Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

04/03/2011

n°473 - Afghanistan : Les dossiers - 03-02 - : Début - Il était une fois dans l’Empire du Mal…

n°473 - Afghanistan : Les dossiers  - 03-02 - : Début - Il était une fois dans l’Empire du Mal…



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Afghanistan 

Les dossiers

n°253 du 30-03

C.De Broeder & M.Lemaire

 



 Le "Afghanistan le dossier" est  visible  sur mes blogs : 

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

d) un sommaire à :  http://www.palestine-solidarite.org/journaux.CathyetMarc.htm

cette page est accessible depuis la page d'accueil ( http://www.palestine-solidarite.org/ ) colonne de gauche.

NB : Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire : 

1 Dossiers

Albert A. Stahel : Les massacres continuent!

1-2 Les forces afghanes torturent, les Occidentaux savent et laissent faire.

1-3 L’otan a engagé une "course contre la montre" pour gagner la population.

1-4 Manlio Dinucci : Sénat, soutien aux missions militaires italiennes.

1-5 Roland Marounek : Exit Strategy - le scénario en trompe-l'œil de l'Otan 1-6 Guantanamo : Les dossiers

1-6-1 Un prisonnier afghan meurt à Guantanamo sans qu’aucune charge n’ait jamais été retenue contre lui.

1-6-2Awal Gul, prisonnier afghan à Guantanamo.

1-6-3 Un détenu soudanais de Guantanamo condamné à 14 ans de réclusion.

1-6-4 Lorraine Millot à Washington et Fabrice Rousselot à New York  : L’Amérique à deux voix.

Fin

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Richard Hétu : Afghanistan : découverte de gigantesques réserves de minerais

3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Michael Parenti : Afghanistan : l’envers du miroir

3-2 Cindy Sheehan : Il était une fois dans l’Empire du Mal…

4 Annexe

4-1 La console de jeu, une arme contre le stress post-traumatique des soldats américains(…).

 



1 Dossiers

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Albert A. Stahel : Les massacres continuent!

Où se trouve la conscience humanitaire de l’Occident?

Même si l’article d’Albert Stahel est daté de novembre dernier, il n’a malheureusement pas perdu de son actualité.

Pendant que les yeux de l’opinion publique internationale sont dirigés vers l’Egypte et la Tunisie, la mort en silence se poursuit en Afghanistan, toujours sans considération internationale, sans indignation devant le fait que des innocents continuent à perdre leur vie dans une guerre mensongère.
En ces jours de novembre, Kaboul offre une image tranquille. Pendant que les routes sont noyées dans un chaos énorme de circulation, les acheteurs et les vendeurs effectuent leurs affaires en toute tranquillité.

Des nouvelles maisons sont construites, qui ne contribuent malheureusement pas à l’embellissement de l’image de la ville. Le seul signe qui indique que la guerre règne toujours dans le pays, ce sont les points de contrôle avec des véhicules fortement armés de la police nationale.

Ces camionnettes équipés de fusils-mitrailleurs très lourds de ca­libre 12,7 mm donnent une note menaçante à l’image des rues de la ville, car les armes de ce calibre ne sont pas appropriées contre les rassemblements de personnes.
Beaucoup plus impressionnantes sont les nouvelles des provinces du sud. Un ancien chef des Résistants venant de la province du Helmand m’a rapporté que ces derniers temps quatre de ses cinq fils ont été tués par les troupes de combat américaines et leur alliées britanniques.

Sans égards pour les personnes civiles, les soldats alliés tirent avec des lance-grenades de calibre 25 mm ou 40 mm sans distinction sur des Qualas isolées – fermes afghanes fortifiées, avant tout des ­Pachtounes – et tuent des enfants, des femmes et des vieillards.
Ensuite, les troupes alliées font sauter les Qualas désertes, souvent aussi des hameaux entiers.

Des hameaux et des villages sont aplanis par ces actions de nettoyage ou aussi par des bombardements au moyen de bombardiers lourds américains de type B-1B ou de «warthogs» (phacochère en français), les bombardiers tristement célèbres du type A-10A des Américains.

Les bombardements ont à nouveau augmenté en intensité, surtout depuis la prise de pouvoir par le général Petraeus.
Les alliés britanniques des USA ont choisi un autre procédé encore plus perfide.

Elles prennent à leur service moyennant des paiements lucratifs des mercenaires afghans et engagent ces milices contre les villages pachtounes.

Avec la directive de tuer, on massacre sans égard. Des anciens chefs Résistants désignent ces hordes comme britanniques.

En même temps des bandes armées venant d’Iran et du Pakistan sévissent contre la population sans défense. Des anciens chefs Résistants les désignent comme résistants iraniens ou pakistanais et se distancient de ceux-ci, mais sont à leur merci sans défense.
Il est vrai que les massacres exécutés par des troupes alliées continuent. Un ancien chef Résistant me fit la remarque suivante: «Les troupes étrangères veulent nous exterminer.»

Les Pachtounes des provinces du sud du Helmand et de Kandahar sont désespérés face à cette tuerie.

On ne peut en tout cas pas parler d’une reconstruction du pays sous l’administration d’Obama.
Dans cette vallée de misère qu’est l’Afghanistan, où se trouve la conscience humanitaire de la Suisse officielle et de l’Occident tout court?    •

Albert A. Stahel

Albert A. Stahel, Institut pour les études stratégiques, Wädenswil
Source: www.strategische-studien.com

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23332


1-2 Les forces afghanes torturent, les Occidentaux savent et laissent faire.

L'usage de la torture est largement répandu dans l'armée et la police afghanes, mais leurs formateurs de l'Otan, bien qu'informés, ferment souvent les yeux quand ils ne sont pas accusés d'y recourir eux-mêmes, selon de multiples témoignages de soldats.

Dans onze bases militaires américano-afghanes de la province méridionale de Kandahar, un journaliste de l'AFP a recueilli 23 déclarations de militaires afghans et américains, simples soldats ou officiers, montrant leur connaissance de l'utilisation répandue, sinon systématique, de la torture sur leurs prisonniers par les forces de sécurité afghanes.

"J'ai vu comment l'ANA (armée nationale afghane) traite les résistants, ils leur foutent de sacrées raclées et parfois les tuent", confie ainsi un sergent américain de la force de l'Otan (Isaf).

Un officier afghan a raconté en riant à l'AFP avoir capturé deux résistants qu'il a torturés, amenés devant leurs maisons et abattus sous les yeux de leurs familles.

Dans l'Arghandab, un district de Kandahar, les lieutenants-colonels américains David Flynn et Rodger Lemons assurent n'avoir pas d'informations sur la torture dans leur zone.

Mais ils ont un avis sur le sujet. "Nous n'accordons simplement pas la même valeur à la vie humaine que les Afghans", insensibilisés par trois décennies de guerre, avance le premier. La torture dans le pays "n'est pas aussi généralisée qu'en Irak", plaide le second.

Dans une base de la province, un lieutenant afghan et un capitaine américain discutent d'un résistant présumé capturé, bientôt libéré par manque de preuves.

"Donnez-le nous, on le tabassera et il parlera", promet l'Afghan, caressant une batte de base-ball d'un air féroce. Rires.

Puis l'Américain se rappelle la présence d'un journaliste: "Si vous faites ça, dites aux soldats américains autour de vous de partir, je ne peux pas laisser faire ça si je suis au courant". "Malheureusement", soupire son adjoint.

"La torture est surtout pratiquée par l'ANP (police nationale afghane) et la NDS", l'agence afghane de renseignement, affirme Rachel Reid, de l'ONG Human Rights Watch. A la NDS, "la torture est généralisée", précise-t-elle.

"La plus haute juridiction du Royaume-Uni a reconnu que la torture était généralisée en Afghanistan", ajoute Mme Reid. Ainsi que la justice canadienne, des rapports d'ONG et de la Commission afghane des droits de l'Homme.

Les forces afghanes ne sont d'ailleurs pas les seules au banc des accusés. Comme en Irak, l'armée américaine et la CIA y sont accusées de torture, nourrissant la colère populaire contre leur intervention militaire.

Selon la règle en vigueur à l'Isaf, les prisonniers sont détenus pendant 96 heures, puis transférés aux forces de sécurité afghanes ou relâchés.

Mais les militaires interrogés par l'AFP savent que les prisonniers transférés aux forces afghanes risquent la torture, voire l'exécution sommaire: leur transfert constitue dans ce cas une violation de la Convention de Genève.

Mme Reid dénonce "une décision délibérée (de l'Isaf) de ne pas regarder de trop près". "Les Américains", qui la commandent, "auraient dû prendre eux-mêmes des décisions" face au laisser-faire afghan, assène-t-elle, pointant la "faillite de la communauté internationale".

Reconnaissant implicitement le problème, un porte-parole de l'Isaf explique d'abord que "les dirigeants de l'Isaf (...) ont fait d'énormes efforts pour s'assurer que ceux qui sont chargés des prisonniers comprennent l'importance" de bien les traiter.

Avant de botter en touche: "le traitement des détenus sous la garde des forces de sécurité afghanes devient la responsabilité du ministre de la Justice"... afghan.

Les forces afghanes sont censées prendre le relais de l'Isaf et assurer la sécurité de l'ensemble du pays d'ici à la fin 2014.

22/2

AFP


1-3 L’otan a engagé une "course contre la montre" pour gagner la population.

Pendant la trêve hivernale des combats en Afghanistan, la force de l'Otan a engagé une "course contre la montre" dans les zones récemment reprises aux résistants, arrosées d'argent en vue de retourner la population contre les résistants avant le printemps, a appris l'AFP.

 Dans la stratégique province méridionale de Kandahar, la force de l'Otan (Isaf) et l'armée afghane mènent depuis le printemps 2010 l'opération Hamkari, qui leur a permis de reprendre pied dans des zones contrôlées par les résistants parfois depuis leur apparition au milieu des années 1990.

 L'Isaf en a profité pour lancer un programme effréné de reconstruction des maisons, mosquées, canaux d'irrigation et autres installations détruites par les affrontements dans la province.

 Le lieutenant-colonel David Flynn, commandant l'Isaf dans la moitié ouest du district d'Arghandab, dispose de 350.000 dollars pour reconstruire Tarok Kalacha, village rasé par des bombardements aériens américains. "Restaurer, reconstruire et faire revenir les gens", résume-t-il, "les résistants y sont très opposés".

 "C'est une course contre la montre" avant la reprise attendue des combats au printemps, abonde le lieutenant-colonel Rodger Lemons, qui commande la moitié est du district et dispose d'une enveloppe de 3,2 millions de dollars pour ses projets "civils".

 Ici, comme ailleurs en Afghanistan, l'Isaf finance des programmes "Cash for work" ("argent contre travail") et verse des salaires aux Afghans pour qu'ils réparent leurs villages.

 Lors des chouras (assemblées) avec les maleks (chefs de village), le capitaine américain James Thomasson les presse constamment d'accélérer les travaux. Et ne donne que 20% de la somme nécessaire à chaque chantier, avant de revenir "au village pour voir l'avancement des travaux et savoir si nous pouvons payer le reste".

 Car les résistants continuent de faire peur: trois résistants sont ainsi venus récemment menacer des ouvriers. "Ils n'avaient que des bâtons. Si vous réparez un canal, vous utilisez une pelle. Vous pouvez leur botter le cul!", lance-t-il sans ménagement lors d'une choura.

 Mais l'intimidation va souvent plus loin, comme ces ouvriers retrouvés pendus à des arbres, avec un pancarte autour du cou: "Travaille avec les Américains".

Petite remarque à propos du soutien des USA à l'Irak pendant la guerre Iran-Irak : on oublie un peu trop systématiquement je trouve l'Iran-gate, la fourniture d'armes à l'Iran pendant cette guerre. Le but était moins de "soutenir" un contre l'autre, mais d'affaiblir les deux, et que la guerre dure le plus longtemps possible –

RM

13/02/11

http://www.portalangop.co.ao/motix/fr_fr/noticias/internacional/2011/1/6/Otan-court-contre-montre-pour-retourner-population,3d3beed2-49c1-4d8d-b59c-5c2883eff1ec.html


1-4 Manlio Dinucci : Sénat, soutien aux missions militaires italiennes.

Tandis que le gouvernement central états-unien annonce que les raids OTAN/Isaf en Afghanistan sont montés à environ 34 mille interventions annuelles (plus du double de 2007), avec utilisation de plus de 5 mille bombes et missiles, le Sénat italien reconduit le financement de la mission militaire en Afghanistan, avec le projet de loi 2537 sur la « prorogation des interventions de coopération au développement et au soutien des processus de paix et de stabilisation, ainsi que des missions internationales des forces armées et de police ».

Déjà passé à la Chambre, il a été approuvé hier par le Sénat avec 208 voix contre 9, ces dernières provenant toutes de l’IdV (Italie des Valeurs, parti d’opposition de l’ancien magistrat Antonio Di Pietro, NdT)  Pour les six premiers mois de 2011 sont alloués 754,3 millions d’euros : plus d’un milliard et demi pour l’année. Cette somme, inscrite au budget du ministère des finances, s’ajoute à la dépense militaire, qui a atteint environ 25 milliards d’euros annuels.

Le gros de la dépense pour les six premiers mois de 2011, plus de 395 millions d'euros, va à la " Mission OTAN d'assistance au gouvernement afghan pour l'extension de son autorité et de son influence dans le pays ". 106 autres millions vont à la mission Unifil au Liban, 37 aux missions dans les Balkans. S'y ajoutent 13 millions pour l'activité navale de l'OTAN de " combat contre le terrorisme international " en Méditerranée, 8 pour la mission italo-libyenne destinée à " faire face au phénomène de l'immigration clandestine ", 25 pour les missions OTAN/Ue de " lutte contre la piraterie dans les eaux de la Somalie ". Et des sommes mineures, d'environ 4 millions d'euros chacune, sont destinées à l'entraînement de militaires et policiers irakiens et albanais, et de non mieux identifiées " forces de sécurité " somaliennes et congolaises.
De la somme totale pour les six premiers mois, 692 millions sont destinés aux missions militaires, 62 à la " reconstruction civile ". Nous sommes engagés -a expliqué le rapporteur Bettamio (PdL, Popolo della Libertà, Peuple de la Liberté, parti de la majorité du premier ministre Berlusconi, NdT))- non seulement dans les " opérations de sécurité " mais aussi dans l' " assistance humanitaire ". Pour cela on finance une " mission de stabilisation économique, sociale et humanitaire en Afghanistan et au Pakistan ", dont une " Maison de la société civile " à Kaboul, et des organisations non gouvernementales qui opèrent en Afghanistan et au Pakistan " à des fins humanitaires " sous l'égide des militaires.
Il est emblématique que, dans une période de fortes coupes dans la dépense publique, le groupe Pd du Sénat ait voté de façon compacte avec le PdL. En sa battant d'abord, cependant, non pas pour que le gouvernement réduise la dépense pour les missions militaires, mais pour qu'il la rende systématique, en augmentant en même temps celle pour les " interventions de coopération ". Le sénateur Di Giovan Paolo (Pd, Partito democratico, parti d' " opposition " de " centre-gauche ", NdT) s'est plaint de ce que les missions militaires ne jouissent pas d'un cadre juridique constitutionnel : " Moins de rhétorique patriotarde et plus d'esprit patriotique véritable imposeraient ce choix au service de nos militaires ". Le sénateur Tonini (Pd) a affirmé qu'en Afghanistan nous devons " garantir l'équilibre d'une stratégie qui ne soit pas de sortie immédiate et banale " Pour le sénateur Del Vecchio (Pd), en Afghanistan "l'objectif de la stabilisation est à poursuivre " et " seule la composante militaire peut intégrer les principes de solidarité, de générosité et de soutien à ceux qui souffrent, aux exigences de sécurité ". En condamnant les " manifestations viles de personnes sans patrie ni idéaux " qui ont " injurié " l'activité des militaires. " Je veux rappeler - a conclu le sénateur Pinotti (Pd)- que les missions de nos militaires à l'étranger sont au service du bon renom et de l'image du Pays ".
C'est ce dont s'est rappelé l'association franciscaine Assisi Pax International, qui a attribué à l'armée italienne la Palme d'or pour la Paix pour " l'affirmation des valeurs de la paix entre les peuples et pour le mérite de nous donner l'espoir de prospérer et continuer à être reconnus dans le milieu international ". Le prix est constitué d'un rameau d'olivier, trempé dans un bain d'or, provenant de l'arbre qui se trouve à l'intérieur du sanctuaire de la maison natale de Saint François d'Assise. Qui, certainement, s'est retourné dans sa tombe.

Manlio Dinucci

le gouvernement central états-unien annonce que les raids OTAN/Isaf en Afghanistan sont montés à environ 34 mille interventions annuelles (plus du double de 2007), avec utilisation de plus de 5 mille bombes et missiles

Edition de jeudi 24 février 2011 de il manifesto
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  

Articles de Manlio Dinucci publiés par Mondialisation.ca

http://abbonati.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/24-Febbraio-2011/art18.php3

 http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23371


1-5 Roland Marounek : Exit Strategy - le scénario en trompe-l'œil de l'Otan.

Les documents officiels publiés à l'issue du sommet de Lisbonne, et en particulier la Déclaration sur un partenariat durable cosignée avec Hamid Karzai éclairent la manière dont l'Otan envisage l'avenir de sa présence en Afghanistan.

La presse semble avoir conclu un peu hâtivement de la transition annoncée que les forces de l'Otan se retireraient progressivement de 2011 à 2014 pour céder la place à une armée nationale afghane instruite ou construite par l'Alliance. « L'Otan confirme un retrait d'Afghanistan d'ici à fin 2014 » affirme Le Point, « A Lisbonne, les 28 dirigeants de l’Alliance atlantique ont organisé le retrait de leurs troupes d’ici à 2014 », 'analyse' Libération. …

En fait c'est tout le contraire qu'indiquent ces documents1 :

« Le début de ce processus de transition offre au Gouvernement de la République islamique d’Afghanistan et à l’OTAN une occasion opportune de développer un partenariat durable et solide qui complète la mission de sécurité de la FIAS et se poursuive après celle-ci. […]

« Consciente que l’Afghanistan est pour elle un partenaire important, l’OTAN compte apporter aux institutions de sécurité afghanes un soutien pratique prolongé visant […] à maintenir et à améliorer leur capacité et leur aptitude à lutter efficacement contre les menaces pesant sur la sécurité, la stabilité et l’intégrité de l’Afghanistan, et à contribuer à la sécurité régionale.

« Le Gouvernement de la République islamique d’Afghanistan réaffirme son engagement […] à être un partenaire durable de l’OTAN et à fournir à l’OTAN l’aide nécessaire à la réalisation de ses activités de partenariat […]

« Des mesures efficaces de coopération doivent être mises en place conformément […] à la capacité de l’OTAN de lui apporter un soutien prolongé. Ces mesures pourraient inclure les éléments suivants : […] le maintien d’une liaison de l’OTAN en Afghanistan, […] le maintien de la mission OTAN de formation – Afghanistan, […] un programme d'activités supplémentaires de coopération [qui] pourrait prévoir une aide au développement et à la réforme des ministères chargés de la sécurité et d’autres institutions nationales … » etc., etc.

Lors d'une conférence de presse, le Secrétaire général de l'Alliance a été tout aussi clair : « Nous resterons après la transition dans un rôle de soutien... Pour le dire simplement, si les résistants ou qui que ce soit d’autre attend de nous voir dehors, ils peuvent l’oublier. Nous resterons aussi longtemps que nécessaire pour finir le travail »

Il n’y a donc aucune exit strategy dans l’esprit des responsables de l’Otan. Il n’y a qu’une stratégie de duperie à destination de l’opinion occidentale : un départ en trompe-l’œil des troupes combattantes, lesquelles seraient rebaptisées "formateurs", ou "aide au développement", ou "soutien à la sécurité"... Une copie conforme de la manière dont les Etats-Unis ont mis en scène leur retrait d'Irak, et qui se solde là par un stationnement permanent de plus de 50.000 GI's, un nombre indéterminé de mercenaires, et un chapelet d'une cinquantaine de bases militaires conçues pour le très long terme.

Pour ceux (s'il en reste) qui prendraient encore au sérieux la raison officielle de l'invasion et de l'occupation de l'Afghanistan, 9 années de "guerre à la terreur" n'ont fait que multiplier en Afghanistan même les résistant-terroristes (ou prétendus tels), et partout dans le monde les préparations et menaces d'attentats terroristes. Le dernier en date, ce 12 décembre 2010 à Stockholm, la capitale suédoise échappant nous dit-on par miracle à une catastrophe. Malgré les surveillances et atteintes aux libertés qui n'ont fait que s'amplifier de manière démentielle, voila le prodigieux résultat de 9 ans de 'guerre à la terreur' ! Les succès de la lutte contre la drogue, qui fait également partie du bundle de partenariat à long terme, sont tout aussi spectaculaires.

D'autres pourraient bien se souvenir de documents états-uniens bien antérieurs à l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak, qui analysaient très justement la nécessité pour l'Occident (USA en tête comme il se doit) d'établir une présence militaire à long terme en Asie pour maintenir le plus loin possible leur domination globale. « Le renforcement militaire US en Asie est la clé pour parer à la montée de la Chine » écrivaient en 2000 ceux qui allaient diriger les USA un an plus tard, et le constat reste objectivement vrai quelle que soit l'équipe dirigeante. Les dernières provocations délibérées en Corée montrent que l'objectif d'encerclement de la Chine et la perspective d'une confrontation reste bel et bien la ligne directrice de la politique étrangère US. La raison d'être d'une présence militaire occidentale en Afghanistan est tout aussi pressante aujourd'hui, et elle ne le sera que davantage les années à venir : les USA et l'Otan projettent une présence indéfinie en Asie Centrale.

L'unique scénario crédible d'exit strategy d'Afghanistan, est un scénario à la vietnamienne. Il ne fait visiblement pas partie des options officiellement présentées à Lisbonne. Mais a-t'on réellement besoin d'autres fuites pour réaliser que de plus en plus de personnes doutent du succès de l'opération en Afghanistan, et que les « Européens ne sont là que par respect pour les Etats-Unis et non pour l'Afghanistan »2- le 'respect' du vassal pour son maître qui a encore quelques bons moyens de se faire 'respecter'...

Roland Marounek

1. Ces documents sont disponibles en français sur le site de l'Otan à l'adresse www.nato.int/cps/fr/SID-330151E2-4D027349/natolive/official_texts.htm
2. Hermann Von Rompuy, en tant que président du Conseil Européen, 'trahi' sur WikiLeaks



1-6 Guantanamo : Les dossiers

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage certaines analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

1-6-1 Un prisonnier afghan meurt à Guantanamo sans qu’aucune charge n’ait jamais été retenue contre lui.

Ses dénégations n’auront pas suffi, lui qui avait expliqué avoir quitté les résistants un an avant les attentats du 11/9 à cause de leurs penchants pour la corruption et les abus de pouvoir.

De toute façon, il aurait fallu qu’il puisse se faire entendre, mais devant qui ? Aucun tribunal, aucune instance judiciaire n’a jamais eu l’occasion d’évaluer sa culpabilité, malgré ses huit années d’emprisonnement à Guantanamo Bay. Sur les 172 personnes qui sont encore détenues dans cette prison défiant toutes les lois internationales, 48 le sont pour une durée "indéfinie", c’est-à-dire qu’il n’existe aucun plan pour les faire juger ou rapatrier. Awal Gul était de ceux-là. Il est mort début février sans avoir jamais pu se défendre devant aucune justice.
Un prisonnier afghan meurt à Guantanamo Bay après des exercices physiques. C’est le septième prisonnier à décéder dans la prison depuis 2002.

Awal Gul, prisonnier afghan à Guantanamo, meurt à l’âge de 48 ans

Aux yeux de tous, Guantanamo continue de bafouer les principes démocratiques élémentaires, et enlève toute crédibilité aux nations occidentales qui pratiquent ou laissent pratiquer tortures et séquestrations dignes des pires dictatures.

GeantVert

23 février, 2011 by


1-6-2Awal Gul, prisonnier afghan à Guantanamo.

Un prisonnier afghan âgé de 48 ans, Awal Gul, est décédé à Guantanamo Bay après avoir effectué des exercices physiques sur une machine elliptique, selon les autorités militaires US.

C’est le septième détenu à mourir à Guantanamo depuis que la base navale américaine de Cuba est devenue en janvier 2002 un centre de détention pour les personnes soupçonnées de terrorisme.

Cinq détenus se seraient suicidés et un autre serait mort d’un cancer du côlon, a rapporté Associated Press.

Le prisonnier s’est écroulé pendant qu’il s’exerçait et a été emmené à l’hôpital de la base, où il est décédé. Les militaires expliquent que sa mort résulte de causes naturelles, mais une enquête est en cours.

Gul était l’un des 172 hommes toujours enfermés à Guantanamo, malgré les promesses du président Obama de fermer ce centre de détention.

Les militaires US considéraient Gul comme « un recruteur notoire des résistants ». Les États-Unis le désignaient comme l’un des 48 « détenus pour une durée indéfinie, » ce qui signifie qu’il ne serait jamais rapatrié ni jugé devant un tribunal.

Un de ses avocats a expliqué que le gouvernement US le retenait indéfiniment parce qu’il n’avait aucune preuve contre lui. Awal Gul est resté 8 ans prisonnier de Guantanamo sans qu’aucune charge n’ait jamais été retenue contre lui, a rapporté la BBC.

« M. Gul n’a jamais été ennemi des États-Unis, en aucune façon, » a expliqué son avocat Matthew Dodge à Associated Press. « M. Gul était quelqu’un d’aimable, un philosophe, pratiquant et optimiste jusqu’à la fin, malgré tout ce que lui a fait subir notre gouvernement. »

Il a dit que les enfants de M. Gul et ses petits-enfants avaient travaillé à sa libération.

paru sur GlobalPost, le 3, février 2011

Traduction Astartet / GV pour ReOpenNews


1-6-3 Un détenu soudanais de Guantanamo condamné à 14 ans de réclusion.

Noor Uthman Mohammed avait été capturé en mars 2002 dans une planque d'Al-Qaïda à Faisalabad (Pakistan) et transféré à Guantanamo. Il est le sixième détenu de Guantanamo à être condamné, le troisième sous la présidence de Barack Obama

Un détenu soudanais de Guantanamo, Noor Uthman Mohammed, qui a plaidé coupable devant un tribunal militaire américain d'activités à caractère terroriste dans un camp d'entraînement en Afghanistan, a été condamné vendredi à 14 ans de réclusion, a annoncé le Pentagone.

Il devrait toutefois être libéré dans deux ans et 10 mois car il a accepté de collaborer avec les enquêteurs et de témoigner au cours de procédures contre des membres présumés d'Al-Qaïda.

Noor Uthman Mohammed avait été capturé en mars 2002 dans une planque d'Al-Qaïda à Faisalabad (Pakistan) et transféré à Guantanamo. Il est le sixième détenu de Guantanamo à être condamné, le troisième sous la présidence de Barack Obama.

Il a été condamné pour «soutien matériel» et «complot terroriste» pour avoir dirigé un camp d'entraînement en Afghanistan qu'il a rallié en 1994, précise le Pentagone dans un communiqué.

Selon le département américain de la Défense, il a reconnu être en lien avec Abou Zubaida, un proche d'Oussama ben Laden, et d'avoir entraîné des djihadistes au maniement des armes dans le camp de Khalden, par lequel ont transité plusieurs des auteurs des attentats du 11-Septembre.

Il y a également entraîné le Saoudien Mohammed al Owhali, condamné pour l'attentat contre l'ambassade américaine de Nairobi en 1998, Ahmed Ressam, un Algérien arrêté en décembre 1999 alors qu'il tentait d'entrer aux États-Unis avec une voiture remplie d'explosifs qui devaient être amorcés à l'aéroport de Los Angeles lors des célébrations du passage à l'an 2000 ainsi que le Français Zacarias Moussaoui, membre revendiqué d'Al-Qaïda, condamné à la réclusion à perpétuité pour complicité dans les attentats du 11 Septembre 2001.

18 février

AP


1-6-4 Lorraine Millot à Washington et Fabrice Rousselot à New York  : L’Amérique à deux voix,

La justice en marche à Guantanamo
Cette photo n’a rien à voir avec ce qui se passe cette semaine à Guantanamo, et celle qui suit non plus. Mais ce sont les deux seules autorisées, ou même les deux « optimum shots » comme dit joliment un des officiers chargés d’encadrer les journalistes invités cette semaine sur la base américaine de Cuba. Une commission militaire doit trancher cette semaine le sort de Noor Uthman Mohammed, un Soudanais d’une quarantaine d’années, détenu depuis 2002 à Guantanamo. L’audience se déroule dans un hangar en tôle beige, entouré de grillages et de rouleaux de barbelés très photogéniques. Mais il est strictement interdit de le photographier. Pour illustrer l’événement, les deux clichés autorisés sont donc cette ancienne tour de contrôle, où se sont déroulés d’autres audiences par le passé, ou cette charmante plate-bande de cailloux avec drapeaux (notre photo du bas) qui introduit le bien nommé « Camp Justice ». Les barbelés, derrière lesquels se déroule cette semaine la véritable procédure, ne sont qu’à quelques mètres, mais vous ne les verrez pas. L’armée américaine, seule maître des lieux, interdit de les montrer. Les rares télévisions (BBC et l'allemande ARD notamment) qui couvrent cette commission sont aussi réduites à montrer ces images, trompeuses.

Derrière les barbelés, la procédure se déroule cette semaine dans une salle moderne, vaste et confortable, avec moquette grise et longues tables en bois. Tout est fait pour donner l’impression d’une justice parfaitement rigoureuse. L’accusé, que les journalistes voient de dos, avachi dans son siège, est assis à côté d’un interprète et de quatre avocats, dont un civil. La juge, capitaine de la Navy, s’adresse à lui comme à un enfant, de ce ton doux et compréhensif qui sied si bien aux magistrats. Deux heures durant ce mardi, la juge lui demande et redemande s’il a bien conclu avec ses avocats un accord lui permettant de plaider coupable en échange d’une peine allégée. Une trentaine de fois au moins, la juge s’enquiert: « Avez-vous bien tout compris dans ce document ? », « Vous reconnaissez que vous avez commis le crime de soutien au terrorisme ? », « Plaidez-vous coupable de votre plein gré ? », « N’avez-vous pas été menacé ou forcé à plaider coupable ? », « Avez-vous conscience que ce faisant vous renoncez à votre droits ? »… Chaque fois, Noor Uthman Mohammed marmonne « na'am ». Vu de dos, depuis la petite salle réservée au public, derrière un double vitrage, il a l’air si las qu’on croirait qu’il dit non, mais « na'am » veut bien dire oui en arabe. Une fois, l’accusé a ajouté « khalass, khalass » (Assez !) et « Machiha » (Finissons-en), confie un journaliste arabophone. Mais l'interprète ne l'a pas traduit en anglais, et la juge a continué imperturbablement à lui demander s’il était bien d’accord pour tout.
Noor Uthman Mohammed était l’un des instructeurs du camp de Khalden, en Afghanistan, où de 1996 à 2000 il aurait formé aux armes des bataillons de futurs combattants et terroristes, accusent les procureurs militaires américains. Poursuivi pour "conspiration avec Al Qaïda" et "soutien au terrorisme", il encourt une peine de détention à vie. Le fait de plaider coupable et de coopérer avec la justice militaire lui a permis de convenir avec l’accusation d’une peine très allégée qui devrait être connue d’ici la fin de la semaine.

D’ici là, on nous promet encore un peu de spectacle: les jurés, qui sont tous des officiers américains, se verront ce mercredi exposer le cas et l'aveu de l'accusé avant de prononcer leur verdict… Pour les représentants des ONG invités aussi à passer cette semaine à Guantanamo, il est clair qu’on est là en pleine parodie. « La commission militaire a construit ce matin une belle façade pour faire croire que l’accusé veut vraiment plaider coupable, qu’il agit de son plein gré, résume Laura Pitter, de Human Rights Watch. Mais comment peut-on dire qu’il agit de son plein gré après 8 ans de détention sans procès à Guantanamo ? Tout cela est injuste ». A suivre cette semaine sur le blog, puis dans le quotidien.

Lorraine Millot à Washington et Fabrice Rousselot du Figaro

16/02/2011

« Les hamburgers de Michelle Obama |

Pouvez-vous être juste, impartial et ouvert d'esprit? »

16/02/2011

http://washington.blogs.liberation.fr:80/great_america/2011/02/la-justice-en-marche-à-guantanamo.html?xtor=EPR-450206


Les commentaires sont fermés.