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27/04/2011

n°13 - Journal de Côte d'Ivoire - 14-04 au 27-04 – Fin - Après avoir installé le chaos en Côte d'Ivoire, la France recolonise le pays.!!!


n°13 - Journal de Côte d'Ivoire  - 14-04 au 27-04 – Fin - Après avoir installé le chaos en Côte d'Ivoire, la France recolonise le pays.!!!



Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



       Journal de Côte d’Ivoire  

n°13                              14-04 au 27-04

    C.Debroeder &  M.Lemaire



Le journal de Côte d'Ivoire se retrouve

a) sur nos  blogs :  http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                             http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

c) sur le site de Eva Resis :  no-war.over-blog.com

d) Et Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

4 Médias

4-1 2 vidéos : les barbares.

4-3  Côte d’ivoire - Gbagbo 15 avril 2011 - Ben Vautier, Jacques Vergès chez Taddéi.

5  Dossier

5-1 ATTAC, CADTM : Contre les agressions impérialistes françaises en Afrique.

5-2 Djamel Labidi : Côte d'Ivoire, Lybie : Faits et méfaits du "droit d'ingérence".

5-3 Djamel Labidi : LE RÉGIME OUATTARA OU LA NAISSANCE D’UNE DICTATURE INCONTRÔLÉE!

6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net 

6-1 LE DERNIER DEGRÉ DE L’HYPOCRISIE.

6-2 Dernière lettre de Patrice Lumumba à son épouse – Une épître réécrite en Cote d’Ivoire en 2011.

7 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

7-1 Yahia Gouasmi : La France de Sarkozy poursuit sa colonisation de l'Afrique et du monde arabo-musulman..

7-2 Cote d'Ivoire, Libye même armée, même argumentaire, même combat.

8 Annexe

8-1 Ann Talbot : Des Massacres… France et L’ONU responsables.

8-2 Pascal Affi N’guessan: Déclaration du Front populaire ivoirien (FPI)


4 Médias

4-1 2 vidéos : les barbares

1- http://atlasalternatif.over-blog.com/article-gbagbo-arret...

2 < http://www.wat.tv/video/barbares-dans-residence-president... >

Jeudi 14 avril 2011


4-3  Côte d’ivoire - Gbagbo 15 avril 2011 - Ben Vautier, Jacques Vergès chez Taddéi

http://mai68.org/spip/spip.php?article2706



5  Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information 

5-1 ATTAC, CADTM : Contre les agressions impérialistes françaises en Afrique.

Les frappes françaises du 4 avril à Abidjan démontrent plus que jamais quelle option a choisi la France dans sa politique étrangère en Afrique. En détruisant aujourd’hui ce qu’il a « aidé » à construire hier sous le règne d’Houphouët Boigny à coup de prêt à taux préférentiels et d’aide liée, le gouvernement français confirme aux yeux du monde son image de force impérialiste en Afrique au service du capital international.

Après avoir poussé la communauté internationale à intervenir contre le régime Khadafi, anciennement ami de Mr Sarkozy et entraîné la Lybie vers une guerre civile déstabilisante pour tout le Maghreb, la France, par cette dernière action plonge toute la nation ivoirienne vers le déchirement et renforce un peu plus le sentiment francophobe dans ce pays autrefois considéré comme un miracle économique du système libéral.

 

Le miracle ivoirien est bien loin et tout sera à reconstruire au sortir de cette guerre civile dont les plus grands vainqueurs seront les entreprises françaises, qui seront rappelées par leur ami Allassane Ouattara pour la reconstruction du pays. Et ce alors que depuis dix ans, ils ont aidé à le détruire, en finançant chacun des camps en conflit. L’histoire de la Côte d’Ivoire ces dix dernières années a été construite par des acteurs politiques véreux contre un peuple et son développement. Ce peuple meurtri dans son identité est entrain de vivre les moments les plus troubles de son existence après cinquante années « d’indépendance ».

 

En effet, traumatisée par un coup d’Etat militaire en décembre 1999, elle n’a pu se remettre d’une élection en 2000 qui, de mémoire, était tout aussi calamiteuse. Celle-ci ayant été animée par la rhétorique xénophobe issue d’un concept tant abject que trivial, résumé par le vocable « ivoirité ».

 

La suite, nous la connaissons : une rébellion qui va éclater le 19 septembre 2002, coupant le pays en deux. Après plusieurs accords politiques, une gestion collégiale du pouvoir intervient entre les deux parties ennemies. Le dernier des accords fut l’accord politique de Ouagadougou (APO), décidant de la tenue d’une élection présidentielle avec un code électoral spécial et de la mise sur pied d’une commission électorale particulière. Présentée comme l’issue finale après dix ans de conflit, dont les conséquences en vies humaines restent incalculables, cette élection voit sombrer définitivement un peuple autrefois envié de toute l’Afrique.

 

Des milliers de mort-e-s, de disparu-e-s et de réfugié-e-s pour en arriver à un coup de force impérialiste de la France et de l’ONU sans que l’Afrique ait son mot à dire.

 

En solidarité avec les peuples meurtris par les agressions, les réseaux CADTM Afrique et ATTAC Afrique appellent à une mobilisation des peuples contre les visées impérialistes du capitalisme néolibéral mondialisé en Côte d’ivoire, tout comme en Libye, et contre les interventions militaires françaises répétées en Afrique. Les réseaux ATTAC Afrique et CADTM Afrique exigent de la France le démantèlement de ses bases militaires en Afrique, par le biais desquelles elle continue sa politique néocoloniale sur le continent. 

Source : CADTM 

tiré d'Investig'action

12 avril 2011


5-2 Djamel Labidi : Côte d'Ivoire, Lybie : Faits et méfaits du "droit d'ingérence"

Après la Lybie, la France intervient en Côte d'Ivoire. 

On pourrait tout autant dire  qu'avant la Lybie, la France était intervenue en Côte d'Ivoire, tant l'ingérence et l'intervention militaire de la France  ont été chroniques dans ce pays depuis son indépendance. En 2004, les troupes françaises avaient ouverts le feu sur la foule à Abidjan, faisant  90 morts et 2000  blessés.

Les deux interventions militaires, en Lybie et Côte d'Ivoire,  ont des points communs.

Tout d'abord la recherche de la  couverture  du Conseil de Sécurité de l'ONU pour légaliser  une ingérence flagrante dans les affaires d’un autre Etat. Pour ce qui est de  la Côte d’Ivoire, les forces de l’ONU n’ont été, d’évidence, qu’un paravent à l’intervention des forces françaises. Pour la Lybie, on sait comment la résolution 1973 a été manipulée et  violée, sans qu'une réelle opposition à  cela puisse s'imposer au sein du Conseil de sécurité

                                                    LE CONSEIL DE L'INSECURITE

Du fait de la répétition de ces pratiques, le Conseil de sécurité apparaît aujourd'hui comme l'organe d'une sorte de dictature mondiale à travers une alliance des principales puissances militaires occidentales, USA, Angleterre, France. Ces trois puissances  sont, en général partantes pour toutes les interventions militaires.

La Chine et la Russie, en pleine transition industrielle, n'ont d'évidence pas les moyens actuellement de s'opposer à cette domination. Elles réservent apparemment l'utilisation de leur droit de veto aux situations où leurs intérêts vitaux sont directement touchés, ce qu’évite d’ailleurs de faire les puissances occidentales.

Il s'agit d'une dictature, car la "Communauté internationale" à laquelle on se réfère, et qui est supposée fournir la justification morale à ces interventions, n'a jamais été aussi absente et silencieuse au sein de l'ONU. L'Assemblée générale de l'ONU, qui en est l’expression, ne joue plus le rôle de relai de l'opinion mondiale, qu’elle remplissait auparavant, quand elle avait par exemples condamné l'apartheid ou défini le sionisme comme une forme de racisme. Le rôle du Secrétaire général de l'ONU  semble, lui aussi,  se réduire de plus en plus à celui d’ un employé docile et effacé du Conseil de Sécurité, qui sert par sa présence d'alibi dans les conférences internationales, et qui n'ose même pas s'inquiéter de la bonne application et du respect des résolutions du Conseil de Sécurité.

Le Tribunal pénal international(TPI), conçu au départ comme un des instruments de la démocratie internationale, est peu à peu détourné, instrumentalisé au service d'une dictature internationale, selon le "deux poids, deux mesures". Les dirigeants occidentaux et pro-occidentaux  y bénéficient de l'immunité. Les morts civils des bombardements des forces militaires occidentales, sont des "bavures "ou des "dommages collatéraux", tandis que ceux causés par l'adversaire, ou attribués à lui, sont des "crimes contre l'humanité". Pour la Lybie et la Côte d'Ivoire, il est intéressant de voir comment la menace du TPI est brandie ou retirée selon l'objectif, qu'on veuille écraser et humilier un dirigeant, ou lui laisser entrevoir une porte de sortie.

                                                  INGERENCE ET GUERRES CIVILES

Un autre point commun à la situation en Lybie et en Côte d’Ivoire, est que l’intervention militaire étrangère y déclenche ou y nourrit une guerre civile. Celle-ci,  comme son nom l'indique, est la plus coûteuse  en vies civiles, alors que l'objectif proclamé au départ de l’intervention  est de protéger les populations. En Lybie, comme en Côte d'ivoire, les interventions se sont vite transformées en ingérence caractérisée au profit toujours d'un camp, celui jugé pro-occidental par rapport à l'autre. L'ingérence fausse le jeu des rapports de force internes à une société et rend toujours plus difficile la recherche du compromis et le dialogue entre les forces nationales d'un pays.

 En Lybie, c'est une insurrection, déclenchée dans des conditions obscures, qui a fourni le prétexte à l'intervention puis carrément à l'ingérence. Du coup, les véritables données sur la situation en Lybie, s'en sont trouvés brouillées et l'intervention du peuple libyen paralysé. Celui ci  apparaît d'ailleurs étrangement absent et silencieux comme s'il était seulement l'enjeu passif des combats. Chaque camp peut alors revendiquer le soutien du peuple sans que rien ne permette de contrôler la véracité de ce qui est  proclamé. Que l'intervention ait eu pour objectif de déclencher un affrontement interne, ou qu'il en soit la conséquence, le résultat est le même: la guerre civile est installée et elle nourrit  à son tour l'ingérence, dans une situation où on ne peut plus alors  distinguer les effets des causes. C'était déjà  la situation en Irak et en Afghanistan, cela risque de devenir celle de la Lybie et de la Côte d'Ivoire. La haine diffusée dans la société par la guerre civile rend alors le pays qui en est victime  fragile et vulnérable  pour longtemps.

En Côte d'Ivoire, c'est le non respect du résultat des élections présidentielles qui a été la raison proclamée de l'ingérence. Mais là, c'est l'ingérence qui a précédé l'intervention militaire violente  actuelle, bien que la présence de troupes officiellement sous le contrôle de l'ONU (mais dont l'action dépend  en réalité opérationnellement de celle des troupes françaises) soit plus ancienne. C'est donc déjà la preuve que l'ingérence peut aggraver les problèmes jusqu'à provoquer et justifier à la fois une intervention militaire. Un engrenage s’installe alors où l’intervention a alimenté la guerre civile en Côte d'Ivoire, alors, qu’à l'origine, elle était supposée vouloir l'empêcher.

Pour le résultat des élections, dans les deux cas, que ce soit celui du comptage de la Commission de l'ONU en faveur de Ouattara ou celui du Conseil constitutionnel ivoirien en faveur de Gbagbo, le nombre de voix était proche et indiquait une population électorale répartie en deux camps d'une importance à peu près égale. Dans de telles conditions, la pression faite par la France sur Ouattara pour qu'il agisse militairement, puis l'intervention militaire française en sa faveur  ne peuvent  que pousser à la guerre civile, être un drame   pour la société Ivoirienne, et fausser  les équilibres en son sein, tels qu'ils ont été révélés par les élections. Il faut rapprocher cette fébrilité et cette impatience du Gouvernement français à intervenir, de l'attitude et de la  patience de l'Union africaine à rechercher une solution pacifique.

                                                                  L'AVEU

C'est prendre les gens pour des imbéciles que d’ affirmer, comme le fait le ministre des affaires étrangère français, Alain Juppé, que c'est Ouattara qui est allé à l'assaut de la résidence de Gbagbo ou que c'est l'ONU qui a réquisitionné l'intervention des troupes françaises. Il est en effet clair que sans la présence des troupes françaises Ouattara ne serait d'aucune efficacité militaire, ni ne penserait probablement même à agir militairement. De leur côté, les troupes de l'ONU apparaissent peu motivées pour agir, preuve en est d'ailleurs l'intervention française. On retrouve à peu près la même situation en Lybie ou l'action de l'insurrection se révèle de plus en plus être totalement dépendante de l'intervention étrangère.

Dans les deux cas, en Lybie, comme en Côte d'Ivoire, les forces étrangères, et leurs alliés locaux, reprochent aux troupes d’El Gueddafi comme à celle de Gbagbo "d'utiliser les populations civiles comme bouclier humains". On fait appel ainsi à des valeurs chevaleresques contre un adversaire qu'on attaque sans risques, du haut du ciel, par hélicoptère en Côte d'ivoire, et par avions de chasse et missiles en Lybie,  et qu'on préférerait évidemment  avoir à sa merci, en rase campagne. Les medias, désormais simples instruments de propagande, matraquent de tels arguments. Elles oublient un simple détail, c'est qu'El Gueddafi et Gbagbo sont eux dans leur pays, quoi qu'on puisse penser d'eux. Comment peut-on s'arroger le droit d'occuper le pays des autres. Et pourquoi ce droit est-il celui de certains pays, toujours les mêmes..

En tout cas, face à l'intervention étrangère, Gbagbo comme El Gueddafi, auront réussi à donner à leur action le sens d'un  acte de résistance nationale. Les deux hommes, dans des contextes différents, font preuve d'une fierté et d'un courage physique qui deviennent eux mêmes un élément du rapport de forces et qui ne semblent pas avoir été prévus par les forces d'intervention. Les déclarations du ministre des affaires étrangères français exigeant de Laurent Gbagbo l'humiliation de  signer un document reconnaissant la victoire de Ouattara, et déclarant le  7 mars qu'il ne tardera pas dans quelques heures à se rendre,  trahissent des relents de mépris colonial et éclaircissent, mieux que toute analyse, l'esprit réel et les buts cachés de l'intervention. La France a voulu essayer de sauver les apparences en déclarant qu'elle n'interviendrait pas dans l'assaut final contre Gbagbo. Il a bien fallu qu'elle le fasse, révélant du même coup qu'Ouattara n'était rien sans elle. L'insistance des autorités françaises à dire qu'elles n'ont pas procédé, elles, à l'arrestation de Gbagbo, est significative. Elle trahit la crainte d'une réaction de l'opinion ivoirienne. C'est donc  l'aveu  même du caractère immoral de l'intervention militaire.

Laurent Gbagbo, par  sa résistance acharnée et têtue, malgré l'énorme déséquilibre du rapport de forces militaires, aura eu un mérite: celui de mettre à nu à la fois  les véritables objectifs de l'ingérence et ses conséquences prévisibles sur l'indépendance de son pays. Du même coup, cette résistance entre dans l'Histoire de la Côte d'Ivoire. La victoire française n'aura rien réglé. C'est une victoire à la Pyrrhus. Elle n'aura d'autre résultat que de ternir l'image de la France  en Côte d'Ivoire et en Afrique et d'unifier toujours plus les Ivoiriens dans leur longue lutte nationale. Elle rendra très difficile à l'ex Directeur général adjoint du FMI, Mr Ouattara la gestion du pays, faute d'autorité morale. Elle risque alors, comme pour certains de  ces prédécesseurs de la "Franceafrique", de le  pousser, quels que soient ses intentions, vers une dictature. Tout sera alors à refaire.

                                              AU NOM DE LA DEMOCRATIE

  Le troisième point, et non le moindre, commun aux interventions en Côte d'Ivoire et en Lybie, est  qu'elles se font au nom de la démocratie. En Lybie, c'est l'absence de démocratie, en Côte d'Ivoire c'est le non respect du résultat du suffrage populaire, qui en ont été les justifications. Démocratie que de crimes, on commet en ton nom…

On pourrait penser que c'est un progrès si l'ingérence se réclame désormais de la défense de la démocratie. Certes, dans un certains sens, et c'est déjà le signe d'un changement d'époque. En effet, les interventions militaires se faisaient naguère pour sauver des régimes dictatoriaux et corrompus en Afrique. Par exemple, les interventions françaises au Gabon en 1964, au Zaïre, pour sauver le dictateur Mobutu en 1978 et 1996, au Tchad en 1983, au Rwanda en 1994.  Mais à y regarder de prés, on peut se demander si ce n'est pas seulement une opération visant à mieux vendre le même produit. Ouattara est désormais pour toujours un président installé par l'étranger, et qui plus est par l'ancienne (et toujours présente) puissance coloniale. Les insurgés libyens ne pourront jamais légitimer leur recours à l'étranger par l'objectif atteint du renversement ou de l'éviction  de El Gueddafi, au cas où cela se fait. On ne fait pas faire sa révolution par les autres. Dans les deux cas, ceux qui auront eu recours à de tels moyens, n'auront donné au mieux à eux et à leurs peuples que de nouveaux maitres.

Ceci rappelle l'illusion, au début du 20eme siècle, d'une certaine bourgeoisie éclairée arabe au Moyen Orient, fascinée par l'Occident, qui croyait que celui ci allait la libérer de la domination turque et lui apporter la démocratie. On sait ce qu'il en advint. De même, aujourd'hui, aussi bien au Machrek qu'au Maghreb, qu'en Afrique, ceux qui attendent  de l'intervention militaire occidentale, qu'elle leur apporte la démocratie, ressemblent comme une goutte d'eau, par une sorte de filiation historique, à ceux qui attendaient du colonialisme la modernité et la civilisation. On ne peut dominer une société sans avoir des relais en son sein. Ceux qui avaient servi de relai au colonialisme y voyaient des aspects positifs, leur descendance, génétique ou spirituelle, voient aujourd'hui  dans l'ingérence étrangère des aspects positifs  pour la démocratie.

Au fond, l'Histoire se répète toujours et en même temps ne se répète jamais, car on retrouve à chaque fois les mêmes questions mais dans un contexte toujours différent. Les rapports entre la question de la démocratie et la question nationale ont toujours été étroits En 1789, en France, l'idée de la démocratie a été inséparable de celle de la nation. De même, pour la naissance de la nation américaine. En Algérie, pendant longtemps le mouvement national a cru qu'il pourrait obtenir l'indépendance pacifiquement, par la démocratie. C'est en fait, la France qui a créé, en Algérie, la méthode de manipulation du résultat des urnes, avec ce qu'on a appelé les élections à la Naegelen (socialiste français, gouverneur de l'Algérie de 1948 à 1951,  resté célèbre pour son organisation de la fraude électorale massive). Peu après éclatait  la révolution armée et la démocratie a été sacrifiée aux nécessités de la libération nationale. C'est peut être là l'une des raisons de la sous-estimation de la démocratie au profit du nationalisme longtemps après l'indépendance.

L'Histoire donc se répète dans le sens où aujourd'hui l'ingérence étrangère, loin de faciliter la transition démocratique au contraire la bloque, en obligeant les peuples agressés à mobiliser leurs forces pour obtenir ou défendre en priorité  leur indépendance. Peut être est ce là le but des ingérences et des interventions militaires, celui d'empêcher une véritable démocratie.

On en vient ainsi à une question particulièrement intéressante, qui mériterait réflexion.  Comment s'est diffusée la démocratie dans les nations européennes. Pourquoi les nations européennes, à part la tentative d'exporter la révolution française par Napoléon qui s'est soldé par un désastre, n'ont-elles jamais connu depuis  de situation où une force étrangère vient régler par les armes un conflit concernant l'application des règles de la démocratie. Pourtant ces conflits sont inhérents à la vie démocratique. Il n'y a pas si longtemps, par exemple, lors de sa première élection, le président Gorges. W. Bush a, c'est connu, été "très mal" élu. Pourtant tout le monde aux Etats unis a accepté la décision de la Cour suprême. La cohésion nationale a  été jugée par tous plus importante que le différend autour du résultat des élections. Pourquoi la décision de la Cour constitutionnelle, en faveur de Gbagbo  en Côte d'Ivoire n'aurait-elle pas du avoir la même autorité. Certes, on peut douter, et à raison,  de son impartialité. Mais Gbagbo, de son côté, pouvait estimer lui aussi  à juste titre, que la présence des forces françaises faussait le résultat des élections et que  l'ONU et la France était à la fois juges et parties.

Que ce soit sous la forme du soutien apporté aux régimes antidémocratiques et corrompus, ou de l'intervention militaire au nom de la démocratie, l'ingérence occidentale peut être légitimement soupçonnée de viser depuis toujours  les mêmes buts, puisqu' elle aboutit au même résultat: celui de paralyser les capacités internes de chaque société à régler ses conflits et donc de les exacerber suivant le vieux principe de "diviser pour régner".

A la fin des années 1980, en même temps que basculait le rapport de forces dans le monde au profit des principales puissances occidentales, le "droit d'ingérence" a été brandi comme un devoir des nations les plus fortes. Atténué au départ par le mot  "humanitaire", il a fini par produire "des bombardements humanitaires". Qualifié au départ de "devoir d'ingérence", il est devenu peu à peu, par glissement successifs, un "droit d'ingérence" tout court avec comme mission nouvelle d'exporter  la démocratie. Le bilan de ce droit d'ingérence est très lourd en termes de souffrances pour les peuples et de tensions internationales. Les faits sont là: il n'a été qu'un instrument pour servir des desseins de domination. Il n'a nulle part aidé à la démocratie, aussi bien au niveau des rapports internationaux qu'au niveau national.

Articles de Djamel Labidi publiés par Mondialisation.ca

Le Quotidien d'Oran

Mondialisation.ca,

Le 14 avril 2011


5-3 Djamel Labidi  : LE RÉGIME OUATTARA OU LA NAISSANCE D’UNE DICTATURE INCONTRÔLÉE!

Après avoir été installé par la force française, Alassane Ouattara se trouve de nombreuses équations que le Président devra résoudre. Parmi celles-ci, figure celle des massacres des civils et partisans du président Gbagbo perpetrés par ces forces rebelles ces derniers mois en Côte d’Ivoire.

Une violence qui est loin d’avoir cessé depuis l’arrestation de Laurent Gbagbo et de son entourage, le 11 avril. Bien au contraire: les images de Laurent et Simone Gbagbo déchus, humiliés, se retournent déjà contre Ouattara, accusé d’avoir laissé faire cette violence cathartique.

D’autres images ont suivi, celles-là plus choquante qui montrent les traitements inhumains et les assassinats programmés dont été victimes et continuent jusqu’à ce jour d’être victimes les partisans réels ou supposés de Laurent Gbagbo. Les voix s’élèvent, émanant de Human Rights Watch et d’Amnesty International, pour demander à Alassane Ouattara de faire arrêter les auteurs de crimes dans son propre camp, et de faire respecter un minimum de discipline dans ses rangs, mais rien y fit, les pillages et les meurtres continuent.

Dans la ville d’Abidjan, par exemple, la plupart des stations d’essence ont été pillées et servent désormais de lieu de détention, comme vous le voyez dans l’image ci-dessous:

La cité adminstrative et la banque du trésor au plateau ont reçu aussi la visite des forces pro-ouattara. Les ordinateurs, les véhicules de service de l’Etat et les coffres forts ont été emportés. Comment dans ce cas, la reprise du service sera-t-elle possible demain?

Tout se passe comme si Alassane Ouattara ne maîtrise pas ses troupes.

Avec ce nouveau régime imposé par la communauté internationnale, on pensait à la fin des rackettes, mais non. Tous ces jeunes malinkés et parfois analphabètes, armés par le camp ouattara et qui constituent les soldats de troupes de la FRCI (force pro-ouattra), rançonnent actuellement les passants et les quelques véhiculent de transport publiques qui roulent. “ Ah les vielles mères, eh les vié per, nous sommes là pour vos sékirités, fo fè kêkê chose pour nous, on a faim“. Cette phrase est loin d’être une supplication, il faut la considérer comme ordre et s’exécuter en raison de 200 F.CFA au risque de tout perdre.

C’est à juste titre que affirmait dans le journal Libération un élément des Forces Licornes ayant collaboré avec les FRCI, « Alassane Ouattara a du pain sur la planche, les soldats traditionnels (dozos) sont tres indisciplinés » .

Les élites ivoiriennes pourchassées

Deux jours après la capture du président Laurent Gbagbo par la force licorne française, plus d’une centaine de ses collaborateurs ont été arrêtés, certains assignés à résidence, d’autres froidement battues et assassinés comme ce fut le cas du Ministre Désiré Tagro. Les hommes politiques d’aspiration socialiste sont largement visés, et recherchés à travers le pays, parmi lesquelles Laurent AkounAmani N’GuessanAlphonse DouatiGomon Diagou, ou encore Bohoun Bouabré. Les anciens compagnons de lutte du Président Houphouet-Boigny n’ayant pas soutenu Alassane Ouattara ne sont pas épargnés, ainsi Jean-Jacques Béchio et Ben Soumahoro ont été lynchés par les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, pro-Ouattara), tandis que des anciens ministres d’Houphouet-Boigny sont activement recherchés. La liste des recherchés s’étend aussi aux acteurs de la vie économique, sociale et culturelle qui ne sont pas forcement ancrés dans une formation politique, il s’agit notamment d’Ahoua Don Mello (Ex- President du BNETD), Philippe AtteyZadi KesséMichel Digbeu (Digbeu Cravatte), O’nel MalaBailly Spinto (liste non exhaustive).

Une première pour la Côte d’Ivoire, jamais une chasse à l’homme de cette ampleur n’avait été observée, même sous le régime de Gbagbojamais un opposant politique n’avait été arrêté.

Au regard de tous ces événements, sans être partisan, nous somme en droit de nous demander si nous ne risquons pas de perdre toute une partie de la classe politique ou même une partie des élites ayant contribué directement ou indirectement au développement de la nation depuis l’indépendance. Alassane Ouattara, l’homme qui se dit économiste devrait savoir l’importance du capital humain et des ressources humaines en général, dans la perspective de croissance économique d’un pays. L’on ne peut pas remplacer tous les fonctionnaires de l’État par son bon vouloir. Il faudra compter sur des anciens hauts fonctionnaires connaissant biens les dossiers pour bâtir une politique économique efficace. Et non se contenter de nommer à des postes stratégiques des personnalités aux connaissances plus que douteuses, dont les parcours académiques sont limités comme Hamed Bakayoko (Ministre de l’intérieur), Guillaume Soro (Premier Ministre), Sidiki Konaté ou encore la ministre de l’Education Kandia Camara dont le cursus universitaire est limité au BAC+1 .

La Chasse aux civils sous la base ethnique

La situation est encore plus grave pour les civils, l’on constate que les populations du sud tels que les Attiés, Ebriés, Adjoukrous, Bétés ou encore Agnis, pour ne citer que ceux la, sont persécutés par les FRCI dans certaines zones de la capitale économique ivoirienne. C’est le cas notamment à Yopougon Gesco et Abidjan sud. Les populations dioulas et baoulés sont par contre épargnés._

Les populations de l’ouest subissent les plus grandes exactions de la part de FRCI : viols et crimes par centaines, notamment à DuékouéDaloaGagnoaIssia ou encore Toulépleu. Selon des témoins sur place, les FRCI ont commencés depuis une semaine à arracher les terres cultivables aux populations autochtones pour les transmettre à des individus d’ethnie MossiMoré ou Dioula.

La reconciliation version Alassane Ouattara a de beaux jours devant elle.

Sources: http://cotedivoire-lavraie.over-blog.fr



6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net 

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme

6-1 LE DERNIER DEGRÉ DE L’HYPOCRISIE.

DISCOURS SUR LE COLONIALISME  -1950

Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.

Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforme l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production.

A mon tour de poser une équation : colonisation=chosification.

J’entends la tempête. On me parle de progrès, de “réalisations”, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux mêmes.

Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, de cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, d’extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes des canaux, des chemins de fer.

Moi, je parle de milliers d’hommes scrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs terres, à leurs habitudes, à leurs vies, à la vie, à la danse, à la sagesse.

Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

On m’en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d’hectares d’oliviers ou de vignes plantés.

Moi je parle (…) (p. 23-24)

…L’Europe colonisatrice est déloyale à légitimer à postériori l’action colonisatrice par les évidents progrès matériels réalisés dans certains domaines sous le régime colonial attendu que (…) NUL NE SAIT A QUEL STADE DE DEVELOPPEMENT MATERIEL EUSSENT ETE CES MEMES PAYS SANS L’INTERVENTION EUROPEENNE. (p. 27) 

Aimé CESAIRE.

Le jour où Nicolas Sarkozy, président de la république française faisait bombarder le palais présidentiel de SEM Laurent GBAGBO, président élu reconnu par la cour constitutionnelle de Côte d’Ivoire, en vue de réaliser son coup d’état, il rendait au panthéon un hommage de la nation française à Aimé Césaire. pour cette hommage hypocrite, la famille du “Chantre” de la négritude ne lui autorisa que la pose d’une plaque commémorative.

La dépouille d’Aimé Césaire, que la France voulait installer dans son panthéon, repose comme à sa demande dans sa Martinique natale qu’il a tant aimée.”

By: Annick

http://www.ivoirediaspo.net/?p=5542


6-2 Dernière lettre de Patrice Lumumba à son épouse – Une épître réécrite en Cote d’Ivoire en 2011

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.

Que pourrai-je dire d’autre ?

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice Lumumba

April 16th,



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

7-1 Yahia Gouasmi : La France de Sarkozy poursuit sa colonisation de l'Afrique et du monde arabo-musulman...
Le retour de l’Empire colonial français semble être une des ambitions de Sarkozy, croyant sans doute, améliorer sa cote dans les sondages, voire laisser une trace dans l’Histoire !

Ainsi, malgré tout ce que l’on veut bien nous raconter, c’est bien l’armée française qui a participé, directement ou indirectement, à l’arrestation du président Laurent Gbagbo et de sa famille, dans son palais présidentiel à Abidjan. Laurent Gbagbo a longtemps été un protégé de Paris, dans le cadre bien connu que l’on appelle la Françafrique. Il aura du cesser de plaire ou de se soumettre à Paris et on a alors voulu nous faire croire que le véritable vainqueur de l’élection présidentielle en Côte-d’Ivoire était Alassane Ouattara, l’homme du FMI, soutenu par Obama et par la France.

Ne soyons pas naïfs ! Dans quel pays de la Françafrique, les élections se déroulent-elles normalement, sans trucage, avec l’Ambassadeur de l’ancienne puissance coloniale dans les coulisses, pour veiller à ce que « l’élu » continue à bien servir les intérêts français ? Nous pourrions citer l’exemple du Gabon où le fils Bongo a succédé à son père dans le cadre d’élections pour le moins contestables. Mais, Bongo servant fidèlement les intérêts français, il n’y a pas eu de campagne orchestrée contre lui et encore moins d’intervention militaire avec ou sans mandat onusien.

Nous n’allons pas nous étendre sur les causes de la disgrâce de Gbagbo. Peut-être a-t-il eu envie de se rapprocher de la Chine dont la présence en Afrique se heurte de plus en plus aux intérêts français. Cette Chine qui n’a jamais colonisé un pays africain, bénéficie d’un à priori souvent favorable auprès de nombreux Africains. Les vraies causes seront connues ultérieurement. En attendant, il y a les faits. L’armée de l’ancienne puissance coloniale est intervenue militairement pour chasser un dirigeant africain et le remplacer par un autre, ayant le soutien de Paris et de Washington. Ce n’est pas la première fois (voir notre précédent article consacré aux interventions militaires françaises en Françafrique), mais cette fois, on a l’impression qu’un nouveau pas a été franchi.

Tout au long de cette affaire, on a pu sentir dans la classe politique française, un climat ouvertement colonialiste. Droite et Gauche ont retrouvé la même unanimité d’autrefois quand « l’ordre colonial » se maintenait avec la canonnière.

Cette unanimité de la Droite et de la Gauche dans le soutien des récentes agressions contre l’Afghanistan, la Libye et la Côte d’Ivoire signifie un resserrement des rangs occidentaux (y compris en France) autour de ce qui semble être la nouvelle doctrine : une reconquête directe des zones utiles de l’Afrique et du monde arabo-musulman, c'est-à-dire les régions renfermant des matières premières. A ces zones, il faut ajouter les voies d’approvisionnement nécessaires pour les Etats-Unis et pour l’Occident.

Cette stratégie suppose des dirigeants locaux totalement soumis et n’étant jamais tentés de changer de « patrons » ou de clients (comme il semble que ce fut le cas de Gbagbo avec la Chine). Le sort de ce dernier est aussi un avertissement à tous les autres dirigeants africains… Elle implique aussi un remodelage du continent ; les nouvelles frontières, les vraies, seront celles dessinées par les multinationales, avec milices locales et sociétés privées de mercenaires pour sécuriser l’extraction et l’acheminement des matières premières. Le reste du continent, vide de richesses intéressant l’Occident sera voué à un sort comparable à celui de la Somalie, déchirée par les factions.

Obama, embourbé en Afghanistan et en Irak, a laissé le premier rôle, dans certaines limites, à Sarkozy. C’est à la fois le flatter et lui tendre un piège. Le flatter parce que les spécialistes de la CIA qui l’ont façonné, connaissent bien le personnage travaillé par ce désir de revanche sociale qui taraude toujours les parvenus. Mais, c’est aussi lui tendre un piège : éliminer le peu de sympathie que garde la France en Afrique pour contribuer à la chasser et ensuite, si nécessaire, s’entendre avec les Chinois. Après tout, entre puissants, on finit toujours par s’entendre aux dépens des serviteurs !

Pour les peuples africains et arabes, le message doit être clair. La guerre déclarée par l’USraël et par l’Occident pour le pillage de leurs richesses va s’accentuer. Cette guerre, malgré ci et là quelque mandat onusien, sera, de plus en plus, une guerre de reconquête directe de l’Occident par milices et forces d’intervention interposées, avec son cortège de réfugiés et de populations déplacées dans des états voués à la partition et à l’émiettement. Les peuples arabes et africains savaient déjà à quoi s’en tenir en ce qui concerne les Etats-Unis, une puissance impérialiste et agressive aux mains d’un lobby sioniste et d’un complexe militaro-financier que l’aventurier politique Obama a tenté, en vain, de rendre plus présentable. La France, pour des raisons historiques et affectives diverses, gardait encore une image relativement meilleure. Là aussi, Sarkozy a bradé le peu qui nous restait, pour servir les intérêts du complexe financier mondialiste qui, comme c’est curieux, ne comprend en son sein que des sionistes. Une coïncidence sans doute !

Yahia Gouasmi
Président du Parti Anti Sioniste
Dimanche 17 avril 2011

Source : P.A.S


7-2 Cote d'Ivoire, Libye même armée, même argumentaire, même combat.
Gbagbo arrêté, répression sanglante contre ses partisans
En décembre nous avions expliqué en quoi les atermoiements de la commission électorale ivoirienne, dans un contexte où celle-ci subissait de fortes pressions françaises, et tandis que les irrégularités importantes entâchaient le vote dans les deux camps il était devenu impossible de savoir lequel des deux candidats à l'élection présidentielle avait remporté le scrutin.
Cela n'a pas empêché les puissances occidentales de faire valider par l'ONU, malgré les réticences russes, l'élection de leur protégé, M. Ouattara, et d'assurer sa défense militaire à l'hôtel du Golf d'Abidjan.
Les supporters de Laurent Gbagbo dont les ressources fiscales ont été sensiblement réduites par le boycott international, notamment celui du FMI n'ont guerre opposé de résistance aux Forces républicaines d'Allassane Ouattara, armées par les Occidentaux, qui sont passées à l'offensive le 28 mars dernier.
Le 30 mars, la France a fait adopter au Conseil de sécurité de l'ONU une résolution 1975 autorisant la force de maintien de la paix Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) à utiliser « tous les moyens nécessaires pour mettre en œuvre son mandat de protéger les civils (…) y compris pour prévenir l’usage d’armes lourdes »
Cette résolution, comme son équivalent n°1973 en Libye, a été rapidement détournée pour cautionner l'implication des forces françaises de l'opération Licorne, spécialement à Abidjan lorsque les forces de M. Gbagbo ont pu se reconstituer et offrir une résistance efficace. La bataille d'Abidjan au cours de laquelle l'armée française n'a pas hésité à bombarder les sites stratégiques des forces de Gbagbo, a duré douze jours à partir du 31 mars 2011, et s'est soldée le 12 avril au soir par la capture de Laurent Gbago dans son palais présidentiel le 13 avril 2011 par les forces spéciales françaises ou du moins avec leur concours.
L'opération de conquête militaire menée par les forces pro-occidentales d'Alassane Ouattara a été émaillée de massacres de masse face auxquels la cour pénal internationale - qui était intervenue à propos de Kadhafi alors que la Libye est étrangère à sa juridiction - est demeurée étrangement silencieuse. Human Rights Watch a notamment dévoilé le massacre de plusieurs centaines de membres de l'ethnie Guéré, favorable à Laurent Gbagbo dans la région de Douékoué entre le 6 et le 30 mars, notamment à Bloléquin le jour du passage à l'offensive de l'armée de Ouattara. Les villages de Didier Drogba, de Charles Blé Goudé et du Président Gbagbo ont été pillés et incendiés par les rebelles.
La prise du palais présidentiel après l'arrestation de L. Gbagbo a aussi été le théâtre d'atrocités. Le ministre de l'intérieur Désiré Trago a été assassiné, la liste des responsables tués ou grièvement blessés est ici. Plus d'une centaine de personnes, dignitaires du gouvernement et leur famille ont été arrêtés.Les partisans de l'ex-président mettent notamment en avant le viol collectif de l'épouse du président, et l'élimination systématique depuis deux jours des partisans de l'ex-président à Abidjan (notamment dans les quartiers de Yopougon et Koumassi) et des bétés (de l'ethnie de Gbagbo) sans que l'ONUCI ne s'interpose.
Le détournement de la résolution 1975 par la France a fait l'objet de nombreuses condamnations.

Le ministre des affaires étrangères russe, Sergei Lavrov, a accusé l'ONU d'outrepasser son mandat en Côte d'Ivoire.L'Union africaine a également dénoncé sans appel d'ingérence néo-coloniale française.



8 Annexe

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

8-1 Ann Talbot : Des Massacres… France et L’ONU responsables

La France et L’ONU Responsables Des Massacres Commis Par Les Forces D’Ouattara En Côte D’Ivoire

« …Des survivants qui se sont enfuis de l’autre côté de la frontière au Libéria voisin parlent de victimes tuées par balles ou avec des machettes, certaines éventrées vivantes, des femmes violées par des gangs puis égorgées. Plus d’ 1 million de personnes ont fui de chez elles… »

Des informations commencent à faire surface concernant des attaques systématiques contre des civils dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire la région où les forces loyales au président élu soutenu par l’Occident, Alassane Ouattara, ont lancé une offensive le mois dernier.

Des survivants qui se sont enfuis de l’autre côté de la frontière au Libéria voisin parlent de victimes tuées par balle ou avec des machettes, éventrées vivantes de femmes violées par des gangs et égorgées. Plus d’ 1 million de personnes ont fui de chez elles.

Selon les premières informations au moins 1000 personnes ont été tuées. HRW et la Croix Rouge Internationale ont confirmé la mort de 230 personnes dont des enfants dans la ville de Duékoué. Ils ont indiqué qu’il y avait plusieurs centaines d’autres victimes dans les villages alentours. Le chiffre total n’est pas encore connu car on pense qu’il y a des charniers. Des survivants rapportent que des victimes ont été enterrées par des bulldozers.

La guerre civile a éclaté le mois dernier en Côte d’Ivoire suite à une dispute prolongée sur les résultats des élections présidentielles de Novembre 2010. Le président sortant, Laurent Gbagbo , a refusé de reconnaître que son rival Ouattara avait gagné l’élection. La victoire d’Ouattara a été reconnue internationalement. La France l’ancienne puissance coloniale, l’ONU, les US, l’UE et l’UA toutes ont déclaré que c’était lui le vainqueur et ont demandé à ce que Gbagbo quitte le pouvoir.

En Mars Ouattara a lancé une offensive majeure contre Gbagbo. Ses forces se sont emparées de la zone de production du cacao dont le centre est Duékoué et ont rapidement pris le contrôle de la capitale commerciale, Abidjan, où ils ont tenté de s’emparer de la résidence de Gbagbo. Gbagbo a repoussé l’assaut et a continué de résister dans un bunker. Pendant le weekend ses forces ont tiré partie d’un cessez le feu pour s’emparer d e positions clés et ont attaqué le QG d’Ouattara à l’Hotel du Golf.

Le rôle des forces françaises et de l’ONU lors de l’offensive d’Ouattara suscite un vif débat. Une vidéo montre d’énormes explosions dans Abidjan, alors que leurs avions touchaient les positions de Gbagbo. On a rapporté que sa résidence a été bombardée par les avions français et ceux de l’ONU. Ceci est une violation du mandat de l’ONU. L’UNOCI (United Nations Operation in Côte d’Ivoire) est officiellement une force de maintien de la paix et n’a pas de mandat pour cibler Gbagbo. Les Français qui ont gardé une présence militaire en Côte d’Ivoire depuis l’indépendance de celle-ci en 1960 sont mandatés pour aider l’UNOCI.

Le ministre des affaires étrangères russe, Sergei Lavrov, a accusé l’ONU d’outrepasser son mandat en Côte d’Ivoire et de prendre partie pour Ouattara. L’UA qui soutenait la victoire électorale d’Ouattara a également exprimé son inquiétude concernant les actions de l’UNOCI.

Le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Alain Le Roy, a insisté pour dire que l’UNOCI avait seulement attaqué des positions à partir desquelles il y avait eu des tirs à l’armes lourdes contre des civils et les forces de l’ONU et a affirmé que l’UNOCI n’avait pas visé la résidence de Gbagbo, seulement les armes lourdes à proximité utilisées pour bombarder des zones civiles dans la ville.

Mais des diplomates ont exprimé des inquiétudes sur cette implication de l’UNOCI dans ce qui semble être un soutien aérien rapproché de l’attaque d’Ouattara contre la résidence de Gbagbo. « Nous soutenons le mandat pour protéger des vies innocentes. Mais nous sommes préoccupés par le fait que la résolution soit strictement appliquée. C’est difficile de le dire car nous n’avons pas d’information précise en terme de cibles » a dit un diplomate africain.

La BBC a fait remarquer que c’était « Mr Sarkozy qui a le premier émis l’idée d’interdire des armes lourdes en Côte d’Ivoire. Ceci, ajouté au rôle principal joué par la France poussant à utiliser la force en Libye , a été perçu par certains comme faisant partie d’une politique militaire musclée pour rehausser sa position en interne dans une année électorale. »

Peggy Hollinger a mis en avant dans le Financial Times ce qu’elle décrit comme « les contradictions de la politique étrangère française » en Côte d’Ivoire.

« L’opération militaire est la deuxième de la France sur le continent africain en moins d’un mois ce qui suscite chez beaucoup la question de savoir si c’est le signal d’une politique nouvelle plus interventionniste pour débarrasser le continent de dictateurs dérangeants…des frappes aériennes contre le palais résidentiel et la TV nationale ne peuvent pas être décrites comme ayant pour objectif de détruire des armes lourdes. Il ne fait aucun doute que les attaques françaises sont allées au-delà du principe de « responsabilité de protéger » et visaient à aider à chasser Mr Gbagbo et installer Mr Ouattara à la place qui lui revient ».

Hollinger cite Phyllis Bennis du think tank basé à Washington, Institute for Policy Studies, qui fait remarquer que le choix du moment des frappes franco onusiennes « renforce l’argument que les frappes aériennes sont plus une intervention politique qu’humanitaire ». L’opération donne l’impression de viser «à rétablir la présence française en Afrique francophone ».

Hollinger se demande si l’intervention de la France en Libye et en Côte d’Ivoire font toujours partie d’une nouvelle politique étrangère car chacune d’elles est née de circonstances différentes. Mais elle reconnait que « l’impression que la France intervient plus ouvertement dans les affaires africaines a une conséquence sérieuse. L’opinion publique est de plus en plus irritée part ce qu’elle considère comme une interférence d’une ancienne puissance coloniale ».

Cette perception a des chances de se renforcer par l’association de la France et de l’ONU à des forces qui ont commises des atrocités contre des civils. La responsabilité des massacres de civils doit être imputée à la France et à l’ONU qui ont toléré et éventuellement soutenu activement la campagne militaire d’Ouattara.

Des survivants ont décrit des tueries délibérés dirigées contre des groupes ethniques considérés comme soutenant Gbagbo. Des journalistes ont fait un parallèle avec le Rwanda. L’étendue des massacres est pour l’instant moindre mais au Rwanda aussi la France a été impliquée.

Le London Times a cité Emmanuel Guer qui a dit :

« nous marchions vers une enceinte en ville. Lorsque nous sommes arrivés il y avait 150 personnes dans le hall. Sur le devant ils traînaient des personnes, hommes et femmes, 5 par 5, 5 par 5. A chaque fois qu’ils les faisaient sortir on entendait des tirs »

Guer a continué « Comment puis je décrire comment c’était ? Nous étions serrés comme du bétail tout ce que l’on pouvait voir dans le noir c’était des yeux exorbités, des femmes pleuraient hystériquement. Des personnes se battaient pour rester en queue de file. Ils nous tuaient de façon tout à fait préméditée. C’était de l’extermination ».

« Ils leur tiraient dessus derrière la tête et puis ils emmenaient les cadavres « a-t-il dit. « Mais cela leur prenait beaucoup de temps. Finalement moi et six autres personnes nous nous sommes frayés un passage vers l’extérieur par une fenêtre de derrière et nous nous sommes échappés en passant par-dessus la barrière. Alors que nous courions vers l’autoroute la route était remplie de cadavres. Un grand nombre de femmes avaient la gorge tranchée. »

Pierre M’lehi, un planteur de cacao, a décrit un bulldozer creusant des fosses communes dans Duékoué. «Les cadavres alignés le long du bord de route étaient frais et entrain de se décomposer. C’était comme s’ ils avaient été placés là en signe d’avertissement ».

Une femme a décrit comment des prisonniers âgés étaient sorties chaque jour et tuées. Les personnes âgées semblaient particulièrement vulnérables parce qu’incapables de s’échapper. Dans au moins 10 villages aux alentours de Toulépleu et Bloléqui dans l’Ouest, des récoltes et maisons ont été incendiées. Ceux visés semblaient appartenir principalement à un groupe ethnique le Guere considérés comme des supporters de Gbagbo.

Youssoufou Bamba, l’ambassadeur d’Ouattara à l’ONU, a affirmé que les forces pro Gbagbo étaient responsables d’atrocités. Selon Bamba, les forces de l’UNOCI et les agences d’aide ont été obligées de quitter la région à cause de la situation sécuritaire précaire sous Gbagbo.

« C’est seulement quand les forces d’Ouattara sont venues que toutes les ONG de même que l’UNOCI ont pu revenir pour surveiller la situation » a-t-il affirmé.

Les forces de Gbagbo ont continué à commettre des atrocités a-t-il prétendu alors qu’elles se retiraient. Il a nié que les forces d’Ouattara puissent être responsables des violences intercommunales entre différents groupes ethniques dans la région.

En fait, les forces de l’ONU étaient présentes dans la région au moment des massacres. Quel a été leur rôle n’est toujours pas clair, mais leur mandat c’est de protéger la population civile et elles ont échoué dans cette mission.

Les civils courent également des risques dans Abidjan. On peut voir des cadavres dans les rues. Des milices loyales à Gbagbo et Ouattara agissent dans la ville. On ne sait pas combien de personnes sont mortes dans les attaques aériennes françaises et de l’ONU. D’énormes explosions ont été filmées en vidéo suggérant que le nombre de victimes sera important quand il sera possible de les compter.

Pendant le weekend de nombreuses ambassades ont commencé à évacuer leur personnel alors que la situation dans Abidjan se détériorait. Le département d’état US a répété son alerte au danger de voyager en Côte d’Ivoire car les combats étaient devenus « plus intense dans un certain nombre de quartiers «
Ann Talbot

 11/04/2011
http://www.planetenonviolence.org/La-France-et-L-ONU-Responsables-Des-Massacres-Commis-Par-Les-Forces-D-Ouattara-En-Cote-D-Ivoire_a2410.html


8-2 Pascal Affi N’guessan: Déclaration du Front populaire ivoirien (FPI)
Déclaration-23/4/2011

Déclaration de Pascal Affi N’guessan au nom du FPI (Front Populaire Ivoirien)

* Après cette déclaration, Pascal Affi N’guessan, le président du FPI a été conduit de force au QG de Ouattata et la parole lui est désormais imterdite

La situation sociopolitique dans notre pays a été marquée cette semaine par deux faits majeurs :

- Les tentatives des nouvelles autorités pour remettre en marche la machine économique et sociale ;

- Le processus de légitimation du nouveau régime à travers le ballet des Présidents et Chefs d’Institutions.

Vivement préoccupés par la persistance de l’insécurité et dans le souci de contribuer à la normalisation rapide de la vie politique, économique et sociale du pays, le Front Populaire Ivoirien (FPI) et La Majorité Présidentielle (LMP), par ma voix, estiment indiqué :

• de faire le point de la situation sociopolitique nationale ;

• d’analyser le processus de légitimation institutionnelle entrepris par le nouveau régime ;

• d’évoquer la nécessité d’une solution politique de sortie de crise.

I- SITUATION SOCIOPOLITIQUE NATIONALE

Presque deux semaines après les douloureux événements du 11 avril 2011, la situation sociopolitique reste marquée par la persistance de l’insécurité et des atteintes aux libertés et aux droits de la personne humaine.

En l’absence des forces régulières de police et de gendarmerie, des combattants armés continuent de sévir dans les différents quartiers d’Abidjan et à l’intérieur du pays. Chaque jour, il est fait écho d’arrestations arbitraires et de détentions abusives sous le prétexte de la recherche de caches d’armes. Les violations de domiciles sont monnaies courantes et les actes de pillages continuent.

Pour échapper aux exactions, voir à la mort, les cadres, militants et sympathisants du FPI et de LMP vivent depuis plus d’un mois dans la clandestinité, la peur et la précarité, séparés de leurs familles, femmes et enfants. Beaucoup d’entre eux ont pris le chemin de l’exil. A ce jour, plus de dix mille exilés sont enregistrés au Ghana, Togo et Bénin.

Le sentiment d’insécurité est renforcé à Abidjan en particulier par la poursuite des combats, notamment à Yopougon et à Abobo où entre groupes d’auto-défense, Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) et partisans d’Ibrahim Coulibaly dit IB, on ne sait plus qui attaque qui. Le tout est que les populations fuient les quartiers, abandonnant leurs domiciles aux pilleurs. Ces pillages sont d’une telle ampleur et si systématiques qu’ils apparaissent comme une dimension du plan de conquête d’Abidjan.

Dans ce contexte de violence, l’Etat de droit et les libertés sont étouffés. L’arbitraire règne en maître. Les acquis démocratiques de la longue lutte du FPI sont aujourd’hui menacés. « Notre Voie », le quotidien du FPI ne peut paraître ; les bureaux ont été saccagés, le matériel informatique et technique emporté et l’imprimerie d’un coût de près de cinq cent millions (500 000 000) FCFA incendiée. L’opposition est réduite au silence.

C’est le règne de la pensée unique dans l’audiovisuelle comme dans la presse écrite et une ambiance de dictature s’installe progressivement sur le pays. Elle alimente la peur et la méfiance des uns. Elle encourage les actes d’agression et d’humiliation perpétrés par les autres. Le pays est divisé : entre les vainqueurs du 11 avril et les autres.

Comment combler cette fracture ? Comment rassembler et légitimer les institutions représentatives à même de restaurer la paix et la cohésion nationales ?

La guerre et la violence ont montré leurs limites. Malgré le 11 avril 2011, le pays n’a pas retrouvé la paix ; au contraire les positions se sont radicalisées et la fracture sociale s’est élargie ; il n’y a pas de solution militaire à une crise politique. Mais en même temps, il serait illusoire d’espérer résoudre la crise politique par des arrangements entre Chefs d’Institutions.

II- DE LA LEGITIMATION INSTITUTIONNELLE

Les visites au Chef de l’Etat, du Président de l’Assemblée Nationale d’une part et du Président du Conseil Constitutionnel d’autre part, remettent au goût du jour les questions initiales de la crise post-électorale que sont la question de la légitimité et celle de la légalité.

Les aborder aujourd’hui signifie que le 11 avril ne les a pas régler. Mais les aborder par le biais des institutions est une illusion ; car ces questions sont d’abord politiques c’est-à-dire qu’elles sont en liaison avec les choix et les déterminations du peuple, avant d’être juridiques et institutionnelles.

C’est pourquoi est d’avance vouée à l’échec, toute solution qui chercherait, comme cela semble se dessiner à l’heure actuelle, à faire l’impasse sur l’ouverture de négociations franches et sincères avec les forces politiques et sociales significatives du pays.

Au demeurant, comment le groupe parlementaire FPI peut-il siéger dans la sérénité et participer activement aux débats de l’Assemblée Nationale alors que sa Présidente est emprisonnée pour des motifs politiques et sans que son immunité parlementaire n’ait été levée ?

Comment le Groupe parlementaire peut-il avoir une oreille attentive au discours du Chef de l’Etat alors que Laurent Gbagbo, Fondateur du parti croupit en prison en un lieu inconnu de ses proches et que cette situation divise le pays ?

Comment le Président du Conseil Constitutionnel peut-il justifier et fonder l’investiture de deux Présidents pour la même élection présidentielle ? Etc.

En définitive, seule une solution politique issue de négociations et d’un consensus de la classe politique peut permettre à notre pays d’éviter le ridicule et de sortir dignement de cette crise politique.

III- D’UNE SOLUTION POLITIQUE DE SORTIE DE CRISE

Sortir le pays de la crise exige courage politique et sens élevé de la responsabilité. Faire preuve de courage politique, c’est regarder la vérité en face et reconnaître que le pays est en crise et que cette crise est principalement d’ordre politique.

Faire preuve de responsabilité, c’est reconnaître que depuis la chute du mur de Berlin et dans les pays en développement et en transition démocratique comme le nôtre, il n’y a pas trente-six mille manières de résoudre une crise politique, mais une seule, celle de la négociation et du dialogue politique. Elle exige humilité, hauteur de vue et ouverture d’esprit, sens de l’intérêt national. Elle exige de la patience ; mais elle est durable si la sincérité et la bonne foi animent les différents acteurs.

En l’occurrence, la solution politique de sortie de crise permettra de restaurer la confiance mutuelle, d’assurer la décrispation de l’environnement sociopolitique et de créer les conditions de la paix, de la sécurité, de la réconciliation nationale et de la stabilité politique.

La solution politique de sortie de crise adressera les questions suivantes liées à :

- L’ordre public et la sécurité des personnes et des biens ;

- Au désarmement, au retour des militaires dans les casernes, au rapatriement des mercenaires, etc. ;

- La sécurité physique, juridique et professionnelle des membres des Forces de Sécurité et de Défense (FDS) loyalistes ;

- L’adoption d’une solution négociée, dans la dynamique de la réconciliation nationale pour mettre fin aux mouvements armés à Yopougon et à Abobo ;

- La réinstallation des déplacés et le retour des exilés ;

- Le rétablissement des médias d’Etat et le traitement équitable des différents courants d’opinion ;*

- La restauration des acquis démocratiques ;

- L’adoption d’une loi d’amnistie pour fermer la grande parenthèse et la crise sociopolitique en Côte d’Ivoire et pour poser les jalons de la réconciliation nationale ;

- La libération du Président Laurent Gbagbo et de tous les prisonniers politiques.

CONCLUSION

Terre d’espérance, la Côte d’Ivoire est à genoux, mais elle ne s’est pas encore écroulée. Elle peut et elle doit se relever avec l’engagement de tous ses fils et de toutes ses filles.

C’est pourquoi il est impérieux que s’engage ici et maintenant, le dialogue politique et des négociations avec les forces politiques et sociales pour fonder un consensus national pour un nouveau contrat social ; un contrat pour la restauration et pour la réconciliation nationale.

Fait à Abidjan le 21 avril 2011

Pascal Affi N’guessan

Président du FPI

http://www.ivoirediaspo.net/?p=5624

Commentaires

Je vous vante pour votre critique. c'est un vrai boulot d'écriture. Poursuivez

Écrit par : serrurier paris 12 | 22/07/2014

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