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25/04/2011

n°4 - Journaux de guerre - 24-04 - Début - Barack Obama autorise l'utilisation de drones américains ...

n°4 - Journaux de guerre - 24-04 - Début  - Barack Obama autorise l'utilisation de drones américains ...


 Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions occidentales.



Journaux de guerre

n°4                             24-04

C.Debroeder &  M.Lemaire



Le Journaux de guerre se retrouve

a) sur nos  blogs :  http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                               http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

c) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

d) Et Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

Tiré à part

Barack Obama autorise l'utilisation de drones américains armés en Libye

Une semaine en ....

1- Lybie

Tant qu'à faire ...

a) La Gambie expulse l'ambassadeur libyen.

b) Smaïn Bédrouni : "la Libye est un pays magnifique ..."

c) Manlio Dinucci : La rapine du siècle : l’assaut des « volontaires » sur les fonds souverains libyens.

d) Daniel Lagot : Gaza, Lybie,… : ambiguïtés et détournements du droit international humanitaire. 

e) Philippe Leymarie : Le prix d'une guerre.

Fin

La semaine en ...

2-Syrie

a) L’opposition syrienne financée par Bush mais aussi par Obama.

b) Gilles Munier : Syrie, Libye - Comment la CIA provoque des ’révolutions’ dans les pays qu’elle veut soumettre.

c) Gilles Munier :  La Syrie, prochaine cible de l'OTAN ?

d) Bachar el-Assad lève l’état d’urgence en Syrie.

e) Manlio Dinucci : L’OTAN manque de bombes. Autres armes et avions pour la guerre.

f) Le chef d'état-major américain sceptique sur l'issue de l'opération en Libye

La semaine en ...

3 - Côte d'Ivoire

a) Bombardement massifs à Yopougon d'Abidjan.

b) Après avoir installé le chaos en Côte d’Ivoire, La France recolonise le pays.

La semaine en ...

4 Bahreïn

a) Alain Gresh : Silence sur Bahreïn.



Tiré à part

Barack Obama autorise l'utilisation de drones américains armés en Libye

Le président Barack Obama a approuvé l'utilisation de drones armés en Libye, autorisant les frappes aériennes américaines contre les forces au sol pour la première fois depuis que les États-Unis ont transféré le contrôle de l'opération à l'OTAN, le 4 avril.

Ce sera aussi la première fois que des drones seront utilisés pour mener des frappes aériennes depuis le début du conflit en Libye le 19 mars, même si des drones effectuent fréquemment des missions de surveillance, a déclaré jeudi le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, à des journalistes réunis au Pentagone.

M. Gates a affirmé que les États-Unis fourniraient jusqu'à deux patrouilles aériennes de combat par jour, assurées par des drones Predator.

Le général James Cartwright, vice-président du Comité des chefs d'États-majors interarmées, a précisé que les drones pouvaient aider à contrecarrer les tactiques des forces de Mouammar Kadhafi, qui se déplacent dans des véhicules civils afin de se fondre dans les rangs des rebelles.

Le général Cartwright a expliqué que les drones avaient la capacité de voler à plus basse altitude, ce qui leur permet d'avoir une meilleure visibilité sur les cibles. Il a ajouté que ces appareils étaient particulièrement appropriés dans les zones urbaines.

Robert Gates a rejeté la prétention selon laquelle l'approbation des frappes de drones signifiait que les États-Unis glisseraient lentement vers un rôle plus actif dans les combats, malgré la promesse du président Obama de se limiter à fournir un soutien à l'OTAN.

Les États-Unis ont joué un rôle de premier plan dans les premiers jours du conflit en Libye. Mais les forces américaines étant occupées en Irak et en Afghanistan et dans les opérations humanitaires au Japon, le Pentagone a cédé le contrôle de la mission à l'OTAN, affirmant que les États-Unis ne mèneraient que des frappes aériennes limitées pour détruire les défenses aériennes des forces du colonel Kadhafi. Les États-Unis ne mèneront plus de frappes aériennes pour protéger la population civile, a dit le président Obama.

«Je crois que c'est un rôle additionnel très limité de notre part, mais il procure des capacités additionnelles à l'OTAN», a dit le secrétaire à la Défense. «Et si nous pouvons faire une modeste contribution avec ces Predators armés, nous allons la faire. (...) Je crois que personne d'entre nous ne voit cela comme un changement d'orientation de la mission.»

M. Gates a ajouté que Barack Obama avait été clair sur le fait qu'il n'y aurait pas de soldats américains déployés au sol, et que les principales frappes aériennes étaient de la responsabilité des alliés de l'OTAN.

Un premier drone Predator a tenté de mener une mission en Libye jeudi, mais l'appareil, armé de missiles Hellfire, a dû rebrousser chemin à cause du mauvais temps, sans avoir tiré une seule de ses munitions, a dit le général Cartwright.

De Lolita C. Baldor, Robert Burns, The Associated Press
http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5hKoq1qyBLYCHZf5e_2dLjOkgWKSg?docId=6636477

Copyright © 2011 The Canadian Press. Tous droits réservés.



Une semaine en ....

1- Lybie

Tant qu'à faire ...

a) La Gambie expulse l'ambassadeur libyen.

La Gambie a décidé d'expulser l'ambassadeur de Libye, fidèle à Moammar Kadhafi, en poste dans le pays, et a annoncé soutenir le Conseil national de transition (CNT), qui représente la rébellion libyenne. 

Dans un communiqué publié vendredi, le gouvernement gambien donne à l'ambassadeur et à ses collaborateurs libyens 72 heures pour quitter ce petit pays d'Afrique de l'Ouest enclavé dans le Sénégal. Les autorités annoncent également le gel des avoirs détenus en Gambie par le régime Kadhafi. 

Ceux-ci incluent deux hôtels cinq étoiles et un parc de loisir, et représentent un investissement important dans le pays. La Gambie explique que sa décision est motivée par les "atrocités" commises par le régime Kadhafi "contre des citoyens innocents".

The Associated PressAP –

22 avr. 2011


b) Smaïn Bédrouni : "la Libye est un pays magnifique ..."

Exclusif (LVO) : Smaïn Bédrouni le fondateur de "La Voix des Opprimés" est allé en Libye récemment et a fait une déclaration à son retour en France disant que "les médias racontent n'importe quoi concernant la situation en Libye. Ce qu'ils disent ne correspond pas du tout à la réalité.

Les journalistes semblent répondre uniquement aux besoins de l'agenda de la guerre.  

LVO : Vous venez de rentrer de Libye, comment est la situation sur place ? 

Smaïn Bédrouni : Entre deux bombardements de la coalition internationales, les villes sont paisibles, les habitants sont heureux et veulent qu'on les laisse vivre en paix.  Lorsqu'on se trouve sur place en Libye, on comprends vite que Kadhafi est le symbole National et que s'en prendre à sa personne, c'est porter atteinte à l'honneur de tout un peuple, un pays, une nation. Imaginez qu'en France on brûle le drapeau national en plein Paris devant l'Elysée, est ce que cela est toléré ? Je ne pense pas, les forces de polices vous arrêteraient immédiatement, s'ils vous voyaient tenter de brûler le drapeau tricolore. Si vous insultez sarkozy de dictateur, vous seriez tout de suite poursuivi par la justice pour diffamation. Alors de quel droit, les hommes politiques français se permettent-ils d'insulter le leader Libyen de dictateur ou de fou ? En insultant le leader de la révolution libyenne c'est toute l'histoire de la Libye et son peuple qu'ils insultent . Cela est très très grave de la part d'un pays qui se dit défenseur des droits de l'homme. 

 Tout cela ne ressemble à rien d'autre qu'une manipulation à grande échelle pour voler un pays, une nation prospère. 
La Libye est un pays en plein essor et ses infrastructures sont en plein développement, j'y ai vu de nombreux chantiers de constructions à l'arrêt à cause des bombardements de la coalition internationale. De magnifiques constructions sont en cours ou ont été réalisées, les habitants jouissent de conditions de vies que jalouseraient de nombreux pays du monde. Des villes entières ont été construites par l'Etat qui a distribué pratiquement gratuitement les maisons aux familles. Les libyens ne travaillent pratiquement pas, ils touchent un salaire mensuel des revenus du pétrole. Des nombreux immigrés viennent des quatre coins du monde pour travailler en Libye. Selon ce que m'ont dit des réfugiés africains qui quittaient le pays à cause des bombardements occidentaux, la Libye à toujours été un pays très accueillant et généreux mais les "rebelles" font la chasse aux africains noirs pour les massacrer car ils les accusent d'être des mercenaires. On y trouve une forte population d'africains, sans papier pour certains, travaillant depuis plusieurs années qui envoyaient de l'argent à leurs familles qui dépendaient de ces revenus pour vivre. Je ne sais pas ce que vont devenir ces familles qui n'ont plus rien pour vivre maintenant que leur fils, leur frère ou leur père ne travail plus et est obligé de rentrer au pays.

Quelle est la position du peuple concernant Kadhafi

Comme je viens de le dire, le peuple libyen veut garder son leader de la révolution qu'il considère comme son guide, son père, son fils, et son frère...
J'ai rencontré la population et j'ai filmé quelques témoignages de gens dans les rues de Tripoli et tous sans exception soutiennent Kadhafi et reprochent à la France ses agression injustifiées contre celui qu'ils considèrent comme le père de la Nation Libyenne.

Pourquoi êtes vous parti en Libye ?

 Je dirige une association qui œuvre pour le développement de l'Afrique et la Libye est un acteur incontournable de ce continent en matière de développement. Kadhafi est un africain qui aime vraiment toute l'Afrique et qui a fait beaucoup pour ce Continent, il travail depuis des années à la réalisation des Etats Unis d'Afrique et a proposé des solutions constructives afin de permettre à tous les pays membre des EUA de sortir du sous développement. Il est évident pour moi que c'est une des principales raisons pour laquelle Kadhafi est attaqué depuis tant d'années et que malgré ses actions positives ils veulent le faire passer pour un monstre. Les hommes politiques le jalousent de par sa position au niveau international car il a été désigné par les rois traditionnels et présidents africains comme leur roi et Imam des croyants. Aucun homme politiques à travers le monde n'a bénéficié d'une telle considération au niveau international. 

Etes-vous parti en Libye afin de soutenir Kadhafi ?

 Pas du tout , cela n'est pas l'objectif de notre association "Niaguis Développement durable" qui est une organisation non gouvernementale, nous ne dépendons d'aucun gouvernement et notre association populaire est au service des peuples. Ce qui m'a poussé à me rendre sur place, c'est mon désire de montrer au peuple libyen en tant que français que le peuple de France n'est pas d'accord avec la guerre et que nous sommes solidaires avec eux. Je suis allé à Bab Al-Azizya ou habite Kadhafi et j'ai parlé au micro devant les milliers de personnes qui étaient présentes, hommes femmes et enfants qui se rendent chaque jour et chaque nuit, sur place afin de protéger Kadhafi des bombardements "croisés". Le peuple est prêt à mourir pour lui, je pense que la communauté internationale à fait une énorme erreur en attaquant un symbole nationale et internationale comme Mou3ammar Kadhafi et que le temps donnera raison à la vérité. Les médias et les politiques peuvent mentir, comme ils le font toujours, mais à chaque fois avec le temps, le mensonge disparait pour laisser place à la vérité.  

Que dit la population libyenne au sujet de l'intervention de l'Occident ?

Nous avons parcouru plusieurs villes et rencontré les habitants. Tous nous ont dit être avec Kadhafi, "C'est notre Kadhafi à nous, c’est notre père, il est le fils de la Libye, le père de la révolution libyenne, notre symbole national, le frère guide, nous allons nous battre contre quiconque essais de toucher à notre Kadhafi, nous couperont toute main qui tenterait de l'approcher, nos bras, nos jambes, nos corps, nos têtes, nos âmes et nos biens, le peuple tout entier du plus petit au plus âgé est avec Mou3ammar." Les occidentaux ne sont pas venu pour la démocratie, ils sont venus pour le pétrole, vous mentez.../... Surtout pas Kadhafi, Obama.../... Sarkozy dégage.../... Allah, Mou3ammar, la Libye et c'est tout !"
Lorsque j'ai entendu ces propos j'ai été surpris. Je savais que les médias mentaient mais à ce point je n'aurais pas imaginé. J'ai interviewé ces personnes et je possède les vidéos que je garde à disposition des médias qui voudraient parler un peu de l'avis du peuple libyen.
J'en conclus donc que l'information que l'on donne est orientée afin de servir d'autres intérêts que ceux du peuple libyen. Comme on dit : "Broutez broutez moutons afin que l'on puisse vous tondre."
Je suis chercheur depuis plus de 20 ans dans ces domaines et j'ai acquis une certaine capacité d'analyse, j'ai tout de suite su que l'on arriverait à un échec de la part de la coalition internationale. Cela était évident. Lorsque j'ai expliqué cette réalités à certains de mes proches, on m'a regardé de haut, sauf quelques amis qui me connaissent depuis longtemps et qui ont compris la manipulation internationale des fausses révolutions populaires. 

Un artiste français s'est aussi rendu sur place en Libye, êtes vous au courant ? L'avez-vous rencontré?

Tout à fait, vous parlez de Dieudonné Mbala Mbala, nous nous sommes rendu ensemble en Libye avec Ginette Skandrani et Maria Poumier dans le cadre de la première commission d'enquête populaire pour la vérité sur la Libye" que nous avons mis en place au travers de nos différentes associations.

Vous étiez ensemble ? Mais pourquoi n'êtes vous pas intervenu à travers les médias français au moment ou Dieudo, Ginette et Maria ont donné leur conférence de presse ?

Je m'y trouvais mais je ne voulais pas spécialement intervenir car les journalistes sont tellement en décalage par rapport à la réalité que je pense qu'ils ne sont pas prêts à diffuser toute la vérité sur la Libye pour le moment. j'ai quand même parlé à quelques journalistes après la conférence de presse hors caméra et ils sont tombés des nues lorsque je leur ai donné quelques informations sur la situation réelle.

A Tripoli, nous avons donné une conférence de presse et les journalistes présents étaient très en colère après nous, voyant que nous allions à contre courant de ce qu'ils disaient. Nous leurs avons rappelé leur responsabilité en matière d'information ensuite ils font ce qu'ils veulent. Mais en ce qui nous concerne, nous avons vu par nous même la réalité sur place. J'ai vu le quartier Al-Fashlum à Tripoli, ses rues, ses commerces, ses belles villas et ses routes intactes alors que les médias nous avaient dit que l'aviation de Kadhafi avait bombardé ce quartier. La vie y était normale, les boutiques ouvertes les passants dans les rues vivaient normalement comme dans n'importe quelle ville du monde, les médias avaient encore menti comme ils l'on fait au sujet de Ginette, Maria et Dieudo et comme ils l'on fait à mon sujet durant toutes ces années depuis 2001.   Lorsque nous étions en Libye les médias étaient encore en trains de mentir sur Dieudonné en disant qu'il était parti pour visiter les bases militaires et rencontrer Kadhafi. J'étais sur place et je peux vous assurer que tout cela est faux. Pour moi le mensonge est flagrant. A notre retour en France, un journal suisse à voulu faire plus que les autres médias et il est allé jusqu'à inventer que Dieudonné allait organiser des attentats en France... De la vrai science fiction.

Je pense que dans quelques jours les médias vont enfin pouvoir parler des crimes commis par la coalition internationale contre le peuple libyen, des bombardements des hôpitaux civiles et des villes comme Sabha et autres soumises des nuits entières aux raids de l'aviation occidentale. La coalition internationale a commis des crimes contre l'humanité en Libye et ce sera difficilement avouable de leur part, ils vont surement parler d'accidents ou d'erreurs, ou même de dégâts collatéraux. j'ai apporté avec moi de Libye des images de ce qui s'est passé. 

Vous n'avez pas confiance aux médias, pourquoi ?  

Il y a dix ans j'ai aussi été moi-même diabolisé par ces mêmes médias, parce que j'avais dénoncé des réseaux de pédophilie ainsi que leurs mensonges concernant le 911. Pour la petite histoire, ces "journaleux" m'ont qualifié de terroriste islamiste, intégriste, antisémite et toute la clique... de quoi me faire passer dix fois sous la guillotine ou sur le brasier.
Voila ce que ca coute d'oeuvrer pour les droits de l'homme et de donner un avis dans un pays démocratique tel que la France. C'est dommage car ce n'est pas l'idée que j'avais de la démocratie.

Lorsque j'étais en Libye j'ai critiqué volontairement Kadhafi afin de voir la réaction des gens, j'ai dis qu'il était un dictateur et que la presse nous rapportaient la vérité. Vous savez qu'elle a été la réaction des gens dans les rues ? Ils m'ont parlé avec beaucoup de sagesse et arguments en me parlant de la réelle personnalité de Kadhafi, de sa proximité avec son peuple, de sa dévotion et humilité, de toutes ces qualités qui font de nous un homme honnête et bon. Ils m'ont parlé de tout ce qu'il a fait pour son peuple et pour l'Afrique. Je vous avoue que je me suis dit à ce moment la que si c'est ça un dictateur, alors comment devons nous qualifier nos chef d'Etats à nous dans nos démocraties. je me suis retrouvé ridicule, j'avais vraiment honte que mon pays soit à l'origine de l'agression contre la Libye.

Les médias racontent n'importe quoi concernant la situation en Libye. Ce qu'ils disent ne correspond pas du tout à la réalité. Les journalistes semblent répondre uniquement aux besoins de l'agenda de la guerre. La réalité sur place est que la Libye est un pays magnifique et sa population est avec son leader.  
Comme je vous l'ai dit, ce sont les journalistes sur place qui mentent. Ceux que j'ai vu étaient tous à Tripoli. Ils résidaient dans le plus prestigieux hotel de la capitale aux frais du peuple Libyen, nourris des meilleurs plats, logés dans le plus grand confort, disposant de toutes les technologies de communications, ils n'ont fait à ma connaissance pratiquement aucun travail de recherche sérieux afin de connaître la vérité en Libye. Tout ce qu'ils faisaient consistait à rédiger des articles dans le but de justifier l'agenda de la guerre que leurs chefs en Europe ou en Amérique leurs avaient imposé. Ils étaient vraiment organisés comme des soldats de la propagande de guerre. Nous leurs avons donné une conférence de presse et raconté une toute petite partie de ce que nous avions vu sur place et ils semblaient très gênés pour certains d'entre eux et très en colère pour les autres d’être dévoilés. Le plus dangereux en Libye ce n'est certainement pas Kadhafi contrairement à ce que l'on a essayé de nous faire croire mais les journalistes qui soutiennent une politique internationale qui soutien des groupes armés terroristes qui tentent de prendre le contrôle du pétrole et des armes de la Libye avec le soutien de la communauté internationale.

Avez-vous eu peur d'aller en Libye ?

Avant de partir, j'avais assez peur à cause de ce que nous racontaient les médias mais lors de notre voyage et pendant toute la duré du séjour, je n'ai à aucun moment ressenti une peur quelconque au contraire, je me sentais très bien mais le pays était en danger, il était agressé par des bandes armées soutenues par les armées de la coalition internationale et c'est ce grand danger qui est apparu de manière flagrante pour la population.

Dans toute cette histoire ce sont certainement les médias qui poussent les populations occidentales à accepter des agressions contre des pays souverains au mépris du droit international. Que nos politiques fassent les voyous, nous en avions déjà l'habitude mais que les professionnels des médias qui n'ont d'autre solution pour vivre que de faire la propagande des criminels de guerre ne fassent rien pour empêcher le sang des innocents opprimés de couler est une chose que ni les peuples du monde, ni l’histoire ne pourront oublier. 

Smaïn Bédrouni

Orientz - www.stcom.net

http://news.stcom.net:80/modules.php?name=News&file=article&sid=6047

AP


c) Manlio Dinucci : La rapine du siècle : l’assaut des « volontaires » sur les fonds souverains libyens.

L’objectif de la guerre en Libye n’est pas seulement le pétrole, dont les réserves (estimées à 60 milliards de barils) sont les plus grosses d’Afrique et les coûts d’extraction parmi les plus bas du monde, ni le gaz naturel dont les réserves sont estimées à environ 1.500 milliards de m3. Dans le viseur des « volontaires » de l’opération « Protecteur unifié » il y a aussi les fonds souverains, les capitaux que l’Etat libyen a investi à l’étranger.

 Les fonds souverains gérés par la Libyan Investment Authority (Lia) sont estimés à environ 70 milliards de dollars, qui grimpent à plus de 150 si l’on inclut les investissements étrangers de la Banque centrale et d’autres organismes. Et ils pourraient être plus importants encore. Même s’ils sont inférieurs à ceux de l’Arabie saoudite ou du Koweït, les fonds souverains libyens se sont caractérisés par leur croissance rapide. Quand la Lia a été constituée en 2006, elle disposait de 40 milliards de dollars. En cinq années à peine, elle a effectué des investissements dans plus de cent sociétés nord-africaines, asiatiques, européennes, nord-américaines et sud-américaines : holding, banques, immobilier, industrie, compagnies pétrolières et autres.

 

En Italie les principaux investissements libyens sont ceux effectués dans UniCredit Banca (dont Lia et la Banque centrale libyenne possèdent 7,5%), dans Finmeccanica (2%) et Eni (1%) : ces investissements et d’autres (dont 7,5% au Juventus Football Club) ont une  signification plus politique qu’économique (ils se montent à environ 4 milliards de dollars).

 

La Libye, après que Washington l’ait effacée de sa liste de proscription des « Etats voyous », a essayé de se refaire une place à un niveau international en misant sur la « diplomatie des fonds souverains ». Quand les Etats-Unis et l’Union européenne ont révoqué leur embargo de 2004 et les grandes compagnies pétrolières sont revenues dans le pays, Tripoli a pu disposer d’un surplus commercial d’environ 30 milliards de dollars annuels qu’il a destiné en grande partie aux investissements étrangers. La gestion des fonds souverains a cependant créé un nouveau mécanisme de pouvoir et corruption, aux mains de ministres et hauts fonctionnaires, qui a probablement échappé au contrôle de Kadhafi lui-même : confirmé par le fait qu’en 2009, ce dernier a proposé que les 30 milliards de dividendes pétroliers allassent « directement au peuple libyen ». Ceci a accentué les fractures à l’intérieur du gouvernement libyen.

 

C’est sur ces fractures que se sont appuyés les cercles dominants étasuniens et européens qui, avant d’attaquer militairement la Libye pour mettre la main sur sa richesse énergétique, se sont appropriés les fonds souverains libyens. Cette opération a été favorisée par le représentant même de la Libyan Investment Authority, Mohamed Layas : comme le révèle un câblogramme exfiltré à travers Wikileaks, le 20 janvier Layas a informé l’ambassadeur étasunien à Tripoli que la Lia avait déposé 32 milliards de dollars dans des banques étasuniennes. Cinq semaines plus tard, le 28 février, le Trésor étasunien les a « gelés ». Selon les déclarations officielles, c’est « la plus grosse somme d’argent jamais bloquée aux Etats-Unis », que Washington garde « en dépôt pour l’avenir de la Libye ». Elle servira en réalité pour une injection de capitaux dans l’économie étasunienne toujours plus endettée. Quelques jours plus tard, l’Union européenne a « gelé » environ 45 milliards d’euros de fonds libyens.

 

L’assaut sur les fonds libyens aura un impact particulièrement fort en Afrique. Ici, la Libyan Arab African Investment Company a effectué des investissements dans plus de 25 pays, dont 22 en Afrique sub-saharienne, en programmant de les augmenter dans les cinq prochaines années, surtout dans les secteurs minier, manufacturier, touristique et dans celui des télécommunications. Les investissements libyens ont été décisifs dans la réalisation du premier satellite de télécommunications de la Rascom (Regional African Satellite Communications Organization) qui, mis en orbite en août 2010, permet aux pays africains de commencer à se rendre indépendants des réseaux satellitaires étasuniens et européens, en réalisant ainsi une économie annuelle de centaines de millions de dollars. 

Plus importants encore ont été les investissements libyens dans la réalisation des trois organismes financiers lancés par l’Union africaine : la Banque africaine d’investissement, dont le siège est à Tripoli ; le Fond monétaire africain, siége à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, siège à Abuja (Nigeria). Le développement de ces organismes permettrait aux pays africains d’échapper au contrôle de la Banque mondiale et du Fond monétaire international, tous deux instruments de domination néo-coloniale, et marquerait la fin du franc Cfa, la monnaie que sont obligés d’utiliser 14 pays, ex-colonies françaises. Le gel des fonds libyens assène un coup très dur à tout le projet. Les armes utilisées par les « volontaires » ne sont pas seulement celles de l’opération « Protecteur unifié ».

Edition de vendredi 22 avril 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110422/manip2pg/09/manip2pz/301857/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


d) Daniel Lagot : Gaza, Lybie,… : ambiguïtés et détournements du droit international humanitaire. 

On a beaucoup dit, à propos de la position récente du juge Goldstone sur Gaza, qu’il s’est renié. On a aussi beaucoup dénoncé à juste titre le système « deux poids-deux mesures » appliqué au niveau international. Pour mieux comprendre ce qu’il en est, ce qu’est le droit international humanitaire et la manière dont les pays occidentaux l’utilisent et le détournent à leur profit, rappelons d’abord quelques aspects peu connus de ce droit.

   Droit international humanitaire et pertes civiles

    Il repose d’abord dans ce domaine sur les traités. Les Conventions de Genève (1949), ratifiées par tous les pays, protègent entre autres les personnes « au pouvoir d’une partie au conflit ou d’une puissance occupante » contre les atteintes à leur intégrité physique, ce qui peut s’appliquer au cas d’attaques contre des populations dans des zones ou territoires où n’a pas ou plus lieu de conflit armé (voir ci-dessous le cas de Gaza), mais elles ne protègent pas les populations civiles contre les effets des hostilités en cours de conflit. C’est leur Protocole additionnel I de 1977 qui est une avancée majeure dans ce domaine. Il s’applique aux conflits entre Etats ainsi qu’aux « luttes des peuples contre la domination coloniale, l’occupation étrangère ou les régimes racistes », et a été ratifié par 171 pays, mais pas par les Etats-Unis ou Israël et avec des réserves au sens juridique par les grands pays occidentaux européens. Le Statut de la CPI, Cour pénale internationale (1998), a, lui, été ratifié par 114 pays. Il a été mis au point sous influence occidentale y compris des Etats-Unis même s’ils trouvent plus commode de ne pas le ratifier, et il est en net recul par rapport au Protocole dans le domaine qui nous concerne ici : voir ci-dessous. Le « droit coutumier », notion cependant incertaine, est supposé représenter de son côté le droit tel qu’il semble s’imposer, que les Etats aient ou non ratifié tel ou tel traité. Y sont entre autres des crimes de guerre, dont les responsables devraient être poursuivis au niveau international i) les attaques intentionnelles contre des populations civiles et ii) les attaques visant des objectifs militaires mais pouvant causer des pertes civiles (« dommages collatéraux ») trop graves et/ou disproportionnées.

    Il n’y a cependant pas consensus sur les énoncés précis de ces principes. Sur le point i), le Protocole précise que la présence de non civils isolés « ne prive pas la population de sa qualité civile », précision non reprise dans le Statut de la CPI  qui parle d’attaques intentionnelles contre les populations « en tant que telles ». Sur le point ii), le Protocole interdit les attaques « indiscriminées », ne pouvant pas viser de manière précise un objectif militaire déterminé et susceptibles de causer incidemment des pertes civiles « excessives par rapport à l’avantage militaire direct et concret attendu ». Elles y sont des crimes de guerre si elles sont menées en sachant qu’elles vont causer de telles pertes. Le Statut de la CPI ne reprend pas cette définition des attaques indiscriminées et définit comme crimes de guerre, dans le cas de conflits entre Etats, les attaques menées en sachant qu’elles vont causer des pertes civiles « qui seraient manifestement excessives par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire…». Il ne donne pas de règle sur les « dommages collatéraux » pour les conflits internes à un pays.

     La notion d’ensemble de l’avantage militaire a plusieurs interprétations, dont celle des grands pays occidentaux européens lors de leur ratification du Protocole selon laquelle « l’avantage militaire doit désigner celui de l’ensemble de l’attaque et non de ses parties isolées ou particulières » donnant au mot attaque le sens d’un ensemble d’opérations militaires. Les changements par rapport au Protocole renforcent l’ambiguïté qui y était encore en partie présente, et rendent difficile des poursuites contre les dirigeants responsables de politiques de bombardements causant de graves pertes civiles sauf à prouver leur intention d’attaquer les populations en tant que telles (voir cas de Gaza ci-dessous).

     Le Statut de la CPI affirme définir « le cadre établi du droit international » et n’a pas été modifié sur les points i) et ii) lors de sa révision en juin 2010 en dépit de tout ce qui s’est passé de 1998 à nos jours. Une étude de 2005 du CICR, Comité international de la Croix-Rouge, sur le droit coutumier avait entretemps repris sur le point i) la formulation de la CPI et sur le point ii) la notion d’attaque indiscriminée du Protocole et des formules intermédiaires entre celles du Protocole et du Statut, pour tous les conflits armés, y compris internes. L’étude constate les problèmes posés par le Statut, en cherchant à en diminuer l’importance avec des arguments peu convaincants. Le rapport Goldstone fin 2009 ne donne pas de formulations précises mais sa teneur générale est assez proche du Protocole ou de l’étude du CICR.

 

     Gaza, rapport Goldstone (2009) et position récente (2011) du  juge Goldstone

     Le rapport, sans être le jugement d’un tribunal, mettait fortement en cause Israël, suggérait qu’il y aurait eu de sa part crimes de guerre, voire contre l’humanité (politique d’attaque systématique et généralisée contre une population civile, en temps de guerre ou en l’absence de conflit armé à proprement parler), et pointait vers une responsabilité éventuelle à un niveau élevé. Le juge Goldstone présente un point de vue plus favorable à Israël dans un article récent du Washington Post, en tenant compte, dit-il, de ce qu’il a appris depuis. S’est-il « renié » ? Le rapport demandait des enquêtes sérieuses de la part d’Israël. Le juge considère aujourd’hui qu’elles ont largement eu lieu et ont abouti ou pourraient aboutir à la mise en cause de quelques subalternes dans des cas d’attaques délibérées contre des civils, mais il pense aujourd’hui qu’il n’y a pas intention des dirigeants israéliens d’attaquer les civils en tant que tels…, et il semble reprendre la thèse d’Israël, qui est aussi (malgré quelques réserves) celle des pays occidentaux, selon laquelle les pertes civiles ont certes été très regrettables mais non « manifestement » excessives par rapport à l’ « ensemble » de l’avantage militaire qui était attendu de l’attaque Plomb durci, à savoir assurer la sécurité d’Israël en détruisant l’ « organisation terroriste du Hamas ».

    Qu’en est-il ? On peut penser que les dirigeants souhaitaient attaquer les civils « en tant que tels », mais il est difficile de l’affirmer. Ce qui est clair est que les ordres étaient de bombarder en y « mettant le paquet », et tant pis pour les « dommages collatéraux », dès lors qu’une présence ennemie même isolée était soupçonnée ou qu’un objectif civil était selon Israël susceptible de contribuer à la résistance palestinienne. Crime de guerre ? Oui selon le Protocole, situation beaucoup moins claire selon le Statut de la CPI.

      Quant aux Conventions de Genève, le rapport Goldstone suggère que Gaza serait toujours au pouvoir d’Israël via entre autres le blocus, et territoire occupé sur le plan juridique malgré une administration palestinienne à laquelle auraient été délégués des pouvoirs limités. L’attaque Plomb durci aurait ainsi eu lieu contre une population en son pouvoir, en l’absence de conflit armé à proprement parler. Cette thèse, cependant controversée, est abandonnée aujourd’hui par le juge. Israël estime, lui, bien entendu qu’il y avait conflit armé : tirs palestiniens de roquettes vers Israël,….Selon le rappor, ces tirs sont aussi des crimes de guerre, voire contre l’humanité et, sans mettre directement en cause le Hamas, le rapport lui demandait des enquêtes sérieuses et des poursuites contre les responsables. Le juge considère aujourd’hui qu’elles n’ont pas eu lieu et que l’attaque Plomb durci aurait été justifiée par ces tirs. Sont-ils des crimes de guerre ? Oui selon le Protocole, même s’ils n’ont fait que peu de victimes. Les palestiniens, s’ils s’appuient sur le Statut de la CPI, peuvent cependant dire qu’il ne s’agissait pas d’attaque contre une population civile « en tant que telle » mais de tirs au hasard vers un territoire occupé par l’ennemi sans intention d’atteindre les civils.

  

     Le cas de la Lybie

     La Charte de l’ONU interdit les interventions militaires, y compris des Nations Unies, contre un pays, sauf en cas de « menace contre la paix et la sécurité internationales ». Selon la résolution 1674 du Conseil de sécurité sur la « responsabilité de protéger » , « le fait de prendre délibérément pour cible des civils et de commettre des violations systématiques, flagrantes et généralisées du droit international humanitaire et des droits de l’homme peut constituer une telle menace… ». Pour les pays occidentaux, ce n’était évidemment pas le cas à Gaza, mais il s’agissait bien entendu d’une politique délibérée d’attaques systématiques et généralisées contre les populations civiles de la part du gouvernement lybien, justifiant l’intervention militaire « pour protéger les civils » selon la résolution 1973. Et, selon ces mêmes pays, il fallait attaquer dans ce but et détruire l’armée gouvernementale lybienne…au prix d’autres pertes civiles très probablement, en écartant toute possibilité de dialogue.

    S’il y a clairement eu crimes avant et pendant la guerre civile, dont on souhaiterait que les responsables soient poursuivis et jugés, les informations ne semblent pourtant pas permettre de confirmer la thèse occidentale d’attaque généralisée contre les populations civiles, ce que ne confirme pas le CICR. Mais, après avoir affaibli le droit international humanitaire à leur profit, les pays occidentaux ne pouvaient  pas s’appuyer sur les « dommages collatéraux » éventuels, et utilisent donc ces affirmations, comme cela a aussi été le cas en Côte d’Ivoire.

    On ne peut que dénoncer la manière dont les pays occidentaux ont tout d’abord affaibli le droit international humanitaire, puis le détournent à leur profit, et souhaiter, ce qui est peu réaliste à ce jour, que l’opinion internationale puisse imposer un vrai droit international humanitaire, dans la ligne du Protocole I de 1977, s’appliquant également à tous et permettant à la fois de rendre les guerres moins inhumaines et de rendre les agressions et crimes des pays les plus puissants plus difficiles, en limitant fortement l’emploi de leurs moyens militaires,…par exemple en interdisant de manière générale les bombardements aériens ou  les « armes lourdes », comme le préconisent les résolutions récentes du Conseil à sens unique.

     Je vous envoie ci-joint un texte que vous pouvez utiliser a votre convenance, si vous le souhaitez. J'y discute certains aspects lies a Gaza (declarations recentes du juge Goldstone,...), la Lybie,...en essayant de les clarifier de maniere plus precise.

     Cordialement,

Daniel Lagot, président de l’Association pour le droit international humanitaire, France


e) Philippe Leymarie : Le prix d'une guerre.

Philippe Leymarie, collaborateur du Monde diplomatique, a été chargé des questions africaines et de défense sur Radio-France internationale (RFI). Il est l’auteur, avec Thierry Perret, des 100 Clés de l’Afrique (Hachette littérature, 2006).

Les guerres, combien ça coûte – et par exemple celle que mène la France en Libye ? Cette question, volontiers considérée comme « triviale » à l’heure des grandes envolées humanitaro-onusiennes, a reçu de l’actuel ministre français de la défense, Gérard Longuet, une réponse fort churchillienne : « Ça coûtera beaucoup moins cher que le déshonneur de voir un peuple se faire massacrer. » Tant de soudaine sollicitude pour les peuples souffrants de la planète ne manque pas d’émouvoir. Mais n’empêche pas de tenter une estimation des coûts et surcoûts de ce que la communauté militaire nomme les « opérations extérieures »…

Table des matières

C’est un propos de Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances du roi Louis XIV : « Celui qui fait la guerre à meilleur marché est assurément supérieur à l’autre » [1].

Les soucis des gestionnaires actuels ne sont pas moindres. Eric Querenet de Breville, sous-directeur à la Direction du budget, se plaignait récemment devant des députés de ne pouvoir discerner les contours financiers des « opex » [2] : « La budgétisation et le financement des opérations extérieures sont un exercice difficile, qui s’apparente à du tir sur une cible mobile, se déformant dans le temps, dont la position nous est notifiée par le ministre de la défense sans qu’on puisse la vérifier, et dont la taille est approximative, puisqu’il s’agit d’une dépense évaluative ».

Jean-Paul Hébert [3], rappelait que les « coûts » dont on parle à propos des « opex » sont en réalité des surcoûts : il s’agit de la différence imputable à l’opération examinée par rapport au coût de l’unité en fonctionnement « normal », sur le territoire national.

Faute d’avoir accès aux documents comptables officiels, cet économiste spécialiste des questions de défense avait dû dépouiller cinquante trois rapports parlementaires pour tenter de rédiger un article sur « le coût des opex françaises » (Arès n°60, décembre 2008) : ces rapports fournissaient des informations parfois contradictoires, entre lesquelles il avait dû arbitrer. Au total, il estimait à 20 milliards les surcoûts en question, entre 1976 et 2008, soit entre 1,5 et 2 % du budget de la défense voté en loi de finances initiale.

Le jeu des relèves

Ce montant, qui a eu tendance à gonfler au début des années 1990, puis à partir de 2000, n’incluait que les engagements exceptionnels et réputés provisoires (même s’ils ont duré plus de vingt ans, comme au Tchad…), et non les frais occasionnés par les autres stationnements hors Hexagone : les 17 000 hommes en « forces de souveraineté » (en 2007), essentiellement dans les Dom-Tom ; et les 6 000 hommes des « forces de présence » (les bases permanentes en Afrique).

En ce début 2011, l’effectif des militaires directement engagés en « opex » est de 13 000 hommes environ, ce qui ne comprend pas les personnels d’état-major et de soutien des centres de commandement et bases dans l’Hexagone, mobilisés pour l’occasion. En outre, les militaires en « opex » sont relevés d’habitude tous les quatre mois (6 mois pour l’Afghanistan, 20 jours pour les pilotes), ce qui multiplie les effectifs …

Par ailleurs, les personnels dans les bases permanentes bénéficient d’une « indemnité de sujétion pour service à l’étranger », et les militaires en « opex » d’une prime de combat, avec pour tous des régimes particuliers de permissions. L’évaluation des surcoûts est encore rendue plus complexe à propos du matériel : on peut l’évaluer en quantité, mais est-ce à la valeur d’acquisition à l’origine, ou à leur valeur de remplacement ? En outre, le matériel est beaucoup plus sollicité, avec un taux d’usure et donc un coût de maintien en condition opérationnelle (MCO) plus important ; enfin, une partie est perdue au combat, ou laissée sur place (armement, véhicules, infrastructures), avec là encore un choix difficile entre valeur de remplacement ou valeur d’inventaire…

A la louche

Sans prétendre atteindre un tel degré de finesse financière, on peut tenter de cerner grossièrement les coûts des trois conflits les plus chauds du moment, auxquels participent les armées françaises : Côte d’Ivoire, Libye, Afghanistan (les autres opex « lourdes » mais moins actives sont le Liban et le Tchad). Et d’abord de la plus spectaculaire – la Libye – sachant que :

— l’heure de vol d’un chasseur Rafale est évaluée entre 12 000 et 20 000 euros (selon ce qu’on y inclut) ;

— une quarantaine de chasseurs français sont engagés dans les frappes en Libye depuis un mois (seize sur le porte-avions Charles de Gaulle, vingt-quatre sur la base de Solenzara en Corse) ;

— une vingtaine d’avions-radars, de ravitaillement ou de transport tactique (basés à Istres, Avord, Orléans) sont également mobilisés ;

— l’ensemble de ces appareils effectuent environ trente sorties par jour (soit neuf cents sorties environ, côté français, depuis le déclenchement des frappes) ;

— 3 200 militaires (2 600 sur les bateaux, 600 sur les bases à terre) interviennent directement ;

— l’heure de fonctionnement du porte-avions et de son escorte (présents sur zone depuis plus de trois semaines) peut être évaluée à 45 000 euros, environ (soit près d’un million par jour) ;

— un missile de croisière Scalp (équivalent du Tomahawk américain) vaut 750 000 euros (il en a été tiré onze par l’aviation française), les A2SM 150 à 200 000 euros, les bombes guidées GBU 50 000 euros l’unité ;

— une partie des heures de vol et des tirs peuvent être comptabilisés dans les quotas d’entraînement, quitte bien sûr à « lisser » ensuite au maximum les dépenses sur ces postes ;

— le tout dans un contexte de forte augmentation du coût des carburants (25 dollars de plus le baril, depuis la révolte en Tunisie)

Bref, sachant tout cela, et à la louche, on arrive à un coût (qui n’est qu’en partie un « surcoût » …) d’un montant d’un million et demi d’euros, en moyenne, par journée d’intervention en Libye, pour ce qui est des hommes et des matériels, compte non tenu des munitions (dont l’usage est très variable suivant les jours ou périodes).

Tendance à l’enlisement

Les Américains (dominants durant les deux premières semaines) s’étant retirés des frappes et ayant passé le commandement opérationnel à l’OTAN, la France et la Grande-Bretagne assurent pratiquement la moitié des actions offensives dans le ciel libyen. Pour la France seule, qui se veut leader « politique » de l’opération, la participation se monte à 20 % environ de l’effort général (lors de l’intervention au Kosovo, qui avait duré quatre-vingts jours, la France avait assuré un dixième de l’effort de la coalition).

En ces temps de restrictions budgétaires, et de baisse tendancielle de la plupart des crédits de défense, en tout cas dans les Etats européens, on est en droit de s’interroger sur le financement de surcoûts dus à des « aventures » militaires qui (comme c’est presque toujours le cas) ont, au surplus, tendance à s’enliser : l’opération en Afghanistan depuis 2002, Licorne en Côte d’Ivoire depuis 2004, l’actuelle intervention au Liban depuis 2008…

Dans l’immédiat, assure-ton officiellement, l’enveloppe « opex » prévue par avance dans le budget 2011 (soit 900 millions d’euros, contre 861 en 2010) épongerait le surcoût libyen … si du moins l’engagement ne s’éternise pas – car cela pourrait poser, notamment à l’armée de l’air, des problèmes sur les aéronefs, les personnels, et les munitions.

Le « Bush français »

Selon le porte-parole du ministère de la défense, « le niveau actuel des engagements français ne représente pas un pic, et reste en phase avec les moyens et le contrat opérationnel des armées », tel qu’il est défini par le Livre blanc de la défense, paru en 2008 [4]. Et on fait valoir que, pour renforcer Licorne en Côte d’Ivoire (passée de 900 à 1 800 hommes en quelques semaines), il a suffi de différer la relève d’unités sur place, et de prélever des compagnies déployées sur les bases au Gabon et au Tchad. Le coût annuel de la présence en Côte d’Ivoire en 2010 a été de 150 millions d’euros, et de 450 millions au bas mot pour l’engagement en Afghanistan.

Le surcoût d’ensemble des « opex » devrait cependant dépasser le milliard d’euros cette année (assez loin des 70 à 80 milliards de dollars de rallonge que l’ex-président américain George W. Bush demandait chaque année au Sénat pour financer ses guerres en Irak et en Afghanistan…). Une ardoise qui s’ajoutera à la considérable dette publique française, mais qui – pour celui qu’aux Etats-Unis on commence justement à appeler le « Bush français » – peut paraître modeste, si on la rapproche de retombées « immatérielles » : des guerres pour fabriquer du consensus hexagonal, et un président-chef de guerre pour tenter d’en cueillir les fruits, à un an de l’élection présidentielle [5] et faire oublier le social ; du grain à moudre pour les armées ; une vitrine pour les exportations (et notamment pour l’invendable Rafale de Dassault, à deux mois du Salon aéronautique du Bourget)…

Notes

[1] Cité par « Mon blog défense », 8 avril 2011.

[2] Audition du 5 mai 2009, mission d’évaluation et de contrôle du financement des opérations militaires extérieures, Assemblée nationale.

[3] Chercheur à l’EPHESS, où il animait un séminaire sur l’industrie de l’armement, jusqu’à son décès en juillet 2010.

[4] Cf. Nathalie Guibert, « Le temps, principal ennemi de l’armée française », Le Monde, 9 avril 2011.

[5] La classe politique, à quelques extrêmes près, ne trouve rien à y redire. 

 Philippe Leymarie

Vendredi 15 avril 2011

Philippe Leymarie, collaborateur du Monde diplomatique, a été chargé des questions africaines et de défense sur Radio-France internationale

Olivier MONTULET

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