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27/03/2011

n°7 - Journal de Libye - 20-03 au 27-03 : Fin - : Opération Active Endeavour - Et si les gentils n'étaient pas si gentils ?

n°7  - Journal de Libye - 20-03 au 27-03 : Fin - : Opération Active Endeavour  - Et si les gentils n'étaient pas si gentils ?


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



Journal de Libye

  n°7                                           20-03 au 26-03

     C.De broeder & M.Lemaire



Le " Journal de Libye" est  visible  sur les blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm


Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.

7  Dossier

7-6 Grégoire Lalieu : Entretien avec Jean Bricmont : La Libye face à l’impérialisme humanitaire.

8 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

8-1 Interview en partie très intéressante ce matin à la RTBF,

8-2 Déclaration d’«Action urgente Canada»   

8-3 Ginette Hess Skandrani : Libye : je me refuse à hurler avec les loups.

8-4 Objet : Demande d’une rupture des relations diplomatiques des pays membres de l’U.A avec la France.

9 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

9-1 Thierry Meysan : Quelque mensonges sur la guerre de Libye 


 


7-6 Grégoire Lalieu : Entretien avec Jean Bricmont : La Libye face à l’impérialisme humanitaire.

Kosovo, Irak, Afghanistan : les partisans d’une intervention en Libye n’auraient-ils pas retenu la leçon ? Jean Bricmont, auteur d’un ouvrage sur l’impérialisme humanitaire, nous explique pourquoi le droit d’ingérence est incompatible avec la paix dans le monde et dessert les causes humanitaires. A moins bien-sûr, que ces causes ne soient que des prétextes...

 

Interview : Grégoire Lalieu

Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste l’impérialisme humanitaire ?

C’est une idéologie qui vise à légitimer l’ingérence militaire contre des pays souverains au nom de la démocratie et des droits de l’Homme. La motivation est toujours la même : une population est victime d’un dictateur, donc il faut agir. On nous sort alors les références à la Deuxième Guerre mondiale, à la guerre d’Espagne et j’en passe. Le but étant de faire accepter l’intervention. C’est ce qui s’est passé pour le Kosovo, l’Irak ou l’Afghanistan.

Et aujourd’hui, c’est le tour de la Libye ?

Il y a une différence car ici, une résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unies l’autorise. Mais cette résolution a été votée à l’encontre des principes-mêmes de la Charte des Nations-Unies. En effet, je ne vois aucune menace extérieure dans le conflit libyen. On a évoqué la notion de la « responsabilité de protéger » les populations, mais en brûlant un peu les étapes. De plus, il n’y a pas de preuves que Kadhafi massacre la population dans le simple but de la massacrer. C’est un peu plus compliqué que cela : il s’agit plutôt d’une insurrection armée et je ne connais pas de gouvernement qui ne réprimerait pas ce type d’insurrection.

Évidemment, il y a des dommages collatéraux et des morts parmi les civils. Mais si les États-Unis savent comment éviter de tels dommages, qu’ils aillent l’expliquer aux Israéliens et qu’ils l’appliquent eux-mêmes en Irak et en Afghanistan. Nul doute également que les bombardements de la coalition vont aussi provoquer des pertes civiles.

Je pense donc que d’un point de vue strictement légal, la résolution du Conseil de Sécurité est discutable. Elle est en fait le résultat d’années de lobbying pour faire reconnaître le droit d’ingérence qui se trouve ici légitimé.

Pourtant, même dans la gauche, beaucoup pensent qu’il fallait intervenir en Libye pour arrêter le massacre. C’est une erreur de jugement selon vous ?

Oui et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cette campagne établit le règne de l’arbitraire. En effet, le conflit libyen n’a rien d’exceptionnel. Il y en a beaucoup d’autres dans le monde, que ce soit à Gaza, à Bahreïn ou, il y a quelques années, au Congo. Dans ce dernier cas, nous étions dans le cadre d’une agression extérieure de la part du Rwanda et du Burundi. L’application du droit international aurait permis de sauver des millions de vie mais on ne l’a pas fait. Pourquoi ?

Ensuite, si on applique les principes de l’ingérence qui sous-tendent l’attaque contre la Libye, cela veut dire que tout le monde peut intervenir partout. Imaginons que les Russes interviennent à Bahreïn ou les Chinois au Yémen : ce serait la guerre généralisée et permanente. Une grande caractéristique du droit d’ingérence est donc le non-respect du droit international classique. Et si on devait modifier le droit international par de nouvelles règles légitimant le droit d’ingérence, cela déboucherait sur la guerre du tous contre tous. C’est un argument auquel les partisans du droit d’ingérence ne répondent jamais.

Enfin, ces ingérences renforcent ce que j’appelle l’ « effet barricade » : tous les pays qui sont dans la ligne de mire des États-Unis vont se sentir menacés et vont chercher à renforcer leur armement. On a vu ce qui s’est passé avec Saddam. Kadhafi avait d’ailleurs déclaré à la ligue arabe : « On vient de pendre un membre de cette ligue et vous n’avez rien dit. Mais ça peut vous arriver aussi car, si vous êtes tous des alliés des États-Unis, Saddam l’était aussi autrefois. ». Aujourd’hui, la même chose se reproduit avec Kadhafi et la menace qui pèse sur de nombreux États risque de relancer la course à l’armement. La Russie, qui n’est pourtant pas un pays désarmé, a déjà annoncé qu’elle allait renforcer ses troupes. Mais ça peut même aller plus loin : si la Libye avait l’arme nucléaire, elle n’aurait jamais été attaquée. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on n’attaque pas la Corée du Nord. La gauche qui soutient l’intervention en Libye devrait donc bien se rendre compte que la conséquence de l’ingérence humanitaire est de relancer la course à l’armement et de créer des logiques de guerre à long-terme.

Cette intervention militaire contre Kadhafi ne serait-elle pas pourtant un moindre mal ?

Il faut réfléchir aux conséquences. Maintenant que les forces occidentales sont engagées, il est évident qu’elles vont devoir aller jusqu’au bout, renverser Kadhafi et installer les rebelles au pouvoir. Que va-t-il se passer alors ? La Libye semble divisée. S’il y a une résistance à Tripoli, l’Occident va-t-il occuper le pays et s’embarquer dans une guerre sans fin comme en Irak ou en Afghanistan ?

Imaginons quand-même que tout se passe bien : les coalisés se débarrassent de Kadhafi en quelques jours, les rebelles prennent le pouvoir et le peuple libyen est uni. Tout le monde est content et après ? Je ne pense pas que l’Occident va dire : « Voilà, on a fait ça parce qu’on est gentil et qu’on aime bien les droits de l’Homme. Maintenant, vous pouvez faire ce que vous voulez. ». Que se passera-t-il si le nouveau gouvernement libyen apparaît trop musulman ou ne limite pas correctement les flux migratoires ? Vous croyez qu’on va les laisser faire ? Il est évident qu’après cette intervention, le nouveau gouvernement libyen sera prisonnier des intérêts occidentaux.

Si l’intervention militaire n’est pas la solution, que faire ?

Il aurait déjà fallu essayer honnêtement toutes les solutions pacifiques. Ca n’aurait peut-être pas fonctionné mais là, il y a eu une volonté manifeste de rejeter ces solutions. C’est d’ailleurs une constante dans les guerres humanitaires. Pour le Kosovo, il y avait des propositions serbes très détaillées pour aboutir à une solution pacifique mais elles ont été refusées. L’Occident a même imposé des conditions qui rendaient toute négociation impossible comme l’occupation de la Serbie par les troupes de l’Otan. En Afghanistan, les Talibans ont proposé de faire juger Ben Laden par un tribunal international si on leur fournissait les preuves de son implication dans l’attentat du World Trade Center. Les États-Unis ont refusé et bombardé. En Irak, Saddam avait accepté le retour des inspecteurs de l’ONU ainsi que de nombreuses conditions extrêmement contraignantes. Mais ce n’était jamais assez. En Libye, Kadhafi a accepté un cessez-le-feu et proposé qu’on envoie des observateurs internationaux. Les observateurs n’ont pas été envoyés et on a dit que Kadhafi ne respectait pas le cessez-le-feu. L’Occident a aussi rejeté la proposition de médiation de Chavez, pourtant suivie par de nombreux pays latinos ainsi que l’Organisation de l’Unité Africaine.

A ce sujet, je suis furieux quand j’entends, en Europe, des gens de gauche dénoncer l’horrible Alliance Bolivarienne qui soutient le dictateur Kadhafi. Ces gens n’ont rien compris ! Les dirigeants latinos sont des personnes au pouvoir avec d’importantes responsabilités. Ce ne sont pas des petits gauchistes qui bavardent dans leur coin. Et le grand problème de ces dirigeants, c’est l’ingérence des États-Unis : moins les États-Unis pourront faire ce qu’ils veulent partout dans le monde, mieux ça vaudra pour tous ces pays qui tentent de s’émanciper de leur tutelle et pour le monde entier.

Le fait de rejeter systématiquement les solutions pacifiques signifie-t-il que l’ingérence humanitaire est un prétexte ?

Oui, mais si ça fonctionne bien auprès des intellectuels, j’ai plus de doute sur la réaction des peuples européens. Vont-ils soutenir leurs dirigeants dans l’attaque contre Kadhafi ? Au niveau des peuples, ce sont les guerres sécuritaires qui trouvent plus de légitimité : lorsqu’il y a, par exemple, une menace contre nos populations, nos modes de vie, etc. Mais ici et en France, avec tout le climat islamophobe (que je n’approuve pas, mais qui existe), allez expliquer qu’on va se battre en Cyrénaïque pour des insurgés qu’on voit crier « Allah U Akbar »... C’est contradictoire !

Au niveau politique, la plupart des partis soutiennent l’intervention. Même à gauche, des trotskistes à Mélenchon (pas le PCF (*) - ndp), tous partent la fleur à fusil. Les plus modérés soutenaient juste l’application d’une zone d’interdiction aérienne mais si Kadhafi envoie ses tanks vers Benghazi, qu’est-ce qu’on fait ? Durant la Deuxième Guerre mondiale, les Allemands ont perdu le contrôle aérien assez rapidement mais ils ont tenu encore plusieurs années. Les modérés devaient bien se douter que, dans la mesure où l’objectif est de renverser Kadhafi, on irait plus loin que l’établissement d’une zone d’interdiction aérienne.

La gauche, incapable de soutenir de vraies positions alternatives, se trouve piégée par la logique de l’ingérence humanitaire et est obligée de soutenir Sarkozy. Si la guerre se passe vite et bien, le président français sera sans doute bien positionné pour 2012 et la gauche lui aura mis le pied à l’étrier. Cette gauche n’assumant pas un discours cohérent opposé aux guerres est obligée de se mettre à la remorque de la politique d’ingérence.

Et si la guerre se passe mal ?

C’est malheureux, mais le seul parti français à s’être opposé à l’intervention en Libye est le Front National. (rappel : le PCF s’y est opposé - ndp). Il a notamment évoqué la menace des flux migratoires et en a profité pour se démarquer de l’UMP et du PS en disant qu’il n’avait jamais collaboré avec Kadhafi. Si la guerre en Libye ne se passe pas comme prévu, ça pourra bénéficier au Front National pour 2012.

Si l’ingérence humanitaire n’est qu’un prétexte, quel est l’objectif de cette guerre ?

Les révolutions arabes ont surpris les Occidentaux qui n’étaient pas assez bien informés sur ce qui se passait au Maghreb et au Moyen-Orient. Je ne conteste pas qu’il y a de bons spécialistes de la question mais souvent, ils ne sont pas assez écoutés à un certain niveau de pouvoir et s’en plaignent d’ailleurs. Donc maintenant, les nouveaux gouvernements égyptien et tunisien risquent de ne plus s’aligner sur les intérêts occidentaux et par conséquent, pourraient être hostiles à Israël.

Pour s’assurer le contrôle de la région et protéger Tel-Aviv, les Occidentaux veulent probablement se débarrasser des gouvernements déjà hostiles à Israël et aux Occidentaux. Les trois principaux sont l’Iran, la Syrie et la Libye. Cette dernière étant la plus faible, on l’attaque.

Ca peut fonctionner ?

L’Occident rêvait de dominer le monde mais on voit depuis 2003, avec le fiasco irakien, qu’il en est incapable. Avant, les États-Unis pouvaient se permettre de renverser des dirigeants qu’ils avaient eux-mêmes portés au pouvoir, comme Ngô Dinh Diêm au Sud-Viêtnam dans les années 60. Mais Washington n’a plus la possibilité de faire ça aujourd’hui. Au Kosovo, les Etats-Unis doivent composer avec un régime mafieux. En Afghanistan, tout le monde dit que Karzaï est corrompu mais ils n’ont pas d’alternative. En Irak, ils doivent aussi s’accommoder d’un gouvernement qui est loin de leur convenir totalement.

Le problème se posera certainement en Libye aussi. Un Irakien me disait un jour : « Dans cette partie du monde, il n’y a pas de libéraux au sens occidental du terme, hormis quelques intellectuels assez isolés. ». Comme l’Occident ne peut pas s’appuyer sur des dirigeants qui partagent ses idées et défendent totalement ses intérêts, il essaie d’imposer des dictateurs par la force. Mais ça crée évidemment un décalage avec les aspirations de la base populaire.

De plus, cette démarche se révèle être un échec et les gens ne devraient pas être dupes sur ce qui se passe. L’Occident, qui pensait pouvoir contrôler le monde arabe avec des marionnettes comme Ben Ali et Moubarak, se dirait soudainement : « On a eu tout faux, maintenant on va soutenir la démocratie en Tunisie, en Egypte et en Libye. » ? C’est d’autant plus absurde que l’une des grandes revendications des révolutions arabes est le droit à la souveraineté. Autrement dit, pas d’ingérence !

L’Occident doit se résigner : le monde arabe, tout comme l’Afrique et les Caraïbes, ne lui appartient pas. En fait, les régions où l’Occident s’ingère le plus sont les moins développées. Si on respecte leur souveraineté, ces régions pourront se développer, tout comme l’Asie l’a fait et l’Amérique latine le fera sans doute. La politique d’ingérence est un échec pour tout le monde.

Quelle alternative alors ?

Tout d’abord, il faut savoir que la politique d’ingérence nécessite un budget militaire important. Sans le soutien des États-Unis et leur budget militaire délirant, la France et la Grande-Bretagne ne se seraient pas engagées. La Belgique encore moins. Mais tous ces moyens mis à disposition ne tombent pas du ciel. Ce budget est basé sur des emprunts à la Chine qui entraînent des déficits US et toutes sortes de problèmes économiques. On y pense rarement.

De plus, on nous répète tout le temps qu’il n’y a pas d’argent pour l’éducation, la recherche, les pensions, etc. Et subitement, il y a une grosse somme qui tombe pour faire la guerre en Libye. C’est une somme illimitée car on ne sait pas combien de temps cette guerre va durer ! On dépense par ailleurs déjà de l’argent en pure perte en Afghanistan.

Il faut donc avoir une autre vision politique et la Suisse est, selon moi, un bon exemple. Ce pays consacre son budget militaire uniquement à la protection de son territoire. Les Suisses ont une politique de non-intervention cohérente car leur armée ne peut pas, par principe, quitter le territoire. On peut dire que la Suisse laisse Kadhafi massacrer les insurgés mais premièrement, elle n’a jamais commis de génocide ou d’autres massacres, même si on peut critiquer sa politique sur d’autres plans (banques ou immigration). Et deuxièmement, si tout le monde faisait comme la Suisse, pour les raisons que j’ai expliquées précédemment, le monde irait beaucoup mieux.

Les guerres et les embargos ont toujours des conséquences désastreuses. Selon moi, la meilleure alternative est la coopération avec les différents pays, quels que soient leurs régimes. A travers le commerce, mais pas celui des armes évidemment, les idées circulent et les choses peuvent évoluer, sans guerre. On peut bien-sûr discuter des modalités : commerce équitable, écologique, etc. Mais le commerce est une alternative beaucoup moins sanglante aux sanctions et aux embargos qui sont la version soft des guerres humanitaires.


(*) Voir l’intervention du député communiste Roland Muzeau à la séance du 22 mars 2011 à l’Assemblée nationale : "Déclaration du Gouvernement sur l’intervention des forces armées en Libye et débat sur cette déclaration", et notamment :

"Trop d’incertitudes pèsent sur cette intervention militaire et ses conséquences. Le risque d’une escalade est trop grand. Et s’il y a un prix à payer dans l’avenir, il faut souhaiter que ce ne soit pas au peuple libyen de le faire. Il paye déjà trop cher le maintien d’une dictature dont il ne veut plus.

Du reste, nous ne cautionnerons pas la moindre intervention qui, comme de plus en plus de voix l’affirment au-delà de nos frontières, ne viserait qu’à faire main basse sur le pétrole libyen en instrumentalisant le peuple et en en passant par la scission du pays.

Les députés communistes et républicains font aujourd’hui preuve de courage politique en refusant de mêler leur voix à l’unanimisme béat et aveugle qui semble rassembler autour du Président Sarkozy et de l’entrée en guerre de la France. Comme le dit fort justement Rony Brauman, jamais des bombardements n’ont permis d’installer la démocratie ou de pacifier un pays !

Figure du mouvement anti-impérialiste, Jean Bricmont est professeur de physique théorique à l’Université de Louvain (Belgique). Il a publié « Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ? » (Éditions Aden, 2005).

23 mars 2011 - Michel Collon



8 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

8-1 Interview en partie très intéressante ce matin à la RTBF,

En particulier pour la mise en évidence de ce que personne ne semble remarquer, la confusion volontaire entre "le peuple libyen" et des "insurgés armés".

Le journaliste Bertrand Henne est encore plus clair que son invité Olivier Corten.

Le passage intéressant est celui ci :

Olivier Corten : «...les rebelles ont commencé la guerre civile contre le régime Kadhafi en estimant à juste titre que c'était un régime d'oppression. A partir de ce moment là, les rebelles sont assimilables à des combattants, ce ne sont plus des civils, et ça il ne faut pas l'oublier.»

Bertrand Henne: «Oui, on dit toujours "on va protéger les civils", et en fait on protège des belligérants, c'est-à-dire qu'on se met du côté de vrais belligérants.  »

Même si Olivier Corten estime que c'est "à juste titre", et que pour lui, seule l'armée régulière commet des exactions, soit, l'essentiel est que c'est qu'on ait enfin pu entendre à la radio ce qu'aucun mouvement de paix, et aucun mouvement aussi 'progressiste' soit-il, n'a été capable de dire (en Belgiquue du moins), même ceux qui se déclarent tout à fait contre la guerre : il s'agit en Libye d'un soulèvement armé, dans une partie de la Libye, pas du "peuple libyen en révolte contre Kadhafi".

C'est un point fondamental. Tant qu'on refuse de toucher à ce point-là, tous les discours contre la guerre resteront creux et sans effet auprès de la plupart.

Et une grande partie de l'acceptation de l'intervention, chez plein de gens de bonne volonté, devrait s'effondrer dès que ce point est clair.

 

Je retranscrit le début de cette interview ci-dessous. Elle peut être réécoutée à l'adresse http://podaudio.rtbf.be/pod/lp-map-inv_invite_matin_premi...

Interview d'Olivier Corten à 'Matin Première', RTBF

Une imposture criminelle (Danilo Zolo, professeur de droit international à l’Université de Florence, manifestement d'une autre carrure que Corten)

Bertrand Henne. Vous êtes professeur directeur adjoint du Centre de Droit International de l'ULB. Quand vous voyez, enfin, ce qu'on apprend de ce qui se passe sur le terrain, l'ampleur des frappes de la coalition, est-ce que vous vous dites qu'on prend prétexte d'une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU pour mener une guerre contre Kadhafi ?

Olivier Corten Alors il est clair que les effets de l'intervention militaire vont profiter aux insurgés, et profitent effectivement aux insurgés. Maintenant quand j'entends ce qui est dit, c'est là où je me pose plutôt des questions sur la conformité de l'action avec la résolution 1973. Parce qu'on a entendu que cette résolution était floue, qu'elle n'était pas claire… malgré tout si on lit les termes de cette résolution c'est relativement clair : Ce qui est autorisé, ce sont des mesures nécessaires […] pour protéger les populations et les zones civiles menacées d'attaque. Donc, c'est une opération de type humanitaire, c'est comme cela qu'elle a été présentée au départ au sein du conseil de sécurité, donc si on lit les débats qui sont reproduits publiquement aujourd'hui, on se rend compte qu'absolument personne n'a parlé de renverser le colonel Kadhafi, personne n'en a parlé à ce moment la parce que si on l'avait dit, probablement il y aurait eu un veto, ou il y aurait eu des votes plus généralement contre le projet de résolution.

BH. Oui, la résolution de l'ONU est aussi le résultat d'un compromis entre les différents intervenants…

OC C'est certainement le résultat d'un compromis comme  tout texte juridique, maintenant, cela dit, il faut voir où se place le curseur. Le curseur il est quand même placé du côté d'une intervention strictement humanitaire. Quand au règlement politique du conflit, il y a un paragraphe dans cette résolution dont on ne parle pas tellement, qui parle à la fois des revendications légitimes du peuple libyen,  donc le Conseil de Sécurité et tous ses membres manifestement reconnaissent qu'il y a des revendications légitimes de la part des insurgés, - parce que c'est ça qu'on veut dire par le peuple libyen - , mais en même temps la résolution se prononce, je cite,  pour un "dialogue", Un dialogue, ce n'est pas renverser l'une des deux parties au conflit. Donc la résolution sur le plan des objectifs elle est assez claire, sur le plan des moyens, là il y a sûrement plus sujet à discussion.

BH. Parce qu'on a l'impression parfois d'une forme d'hypocrisie généralisée autour de ce qui se passe pour l'instant en Libye, On a eu les déclaration de Pieter De Crem le ministre de la défense qui a dit clairement, ben on le sait bien, c'est pour renverser Kadhafi. Alors il disait aussi pour le déférer devant la Cour Pénale Internationale. Est-ce que c'est finalement ça qui est en train de se passer, c'est à dire que vous le dites la résolution elle est humanitaire et elle prévoit une sortie du conflit par le dialogue, la diplomatie, mais ce qui se passe, c'est que les pays occidentaux plus le Qatar ont pris fait et cause pour les insurgés, et mènent une guerre contre K. Est-ce qu'il y n'a pas là une forme d'hypocrisie?

OC. Il y a sans doute une forme d'hypocrisie, cela dit j'ai envie de dire plusieurs choses : d'une part sur le plan du droit international les insurgés, l'insurrection, la rébellion en tant que telle n'est pas contraire au droit international, et ça il faut le rappeler, il n'est pas contraire au droit international de se rebeller ; en même temps les rebelles ont commencé la guerre civile contre le régime Kadhafi en estimant à juste titre que c'était un régime d'oppression. A partir de ce moment là, les rebelles sont assimilables à des combattants, ce ne sont plus des civils, et ça il ne faut pas l'oublier.

 

BH Oui, on dit toujours "on va protéger les civils", et en fait on protège des belligérants, enfin c'est-à-dire qu'on se met du côté de vrais belligérants. Alors ils n'ont pas énormément de matériel militaire, quelques kalachnikov, quelques roquettes, etc, mais pas grand chose, mais enfin ce sont des belligérants. Donc quand on dit "on va protéger des civils"... on est encore une fois dans l'hypocrisie ?

OC. Oui et non quand même, parce que "qui menace les civils", c'est cela la question. C'est l'armée régulière qui menace les civils, donc on s'en prend à l'armée régulière. [....]

 [vers la fin de l'interview, autre passage utile]
Je voudrais qu'on se rappelle ce qui a été dit au moment de la proclamation du nouvel ordre mondial, c'est après que Saddam Hussein ait envahit le Koweït, en 1990, à ce moment là Saddam Hussein a dit "ce n'est pas légitime parce qu'il y a un 2 poids-2 mesures. j'occupe le Koweït, mais Israël occupe la Palestine. On a répondu "en effet dans les 2 cas c'est inadmissible, ça n'excuse ni votre occupation du Koweït, ni l'occupation d'Israël, on va commencer par vous. On a commencé par l'Irak, on a en effet libéré le Koweït, mais on n'a jamais libéré la Palestine. Et on parle de veto chinois ou russe, pas plus tard qu'il y a un mois, il y a eu un projet de résolution parrainé par 130 états, non pas appelant à une intervention militaire en Israël, mais appelant à la fin de la colonisation des territoires. Cette résolution a été adoptée par 14 voix pour, 1 contre, celle des Etats-Unis. Donc on voit bien après ça que c'est très difficile dans le monde arabe, à juste titre, de venir donner des leçons d'humanitaire, d'interventionnisme, etc.


8-2 Déclaration d’«Action urgente Canada»                         

Montréal, le 21 mars 2011

Nous sommes un groupe de citoyennes/ens canadiennes/iens et d’autres origines préoccupées/és par les politiques de guerre et de domination du gouvernement canadien et par l’abandon des principes de paix, de justice sociale, de relations internationales basées sur l’égalité et le développement des peuples.

Tenant compte du fait que la majorité de la population du Canada s’oppose aux guerres, mais que les gouvernements canadiens successifs, libéraux et conservateurs, ne l’écoutent pas, nous exigeons IMMÉDIATEMENT UNE ACTION URGENTE DU PEUPLE DU CANADA.  Nous lançons un appel aux citoyennes/ens et aux organisations démocratiques, syndicales, politiques, populaires de poser les gestes suivants :

Dénoncer et nous opposer à la «spirale guerrière et antidémocratique dans laquelle le Canada s’enfonce de plus en plus» aux côtés des États-Unis au cours des nombreuses guerres déclenchées et menées conjointement avec le Canada, en violation du droit international et les droits de la personne :

Yougoslavie en 1999, Afghanistan en 2001, Irak en 2003, Liban en 2006, Gaza en 2009 et maintenant LIBYE en 2011.

Empêcher que notre argent, l’argent de millions de contribuables canadiens soit dilapidé dans des guerres qui n’accroissent que les profits du grand pouvoir économique d’une infime minorité de membres de la société.  Cette spirale de guerre croissante coûtait, en 2009-2010, 58 millions de dollars par jour aux contribuables canadiens.  Cet argent des fonds publics pourrait être investi dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la création d’emplois, de la lutte contre la pauvreté, de la protection de l’environnement, qui profiteraient à l’ensemble de la population canadienne et de la planète.

Nous opposer à toute intervention militaire, qu’on nous présente sous de faux arguments tels que la menace terroriste, l’aide aux crisis humanitaires provoquées par les grandes puissances ou la défense des droits de la personne des peuples, violés par les envahisseurs eux-mêmes, mensonges qui sont tous très bien défendus par les médias alliés aux intérêts économiques et politiques des seigneurs de la guerre.

Nous défendons les principes suivants :

-1-Le droit des peuples et des nations à vivre en paix et à lutter contre le colonialisme, l’impérialisme, le néo-colonialisme, le racisme et le sionisme; la ségrégation et tout type d’agression contre eux;

-2-Le droit des peuples et des nations d’une région à s’unir pour combattre toute invasion et occupation de cette région par des puissances étrangères;

-3-Le droit des peuples et des nations à l’autodétermination et à la souveraineté.  En effet, les guerres d’invasion et d’occupation, les guerres civiles et locales provoqués de l’extérieur, les déstabilisations contre des gouvernements qui représentent légitimement leur peuple, tel que des coups d’États ou des blocus organisés par des puissances étrangères aggravent la situation économique, politique et mondiale des peuples et des nations, intensifient les conflits, la pauvreté, la destruction de l’environnement et des structures économiques et sociales des pays, engendrent des crises humanitaires et ont de graves conséquences pour l’humanité, comme ce fut le cas des guerres menées au Vietnam, en Irak, en Palestine, en Afghanistan, dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine et en Europe, qui peuvent étendre les conflits et entraîner une intervention de pays voisins et la participation de plusieurs puissances dans les conflits.

Nous nous basons, en partie, sur la Déclaration de l’organisation «Échec à la guerre» intitulée «Pour en finir avec la logique de guerre et de domination» endossée par 119 organisations et 165 personnes publiée la semaine dernière

Nous vous invitons (1) si vous voulez que votre nom soit ajouté à cette liste à communiquer avec nous; et (2) à diffuser cette déclaration POUR ENGENDRER UNE ACTION URGENTE FACE À CETTE SITUATION

Les membres d’«Action urgente Canada» 


8-3 Ginette Hess Skandrani : Libye : je me refuse à hurler avec les loups.

Je me refuse à  hurler bêtement avec les loups.

L’Occident s’est  trouvé un nouveau diable et accuse Kadhafi de tous les maux de la planète.

Il  est le pire des dictateurs, un nouveau Hitler, un boucher, un sanguinaire.

On  aura tout entendu. Il est sûr que ce n’est pas un démocrate, mais il est  certainement moins pire que les Busch père et fils qui sont responsables de  centaine de milliers de morts irakiens, ou les Netanayou, Sharon ou autres  criminels israéliens qui ont massacré des milliers de Palestiniens.

Je  connais bien la Libye,  y ayant séjourné assez souvent. J’ai aimé ce pays,  si différent des autres pays du Maghreb plus ou moins occidentalisés.

Aller en  Libye, c’était se dépolluer l’esprit, on avait l’impression d’arriver sur une  autre planète. Pas de Mac do, pas de coca cola, pas d’hypermarchés, peu de  banques, pas de pub à part des slogans anti-impérialistes et quelques affiches  du Guide.  Mais si peu à côté de la Tunisie où la photo de

Ben Ali trônait  partout.

J’ai participé à plusieurs conférences : sur l’écologie, la paix et  le désarmement, sur la Méditerranée, la démocratie directe, le colonialisme, le  statut de la femme, le sionisme, etc.

J’ai également été invitée à des  remises du prix Kadhafi à des peuples opprimés :  les Kanaks, les  Amérindiens, les enfants bosniaques etc.

J’ai assisté à des congrès de base  dans des quartiers de Tripoli ou sous la tente dans le désert. J’ai visité  beaucoup d’endroits riches d’histoire et de vestiges du passé. Sebratha et ses  fouilles, romaines, phéniciennes, le magnifique site de Leptis Magna.

J’ai  rarement rencontré des touristes. La Libye est un pays qui hante depuis de  nombreuses années la conscience des populations occidentales et le nom de  Kadhafi a toujours suscité  au-delà de l’admiration  que lui portaient tous les révolutionnaires de la planète, des réactions hostiles de tous les  autres.

Très peu de sociétés et de dirigeants politiques ont autant occupé la  scène médiatique et dans le même temps, sont aussi mal connus.

Mis à part le  nom de Kadhafi, la plupart des gens ignorent tout de l’histoire de ce pays, de  sa population, de ses structures socio-économiques, de la place de l’Islam dans  sa société et des enjeux politiques réels de ce

pays qui jouit au Maghreb d’une  importante position géostratégique, d’une ouverture sur toute l’Afrique et qui  est au carrefour des relations arabo-africaines. Les interventions médiatiques,  les dénonciations,  les analyses des uns et des autres le montrent  bien.

J’ai aidé à organiser des rencontres de la jeunesse, des femmes des  cinq continents. J’y ai croisé des tas de personnalités : Nelson Mendela, Ben  Bellah, Laurent Désiré Kabila (avant son accession au pouvoir), Chavez (pas  encore président), Museveni etc. que je n’aurais certainement pu rencontrer  nulle part ailleurs.

J’y ai surtout été quand la Libye était sous embargo à  partir de 1990 et c’était toute une aventure pour y arriver. Il fallait prendre  un avion pour la Tunisie. Arriver à Djerba et continuer en voiture en passant  par Ben Gardane, passer la frontière et remonter par le désert jusqu’à  Tripoli.  Mais comme Ben Ali m’avait interdit le passage par la Tunisie, vu  que j’avais dénoncé les tortures, il m’a fallu passer par Malte et faire la  traversée de nuit,  sur des bateaux mal entretenus jusqu’à la côte  libyenne. Il fallait vraiment aimer ce pays et ce peuple pour accepter toutes  ces contraintes.

L’embargo était également terrible pour toute la jeunesse  libyenne qui voyait à travers les paraboles toutes les jeunesses du monde  s’amuser, voyager, alors qu’ils étaient prisonniers sur leur terre à cause de  l’embargo.

Ils en voulaient terriblement à l’Occident qui les pénalisait,   alors qu’ils n’étaient pour rien dans les attentats qui étaient reprochés à  certains de leurs dirigeants.

Quand Mouammar Kadhafi a commencé à faire des  compromis avec les USA pour se libérer de cet embargo qui plombait son peuple,  j’ai compris son attitude, mais je n’ai pas approuvé le fait  qu’il se soit  agenouillé devant les impérialistes, alors qu’il passait son temps à dénoncer le  sionisme, le colonialisme et également l’esclavage.  Il a aidé tant de  mouvements révolutionnaires à se libérer : les Kanaks, les Basques, les  Irlandais, les Amérindiens et également beaucoup d’Africains. Il a soutenu  Nelson Mandela et l’ANC pendant toute la durée de l’apartheid.

Il avait  compris que les jeunes étaient prêts à se révolter, et certains l’ont fait, il  savait  qu’il fallait qu’il lève cet embargo qui nuisait au développement  de l’économie et à l’importation des technologies nouvelles, comme en confinant  les Libyens sur leur terre.

J’ai beaucoup aimé le laboratoire d’essai de  l’implantation de la démocratie directe dans toutes les régions. C’était quelque  chose d’innovant qui aurait pu marcher. Tous les habitants d’un quartier, d’une  localité, d’une région  participaient aux réunions qui devaient décider  d’un projet. J’ai assisté à quelques débats qui étaient souvent très houleux et  très longs.

Ils pouvaient durer deux jours, jusqu’à ce qu’une décision  trouve  son approbation.  Les secrétaires de séance transmettaient le  texte aux congrès secondaires qui les faisaient remonter au congrès  général.

Ce que j’ai moins aimé c’est le contrôle qu’exerçaient les comités  révolutionnaires qui étaient des super-flics,  qui dépendaient directement  de Kadhafi et n’avaient de compte à rendre à personne d’autre.

J’ai arrêté  d’y aller lorsque l’embargo a été levé et que le congrès général s’est précipité  dans les bras des USA. Dommage pour nous, nous avions perdu un interlocuteur et  un grand soutien des peuples opprimés.

Kadhafi a toujours soutenu les  Palestiniens. Il était un des initiateurs de l’association « Un seul Etat  démocratique en Israël Palestine ». Il a d’ailleurs aidé à financer la  conférence de Lausanne.

Il a également aidé à la construction de l’Unité  Africaine et il était en train de préparer les Etats Unis d’Afrique afin que les  ressources africaines restent en Afrique.

Je garde une profonde admiration  pour le peuple libyen.

Je pense sincèrement  que Kadhafi a fait son  temps et qu’il doit laisser la place à d’autres membres du congrès général qui  gère le pays. Vu ce qui s’est passé dernièrement, il faudrait organiser une  réunion du congrès général qui doit s’ouvrir également aux insurgés ainsi qu’à  tous les opposants.

Mais ce n’est pas à l’Otan, ni aux USA, ni aux Européens  ni à la Ligue Arabe à décider qui doit ou ne doit pas gouverner la Libye. Que  Sarkozy qui a reçu en grande pompe Mouammar Kadhafi parce qu’il voulait lui  fourguer des Rafales et une centrale nucléaire, mais surtout pour l’entraîner  dans l’Union Pour La Méditerranée afin d’y faire accepter Israël  dont les  pays arabes ne voulaient pas, se permette tout à coup de prôner une intervention  militaire, me semble aberrant et surtout stupide à brève échéance.

Tous ceux  qui appellent à cette couverture aérienne qu’ils ont surnommée faussement  humanitaire, ou demandent l’aide des Américains pour déloger le guide, devraient  se souvenir de ce qu’a donné l’aide américaine à l’Irak.

Le peuple irakien a  régressé de dix ans et  est encore toujours en train de payer l’invasion de  son pays alors que d’autres lui pompent son pétrole. N’oublions pas que la Libye  attire également tous les rapaces de l’or noir.

Nous n’avons pas à nous  ingérer dans la politique Libyenne, et il est probable qu'une intervention armée  ne ramènerait nullement le calme. En effet, la particularité de ce pays est son  fonctionnement tribal. Trois régions se disputent le contrôle du pays: la  Tripolitaine, avec 2 millions d'habitants sur plus de 6 millions; la Cyrénaïque,  actuellement insurgée, forte de 2 millions d'habitants aussi; elle a des  tendances islamistes et sécessionnistes. Enfin le sud, dépeuplé, désertique, la  province de Fezzan, qui prête actuellement main forte à la Cyrénaïque.

Si  l'on s'en tient à l'intérêt immédiat de l'Occident, le maintien du régime de  Kadhafi est de loin une garantie de stabilité des prix du pétrole et du contrôle  de l'émigration. Toute intervention favoriserait au contraire la balkanisation  de tout le pays, l'instabilité et la radicalisation. Au départ, les USA  espéraient prendre rapidement le contrôle de tout le pays, à la faveur d'un  renversement du pouvoir à l'égyptienne. Il semble bien que dans le cadre de ce  plan ils aient commencé par armer les opposants, tandis que les mercenaires de  Blackwater s'infiltraient dans la place pour organiser des massacres que les  media pourraient présenter comme des initiatives sanguinaires de  Khadafi.

Mais c'est d'ores et déjà une opération ratée, où les USA ont montré  le degré de désinformation qui est celui de la classe dirigeante. Et le risque  pour eux est réel que se constitue un front de la jeunesse contre Israël et les  USA. Est-ce que les USA pourront reprendre le contrôle de la Lybie  pour

en  faire une base de reconquête tant des pays arabes que de l'Afrique noire? Pour  l'instant, l''insurrection est en phase de repli, et se plaint amèrement de ne  pas avoir reçu les soutiens promis à temps pour résister.  Mouammar  Kadhafi  n’a pas plié  et continue à résister, malgré toutes les  pressions et les menaces.

Actuellement, seul le machiavélisme israélien a  intérêt à une franche intervention US par lebiais de l'OTAN, dans l'idée que  toute situation chaotique lui convient mieux qu'un régime instruit par  l'expérience, et qui pourrait relancer la constitution d'un grand front régional  uni contre Israël.

Il faut souligner l'habileté actuelle du guide de la  Jamrhiya, qui insiste sur les traités conclus avec chacun des pays de l'Otan et  avec Israël, en brandissant le chantage à l'invasion migratoire, à  l'islamisation, et à la hausse des prix du pétrole. Il multiplie les  interventions télévisées afin de rappeler à l'Occident la diversité des menaces  qu'il peut faire peser sur leurs intérêts, et il est bon de rappeler aussi qu'il  a tout d'abord pris le pouvoir sous la bannière des idéaux de Nasser, et avait  dans une première étape nationalisé le pétrole (la Lybie est le pays qui tire le  plus de bénéfices per capita de ses ressources pétrolières).

Espérons que,  s'il parvient à reprendre la situation en main, il sache favoriser l'émergence  d'un successeur capable de reconquérir l'opinion de la jeunesse avec de réelles  ouvertures démocratiques, en rompant certaines alliances funestes, et en  renouant avec l'anti-impérialisme, pan arabe et panafricain.

Ginette Hess  Skandrani 

Paris, 10 mars  2011


8-4 Objet : Demande d’une rupture des relations diplomatiques des pays membres de l’U.A avec la France.

Pantin, le 20 mars 2011

A Monsieur Jean Ping

Président de la Commission de L’union Africaine

 

Monsieur le Président,

Nous venons par ces mots vous demander qu’il soit mis immédiatement fin aux relations diplomatiques qu’entretiennent les pays membres de l’Union Africaine que vous présidez avec la France.

En effet, depuis deux jours les Africains sont victimes des massacres des populations civiles perpétrés en Libye par la France, pour des raisons fallacieuses et ce, malgré la désapprobation de l’Organisation que vous présidez.

Il est inadmissible, impensable qu’un pays comme la France bombarde, tue les populations Libyennes alors même que le mandat soit disant donné par l’ONU ne comportait pas cette clause.
Il s’agit là pour le peuple Africain, d’une humiliation sans nom, d’une blessure profonde qui n’est pas sans rappeler les agissements de ce pays lorsqu’il s’agissait pour lui de mettre l’Afrique sous sa domination.

L’Afrique est aujourd’hui un continent indépendant. La souveraineté des Etats doit être respectée ; l’on ne saurait rester impassible face à une telle sauvagerie.

D’ores et déjà des soulèvements populaires sont prévus dans toute l’Afrique si jamais l’Union se refusait de prendre ses responsabilités face à cette horrible agression. Une grève de la faim de nos élites est également à prévoir

Nous comptons sur l’Organisation que vous présidez afin que soit mis fin, dans les plus brefs délais à ces assassinats de femmes et d’enfants innocents, à ce génocide moderne où les pays dits civilisés s’octroient le droit de tuer en toute impunité sous la couverture d’une ingérence humanitaire.

Dans l’espoir que vous mettrez tout en œuvre pour cesse ces horribles événements, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments respectueux.

Calixthe Beyala – Ecrivain



9 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

9-1 Thierry Meyssan : Quelques mensonges sur la guerre de Libye.

Thierry Meyssan, qui soutient l’insurrection contre le régime de Mouammar Kadhafi, s’oppose pourtant à la résolution 1973 et à la guerre.

Dans des articles précédents, il a montré les objectifs impérialistes de cette opération.

Ici, il revient sur les principaux mensonges de la propagande atlantiste.  

On dit que la première victime d’une guerre, c’est la vérité. Les opérations militaires en Libye et la résolution 1973 qui lui sert de base juridique ne dérogent pas à la règle. Elles sont présentées au public comme une nécessité pour protéger les populations civiles victimes de la répression aveugle du colonel Kadhafi. Elles ont en réalité des buts impérialistes classiques. Voici quelques éléments de clarification.

Crimes contre l’humanité

Pour noircir le tableau, la presse atlantiste a fait croire que les centaines de milliers de personnes qui fuyaient la Libye cherchaient à échapper à un massacre. Des agences de presse ont évoqué des milliers de morts et parlé de « crime contre l’humanité ». La résolution 1970 a saisi la Cour pénale internationale de possibles « attaques systématiques ou généralisées dirigées contre la population civile ».

En réalité, le conflit libyen peut se lire à la fois en termes politiques et en termes tribaux. Les travailleurs immigrés en ont été les premières victimes. Ils ont été brutalement contraints au départ. Les combats entre loyalistes et insurgés ont été certes meurtriers, mais pas dans les proportions annoncées. Il n’y a jamais eu de répression systématique contre des populations civiles.

Soutien au « printemps arabe »

Lors de son discours au Conseil de sécurité, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a fait l’éloge du « printemps arabe » en général et de l’insurrection libyenne en particulier.
Ce discours lyrique masquait de noires intentions : il n’a pas dit un mot sur la répression sanglante au Yémen et à Bahreïn, tandis qu’il a loué le roi Mohammed VI du Maroc comme étant un de ces militants révolutionnaires [
1]. Ce faisant, il a contribué à renforcer l’image désastreuse de la France qui s’est installée dans le monde arabe avec la présidence Sarkozy.

Soutien de l’Union africaine et de la Ligue arabe

Depuis le début des événements, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis ne cessent d’affirmer que cette guerre n’est pas occidentale (encore que le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, a évoqué une « croisade » de Nicolas Sarkozy [2]. Ils mettent donc en avant le soutien dont ils disposeraient de la part de l’Union africaine et de la Ligue arabe.
En réalité, l’Union africaine a condamné la répression et affirmé la légitimité des revendications démocratiques, mais s’est toujours opposée à une intervention étrangère armée [
3]. Quant à la Ligue arabe, elle rassemble principalement des régimes menacés de révolutions identiques. Ceux-ci ont soutenu le principe de la contre-révolution occidentale —certains y participent même à Bahreïn— , mais ils ne peuvent aller jusqu’au soutien à une véritable guerre occidentale sans accélérer les mouvements de contestation interne susceptibles de les renverser.

Reconnaissance du CNLT

Il existe trois zones insurgées en Libye. Un Conseil national de transition s’est constitué à Benghazi. Il a fusionné avec un Gouvernement provisoire mis en place par le ministre de la Justice de Kadhafi qui a rejoint les insurgés [4]. C’est cette personnalité qui, selon les autorités bulgares, avait organisé les tortures des infirmières bulgares et du médecin palestinien longuement détenus par le régime.

En reconnaissant ce CNLT et en blanchissant son nouveau président, la Coalition se choisit des interlocuteurs et les impose comme dirigeants aux insurgés. Cela leur permet d’écarter les révolutionnaires nassériens, communistes ou khomeinistes.

Il s’agit de prendre les devants et d’éviter ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte lorsque les Occidentaux imposèrent un gouvernement RCD sans Ben Ali, ou un gouvernement Suleiman sans Moubarak, mais que les révolutionnaires les renversèrent aussi.

Embargo sur les armes

Si l’objectif était de protéger les populations, un embargo aurait été institué sur les mercenaires et les armes à destination du régime de Kadhafi. Au lieu de cela, il a été étendu aux insurgés de manière à prévenir leur possible victoire. Il s’agit bien de stopper la Révolution.

Zone d’exclusion aérienne

Si l’objectif était de protéger les populations civiles, la zone d’exclusion aérienne se limiterait aux territoires insurgés (comme cela avait été fait avec le Kurdistan en Irak). C’est en fait le survol de tout le pays qui est interdit. De la sorte, la Coalition espère figer le rapport de forces au sol et diviser le pays en quatre (les trois zones insurgées et la zone loyaliste).
Cette partition de facto de la Libye doit être mise en perspective avec celles du Soudan et celle de la Côte d’Ivoire, premières étapes du « remodelage de l’Afrique ».

Gel des avoirs

Si l’objectif était de protéger les populations civiles, seuls les avoirs personnels de la famille Kadhafi et des dignitaires du régime auraient été gelés pour les empêcher de contourner l’embargo sur les armes. Mais ce blocage a été étendu aux avoirs de l’État libyen. Or la Libye, riche État pétrolier, dispose d’un trésor considérable qu’il a partiellement placé dans la Banque du Sud, une institution de financement de projets de développement dans le Tiers-monde.
Comme l’a fait remarquer le président vénézuélien Hugo Chavez, ce blocage ne protégera pas les civils. Il vise à rétablir le monopole de la Banque mondiale et du FMI.

Coalition de volontaires

Si l’objectif était de protéger les populations civiles, la résolution 1973 serait mise en œuvre par les Nations Unies. Au lieu de cela, les opérations militaires sont actuellement coordonnées par l’US Africom et devraient passer aux mains de l’OTAN [5]. C’est pourquoi la ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, s’est indigné de l’initiative française et a exigé des explications de l’OTAN.

De manière plus abrupte, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a déclaré que la résolution est « viciée et inadéquate. Dès qu’on la lit, il devient évident quelle autorise n’importe qui à prendre des mesure contre un État souverain. Dans l’ensemble, cela me rappelle l’appel médiéval à la croisade », a t-il conclu [6].

[1] Le lecteur trouvera le texte intégral du discours d’Alain Juppé et des débats du Conseil de sécurité après le texte de la résolution in « Résolution 1973 », Réseau Voltaire, 17 mars 2011.
[
2] « La croisade de Nicolas Sarkozy », Réseau Voltaire, 22 mars 2011.
[
3] « Communiqué de l’Union africaine sur la Libye », Réseau Voltaire, 10 mars 2011.
[
4] Pour plus de détail, on se reportera à « Proche-Orient : la contre-révolution d’Obama », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 mars 2011.
[
5] « Washington regarde se lever "l’aube de l’odyssée" africaine », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 mars 2011.
[
6] « Remarks on the situation in Libya », par Vladimir V. Poutine, Réseau Voltaire, 21 mars 2011.

Thierry Meyssan

Mercredi 23 Mars 2011

Thierry Meyssan Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).


9-2 Greg Oxley et Jérôme Métellus

Les objectifs d’une intervention impérialiste en Libye

Kadhafi et le fou de l’Elysée


 


 


 

La résolution 1973 des Nations Unies est, de facto, une déclaration de guerre contre le régime de Kadhafi. Dans le langage hypocrite et mensonger des grandes puissances qui contrôlent l’ONU, cette nouvelle intervention militaire serait motivée par des considérations démocratiques et humanitaires. Comme lors des invasions de l’Irak et de l’Afghanistan, il s’agirait de « protéger des civils », de promouvoir la « démocratie » et ainsi de suite. En réalité, cette résolution de l’ONU – comme toutes ses décisions, sans exception – vise à défendre les intérêts économiques et stratégiques des grandes puissances impérialistes.

Comme les révolutions en Tunisie et en Egypte, la révolution libyenne était une catastrophe pour les impérialistes. La vague révolutionnaire qui déferle à travers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient a renversé ou menace de renverser toute une série de régimes dont la stabilité était d’une importance stratégique vitale, pour les impérialistes. Toutes ces dictatures servaient à terroriser les masses du monde arabe, à faciliter l’exploitation des travailleurs qui vivaient sous leur joug et à assurer le pillage des ressources de la région. Sarkozy, Cameron et Obama font mine de découvrir le caractère sanguinaire et dictatorial de Kadhafi. Mais ils ont soutenu son régime jusqu’à la veille de la révolution. Et même lorsque celle-ci a éclaté, ils ont d’abord adopté une attitude extrêmement prudente. La seule et unique chose qui les préoccupait était la préservation de leurs propres intérêts. Cet objectif n’a pas changé. Si les impérialistes ont finalement décidé d’agir contre Kadhafi, c’est précisément pour contrecarrer le mouvement révolutionnaire et protéger leurs investissements, leur propriété, leurs intérêts commerciaux et militaires.

Il est arrivé à maintes reprises, dans l’histoire, que l’action de la classe révolutionnaire profite à une fraction de l’ancienne classe dirigeante qui, une fois au pouvoir, applique une politique tout aussi réactionnaire que l’ancien régime. C’est ce qui menace la révolution libyenne. Celle-ci a commencé sous l’impact et l’inspiration des révolutions tunisienne et égyptienne. Dans ces deux pays, les dictateurs ont été renversés avec une relative facilité. Les masses libyennes se sont mobilisées pour en finir avec Kadhafi. A Benghazi et ailleurs, c’est le soulèvement des travailleurs et des jeunes qui a permis de rallier une importante section de l’armée et qui a désarmé les contre-révolutionnaires. Dans un premier temps, les masses semblaient invincibles. Des soulèvements victorieux éclataient dans toute une série de villes.

Il semblait que le sort de Kadhafi était scellé. Sous les coups de butoir de la révolution, le régime a commencé à se disloquer. Chefs militaires, anciens ministres et diplomates abandonnaient leurs postes. Les rats quittaient le navire en perdition. Toutes ces « personnalités » jouissaient jusqu’alors de la confiance de Kadhafi. Or ce dernier ne l’accordait pas sans de sérieux gages. Tous ces gens avaient participé à l’implacable sauvagerie qui s’abattait sur tous ceux qui osaient défier le régime. Mais face à l’apparente imminence de son effondrement, ils se sont empressés d’adopter une posture « oppositionnelle », aux côtés de nombreux grands capitalistes libyens. Leur objectif est clair : profiter de la révolution pour prendre la place de Kadhafi. Ce sont précisément ces éléments réactionnaires qui dominent le « Conseil National de Transition ». C’est sur eux que les impérialistes misent, à présent, pour arrêter la révolution et protéger leurs intérêts.

Indiscutablement, le facteur principal qui a mené à l’affaiblissement de l’élan révolutionnaire a été l’apparition, comme « représentants de la révolution », de ces réactionnaires notoires, ainsi que leur connivence avec les grandes puissances. Par le passé, les Libyens ont terriblement souffert de la domination impérialiste. Sous l’occupation italienne, en particulier, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont été massacrés. Que doivent penser les masses libyennes qui voient un réactionnaire tel que Berlusconi soutenir l’opposition à Kadhafi ?

La révolution est en danger. Elle risque d’être désarmée et écrasée à la fois par les forces de Kadhafi et par les nouveaux amis « oppositionnels » des impérialistes. Pour que la révolution soit victorieuse, il est absolument impératif que les travailleurs et les jeunes qui la portent soient armés, organisés et mobilisés sous leur propre drapeaux et autour d’un programme indépendant pour la défense de leurs propres intérêts, qui ne sont pas les mêmes que ceux des ex-Kadhafistes. Ceux-ci veulent dominer le pays pour leur propre compte et pour celui des impérialistes.

L’objectif des travailleurs n’est pas de remplacer un oppresseur par un autre, mais d’en finir avec toute oppression. Ils doivent s’organiser autour d’un programme pour l’expropriation et le désarmement de tous les réactionnaires, de tous les complices de Kadhafi. Ils doivent avancer un programme social qui réponde à leurs besoins en matière de salaires, de conditions de travail et de vie. Les travailleurs libyens ne peuvent compter que sur leurs propres forces et celles des travailleurs des autres pays. Ils devraient notamment en appeler aux travailleurs d’Egypte et de Tunisie, pour qu’ils prennent le pouvoir dans leurs pays respectifs. Les gouvernements actuels, en Egypte et en Tunisie, ne représentent pas les intérêts des travailleurs. Leur rôle essentiel est le même que celui des ex-Kadhafistes : protéger les intérêts des impérialistes.

Dans tous les pays en révolution, les travailleurs ont besoin d’une stratégie révolutionnaire internationaliste visant à détruire les fondements de l’exploitation et de l’oppression, par la suppression de la propriété capitaliste de l’industrie et des banques – et par le désarmement de la contre-révolution. A la place des armées dirigées par des généraux réactionnaires, il faut armer les travailleurs et les soldats qui ont rallié leur cause. La propriété publique de l’économie, sous le contrôle des forces révolutionnaires, et l’armement de la révolution contre ses ennemis : telles sont les deux conditions essentielles de l’émancipation des masses.

Les difficultés créées par l’absence d’une organisation et d’un programme indépendants de la classe ouvrière libyenne ont ouvert une brèche dans laquelle les impérialistes veulent s’enfoncer. Si les frappes aériennes que l’ONU vient d’autoriser font chuter Kadhafi, il risque d’être remplacé par un gouvernement qui devrait son existence et sa « stabilité » aux grandes puissances. Tel est le véritable calcul de la résolution 1973. Dans le cas où Kadhafi arriverait à se maintenir au pouvoir à Tripoli, il conserverait le contrôle de toute une partie du pays. Une intervention militaire des impérialistes n’apportera rien de bon aux masses libyennes. Nous ne pouvons en aucun cas la cautionner ou la soutenir.

Greg Oxley et Jérôme Métellus (PCF Paris)

La Riposte samedi 19 mars 2011

La Riposte est le journal d’une tendance du Parti Communiste Français qui prétend réintroduire les principes du marxisme dans l’analyse et le programme politique de ce parti, nous propose sa lecture des événements en cours en Libye. Leur analyse ne fait appel ni aux théories psychiatriques en vigueur en ce moment, ni aux pseudo principes humanitaires qui guideraient le bellicisme occidental, bellicisme qui s’est rarement démenti depuis plus d’un siècle.

C’est une analyse en termes de luttes de classes, c’est-à-dire qu’elles s’intéressent aux dynamiques sociales, politiques et idéologiques réellement à l’oeuvre en Libye mais aussi dans cet Occident et ce monde arabe des monarques qui ont pris sous leur bonnet d’animer la contre-révolution et de réduire à leur merci les derniers régimes qui leur tiennent tête.

21 Mars

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" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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