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27/03/2011

n°7 - Journal de Libye - 20-03 au 27-03 : Suite - : Opération Active Endeavour - Et si les gentils n'étaient pas si gentils ?

n°7  - Journal de Libye - 20-03 au 27-03 : Suite - : Opération Active Endeavour  - Et si les gentils n'étaient pas si gentils ?


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



Journal de Libye

  n°7                                           20-03 au 26-03

     C.De broeder & M.Lemaire



Le " Journal de Libye" est  visible  sur les blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm


Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.

5 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

5-1 Hugo Chavez juge "irresponsable" l'intervention armée contre la Libye 

5-2 Michel Collon : la différence entre un bon arabe et un mauvais arabe.

6 Les brèves

6-1 Falco Accame : Des bombes à l’uranium appauvri pleuvent sur la population libyenne.

7  Dossier

7-1 Danilo Zolo : Une imposture criminelle.

7-3 Maurizio Matteuzzi : Et si les gentils n’étaient pas si gentils ?

7-4 Robert Bibeau  : LA LIBYE SOUS LES BOMBES « HUMANITAIRES » DE L’ONU

7-5 Moumene Belghoul : L’embarrassant rôle de l’Otan en Libye.  



Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

5-1 Hugo Chavez juge "irresponsable" l'intervention armée contre la Libye 

Samedi 19 Mars 2011

Le président vénézuélien Hugo Chavez a jugé "irresponsable" l'intervention armée internationale lancée samedi contre la Libye, qui vise selon lui à s'emparer du pétrole libyen, et il a réclamé qu'un cessez-le-feu soit instauré

Dans une déclaration télévisée, M. Chavez a condamné "l'action militaire des alliés contre la Libye", qui constitue "une ingérence dans les affaires intérieures d'un pays". "Nous exigeons (que soit instauré) un cessez-le-feu effectif et que l'on reprenne le chemin de la paix en Afrique du Nord", a déclaré M. Chavez.
"L'action militaire des alliés contre la Libye a commencé. C'est profondément regrettable. Quelle irresponsabilité! Et derrière cela, la main des Etats-Unis et de leurs alliés européens", a commenté le président vénézuélien. "Il est lamentable que l'ONU se prête à avaliser cette guerre", mais "la main de l'Empire s'est imposée", a-t-il déclaré, se référant aux Etats-Unis. "Ils veulent s'emparer du pétrole de Libye", a-t-il dit.
M. Chavez a déploré que la proposition de médiation de paix internationale que le Venezuela avait faite il y a quelques jours n'ait pas été acceptée.

Le blog de Nicolas Maury

Chavez : La vérité sur la Libye !

Vidéo http://www.dailymotion.com:80/video/xhhp2c_chavez-defend-sa-verite-sur-la-libye_news

 

 


5-2 Michel Collon : la différence entre un bon arabe et un mauvais arabe.

Michel Collon, invité à Ce soir ou jamais, donne son analyse sur l’intervention en Libye, à la lumière des guerres initiées par les USA depuis les années 60. Il précise tout d’abord que ces guerres ont toutes été précédées de mensonges, les médiamensonges, qui servent à justifier la guerre aux yeux de l’opinion publique : La guerre du Vietnam précédée par le mensonge de l’attaque d’un navire américain par deux bateaux vietnamiens dans le Golfe du Tonkin ; l’invasion de l’Irak en 2003 justifiée par des mensonges et notamment celui des armes de destruction massive ; l’intervention en Yougoslavie, etc.

Il s’interroge ensuite sur les interventions militaires dans "le monde arabe" à l’aune de l’actualité libyenne. « Quel est le critère pour l’Europe, pour les Etats-Unis, pour distinguer le bon arabe et le mauvais arabe ? »

Il apporte sa réponse un peu plus loin : « Le bon arabe c’est l’arabe qui est à genoux, qui donne son pétrole aux USA et celui-là il pourra traiter les femmes en esclaves, commettre des tortures, du terrorisme ; celui-là on ne lui fera rien, parce qu’il dira toujours merci aux Etats-Unis et à monsieur Sarkozy. » 

Il revient également sur les massacres de civils désarmés à Bahreïn (avec le concours de l’Arabie Saoudite soutenue par les USA) et au Yémen.

- La vidéo montre des extraits de l’émission Ce soir ou jamais, présentée par Frédéric Taddeï, diffusée le 21 mars 2011 sur France 3.

- Michel Collon est un écrivain et journaliste belge (Son dernier livre : Israël, Parlons-en !, Investig’Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2010)

- Les autres invités sont : Rony Brauman (Ancien président de Médecins sans frontières), Patrick Haimzadeh (Ancien diplomate en Libye), Antoine Vitkine (Journaliste), Nicole Bacharan (Politologue) et Zeina el Tibi (Présidente de l’Observatoire d’études géopolitiques)

Vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=-aDbDim-TQ8&feature=player_embedded


6 Les brèves

6-1 Falco Accame : Des bombes à l’uranium appauvri pleuvent sur la population libyenne.

Il sera opportun qu’en Libye dans les zones touchées par plus de cent missiles de croisière Tomahawk, on adopte des mesures de protection de l’uranium appauvri. 

De fait dans les empennages des missiles Tomahawk se trouvent des barres d’uranium appauvri de 300 kilos. Si l’on pense qu’un projectile anti-char construit avec du métal d’uranium appauvri en contient environ 30 gr. seulement, on peut  imaginer la quantité de poussières d’uranium qui se répand dans l’atmosphère dans les zones d’impact…

Là-dessus le silence est total. Dans l’attaque de missiles contre la Yougoslavie on n’utilisa que 15 missiles de croisière qui firent des cratères de 6m2. Les Libyens ne possèdent pas de mesures de protection appropriées. C’est donc un geste humanitaire que l’on doit à la population libyenne qui est à proximité des zones frappées d’envoyer de matériel de protection. L’Italie connaît les graves conséquences produites sur les personnes des zones exposées sans mesure de protection. A présent les cas de malades (des autres campagnes, NdT) sont plus de 1.000.  L’Italie a encore à solder une dette morale envers les populations libyennes : nous ne devons pas oublier qu’en 1930 les avions de Italo Balbo détruisirent, en employant de l’ypérite, d’entières tribus libyennes sans armes. La page peut-être la plus noire de notre colonialisme.

Edition de mercredi 23 mars 2011 de il manifesto 

Falco Accame (président de l’Anavafaf )

Association Nationale d’Assistance aux Victimes Enrôlées dans les Forces Armées et à leurs Familles http://www.anavafaf.com/collaborare.html
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/23-Marzo-2011/art9.php3
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



7  Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

7-1 Danilo Zolo : Une imposture criminelle.

Le vent de révolte qui souffle sur les pays du Maghreb et du Mashrek, de la Tunisie à la Libye, à l’Egypte, au Yémen et au Bahrein, n’annonce pas un nouveau printemps des populations arabo-musulmanes. La liberté, la démocratie, la justice, un minimum de bien-être sont un rêve encore très lointain. Leurs ennemis sont puissants. La guerre qu’ont déclenchée, avant-hier, les alliés européens, France et Grande-Bretagne avec les Etats-Unis contre la Libye, est la preuve de leur volonté de mettre sous leur contrôle l’aire méditerranéenne, tout le Golfe et, en perspective, l’Afrique.

L’exaltation des droits humains, la garantie de la sécurité et de la paix sont pure rhétorique, une énième sanguinaire imposture après les agressions tragiques contre l’Irak et l’Afghanistan, et après les massacres que l’Etat d’Israël -allié très étroit des USA- a accompli et continue d’accomplir contre le peuple palestinien. 

Les Etats-Unis, cette fois dans une confusion ouverte avec leurs alliés et probablement à l’intérieur de leur propre administration, essaient à grand peine de cacher leur vocation néo-coloniale et néo-impériale sous l’habit de l’énième humanitarian intervention. La violation désinvolte de la Charte des Nations Unies et l’utilisation opportuniste du Conseil de sécurité des Nations Unies font la preuve, à la fin, de leur irrépressible volonté de puissance. Se répète à la lettre le modèle de l’agression criminelle de l’OTAN contre la Serbie de 1999, voulue par le président Clinton pour la « libération » du Kosovo. Il s’est agi là d’une intervention « humanitaire » qui a massacré, du ciel, des milliers de personnes innocentes. Même une lecture rapide de la résolution 1973 du 17 mars, avec laquelle a été décidée la « no-fly zone » contre la Libye, suffit pour trouver une violation gravissime de la Charte des Nations Unies, outre celle du droit international général. La violation de la Charte est évidente si l’on pense que le comma 7 de l’article 2 stipule que « aucune disposition du présent Statut n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des questions qui appartiennent à la compétence interne d’un Etat ». Il est donc indiscutable que la « guerre civile » de compétence interne à la Libye n’est pas un événement dont puisse s’occuper militairement le Conseil de sécurité.

En plus de cela, l’article 39 de la Charte des Nations Unies prévoit que le Conseil de sécurité peut autoriser l’usage de la force militaire seulement après avoir  asserté l’existence d’une menace internationale de la paix, d’une violation de la paix ou d’un acte d’agression (de la part d’un Etat contre un autre Etat). C’est donc ici une seconde et absolue raison qui rend criminel le massacre de personnes innocentes que les volontaristes  alliés européens et les Etats-Unis s’apprêtent à faire en Libye.  Et couvre de honte le gouvernement italien engagé avec ses bases et ses avions militaires à contribuer à répandre le sang d’un peuple dont il se déclarait emphatiquement ami jusqu’à ces dernières semaines. Cela n’a non plus aucun sens de se servir -comme le fait à plusieurs reprises la résolution 1973 du Conseil de sécurité- de la dite « responsabilité de protéger » (Responsibility to protect). Il s’agit de la très contestée résolution 1674 du 28 avril 2006 du Conseil de sécurité. En cas de violation grave assertée des droits humains de la part d’un Etat, le Conseil de sécurité -soutient-on- peut déclarer qu’il s’agit d’une menace de la paix et de la sécurité internationale. Et peut ainsi adopter toutes les mesures militaires qu’il juge opportunes. Point n’est besoin de dépenser de nombreuses paroles pour argumenter que le Conseil de sécurité n’est pas compétent pour émaner de nouvelles normes de droit international. Et il est aussi évident que la « guerre civile » interne à la Libye ne représentait pas et ne représente toujours pas une menace de la paix et de la sécurité internationale, comme du reste bien cinq membres du Conseil de sécurité (Allemagne, Russie, Inde, Chine et Brésil) l’ont implicitement soutenu en refusant de voter en faveur de la résolution. De plus, ceux-ci ont déploré l’agression que France, Angleterre et Etats-Unis ont déclenchée contre la population libyenne au nom de la vigilance sur les droits humains. Tout comme la Ligue arabe a soutenu que, de toutes façons, son objectif est de « sauver les civils pas d’en tuer d’autres ». Il est désormais évident que d’autres voies pouvaient être prises pour la recherche d’une médiation et pour une solution du conflit.

Jusqu’il y a peu de temps nous étions convaincus que les Etats-Unis avaient changé de visage grâce au nouveau président Barack Obama. Mais nous sommes à présent certains que le visage ne suffit pas et qu’il peut même servir de masque, comme le montrent la continuité de la guerre en Afghanistan, le silence consentant sur le désastre du peuple palestinien, le fermeture manquée - autant que promise- de Guantanamo. A propos de droits humains.

Rien n’a changé dans la stratégie hégémonique des Etats-Unis et cela aura des conséquences très graves justement à l’égard du peuple libyen qu’on fait semblant de vouloir sauver de la violence d’un dictateur. Il est facile de prévoir que la guerre ne cessera pas tant que Kadhafi ne sera pas fait prisonnier ou tué (tout comme le leader irakien Saddam Hussein fût pendu par la volonté du président des Etats-Unis George W. Bush). Et il est tout aussi facile de prévoir que, la guerre finie, les Etats-Unis exerceront leur pouvoir pour se garantir le contrôle de la Libye -ou de la Cyrénaïque « Etat », comme ils contrôlent aujourd’hui militairement et stratégiquement le Kosovo- pour en exploiter les très riches ressources énergétiques, comme cela s’est produit en Irak. 

C’est, et ce sera, la « guerre juste » de la Méditerranée de Barack Obama et du « faucon » Hillary Clinton.

Danilo Zolo

Danilo Zolo est professeur de philosophie du droit international à l’Université de Florence et directeur du Jura Gentium Journal, Rivista di filosofia del diritto internazionale e della politica globale
http://www.juragentium.unifi.it/it/

Edition de mardi 22 mars 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/22-Marzo-2011/art6.php3
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.


7-3 Maurizio Matteuzzi : Et si les gentils n’étaient pas si gentils ?
Les gentils contre les méchants, les nôtres contre les leurs, le 7èmerégiment de cavalerie contre les Indiens. Une simplification comme à la télé pour un cas très compliqué. Le méchant ne peut être que Kadhafi. Il a mérité son rôle, de droit, depuis 40 ans de pouvoir absolu, abus et excès, bizarreries et excentricités (même si tout ce qu’il a fait n’est pas à vomir).
Les gentils sont les rebelles de Bengazi (se rebeller est juste), les« révolutionnaires du 17 février » qui ont arraché à Kadhafi tout l’est libyen, l’indocile Cyrénaïque. Ceux que presque tout le monde depuis le début a appelé les « civils » (de façon à accréditer la guerre juste de l’ONU). « Civils », mais pas comme ceux du boulevard Bourguiba à Tunis, de la Place Tahir au Caire, de la Place de la Perle à Manama.  Des images mêmes des mêmes télés, les « civils » de Bengazi sont armés de pied en cap, avec des tanks et des défenses anti-aériennes, capables d’abattre des avions gouvernementaux et de piloter des jets de combat.
Ce sont eux qui, une fois la guerre humanitaire de l’Occident menée à terme et Kadhafi enfin liquidé, seront la nouvelle Libye.
Mais qui sont-ils, « eux », les gentils du film ? Et comment sera la nouvelle Libye post-kadhafienne et, donc, présume-t-on, démocratique, respectueuse des libertés civiles et des droits humains, etc. etc. ?
La Libye est un morceau de roi trop appétissant et la hâte des humanitaires (conduits par le triste clown Napoléon Sarkozy) pour courir à son secours est un peu suspecte.  Et le Yémen ? Et le Bahrein? Et la Birmanie, pourquoi pas la Birmanie ? Et pourquoi pas la Palestine ? (La Palestine parce que non et c’est tout, ça se comprend).
Le pari de l’Occident humanitaire se fait les yeux fermés. Et dangereusement. Parce que les rebelles « civils » de Bengazi, bien que(pour le moment) inconnus, ont un curriculum solide de fondamentalisme musulman, armé et militant (donc anti-occidental), ou, au contraire, pour les plus connus, ne sont pas ce qu’on appelle une garantie.
D’après  Massimo Introvigne, représentant de l’Osce (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) pour la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination : « On connaît certains noms de chefs d’origine tribale qui semblent être en position de force dans ce qui est appelé gouvernement provisoire de Bengazi, le Conseil national libyen. On sait par exemple que son secrétaire est Mustapha Mohammed Abud al Jeleil, qui jusqu’au 21 février était le ministre de la justice de Kadhafi et avait été placé en décembre 2010 par Amnesty International sur la liste des plus effroyables responsables de violations de droits humains d’Afrique du nord ». L’autre homme fortdes rebelles « civils » de Bengazi est « le général Abdul Fatah Younis, ex ministre de l’intérieur de Kadhafi et auparavant chef de la terrible police politique du régime»… Des personnages, conclut Introvigne, qui « ne sont pas les "démocrates sincères" des discours d’Obama, mais parmi les pires instruments du régime de Kadhafi, qui aspirent à chasser le colonel pour prendre sa place ».
Instruments recyclés du kadhafisme qui seront balayés par les « jeunes révolutionnaires » et par les vieux démocrates survivants du kadhafisme ? Peut-être. Espérons. Mais c’est un fait que la Libye, et l’Est de la Libye, se révèlent être le premier exportateur au monde par habitant (par rapport à sa population) de combattants et de «martyrs » (« suicide-bomber », lire kamikaze) en Irak. Plus nombreux que ceux qui viennent de n’importe quel autre pays arabo-musulman et même d’Arabie saoudite, berceau de Ben Laden et des terroristes (présumés, NdT) du 11 septembre.
Ces données ne viennent pas de Kadhafi, qui par commodité attribue la révolte de l’Est à Al Qaeda, mais du Combating Terrorism Center de West Point, de la banque de données du Pentagone et des câbles diffusés (hier) par Wikileaks. Les données de West Point et du Pentagone se fondent sur les « Sinjar documents », trouvés par les forces étasuniennes en octobre 2007 lors d’un raid dans cette localité à la frontière irako-syrienne, et qui décrivent un « scénario alarmant» sur les rebelles libyens de Bengazi et Derna.
Des 700 jihadistes, dont l’entrée en Irak a  été « recensée » (par nationalité) entre 2006 et 2007, 19% venaient de Libye, en particulier de Derna (60%) et Bengazi (24%) qui revendiquent de nombreux « Afghans veterans » dans leurs rangs. Derna est la première source dejihadistes en Irak, 52 contre 51 venant de Riad (mais la ville de Cyrénaïque a 80 mille habitants, et la capitale de l’Arabie saoudite en a 4 millions), suivies par La Mecque et par Bengazi. Même parmi les kamikazes  recensés comme « martyrs », les Libyens sont les premiers,85% contre 56 % pour les autres.
Même scénario décrit par Wikileaks : l’Est libyen comme terrain fertile pour le radicalisme islamique. Et Vicent Cannistraro, ancien chef de la cellule Cia en Libye, affirme que parmi les rebelles il y a beaucoup d’« extrémistes islamiques capables de créer des problèmes »et que les « probabilités [sont] élevées que les individus les plus dangereux puissent avoir une influence dans le cas où Kadhafi devraittomber ».

Meilleurs vœux.

Maurizio Matteuzzi
Edition de mercredi 23 mars 2011 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/23-Marzo-2011/art26.php3


7-4 Robert Bibeau  : LA LIBYE SOUS LES BOMBES « HUMANITAIRES » DE L’ONU

Il  était une fois un berger qui, entendant ses agneaux en émoi et son troupeau aux abois, s’approcha pour constater les dégâts… Un vieux loup à demi édenté s’était faufilé dans sa bergerie et dévorait tous les animaux qu’il pouvait attraper… Le berger courut dans la forêt demander assistance au chef de la meute.  Décrivant son embarras, il quémanda secours à ce loup étranger: « Sire venez sauver mes agneaux innocents, d’ici peu votre compagnon mécréant, même à demi édenté, aura terminé la curée. ».

Le chef de meute, un loup tartufe, rassura le berger : « Avant la nuit j’aurai neutralisé ce gêneur, vous serez sorti de ce guêpier et il s’échappera sans vous importuner, soyez en assuré. Où se trouve votre bergerie que je trotte libérer vos protégés ? »  Sitôt dit sitôt fait, en deux temps trois mouvements, le loup perfide eut vite fait de chasser ce canidé à demi édenté. Sur cette lancée il prit sa place dans la bergerie apaisée et termina lui-même la curée.  Le berger, risée du comté, raconte partout à la ronde les mérites de ce chef de meute, nabot enragé, soi-disant épris de « liberté », lequel, quant à lui, ne cesse de réciter ses festivités dans la bergerie d’un berger demeuré.

Le bombardement du peuple libyen par les avions de guerre et les canons américains, français, britanniques, canadiens et italiens a-t-il de quoi surprendre la « gauche » et les médias occidentaux, la Ligue Arabe, la Russie de Poutine (1), la Chine et le Brésil abstentionnistes et les autres imposteurs qui s’étonnent soudain d’apprendre la multitude des victimes collatérales de l’agression néo-coloniale contre un pays africain insurgé et contre ses chefs de clans en guerre tribale opposant royalistes sur le retour et tyran sur le départ ? Il y a parfois de ces querelles entre clans stipendiés à propos du partage du butin attribué aux sous-fifres locaux par les exploiteurs occidentaux (2).

Quand un vieux chef de guerre ne fait plus l’affaire, les puissants le remplacent et espèrent qu’il s’éclipsera gentiment dans sa datcha à Charm-el-Cheik ou à la Mecque avec ses milliards si mal gagnés. On proclame alors la « Révolution victorieuse » et chacun rentre chez-lui vaquer à ses occupations d’exploité ou d’aliéné. Si le démis n’entend pas raison, il faut parfois que les maîtres étrangers rappellent le tyran à sa mission et lui imposent leur médiation pour le bénéfice des commissions à distribuer à chacun des héritiers. Parfois, les maîtres séants doivent châtier ce chef mécréant afin de donner une leçon à tous ces malfrats qui pourraient être tentés de l’imiter.

Ne croyez surtout pas qu’un chef de l’ALBA sud-américaine puisse venir proposer sa médiation pour trancher parmi les insurgés. Ce n’est pas à un révolté de faire justice parmi les néo-colonisés (3). Il y aura des morts collatérales pour avoir refusé cette médiation charitable mais c’est le prix à payer pour rétablir la « paix » des exploiteurs parmi les spoliateurs.

Présentement les maîtres interviennent en Libye afin de mettre fin à la chicane inter clanique et ramener chaque camp gourmand à la raison. Les livraisons de ressources pétrolières ne souffrent pas de telles perturbations. L’Italie est en difficulté et ne souhaite pas payer son pétrole plus cher que d’accoutumée.

Le secrétaire d’État à la défense (« à l’attaque » serait plus approprié), M. Robert Gates, avait pourtant parfaitement décrit les sévices qu’il ferait subir à la Libye si jamais il engageait ses troupes d’agression dans l’action. Imposer une « zone d’exclusion aérienne » ça signifie, disait-il la semaine dernière sur les ondes de la télévision américaine, bombarder les infrastructures militaires anti-aériennes, les tours de contrôle aériennes civiles et militaires, les pistes d’atterrissage civiles et militaires, les radars, les centres de télécommunications et les tours de télécommunications (qui sont nécessairement en zones urbaines), les centres de transmission de télévision et de radiodiffusion, les infrastructures de transport, et quelques autres objectifs civils à bombarder pour assurer la sécurité des pilotes et des navires d’agression, au prix évidemment de l’insécurité totale des populations civiles à soi-disant protéger des griffes du malin, c’est-à-dire du clan qui n’est plus adoubé par l’Occident après avoir été son préféré. Il y a parfois de ces revirements d’alliances chez les grands et les puissants.

Dorénavant les deux clans en guerre ont le choix des bombes qui meublent leur enfer. Personnellement je préfèrerais être bombardé par les mercenaires de Kadhafi, beaucoup moins efficaces et meurtriers que les nouveaux mercenaires américains, français, britanniques, canadiens et italiens du camp royaliste de l’Est libyen (4). Notez que le clan de l’Est libyen n’a pas lui non plus l’aval du maître américain qui ne semble pas le contrôler suffisamment. Par moment, cette coalition « humanitaire » occidentale donne l’impression anarchique d’un gang de voleurs sans chef de bande, ce qui ne se produirait jamais chez les loups j’en conviens avec vous.

Cette guerre coloniale illégale que les pays agresseurs ont lancée en contravention avec leur propre constitution dite « démocratique » vise à donner une leçon de « démocratie » à un peuple coincé entre deux belligérants qui ne parviennent pas à se partager l’usufruit des ressources nationales dilapidées. Quant à lui, le premier ministre canadien Harper n’a jamais présenté de déclaration de guerre à la sanction du parlement canadien, non plus qu’au Conseil des ministres, en contravention absolue avec la Constitution « démocratique » bourgeoise du Canada. Le chef de l’opposition au parlement canadien s’en dit parfaitement satisfait car il aurait fait de même s’il avait été ainsi pressé par ses amis États-uniens. Comment ces gens peuvent-ils porter une leçon démocratique en Afrique ?

Vous entendez déjà les mensonges à propos des frappes « chirurgicales » manquées qui tuent et blessent  les victimes collatérales, ces innocents libyens, justement ceux que l’ONU était venue protéger, mais  aussi sur la peine que ces massacres infligent à la « communauté des pleureuses démocratiques internationales » venue déchiqueter à coup de bombes à fragmentation ces gens révoltés, qu’ils veulent prétendument libérer (libérer de la vie – oui); et toute cette « gauche », cette droite, ces analystes et ces experts télématiques qui déjà préparent la « victoire » des forces coalisées comme en Irak (où elles prennent la poudre d’escampette après avoir tout saccagé), au Kosovo (où elles sont encore incrustées avant d’être chassées), en Afghanistan et au Nord Pakistan (où elles achèvent d’être expulsées après avoir beaucoup tué) (5). 

Rien à attendre des dieux de la peste… Combien de massacres les peuples du monde devront-il subir avant que l’on se souvienne du passé ? Mais n’ayez crainte, les peuples du monde n’ont pas mordu à cet hameçon grossier et d’ici peu vous apprendrez que les gouvernements occidentaux ont agi en abusant de leur autorité, sans rien demander à quiconque, car la population, si on exclut la « gauche humanitaire », n’a jamais cru en cette sirène de la délivrance des peuples opprimés par leurs oppresseurs. 

Un loup « libérateur » au milieu d’une bergerie n’est jamais la solution pour un berger sensé. Forces néo-coloniales française, britannique, américaine, canadienne et italienne, hors de Libye! Cessez de tuer le peuple libyen révolté, il saura très bien se défendre si seulement vous cessiez de supporter et d'armer ses oppresseurs d’hier et d’aujourd’hui.

ANNEXES

1. Vladimir Poutine: «Ce qui se passe en Libye se fait sous la bannière de la défense des civils. Mais lorsque l'on bombarde le territoire libyen, ce sont les mêmes civils pacifiques libyens qui meurent. Ou est la logique ou est la morale?

Nulle part. »    http://sergeadam.blogspot.com/2011/03/libye-poutine-qualifie-la-mission-de.htmlh


2. La Ligue arabe critique les frappes de la coalition... Le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a critiqué les frappes aériennes et  maritimes  de la coalition en déclarant qu'elles dépassaient le cadre des objectifs proclamés, s'agissant de protéger la population civile, annoncent dimanche les médias arabes.  "Ce qui s'est passé en Libye diffère du but qui est d'imposer une zone d'exclusion aérienne, et ce que nous voulons c'est la protection des civils et pas le bombardement d'autres civils", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse au Caire. Il a également annoncé son intention de convoquer une réunion d'urgence du Conseil de la Ligue arabe afin de discuter de la situation dans les pays arabes, notamment en Libye et au Yémen. Lors d'une réunion précédente au Caire, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de la Ligue arabe ont appelé l'Onu à instaurer en Libye une zone d'exclusion aérienne.  Jeudi 17 mars, le Conseil de sécurité de l'Onu a adopté une résolution permettant un recours à la force pour protéger la population libyenne des troupes du colonel Mouammar Kadhafi. Une opération militaire a été lancée samedi par la coalition des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Italie et le Canada.

 

Les premières frappes ont été portées par les chasseurs français. 110 missiles de croisières ont été tirés par la coalition dans la nuit du samedi au dimanche.  Selon les médias officiels libyens, la coalition a frappé des sites civils dans les villes les plus importantes du pays, notamment à Tripoli, Benghazi et Zouara, ainsi que les dépôts de pétrole à Misrata.

 La télévision libyenne a également annoncé la mort de 50 civils dont des enfants, des femmes et des personnes âgées.

3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_Bolivarienne_pour_les_Am%C3%A9riques

4.  http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23854

5. À propos du dictateur  Kadhafi : http://www.aloufok.net/spip.php?article3770
6.  http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23814
<http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23814>   et aussi
   
http://www.internationalnews.fr/article-r-69704544.html
 http://boycottisraelinternational.com

Robert Bibeau

23.03.2011

http://www.robertbibeau.ca/palestine3.html
http://www.robertbibeau.ca/palestine.html


7-5 Moumene Belghoul : L’embarrassant rôle de l’Otan en Libye.  25/03/2011
L’intervention militaire en Libye continue de diviser les protagonistes, alors que la situation sur le terrain reste indécise.
Le rôle de l’Otan fait toujours débat et reste au centre de tractations entre ses membres. Déjà aux commandes en Afghanistan, l’Organisation atlantique s’apprête à jouer un rôle direct pour coordonner l’action en Libye. Au risque de donner à l’intervention une coloration atlantiste qui servirait Kadhafi. Kadhafi, lors de sa première apparition depuis le lancement de l’offensive, a affirmé devant ses partisans rassemblés dans sa résidence-caserne de Tripoli qu’il était «prêt pour la bataille, qu’elle soit longue ou courte». Le rôle de l’Otan dans le commandement des opérations semble avoir du mal à se situer dans une crise aux facettes multiples. Dans un souci apparent d’atténuer une situation embarrassante, l’Otan annonce qu’elle n’exercera pas «le pilotage politique» de la coalition en Libye, mais interviendra seulement comme «outil de planification et de conduite opérationnelle». L’Otan voudrait se limiter à la mise en œuvre d’une zone d’exclusion aérienne. Elle a déjà accepté mardi dernier de se charger de surveiller l’embargo sur les armes contre la Libye, en assignant des navires et des avions à cette mission. Cependant, le malaise reste de mise parmi les puissances militaires de l’organisation atlantique. Aucun de ses membres ne veut endosser «la responsabilité de la phase terrestre de l’opération» dans ce pays, estime l’ambassadeur de Russie auprès de l’Otan. La coalition, entrée en action le 19 mars avec à sa tête les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, deux jours après le quitus onusien, n’a jusqu’ici pas réussi à faire changer la physionomie du terrain. Les forces de Kadhafi n’ont pas cessé leurs attaques en dépit de l’annonce d’un nouveau cessez-le-feu. Dans la ville de Misrata, 17 personnes ont été tuées par des tirs de snipers et d’obus. Lundi dernier, 40 morts avaient été dénombrés dans cette ville, selon l’opposition. Pro et anti-Kadhafi continuent ainsi à s’affronter dans d’autres points chauds de la Libye. Mais l’étau devrait se refermer inexorablement autour du maître de Tripoli de plus en plus acculé. Un des fils du «Guide» libyen aurait été tué par une frappe aérienne et un bâtiment de sa résidence avait été détruit par un missile. Les membres de l’Union européenne sont parvenus à un accord de principe pour sanctionner le principal groupe pétrolier libyen, la compagnie nationale NOC, la Libye demeurant l’un des principaux producteurs de pétrole d’Afrique. Selon la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, des proches du colonel ont pris des contacts dans le monde entier pour trouver une porte de sortie. Alors que le secrétaire à la Défense américain Robert Gates est arrivé hier au Caire, les Etats-Unis annoncent avoir réduit de façon «significative» le nombre de survols de la Libye par leurs avions. La mise en place d’une zone d’exclusion aérienne pouvant s’achever «sous peu» préconisant la pression permanente. Mais les réticences de certains pays sont toujours fortes. Berlin, fermement opposé à l’intervention en Libye, a annoncé la suspension de la participation de ses navires aux opérations de l’Otan en Méditerranée. Le président turc Abdullah Gül, dont le pays est membre de l’Otan, a critiqué l’«opportunisme» de certains pays impliqués dans l’intervention, mettant en doute leurs prétendues visées, qui, en vérité, cacheraient d’autres ambitions.
Moumene Belghoul

http://www.latribune-online.com/monde/49358.html


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