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28/06/2011

n°28 - Libye : Médias et Manipulation de l’opinion - 26-06 – Suite - Que Dieu bénisse l’Amérique, et ses bombes.


n°28 - Libye : Médias et Manipulation de l’opinion - 26-06 – Suite  - Que Dieu bénisse l’Amérique, et ses bombes.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Libye : Médias et Manipulation de l’opinion 

n°28 du 26-06

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Le " Médias et Manipulation de l’opinion" est  visible  sur nos blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) Sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm 

 

Si vous voulez nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 




Sommaire :  

2 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion.

2-3 William Blum : Le Rapport Anti-Empire : N’oublions pas à quoi ressemble une « intervention humanitaire ».

2-4 Peter Dale Scott : Viols en Libye.

2-5 Jonathan Schell : Attaquer la Libye en même temps que le dictionnaire.
2-6 Farid Merrad :"Pas de négociations en cours" ?

2-7 Manlio Dinucci : La nouvelle conquête coloniale de la Libye.

2-8 Fernent : Blackout des médias impérialistes sur la sale guerre coloniale.

 



2-3 William Blum : Le Rapport Anti-Empire : N’oublions pas à quoi ressemble une « intervention humanitaire ».

Sachons pourquoi la Libye a été désignée pour une « intervention humanitaire »

Le 9 avril, Condoleezza Rice a prononcé un discours à San Francisco.

Du moins elle a essayé. L’ancienne Secrétaire d’Etat fut continuellement interrompue par des cris du public, « criminelle de guerre » et « tortionnaire » (grâce aux camarades de Code Pink et World Can’t Wait).

Tandis qu’un des protestataires se faisait emmener par des membres de la sécurité, Rice a fait une déclaration qui est devenue un grand classique chez les officiels Américains dans une telle situation. « N’êtes-vous pas contents de savoir que cette femme vit dans une démocratie où elle peut exprimer son opinion ? »

Elle a aussi balancé une autre phrase qui est désormais de rigueur (en français dans le texte è NdT) depuis le renversement de Saddam Hussein par les Etats-Unis, un argument qui est brandi lorsque tout le reste a échoué : « Les enfants en Irak ne vivent plus sous Saddam Hussein, Dieu merci » (1)

A quoi on peut lui répondre : Si vous deviez subir une opération chirurgicale pour réparer un genou et que le chirurgien ampute par erreur la jambe, quelle serait votre réaction si quelqu’un vous faisait remarquer que, Dieu merci, vous n’avez plus de problème de genou ? Le peuple irakien n’a plus de problème de Saddam.

Malheureusement, ils ont perdu à peu près tout le reste.

Vingt ans de bombardements américains, d’invasion, d’occupation et de torture ont abouti à la perte de leurs maisons, leurs écoles, leur électricité, leur eau potable, leur environnement, leurs quartiers, leur archéologie, leurs emplois, leurs techniciens, leurs entreprises d’état, leur santé physique, leur santé mentale, leur système de santé, leur système de protection, leurs droits de la femme, leur tolérance religieuse, leur sécurité, leurs enfants, leurs parents, leur passé, leur présent, leur avenir, leurs vies... plus de la moitié de la population est soit morte, mutilée, en prison ou en exil à l’étranger... leur air, leur sol, leur eau, leur sang et leurs gênes sont imprégnés d’uranium appauvri... les enfants naissent avec d’abominables déformations... des bombes à fragmentation n’attendent qu’un enfant pour exploser... une rivière de sang coule aux côtés de l’Eurphrate et du Tigre... dans un pays qui ne sera peut-être jamais reconstruit.

En 2006, l’enquêteur spécial de l’ONU sur la torture a déclaré que les rapports en provenance de l’Irak indiquent que la torture « avait complètement échappé à tout contrôle. La situation est si mauvaise que nombreux sont ceux qui disent que les choses sont pires qu’à l’époque de Saddam Hussein  ». Un autre rapport de l’ONU de la même époque a révélé une augmentation des « crimes d’honneur » contre les femmes. (2)

« Il est courant d’entendre chez les irakiens épuisés par la guerre que la situation était meilleure avant l’invasion US en 2003 » a rapporté le Washington Post, le 5 mai 2007.

« Je ne fais pas de politique, mais je sais que sous Saddam Hussein, nous avions l’électricité, l’eau potable, un système de santé qui faisait l’envi du reste du monde arabe, et une éducation gratuite. » a déclaré la pharmacienne irakienne Dr. Entisar Al-Arabi à la militante pacifiste Medea Benjamin en 2010. «  J’ai cinq enfants et à chaque naissance j’avais droit à une année rémunérée de congé maternité. J’avais ma propre pharmacie et je pouvais fermer à n’importe quelle heure sans me soucier des problèmes de sécurité. Aujourd’hui, il n’y a plus de sécurité et les Irakiens subissent de terribles pénuries pour tout – électricité, nourriture, médicaments, et même l’essence. La plupart des gens éduqués ont fui le pays, et ceux qui restent regrettent l’époque de Saddam Hussein » (3)

Et ceci aussi, qui date de deux mois :

« Les manifestants, les militants des droits de l’homme et des officiels de la sécurité disent que le gouvernement du Premier Ministre Nouri al-Maliki a répondu aux manifestations en Irak avec la même brutalité que les pays voisins plus autoritaires.

Des témoins à Bagdad et jusqu’au nord du pays à Kirkouk ont raconté avoir assisté la semaine dernière à des forces de sécurité en uniformes noires, survêtements et t-shirts arrivant sur des chapeaux de roues à bord de camions et de Humvees, et attaquant des manifestants, en raflant d’autres aux terrasses de cafés et chez eux et les entraînant les yeux bandés vers des centres militaires de détention.

Des quartiers entiers... ont été bloqués pour empêcher les habitants de rejoindre les manifestants. Des journalistes ont été tabassés. » (4)

Donc... peut-on attendre des Etats-Unis et de leurs comparses voyous de l’OTAN qu’ils interviennent militairement en Irak comme ils le font en Libye ? Pour protéger les manifestants comme ils prétendent le faire en Libye ? Pour provoquer un changement de régime en Irak comme ils tentent de le faire, mais sans l’avouer, en Libye ?

De manière similaire, au cours des derniers mois, la Tunisie, l’Egypte, le Bahrein, le Yémen, la Syrie... ont tous vu éclater des manifestants et une répression gouvernementale brutale, et même dans une certaine mesure en Arabie Saoudite, une des sociétés les plus répressives au monde. Aucun de ces gouvernements n’a été attaqué à l’instar de la Libye par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la France. Aucune opposition d’un de ces pays ne reçoit un soutien militaire, financier, juridique ou moral de la part des puissances occidentales contrairement aux résistants Libyens – malgré le comportement brutal des résistants libyens, de leurs meurtres racistes et les relations claires de certains d’entre eux avec les djihadistes. (5) Les résistants libyens font penser aux résistants kosovars – des mafieux connus pour leur trafic d’organes et de femmes, eux aussi soutenus inconditionnellement par les puissances occidentales contre l’Ennemi Officiellement Déclaré, la Serbie.

Alors pourquoi est-ce seulement la Libye qui est visée par les missiles US/OTAN ? Selon quel principe ou morale ? Les libyens sont-ils les pires violateurs des droits de l’homme de la région ? (Un indicateur du Développement Humain de l’ONU en 2010 qui prend en compte la santé, l’éducation et les revenus a classé la Libye en tête des pays africains). Aucun autre gouvernement n’est plus laïque que le Libyen. (Par contraste, certains résistants libyens ont pour habitude d’exclamer la phrase que nous ne connaissons que trop bien, « Allah Akbar ».) Aucun autre pays n’a un bilan des droits de l’homme meilleur que la Libye, aussi imparfait soit-il – en Egypte, une commission d’enquête officielle a annoncé qu’au cours du récent soulèvement au moins 846 manifestants avaient été tués par la police par balles réelles tirées dans la tête et la poitrine. (6) Des horreurs similaires ont été signalées en Syrie, au Yémen et d’autres pays de la région au cours de la même période.

Il faut souligner que (la chaine de télévision) l’ultra-conservatrice Fox News a rapporté le 28 février : « Tandis que les Nations Unies travaillent sans relâche à faire condamner le dirigeant Muammar al-Kadhafi pour la répression contre les manifestants, le Conseil des Droits Humains de l’organisation s’apprête à publier un rapport bourré de louanges à l’égard du bilan de la Libye en matière des droits de l’homme. Le rapport félicite la Libye pour l’amélioration des conditions d’accès à l’enseignement, pour avoir accordé une « priorité » aux droits de l’homme et pour avoir renforcé le cadre « constitutionnel ». Plusieurs pays, dont l’Iran, le Venezuela, la Corée du Nord, l’Arabie Saoudite mais aussi le Canada ont distribué des bons points à la Libye pour les protections juridiques offertes aux citoyens – qui se révoltent à présent contre le régime et subissent des représailles sanglantes. »

De toutes les accusations portées contre Kadhafi, la plus aberrante est celle assénée sans cesse et selon laquelle il « tue son propre peuple ». C’est vrai, mais c’est ça qui arrive dans une guerre civile. Abraham Lincoln lui aussi a tué son propre peuple.

Kadhafi est le plus vieux dirigeant Ennemi Officiellement Désigné au monde, à l’exception de Fidel Castro. L’animosité a commencé en 1970, un an après la prise de pouvoir par Kadhafi lors d’un coup d’état, lorsqu’il a fermé une base aérienne US. Puis il s’est lancé dans une carrière de soutien à ceux qu’il considérait comme des groupes révolutionnaires. Au cours des années 70 et 80, Kadhafi a été accusé de consacrer ses hauts revenus pétroliers au soutien – en argent, armes, formation, camp et diplomatie – a un large éventail d’organisations radicales/d’insurrection/terroristes, particulièrement certaines factions palestiniennes et mouvements musulmans dissidents et minoritaires au Moyen Orient, en Afrique et en Asie ; l’IRA et des séparatistes basques et corses en Europe ; plusieurs groupes engagés dans la lutte contre le régime d’Apartheid en Afrique du Sud ; différents groupes d’opposition et de politiciens en Amérique latine ; l’Armée Rouge japonaise, les Brigades Rouges italiennes, la Bande à Baader-Meinhof en Allemagne.

On disait aussi que la Libye était derrière, ou était impliquée d’une manière ou d’une autre, dans l’attentat de l’ambassade US au Caire, dans différents détournements d’avions, d’une explosion dans un avion de ligne américain au-dessus de la Grèce, l’explosion en vol d’un avion de ligne français au-dessus de l’Afrique, l’attentat contre une synagogue à Istanbul, et l’attentat contre une boite de nuit à Berlin qui a couté la vie à plusieurs soldats américains. (7)

En 1990, lorsque les Etats-Unis avaient besoin d’un pays pour l’accuser (à tort) d’être responsable de l’attentat contre le vol 103 de la Pan Am au dessus de Lockerbie, en Ecosse, la Libye fut le choix tout désigné.

Le principal crime de Kadhafi aux yeux du Président Ronald Reagan (1981-1989), n’était pas son soutien à des groupes terroristes, mais au fait qu’il ne soutenait pas les bons groupes terroristes. En clair, Kadhafi ne soutenait pas les mêmes groupes terroristes que Washington, comme par exemple les Contras au Nicaragua, l’UNITA en Angola, les exilés cubains à Miami, les gouvernements du Salvador et du Guatemala, et les militaires US à Grenade. Le seul groupe de terroristes que les deux hommes soutenaient ensemble était les Moudjahidin en Afghanistan.

Et si tout cela ne suffisait pas à faire de Kadhafi l’Ennemi Public No 1 à Washington (Reagan l’appelait le « chien enragé du Moyen orient »), Kadhafi a souvent critiqué la politique étrangère des Etats-Unis, était un antisioniste convaincu, a pan-africaniste, un pan-arabiste (jusqu’à ce que l’hypocrisie et le conservatisme des gouvernements arabes se révèlent des obstacles). Il qualifiait aussi son gouvernement de socialiste. Quelle tolérance et de patience peut-on attendre de la part de l’Empire ? Lorsque de grandes manifestations ont éclaté en Tunisie et en Egypte, est-ce que Washington aurait pu résister à instiguer des évènements similaires dans le pays qui situé entre les deux autres ? La CIA a été très occupée à fournir les résistants en armes, soutien aérien, argent et personnel.

Il se pourrait que les alliés occidentaux réussissent à chasser Kadhafi du pouvoir. Ensuite le monde observera en toute innocence le nouveau gouvernement libyen accorder à Washington ce que ce dernier cherche depuis longtemps : une base pour Africom, le Commandement Africain des Etats-Unis, un des six commandements que le Pentagone a positionnés dans le monde. De nombreux pays africains qui avaient été sollicités ont décliné, parfois en des termes relativement durs. Actuellement, Africom est basé à Stuttgart, en Allemagne. Selon un officiel du Département d’Etat : « Nous avons un sérieux problème d’image de marque là-bas... l’opinion publique est vraiment opposée à toute collaboration avec les Etats-Unis. Ils ne font tout simplement pas confiance aux Etats-Unis. » (8) Tous les pays africains sont réticents à accueillir une base militaire US. Il n’y a qu’une seule base US en Afrique, à Djibouti. Alors gardez l’oeil ouvert lorsque la poussière retombera en Libye. La base sera située près des puits de pétrole américains. Ou peut-être que le peuple Libyen aura le choix : une base militaire américaine ou une base militaire de l’OTAN.

Et rappelez-vous – eu regard à l’histoire récente en Irak, Corée du Nord et Iran – que si la Libye avait eu des armes nucléaires, les Etats-Unis n’auraient pas attaqué.

Ou bien les Etats-Unis pourraient réaliser que Kadhafi n’est finalement pas une menace tout simplement parce qu’il est amoureux de Condoleezza Rice. Voici ce que disait le dirigeant libyen lors d’une interview à Al Jazeera le 27 mars 2007 : « Leezza, Leezza, Leezza... Je l’aime beaucoup. Je l’admire, j’en suis fier, parce qu’elle est une noire d’origine africaine. »

Au cours des années, le gouvernement américain et les médias nous ont gavé de scandales concernant Kadhafi : qu’il prenait des drogues, qu’il était obsédé par les femmes, qu’il était bisexuel, qu’il s’habillait en femme, qu’il se maquillait, qu’il se promenait avec un ours en peluche, qu’il avait des crises d’épilepsie, et bien d’autres choses encore ; une partie est peut-être vraie. A présent, voici l’ambassadrice US auprès des Nations Unies qui nous apprend que les forces de Kadhafi se livrent à des violences sexuelles et qu’on leur a administré de la Viagra, apparemment pour augmenter leurs capacités. (9) Etonnant. Qui aurait cru que l’armée Libyenne avait autant de soldats âgés entre 60 et 70 ans ?

Au moment de rédiger ces lignes, des missiles US/OTAN viennent de frapper une maison libyenne, tuant un fils et trois petites filles de Kadhafi, peu après que les offres de négociation de Kadhafi aient été rejetées – encore un haut fait d’armes dans la glorieuse histoire des interventions humanitaires, et un rappel aussi des bombes US sur la Libye en 1986 qui ont tué une fillette de Kadhafi.

(...)

William Blum

12 mai 2011

www.killinghope.org


2-4 Peter Dale Scott : Viols en Libye.
Les récentes guerres majeures des États-Unis ont toutes été accompagnées par des mensonges mémorables

C’est une mauvaise période pour la campagne de l’OTAN contre la Libye. Le président Obama doit faire face à une quasi-révolte du Congrès contre cette guerre coûteuse, alors que le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a mis en garde ses alliés européens à Bruxelles sur le fait que leur engagement timoré était « en train de mettre en péril la mission en Libye et l’avenir de l’Alliance. » [1] Une fois revenu aux États-Unis, selon le Daily Mail de Londres, « M. Gates a demandé des fonds supplémentaires pour les opérations en Libye, mais il s’est heurté au refus de la Maison-Blanche. » [2]

L’histoire des conflits armés impliquant les États-Unis nous enseigne que, lorsque la mobilisation vers la guerre devient difficile, des campagnes de relations publiques sont initiées, souvent basées sur des histoires entièrement inventées. Par exemple, lorsqu’en 1990 le [chef d’état-major des armées] Colin Powell exprima ses doutes sur la pertinence d’une intervention des États-Unis au Koweït, des récits basés sur des photos satellite classifiées émergèrent – récits selon lesquels Saddam avait amassé 265 000 soldats et 1 500 chars au bord de la frontière avec l’Arabie saoudite. Powell changea alors d’avis, et l’attaque eut finalement lieu. Mais après l’invasion, une journaliste du St. Petersburg Times consulta des photos prises par un satellite commercial, et « elle ne vit aucun signe d’un quart de million de soldats ou de leurs chars. » [3]

Des faucons du Congrès, notamment Tom Lantos et Stephen Solarz, ont assuré le soutien de l’attaque contre l’Irak [en 1991] avec le récit d’une fille âgée de 15 ans qui aurait vu des nourrissons koweitiens enlevés de leurs couveuses par des soldats irakiens. Cette histoire fut discréditée lorsqu’il apparut que celle-ci, fille de l’ambassadeur saoudien à Washington, pourrait ne jamais avoir visité l’hôpital en question. Elle avait en fait été préparée à relayer cette histoire par le cabinet de relations publiques Hill & Knowlton, qui travaillait pour le compte du gouvernement koweitien avec lequel il avait signé un contrat de 11,5 millions de dollars. [4]

L’histoire des interventions extérieures des États-Unis est jonchée de ce genre de faux récits, depuis la campagne « Souvenez-vous du Maine !  » menée en 1898 par l’agence de presse Hearst jusqu’aux récits fallacieux d’une attaque nord-vietnamienne contre des destroyers US au cours du soi-disant « Deuxième incident du Golfe du Tonkin » du 4 août 1964. De plus, nous savons qu’en 1962 l’état-major interarmées des États-Unis (JCS) planifia l’Opération Northwoods une série de mises en scène – parfois meurtrières – pour tromper le peuple états-unien dans le but de déclencher une guerre contre Cuba. [5]

Depuis le fiasco des faux récits sur l’Irak en 1990-91, ces histoires ont eu tendance à émaner de sources étrangères, généralement européennes. Ce fut ostensiblement le cas avec les documents falsifiés venant d’Italie relatifs au yellowcake, des documents qui servirent de base à George W. Bush pour accuser mensongérement l’Irak dans son Discours sur l’état de l’Union de 2003. [6] [7] Ce fut également le cas concernant les fausses histoires liant Saddam Hussein aux fameuses lettres piégées à l’anthrax de 2001. (Il fut plus tard démontré que cet anthrax provenait en réalité d’un laboratoire US de guerre bactériologique)[7]

Nous devrions garder à l’esprit cette récurrence historique de récits falsifiés pour justifier des interventions alors que nous sommes face à des allégations — pas encore prouvées, ni discréditées — selon lesquelles Kadhafi a utilisé le viol comme méthode pour combattre l’insurrection, et pourrait lui-même en être coupable. Ces accusations ont été proférées le 8 juin 2011 par Luis Moreno-Ocampo, procureur général de la Cour Pénale Internationale (CPI), qui a prétendu, selon le Time Magazine, qu’il existait des indications démontrant que le dictateur libyen Mouammar Kadhafi avait ordonné le viol de centaines de femmes durant sa violente répression contre les rebelles. De plus, il aurait lui-même fourni à ses soldats du Viagra afin de stimuler leur potentiel de commettre des agressions. [8]

Selon le Time, les récits de viols sont en train d’être véhiculés par des médecins qui avancent avoir rencontré et soigné des patientes mais qui n’ont pas leur permission pour révéler leurs identités. Auparavant, selon un médecin libyen interviewé dans une vidéo d’Al Jazeera, « de nombreux médecins ont trouvé du Viagra et des préservatifs dans les poches des combattants pro-Kadhafi décédés, et ils ont aussi soigné des femmes victimes de viol. Le docteur insiste sur le fait que cela indique clairement l’usage par le régime de Kadhafi du viol comme arme de guerre. »

Mais que penser de l’accusation de Moreno selon laquelle « [à] présent nous recevons des informations indiquant que Kadhafi lui-même a décidé de violer, et c’est une nouveauté. » [9] C’est une accusation sensationnelle : jusqu’à ce que nous apprenions qu’il existe une source sure pour la corroborer, on peut suspecter qu’elle fut proférée dans le but de faire les gros titres.

Dans l’enquête sur ces accusations, le fait que la culture libyenne soit si hostile aux victimes de viols est un problème car elles sont réticentes à se manifester. Des enquêteurs travaillant pour Human Rights Watch et pour Amnesty International furent incapables de trouver une seule femme disant avoir été violée. Cherif Bassiouni, enquêteur de l’ONU dans le domaine des droits de l’Homme, a déclaré à l’Agence France Presse que les récits relatifs aux viols et au Viagra étaient véhiculés par les autorités de Benghazi « dans un contexte ‘d’hystérie collective’. » En fait, il avait découvert seulement trois cas. [10]

Bien entendu, tout conflit militaire est habituellement accompagné par le viol. Ce qui pourrait constituer un crime de guerre serait l’hypothèse où (pour citer le Time) Kadhafi « avait fourni du Viagra à ses soldats. » Moreno a en effet déclaré, selon Associated Press, que « des témoins ont confirmé l’achat par le gouvernement [libyen] de conteneurs de médicaments s’apparentant au Viagra pour ‘accentuer la possibilité de violer.’ »

Certains ont objecté que l’achat de médicaments s’apparentant à du Viagra ne suffit pas à indiquer un crime de guerre. Alors qu’elle était en mission d’enquête à Tripoli, l’ancienne députée au Congrès Cynthia McKinney a indiqué dans ses courriels que, jusqu’à aujourd’hui, la seule armée connue pour avoir distribué du Viagra dans le cadre de ses opérations de guerre est l’armée des États-Unis. Le Viagra a en effet été utilisé en Afghanistan comme dessous-de-table pour inciter les leaders tribaux âgés à donner des informations. [11]

L’accentuation subtile des assertions de Moreno opérée par le Time – passant de l’achat du Viagra à sa fourniture aux soldats – nous rappelle la triste tendance historique des médias de masse états-uniens à diffuser de faux récits afin de justifier les guerres. Il est douloureux de l’affirmer, mais pratiquement chaque intervention militaire majeure des États-Unis depuis la Corée a été accompagnée de récits falsifiés. On devrait exhorter M. Moreno-Ocampo à produire rapidement les preuves de ses accusations, qui devraient se baser sur plus d’éléments que les seuls témoignages de médecins travaillant pour le régime de Benghazi. 

[1] « Gates rebukes NATO allies, warns of ‘dismal’ future », Agence France-Presse, 10 juin 2011.
http://news.yahoo.com/s/afp/20110610/pl_afp/usnatolibyaconflict

 [2] « The billion dollar war ? Libyan campaign breaks Pentagon estimates costing U.S. taxpayers $2 million a day », Daily Mail, 9 juin 2011.
http://www.dailymail.co.uk/news/article-2001778/Libya-war-costs-US-taxpayers-2m-day-Gaddafi.html

 [3] « No Casus Belli ? Invent One », The Guardian (Londres), 5 février 2003.
http://www.walden3.org/No_casus_belli_Invent_one!.htm

 [4] Ted Rowse, « Kuwaitgate - killing of Kuwaiti babies by Iraqi soldiers exaggerated », Washington Monthly, Septembre 1992.
http://findarticles.com/p/articles/mi_m1316/is_n9_v24/ai_12529902/

 [5] « Quand l’état-major américain planifiait des attentats terroristes contre sa population », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 novembre 2001.
http://www.voltairenet.org/article7615.html

 [6] « Discours 2003 sur l’état de l’Union », par George W. Bush, Réseau Voltaire, 28 janvier 2003.
http://www.voltairenet.org/article9260.html

 [7] Prenons en considération le récit suivant, paru dans le Daily Mail de Londres et rédigé par Simon Reeve : « L’Irak a été identifié comme étant la source la plus probable de l’anthrax utilisé pour terroriser les États-Unis au cours de ces dernières semaines. En représailles, de nouveaux plans de frappes militaires contre Saddam Hussein sont dorénavant envisagés, selon des officiels du gouvernement des États-Unis. Bien que l’étude des spores d’anthrax envoyés par courrier se poursuive, les scientifiques états-uniens ont découvert des "marques de fabrique" qui désignent une implication irakienne. Les enquêteurs états-uniens sont de plus en plus convaincus que l’anthrax a été introduit clandestinement aux États-Unis et envoyé par courrier à certaines cibles par des soutiens "dormants" non identifiés d’al-Qaïda, l’organisation d’Oussama ben Laden ». (Simon Reeve, « Scientists Link Iraq to Anthrax Terror Attacks », Sunday Mail [Londres], 28 octobre 2001 ; sujet traité dans Peter Dale Scott, American War Machine, pp. 194-95). [Cet exemple est également intéressant par l’amalgame opéré entre Saddam et al-Qaïda, en réalité amers rivaux.]
http://www.dailymail.co.uk/news/article-80965/Scientists-link-Iraq-anthrax-terror-attacks.html

 [8] Karen Leigh, « Rape in Libya : The Crime That Dare Not Speak Its Name », Time, 9 juin 2011.
http://www.time.com/time/world/article/0,8599,2076775-2,00.html

 [9] « Qaddafi ordered sex drugs for Libya rapes, ICC prosecutor says », Agence France-Presse, 9 juin 2011.
http://english.alarabiya.net/articles/2011/06/09/152527.html

 

[10] « UN investigator casts doubt over Libya mass rape claims », Agence France Presse, June 9, 2011.
http://www.expatica.com/ch/news/local_news/un-investigator-casts-doubt-over-libya-mass-rape-claims_155403.html

 [11] Toby Hamden, « CIA give Afghan warlords Viagra in exchange for information on Taliban », Telegraph [Londres], 26 décembre 2008.

Peter Dale Scott

Ancien diplomate canadien et professeur émérite à l’université de Berkeley, en Californie. Auteur du livre La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, aux éditions Demi-Lune, (Paris, 2010).

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/northamerica/usa/3965138/CIA-give-Afghan-warlords-Viagra-in-exchange-for-information-on-Taliban.html

Traduction Maxime Chaix

Asia Pacific Journal (Japon)
Réseau Voltaire |

22 juin 2011
http://www.voltairenet.org/Les-recentes-guerres-majeures-des


2-5 Jonathan Schell : Attaquer la Libye en même temps que le dictionnaire.
Lorsque les américains sont épargnés, une guerre n’est pas une guerre

 L’administration Obama vient de présenter une étonnante justification pour avoir déclenché une guerre contre la Libye sans l’approbation du Congrès exigée par la Constitution et la loi « War Powers Resolution » de 1973.

Des avions américains décollent, pénètrent l’espace aérien libyen, localisent des cibles, larguent des bombes, des bombes qui tuent et qui détruisent. C’est la guerre. Certains disent que c’est une bonne guerre et d’autres le contraire, mais aucun doute n’est possible, il s’agit bien d’une guerre.

Néanmoins, l’administration Obama insiste pour dire que ce n’est pas une guerre. Pourquoi ? Parce que, selon un rapport de 32 pages publié la semaine dernière par le gouvernement et intitulé « United States Activities in Libya », « les opérations américaines n’impliquent pas de combats soutenus ou d’échanges de tirs avec des forces hostiles, ni la présence de troupes américaines au sol, ni de victimes américaines ou de risque tangible d’escalade vers un conflit qui serait caractérisé par ces facteurs. »

En d’autres termes, le déséquilibre des forces est tellement en faveur des Etats-Unis qu’aucun Américain ne meurt ou ne risque sa vie. Apparemment, une guerre n’est une guerre que lorsque des Américains meurent, lorsque « nous » mourrons. Lorsque les seuls morts sont les « autres », les Libyens, c’est autre chose, une chose pour laquelle on n’a pas encore trouvé de nom. Lorsque les autres attaquent, c’est une guerre. Lorsque nous attaquons, ce n’est pas une guerre.

C’est à l’évidence une manière de raisonner très étrange et qui n’est possible qu’à cause d’un fait étrange : aujourd’hui, il est effectivement possible pour certains pays (peut-être uniquement le nôtre) et pour la première fois dans l’histoire, de déclencher une guerre sans subir une égratignure en retour. Cela a failli être le cas avec le bombardement de la Serbie en 1999, où un seul avion américain avait été abattu (et le pilote secouru).

Le modèle de cette nouvelle forme de guerre est le drone (avion sans pilote), le Predator, qui est devenu l’emblème de l’administration Obama. Ses pilotes humains sont assis dans une base militaire du Nevada ou à Langley, en Virginie, tandis que le drone survole l’Afghanistan, le Pakistan, le Yémen ou la Libye en semant sa destruction. Une telle guerre ne fait pas de victimes chez l’agresseur parce qu’aucun soldat de l’agresseur ne se trouve à proximité du champ de bataille – si on peut l’appeler ainsi.

D’étranges conclusions sont tirées de cette étrange manière de raisonner et ces étranges faits. Avant, une attaque contre un pays était un acte de guerre, quel que soit l’agresseur ou la suite des évènements. Désormais, l’administration Obama dit que puisque l’adversaire est incapable de riposter, ce n’est pas une guerre.

Les ennemis des Etats-Unis ont donc une nouvelle raison de vouloir nous infliger un minimum de dégâts car c’est uniquement dans ce cas qu’on pourrait leur reconnaître quelques droits (qui sont ce qu’ils sont) dans le cadre d’une guerre autorisée. Sans ça, ils sont à la merci du Président.

La « War Powers Resolution Act » autorise le président à déclencher des opérations militaires uniquement lorsque le pays est directement attaqué, lorsqu’il existe « un état d’urgence provoqué par une attaque contre les Etats-Unis, son territoire ou ses colonies, ou ses forces armées. » Cependant, l’administration Obama justifie ses actions en Libye justement parce que les forces armées US ne courent aucun risque et le territoire des Etats-Unis encore moins.

 

Il y a un parallèle à faire ici avec la position de l’administration Bush sur la question de la torture (sans faire de parallèle, bien entendu, entre la guerre contre la Libye à laquelle je m’oppose mais sur laquelle on peut encore débattre, et la torture qui n’est en aucun cas justifiable). Le Président Bush voulait que la torture qu’il avait ordonnée ne soit pas considérée comme de la torture, alors il s’est débrouillé pour avoir quelques juristes du Ministère de la justice pour rédiger des rapports expliquant que certaines formes de torture, comme le Waterboarding (simulations de noyade) n’étaient pas de la torture. De telles pratiques ont donc été baptisées « techniques d’interrogatoires poussés ».

A présent, Obama ne veut pas que sa guerre en Libye soit qualifiée de guerre alors il s’est débrouillé pour définir un certain type de guerre – le genre qui épargne les Américains – qui n’est pas une guerre (ceci sans le soutien total de ses propres avocats). En même temps que la Libye, un bon vieux mot du langage courant - guerre – vient de subir une agression.

Dans ce genre d’opération sémantique du pouvoir contre le langage, un mot se retrouve détaché de son sens le plus commun. La signification des mots est un des rares terrains d’entente entre communautés. Lorsque le sens communément admis est remis en cause, plus personne ne peut employer le mot sans provoquer des « débats » fallacieux, comme cela s’est produit autour du mot « torture ». Par exemple, les grands médias, en se soumettant à la décision de George Bush sur la signification des mots, ont cessé de qualifier le Waterboarding de torture et ont commencé à employer d’autres termes, comme « technique d’interrogatoire poussé », ou « mauvais traitement », ou « pratique abusive », etc.

Est-ce que les médias vont maintenant cesser d’appeler la guerre contre la Libye une guerre ? Aucun euphémisme pour « guerre » n’est encore apparu mais peu après le déclenchement des attaques contre la Libye, un officiel de l’administration a proposé le terme « action militaire cinétique » ou plus récemment, dans le rapport de 32 pages, le terme proposé est « opérations militaires limitées ». Sans doute quelqu’un finira par trouver un terme plus accrocheur.

Comment l’administration a-t-elle réussi une telle acrobatie ? Une interview accordée à Charlie Savage et Mark Landler du New York Times par le conseiller juridique de Département d’Etat Harold Koh nous éclaire un peu. De nombreux administrations et législateurs s’en sont pris à la « War Powers Resolution » en affirmant que cette loi remettait en cause des pouvoirs inhérents à la présidence. D’autres, comme le vice-ministre adjoint de la Justice, John Yoo, ont argumenté que la phrase toute simple de la Constitution qui dit que le Congrès « déclarera la guerre » ne signifie pas ce que la plupart des gens comprennent en la lisant, et que par conséquence le président a toute latitude pour déclencher toutes sortes de guerres.

Koh s’est longtemps opposé à ces interprétations – et d’une certaine manière, il est resté cohérent. En parlant de l’administration, il reconnaît le pouvoir du Congrès de déclarer la guerre et la constitutionnalité de la « War Powers Resolution ». « Nous ne disons pas que le Président peut décider seul d’entrainer le pays dans une guerre, » a-t-il dit au Times. « Nous ne disons pas que la « War Powers Resolution » est anticonstitutionnelle ou qu’elle devrait être abrogée ou que nous refusons de consulter le Congrès. Nous disons que la nature limitée de cette mission précise ne constitue pas le genre « d’hostilités » visées par le texte. »

Ainsi, d’une manière étrange, en voulant éviter d’être confrontés à la loi, ils s’en sont pris au dictionnaire. Pour aller de l’avant dans une guerre qui n’avait reçue aucune forme d’approbation de la part du Congrès, l’administration Obama devait choisir entre une remise en cause de la loi ou celle de la signification des mots. Entre la loi et le langage, il fallait choisir.

Ils ont choisi le langage.

 Jonathan SCHELL
Jonathan Schell is the Doris M. Shaffer Fellow at The Nation Institute, and a Senior Lecturer at Yale University. He is the author of several books, including The Unconquerable World : Power, Nonviolence, and the Will of the People. To listen to Timothy MacBain’s latest TomCast audio interview in which Schell discusses war and the imperial presidency, click here, or download it to your iPod here.

22 juin 2011

SOURCE ORIGINALE : http://www.tomdispatch.com

Transcodage inter-linguistique « on se comprend » par VD pour La Tombée de la Nuit d’Une Taille Imposante avec probablement les fautes et coquilles habituelles

http://www.legrandsoir.info/attaquer-la-libye-en-meme-temps-que-le-dictionnaire-tomdispatch.html


2-6 Farid Merrad :"Pas de négociations en cours" ?
Jeudi, le Premier ministre, Baghdadi Mahmoudi, avait répété que
"Mouammar Kadhafi est le leader de ce pays", c'est "une ligne rouge dans tout dialogue" sur un règlement du conflit.
Pour sa part, la rébellion a démenti tout contact avec Tripoli, comme l'avait affirmé un émissaire russe. Il n'y a "pas de négociations en cours" avec le régime, a affirmé le dirigeant rebelle Mahmoud Jibril à Naples, en Italie.
Au cours d'une conférence de presse aux côtés du ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini, il a souligné que "si des négociations devaient avoir lieu", le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, "s'était engagé à l'annoncer à tous ses amis de par le monde".
M. Frattini a également mis en doute la possibilité de pourparlers: "L'Italie a toujours encouragé la recherche de contacts et d'une solution basée sur le dialogue mais malheureusement, le régime n'a pas envoyé de réponse positive et a toujours demandé que soit garantie la permanence de Kadhafi au pouvoir".
M. Frattini a noté que "les plus hauts dirigeants (libyens) recevront dans quelques jours un mandat d'arrêt international", jugeant impossible de leur accorder dans ce contexte "une quelconque légitimité".
L'émissaire russe pour l'Afrique, Mikhaïl Marguelov, en visite à Tripoli, avait affirmé jeudi que "des contacts directs entre Benghazi (fief de la rébellion dans l'Est) et Tripoli sont déjà en cours".
Vendredi, il a précisé que des discussions avaient lieu "dans plusieurs capitales européennes, en France, en Norvège, en Allemagne" et dans d'autres pays.
Paris a affirmé ne pas avoir été associée ces contacts. "S'il y a eu des contacts directs, nous n'y avons pas été associés et nous n'en sommes pas à l'origine", a déclaré à l'AFP le ministère français des Affaires étrangères.
Aucun des deux camps de la crise libyenne n'a admis jusqu'à présent l'existence de négociations pour résoudre le conflit, les rebelles réclamant avant toute discussion le départ du colonel Kadhafi.
Sur le terrain, dix personnes ont été tuées et quarante blessées lors de bombardements des troupes loyalistes dans les environs de Misrata, a indiqué un porte-parole des rebelles, Ahmed Hassan, précisant que toutes les victimes sont des civils, touchés par des roquettes Grad.
Il a souligné que la ville était la cible de bombardements quasi-quotidiens des forces pro-Kadhafi et qu'il n'y avait eu aucune frappe de l'Otan sur leurs positions vendredi.
Par ailleurs, des explosions puissantes ont secoué le centre de Tripoli et ses environs, selon un journaliste de l'AFP.
Le régime avait dénoncé jeudi des "raids barbares" de l'Otan, l'accusant de viser des sites civils, et avait appelé à l'arrêt des frappes, en répétant que le régime était prêt à un cessez-le-feu.
Au sud de la capitale, la route Zenten-Yefren, dans les montagnes berbères, est désormais entièrement contrôlée par les rebelles, a constaté un correspondant de l'AFP.
Chars éventrés par les frappes de l'Otan, véhicules détruits, dépouilles de soldats abandonnées: les 35 km séparant ces deux villes témoignent des violents combats qui ont opposé les loyalistes à la rébellion.
Selon les rebelles, de violents combats opposaient par ailleurs les forces du régime et les insurgés autour de Nalout, à l'ouest près de la frontière tunisienne.
La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a accusé les forces du colonel Kadhafi d'avoir érigé en "instruments de guerre" le viol et les "violences contre les femmes".
La commission d'enquête indépendante de l'ONU sur les allégations d'atteintes aux droits de l'Homme en Libye, dont la mission a été étendue vendredi, a accusé pour sa part le régime de mener des attaques systématiques contre la population et de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

18/06 

Extrait de Farid Merrad


2-7 Manlio Dinucci : La nouvelle conquête coloniale de la Libye.

Le ministre italien des affaires étrangères Frattini, avec le gouvernement émirati, a coprésidé orgueilleusement le 9 juin, à Abu Dhabi, la troisième réunion du Groupe de contact sur la Libye.

L’Italie donc, comme dit le président de la république Napolitano, joue « son rôle pour qu’avance dans le monde la cause de la paix, des droits humains et de la démocratie ». Les Emirats arabes unis - monarchie absolue dans laquelle la représentation démocratique n’existe pas - ont envoyé récemment des troupes au Bahrein pour écraser dans le sang la demande populaire de démocratie, et ils sont en train de préparer, avec la compagnie militaire privée Xe Services (ex-Blackwater), une armée secrète de mercenaires à employer aussi dans d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.  C’est sur cette solide base démocratique qu’on prépare la « phase post conflit » en Libye.

Tandis que l’OTAN démolit systématiquement les bases matérielles de l’Etat libyen, en larguant des milliers de bombes sur Tripoli et d’autres localités, le Groupe de contact soutient avec des millions de dollars et euros le CNT de Benghazi. Celui-ci, représentant une partie minoritaire de la population, n’arrive pas à gagner du terrain même si l’OTAN entraîne et arme ses troupes et lui ouvre la voie avec des bombardements. A Abu Dhabi, il a été décidé d’adopter le « modèle italien » dans la fourniture des « aides » au CNT. L’Italie, qui a joué les « ouvreurs », fournira au Cnt des fonds d’une valeur de 300-400 millions d’euros en cash et en crédit disponible, et 150 autres millions en carburant (voir appendice pour la version française, NdT). Les fonds seront « garantis par les biens congelés en Italie et par le pétrole extrait et raffiné dans l’avenir par le nouveau gouvernement libyen ». De cette manière les principaux pays du Groupe de contact (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, monarchies du Golfe) posent une lourde hypothèque sur l’avenir de la Libye. Si un gouvernement obséquieux était installé, ces pays auraient en main l’économie du pays, en gérant les fonds souverains libyens congelés et en contrôlant la production et l’exportation du pétrole.

Pendant ce temps, comme garantie pour l’avenir, Washington a placé la gestion des finances et du pétrole du CNT dans les mains de son homme de confiance, Ali A. Tarhouni, enseignant à l’université de Washington. Les résultats ne se sont pas faits attendre : le premier contrat pour l’exportation de pétrole libyen, de 1,2 millions de barils, le CNT l’a conclu avec une compagnie étasunienne : Tesoro. Et, alors que Tarhouni annonce que le CNT produira rapidement 100 mille barils de pétrole par jour, le Département d’Etat annonce « le soutien américain (étasunien, NdT) pour des ventes ultérieures de pétrole par le CNT ». Le gouvernement italien, qui a servi d’ouvreur, ne veut cependant pas être de reste. Il appuie donc aussi le CNT avec « une assistance humanitaire et de coopération au développement » pour un montant de plusieurs millions d’euros. Un de ses projets les plus significatifs, géré par l’Istituto agronomico delle l’oltremare (Institut agronomique de l’outremer) prévoit l’ « amélioration du palmier dattier de l’oasis d’Al Jufra ». Fierté de l’Italie : alors qu’elle largue sur la Libye des bombes d’une tonne à l’uranium appauvri, elle rend plus douces les dattes libyennes.

Edition de vendredi 10 juin 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110610/manip2pg/08/manip2pz/304686/
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Appendice pour la version française (NdT) : Dépêche Reuters et AFP du 09/06/2011 | Mise à jour : 16:25

 « Juppé: 290 M€ pour les rebelles libyens » 

La France est prête à débloquer une aide de 290 millions d'euros aux rebelles libyens du Conseil national de transition (CNT), a annoncé le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, lors de la réunion du groupe de contact sur la Libye à Abou Dhabi.

Plus tôt dans la journée, Abdel Hafidh Ghoga, vice-président du Conseil national de transition, avait déclaré que le fonds international d'aide aux rebelles libyens était  désormais "opérationnel".

Manlio Dinucci
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=DIN20110610&articleId=25209


2-8 Fernent : Blackout des médias impérialistes sur la sale guerre coloniale.
Bonjour,
Dans le contexte du blackout des médias impérialistes sur la sale guerre coloniale que livre l'OTAN à la Libye, et cela après le déluge des médiamensonges qui ont conduit à l'adoption de la résolution 1973 par le Conseil de Sécurité de l'ONU sur le "no fly zone", nous jugeons important de publier ce message de Khadaffi lui même qui nous est parvenu du Mali.
La guerre coloniale impérialiste de la Françafric, de l'Euroafric et de l'Usafric impérialiste sous l'égide d'un Sarkozy qui fabrique par sa politique raciste une "ennemi intérieur" musulman en France et se lance en même temps dans la guerre contre un petit peuple à coups de bombes nécessite une mobilisation des internationalistes, des anti-racistes, des démocrates et des pacifistes de tous les pays, et surtout des Etats impérialistes agresseurs.
Mais force est de constater amèrement qu'il n'en est rien pour le moment en France et dans les différents pays de l'Europe du capital engagé dans l'attaque barbare.
Ce qui explique l'interpellation des 86 organisations de la gauche Sud Américaine adressée à "la gauche Européenne".
Fernent/M.T.P-S considère qu'une des raisons de l'inexistence d'une mobilisation anti-guerre dans les pays Européen est le recul dangereux du principe démocratique que les peuples sont égaux quelque soit leur niveau de développement et que la démocratie est une conquête endogène à chaque peuple. Et la question du pouvoir en Libye ou dans tout autre pays est une affaire du peuple concerné.
Fernent/M.T.P-S considère que la venue au Sénégal du CNT de Benghazi adoubé par les impérialistes agresseurs de l'OTAN fait partie d'un vaste complot visant à casser la désapprobation jusqu'ici unanime de l'UA vis à vis de la guerre contre la Libye. Le mouvement démocratique, internationaliste, anti-impérialiste et les forces panafricanistes ne peuvent se taire et doivent absolument se mobiliser pour dire avec force à A. Wade : NON A LA TRAHISON DU PEUPLE LIBYEN!  
L'internationalisme et la lutte contre le nouveau cycle des guerres impérialistes doivent s'émanciper de la prison idéologique des "ni, ni" (ni Sadam, ni Bush, ni Milosevic, ni Clinton/Gensher). C'est objectivement inacceptable de se laisser piéger par la nature démocratique ou non du régime du petit pays attaqué par l'impérialisme. C'est subjectivement une soumission à la propagande de guerre de l'impérialisme qui érige comme prétexte la nature dictatoriale d'un régime donné pour bombarder le peuple afin soi disant de l'en libérer. L'impérialisme, en particulier les USA et l''UE, empêtré dans sa crise structurelle est inévitablement le fauteur de guerre qui conduit l'humanité vers une conflagration majeure visant à termes les pays émergents.
A partir du moment où Obama, Cameron et Sarkozy ont le culot sans vergogne de dire ouvertement que "Khadafi doit partir", alors donnons la parole à celui qui est visé directement, à celui qu'ils veulent tuer. TOUT LE MONDE DOIT SE RENDRE A L'EVIDENCE : OBAMA, SARKOZY, CAMERON SONT LES NOUVEAUX BARBARES AFFUBLES DES ENTURBANNES ROI ET EMIRS DES PETRO-DOLLARS.
Voilà pourquoi nous publions ce message attribué à celui que la presse au service des Firmes transnationales du pétrole et des roitelets et émirs intégristes moyenâgeux des pétro-dollars ont appelé "Khadafou" pour masquer leur propre "folie" criminelle. Ci-joint en attaché d'autres textes et à la suite du message de Khadafi un exemple de contre propagande en France contre la guerre et les crimes des impérialistes par Rouges Vifs 13.

 Fernent

M.T.P-S  - Le Secrétariat Politique


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