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15/07/2011

n°480 - Dossiers de l'Afghanistan - 13-07 : - Suite - Le Président Obama : Le verbe et les symboles - Le bien dit et le mal entend

480 - Dossiers de l'Afghanistan - 13-07 : - Suite  -   Le Président Obama : Le verbe et les symboles - Le bien dit et le mal entend


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Dossiers de l'Afghanistan n°480 du 13-07

C.De Broeder & M.Lemaire

 



 Le "dossier de l'Afghanistan" est  visible  sur mes blogs : 

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

3-5 M. K. Bhadrakumar : Pourquoi Karzaï invective les Etats-Unis.

3-6 AFP : Un retrait partiel en question avant la présidentielle de 2012 !

3-7 M. K. Bhadrakumar : Un sommet à Téhéran pour contrer les Etats-Unis.

3-8 Manlio Dinucci « L’Art de la guerre ».



3-5 M. K. Bhadrakumar : Pourquoi Karzaï invective les Etats-Unis.

Samedi dernier, le président afghan Hamid Karzaï a créé la surprise en affirmant pour la première fois en public que les « Etats-Unis sont impliqués dans des pourparlers de paix avec le Taliban ». Cette déclaration arrive dans le contexte des tensions croissantes que rencontrent les efforts de Washington, qui pousse Karzaï à accepter un accord de partenariat stratégique permettant l’installation de bases militaires permanentes US/OTAN.

Les projets d’accord étasunien et afghan divergent radicalement. Samedi, Karzaï a formulé des conditions préalables strictes en vue de conclure un accord de partenariat stratégique : « Les forces étrangères doivent être dirigées selon les lois afghanes et l’aide étrangère doit être canalisée à travers le gouvernement afghan ».

Il a ajouté qu’en cas d’accord, « l’Afghanistan veut une armée complètement équipée et qui inclut des avions F-16 pour les liens stratégiques avec les Etats-Unis. »

Karzaï s’exprimait juste avant l’annonce du Président US Barack Obama sur le retrait des troupes américaines en juillet, qui laisserait entendre que le Pentagone recherche un simple retrait notionnel à ce stade, afin que le « surge » puisse effectivement se poursuivre jusqu’à fin 2012.

Les intérêts de Karzaï sont en contradiction avec les priorités du Pentagone. Il s’est retenu de condamner explicitement le « surge ». Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies a décidé vendredi de séparer le régime des sanctions contre le Taliban de celui contre al-Qaïda et a pris des dispositions pour supprimer les sanctions qui frappent certains leaders Taliban. L’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU, Susan Rice, a déclaré : « Les Etats-Unis pensent que le nouveau régime de sanctions pour l’Afghanistan servira d’outil important pour encourager la réconciliation […] [Le nouveau régime de sanctions] a envoyé un message clair au Taliban qu’il y a un avenir […] »

Mais Karzaï a bien fait comprendre que ceci est l’affaire de l’Amérique et qu’il ne joue aucun rôle dans les pourparlers avec le Taliban. « Les forces étrangères [l’OTAN], en particulier l’Amérique, conduisent elles-mêmes ces pourparlers. Du côté du gouvernement, nous n’avons aucune négociation avec eux. » Evidemment, il ressent de l’irritation que les Etats-Unis lui aient coupé l’herbe sous le pied.

Quand le chantage fait boomerang

Karzaï se trouve aujourd’hui dans la position désagréable d’apprendre par les Américains comment les choses se déroulent sur le front de la paix. D’un autre côté, les éléments non-Pachtounes qui appartiennent à l’ancienne Alliance du Nord pointent leurs fusils contre lui, en l’accusant de « brader le pays » aux Résistants. Karzaï sait suffisamment bien que certaines de ces personnalités de l’opposition autoproclamées, comme l’ancien chef des services de renseignements Amrullah Saleh ou l’ancien ministre des affaires étrangères Abdulhah Abdulhah, bénéficient du copinage avec les Etats-Unis. Karzaï se sent frustré par l’ensemble des intentions étasuniennes.

Dernièrement, les Américains ont commencé à répandre l’information selon laquelle Karzaï a l’intention de se retirer de la politique lorsque son mandat se terminera en 2014. En effet, des accords directs entre les Etats-Unis et le Taliban finiront par sacrifier Karzaï de la politique afghane d’ici à 2014. Mais il est déterminé à ne pas se laisser facilement convaincre et il pourrait ne pas hésiter à travailler sur des intérêts communs, même avec le Pakistan, qui se trouve également hors de la boucle concernant l’entreprise anglo-américaine engageant le dialogue avec les Résistants. Karzaï a dit ostensiblement que le rôle du Pakistan dans le processus de réconciliation était « très important ».

Karzaï se retranche derrière ses conditions préalables, en vue de conclure cet accord de partenariat stratégique avec les Etats-Unis. Jusqu’à présent, le plus près où il est arrivé a été une conférence de presse qui s’est tenue au palais présidentiel à Kaboul le 11 avril dernier : « Nous leur avons fait valoir nos diverses conditions préalables et nous les avons tenus pour responsables […] Les conditions relatives à l’aide des Etats-Unis, les opérations militaires défaillantes et autres qui ont [actuellement] empêché le gouvernement afghan de se renforcer, de même que la légalisation de la présence des forces étrangères, sont mentionnées dans le projet envoyé aux responsables américains. Si l’Amérique veut des relations avec nous, elle devrait accepter nos conditions qui sont logiques. » 

C’est sans surprise que l’administration Obama est furieuse. L’accord de partenariat stratégique est aujourd’hui l’aspect le plus important des relations entre les Etats-Unis et Karzaï. Il déterminera les liens politiques, militaires et économiques des USA avec l’Afghanistan pour les décennies à venir et il fait partie intégrante des stratégies régionales étasuniennes en Asie Centrale contre la Russie et la Chine.

L’administration Obama espérait que cet accord soit signé d’ici juillet et que les conditions préalables de Karzaï se résument à un simple effet de manche pour arracher des concessions financières. (Karzaï insiste sur le fait que la future aide des Etats-Unis devra passer par son gouvernement. Le volume d’argent pourrait s’élever à des milliards de dollars). L’administration Obama teste actuellement la détermination de Karzaï.

Les enquêtes sur les pratiques frauduleuses de la Banque de Kaboul ont fourni une arme opportune à Washington pour coincer Karzaï, puisque des politiciens afghans influents qui sont alignés sur lui ont été impliqués dans ce scandale. Karzaï maintient que cette crise est arrivée au tout départ à cause des mauvais conseils occidentaux sur les pratiques bancaires internationales. De toute façon, le FMI a pris l’affaire en main et a rejeté le plan de Karzaï pour sauver cette banque. Cela signifie un gel des versements de la part du Fonds en fiducie pour la reconstruction de l'Afghanistan (FFRA) administré par la Banque Mondiale, alors qu’un ensemble de mesures de soutien par le FMI est un sceau d’approbation que la plupart des donateurs attendent avant de promettre leur aide. Le gouvernement de Karzaï se dirige vers une contraction de liquidités et pourrait avoir des difficultés pour verser les salaires des fonctionnaires.

Le FFRA devait débloquer 200 millions de dollars cette année pour le paiement des salaires. La Grande-Bretagne a stoppé ses versements en mars. Au milieu de tout cela, Obama a établi une vidéo conférence avec Karzaï la semaine dernière, durant laquelle il a apparemment exprimé ses inquiétudes à propos de cette crise bancaire et il l’a liée explicitement à la relation à long-terme entre les Etats-Unis et l’Afghanistan. Mais Karzaï résiste à la pression des Etats-Unis. Il a envoyé son ministre des finances, Omar Zakhilwal, pour une visite de 12 jours à Moscou afin de trouver en Russie de quoi soulager sa dette.

Contacts régionaux

Manifestement, les divergences se creusent, alors même que les négociations sur le statut de cet accord ont repris à Kaboul samedi dernier avec la visite d’une délégation américaine.

Les Américains pourraient mal interpréter que la discorde avec Karzaï se résume à sa mentalité de « rentier », telle qu’elle est perçue, et qu’il pourrait être persuadé à travers la pression du FMI et des propositions d’argent. Washington pourrait faire un grave et mauvais calcul sur le sens de l’honneur afghan.

Washington ignore que les Etats-Unis perdent lentement mais sûrement leur monopole sur la résolution du conflit en Afghanistan et que Karzaï ne peut plus être écarté des contacts avec les puissances régionales. La position provocante prise par Karzaï samedi dernier est arrivée peu après son retour à Kaboul de sa participation à la réunion au sommet de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) à Astana.

Ce sommet de l’OCS a adopté, mercredi, une déclaration appelant à un Afghanistan « neutre et indépendant » (comprendre : libre de toute occupation étrangère). Nurusultan Nazarbayev, le président du Kazakhstan, qui accueillait Karzaï, a déclaré officiellement : « Il est possible que l’OCS assume la responsabilité sur de nombreuses questions en Afghanistan après le retrait des forces de la coalition en 2014. »

Il se trouve que samedi a été également une journée extraordinaire avec l’arrivée à Kaboul du ministre iranien de la défense, Ahmad Vahidi, une visite sans précédent dans l’histoire des relations afghano-iraniennes, pour « explorer les voies d’une extension des liens entre nos deux pays voisins ». La visite de Vahidi représente indubitablement une grosse rebuffade pour l’administration Obama.

Vahidi est allé directement au but en parlant du statut de l’occupation étasunienne de l’Afghanistan après 2014. Il a dit à Karzaï : « Assurer la stabilité régionale ne sera possible que par les efforts collectifs des pays de la région et le retrait des forces étrangères ».

En attendant, Karzaï a déjà manœuvré pour tenir une loya jirga (grand conseil) peu après la fête de l’Aïd. Telles que se présentent les choses, la probabilité d’une telle réunion tribale traditionnelle approuvant des bases militaires permanentes US/OTAN est éloignée. Le peuple afghan milite contre l’occupation étrangère de leur pays.

Le plan de jeu américain consistait à rassembler suffisamment de soutien au parlement afghan pour cet accord stratégique. Mais une loya jirga est une tout autre histoire ! Dans les remarques qu’il a faites samedi, lesquelles ont été télédiffusées dans tout le pays, Karzaï a dit : « Elles [les forces de l’OTAN emmenées par les USA] sont ici pour leurs propres objectifs, pour leurs propres buts, et elles se servent de notre sol pour cela ». Il en appelle au nationalisme afghan.

En somme, l’administration Obama voit la conclusion de cet accord stratégique avec Karzaï, les pourparlers directs avec les Résistants et le retrait des troupes en juillet, comme des vecteurs entremêlés d’un processus d’ensemble où Washington aura le commandement total – assisté de façon compétente par Londres. Obama aura du mal à avaler qu’il doit accepter que les lois afghanes prévalent sur la conduite de ses troupes.

Karzaï affirme avec provocation que c’est sa prérogative de décider des opérations de « montée en puissance » de l’OTAN et des forces étrangères américaines. Karzaï insiste sur le fait que la réconciliation avec le Taliban devrait être « menée par les Afghans », afin que son leadership ne soit pas mis en danger, et il lie la présence à long-terme de troupes étasuniennes à ses conditions préalables, disant que les Américains devront dépendre de lui et apprendre à travailler sous son leadership plutôt que l’inverse.

Il menace de s’en remettre au peuple afghan si les Américains ne remplissent pas les conditions préalables. Karzaï compte sur un rôle d’équilibrage de la part des puissances de la région dans cette fin de partie afghane. Il est intéressant qu’il ait critiqué violemment, samedi, l’intervention militaire de l’OTAN en Libye.

M K Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans. Ses affectations incluent l'Union Sovétique, la Corée du Sud, le Sri Lanka, l'Allemagne, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie._

M. K. Bhadrakumar
Asia Times Online, le 22 juin 2011
article original : "Why Karzai lashed out at the US"
http://atimes.com/atimes/South_Asia/MF21Df02.html
http://questionscritiques.free.fr/edito/AsiaTimesOnline/M_K_Bhadrakumar/Afghanistan_Karzai_Etats-Unis_conditions_prealables_200611.htm


3-6 AFP : Un retrait partiel en question avant la présidentielle de 2012 !

L'engagement de la France en Afghanistan s'immisce dans la campagne pour la présidentielle de 2012, au moment où se pose la question d'un premier retrait, même très partiel, dès cette année des troupes françaises.
Avec neuf soldats français morts en Afghanistan en moins de six mois, 2011 est déjà l'une des années les plus meurtrières pour les troupes françaises déployées depuis près de dix ans dans le pays.
Sur le terrain, les affrontements directs avec les résistants ont pourtant diminué de moitié par rapport à l'année dernière dans les zones où opèrent l'essentiel des 4.000 soldats français.
Selon l'état-major des armées, l'opération Endurance engagée au printemps vise notamment à maintenir en permanence deux compagnies - soit 200 à 300 hommes - au contact de la population, pour empêcher le retour des résistants dans les zones de l'est du pays où sont déployées les troupes françaises.
Une plus forte présence française a contraint les résistants à éviter les accrochages avec les soldats de l'Otan, au profit des attaques par mines artisanales, les IED ou engins explosifs improvisés.
Dans ces régions proches du Pakistan, les militaires français devraient transférer avant la fin de l'année aux Afghans la responsabilité de la sécurité du district de Surobi, pour concentrer leurs efforts plus au nord, en Kapisa.
Un transfert, dont la date n'est pas fixée, constituerait un premier succès pour l'exécutif à l'approche de la présidentielle en France.
Les Etats-Unis, qui fournissent 100.000 des 130.000 soldats de la coalition sous commandement de l'Otan, doivent pour leur part commencer à réduire leur contingent dès juillet, un an avant l'élection présidentielle américaine.
Calendrier électoral oblige, la question d'un retrait partiel se pose également en France, avant le désengagement définitif des forces de la coalition prévu pour 2014.
Un premier retrait permettrait au président Nicolas Sarkozy et à l'UMP de désamorcer les critiques du Parti socialiste, qui a annoncé sa volonté d'accélérer le désengagement des troupes en cas d'alternance en 2012.
Après la mort d'Oussama Ben Laden, les leaders du PS, dont le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, ont estimé qu'il fallait «amorcer un retrait» des troupes françaises, l'objectif qui a conduit à l'engagement de la France étant «largement atteint».
Mais des voix se sont également élevées à droite, comme celle du président UMP de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée, Axel Poniatowski, pour réclamer l'amorce «dès l'été» d'un retrait des troupes.
Le ministère de la Défense rappelle pour sa part que «les ministres des Affaires étrangères et de la Défense se sont exprimés pour dire que l'objectif d'un retrait partiel au deuxième semestre 2011 restait une option ouverte et étudiée». «Tout ça s'inscrit dans le cadre d'engagements pris par la France au sommet de Lisbonne» de l'Otan, en novembre 2010, «sur la base d'un retrait progressif d'ici 2014», a souligné jeudi le porte-parole adjoint du ministère.
Interrogé le 8 juin lors des Assises de la recherche stratégique sur les hypothèses de retrait et de sortie de crise en Afghanistan, le général Henri Bentégeat, ancien chef d'état-major des armées (2002/2006), a quant à lui estimé qu«»au fond des choses, il s'agit bien de sauver la face«, en soulignant que »c'est ce qui se dit dans les couloirs de l'Otan«.

 18/06

AFP


3-7 M. K. Bhadrakumar : Un sommet à Téhéran pour contrer les Etats-Unis.
Quasi-proportionnellement à l’effondrement des liens entre Washington et ses alliés à Kaboul et Islamabad, l'Iran a intensifié ses activités politiques et diplomatiques autour du problème afghan et de la situation régionale. Téhéran estime que les relations entre les États-Unis et les gouvernements afghan et pakistanais ont subi un sérieux revers et qu’un prompt rétablissement est peu probable.

Ainsi, une fenêtre d'opportunité s'est ouverte à Téhéran pour faire reculer l'emprise des Etats-Unis pendant dix ans sur la géopolitique de la région. Téhéran est déterminé à ne pas manquer l'occasion.

L'objectif immédiat est en quelque sorte de torpiller les plans des Etats-Unis visant à établir des bases militaires en Afghanistan et à s’étendre dans la région stratégiquement vitale d'Asie centrale, tout en débordant l'Iran à l'Est. La poussée politique et diplomatique iranienne arrive à un moment où les divergences américano-afghanes sont apparues au cours des négociations qui ont récemment été dévoilées au public.

Mais Téhéran considère également que cette partie comporte des enjeux élevés, avec des ramifications beaucoup plus large que la simple question de contrarier les plans américains d’établir des bases militaires [en Afghanistan]. Téhéran aura pour objectif de disperser le cordon de l'alliance américano-saoudo-israélienne dans le sillage des bouleversements au Proche-Orient.

Après tout, l’Afghanistan devient partie intégrante du « Grand Moyen-Orient », le Pakistan est un allié de longue date des États-Unis et de l'Arabie Saoudite et l'ensemble de ces trois pays – l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan – devient une plaque tournante stratégique d'une importance immense pour la géopolitique d’une vaste région s'étendant du Levant à la vallée de Ferghana.

Pour s’en assurer, l'objectif de Téhéran consistera à forger l'unité régionale avec Kaboul et Islamabad sur la base de leurs préoccupations et intérêts communs vis-à-vis de la politique américaine régionale.

Cette semaine, les efforts iraniens recevront un encouragement avec la visite à Téhéran du président pakistanais Asif Ali Zardari et du président [afghan] Hamid Karzaï, qui participeront à la conférence internationale sur le terrorisme à l'invitation du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Cette conférence est programmée les 25 et 26 juin, mais Zardari arrive ce jeudi pour une visite de deux jours.

Le fait que Zardari et Karzaï assistent à une conférence sur le terrorisme organisée par l'Iran, à ce moment précis, est en soi un indicateur significatif de la manière dont le vent souffle actuellement sur la politique régionale. Le gouvernement saoudien aurait effectué une démarche diplomatique auprès du Pakistan, suggérant qu'il doive ignorer la conférence de Téhéran et, à la place, participer à un conclave similaire sur le terrorisme qu'il propose de convoquer prochainement à Riyad.

Les Etats-Unis seront aussi très mécontents de la décision de Karzaï d’être aux côtés de l'Iran, en ce moment, sur la « guerre contre le terrorisme ». Cela démolit l'allégation des Etats-Unis selon laquelle l'Iran fomente le terrorisme. Zardari emmène avec lui une délégation de ministres, qui comprend le ministre de l'Intérieur Rehman Malik, le ministre du Pétrole et des Ressources naturelles Asim Hussain et le ministre de l'Eau et de l’Energie Syed Naveed Qamar.

Les médias iraniens ont indiqué que Zardari s’exprimera sur le projet de gazoduc irano-pakistanais, auquel s’opposent fortement les Etats-Unis, et qu'une « étape décisive pour l'exécution de ce projet qui a déjà été retardé » peut être espérée lors de sa visite. L'Iran a déjà achevé la construction de 1.000 kilomètres de ce gazoduc sur les 1.100 km prévus sur le sol iranien.

L'Iran a également proposé qu'un réseau de transport d'électricité soit construit à côté du gazoduc, reliant le réseau d'électricité de l'Iran avec celui du Pakistan. Par ailleurs, l'Iran a proposé de vendre 1.000 mégawatts/heures d'électricité au Pakistan à un taux subventionné.

 « Tentatives de contournement »

Téhéran fait une tentative acharnée pour donner une nouvelle dynamique à ses relations bilatérales avec le Pakistan. Téhéran a traditionnellement nourri un sentiment de frustration envers l'alliance américano-pakistanaise. Ahmadinejad a récemment déclaré que Téhéran est en possession de « preuves spécifiques » pour dire que les USA projettent de saisir les armes nucléaires du Pakistan.

En effet, compte tenu de la présence militaire américaine et du soutien américain au groupe terroriste Djundallah, qui fomente la violence dans la région du Sistan-Baloutchistan en Iran oriental bordant le Pakistan, les services de renseignements iraniens sont très actifs en Afghanistan et au Pakistan. Téhéran a un mécanisme de partage du renseignement au niveau bilatéral avec le Pakistan et il est pratiquement certain que Malik discutera des voies et des moyens pour renforcer cet arrangement. Le Pakistan peut aider l'Iran à contrer le Djundallah, tandis que l'Iran peut partager des renseignements concernant les activités secrètes des Etats-Unis sur le sol pakistanais.

L'Iran semble partager l'estimation de la Russie et de la Chine, selon laquelle la politique étrangère pakistanaise est en cours de correction pour réduire la dépendance politique, économique et militaire d'Islamabad sur les Etats-Unis.

De même, Téhéran prend en compte que les USA tiennent à la fois Islamabad et Kaboul à distance dans leurs négociations avec les résistants et adopte une méthode de partage des informations avec pour principe de ne les divulguer qu’à ces partenaires clés.

Samedi dernier, Karzaï s’est servi d’un discours à la nation pour fustiger les Etats-Unis et est allé jusqu’à exposer que les Etats-Unis sont déjà en pourparlers directs avec les Résistants. Fait révélateur, le Pakistan a rapidement fait comme Karzaï et a entrepris, lundi, une forte démarche à ce même égard auprès des Américains.

De hauts responsables pakistanais auraient fait part de leurs préoccupations au Représentant spécial adjoint Frank Ruggiero, en visite, à propos des « tentatives de Washington de contourner » Islamabad et de maintenir délibérément le Pakistan à distance dans ses efforts pour rechercher un accord de paix avec les Résistants avant le retrait progressif d'Afghanistan.

Le communiqué publié par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, après les discussions entre le ministre d'Etat des Affaires étrangères Hina Rabbani Khar et Ruggiero, qui se sont tenues à Islamabad lundi, disait : « Le ministre a souligné l'importance de la clarté et de la cohérence stratégique, de même que la transparence, afin de favoriser le peuple afghan et le gouvernement afghan dans le processus de paix et de réconciliation. »

Le journal pakistanais Tribune a cité un diplomate pakistanais, en poste à Kaboul, alléguant qu’Islamabad est maintenu dans l'obscurité par les Etats-Unis sur ses récents contacts avec les Résistants. « Nous savons bien que certaines réunions ont eu lieu entre les responsables américains et les Résistants afghans, en Allemagne et au Qatar. Il semble que le Pakistan soit délibérément maintenu à l’écart par les Etats-Unis afin de minimiser notre rôle dans la future donne politique en Afghanistan", a-t-il insisté.

Une fois encore, le journal Dawn a cité sans le nommer l’un des responsables pakistanais qui aurait dit, « D'un côté, ils [les Américains] parlent de l'aide du Mollah Omar, mais de l'autre, ce dirigeant Taliban est sur la liste des cinq hommes qu'ils [les Américains] veulent éliminer », demandant sur un ton acerbe s'il pouvait y avoir également un espace dans le dialogue politique des Etats-Unis pour le réseau Haqqani.

Cependant, ce serait un jugement hâtif que de conclure qu’Islamabad et Kaboul sont en train de coordonner leur opposition aux États-Unis. La relation afghano-pakistanaise reste très problématique, le déficit de confiance est important et une amélioration radicale dans le climat de leurs relations s’est avérée hors d’atteinte.

En fait, les escarmouches aux frontières ont augmenté en fréquence. Dans quelle mesure les Etats-Unis et l’OTAN alimentent ces tensions, dans le cadre de l'effort concerté à « mettre la pression » sur le Pakistan, n’est pas clair. Manifestement, une rencontre authentique des esprits entre Karzaï et Islamabad ne peut se concrétiser tant que ces tensions souterraines continuent d’éclater sur la région frontalière afghane, impliquant l'armée pakistanaise et les forces afghanes.

Peut-être Téhéran peut-il donner un coup de main pour régler ces tensions. Pour s’en assurer, l'Iran a un grand intérêt à ce stade à amener l’Afghanistan et le Pakistan à se rapprocher dans une relation téléologique de travail.

Le ministre iranien de la Défense, Ahmed Vahidi, qui s’est rendu à Kaboul la semaine dernière, a eu une réunion de fond avec l'ancien homme fort de l’Alliance du Nord et actuel vice-président, Mohammed Fahim. Vahidi a dit à Fahim, « La grande et courageuse nation d’Afghanistan est capable d'établir sa sécurité de la meilleure façon possible sans l'interférence des forces trans-régionales [comprendre : les USA et l'OTAN]. »

Vahidi a dit à son homologue iranien, Abdulrahim Wardak, « Leur présence [les Etats-Unis] fait obstacle à la matérialisation de la volonté de la grande nation afghane, résolue et qui travaille dur, et provoquera la discorde, la tension et l'insécurité et gaspillera le capital du pays. »

Wardak et Vahidi ont signé un document relatif à la coopération bilatérale en matière de sécurité. Fait intéressant, lors de la cérémonie de signature, Wardak a réagi ainsi : « Etant donné les menaces et les défis auxquels la région est confrontée, nous croyons qu’une défense commune et une coopération en matière de sécurité entre l'Iran et l'Afghanistan sont très importantes pour établir la paix et la sécurité dans la région. » Wardak a également dit, d’un air sous-entendu, que l'Afghanistan essayera, à ce stade, d'accroître ses liens en matière de défense et de sécurité avec l'Iran, afin de « remplir nos objectifs de sécurité communs dans la région. Nous croyons que l'expansion de la coopération en matière de défense commune et de sécurité avec l'Iran est dans nos intérêts. »

La ligne de faille pachtoune

À son retour à Téhéran dimanche, Vahidi a déclaré que les efforts américains pour établir des bases en Afghanistan font partie de leur plan visant à imposer un « système hégémonique » sur la région, « mais tous les pays et tous les peuples de la région sont opposés à ce complot. La présence des forces étrangères dans la région, en particulier les troupes américaines, est très nocif et représente une violation flagrante de la souveraineté nationale des pays de la région et compromet leur sécurité. »

Fait intéressant, il a ajouté, « Autant que nous le savons, la grande nation afghane n'est pas d'accord avec l'installation de bases militaires américaines, et il est naturel que les responsables du pays, qui suivent leur peuple, n’approuvent pas de tels plans. » Dans une allusion voilée au Pakistan, Vahidi a déclaré que les pays de la région sont également opposés à la présence de troupes étrangères dans un pays voisin, car « les pays extra-régionaux cherchent effectivement à entraver les progrès des pays islamiques ».

Téhéran prendrait en compte l'impression qui prévaut dans la région que les États-Unis et la Grande-Bretagne travaillent sur ce que l’on appelle le « plan Blackwill » - qui tire son nom de Robert Blackwill, un responsable américain qui a servi dans le Conseil à la Sécurité Nationale de George W. Bush - qui a d'abord soutenu que la meilleure solution afghane est de réaliser une partition de ce pays, le long de la principale ligne de faille ethnique pachtoune.

Ce plan laissait entendre que les Etats-Unis devraient quitter les provinces du sud et du sud-est de l'Afghanistan et laisser la loi des Résistants être rétablie dans ces provinces, et, à la place, transférer leurs troupes vers le havre sûr de la région nord, habitée par les tribus non-pachtounes qui sont amicales, d'où ils pourraient poursuivre efficacement leurs opérations de contre-insurrection au moyen de leurs forces spéciales et/ou de l'utilisation de leur puissance aérienne.

Les manœuvres entreprises par les Etats-Unis et leurs alliés d’engager des pourparlers directs avec les Résistants (sans impliquer ni l'Afghanistan ni le Pakistan), de même que la décision de supprimer progressivement les sanctions contre ces chefs Résistants sélectionnés qui sont prêts à faire des compromis, concorde avec les objectifs du plan Blackwill.

Les États-Unis ont pour objectif de persuader les Résistants à renoncer à leur opposition tranchante à la présence militaire à long terme US-OTAN dans l'Hindou-Kouch.

Les Résistants espèrent récupérer leurs bastions perdus dans les régions à domination pachtoune du sud et du sud-est de l'Afghanistan. Gardant cela à l'esprit, au cours des deux dernières années, les Etats-Unis ont dépensé des sommes énormes pour rénover ou reconstruire des bases dans les régions non pachtounes de l'Afghanistan, afin de les aligner sur les normes et les conditions de vie occidentales.

Le retrait des Etats-Unis qui débute en juillet concerne essentiellement les 30.000 soldats qui ont été incorporés l'année dernière pour le « surge » [la montée en puissance]. Les responsables américains et de l'OTAN ont récemment commencé à laisser entendre qu’il ne faut pas s’attendre, dans l’immédiat, au départ des troupes occidentales de la région.

Ce qui est particulièrement remarquable dans ce contexte est le rôle joué par l'Allemagne dans la mise en place des pourparlers de paix entre les Etats-Unis et les Résistants. Der Spiegel a rapporté en premier que plusieurs réunions ont eu lieu en Allemagne entre un assistant clé du Mollah Omar et des officiels américains. Dimanche dernier, dans une interview télévisée aux Etats-Unis, Robert Gates, le Secrétaire à la Défense a confirmé que de telles réunions avaient eu lieu.

Les forces allemandes occupent la région de l’Amou-Daria, qui chevauche le refuge sûr dont Blackwill a donné un aperçu pour le transfert des troupes américaines sur une base à long terme. Les forces allemandes ont lancé une vigoureuse campagne anti-insurrectionnelle dans la région Nord, ces derniers mois, en vue de l'assainir, et cette campagne, à son tour, a donné lieu à des attaques de représailles par les résistants. Les opérations allemandes semblent répondre au plan Blackwill.

Les Allemands ont travaillé dur pour développer de bonnes relations de travail avec le gouvernement ouzbek à Tachkent et utilisent abondamment la base militaire de Termez, qui était autrefois la plus grande base soviétique en Asie centrale, comme base d'approvisionnement pour les opérations dans la région Nord. De nouvelles lignes ferroviaires sont en construction pour relier Mazar-i-Sharif à Termez dans l'Amou-Daria, qui permettra de relier l'Afghanistan avec le réseau ferroviaire de l'ère soviétique qui va jusqu’à Berlin.

Les Allemands ont aussi puisé dans leurs liens stratégiques en expansion avec la Russie pour développer systématiquement une route de transit passant par le territoire russe, qui leur permet d'acheminer des fournitures en Afghanistan via Termez. La route russe menant à Termez permet aux forces de l'OTAN de réduire radicalement leur dépendance sur les deux routes pakistanaises. La Russie a récemment permis que même des armes et des munitions soient transportées par cet itinéraire. (Ces liens de communication pourront finir par devenir la nouvelle Route de la soie.)

Le plan Blackwill détient le potentiel dangereux de faire voler en éclat la nation afghane. L'Afghanistan a été historiquement maintenu uni par les liens ténus de l’appartenance à une même nation. Le régionalisme et le caractère ethnique continuent de poser des défis à l'unité nationale.

Si l'unité afghane devient sérieusement menacée, les conséquences seront extrêmement graves pour le Pakistan. Ce ne sera qu’une question de temps avant que ce qui restera des Pachtounes ne se déverse sur la Ligne Durand[1] et ne déstabilise le Pakistan. Toute accentuation des lignes de faille ethniques ou renforcement des identités ethniques dans l'Afghanistan voisin et, à son tour, au Pakistan aurait de graves répercussions négatives pour l'Iran (et les pays d'Asie centrale).

Bien évidemment, les États-Unis surestiment leur capacité à réaliser leur « grande stratégie ». Le chef de l'armée pakistanaise, Parvez Kiani, a déclaré de façon plutôt abrupte à une délégation allemande en visite à Rawalpindi, lundi, que la stabilité du Pakistan sera sa première priorité.

En somme, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Iran ont un intérêt existentiel à contrecarrer le plan de paix anglo-américain consistant à négocier directement avec les Résistants dans leur dos. C'est précisément pourquoi ces trois pays penchent fortement pour un véritable processus de paix autochtone « menés par les Afghans ». Autrement dit, un réalignement de la relation à trois entre l'Afghanistan, le Pakistan et l'Iran sera dans l'intérêt de la stabilité régionale.

Les récentes visites des dirigeants pakistanais à Moscou et à Pékin ont été suivies par les propos que Zardari a tenus cette semaine à Téhéran. L'Iran a basculé dans un mode proactif vis-à-vis de la situation afghane, remisant son approche sobre et réservée. Pour sa part, Hamid Karzaï défie également les Etats-Unis sur le plan stratégique en renforçant ses liens avec Téhéran.

La façon dont ces tendances naissantes se déroulent vaut la peine d’être examinée attentivement. Elles sont à replacer dans le contexte régional plus large qui révèle plusieurs courants : le « dégel » des relations russo-pakistanaises ; le « retour » de la Russie en Afghanistan ; les aspirations de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) à jouer un rôle formateur en Afghanistan dans le scénario post-2014 ; le processus de dialogue indo-pakistanais ; la poursuite par l'Inde d'une politique indépendante afghane avec un accent sur les rapports avec le gouvernement de Karzaï ; l'intérêt croissant de la Chine pour contribuer à un règlement en Afghanistan ; et, enfin, le commencement d'un processus qui pourrait conduire l'Inde et le Pakistan à adhérer à l’OCS.

Quelques heures après l'annonce d'Obama, mercredi, sur le retrait des troupes en Afghanistan, Zardari se rendra à Téhéran pour converser avec Ahmadinejad ; deux jours plus tard, Karzaï arrivera aussi dans la capitale iranienne. Rien ne fait ressortir plus vivement l'inclinaison extraordinaire dans la politique régionale.

M. K. Bhadrakumar

M K Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans. Ses affectations incluent l'Union Sovétique, la Corée du Sud, le Sri Lanka, l'Allemagne, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie.

Note :

[1] La ligne Durand est le nom donné à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan, établie le 12 novembre 1893 par un accord entre l'émir Abdur Rahman Khan et sir Mortimer Durand pour l'Empire britannique. Elle divise artificiellement des tribus pachtounes qui partagent la même langue et la même organisation sociale.


3-8 Manlio Dinucci « L’Art de la guerre ».

 La culture de Défense

Le ministère italien de la Défense a lancé sa grande offensive vers la jeunesse. Pour promouvoir leur image et pour recruter, les Forces armées organisent des journées portes ouvertes et des stages pour les jeunes de la maternelle à l’université. Cependant, au lieu de mettre en avant un idéal de défense de la patrie, le ministère de la Défense s’appuie sur de tendres sentiments humanitaires, seuls capables de justifier des opérations extérieures.

Réseau Voltaire | Rome (Italie) | 7 juin 2011

Ceci n’est pas une publicité pour un dentifrice, mais pour le programme « Vis les Forces Armées. Militaire pendant trois semaines »

Qui a dit que le système d’instruction en Italie ne se renouvelle pas ? Nous avons une nouvelle matière, de la maternelle aux cours pour doctorants, dont les expérimentations sont déjà en cours. À Pise, grâce à une initiative de la municipalité, 1 500 enfants des écoles maternelles, primaires et collèges ont été conduits le 27 avril dans la caserne de la Brigade de parachutistes Folgore, où pour la deuxième année s’est déroulée la « Journée de la solidarité ». Quelles ont été les impressions des enfants ? Que la caserne est un très bel endroit, où plein de gens sympathiques te font faire des tas de jeux, des parcours d’obstacles aux courses d’orientation, où des super héros volants descendent du ciel en voltigeant et en laissant derrière eux des traînées de fumée tricolore et, quand ils atterrissent, écrasent avec leurs rangers les ballons jaunes qui sont au centre de la cible. Et portent, avec le drapeau de la Folgore (deux ailes blanches qui lancent un éclair jaune or), un autre drapeau où est inscrit « Nicola ». Le nom du major Ciardelli —explique-t-on aux élèves— tué le 27 avril 2006 à Nassirya en Irak, où il était allé aider des enfants dans une mission de paix.

L’association Nicola Ciardelli, aidée par la Région (Toscane) et par la Croix-Rouge italienne, ouvrira à Florence, à côté de l’hôpital Meyer, la « Maison des enfants de Nicola » pour soigner les petites victimes des guerres.

Des initiatives analogues ont lieu dans d’autres écoles primaires et collèges. Dans le Trentin (région Trentin-Haut Adige, frontalière avec l’Autriche) on a diffusé un calendrier OTAN/Isaf, avec, sur la couverture, un blindé italien en Afghanistan, armé de mitrailleuse, et photos des soldats italiens en tenue de combat qui offrent aux enfants afghans des ballons blancs portant l’inscription «  Isaf », qui les soignent avec amour et sont accueillis par ces enfants en fête dans les villages.

Dans les lycées on emploie d’autres méthodes d’éducation. À Castrovillari (Province de Cosenza, région Calabre, NdT) des militaires font des cours magistraux et diffusent des opuscules dans lesquels on explique qu’ « entrer dans l’armée signifie se valoriser ». À Rovigo, leçon de tactique militaire et combat avec des armes à air comprimé. Une préparation plus poussée attend les jeunes avec le cours « Entraîne-toi pour la vie », institué par les ministères de l’Éducation et de la Défense, et sanctionné d’une note validée dans le parcours scolaire : ils sont entraînés au combat avec des armes à air comprimé, et à des parcours militaro gymniques (escalade, natation, orientation). À 18 ans révolus, ils peuvent participer aux cours de formation « Vis les Forces Armées. Militaire pendant trois semaines », pour « partager les valeurs qui émanent des Forces Armées ». Au niveau universitaire, le top est le cours de « maintien de la paix » donné, avec le Centre militaire d’études stratégiques, par l’École Supérieure Sant’Anna de Pise : l’institut a célébré avec une conférence de l’Association des Élèves les « dix ans d’engagement politique et militaire » de l’Italie en Afghanistan. Et tandis que l’Italie participe à la guerre en Libye (cinquième guerre en deux décennies) arrive au Sénat —après être passée à la Chambre des députés grâce à une entente multipartisan (Partito Democratico, Italia dei Valori, Popolo della libertà et Lega)— la loi pour « la promotion et diffusion de la culture de la défense à travers la paix et la solidarité » en particulier dans les « écoles de tous ordres et niveaux ». Il a donc raison, le président Napolitano : l’Italie, aujourd’hui ferme gardienne de la paix, a tourné le dos aux années de bellicisme fasciste. Aujourd’hui la culture de la guerre avec livre et mousquet [1] est devenue « culture de la défense à travers la paix et la solidarité ».

Manlio Dinucci

Traduction  Marie-Ange Patrizio

Source http://www.voltairenet.org/La-culture-de-Defense


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