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10/07/2011

n°6 - Dossiers de Syrie - 08-07- Fin - N’oublions pas à quoi ressemble une « intervention humanitaire ».


n°6 - Dossiers de Syrie - 08-07- Fin  - N’oublions pas à quoi ressemble une « intervention humanitaire ».


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



  Dossiers de Syrie

                                                                  n°6                                  08-07

                                                          C.De broeder & M.Lemaire



Le " Dossier de Syrie" est  visible 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.


3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Réseau Voltaire : La cohésion de la Syrie face à l’offensive turco-occidentale. 

3-2 Thierry Meyssan : Le plan de déstabilisation de la Syrie.

3-3 K. Bhadrakumar : Syrie en ébullition. - Navire de guerre américain en Mer Noire.

Annexe

Maurizio Matteuzzi : Guerres étasuniennes : le coût.


3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

3-1 Réseau Voltaire : La cohésion de la Syrie face à l’offensive turco-occidentale.  

Malgré les immenses moyens de subversion financiers et médiatiques et de renseignement, mis en place par les États-Unis, leurs alliés européens, arabes et turcs, la situation en Syrie est repassée sous le contrôle du gouvernement, avec la reprise en main par l’armée de la région de Jisr al-Choughour, contrôlée quelques jours par des extrémistes armés (Voir ci-dessous) et la poursuite des réformes politiques et administratives profondes dont les résultats concrets commencent à se faire sentir.
Le plan fomenté contre la Syrie était pourtant élaboré avec beaucoup de minutie. Un document britannique confidentiel, dévoilé par un Centre de recherches, révèle que le président de la commission des Affaires étrangères au Sénat US, John McCain, aurait demandé à ses conseillers de rencontrer des opposants syriens dans plusieurs capitales, notamment à Londres, Paris et Istanbul, ainsi qu’aux États-Unis, pour les encourager à s’organiser et à élaborer un plan qui va crescendo pour déstabiliser et décrédibiliser le régime et le pousser à la faute.
Le point fort de ce plan consistait à s’emparer d’une région puis à constituer un petit fief sur le territoire syrien pour en faire le bastion des insurgés et une tête de pont pour l’intervention de l’Occident. Il prévoit aussi de trouver une figure, jeune de préférence, pour dénoncer les horreurs du régime, Les opposants feraient de cette région « libérée » leur capitale, un peu comme l’est Benghazi pour les rebelles libyens.
Ce plan a d’abord été mis en œuvre à Deraa, une ville choisie en raison de sa proximité avec la Jordanie. Il y a eu ensuite l’affaire montée en épingle du jeune Hamza Khatib, un adolescent qui avait participé à une manifestation et qui a été retrouvé mort. Les médias dirigés se sont saisis de l’affaire, assurant que le garçon avait été torturé, alors que le médecin légiste et le père de la victime le démentaient fermement.
Devant l’échec du plan à Deraa, le choix s’est porté sur une autre zone, frontalière du Liban celle-fois. À Tall Kalakh, des groupes armés ont pris le contrôle de la ville et poussé les habitants à l’exode vers le Liban, pour créer un « drame humanitaire » justifiant une intervention occidentale. C’est sous ce prétexte humanitaire que l’Otan et l’Occident étaient intervenus dans le Nord de l’Irak, au début des années 90, et en ex-Yougoslavie, à la fin de la même décennie. Nouvel échec, en raison de la riposte vigoureuse mais ciblée de l’armée syrienne, qui fait preuve d’une cohésion remarquable face aux menaces de démembrement de la Syrie et de guerre civile programmée.
Après l’échec de cette nouvelle tentative, les États-Unis et leurs alliés ont utilisé les grands moyens, faisant entrer en scène la Turquie. Celle-ci a d’abord accueilli sur son sol, à Antalya, non loin de la frontière avec la Syrie, une réunion d’opposants syriens hétéroclites. Juste après la fin de cette réunion, une escalade sans précédent a eu lieu sur le terrain, couronnée par la prise de Jisr al-Choughour, non loin de la frontière turque. Mais dans cet épisode, les groupes extrémistes ont montré leur vrai visage, massacrant 120 membres des forces de sécurité syriennes, dont certains ont été décapités.
Les autorités turques ont immédiatement monté un camp pour accueillir les réfugiés, facilitant l’arrivée de journalistes du monde entier pour diffuser les images du « drame humanitaire ». Dans le même temps, la France et la Grande-Bretagne se débattaient au Conseil de sécurité pour faire voter une résolution condamnant le régime syrien. Faut-il des preuves supplémentaires pour montrer à quel point les parties de ce plan sont synchronisées entre des acteurs régionaux et internationaux pour atteindre l’objectif fixé qui est d’affaiblir la Syrie, voire de la démembrer, si possible ?
Les responsables turcs affirment, pour justifier leurs ingérences, que les problèmes de la Syrie concernent la Turquie, les tissus sociaux des deux pays étant extrêmement étroits, notamment par le biais des communautés kurdes et alaouites. Mais leurs arguments humanitaires ne masquent pas leurs visées sur le territoire syrien.
Face à ce troisième épisode, le régime syrien a réagi avec un mélange de fermeté et d’ouverture, accélérant le processus de réformes et décidant de reprendre le contrôle de Jisr al-Choughour. Il a aussi envoyé des messages indirects à Ankara, affirmant qu’il ne tolèrerait aucune atteinte à la souveraineté nationale.
Le bras de fer se poursuit donc, mais le régime reste soudé, gardant l’appui des institutions, notamment l’armée, le parti Baas et la classe commerçante et la grande masse des citadins.
Les stratèges de Langley ont manqué d’imagination. Ils pensaient qu’ils pourraient reproduire facilement le modèle libyen en Syrie. Mais c’était mal connaitre l’attachement des Syriens à l’unité et la souveraineté de leur pays et ignorer à quel point le sentiment national est ancré dans leur mémoire collective. Sinon, comment expliquer le fait que trois mois après le début des troubles, et en dépit des moyens énormes déployés, pas un seul officier, diplomates, hommes politiques ou responsable du Baas, n’ait fait défection. Face à cette cohésion, les médias dirigés ont été contraints d’inventer des histoires de dissidences, comme celle de l’ambassadrice de Syrie à Paris, Lamia Chakkour, ou du pseudo-lieutenant Abdel Razzak Tlass. De tristes histoires à dormir debout qui ne font l’honneur ni à France 24 ni à Al-Jazeera.
La Syrie est un pays qui joue un rôle-clé dans des dossiers cruciaux de la région, en Irak, en Palestine, au Liban, en Jordanie et même en Turquie. Il ne sera pas facile de la faire tomber, même pour les plus brillants stratèges israélo-US.

25/06/2011

 http://www.voltairenet.org/La-cohesion-de-la-Syrie-face-a-l


3-2 Thierry Meyssan : Le plan de déstabilisation de la Syrie.

Les opérations conduites contre la Libye et la Syrie mobilisent les mêmes acteurs et les mêmes stratégies. Mais leurs résultats sont très différents car ces États ne sont pas comparables. Thierry Meyssan analyse ce demi-échec des forces coloniales et contre-révolutionaires et pronostique un nouveau retournement de balancier dans le monde arabe.

Réseau Voltaire - 14 juin 2011

La tentative de renversement du gouvernement syrien ressemble par bien des points à ce qui a été entrepris en Libye, cependant les résultats sont forts différents en raison de particularités sociales et politiques. Le projet de casser simultanément ces deux États avait été énoncé le 6 mai 2002 par John Bolton alors qu’il était sous-secrétaire d’État de l’administration Bush, sa mise en œuvre par l’administration Obama 9 ans plus tard, dans le contexte du réveil arabe, ne va pas sans problèmes.

Comme en Libye, le plan de départ visait à susciter un coup d’État militaire, mais il s’est vite avéré impossible faute de trouver les officiers nécessaires. Selon nos informations, un plan identique avait également été envisagé pour le Liban. En Libye, le complot avait été éventé et le colonel Kadhafi avait fait arrêter le colonel Abdallah Gehani [1]. Dans tous les cas, le plan originel a été revu dans le contexte inattendu du « printemps arabe ».

L’action militaire

L’idée principale était alors de provoquer des troubles dans une zone très délimitée et d’y proclamer un émirat islamique qui puisse servir de base au démantèlement du pays. Le choix du district de Daraa s’explique parce qu’il est frontalier de la Jordanie et du Golan occupé par Israël. Il aurait été ainsi possible d’approvisionner les sécessionnistes.

Un incident a été créé artificiellement en demandant à des lycéens de se livrer à des provocations. Il a fonctionné au delà de toutes espérances compte tenu de la brutalité et de la bêtise du gouverneur et du chef de la police locale. Lorsque des manifestations ont débuté, des francs-tireurs ont été placés sur les toits pour tuer au hasard à la fois dans la foule et parmi les forces de l’ordre ; un scénario identique à celui utilisé à Benghazi pour susciter la révolte.

D’autres affrontements ont été planifiés, chaque fois dans des districts frontaliers pour garantir une base arrière, d’abord à la frontière du Nord du Liban, puis à celle de la Turquie.

Les combats ont été menés par des unités de petite taille, composés souvent d’une quarantaine d’hommes, mêlant des individus recrutés sur place et un encadrement de mercenaires étrangers issus des réseaux du prince saoudien Bandar bin Sultan. Bandar lui-même est venu en Jordanie, où il a supervisé le début des opérations en relation avec des officiers de la CIA et du Mossad.

Mais la Syrie n’est pas la Libye et le résultat y a été inverse. En effet, alors que la Libye est un État créé par les puissances coloniales en mariant de force la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzam, la Syrie est une nation historique qui a été réduite à sa plus simple expression par ces mêmes puissances coloniales. La Libye est donc spontanément en proie à des forces centrifuges, tandis qu’au contraire la Syrie attire des forces centripètes qui espèrent reconstituer la Grande Syrie (laquelle comprend la Jordanie, la Palestine occupée, le Liban, Chypre, et une partie de l’Irak). La population de l’actuelle Syrie ne peut que s’opposer aux projets de partition.

Par ailleurs, on peut comparer l’autorité du colonel Kadhafi et celle d’Hafez el- Assad (le père de Bachar). Ils sont arrivés au pouvoir dans la même période et ont usé de leur intelligence et de la brutalité pour s’imposer. Au contraire, Bachar el-Assad n’a pas pris le pouvoir, et n’envisageait pas non plus d’en hériter. Il a accepté cette charge à la mort de son père parce que son frère était décédé et que seule sa légitimité familiale pouvait prévenir une guerre de succession entre les généraux de son père. Si l’armée est venue le chercher à Londres où il exerçait paisiblement la profession d’ophtalmologue, c’est son peuple qui l’a adoubé. Il est incontestablement le leader politique le plus populaire du Proche-Orient. Jusqu’il y a deux mois, il était aussi le seul qui se déplaçait sans escorte, et ne rechignait pas aux bains de foule.

L’opération militaire de déstabilisation de la Syrie et la campagne de propagande qui l’a accompagnée ont été organisées par une coalition d’États sous coordination US, exactement comme l’OTAN coordonne des États membres ou non-membres de l’Alliance pour bombarder et stigmatiser la Libye. Comme indiqué plus haut, les mercenaires ont été fournis par le prince Bandar bin Sultan, qui a du coup été contraint d’entreprendre une tournée internationale jusqu’au Pakistan et en Malaisie pour grossir son armée personnelle déployée de Manama à Tripoli. On peut citer aussi à titre d’exemple l’installation d’un centre de télécommunication ad hoc dans les locaux du ministère libanais des Télécoms.

Loin de dresser la population contre le « régime », ce bain de sang a provoqué un sursaut national autour du président Bachar el-Assad. Les Syriens, conscients qu’on chercher à les faire basculer dans la guerre civile, ont fait bloc. La totalité des manifestation anti-gouvernementales a réuni entre 150 000 et 200 000 personnes sur une population de 22 millions d’habitants. Au contraire, les manifestations pro-gouvernementales ont rassemblé des foules comme le pays n’en avait jamais connues.

Les autorités ont réagi aux événements avec sang-froid. Le président a enfin engagé les réformes qu’il souhaitait entreprendre depuis longtemps et que la majorité de la population freinait de peur qu’elles n’occidentalisent la société. Le parti Baas a accepté le multipartisme pour ne pas sombrer dans l’archaïsme. L’armée n’a pas réprimé les manifestants —contrairement à ce que prétendent les médias occidentaux et saoudiens— mais a combattu les groupes armés. Malheureusement, ses officiers supérieurs ayant été formés en URSS n’ont pas fait preuve de ménagement pour les civils pris entre deux feux.

La guerre économique

La stratégie occidentalo-saoudienne a alors évolué. Washington se rendant compte que l’action militaire ne parviendrait pas à plonger à court terme le pays dans le chaos, il a été décidé d’agir sur la société à moyen terme. L’idée est que la politique du gouvernement al-Assad était en train de créer une classe moyenne (seule garantie effective de démocratie) et qu’il est possible de retourner cette classe moyenne contre lui. Pour cela, il faut provoquer un effondrement économique du pays.

Or, la principale ressource de la Syrie est son pétrole, même si sa production n’est pas comparable en volume à celle de ses riches voisins. Pour le commercialiser, il a besoin de disposer d’assets dans les banques occidentales qui servent de garanties durant les transactions. Il suffit de geler ces avoirs pour tuer le pays. Il convient donc de noircir l’image de la Syrie pour faire admettre aux populations occidentales des « sanctions contre le régime ».

En principe, le gel d’avoirs nécessite une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, mais celle-ci est improbable. La Chine qui a déjà été contrainte de renoncer à son droit de veto lors de l’attaque de la Libye sous peine de perdre son accès au pétrole saoudien ne pourrait probablement pas s’y opposer. Mais la Russie pourrait le faire, faute de quoi en perdant sa base navale en Méditerranée elle verrait sa flotte de Mer Noire étouffer derrière les Dardanelles. Pour l’intimider, le Pentagone a déployé le croiseur USS Monterrey en Mer Noire, histoire de montrer que de toute manière les ambitions navales russes sont irréalistes.

Quoi qu’il en soit, l’administration Obama peut ressusciter le Syrian Accountablity Act de 2003 pour geler les avoirs syriens sans attendre une résolution de l’ONU et sans requérir un vote du Congrès. L’histoire récente a montré, notamment à propos de Cuba et de l’Iran, que Washington peut aisément convaincre ses alliés européens de s’aligner sur les sanctions qu’il prend unilatéralement.

C’est pourquoi aujourd’hui le vrai enjeu se déplace du champ de bataille vers les médias. L’opinion publique occidentale prend d’autant plus facilement des vessies pour des lanternes qu’elle ne connaît pas grand-chose de la Syrie et qu’elle croit à la magie des nouvelles technologies.

La guerre médiatique

En premier lieu, la campagne de propagande focalise l’attention du public sur les crimes imputés au « régime » pour éviter toute question à propos de cette nouvelle opposition. Ces groupes armés n’ont en effet rien de commun avec les intellectuels contestataires qui rédigèrent la Déclaration de Damas. Ils viennent des milieux extrémistes religieux sunnites. Ces fanatiques récuse le pluralisme religieux du Levant et rêvent d’un État qui leur ressemble. Ils ne combattent pas le président Bachar el-Assad parce qu’ils le trouvent trop autoritaire, mais parce qu’il est alaouite, c’est-à-dire à leurs yeux hérétique.

Dès lors, la propagande anti-Bachar est basée sur une inversion de la réalité.

À titre d’exemple divertissant, on retiendra la cas du blog « Gay Girl in Damascus » créé en février 2011. Ce site internet édité en anglais par la jeune Amina est devenu une source pour beaucoup de médias atlantistes. L’auteure y décrivait la difficulté pour une jeune lesbienne de vivre sous la dictature de Bachar et la terrible répression de la révolution en cours. Femme et gay, elle jouissait de la sympathie protectrice des internautes occidentaux qui se mobilisèrent lorsqu’on annonça son arrestation par les services secrets du « régime ».

Toutefois, il s’avéra qu’Amina n’existait pas. Piégé par son adresse IP, un « étudiant » états-unien de 40 ans Tom McMaster était le véritable auteur de cette mascarade. Ce propagandiste, censé préparer un doctorat en Écosse, était présent lors du congrès de l’opposition pro-occidentale en Turquie qui appela à une intervention de l’OTAN. Et il n’y était évidemment pas en qualité d’étudiant [2].

Le plus surprenant dans l’histoire n’est pas la naïveté des internautes qui ont cru aux mensonges de la pseudo-Amina, mais la mobilisation des défenseurs des libertés pour défendre ceux qui les combattent. Dans la Syrie laïque, la vie privée est sanctuarisée. L’homosexualité, interdite dans les textes, n’est pas réprimée. Elle peut être difficile à vivre au sein de la famille, mais pas dans la société. Par contre, ceux que les médias occidentaux présentent comme des révolutionnaires et que nous considérons au contraire comme des contre-révolutionnaires sont, eux, violemment homophobes. Ils se proposent même d’instaurer des châtiments corporels, voire pour certains la peine de mort, pour punir ce « vice ».

Ce principe d’inversion est appliqué à grande échelle. On se souvient des rapports des Nations Unies sur la crise humanitaire en Libye : des dizaines de milliers de travailleurs immigrés fuyant le pays pour échapper aux violences. Les médias atlantistes en avaient conclu que le « régime » de Kadhafi doit être renversé et qu’il faut soutenir les insurgés de Benghazi. Or, ce n’est pas le gouvernement de Tripoli qui était responsable de ce drame, mais les soi-disant révolutionnaires de Cyrénaïque qui faisaient la chasse aux Noirs. Animés par une idéologie raciste, ils les accusaient d’être tous au service du colonel Kadhafi et en lynchaient quand ils en attrapaient un.

En Syrie, les images des groupes armés postés sur les toits qui tirent au hasard à la fois dans la foule et sur les forces de l’ordre sont diffusées par les télévisions nationales. Mais ces mêmes images sont reprises par les chaînes occidentales et saoudiennes pour attribuer ces crimes au gouvernement de Damas.

En définitive le plan de déstabilisation de la Syrie fonctionne imparfaitement. Il a convaincu l’opinion publique occidentale que ce pays est une terrible dictature, mais il a soudé l’immense majorité de la population derrière son gouvernement. Finalement cela pourrait devenir dangereux pour les concepteurs du plan, notamment pour Tel-Aviv. Nous venons d’assister en janvier-février 2011 à une vague révolutionnaire dans le monde arabe, suivie en avril-mai d’une vague contre-révolutionnaire. Le balancier n’a pas terminé son mouvement.

Réseau Voltaire | | 14 juin 2011

 

 [1] « La France préparait depuis novembre le renversement de Kadhafi », par Franco Bechis, Réseau Voltaire, 24 mars 2011.

[2] « Propagande de guerre : la bloggeuse gay de Damas », Réseau Voltaire, 13 juin 2011

Thierry Meyssan

mercredi 15 juin 2011,

par Comité Valmy

 

http://www.voltairenet.org:80/Le-plan-de-destabilisation-de-la


3-3 M. K. Bhadrakumar : Syrie en ébullition. - Navire de guerre américain en Mer Noire
Le ministère russe des Affaires étrangères choisit rarement un dimanche pour faire une déclaration officielle. De toute évidence, une chose d'une extrême gravité est survenue à Moscou pour que la Russie éprouve un besoin urgent de s’exprimer. La provocation a été l'apparition d'un croiseur lance-missiles des États-Unis en Mer Noire, venu y effectuer des exercices navals avec l'Ukraine. Le croiseur USS Monterrey, équipé du système de défense aérienne AEGIS, participe aux exercices conjoints entre les Etats-Unis et l’Ukraine, Sea Breeze 2011 [Brise de mer 2011].

Un exercice naval américano-ukrainien n’a rien d'extraordinaire. L'an dernier, un autre exercice avait déjà eu lieu. Mais, ainsi que Moscou l’a soulevé, « En laissant de côté la question non réglée de la possible architecture du bouclier antimissile européen, la Russie voudrait savoir, en conformité avec les décisions du sommet de Lisbonne entre la Russie et l’OTAN [Organisation du Traité de l'Atlantique Nord], quelle ‘contrariété’ a pu pousser le commandement étasunien à déplacer de la Méditerranée vers l'Est la principale unité de frappe du groupement régional de défense antimissile, formé par l'OTAN dans cette région? »

La déclaration du ministère des Affaires étrangères s’est poursuivie en offrant sa propre explication selon laquelle le Monterrey a été envoyé dans les eaux européennes dans le cadre de l'approche adaptative progressive de l’administration américaine pour construire le segment européen du bouclier antimissile global. La première étape de ce programme envisage le déploiement d'un groupe de navires de guerre américains dans la mer Adriatique, la mer Égée et la mer Méditerranée, afin de protéger l'Europe du Sud d’éventuelles frappes de missiles. Cette déclaration a précisé que le rôle des missiles des navires de guerre américains, dans les exercices anti-piraterie Sea Breeze 2011, n’est pas clair.

 « Nous devons dire que nos préoccupations continuent d'être ignorées et, sous couvert de pourparlers sur la coopération européenne au regard du bouclier antimissile, des efforts sont en cours en vue de construire la configuration du bouclier antimissile, dont les conséquences sont dangereuses et à propos desquelles nous avons informé nos partenaires américains et de l'OTAN », a ajouté la déclaration russe.

Les États-Unis affirment qu'il s'agit d'un exercice naval de routine. D'un autre côté, Moscou interroge : « S'il s'agit d'une démarche ordinaire, alors il est difficile de comprendre pourquoi un navire de guerre avec ce type d'armement a été choisi pour manœuvrer dans cette région assez sensible. »

Il ne fait aucun doute que les États-Unis accentuent la pression sur la flotte russe en Mer Noire. La provocation des Etats-Unis se déroule dans le contexte de la crise en Syrie. La Russie bloque obstinément les tentatives étasuniennes de racolage pour une intervention en Syrie du style de celle en Libye. Pour Moscou, si les Etats-Unis veulent un changement de régime en Syrie, c’est principalement pour obtenir la liquidation de la base navale russe dans ce pays.

La base syrienne est le seul point d’ancrage de la Russie en Méditerranée. La flotte russe en Mer Noire dépend de sa base en Syrie pour maintenir une présence effective en Méditerranée. Avec la création de bases militaires américaines en Roumanie et l'apparition du navire de guerre américain dans la région de la mer Noire, l'encerclement [de la marine russe] se resserre. C'est un jeu du chat et de souris, où les États-Unis prennent le dessus.

Le régime dirigé par Bechar el-Assad est ostensiblement répressif, puisque des massacres sont rapportés presque quotidiennement. Mais les reportages occidentaux passent totalement sous silence l’aide extérieure apportée à l'opposition syrienne. Personne ne s’intéresse à prouver ou à mettre doute, par exemple, les circonstances dans lesquelles 120 personnes de la sécurité syrienne auraient pu être tuées lors d’un seul « incident ».

L'implication de l'Ouest, de l'Arabie Saoudite, des Israéliens et des Turcs dans les troubles en Syrie est parfaitement limpide, mais il ne faut surtout pas l’évoquer quand on parle de « la Syrie en ébullition ». Bref, la Russie a perdu la guerre de l'information sur la Syrie. Désormais, son dilemme est que, lorsqu’un processus de démocratisation louable se déroulera en Syrie et que le « printemps arabe » y poussera de toutes ses forces pour faire une apparition, l’on considèrera qu’elle fait une obstruction illogique.

Moscou a clairement fait savoir que la Russie ne tolèrera pas de résolution au Conseil de sécurité des Nations Unies sur la Syrie, quel que soit son libellé ou son contenu. Elle a également voté contre la manœuvre occidentale à l'Agence Internationale à l'Energie Atomique (AIEA), la semaine dernière, d'ouvrir au Conseil de sécurité un dossier nucléaire sur la Syrie – semblable au dossier iranien.

Le dilemme de Moscou est de ne pouvoir expliquer ouvertement sa version de l’agenda géopolitique des Etats-Unis vis-à-vis de la Syrie. Toute explication de ce genre exposerait la vacuité de la réinitialisation américano-russe, pour laquelle le Kremlin du président Dimitri Medvedev a assidûment travaillé. Mais Washington ne va pas non plus laisser la Russie s'en tirer. Il est certain que les Etats-Unis resserrent le nœud coulant autour du cou d'Assad.

En d'autres termes, les États-Unis veulent que la Russie laisse la Syrie tranquille pour que l'Occident passe à l’attaque. Mais la Russie connaît déjà la suite : un régime pro-occidental à Damas qui succèderait à Assad fermerait sa base navale en Syrie.

Les enjeux sont très élevés. L'an dernier, le directeur-adjoint du renseignement militaire russe a été tué dans des circonstances mystérieuses alors qu’il effectuait une tournée d'inspection de la base navale en Syrie. Son corps a été retrouvé flottant dans la Méditerranée, au large de la côte turque. Il est sûr que de nombreuses agences de renseignements sont profondément impliquées dans le bouillon syrien.

Tout d'abord, un changement de régime en Syrie est devenu absolument essentiel pour briser l'isolement régional d'Israël. L'espoir américano-israélien est que les reins du Hezbollah puissent être brisés et que l'alliance syro-iranienne prenne fin, si le régime d'Assad est renversé à Damas. Une fois encore, un changement de régime en Syrie forcerait la direction du Hamas à quitter Damas. Khalid Meshaal, le chef du Hamas, vit à Damas depuis plusieurs années sous la protection d’Assad.

Par conséquent, tout mouvement sur le processus de paix israélo-palestinien selon les conditions d'Israël ne sera possible que si les États-Unis et Israël parviennent à convaincre la Syrie. Washington et Tel-Aviv ont essayé de persuader la Russie de s'aligner et d'accepter leur « défaite » en Syrie. Mais Moscou s’est accroché à ses idées. Et maintenant, en envoyant ce navire de guerre dans la Mer Noire, les Etats-Unis ont signalé qu'ils feront payer à la Russie son obstination et sa prétention à être une puissance en Méditerranée et au Proche-Orient.Le résultat des élections législatives en Turquie, assurant un nouveau mandat au parti « islamiste » au pouvoir, l’AKP (le Parti de Justice et du Développement), renforce considérablement la position américaine sur la Syrie. Ankara a durci sa position envers Assad et a commencé à le critiquer ouvertement. On peut s’attendre à ce que la Turquie, dans les semaines à venir, joue un rôle plus importun dans la déstabilisation d’Assad et pour forcer un changement de régime à Damas. L’ironie, c’est que la Turquie contrôle également le détroit du Bosphore.

En améliorant ses liens avec la Turquie, au cours des dix dernières années, Moscou avait espéré qu’Ankara s'orienterait progressivement vers une politique étrangère indépendante. Les attentes du Kremlin étaient que les deux pays pourraient s’unir pour former un condominium sur la mer Noire. Mais au fil des événements, il devient clair qu’Ankara revient à ses priorités antérieures, en tant que pays de l'OTAN et partenaire de premier plan des Etats-Unis dans la région. On ne peut blâmer Ankara : la Turquie a fait une évaluation fine et a tiré un bilan concluant, selon lequel ses intérêts sont mieux servis en s’identifiant avec la manœuvre de l'Ouest pour effectuer un changement de régime en Syrie.

En outre, Ankara estime rentable de s’identifier à l'approche saoudienne vis-à-vis du bouleversement au Proche-Orient. Les riches Arabes des pays du Golfe Persique, riches en pétrole, sont prêts à envoyer leurs « billets verts » en Turquie. Ankara partage également les craintes saoudiennes sur l’ascension de l'Iran comme puissance régionale.

En somme, les États-Unis sont lentement mais sûrement en train de prendre le dessus avec leur agenda de changement de régime en Syrie. Moscou cèdera-t-il à cette pression immense et acceptera-t-il de réduire son influence en Syrie ? C’est la grande question. Moscou a menacé de coopérer avec Pékin et d’adopter une position commune sur la Syrie. Mais la capacité de Moscou à contrer le rouleau compresseur américain sur la Syrie s’affaiblit de jour en jour.

Le cours des événements sur la Syrie aura certainement un impact profond sur la réinitialisation américano-russe. L'administration Obama semble s’être bien documentée et a conclu que cela vaut la peine de prendre ce risque pour assurer la sécurité d'Israël. Le navire de guerre qui a vogué sur la Mer Noire porte le message sans équivoque adressé à la Russie, d'accepter de n’être que l’ombre pâle de l'ancienne Union soviétique.

M K Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans. Ses affectations incluent l'Union Sovétique, la Corée du Sud, le Sri Lanka, l'Allemagne, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie.

15/6/2011

Asia Times Online,

le 14 juin 2011
http://questionscritiques.free.fr/edito/AsiaTimesOnline/M_K_Bhadrakumar/Mer_Noire_Etats-Unis_Russie_Syrie_base_navale_changement_de_regime_130611.htm
article original : "Syria on the boil, US warship in Black Sea"
http://atimes.com/atimes/Middle_East/MF14Ak02.html 



Annexe -  

Maurizio Matteuzzi : Guerres étasuniennes : le coût.

"Première question : les Etats-Unis d’Amérique pourraient-ils vivre sans que quelque guerre n’alimentât, surtout en temps de crise économique, leur puissant système militaro-industriel ?

Seconde question (ingénument rhétorique) : que pourraient faire les Etats-Unis d’Amérique s’ils destinaient les colossales ressources économiques utilisées pour les guerres à leurs problèmes sociaux ?

   Questions qui surgissent à la lecture de l’étude produite par l’Université Brown de Providence, dans le Rhode Island, de la prestigieuse chaîne universitaire Ivy-league. On peut se reporter pour ce faire au site de l’université : « Cost of war, 250.000 lives and up to £4 trillion »[i] et sur le site du quotidien londonien The Independant, qui y a consacré hier un article, synthétisé ainsi : « La guerre au terrorisme s’apprête à dépasser le coût de la seconde guerre mondiale ».

   Le coût total pour l’Amérique ( !? pour les Etats-Unis d’Amérique, NdT), des guerres post-11 septembre contre l’Irak et l’Afghanistan, et des opérations militaires corrélées au Pakistan (genre l’Opération Jeronimo contre -le présumé, NdT- Ben Laden), est en voie, étant donné qu’elles ne sont pas encore finies, de dépasser les 4 trillions de dollars (4 mille milliards)".

Suite en pièce jointe ; j'ai traduit cet article surtout pour les chiffres rapportés, dont on peut penser qu'ils sont loin d'exagérer le coût réel (surtout dans l'estimation du nombre de victimes civiles) de ces guerres.

Voir aussi un très bel article sur Le Grand Soir :

Guerres de merde (Rebelion)

par Collectif « Luciano Romero Molina ».

"Dans ce qui est appelé « missions internationales », ceux qui meurent ce sont ceux d’en bas, les pauvres types, les moins que rien.

Deux soldats colombiens sont morts en Afghanistan cette semaine, l’un sous l’uniforme de l’armée espagnole et l’autre sous l’uniforme de l’armée impériale des Etats-Unis ».

[i] NdT : voir exactement : http://news.brown.edu/pressreleases/2011/06/warcosts et, ne serait-ce que pour quelques photos, qu’on ne voit jamais, de dévastations de la guerre à Bagdad : http://costsofwar.org/

Maurizio Matteuzzi 

http://www.legrandsoir.info/guerres-de-merde-rebelion.html

 


Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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