne islamophobe à des sommets nouveaux et sans précédent.

Mais qui sait, peut-être le contribuable américain ne voudra pas bouger cette fois-ci. Et peut-être les hommes politiques européens suivront le sentiment général de leur public et permettront non seulement à l’Egypte d’être radicalement transformée, mais aussi appelleront également à un changement semblable en Israël et en Palestine. Dans un tel scénario, les Juifs d’Israël ont une chance de faire partie du vrai Moyen-Orient et non pas un membre étranger et agressif d’un Moyen-Orient qui a été le fruit de l’imagination hallucinatoire sioniste.

Ilan Pappe est professeur d’histoire et directeur du Centre européen d’études sur la Palestine à l’Université d’Exeter. Son livre le plus récent est Out of the Frame: The Struggle for Academic Freedom in Israel (Pluto Press, 2010).

Publié le 15 février 2011
Tags: politique israélienne, relations internationales

Source : Electronic Intifada, 14 February 2011 

« Révolution égyptienne, l’exceptionnalisme israélien

Israël approuve 120 nouveaux logements à Jérusalem-Est »

http://www.association-belgo-palestinienne.be:80/infos/la-revolution-en-egypte-et-israel-mauvaise-pour-les-juifs/


1-2 Entretien avec Pierre Stambul : L’avènement de la démocratie en Égypte, un espoir pour les Palestiniens ?

Bien sûr, la question palestinienne n’est absolument pas centrale dans la révolte du peuple égyptien. Mais elle le redeviendra quand un nouveau pouvoir s’établira. Et la popularité de la cause palestinienne interdira à ce nouveau pouvoir de maintenir ce type de complicité (Israël/Égypte).

Pierre Stambul est membre du Bureau National de l’Union Juive Française pour la Paix.

Entretien publié dans Le Matin, journal algérien, le 08 Février 2011.

L’avènement de la démocratie en Égypte, un espoir pour les Palestiniens ?

Le monde entier a les yeux tournés vers l’Égypte qui est en train de vivre un tournant dans son histoire, dans la foulée de la révolution tunisienne.

Quel rôle les États arabes, et en particulier l’Égypte, ont-ils joué dans le passé dans le conflit israélo-palestinien ?

Pendant la guerre de 1948 qui est la « catastrophe » (Naqba) pour les Palestiniens et la guerre d’indépendance pour les Israéliens, il y a eu une grande solidarité des peuples arabes pour la Palestine. L’attitude des gouvernements arabes a été très différente. Chacun se battait pour ses propres intérêts et pas pour les Palestiniens.

Dans son livre La guerre de 1948 en Palestine, l’historien « dissident » israélien Ilan Pappé montre bien comment par exemple la légion jordanienne qui était capable d’infliger de lourdes pertes aux troupes sionistes ne s’est battue que sur le futur tracé des frontières puisqu’il y avait un accord secret entre le roi de Jordanie et la direction sioniste sur le dépeçage de la Palestine. À la fin de cette guerre, Jordanie et Égypte se sont partagés les 22% de la Palestine qui n’ont pas été conquis par les Israéliens et il n’a jamais été question d’un État palestinien. Entre 1948 et 1967, Gaza est un territoire égyptien particulièrement délaissé et déshérité.

Par la suite, les crimes commis contre les Palestiniens par les dirigeants des pays arabes se multiplient : 30 000 Palestiniens massacrés par les troupes jordaniennes qui reçoivent un appui militaire décisif israélien (Septembre noir, 1970), Sabra et Chatila où les milices phalangistes libanaises massacrent la population civile avec l’appui militaire israélien (Beyrouth, 1982). Ou encore Arafat encerclé par les troupes syriennes et les vedettes israéliennes à Tripoli (Liban) en 1983. Sans oublier comment les réfugiés palestiniens sont (mal)traités au Liban depuis 60 ans.

Quels sont les enjeux d’un changement politique dans ce pays à l’échelle de la région ?

Il y a avant tout un enjeu pour les peuples qui se révoltent. Depuis des années, l’univers des pays arabes est figé. En Occident, les « Arabes » et les « Musulmans » sont représentés comme le mal absolu, comme des terroristes islamistes en puissance. Du coup, ces pays sont condamnés à subir des dictatures militaires et policières corrompues voire mafieuses. Les peuples tunisien et égyptien et tous les autres qui s’inspirent de leur exemple montrent qu’il n’y a pas de fatalité. Ils bousculent toutes les certitudes stratégiques. Même en l’absence de forces politiques prêtes à exercer le pouvoir, ils expriment avec une très grande radicalité leur besoin d’éradiquer tous les aspects de leurs dictatures.

Il se trouve que, depuis l’écroulement de l’Union Soviétique, la plupart des gouvernements arabes sont devenus particulièrement dépendants de l’Occident et de l’impérialisme américain. L’Égypte est le deuxième pays, après Israël, à recevoir une aide économique américaine considérable qui, loin de soulager la misère de la population, sert avant tout à maintenir en place la dictature de Moubarak. L’Irak, au prix d’incroyables destructions et de centaines de milliers de civils assassinés, est devenu un protectorat occidental avec la complicité de nombreux dirigeants arabes. Tout cet équilibre est en train de basculer.

Comment les autorités israéliennes, l’opinion et les médias, vivent cette contestation populaire qui a clairement exprimé son hostilité vis-à-vis de l’État hébreu ?

Le débat a lieu en Israël. Le journal Haaretz et divers politiciens s’aperçoivent tout d’un coup que les Israéliens ont toujours cherché dans le monde arabe comme « partenaires » des dictateurs. Les derniers soutiens officiels à Moubarak viennent du gouvernement israélien. Et aussi de l’Autorité Palestinienne, ce qui n’est pas très glorieux.

Vis-à-vis des Palestiniens, les dirigeants israéliens ont toujours proclamé « qu’ils n’avaient pas de partenaire pour la paix ». Moubarak était pour les Israéliens le partenaire rêvé, celui avec lequel on pouvait multiplier les réunions luxueuses à Charm-el-Cheikh. Ce partenaire domestiqué a laissé faire, sans jamais réagir, les pires ignominies contre les Palestiniens. Moubarak a toujours été le complice efficace des Israéliens dans le blocus contre Gaza. Ce blocus qui est un véritable crime de guerre s’est prolongé après le massacre de l’opération « plomb durci » (1400 morts, quasiment tous civils en 2008-2009). Le gouvernement israélien a bien conscience qu’il n’est pas prêt de retrouver un tel complice. Pour l’opinion et les médias israéliens qui rêvent toujours que les Palestiniens finiront à terme par devenir des indigènes domestiqués vivant dans leurs réserves, les révolutions en cours leur rappellent que la paix ne peut pas reposer sur des accords partiels avec des dictatures. Et bien sûr cette opinion, sérieusement travaillée par le « complexe de Massada » (c’est-à-dire l’idée que dans cette guerre les seules victimes sont les Juifs) ne voit dans les manifestations de Tunis ou du Caire que l’expression de l’islamisme radical et de l’antisémitisme. Il y a d’ailleurs une rumeur insistante qui court en Israël ou dans plusieurs communautés juives, affirmant que des synagogues ont été attaquées en Tunisie. Toutes les nouvelles que nous avons prouvent exactement le contraire, mais cette rumeur est significative.

Les accords signés par l’Égypte avec Israël peuvent-ils être remis en question par un nouveau gouvernement ?

Ces accords auraient pu signifier autre chose : l’idée, à laquelle Arafat a cru, du principe « la paix contre les territoires ». Mais les Israéliens n’avaient pas d’intérêt colonial direct dans le Sinaï et en 1978, Begin n’a pas hésité à expulser 10 000 colons pour signer cette paix. Dès le début, cette paix s’est faite CONTRE les Palestiniens. Il s’agissait d’une paix séparée retirant définitivement (du moins le croyait-on) l’Égypte du camp des pays ennemis. Et aujourd’hui ? Bien sûr, la question palestinienne n’est absolument pas centrale dans la révolte du peuple égyptien. Mais elle le redeviendra quand un nouveau pouvoir s’établira. Et la popularité de la cause palestinienne interdira à ce nouveau pouvoir de maintenir ce type de complicité. Les premières conséquences pourraient être une rupture du blocus de Gaza avec l’ouverture de la frontière de Rafah. Personnellement, j’aimerais que le futur gouvernement égyptien aille plus loin et que, comme l’ont fait le Venezuela et la Bolivie, il gèle ses relations politiques et diplomatiques, tant que dureront l’occupation et la destruction de la Palestine.

Quel rôle l’armée égyptienne peut-elle jouer dans la suite des événements ?

L’armée égyptienne est au pouvoir depuis 60 ans. Ses dirigeants contrôlent l’appareil d’État et font partie de la minorité de privilégiés qui s’est enrichie au-delà de tout. Imaginer que cette armée pourrait jouer un rôle de médiateur est une dangereuse illusion. On a d’ailleurs pu constater la complicité de cette armée lors des exactions commises par les « pro-Moubarak » qui étaient essentiellement issus de l’appareil policier et du parti au pouvoir. Mais dans cette armée, il y a des appelés ou des soldats de base qui sont plutôt solidaires des manifestants. Si la hiérarchie militaire, que ce soit en Égypte ou en Tunisie, n’est pas remise en cause, ces révolutions resteront inachevées et la minorité de nantis qui a largement profité des dictatures mafieuses conservera une partie de son pouvoir.

Les événements en Tunisie, en Algérie, en Égypte, au Yémen et en Jordanie préfigurent-ils selon vous un changement des rapports de force dans la région en faveur de l’instauration d’un État palestinien ?

Il est difficile de faire des prévisions. Mais on est peut-être en train d’assister à un basculement. Dans les années 1960-70, il y avait dans tous les pays arabes une poussée progressiste, un foisonnement de mouvements de révolte. L’Occident et les États-Unis ont tout fait pour faire refluer les mouvements progressistes et révolutionnaires. La victoire israélienne de 1967 a joué un rôle capital dans ce reflux. Par la suite, les régimes arabes sont quasiment tous devenus des gendarmes garantissant la sécurité de l’Occident face au « péril islamiste », ce qui paraît un peu curieux quand on pense à ce qu’est le régime saoudien. Ces régimes sont tous devenus des dictatures avec parti unique, élections truquées, corruption généralisée, clans mafieux, répression violente, misère du plus grand nombre et richesse insolente d’une minorité.

En même temps, ces régimes ont ouvertement trahi le peuple palestinien en le poussant à des « pseudo-négociations » qui étaient surtout des demandes de capitulation. Tous ces pays auraient pu depuis longtemps exercer de véritables pressions pour faire cesser l’impunité d’Israël. Ils ne l’ont jamais fait. Le plan de paix Saoudien (2002) aurait pu être la base d’un règlement. Les dirigeants arabes n’ont rien fait pour l’imposer et ils ont laissé les Palestiniens désarmés face à la répression. Si des changements démocratiques se multiplient dans le monde arabe, cette politique de capitulation et de trahison des Palestiniens pourrait être remise en cause. Mais encore une fois, ce qui a fait descendre les peuples dans la rue, ce sont surtout la soif de liberté, la pauvreté et la corruption, pas la question palestinienne.

Comment les Palestiniens vivent-ils ces événements ?

La division de la Palestine avec deux gouvernements rivaux et pas d’État est une victoire de l’occupant. À Gaza, les manifestations de soutien au peuple égyptien ont été autorisées. D’autant que le Hamas est lié aux Frères Musulmans. Par contre en Cisjordanie, l’Autorité Palestinienne continue de soutenir Moubarak et a fait interdire les manifestations. Très critiqué pour sa soumission face à l’occupant, Mahmoud Abbas court le risque d’être assimilé à Moubarak. Lors de mon dernier voyage en Palestine (oct-nov 2010), j’ai entendu des propos très durs du genre : « nous aurions aimé n’avoir qu’un ennemi et pas deux ». Cet appui à Moubarak va renforcer son impopularité. Fondamentalement, les Palestiniens espèrent avant tout la fin rapide du blocus de Gaza.

La question palestinienne est intimement liée à cet équilibre de l’oppression que les puissances occidentales maintiennent à travers Israël, considéré comme la seule démocratie dans cette région. Quelles sont les perspectives qui se dessinent ?

L’historien israélien Shlomo Sand écrit que « État Juif et démocratique, c’est une contradiction ». Le caractère démocratique de l’État israélien ne concerne que les Juifs (et encore, plusieurs « anarchistes contre le mur » ont été arrêtés). Il n’a jamais concerné les Palestiniens : 700 000 d’entre eux ont connu la prison depuis 1967 et aujourd’hui, on trouve en prison des maires, des députés, des dirigeants politiques de tous les partis, des animateurs/trices d’associations en très grand nombre. Israël n’a jamais été le seul État démocratique de la région, mais c’est le seul État occidental devenu le gendarme de l’Occident au Proche-Orient. En face, il y avait des dictatures corrompues voire mafieuses, ce qui garantissait une situation immuable. L’avènement de la démocratie dans la région est un espoir.

Propos recueillis par Keltoum Staali
De Pierre Stambul :

  En quoi les sionistes sont-ils légitimés pour instrumentaliser l’antisémitisme ?
  
Pas de paix sans justice en Palestine, revenir aux droits fondamentaux
  
Derrière l’écrasement de la Palestine, une falsification des histoires et des identités juives
  
Le sionisme a gommé les différences idéologiques
  
Pour créer l’Israélien nouveau, il a fallu tuer le Juif
  
Quand des Israéliens démontent le mythe sioniste (1)
  
Quand des Israéliens démontent le mythe sioniste (2)

Interview de Pierre Stambul par Keltoum Staali (Le Matin)

    Pierre Stambul : "Moi, juif antisioniste..."

        i 12 février

        Pierre Stambul - UJFP

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10149


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