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14/04/2011

n° 12 - Journal de Côte d'Ivoire - 06-04 au 14-04- :- Début - Les soldats français en Côte d'Ivoire... pour la « bonne cause » ?-

° 12 -  Journal de Côte d'Ivoire  -  06-04 au 14-04- :- Début  -  Les soldats français en Côte d'Ivoire... pour la « bonne cause » ?-


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



       Journal de Côte d’Ivoire  

n°12                              06-04 au 14-04

 

   C.Debroeder &  M.Lemaire



Les informations contenues dans ce journal sont obtenues par la lecture journalière des journaux en ligne.:

                    Nos informations sont également le résultat de recoupements car les médias occidentaux donnent des informations qui ou se contredissent ou ne prennent en note qu’une partie des infos

 



Le journal de Côte d'Ivoire se retrouve

a) sur nos  blogs :  http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                               http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

c) sur le site de Eva Resis :  no-war.over-blog.com

d) Et Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-              solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

Editorial

Tiré à part 

Un récit de l'arrestation de Laurent Gbagbo

Et si on aurait fait la guerre pour le cacao ?

Jacques Vergès : « Alassane Ouattara est le chef d’une bande d’assassins ».

1 Côte d'Ivoire occupé :

David Gakunzi : Abidjan bombardée : la chose est de retour.

Georges Njamkepo : Afrique, je pleure toutes les larmes de mon cœur

Suite

2 Politique 

3   Politique internationale.

a) Usa

b) France

Human Rights Watch

4 Médias

4-1 Les hommes d'Alassane OUATTARA ont brûlé des personnes vivant encore.

5  Dossier

5-1 Qui a capturé Laurent Gbagbo ?

5-2 Philippe Leymarie : Les soldats français en Côte d'Ivoire... pour la « bonne cause » ?

5-3 K. Habib/M. Saadoune : Paris enferré : Dérives françaises.

Fin

5-4 A. Mbog Pibasso: La France en ses terres conquises d’Afrique

5-5 Yahia Gouasmi : De la Libye à la Côte d'Ivoire, la colonisation française continue !

5-6 Olivier Mukuna : Côte d’Ivoire: l’hiver colonial.

5-7 « La raison du plus fort est toujours la meilleure » ?

6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net 

6-1 Jean Jacques Dikongue : Au nom de quel principe la France agit en Côte d'ivoire, messieurs les intellectuels africains?

6-2 Côte d’Ivoire : déclaration de l’URCF   

6-3 Survie : La guerre et l’ingérence militaire soulignent et aggravent l’échec de l’ONU et de la France.

6-4 Le Post : Le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud condamne l’attaque de l’ONU contre Laurent Gbagbo en Côte-d’Ivoire. 

7 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

7-1 Maurice TCHASSO : Ces documents qui accablent la France.

7-2 L'arrestation de Gbagbo marque la fin du conflit politique,

7-3eva R-sistons : Côte d'Ivoire offerte à l'Occident Anglo-Saxon.



Editorial

Tiré à part 

Un récit de l'arrestation de Laurent Gbagbo

  "Ne me tuez pas!": ce sont les premiers mots qu'a prononcés, selon un témoin, l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo quand ses tombeurs sont venus le chercher lundi à sa résidence d'Abidjan, humiliant épilogue d'une décennie de règne mouvementé.
Blessés par les mines

"Il y avait des mines un peu partout dans la cour" de l'imposante demeure, raconte à l'AFP un élément des Forces républicaines (FRCI) de son rival Alassane Ouattara. M. Gbagbo s'y était retranché depuis une semaine devant l'offensive des FRCI, appuyées par des frappes aériennes de la France et de l'ONU. "Nous avons des éléments qui ont été blessés, qui ont marché sur les mines qui étaient installées dans la cour", poursuit le combattant.
"On a jeté des gaz lacrymogènes dans la maison et puis le commandant Vetcho (l'un des chefs militaires FRCI) est rentré". "Quand il s'est retrouvé face à Gbagbo, devant son bureau, la première phrase que Gbagbo a dite, c'est: +ne me tuez pas+", affirme-t-il. "Ils lui ont fait porter un gilet pare-balles et puis le commandant Vetcho, le commandant Wattao, Chérif Ousmane, Morou Ouattara (trois autres chefs FRCI) ont formé un blocus pour le protéger parce que certains de nos éléments voulaient en finir avec lui tout de suite".
"On l'a mis dans un 4x4 de Wattao, à l'arrière, et on l'a conduit directement" au Golf Hôtel, QG du camp Ouattara dans le même quartier de Cocody (nord), indique ce témoin. "On l'a fait entrer discrètement dans l'hôtel. Il était protégé par des éléments de la sécurité des FRCI et des gendarmes de l'ONU", a dit un autre témoin.
Son épouse insultée

 "J'ai vu (son épouse) Simone arriver dans le hall, elle portait une longue robe. Les gars de la sécurité des FRCI essayaient de la protéger de la foule qui tentait de la frapper. Malgré ça, il y en a certains qui, semble-t-il, ont réussi à lui donner quelques coups, lui tirer les cheveux. On entendait les gens l'insulter, la traiter de
sorcière, guenon, escadron de la mort
", a-t-il dit.
Selon le combattant pro-Outtara, "les gens ont arraché son foulard, l'ont déchiré, ils disaient qu'ils allaient garder ça en souvenir". L'ex-homme fort d'Abidjan et sa femme ont été placés dans une suite, et leurs proches dans d'autres pièces, a-t-il précisé. "Il y a des soldats onusiens et des FRCI pour sécuriser tout ce monde".
La télévision TCI, symbole du camp Ouattara, diffusait lundi en boucle des images aussitôt historiques, aux airs de catharsis pour une bonne moitié du pays: celles d'un Laurent Gbagbo K-O dans sa suite, assis sur un lit. Des photographies montrent, à l'autre bout du lit, son épouse hirsute, hagarde et prostrée, les yeux clos. Cette fervente chrétienne évangélique a l'air plongée dans ses prières.
Après la chute, l'ancien numéro un est un sexagénaire épuisé et bedonnant, en sueur et en maillot de corps, entouré de FRCI, de son fils Michel - un métis né d'un premier mariage avec une Française - qui vient juste d'échapper aussi à un lynchage, du ministre de l'Intérieur de M. Ouattara, Hamed Bakayoko, et de Wattao.

Dernière humiliation: l'un des hommes l'aide à retirer sa chemise, son fils lui tend une serviette blanche avec laquelle il s'éponge le visage ainsi que les aisselles, puis on l'aide à enfiler une autre chemise.

Afp

14/4

 

Et si on aurait fait la guerre pour le cacao ?

Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), proches d’Alassane Ouattara, le président élu selon la commission électorale ivoirienne, se sont emparées d’Abidjan le 31 mars. Une date qui correspond à l’ultimatum fixé par le président sortant ivoirien Laurent Gbagbo aux négociants de cacao dont il a menacé de nationaliser les stocks. L’Union européenne a décidé ce vendredi de lever les sanctions contre le port d’Abidjan et de San Pedro. C’est de ce dernier qu’est exportée la production de cacao dont le marché a fait face à une opération spéculative d’envergure menée par un fonds de pension dénommé Armajero en juillet dernier.

L’offensive des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), pro-Alassane Ouattara, visait-elle la reprise des exportations de cacao ? Elles représentent 40% de l’économie ivoirienne et la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de la matière première du chocolat. Dès les premières heures de la crise post-électorale le 2 décembre, Alassane Ouattara, déclaré vainqueur du second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010 par la commission électorale ivoirienne, prône l’usage de la force pour déloger le président sortant, Laurent Gbagbo. Mais les évènements s’accélèrent brusquement lors de la dernière semaine du mois de mars et le 31, la capitale économique Abidjan, se retrouve aux mains des FRCI, qui quelques heures plus tôt se sont emparées du port de San Pedro, principal port d’exportation du cacao. Quelque 400 000 tonnes attendent de prendre la mer et risquent à cette date du 31 mars d’être nationalisées par le camp Ggagbo. Environ 100 000 tonnes appartiendraient à la Société africaine de cacao (Saco, filiale du groupe suisse Barry Callebaut, premier producteur mondial de cacao) et 50 000 autres à son concurrent, l’américain Cargill, selon les autorités ivoiriennes.

Afin d’asphyxier le régime de Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara a ordonné « l’arrêt immédiat de toute exportation de café et de cacao à compter du lundi 24 janvier 2011 et ce jusqu’au 23 février 2011 ». Une interdiction qui sera prorogée. « Le gouvernement rappelle que les contrevenants à cette mesure seront considérés comme finançant les activités de l’administration illégitime de Monsieur Laurent Gbagbo et s’exposent à des sanctions internationales », indiquait le communiqué publié par Guillaume Soro, le Premier ministre d’Alassane Ouattara, le 22 février dernier. Pour soutenir la démarche du président ivoirien, l’Union européenne (UE) impose des sanctions aux deux ports ivoiriens d’Abidjan et de San Pedro. Il est interdit aux navires européens d’y accoster alors que le Vieux Continent consomme environ 80% du cacao ivoirien. A la mi-février, les planteurs ivoiriens, menés par Bléhoué Aka, le président du Conseil national des sages de la filière café-cacao (CNS), avaient protesté devant les locaux de l’UE contre cette mesure qui les pénalisaient. Plus tard, les négociants menaceront le camp Ouattara de se tourner vers Laurent Gbagbo s’il ne leur était toujours pas possible d’exporter leur production. Ricardo Leiman, directeur exécutif de la maison de commerce chinoise Noble Group (Hong Kong), confie le 21 mars au Financial Times qu’il est prêt à payer des taxes à l’administration de Laurent Gbagbo pour vendre ses stocks. Les traders européens et américains se diront également disposés à lui emboîter le pas. Ce ne sera finalement pas nécessaire.

Le port de San Pedro tombe aux mains des FRCI le 31 mars, mais la victoire n’est pas suivie d’effet immédiat. « Toutes les sanctions restent en place, y compris celles sur le port de San Pedro (..). Aucune exception n’était prévue dans la liste initiale de sanctions », indiquait une source européenne citée par Reuters le 31 mars dernier. Il faudra attendre ce vendredi pour que la situation se décante. « Les ports autonomes d’Abidjan et de San Pedro, la Société ivoirienne de raffinage et le Comité de gestion de la filière café et cacao (acteur du négoce international) sont retirés de la liste des entités soumises par l’Union européenne à un gel des avoirs », indique le document de l’UE. Jeudi soir, Alassane Ouattara avait demandé « que les sanctions de l’Union européenne sur le port d’Abidjan et San Pedro et sur certaines entités publiques du fait du régime illégitime de Laurent Gbagbo soient levées ».

Or brun pour sang rouge

Des fluctuations du cacao, qui ont atteint leur plus haut niveau depuis 1979 le 22 février dernier à cause de la crise ivoirienne, le fonds de pension britannique Armajaro a certainement profité. L’une de ses activités, le négoce de produits agro-alimentaires, est incarnée par Armajaro Trading Limited, « leader du marché de la durabilité en Côte d’Ivoire », dont la direction Afrique est assurée par Loïc Folloroux, le beau-fils d’Alassane Ouattara. La stratégie d’Armajero : « paralyser l’offre par des achats massifs », selon Money Week. Ainsi, en juillet 2010, Armajaro est à l’origine de l’achat de 241 000 tonnes de cacao. Une opération « non conforme » du fait de la livraison physique de la marchandise qui pourrait « remplir cinq fois le Titanic », lit-on dans un article du journal économique Les Afriques signé par Guy Gweth, conseiller en intelligence économique.

Cette opération « légale » d’un milliard de dollars, « la plus importante jamais réalisée depuis 1994 », a également « provoqué une flambée des prix », indique France 24. « Peu de temps après la transaction, la tonne est montée à 2 725 livres (3 247 euros) », son niveau le plus haut depuis septembre 1977. La transaction a secoué le marché mondial du cacao bien que les prix soient revenus à la normale. Même la multinationale Nestlé, « qui absorbe à (…) 400 000 tonnes/an (soit 12% de la production mondiale) », ne se serait même pas risquée à la réaliser. En outre, la quantité acquise représente « la quasi-totalité des stocks européens et 7 % de la production annuelle mondiale ». Ce cacao stocké en Europe aurait été revendu en décembre notamment, indique Financial Times avec quelques pertes mais l’opération aurait permis au hedge fund d’améliorer ses performances.

La dernière opération de ce type du co-fondateur d’Armajaro, Anthony Ward, surnommé « Chocfinger (Chocolate Finger) », remonte à août 2002. Celui dont certains pensent qu’il « saurait des choses que les autres ne savent pas privilégiées », s’était porté acquéreur de « 203 320 tonnes de cacao, juste avant de voir les prix passer de 1400 à 1 600 livres la tonne ». Gain de l’opération : « près de 60 millions de dollars », rapporte Les Afriques. Anthony Ward aurait spéculé sur « une hausse du prix de la fève, fondée, selon lui, sur l’instabilité politique dans le Nord de la Côte d’Ivoire », indique Money Week. Le 19 septembre 2002, la rébellion des Forces nouvelles (FN) tentera de renverser le régime de Laurent Gbagbo. Ces derniers mois, les ventes du stock de cacao d’Armajaro auraient contribué à stabiliser le cours de l’or brun (voir vidéo) en Europe.

La reprise des exportations de cacao est une victoire pour Alassane Ouattara, qui a beaucoup misé, sur l’asphyxie économique pour tenter de faire céder Laurent Gbagbo. Pour l’heure, c’est le seul succès du camp Ouattara. Laurent Gbagbo, retranché dans le bunker de sa résidence, n’a toujours pas renoncé à la présidence ivoirienne. Au moins 800 personnes seraient mortes fin mars, notamment dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Ils viendraient s’ajouter au bilan précédent d’environ 400 décès établi par les Nations unies depuis le début de la crise post-électorale.

Source : afrik.com

10 avril

http://www.geostrategie.com/afrique/cote-d%e2%80%99ivoire-et-si-on-avait-fait-la-guerre-pour-le-cacao

 

 

Jacques Vergès : « Alassane Ouattara est le chef d’une bande d’assassins ».

Nouvelobs.com a rencontré l’avocat et ami de Laurent Gabgbo, Jacques Vergès, et le conseiller du président sortant Alain Toussaint.

D’une même voix, ils condamnent l’attitude de la France et de l’Onuci qu’ils accusent d’être complices des massacres découverts dans l’Ouest de la Côte d'Ivoire. Par Sarah Diffalah.

Etes-vous en contact régulier avec Laurent Gbagbo ?

Jacques Vergès : - J’ai, par ses amis, des communications indirectes, et je peux vous dire qu’il est calme et va très bien. Ses ministres sont autour de lui et les jeunes protègent sa résidence présidentielle. De mon côté, j’organise des conférences de presse avec son porte-parole en France, Monsieur Toussaint, dans mon cabinet.

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a annoncé mercredi vouloir ouvrir une enquête sur des "massacres commis de façon systématique ou généralisée". Que risque Laurent Gbagbo ?

Jacques Vergès : - Pour l’instant, il n’est pas encore poursuivi même si tout le monde le voit déjà devant les tribunaux. C’est une hypothèse que je n’envisage même pas. Car je pense qu’en ce moment, les choses tournent à l’avantage de Laurent Gbagbo.

Luis Moreno-Ocampo avait assuré à la demande d’Alassane Ouattara qu’il enquêterait sur les crimes commis depuis septembre 2002. S’il avait trouvé quelque chose, on le saurait. Par contre, si la CPI joue son rôle c’est Alassane Ouattara qui sera mis en cause. L’Onu et la Croix rouge internationale ont clairement reconnu des crimes contre l’humanité à Duékoué.

 Alain Toussaint : - Le procureur Ocampo utilise la CPI à des fins politiciennes et comme outil de pression. On a jamais brandi ce chiffon rouge à Ouattara alors qu’il est largement impliqué dans les récents massacres de l’ouest et d’autres plus anciens dans le Nord du pays.

 

Si les massacres à Duékoué sont bien réels, on ignore encore les responsables…

Alain Toussaint : - On a des témoignages qui accusent clairement le camp d’Alassane Ouattara que nous transmettrons à la justice. On a présenté les massacres dans l’Ouest comme des affrontements intercommunautaires mais il s’agit bien d’épuration politico ethnique. Ce sont des partisans du président Gbagbo qui ont été assassinés. Le choix de Duékoué n’est pas innocent d’ailleurs, puisque ses habitants avaient refusé qu’Alassane Ouattara fasse campagne chez eux alors qu’il attendait aux portes de la ville. Les tueries sont une manière de leur faire payer cet affront. On ne peut pas renvoyer dos-à-dos les deux camps. Alassane Ouattara est le principal responsable, voire le seul responsable.

Jacques Vergès : - Alassane Ouattara dit dans la presse que sur la totalité des morts comptés, il est peut-être responsable de la moitié. C’est fantastique comme aveu ! Il dit aussi que les personnes tuées étaient des combattants. Ce qui est encore plus grave parce qu’on ne tue pas des combattants, on les fait prisonniers.

 

Vous, Jacques Vergès, avez exprimé votre intention de porter plainte contre la France pour crime contre l’humanité et crimes de guerre. Sur quels éléments vous reposez-vous ?

Jacques Vergès : Je dis que la France aide et inspire. C’est le patron. Quand Alassane Ouattara est en difficulté à Abidjan, il en appelle à sa force. Si la complicité de la France avec la bande d’assassins s’avérerait prouvée, je serais le premier à porter plainte et à plaider pour les victimes contre les militaires qui se seraient rendus coupables. Pour l’instant je n’ai pas d’éléments.

Alain Toussaint : Nous, nous avons des témoignages vidéos et audio. Nous avons la preuve que la France est la complice active de ces massacres-là. Souvent même elle regarde, elle assiste et elle ne dit rien. Elle passe sous silence tous les crimes.

 Je ne peux pas croire à l’excuse de leur sous-effectif. La force Licorne, sous mandat de l’Onu, est une autorité, il suffit qu’elle s’interpose pour que les velléités s’arrêtent. La France a même pris part aux combats aux cotés de la rébellion à Abidjan. À Yopongon (un quartier d’Abidjan pro Gbagbo NDRL), les hélicoptères français ont ouvert le chemin aux rebelles engendrant des dommages collatéraux.

 

Laurent Gbagbo critique aussi le rôle de la France...

 Jacques Vergès : - Qu’est-ce qui permet à la France de juger ce qui se passe ailleurs ? Je ne comprends pas du tout ses méthodes. Elle se comporte comme le gendarme du monde. On se demande vraiment ce qu’elle fait là-bas. L’époque du colonialisme est passée. Il y a eu un contentieux électoral qui concerne un pays indépendant, à lui de régler son problème en recomptant les voix comme je l’avais proposé. On a critiqué le Conseil constitutionnel qui a établi la victoire de Laurent Gbagbo, mais cette institution est organisée sur le modèle français ! La France est prise dans un tourbillon de folie. On se croirait au début du XIXe siècle. On conteste le Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire comme on conteste la Cour suprême de Mexico dans l’affaire Cassez.

Si j’étais à sa place, je serais gêné, parce qu’en ce moment Ouattara passe pour le candidat de l’étranger.

 

Laurent Gbagbo est acculé dans son bunker, Alassane Ouattara affirme qu’il est soumis à un blocus. La fin du président sortant ne fait plus trop de doute…

Alain Toussaint : - Tout ceci est faux. D’abord Laurent Gbagbo ne vit pas dans un sous-sol comme je l’entends dire partout. Simplement, comme dans toute résidence présidentielle il y a des abris.

Ensuite, je peux dire qu’il est libre de ses mouvements puisqu’il est sorti de sa résidence vendredi pour aller enregistrer un discours à la Radio télévision ivoirienne (RTI) (la RTI se situe à deux pas de la résidence dans le périmètre de sécurité du camp Gbagbo NDLR). Nous tenons tous les camps militaires, le palais présidentiel et les programmes de la télévision ont été rétablis par nos soins. Franchement quand on tient tout cela, qu’est-ce que nous ne contrôlons pas ? Les liens avec la population vont être renoués grâce à la réparation de la RTI, on peut donc dire que Laurent Gbagbo tient les rênes du pouvoir.

Le discours de Ouattara jeudi était destiné à apeurer la population pour qu’elle reste terrée chez elle. Ce qui arrange les forces d’Alassane Ouattara et les forces françaises c’est qu’il y ait le moins de monde possible dans les rues pour maintenir à Abidjan ce climat de peur. Le retour à la normal ne les arrange pas. Ce que nous subissons, c’est une guerre de la communication avec une forte propagande menée par les forces françaises et onusiennes. La France a construit pour Alassane Ouattara une télévision pour qu’il puisse prononcer ses discours. Alassane Ouattara est dans le mensonge, il voudrait renvoyer l’image d’un démocrate, d’un homme épris de liberté alors que c’est un chef de guerre.

 

Alain Juppé a pourtant assuré que Laurent Gbagbo négociait son départ…

Jacques Vergès : - Il n’est pas interdit aux dirigeants français de rêver. Malheureusement leurs rêves sont des cauchemars pour les autres. Les Français expliquent qu’Alassane Ouattara exige de Laurent Gbagbo une reconnaissance écrite de sa victoire électorale. Pour moi cela signifie clairement qu’Alassane Ouattara doute de sa victoire prétendue et qu’il a besoin d’une reconnaissance authentifiée pour assurer ses arrières. Quand le général De Gaulle arrive en 1944, il n’exige pas que Pétain crie vive De Gaulle !

 

Mais comment Laurent Gbagbo compte-il s’en sortir ?

Alain Toussaint : - Lorsque Alassane Ouattara a fait son discours jeudi soir, aucune liesse ne s’est produite dans le pays. C’est bien la preuve que le pays ne le soutient pas. Il y a une vague populaire notamment à Abidjan où l’on défend Laurent Gbagbo.

Jacques Vergès : - La Russie vient de protester contre la manière dont a été faite l’entrée à Abidjan des pro-Ouattara, l’Angola vient de reconnaître Laurent Gbagbo comme seul chef légitime. Manifestement, la situation est en train de changer et l’opinion internationale est en train de renverser la tendance.

Alassane Ouattara était présenté jusqu’à maintenant comme une icône : le démocrate parfait qui attend qu’on lui donne raison aux urnes. Aujourd’hui, on voit un homme qui appelle l’armée française à tirer sur les troupes de son pays. Un homme qui est le chef, au moins nominal, d’une bande d’assassins qui a tué à la machette et au pistolet 600 ou 700 personnes dans l’ouest du pays. Son image s’est clairement dégradée.

Propos recueillis par Sarah Diffalah

(Entretien réalisé le vendredi 8 avril)

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110410.OBS1064/jacques-verges-alassane-ouattara-est-le-chef-d-une-bande-d-assassins.html 



1 Côte d'Ivoire occupé :

David Gakunzi : Abidjan bombardée : la chose est de retour.
Abidjan bombardée. Et voilà les oiseaux de la mort de la mission Licorne au dessus de La Riviera, du Plateau, de Yop, de Cocody ; et voilà Abidjan bombardée. Abidjan agressée. Feu sur Abidjan. Et voilà la Côte d’Ivoire et l’Afrique de nouveau offensées par une puissance, par la puissance venue d’ailleurs.

Et Paris qui pavoise « la France est de retour sur la scène géopolitique internationale », « la France est en première ligne », et la presse parisienne qui approuve, qui savoure comme le tortionnaire savourant la douleur de sa victime ; et la presse de France – une certaine presse - qui se dresse la crête levée, excitée ; la presse de France qui bat des ailes, qui s’extasie, qui chante : « La France est en mission de lumières ! En mission de démocratie ; en mission de protéger les populations civiles. Les frappes sont ciblées. Guerre propre. » Un meurtre peut-il être propre ? Depuis quand l'acte de tuer serait-il devenu action propre, humaniste ? 

Guerre propre, guerre propre, on pérore ; guerre propre, bombardement des lieux stratégiques. Et ces hôpitaux soufflés, et ces centres commerciaux anéantis, et ces habitations rasées ? Et ces morts, oui, ces morts, ces centaines de victimes ? Silence. Omerta. On pilonne ; on pilonne la Côte d’Ivoire devenue lieu de vidange de la puissance meurtrière venue de France. Et plus rien pour restreindre cette folle volonté de toute puissance. Plus rien. Folie de grandeur déchainée.

Hurlements : « Mais attendez ! Nous sommes en mission de défense de la démocratie en Côte d’Ivoire et on nous accuse ? Comment ? Nouvelle guerre coloniale ? Mais renseignez-vous : la France a un mandat moral ; elle a bombardé sur demande expresse des Nations Unies ! Nous sommes en mission de défense de la morale internationale ! » Et on s’écrie : « Et qu’aurait-t-elle donc de si barbare cette mission ? Qu’y a-t-il de si barbare à bombarder pour la démocratie ! »

 

La cruauté légitimée, glorifiée au nom de la défense d’une idée : la démocratie ! On s’arroge le droit, le plein droit de tuer au nom de la démocratie. Le droit de tuer au nom de la démocratie érigé en honneur national ! « La France est de retour sur la scène internationale ! » Prestance internationale ! Estime de soi rehaussée par la pluie de bombes balancée sur Abidjan ! Narcissisme collectif ; narcissisme groupal, national, partagé, exalté. Le prestige international de la France ! Délire de puissance. Crimes sans culpabilité !

Abidjan bombardée ; il faut rabaisser, écraser, mettre à genoux la Côte d’Ivoire. Il faut faire exemple. Il faut rappeler la loi à tout le monde : ici en pré-carré, le caïd, c’est Paris ; ici, en pré-carré, le maître, c’est la France. On croyait pourtant cette domination-là révolue ; on la croyait jetée dans les poubelles de l’histoire. Et la voilà de retour dressée sur ses pattes-arrières avec la même arrogance, avec la même monstruosité. La voilà de retour, l’avidité de nouveau palpitante de toute puissance ; la voilà de retour la folie de domination toutes dents dehors ; la voilà proclamant le droit de conquête « devoir de protéger les populations civiles ».

Protéger les populations civiles ! Nouvelle doxa ; nouvelle philosophie humaniste ? Sucrerie sonore ; vieille confiserie empoisonnée qui n’est vocable neuf que pour les sans-mémoires, les amnésiques. « Protéger les populations civiles » est une vieille menterie ressortie des alvéoles nauséabondes de l’histoire. Souvenons-nous : il y a quelques siècles, on appelait déjà expropriation protectorat, razzia protectorat, massacres protectorat.

On était déjà en mission, en devoir de protection des peuples d’Afrique ! Il s’agissait, zézayait-on, à l’époque, de protéger le colonisé contre lui-même, de protéger le colonisé, ce sous-homme, cet arriéré, ce sauvage contre sa propre barbarie ; il s’agissait, zozotait-on, de le soumettre dans son propre intérêt ! Et quand il arrivait que ce colonisé-là, se faisait Samory Touré, Béhanzin ou Tchaka Zoulou pour récuser cette « protection », on le rouait d’insultes et de coups, on le couvrait de tous les crimes du monde, il était aussitôt estampillé chef sanguinaire, chef cruel, despote à éliminer. Déjà ! « Radio Paris » mentait déjà à l’époque. Comme aujourd’hui encore ; comme aujourd’hui de nouveau.

C’est que la chose est de retour. Cette fois-ci au nom de la démocratie. Et on psalmodie : Au nom de la démocratie ! Au nom de la démocratie. Au nom de la démocratie bafouée, il faut libérer Abidjan. Et on bombarde sans retenue ; on bombarde à cœur joie. Il faut libérer. Mais quelle est donc cette libération qui vaut qu’on assassine, qui vaut qu’on massacre, qui vaut qu’on tue ? Quel est ce bien qui vaut licence de tuer ? Qui vaut permis d’écraser ? Quelle est cette libération qui libérerait un peuple en assujettissant son Etat à une domination extérieure ? Quelle est cette libération qui récuse le droit de chaque peuple de fonder sa propre loi ?

La vérité : c’est que la chose est de retour. Déchainée comme autrefois. Du temps des Voulet et Chanoine. Voulet et Chanoine avec leurs colonnes fumantes se disaient, eux aussi, en mission pour le bien suprême ; ils étaient en croisade pour une grande idée, pour une idée absolutisée, pour une idée qui ne pouvait souffrir aucune contradiction ; ils se croyaient, eux aussi, en droit de soumettre, d’écraser tout éventuel obstacle à l’accomplissement de leur haute mission. Incendies, vols, pendaisons, les victimes pendues aux branches des jujubiers. Violence coloniale célébrée. C’était la norme.

Aujourd’hui Paris ne célèbre plus le sang versé des pendus ; Paris célèbre « les frappes chirurgicales », « les frappes ciblées » « les frappes ciblées contre les armes lourdes » ; Paris célèbre les exploits, la grandeur de sa puissance de feu technologique ! Triste spectacle : voilà de nouveau la France la raison politique perdue, la raison politique ballottée par cette brutale et barbare volonté de toute puissance, de domination sans limites ; voilà de nouveau la France, reine du mensonge, reine de la tartufferie.

Voilà revenu le temps de la tartufferie : on parle de droit et on pratique la guerre ; on parle de droits de l’homme et on nourrit, on soutient, on porte à bout de bras une rébellion aux mains dégoulinantes de sang ; une rébellion connue pour sa férocité, sa sauvagerie, sa brutalité sans pareil ; une rébellion qui pille, qui viole, qui massacre depuis bientôt dix ans. On parle de protection des populations civiles et on pilonne, on tue chaque jour.

On parle de démocratie et on écrase la volonté populaire ivoirienne, on refuse le recomptage des voix ; on parle de démocratie et on impose à coups de bombes aux Ivoiriens un Président contesté, rejeté. On parle de liberté de la presse et on pravdise la presse ; on étouffe, on refuse toute information contradictoire sur la Côte d’Ivoire. On institue la vérité officielle en vérité indépassable. Et non sans un certain cynisme, on bombarde Abidjan et on parle de reconstruction de la Côte d’Ivoire ; on détruit, on démolit, on saccage avec acharnement et on dit qu’on reconstruira. Qu’on reconstruira avec les multinationales du chocolat, évidement. Bien sûr ! Triste spectacle ! Mais fort heureusement l’histoire n’est pas finie !

12 avril 2011

Source : Africa Time for Peace

 

Georges Njamkepo : Afrique, je pleure toutes les larmes de mon cœur…

Réaction de Georges Njamkepo sur les évènements qui se sont déroulés en Côte d'Ivoire 

En regardant les images sur l'arrestation du Président de Côte d'Ivoire, j'ai de la peine, beaucoup de peine. Monsieur Laurent Gbagbo, Président de la République de Côte d'Ivoire vient d'être humilié et avec lui, les institutions de la République, c'est à dire le peuple de Côte d'Ivoire. Bien entendu, par voie de conséquence, tous les africains et Monsieur Ouattarra avec, nous sommes désormais sans lumière, dans l'obscurité totale...
Quelque soit les raisons pour lesquelles on combat, autant il n'est pas nécessaire de laisser tuer des êtres humains, autant il est dérisoire et futile de tuer l'image d'un homme quel qu'il soit, quelque soit ce qu'il a fait, parce qu'il y a l'histoire, et l'histoire retiendra que Monsieur Laurent Gbagbo a été humilié, avec la bénédiction des ivoiriens et de tous ceux qui ont participé à cette farce, que dis-je, cette folie meurtrière, il a été humilié avec la bénédiction des chefs d'états africains qui n'ont pas levé le petit doigt pour essayer de tempérer les esprits. Il a été trainé dans la boue grâce à notre légendaire irresponsabilité, notre capacité à désigner les autres comme les coupables de nos malheurs, à cause de nos complexes face aux autres. Laurent Gbagbo a été instrumentalisé pour démontrer aux africains qu'ils ne sont finalement rien que du bétail... Et j'espère que tout le monde en Afrique l'aura vu ainsi, que cette leçon magistrale fera le tour du continent.

De longues années durant, on nous a raconté, à nous qui n’avions pas assisté à ces drames, le calvaire des Lumumba, Sékou Touré, Hamani Diori, la fin des Um Nyobé et autres Bokassa. Aujourd’hui, nous avons enfin pu assister in vivo, à la chute d’un homme qui a tord ou à raison, défendait pour des desseins que lui seul maîtrise et dans une logique désormais désuète face à la mondialisation, un nationalisme larvé et un panafricanisme discret. J'ai vu la détresse dans le regard de cet homme qui a fini au bout de quelques mois, quelques années, à perdre totalement sa verticalité, à croire que tout lui était du, à vouloir se convaincre que finalement sur cette planète, la Côte d’Ivoire devait avoir un destin particulier. Dans le regard de cet homme, j'ai constaté le désarroi, la souffrance d'avoir combattu finalement pour se retrouver traqué comme un rat, dans son regard qui me parlait, j'ai vu les pleurs de toutes les familles endeuillées pour rien, vraiment pour rien. Dans le regard de Monsieur Gbagbo, j'ai vu la profondeur de la vision rétrospective sur la récente histoire de son pays, j'ai vu les regrets d'avoir démarré ce conflit, mais surtout d'avoir accepté de jouer le jeu de la surenchère comme les africains savent tellement et si bien le faire...

Laurent Gbagbo, après avoir connu la gloire, après avoir géré les armoiries de la Côte d'Ivoire durant 10 ans, après avoir vécu dans le luxe, sous les lambris dorés de la République, Monsieur Laurent Gbagbo a été arrêté, le filet s’est abattu sur lui comme un simple voile destiné à le rendre muet, aphone et lui empêcher de crier sa haine du moment. Quelle ironie pour un chef de guerre de déclarer lors de sa première sortie médiatique, lorsque finalement il reçoit le soleil dans les yeux, après quelques semaines d’obscurité et de lumière artificielle, comme s’il s’éveillait pour la première fois à la vie: Je souhaite qu’on arrête les armes, qu’on rende la partie civile de la crise et qu’on la conclut rapidement pour que le pays reprenne…. Ce sont les premiers mots d’un prisonnier, hagard, interloqué, ahuri… Un homme qui quelques semaines auparavant, n’imaginait pas un seul instant la fin de son arrogance.

 

Quelle victoire pour son adversaire, quelle plaisir pour ceux qui comme Monsieur Ouattarra voulaient la tête de ce monsieur. Après son parcours de politicien combatif, Monsieur Gbagbo a fini dans un souterrain mal éclairé, sale, sans aération, dans les profondeurs d'une cave qui laissait mal augurer un avenir possible, pour quelqu'un qui en fuite, avait pris le soin méticuleux de mettre le feu aux poudres et d'allumer le brasier au-dessus, dans la maison qui surplombe la cachette où il se terre. Qui paiera la facture, qui paiera donc les morts de Côte d'Ivoire, qui sèchera les larmes des mamans, des femmes, des enfants, qui cajolera finalement ceux qui nombreux, ont appris à leurs dépends que lorsque deux éléphants se battent il vaut mieux être loin, très loin... Je souffre, je souffre beaucoup dans ma chair, de voir jonchés sur le bitume ces corps mutilés, ces corps sans vie, je souffre dans ma chair de comprendre que finalement une vie ne vaut qu'une balle de fusil... Que la vie d’un homme se mesure à l’aune d’un AK47. Je crie, je vous crie ma douleur, entendez les soubresauts de mon corps qui tressaute à la vue de ce gâchis, de cet énorme misère de l'humanité, nous avons en Afrique, perdu le sens de la vie, l'envie de vivre s'en est allée...
Je ne peux retenir mes larmes à l'idée que l'histoire de la violence sur le continent est encore longue, mais pire, elle devient désormais banale, ordinaire et naturelle parce que deux coqs se disputent la basse-cour… Notre violence est devenue une seconde nature. Suis-je vraiment si naïf, suis-je vraiment encore trop faible, crédule, candide, suis-je si innocent pour comprendre que finalement le débat sur l'Afrique, le débat africain ne tourne jamais finalement que sur des questions de matières premières et de quincaillerie, ai-je vraiment reçu le même mode d'emploi de la vie que mes congénères, ou alors... Serait-il possible que je sois dans le vrai et que les africains finalement sont de simples cruels ordinaires qui au détour du chemin, décapitent, étêtent et tuent comme on cueille une feuille sur un manguier, comme on écrase un cancrelat en écoutant le bruit d’un corps qui se désintègre, sont-ce simplement des barbares en costume, des sauvages qui refusent de sortir de l'obscurité, qui préfèrent se satisfaire et se complaire dans leur obscurantisme...

Je souffre dans ma chair de voir ces images. Je souffre de constater qu’avec application, et minutie, avec diligence et vigilance, ces photos feront le tour du monde en quelques secondes et ne laisseront à personne ni les moyens, ni le temps de défendre notre cher Laurent Gbagbo. Est-ce vraiment au nom d'un contentieux électoral qu'il fallait arriver à cette extrémité ? Est-ce au nom de la démocratie, des droits de l'homme et d’une pseudo conscience universelle qu’il fallait détruire le pays et ce faisant, en tuant, violant, humiliant au passage ceux que l’on était censé défendre et protéger ? Oublie-t-on que 47% des ivoiriens ont voté pour Monsieur Laurent Gbagbo ?
Je ne suis pas à l'aise; de quelle bonne cause s’agit-il, et quels desseins sous-entendent cette expédition punitive ? Nous avons trop imaginé que les progrès matériels, les voitures, les belles maisons et les voyages à Paris étaient le symbole de l'indépendance, les symboles de la réussite sociale. Mais je retiens deux leçons de ce trop long épisode de l'histoire de Côte d'Ivoire: Quand on n’est pas fort, il faut essayer d’être sage disait Voltaire. Notre frère Gbagbo a surestimé ses capacités à mobiliser sur ses idées et à la force du droit, on a du lui imposer le droit de la force. C’est définitivement humiliant. Nous devons nous replonger dans les fondamentaux et réfléchir sur les moyens que l'Afrique doit mettre sous tension, en fixant l'accent sur l'éducation et la santé, les valeurs immatérielles et non plus sur les valeurs matérielles.
Désormais lors d’un conflit, si vous ne vous entendez pas sur un sujet de fond ce n'est surtout pas par le canal des occidentaux que la solution viendra pour vous aider. Dialoguez aussi longtemps qu'il le faudra, dialoguez, mais laissez les chez eux, parce qu'aucun occidental n'aurait accepté que l'on couvrît un chef d'état occidental d’opprobre comme cela fut fait aujourd'hui... L'Afrique déchirée, l'Afrique humiliée, l'Afrique chosifiée à travers ce conflit de Côte d'Ivoire... Honte à nous les africains… Parce que pour nous, le monde s'effondre... Je savais depuis le début de ce conflit que j’allais pleurer, je le savais. Alors je pleure... je pleure toutes les larmes de mon corps, mes nuits seront désormais peuplées de cauchemars... et mes pleurs, j'espère qu'ils iront loin, très loin, jusqu'à la centième génération après nous.
Je pleure, laissez-moi pleurer.

Georges Njamkepo, expert - consultant international –

13/04/2011

http://www.journalducameroun.com/article.php?aid=8634


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