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17/05/2011

n°13 - Journal de Côte d'Ivoire - 14-04 au 16-05 – Fin - Côte d'Ivoire, la loi du sang.

n°13 - Journal de Côte d'Ivoire - 14-04 au 16-05 – Fin - Côte d'Ivoire, la loi du sang.


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



       Journal de Côte d’Ivoire  

n°13                       14-04 au 16-05

 C.Debroeder &  M.Lemaire



Les informations contenues dans ce journal sont obtenues par la lecture journalière des journaux en ligne  des journaux en ligne suivants:

                  (Afp- ats - Ap - Reuters, Al-manar - Chine nouvelle-  CPI - IPC –Novosti-  PNN- Wafa –Sana – Radio chine internalionale - Al Manar & XINHUANET (Chine) 

   Mes informations sont le résultat de recoupements car les médias occidentaux donnent des informations qui ou se contredissent ou ne prennent en note qu’une partie des infos

 



Le journal de Côte d'Ivoire se retrouve

a) sur nos  blogs :  http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                               http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

c) sur le site de Eva Resis :  no-war.over-blog.com

d) Et Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-              solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

 

6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net .

6-1 Komla Kpogli : Tiken Jah Fakoly ou le faux rasta antifrançafricain.

7 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

7-1 Stéphanie Dubois de Prisque : Côte d'Ivoire : Clarifications attendues de la part de la France et de l'ONU.

7-2 Aminata traoré « Quelle Afrique voulons-nous ? » 

Annexe

Paul Kagame: “Quelle image d’elle-même l’Afrique donne-t-elle au reste du monde?”



6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net .

6-1 Komla Kpogli : Tiken Jah Fakoly ou le faux rasta antifrançafricain.

Cet homme s'est décrédibilisé gravement ou il s'est enfin révélé au grand public qu'il a réussi à berner durant toutes ces années en s'autoproclamant un combattant de la françafrique.

En rendant visite à l'assassin Ouattara surtout à la veille d'un 11 mai, date anniversaire de la mort de Bob Marley, ce rasta prouve qu'il est superficiel et que les textes qu'il chante sont juste une stratégie pour être dans l'air du temps. Aussi, ces textes ne sont destinés qu'à surfer sur la vague de désespoir et de colère en Afrique et dans sa diaspora afin de vendre du disque. Tiken jah Fakoly montre aujourd'hui qu'il est sans profondeur et qu'il cernait mal de quoi il parlait dans ses chansons. 

Ne pas voir en Ouattara, Soro et Cie boostés par l'armée française et l'ONU, la manifestation de la françafrique relève d'une totale cécité intellectuelle.

Qui sont ces rasta (Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly) qui veulent que le peuple noir se réconcilie avec le colonialisme ? Qui sont-ils ces rasta ?

Ont-ils pigé un seul mot de l'esprit rasta ? Que savent-ils de Babylone ?

Au sortir de cette audience, voilà que le rasta n'a même pas eu un mot pour des milliers de morts et des millions de familles endeuillées et psychologiquement atteintes.

Réconciliation de quoi ?

Pour quoi faire ? Avec qui ?

Sur la base de quelle vérité ? 

Tiken Jah Fakoly montre ici même qu'il est un rasta pipeau, sans profondeur ni élévation spirituelle car, il semble ignorer que Ouattara est un criminel multirécidiviste qui, du FMI à la tête de la Côte d'Ivoire, a tué des millions d'africains via les programmes d'ajustement structurels, l'endettement, et aussi par des armes. Ne pas comprendre cela quand on est artiste de cette carrure est tout simplement pitoyable. Ceci révèle également l'état mental de certains de ceux qui prétend conduire le peuple noir à son salut. 

Et pendant que Tiken Jah Fakoly allait serrer la main à Monsieur La Mort installée dans le territoire de Côte d'Ivoire, l'autre rasta, Alpha Blondy, le pourfendeur de la présence de l'armée française en Afrique va chanter pour les 30 ans de l'avènement de François Mitterrand au pouvoir en France. Alors même que le passage de Mitterrand à l'Elysée n'a rien apporté à l'Afrique. Au contraire ! L'assassinat de Sankara était parmi ses forfaits tout comme le génocide au Rwanda. C'est donc peu dire que l'Afrique est malade aussi de ses rasta.

Le chemin est encore long. 

Komla Kpogli

12 mai

Source : Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique

http://www.michelcollon.info:80/Tiken-Jah-Fakoly-ou-le-faux-rasta.html



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

7-1 Stéphanie Dubois de Prisque : Côte d'Ivoire : Clarifications attendues de la part de la France et de l'ONU.

L'attention internationale semble s'être détournée de la Côte d'Ivoire, beaucoup considérant que l'arrestation de Laurent Gbagbo a mis un terme à la ‘crise ivoirienne’. Pourtant, les menaces sur les populations de l'ouest et d'Abidjan n'ont pas cessé et le processus de réconciliation qui se dessine ne laisse pas présager la fin de l'impunité.

L'association Survie signale l'existence de documents qui jettent le trouble sur le rôle de la France et de l'ONU dans la crise ivoirienne et invite les représentants concernés à donner les clarifications nécessaires.

L'association Survie s'inquiète du contenu des documents publiés, les 8 et 13 avril, par le juriste et journaliste Matthew Lee sur son blog Inner City Press[1].

Ces documents - d'origine française selon le journaliste - jettent le discrédit sur l'action de la France et de l'ONU en Côte d'Ivoire. Charles Konan Banny et Kofi Annan, aujourd'hui impliqués dans le processus de réconciliation, s'y retrouvent mêlés à une « opération non confirmée » que devaient préparer « Licorne et les casques bleus », destinée à « contrer les partisans du processus de paix »[2]. La nomination, à la tête de la « Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation », de Charles Konan Banny, homme politique aux ambitions présidentielles, au détriment d'un juriste reconnu ou d'un représentant de la société civile, n'offre aucune garantie d'indépendance. En outre, l'absence du mot « Justice » dans le libellé de cette commission est un très mauvais signe adressé aux populations qui sont toujours en grand danger.

Par ailleurs, si l'on note la publication du rapport S/2011/271 du Groupe d'Experts de l'ONU, dont l'association Survie signalait, dans son communiqué du 6 avril, le blocage depuis le mois de septembre, il convient de dénoncer le retard inacceptable avec lequel il est rendu public. À la lecture de ce rapport, on regrette que le Comité des sanctions de l'ONU n'ait pas alerté le Conseil de Sécurité des conditions inappropriées dans lesquelles le scrutin présidentiel allait se dérouler. Les experts montrent que, loin de se préparer au désarmement avant les élections, comme l'exigeaient les accords de Ouagadougou, les Forces Nouvelles favorables à Alassane Ouattara préparaient la reprise du conflit armé qu’elles avaient déclenché en 2002. Le désarmement faisait pourtant partie intégrante du mandat des casques bleus et de la force française Licorne. Il devait aussi être un élément essentiel de la certification de l'ONU dans le processus de sortie de crise. Le réarmement des Forces Nouvelles et leur refus croissant des inspections de l'ONU avaient d'ailleurs amené les experts à suggérer la prise de sanctions contre deux commandants de zone[3] . Loin d'être inquiétés, l'un a mené l'offensive récente dans l'ouest et l'autre des combats dans Abidjan sans que personne ne s’en émeuve[4]! Lors de la révision de la liste des personnes sanctionnées le 30 mars, le Conseil de Sécurité a ignoré ces suggestions du Groupe d'Experts.

Il semble, par ailleurs, que le Conseil de Sécurité de l'ONU n'a toujours pas rendu public le rapport de la commission d'enquête internationale sur les violations des droits humains au début de la crise ivoirienne[5], remis au Conseil en décembre 2004. Celui-ci permettrait pourtant de savoir si des exactions ont alors été commises ou couvertes par certains des acteurs politiques et militaires actuels : il en va de la lutte contre l'impunité et de la crédibilité de l'Organisation des Nations Unies.

      Aussi, l'association Survie :demande des explications à la diplomatie française et l'ONU sur le contenu des documents diffusés par Inner City Press les 8 et 13 avril. En l'absence de réaction, ces documents, qui ternissent l'action de la communauté internationale et des forces impartiales en Côte d'Ivoire, seront tenus pour authentiques.  salue, enfin, la publication du rapport du Groupe d'Experts S/2011/271, discrètement bloqué depuis le mois de septembre, mais regrette que le Comité des Sanctions de l'ONU n'ait pas alerté le Conseil de sécurité de l'ONU que, loin du désarmement prévu avant les élections, les belligérants se réarmaient, et s'inquiète que lors de la révision de la liste des personnes sanctionnées, le même Comité ait ignoré les suggestions du Groupe d'Experts (cf. S/2011/271 §443) exhorte le Conseil de Sécurité de l'ONU à rendre public le rapport de la commission d'enquête internationale sur les violations des droits humains au début de la crise ivoirienne, établi suite à la déclaration S/PRST/2004/17, qui lui a été remis en décembre 2004.

[1]    http://www.innercitypress.com

[2]    Charles Konan Banny est un ancien président de la Banque Centrale des États d'Afrique de l'Ouest, propulsé Premier Ministre « aux pouvoirs élargis » le 4 décembre 2005. L'un des documents publiés par Inner City Press fait d'abord état, deux jours avant cette nomination, d'un « accord négocié », par « le service », « avec Guillaume Soro en personne ». Cet accord assurait à Konan Banny le soutien du leader de la rébellion. On y apprend plus loin que « Konan Banny avait appartenu à un comité de sages développant des relations et un réseau important mais discret entre membres de la CEDEAO, RDR de Ouattara, et quelques anciens houphouëtistes du RHDP. » Surtout, le dernier paragraphe, titré « Vu de New York : le départ de Gbagbo » est particulièrement explicite : « Selon le Secrétaire général des Nations Unies [Kofi Annan], les moyens dont va disposer le nouveau Premier Ministre [Charles Konan Banny] sont suffisants pour mettre en place une politique de rigueur et de fermeté afin de contrer les partisans [sic] du processus de paix en Côte d'Ivoire et devrait notamment permettre la mise en place dans les tout prochains mois d'un plan d'action pour déstabiliser Laurent Gbagbo et provoquer des élections présidentielles anticipées. À charge pour Licorne et les casques bleus sur place de préparer cette mission de sécurité dans les meilleures conditions (Opération non confirmée). »

[3]    Cf. Rapport S/2011/271, §443.

[4]    Voir l’article de Billets d’Afrique de mai : http://survie.org/billets-d-afrique/2011/202-mai-2011/article/sous-les-tapis-de-l-onu

[5]    Établi suite à la déclaration S/PRST/2004/17. http://survie.org

Mardi 10 mai 2011

Source : Stéphanie Dubois de Prisque

 


7-2 Aminata traoré « Quelle Afrique voulons-nous ? »

L’intervention militaire conjointe de l’Onuci et de la force française Licorne relève de l’ingérence, affirme l’essayiste et militante altermondialiste. L’ancienne ministre de la Culture du Mali plaide pour une démocratie africaine par et pour les peuples, propre à émanciper le continent du pillage néocolonial.

Vous avez longtemps vécu et travaillé en Côte d’Ivoire. Que ressentez-vous à la vue du chaos dans lequel est aujourd’hui plongé ce pays?

Aminata Dramane Traoré. Je suis horrifiée. Nous devons cette nouvelle humiliation à notre immaturité politique qui consiste à réduire la démocratie aux élections en perdant de vue le jeu des intérêts dominants et l’asymétrie des rapports de forces.

L’attaque de la résidence du président Laurent Gbagbo et son arrestation ne sont ni plus ni moins qu’une illustration de ce que cheikh Hamidou Khan appelle l’art de vaincre sans avoir raison, qui est le propre de l’Occident.

Je suggère dans ma Lettre au président des français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général une inversion des priorités de manière à privilégier le projet de société, à faire de l’élection le choix de gouvernants capables de réaliser ce projet dans le respect des aspirations des peuples. Riches de leurs expériences individuelles, les principaux protagonistes de la crise ivoirienne (Laurent Gbagbo, ­Alassane Dramane Ouattara et ­Konan Bédié) auraient pu, dans une telle perspective, diagnostiquer les politiques économiques mises en œuvre et proposer des alternatives au système capitaliste qui a fait de la Côte d’Ivoire un réservoir de matières premières avec les conséquences sociales, politiques et écologiques que l’on sait.

L’absence de débats de fond sur les conséquences catastrophiques du système néolibéral sur l’emploi, l’agriculture et les sociétés ­paysannes, le revenu, l’éducation, la santé, la cohésion sociale, la ­relation au pouvoir et à l’argent nuit considérablement à la construction d’une démocratie conforme à la demande des Africains.

Je ne vois pas comment ni pourquoi la démocratie qui est en crise en ­Occident pourrait faire des miracles en Afrique au point de justifier une expédition punitive. Mais, à propos des ­dominés, les dominants ne se posent pas ce genre de questions.

Comment jugez-vous la participation des militaires français de la force Licorne à l’offensive militaire qui a délogé Laurent Gbagbo de la résidence présidentielle, le 11 avril dernier?

Aminata Dramane Traoré. À ce sujet, on en entend des vertes et des pas mûres de la part des officiels français et des prétendus spécialistes de l’Afrique. Leur thèse peut être ainsi résumée: l’Afrique se mondialise et décide librement de faire du commerce avec les partenaires de son choix, la Chine étant l’un des plus importants. La France et les autres puissances occidentales ne voient pas, semble-t-il, de mal à cette situation. Elles seraient tout simplement soucieuses de nous mettre sur le droit chemin de l’État de droit, qui passe par des élections régulières, transparentes et propres.

Les Ivoiriens n’y seraient pas parvenus tout seuls par la faute de Laurent Gbagbo qui, après avoir été battu, semble-t-il, au deuxième tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 par Alassane Ouattara, se serait accroché au pouvoir.

Les tenants de ce discours le classent aussitôt parmi les dictateurs à qui la France se doit de donner un « avertissement », comme l’a exprimé le premier ministre français, François Fillon, à l’Assemblée nationale. On est stupéfaits par une telle arrogance quand on se réfère à l’opinion que les Français se font de leur démocratie et à la cote de popularité du président Sarkozy, qui est au plus bas.

À mon avis, la France de Nicolas Sarkozy est intervenue militairement, avec les Nations unies en cheval de Troie, pour ce que je considère comme une action de dressage démocratique de l’homme africain. Une bonne partie des populations civiles à défendre ont non seulement présent à l’esprit le discours de Dakar, mais sont parfaitement conscientes des humiliations de l’immigration « choisie » dont le président français est le père. Son nouveau ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, en remet une couche en s’attaquant à l’immigration légale. Si nous comprenons bien, le soutien aux « révolutions » et à la « démocratisation » a des limites. La France nous aime libres et en démocratie. Mais entre nous et chez nous.

Peut-on résumer la crise ivoirienne à une crise postélectorale, à un contentieux entre un « président reconnu par la communauté internationale » et un perdant accroché au pouvoir?

Aminata Dramane Traoré. Le contentieux électoral est le prétexte qui, lorsque les enjeux économiques et géostratégiques l’exigent, peut servir de justification à toute sorte d’agression. Mis à part cette instrumentalisation, je ne vois aucune raison de mettre un pays souverain à feu et à sang. Point n’est besoin de rappeler que ce type de contentieux se règle souvent sans qu’aucune goutte de sang ne coule. Nous connaissons bon nombre de cas où les redresseurs de torts ont fermé les yeux sur les fraudes et sont même allés parfois jusqu’à inverser les résultats électoraux.

En somme, loin d´être un problème ivoiro-ivoirien, cette crise est l’une des expressions tragiques de la marche chaotique et macabre du monde depuis la chute du mur de Berlin.

Laurent Gbagbo ne porte-t-il pas une lourde responsabilité dans cette longue crise?

Aminata Dramane Traoré. Pas plus que la France et les Nations unies qui, depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, ont joué sans en avoir l’air la carte du « tout sauf Laurent Gbagbo ». Il suffit de se référer à l’édifiant documentaire de Patrick Benquet, la Françafrique, pour comprendre l’ingérence permanente dans nos affaires.

Le passé et le profil de Laurent Gbagbo ne répondent pas aux critères des maîtres du monde dans leur casting des dirigeants des pays dominés. Il fallait qu’il parte. Tous les leviers possibles et imaginables ont été actionnés pour atteindre cet objectif. La mauvaise volonté dans le désarmement de la rébellion, l’asphyxie, ces derniers mois, de l’économie ivoirienne, sans crainte aucune de la souffrance humaine induite par les privations et les pénuries, ainsi que le lynchage médiatique sont autant d’armes au service de l’ingérence et de la déstabilisation.

Je rends personnellement hommage à un homme de courage et de dignité qui a été le premier à défier l’un des hommes politiques les plus puissants du continent africain et à avoir fait de la prison avec sa femme au nom du multipartisme et de la démocratie.

Qu’y a-t-il de commun entre les interventions en Côte d’Ivoire et en Libye? La « protection des civils » est invoquée dans un cas comme dans l’autre. Que pensez-vous de cette invocation, qui est un autre nom du droit d’ingérence humanitaire?

Aminata Dramane Traoré. Il y a lieu d’étudier de manière approfondie les similitudes et les différences entre ces deux situations. L’une de ces similitudes est l’instrumentalisation des populations civiles qui, dans le cas de la Côte d’Ivoire, sont d’abord victimes de la dérégulation et de la déprotection dans le cadre du libéralisme économique. Contentieux électoral ou pas, les Ivoiriens étaient déjà confrontés aux difficultés croissantes d’accès à l’emploi, à l’alimentation, aux soins de santé.

Ce sort qu’ils partagent avec l’immense majorité des Africains soumis aux diktats du FMI et de la Banque mondiale n’est pas de nature à perturber les dirigeants occidentaux qui, subitement, prétendent voler au secours de la veuve et de l’orphelin à coups de missiles « humanitaires ».

L’argument invoqué est le même dans le cas des deux pays en vue de susciter le maximum d’indignation à l’égard des dirigeants que l’Occident a décidé d’évincer.

La différence de taille entre la Libye et la Côte d’Ivoire, c’est que le lâchage de Muammar Kadhafi, qui était devenu un partenaire privilégié, se situe dans la droite ligne de celui de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Égypte.

Comment jugez-vous le rôle joué par les Nations unies tout au long du processus électoral, puis lors de l’offensive contre Laurent Gbagbo?

Aminata Dramane Traoré. Le rôle joué par l’ONU en Afrique est le même depuis la fin des années cinquante. Conçue par les grandes puissances, cette organisation sert leurs intérêts. L’ONU n’a jamais été un instrument de paix en Afrique. En 1960, à propos de la mort de Patrice Lumumba, Franz Fanon écrivait: « Il ne fallait pas faire appel à l’ONU. L’ONU n’a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l’homme par le colonialisme, et chaque fois qu’elle est intervenue, c’était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur. » (1) C’est dire jusqu’à quel point il est urgent de repenser le cadre normatif des relations entre les nations.

Comment le continent africain peut-il, dans un tel contexte, reprendre en main son avenir?

Aminata Dramane Traoré. L’intervention militaire conjointe de l’Onuci et de la force française Licorne en Côte d’Ivoire constitue, de mon point de vue, l’un de ces grands moments de dévoilement de la nature injuste et cynique du monde actuel. L’assujettissement des classes dirigeantes africaines fait partie de l’agenda de l’Occident. Il leur faut aller à l’assaut de l’Afrique pour s’assurer le contrôle des matières premières, des ressources naturelles indispensables à leurs politiques de croissance et de compétitivité face à la Chine.

Nous sommes rattrapés, en Afrique, par des questions de fond qui n’ont pas été examinées avec rigueur. Nous nous devons de les mettre à plat. La première question qui me semble essentielle est: quelle Afrique voulons-nous à la lumière de l’état du monde globalisé, fragmenté et de plus en plus violent?

Si nous parvenons à nous saisir de cette question au niveau de chaque pays, des différentes sous-régions et du continent en outillant les populations de telle sorte qu’elles puissent s’impliquer à fond dans l’analyse de l’état des lieux, la formulation, la mise en œuvre et le suivi des solutions pourront jeter les bases d’une démocratie africaine par et pour les peuples.

C’est un chantier gigantesque, mais exaltant, qui n’a rien d’impossible si les élites acceptent enfin de se réconcilier avec le continent.

Bibliographie

Mille Tisserands en quête de futur. Bamako: Edim, 1999, l’Étau, Actes Sud, 1999.

Le Viol de l’imaginaire, Fayard, 2002.

Lettre au président des Français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général, Fayard, 2005.

L’Afrique humiliée, Fayard, 2008.

(1) « La mort de Lumumba: pouvions-nous faire autrement? », Afrique Action, n° 19, 20 février 1960. Repris dans Pour la Révolution africaine. Écrits politiques, François Maspero, 1964, réédité en 2001 par La Découverte.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui



Annexe

Ndlr : Lla publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

Paul Kagame: “Quelle image d’elle-même l’Afrique donne-t-elle au reste du monde?”

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

Paul Kagame parle des interventions étrangères en Côte d’Ivoire et Libye et de la Cour Pénale Internationale

Le chef de l’État rwandais Paul Kagame – l’« Iron man » de Kigali selon Jeune Afrique – a accordé un entretien à François Soudan de Jeune Afrique. Kagame ayant décrété que son pays serait désormais anglophone – une directive appliquée à la lettre –, l’entretien s’est déroulé en anglais, désormais première langue étrangère du pays.

Jeune Afrique: Vous avez, comme tout le monde ou presque, regardé à la télévision les images de l’arrestation du couple Gbagbo à Abidjan, le 11 avril. Que vous inspirent-elles?

Paul Kagame: Une sorte de tristesse quant à la façon dont on fait et conçoit la politique en Afrique. Ces images ont quelque chose de tragique, mais elles sont aussi largement artificielles. Elles tendent à démontrer que ce sont les forces d’Alassane Ouattara qui ont procédé à cette arrestation, mais plus je les regarde et plus je vois derrière l’ombre du metteur en scène étranger. Le fait que, cinquante ans après les indépendances, le destin du peuple ivoirien, mais aussi son économie, sa monnaie, sa vie politique, soient encore contrôlés par l’ancienne puissance coloniale pose problème. C’est cela que ces images montrent avant tout.

Si la France est intervenue en Côte d’Ivoire, n’est-ce pas aussi à cause de l’incapacité de l’Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cedeao] à résoudre la crise?

Tout à fait. C’est la conséquence de notre propre échec collectif et individuel. Quand certains États africains créent eux-mêmes les conditions d’une ingérence extérieure dans leurs propres affaires, leur responsabilité est entière. Si votre faiblesse et votre mauvaise gouvernance vous exposent à être manipulé, il est inutile de vous plaindre.

Vous aviez de bons rapports avec l’ex-président Gbagbo. Il vous a rendu visite à Kigali à l’époque où vos relations avec la France étaient rompues. Éprouvez-vous de la compassion pour le sort qui est le sien?

Vous faites erreur. Ceux qui viennent nous rendre visite ne sont pas automatiquement nos amis. Quand un chef d’État exprime le souhait de venir nous voir, il est le bienvenu. Mais mêler l’amitié à cela est ridicule. Les relations du Rwanda avec la Côte d’Ivoire ne sont pas réductibles à M. Gbagbo ou M. Ouattara. Ce sont des relations d’État à État, de peuple à peuple, d’intérêt à intérêt. Les considérations d’ordre sentimental n’ont rien à voir là-dedans.

Aux yeux de la communauté internationale, Alassane Ouattara est légitime, et Laurent Gbagbo ne l’est pas…

C’est un autre problème. D’une part, et nous le savons bien au Rwanda, la communauté internationale ne dit pas systématiquement le droit. De l’autre, toutes les élections ne débouchent pas sur des crises ouvertes. Enfin, je le répète, ce ne sont pas MM. Gbagbo ou Ouattara qui, dans le fond, m’importent. Le peuple ivoirien est-il maître de son destin? Quelle est, en tant qu’Africains, notre part de responsabilité? Quelle image d’elle-même l’Afrique donne-t-elle au reste du monde? Pensons-nous que le spectacle d’une armée étrangère, même sous couverture onusienne, intervenant dans les rues d’une capitale africaine est une bonne chose? Pourquoi nous, Africains, avons-nous laissé se créer ce type de situation? Ayons le courage de nous regarder dans un miroir.

Pourtant, vous êtes l’un des très rares chefs d’État africains à avoir publiquement approuvé l’intervention occidentale en Libye. N’y a-t-il pas là une contradiction?

Non. J’ai dit ce que je pensais devoir dire face à une situation tragique où des civils, des populations entières, étaient victimes d’une agression de masse. Que fallait-il faire à partir du moment où l’Afrique n’a ni les moyens ni l’influence nécessaires pour y mettre un terme? Compter les points? Certes, je n’ignore pas l’argument classique du deux poids, deux mesures : les Occidentaux et l’Otan interviennent là où ça les arrange et pas ailleurs. C’est sans doute exact. Mais cela étant dit, et même si cela relève du « double standard », tout vaut mieux que de rester les bras croisés face à des massacres.

Autre argument avancé par certains de vos pairs: ce qui se passe en Libye est une guerre civile, une affaire purement interne à laquelle les Américains, les Français et les Britanniques ne doivent pas se mêler.

Ce n’est pas mon opinion. Quand un pouvoir tue son propre peuple, cela nous concerne tous.

Kaddafi doit-il partir?

Je crois que Kaddafi est au cœur du problème.

Donc, aucune solution ne sera possible tant qu’il sera au pouvoir…

Libre à vous d’interpréter ainsi mes propos.

La rapidité avec laquelle vous avez fait saisir les avoirs libyens au Rwanda a surpris. Étiez-vous obligé d’aller ­jusque-là?

C’est une coïncidence que la crise actuelle n’a fait que cristalliser. Depuis des mois, nous demandions aux Libyens de respecter leurs engagements contractuels tant dans la téléphonie mobile que dans l’hôtellerie. Rwandatel était au bord de la faillite et Laico se dégradait à vue d’œil. Nous leur avions donné le choix: soit vous investissez, soit nous rachetons vos parts. Leur réponse: des promesses. De toutes les manières, nous en serions arrivés là.

Les interventions étrangères en Libye, mais aussi en Côte d’Ivoire, s’appuient sur un concept nouveau: la « responsabilité de protéger ». En résumé: les droits de l’homme sont universels. Chaque État se doit de les respecter. Si l’un d’entre eux ne le fait pas, c’est aux autres de s’en charger. Êtes-vous d’accord?

Je ne peux qu’être d’accord avec le principe d’une responsabilité de la communauté internationale à l’égard des peuples de ce monde. Le génocide qu’a connu le Rwanda en 1994 est là pour le démontrer a contrario. Cette même communauté avait l’obligation morale d’intervenir et l’on sait qu’elle a failli à son devoir.

Ce sont les mêmes principes et la même doctrine qui fondent l’action de la Cour pénale internationale [CPI]. Et pourtant, vous la critiquez…

La raison en est simple: il y a le principe et l’application du principe. La mise en œuvre de la responsabilité de protéger doit s’appuyer sur une évaluation, une analyse et une connaissance correctes de la situation. Dans le cas contraire, cela s’apparente à de l’ingérence. C’est pour cela que les cas libyen et ivoirien sont à mes yeux différents. Quant à la CPI, je suis totalement pour la justice internationale en tant que principe, mais je suis contre la façon dont cette justice s’exerce et contre la manière dont la CPI opère, particulièrement en Afrique. Je me suis maintes fois expliqué à ce sujet.

[Jeune Afrique]

11/5

http://www.ivoirediaspo.net/?p=5810

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