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20/07/2011

n°31 - Libye / Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion - 18-07 : suite : Mario Franssen : Mission d’observation à Tripoli.

n°31 -  Libye / Analyse -  Géopolitique et stratégie - Réflexion  - 18-07 : suite : Mario Franssen : Mission d’observation à Tripoli.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye 

n°31 du 18-07

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Le " Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye " est  visible  sur nos blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) Sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 




Sommaire :  

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-7 Retour de Libye de Gilles Munier. 

1-8 Interview d’Ali al-Ahwal, coordinateur du Forum des tribus.

1-9 Thierry Meyssan : Tripoli bombardé ne faiblit pas.

1-10 Gilles Munier : Dans Tripoli martyrisée.

1-11 Ginette Hess Skandrani : Qui sont les rebelles de Bengazi ?

1-12 Kharroubi Habib : Une réclamation qui vaut aveu.

2 Annexe

2-1Tripoli , Damas , la " répression " et le Traité Européen .

2-2 Pierre Mellet : Comment la structure rituelle du Journal télévisé formate nos esprits.



1-7 Retour de Libye de Gilles Munier. 

Interview de Gilles Munier (7 Jours – 24/6/11)

 Le rennais Gilles Munier, connu pour son soutien au peuple irakien lors des guerres du Golfe et de la période d’embargo, vient de passer une semaine à Tripoli, bombardée quotidiennement par les chasseurs de l’OTAN. Il envisage d’y retourner « pour recueillir les témoignages des dirigeants sur le rôle joué par les services secrets occidentaux et le pétrole dans l’éclatement ou l’étouffement des révolutions arabes », et actualiser, dit-il, son dernier livre : Les espions de l’or noir.  

Q : Comment la France est-elle perçue à Tripoli ?

La France, bien, mais pas Nicolas Sarkozy. Des affiches apposées sur les murs de la ville le traitent de « tueur d’enfants libyens ». Personne ne comprend pourquoi il s’en est pris à Kadhafi après l’avoir reçu avec tous les honneurs à Paris. Les Libyens, disent-ils, sont capables de régler leurs problèmes intérieurs seuls. De plus, ils craignent une irakisation de la crise. La région de Benghazi est devenue une terre de djihad pour les extrémistes proches de l’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique). Des armes, des missiles sont entre leurs mains, et peut être demain du gaz moutarde. Voilà ce qui arrive quand on joue aux apprentis sorciers !

Q : Des avocats, notamment Jacques Vergès et Roland Dumas, veulent porter plainte contre Nicolas Sarkozy pour « crime contre l’humanité » ou « crime de guerre ». Est-ce bien réaliste ?

Il y a eu environ dix civiles libyens tués tous les jours depuis le début de l’intervention, trois fois plus de blessés. Le 7 juin, la veille de mon arrivée, une soixantaine de missiles sont tombés sur Tripoli, faisant 21 morts et des dizaines de blessés. C’était la façon de l’OTAN de fêter l’anniversaire de Kadhafi qui tombe ce jour-là. J’ai visité un hôpital : les larmes montent aux yeux devant tous ces blessés. La justice internationale instruira le procès intenté à Sarkozy sans parti pris, du moins je j’espère.

Q : Pensez-vous que Kadhafi sera renversé ?

Tout est possible. Mais, le leader libyen a plus d’un tour dans son sac. C’est un grand joueur d’échecs. Cependant, il suffirait qu’un missile frappe un des ses refuges pour qu’il disparaisse. Le 30 avril, l’OTAN l’a raté de peu. Il venait de quitter son domicile familial avec son épouse. Un de ses fils et trois de ses petits-enfants ont été tués. Les Libyens pensent que les chasseurs étaient français, des Rafales. Aïcha Kadhafi, qui a perdu dans l’opération sa fille de 4 mois, a porté plainte à Paris contre Nicolas Sarkozy et Gérard Longuet. Aujourd’hui, à Tripoli, il est question de constitution démocratique, de liberté de la presse et d’élection présidentielle. Cela permettrait de sortir de la crise par le haut. Hillary Clinton dit que c’est trop tard. Pourquoi ? Il n’est jamais trop tard, sauf si l’objectif de l’OTAN n’est pas la démocratie. J’ai rencontré Ali al-Ahwal, coordinateur général des 2000 tribus et clans libyens. Pour lui, la disparition brusque de Kadhafi déboucherait sur une guerre civile avec des conséquences de l’autre côté de la Méditerranée.

Par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/

G. Munier/X.Jardez
Publié le 26 juin 2011 avec l'aimable autorisation de Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/...


1-8 Interview d’Ali al-Ahwal, coordinateur du Forum des tribus.

Propos recueillis par Gilles Munier

Un Forum national des tribus libyennes, réuni à Tripoli en mai dernier, a plaidé entre autre pour l’adoption d’une nouvelle constitution. Seïf al-islam, fils du colonel Kadhafi, n’attendait que cela. Le 16 juin, il en a annoncé l’élaboration dans une interview au quotidien italien Corrierre della Serra, ainsi que l’organisation d’une élection présidentielle avant la fin de l’année, surveillée par des observateurs internationaux. Pour couvrir les débats passionnés entre tenants du Livre Vert et partisans du changement, il a promis de libérer l’information. La preuve sera faite, a-t-il  dit, que le Guide jouit toujours d’un soutien populaire majoritaire. Il a assuré qu’en cas d’échec son père quitterait le pouvoir. Les rebelles de Cyrénaïque accepteront-ils le challenge ? La réponse n’est pas à attendre de Benghazi, selon Seïf al-islam, mais de Nicolas Sarkozy qui les sponsorise. Hillary Clinton, la secrétaire d’État américaine, a coupé court à cette proposition arguant que c’était « un peu tard » ! Jusqu’à la fin de la crise, le Forum des tribus siégera en permanence. Si nécessaire, il assurera la continuité de l’Etat en cas de vacance du pouvoir

Les tribus font une entrée remarquée sur la scène libyenne. Comment expliquez-vous ce retour en force ?

   Le peuple libyen est composé d’environ 2000 tribus, clans et notables qui jouent un rôle primordial dans la défense du pays. Le Forum des tribus a élu un conseil de 200 membres et partagé la Libye en quatre zones représentées par des comités. Dernièrement, nous avons condamné les visites de Sarkozy et de Cameron à Benghazi. Ce sont des immixtions inacceptables dans les affaires intérieures d’un pays souverain, une preuve qu’il encourage la partition de la Libye. Ce n’est pas la première fois que les tribus sont sur le devant de la scène nationale. C’était déjà le cas dans l’Antiquité égyptienne, grecque et romaine. Plus récemment, après la chute de l’Empire ottoman, les Italiens ont cru occuper la Libye en une semaine. Il suffisait, disaient-ils, de bombarder les côtes du pays pour le conquérir. Ils ont vite déchanté. La menace à laquelle nous faisons face aujourd’hui est du même ordre. On veut recoloniser la Libye et nos ennemis sont l’OTAN, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, et des Emirats du Golfe, notamment Qatar. Alors, nous reprenons les armes pour repousser l’agression et préserver l’unité de notre pays. Nous ne voulons pas que le sang libyen coule. La crise peut se régler pacifiquement, par la négociation. Dans le communiqué final de notre forum des 5 et 6 mai, nous avons demandé une amnistie générale. Plusieurs centaines de prisonniers arrêtés les armes à la main, ont été libérés.

Etes-vous parvenu à entrer en contact avec les rebelles ?

   Nous avons envoyé des émissaires rencontrer les chefs de tribus de l’Est. Les rebelles ont tué l’un d’eux. Nous avons alors organisé une réunion de dignitaires religieux à Brega et demandé aux tribus de l’Est d’envoyer des représentants : l’Otan a bombardé le bâtiment où ils dormaient, tuant 16 imans et blessant 55 personnes. Un carnage… C’est clair, l’OTAN ne veut pas que les Libyens se concertent entre-eux pour décider de leur avenir. Pour nous, le Conseil de Benghazi n’a aucune légitimité. Qui en a élu ses membres ? Personne. Ils ne règnent que par la grâce et les armes de l’OTAN, l’argent des Emirs du Golfe. Que les Emirats libèrent les Iles Abou Moussa, occupées par l’Iran, au lieu de s’occuper de nos affaires !

Quelle est votre relation avec le Guide?

   Lors du Forum des tribus, nous avons dit que Mouammar Kadhafi est un leader historique, un symbole de la Révolution et le fondateur de la Jamahiriya. Il a libéré la Libye des bases britanniques et américaines, libéré les puits de pétrole. A l’époque, 90% des revenus étaient empochés par les compagnies étrangères. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Alors, l’OTAN voudrait qu’il quitte le pays. Cette question ne concerne que lui et les Libyens. Lui absent, il y aurait des risques de conflits entre les tribus, de luttes pour le pouvoir.

Mais, Mouammar Kadhafi n’est pas éternel…

   Les tribus ont toujours pris leurs responsabilités. Par exemple, en 1918, quand les Turcs ont quitté le pays, elles ont fondé la première république libyenne. Elles ont ensuite lutté contre la colonisation italienne. De Gaulle, Churchill, Mao, Nasser, Tito, sont morts… ils ont été remplacés. Un autre leader surgira inévitablement du peuple libyen. Mais, je dois tout de même faire remarquer que Mouammar Kadhafi a remis tous ses pouvoirs au peuple, qu’il n’est plus président depuis 42 ans. Le peuple décidera donc de la façon dont il voudra être dirigé et par qui.

Gilles Munier


1-9 Thierry Meyssan : Tripoli bombardé ne faiblit pas.

Un groupe international d’enquêteurs du Réseau Voltaire est actuellement en Libye. Il a pu se rendre sur des lieux de bombardements. Disposant de la confiance des autorités libyennes, il a pu rencontrer quelques uns des dirigeants politiques et sécuritaires malgré les conditions de guerre. Leur constat est diamétralement opposé aux images véhiculées par la presse occidentale. Thierry Meyssan livre leurs premières observations.

Au centième jour de bombardement de la Libye, l’OTAN annonce l’imminence de son succès. Cependant, les buts de guerre n’étant pas clairement précisés, on ignore en quoi consistera ce succès. Simultanément, la Cour pénale internationale annonce la mise en accusation du Guide Mouammar Kadhafi, de son fils Saif al-Islam et du chef des services de renseignement intérieur, Abdallah al-Senoussi pour « crimes contre l’humanité ».

Si l’on se rapporte à la résolution 1973 du Conseil de sécurité, la Coalition des États volontaires vise à établir une zone d’exclusion aérienne afin d’empêcher les troupes du tyran de tuer son propre peuple. Cependant, les informations initiales selon lesquelles l’armée de l’air libyenne a bombardé des villes qui s’étaient soulevées contre le pouvoir de Tripoli ne sont toujours pas corroborées, bien qu’elles soient considérées comme fiables par la Cour pénale internationale. Quoi qu’il en soit, les actions de l’OTAN ont très largement dépassé l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne pour se transformer en une destruction systématique des fores armées nationales, air, terre et mer.

Les objectifs de l’OTAN sont probablement autres. Les leaders de l’Alliance ont ainsi évoqué de nombreuses fois le renversement du « régime » de Mouammar Kadhafi, voire l’élimination physique du « frère Guide ». Les médias occidentaux évoquent des « défections massives » des cadres de Tripoli et leur ralliement à la cause des insurgés de Benghazi, mais ils ne parviennent pas à citer de noms, sinon ceux d’hommes politiques connus de longue date pour être favorables au rapprochement avec Washington, tel l’ex-ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa.

L’opinion publique internationale est massivement désinformée. Washington a fait couper les retransmissions de la télévision libyenne sur le satellite ArabSat, dont la Jamahariya est pourtant actionnaire. Le département d’État ne devrait plus être long à faire de même avec NileSat.
En violation de ses engagements internationaux, Washington a refusé un visa au nouveau représentant libyen à l’ONU. Il ne peut venir à New York exposer son point de vue, tandis que son prédécesseur, rallié au CNT continue à occuper son siège.
La voix de Tripoli étant étouffée, il est possible de répandre n’importe quel mensonge sans crainte d’être contredit.

Rien d’étonnant donc à ce que vu de Tripoli, d’où cet article est écrit, les communiqués de l’OTAN et les injonctions de la Cour pénale internationale paraissent irréels. L’Ouest de la Libye est paisible. À des moments aléatoires, les sirènes annoncent l’arrivée des bombardiers ou des missiles. Suivi immédiatement des explosions qu’ils provoquent. Il est inutile de courir aux abris, d’une part parce que le temps est trop court et d’autre part, parce qu’il n’y a guère d’abris.

Les bombardements sont ciblés avec une extrême précision. Les munitions guidées touchent les bâtiments visés, et dans ces bâtiments, les pièces visées. Toutefois, l’OTAN perd le contrôle en vol d’environ un missile guidé sur dix. Celui-là tombe à l’aveuglette. N’importe où dans la ville, semant la mort au hasard.

Si une partie des cibles de l’OTAN sont « militaires » : casernes et bases ; la plupart sont « stratégiques », c’est-à-dire économiques. Par exemple, l’Alliance a bombardé l’imprimerie de la Monnaie libyenne, une administration civile chargée de fabriquer les dinars. Ou encore, ses commandos ont saboté des usines qui faisaient concurrence à celles de membres de la Coalition. D’autres cibles sont dites « psychologiques ». Il s’agit de toucher dans leur chair les dirigeants politiques et sécuritaires en massacrant leurs familles. Les missiles sont alors pointés sur les habitations privées, et plus précisément sur les chambres à coucher des enfants des dirigeants. 

L’ambiance dans la capitale et sur la côte est lourde. Mais la population reste soudée. Les Libyens soulignent qu’aucun de leurs problèmes intérieurs ne justifie le recours à la guerre. Ils évoquent des revendications sociales et des questions régionales, comme il en existe dans les États européens, mais rien qui doive conduire à déchirer les familles comme on est en train de le faire en imposant une partition du pays.

Face à l’OTAN, des dizaines de milliers de bourgeois aisés ont plié bagage et sont allés se réfugier dans les pays limitrophes, notamment en Tunisie, laissant aux pauvres le soin de défendre la patrie qui les a enrichis. De nombreux commerces sont fermés sans que l’on sache s’ils doivent faire face à des difficultés d’approvisionnement ou si leurs propriétaires ont fuit.

Comme en Syrie, la plupart des opposants politiques font bloc derrière le gouvernement pour protéger l’intégrité du pays face à l’agression étrangère. Pourtant, certains Libyens, anonymes et invisibles, renseignent l’OTAN pour localiser ses cibles. Jadis leurs parents accueillaient les armées coloniales italiennes, aujourd’hui ils scandent avec leurs homologues de Benghazi : « 1, 2, 3, Sarkozy arrive !  ». Chaque peuple a ses traîtres et ses collabos.

Les exactions commises par les mercenaires du prince Bandar en Cyrénaique ont terminé de convaincre bien des hésitants. La télévision montre en boucle les œuvres des leaders d’Al Qaida en Libye, dont certains ont été libérés directement de Guantanamo pour combattre aux côtés des États-Unis. Des images insoutenables de lynchage et de mutilations dans des villes érigées en Émirats islamistes, à la mode afghane ou irakienne, par des individus deshumanisés par les tortures qu’ils ont subis et excités par des drogues puissantes. Il n’est pas nécessaire d’être un vieux partisan de la Révolution de Kadhafi pour la soutenir aujourd’hui face aux horreurs auxquels se livrent les jihadistes dans les « zones libérées » par l’Alliance [1].

Rien, nulle part, à l’Ouest n’évoque une révolte ou une guerre civile. Pas de barricades, ni de blindés dans les rues. Sur toutes les routes, les autorités ont installé des checks points tous les deux kilomètres. Les automobilistes patientent sagement, eux-mêmes attentifs à découvrir les éléments infiltrés par l’OTAN.

Le colonel Kadhafi arme la population. Près de deux millions de fusils mitrailleurs ont déjà été remis aux civils. L’objectif est que chaque adulte, homme ou femme, puisse défendre sa maison. Les Libyens ont retenu la leçon irakienne. Saddam Hussein avait assis son autorité sur le Baas et l’armée, excluant son peuple de la vie politique. Lorsque le parti fut décapité et que quelques généraux firent défection, l’État s’effondra soudainement laissant le pays sans résistance et plongé dans le chaos. La Libye, elle, est organisée selon un système original de démocratie participative, comparable aux assemblées du Vermont. Les gens sont habitués à être consultés et responsabilisés. Ils sont donc mobilisables en masse. 

De manière inattendue, les femmes sont plus déterminées que les hommes à porter les armes. Cela traduit l’accroissement ces dernières années de la participation féminine aux assemblées populaires. Cela reflète peut-être aussi la nonchalance qui s’était emparée des cadres de cet État socialiste à haut niveau de vie.

Chacun a conscience que tout se jouera lorsque les troupes terrestres de l’OTAN débarqueront, si elles osent le faire. La stratégie de défense est donc entièrement conçue pour dissuader un tel débarquement en mobilisant la population. Ici les soldats français, britanniques et US ne seront pas accueillis en libérateurs, mais en envahisseurs coloniaux. Ils devront affronter d’interminables combats urbains.

Les Libyens s’interrogent sur les mobiles exacts de l’OTAN. Je suis surpris de constater que c’est souvent en lisant les articles du Réseau Voltaire, traduits et repris par de nombreux sites Internet et certains journaux imprimés, qu’ils ont été informés des vrais enjeux. Il y a ici, comme partout d’ailleurs, un déficit d’information sur les relations internationales. Les gens connaissent et s’enorgueillissent des initiatives et des réalisations du gouvernement pour l’Unité africaine ou pour le Développement du Tiers-monde, mais ils ignorent bien des aspects de la politique internationale et sous-estiment la capacité de destruction de l’Empire. La guerre semble toujours lointaine jusqu’à ce que le prédateur ne vous choisisse comme proie.

Quel est donc ce succès que l’OTAN annonce imminent ? Pour le moment, le pays est coupé en deux. La Cyrénaique a été proclamée République indépendante, bien qu’on s’y prépare à restaurer la monarchie, et a été reconnue par plusieurs États, à commencer par la France. Cette nouvelle entité est gouvernée de facto par l’OTAN, mais officiellement par un mystérieux Conseil national de transition, jamais élu, et dont les membres —s’ils existent— sont secrets pour ne pas avoir à répondre de leurs actes. Une partie des avoirs libyens a été gelée et est aujourd’hui gérée pour leur plus grand profit par les gouvernements occidentaux. Une partie de la production pétrolière est commercialisée à des conditions défiant toute concurrence aux compagnies occidentales qui se goinfrent. C’est peut-être cela le succès : le pillage colonial.

En lançant des mandats d’arrêts internationaux contre Mouammar Kadhafi, son fils et le chef des services de renseignement intérieur, la Cour pénale internationale cherche à exercer une pression sur les diplomates libyens pour les contraindre à démissionner. Chacun est menacé, en cas de chute de la Jamahiriya, d’être poursuivi pour « complicité de crime contre l’humanité ». Ceux qui démissionnent laisseront une place vacante derrière eux, sans possibilité d’être remplacés. Les mandats d’arrêts ressortent donc d’une politique d’isolement du pays.

La Cour fait aussi de la communication de guerre. Elle qualifie Saif al-Islam de « Premier ministre de facto », ce qu’il n’est surement pas, mais qui donne l’impression d’un régime familial. On retrouve là le principe d’inversion des valeurs typique de la propagande US. Alors que les insurgés de Benghazi brandissent le drapeau de la monarchie Senussi et que le prétendant au trône s’impatiente à Londres, c’est la démocratie participative qui est présentée en régime dynastique.

À l’issue de ces cent premiers jours de conflit, les communiqués de l’OTAN masquent mal la déception. Les Libyens ne se sont pas soulevés contre le « régime », hormis en Cyrénaïque. Aucune solution militaire n’est en vue. Le seul moyen pour l’Alliance atlantique de sortir la tête haute à moindre frais est de se contenter de la partition du pays. Benghazi deviendrait alors l’équivalent de Camp Bondsteel, la méga-base militaire US en Europe, ayant accédé au statut d’État indépendant sous le nom de Kosovo. La Cyrénaïque serait la base qui manquait à l’Africom pour contrôler le continent noir.

Thierry Meyssan

[1] Je suppose que ces remarques peuvent surprendre le lecteur. Le Réseau Voltaire y reviendra en détail dans de prochains articles.
27/06/2011
http://www.voltairenet.org/Tripoli-bombarde-ne-faiblit-pas


1-10 Gilles Munier : Dans Tripoli martyrisée.

Frontière tuniso-libyenne, 8 juin - Une file impressionnante de voitures immatriculées en Libye attend au poste de douane. Des centaines de Libyens fuient Tripoli violement bombardée par l’OTAN, la veille. Le bilan des victimes des 60 frappes du 7 mars, jour anniversaire du colonel Kadhafi, est lourd : 31 morts et des dizaines de blessés Depuis le début de l’intervention occidentale, des civils meurent chaque jour dans la quasi indifférence des médias occidentaux : 718 ont été tués entre le 19 mars et le 26 mai, 4067 blessés dont 433 dans un état grave. De passage en Libye le 30 mai, les avocats Roland Dumas et Jacques Vergès ont déclaré qu’ils vont porter plainte contre Nicolas Sarkozy pour crime contre l’humanité, au nom d’une trentaine de familles qui ont perdu des proches dans les bombardements.

   Jusqu’à Tripoli, la surveillance du territoire est assurée par des volontaires armés, issus des tribus des régions traversées. Une trentaine de check- points filtrent la circulation.

Le silence de l’UNESCO

   L’hôtel Rixos, palace 5 étoiles, a été réquisitionné pour les journalistes. Pendant mon séjour, je n’y ai rencontré aucun Français. A écouter ou lire leurs reportages, Tripoli est en état de siège, les habitants calfeutrés chez eux. Il n’en est rien. Si de nombreux magasins et restaurants sont fermés, c’est parce que le pays subit un embargo de fait et que le temps est aux économies. Le manque d’essence y est aussi pour quelque chose : les automobilistes mettent jusqu’à trois jours de queue pour faire le plein. De plus, 70 000 Libyens sont réfugiés en Tunisie ; d’autres ont fui Benghazi pour l’Egypte.

   9 juin, 6 heures du matin - La sirène d’alarme résonne dans les hauts-parleurs du Rixos. L’ordre d’évacuation est donné. Ce n’est pas un bombardement, mais un incendie qui s’est déclaré dans une chambre. Des journalistes en feront leur sujet du jour, alors que des missiles sont encore tombés sur la ville et ses environs dans la nuit. Pour pimenter le non- événement, ils affirmeront que les pompiers sont arrivés en retard, ce qui est faux.

   En visitant les sites bombardés, on ne peut que s’interroger sur les buts de l’OTAN. La plupart des cibles sont déclarées « centres de commandement », même si elles n’ont rien de militaires. Evidement, les quatre hôpitaux touchés soignaient aussi des soldats blessés ; mais qui pourrait le leur reprocher ? Le 29 avril, le Centre du Livre Vert, la plus grande bibliothèque du pays, a été détruit. C’était un symbole de la Révolution libyenne qui narguait l’OTAN. Mais, on ne peut que s’étonner du silence de l’UNESCO qui avait classé la bâtisse, un ancien palais turc, au patrimoine mondial. Aux abords se trouvaient une maison abritant une association caritative s’occupant d’enfants et la commission des Affaires étrangères du Congrès général du peuple (Parlement) : les chasseurs de l’OTAN sont repassés, à haute altitude, pour les détruire.

Un rapport dérangeant

   Autre cible visitée : le siège du service anti- corruption. Ses archives ont été détruites, disent les habitants d’une rue proche, pour faire disparaître les dossiers des membres du Conseil national de transition (CNT) de Benghazi. Un renvoi d’ascenseur de l’OTAN à ses protégés, en quelque sorte. Une fille de 12 ans qui habitait tout près, choquée par l’explosion, n’a pas supporté la pluie de missiles qui s’est abattue sur la ville le 7 juin. Elle a tenté de se suicider en avalant des médicaments prescrits pour sa mère. Je lui ai rendu visite à l’hôpital. Sous sédatifs, elle a les jambes paralysées.

   Le bombardement du 30 avril visait bien Mouammar Kadhafi. Le colonel et son épouse avaient quitté leur maison familiale une demie heure plus tôt. Trois missiles l’ont pulvérisée, tuant un de ses fils, et trois de ses petits-enfants. Aïcha, sa fille, dirigeante de l’organisation humanitaire Waatassimou, a porté plainte à Bruxelles contre l’OTAN pour crime de guerre, et à Paris contre Nicolas Sarkozy et Gérard Longuet, ministre français de la Défense, pour l’assassinat de sa fille Mastoura (4 mois), de son frère et de ses neveux.

   Fin mai, l’influence des djihadistes en Cyrénaïque a été mise en évidence par une mission dont faisait partie Yves Bonnet, ancien directeur de la DST*. Pour les Libyens, le risque qu’Al-Qaïda, ou un gang maffieux, s’empare d’une partie des stock de gaz moutarde qui devait être détruite en accord avec l’ONU, est réel. Ils sont pour l’instant sécurisés, mais jusqu’à quand ?

(*) http://www.afrique-asie.fr/index.php/category/maghreb/actualite/article/libye-un-avenir-incertain

Gilles Munier

 (Afrique Asie – juillet 2011)


1-11 Ginette Hess Skandrani : Qui sont les rebelles de Bengazi ?
Les rebelles de Bengazi que Nicolas Sarkozy, sous l’injonction de Bernard Henri Lévy a baptisé de démocrates et désignés comme Conseil National de Transition, les faisant adopter par une dizaine de pays pour représenter la Libye.

Qui sont-ils ? D’où sortent-ils ?

Lors de la conférence de presse  du 12 juin 2011 des  « Avocats Juristes de la Méditerrané »*, invités par la « Commission d’enquête  non gouvernementale pour la vérité sur le Libye »*, j’ai été très intéressée par l’intervention d’un chef de tribu de Bengazi qui s’est déplacé jusqu’à Tripoli afin de nous informer sur l’état des lieux dans le fief des rebelles dont nos télés mensonges ne nous parlent jamais.

M. Mohamed Jebri nous a raconté que la majorité de la population civile était retenue contre son gré et ne pouvait se déplacer et encore moins manifester son désaccord avec ceux qui occupent leur espace vital. Les gens ont peur des champs de tir des bandes armées. Il y a énormément de problèmes de sécurité pour sortir, se ravitailler. Les enfants et les femmes ont très peur. Les vieux sont traumatisés par les tirs. Les maisons ne sont pas sûres. La société civile bengazie est prise en otage par les rebelles.
Ceux qui se font appelés rebelles sont très divers :

Il y en a qui savent ce qu’ils font et sont organisés en bandes, alors que d’autres se laissent entraîner dans le combat sans savoir.

Certains participent à une vengeance, car la révolution de 1977 a supprimé les partis politiques bourgeois, mais ils cherchent surtout à prendre le pouvoir.
Pour Al Qaïda, comme nous l’avons déjà dit,  il y a plusieurs combattants de cette mouvance. Le combat a commencé dès les années 80, la Libye a été le premier pays à demander l’arrêt de Ben Laden. Malheureusement, personne ne nous a écouté et ils sont toujours là.
Il y a également ceux qui ont volé la richesse du peuple et ont peur d’être interrogés et tous ceux qui se sont enrichis avec l’affaire Lockerby.
Ils sont tous armés.
Nous avons essayé de les conseiller afin qu’ils remettent les armes, s’ils acceptent, ils seront acceptés par les congrès de base. Ceux qui refusent seront combattus.

Il y a plusieurs raisons qui font que les occidentaux soutiennent ces rebelles :

- afin de freiner la menace de Kadhafi et de la Jamarhiya sur le système mondial impérialiste depuis que Kadhafi a nationalisé le pétrole puis incité l’Afrique à reprendre sa dignité.
- le punir pour son  soutien aux mouvements révolutionnaires.
- faire oublier les excuses du gouvernement italien pour la colonisation de la Libye et les réparations obtenues,  ce qui aurait pu pousser  d’autres peuples à demander des excuses et des réparations.
- afin de laver l’affront de l’intervention de Kadhafi à l’ONU amenant son soutien aux peuples opprimés tout en  dénonçant la mondialisation sioniste.
- Se débarrasser de Kadhafi qui dénonce le pillage des ressources de l’Afrique et veut créer les Etats Unis d’Afrique avec une économie indépendante des puissances occidentales.
- Avorter le projet de développement de la Libye qui pourrait faire concurrence aux pays du Golfe
Pays européens qui participez aux bombardements de l’OTAN, attendez vous à un tsunami de l’immigration et d’Al Qaïda, car les Libyens ne peuvent plus retenir personne.
Vous ne pourrez occuper la Libye, c’est impossible, l’histoire l’a prouvé maintes fois.
Vous ne pourrez empêcher que le peuple défende son guide qui est leur leader et leur seule référence, c’est une charte signée le 30 avril 2004 par tous les Libyens.
Nous devons reprendre le dialogue entre tous les Libyens car nous n’avons qu’une patrie. Nous devons vivre ensemble et avec le pouvoir du peuple lutter contre l’impérialisme et le sionisme.
*L’Association des Avocats Juristes de la Méditerranée crée en 1977 a porté une requête  devant la Cour  Internationale de la Haye pour crimes contre l’humanité pour les bombardements de l’OTAN sur la Libye et était venue présenter cette requête lors d’une conférence en Libye
*La commission d’enquête non gouvernementale pour connaître la vérité en Libye, crée le 30 mars à Tripoli par des personnes de la société civile avec la participation de plusieurs ONG internationales enquête sur les bombardements de L’OTAN et la transmission erronée par les médias.

Ginette Hess Skandrani

Paris, le 18 juin 2011


1-12 Kharroubi Habib : Une réclamation qui vaut aveu.

En réclamant la suspension, pour raison humanitaire, de l’intervention militaire occidentale en Libye, le ministre italien des Affaires étrangères confirme implicitement ce que d’autres sources internationales n’ont cessé de dénoncer : à savoir que les raids aériens menés par la coalition ne sont pas aussi « chirurgicaux » que prétendus et donc touchent la population civile libyenne que ces opérations sont censées mettre à l’abri de l’aviation et des armes lourdes des forces pro-kadhafistes.

Depuis le début de ces opérations « les « bavures » n’ont cessé de se multiplier. Le commandement militaire de la coalition a dû admettre la réalité de quelques-unes.

L’on ne peut soupçonner le ministre italien des Affaires étrangères de chercher à sauver la mise au dictateur libyen. Il faut donc mettre sa demande au compte de la prise de conscience des autorités italiennes, dont le pays est membre de la coalition, que l’opération militaire occidentale en Libye a un coût humain insupportable que paie la population civile libyenne.

En tout cas, elle donne raison à ceux, nombreux, qui en réclament l’arrêt, jugeant que l’intervention militaire internationale en Libye se poursuit, non pas parce qu’elle n’a pas atteint l’objectif qui lui a été fixé par le Conseil de sécurité onusien, à savoir mettre la population libyenne à l’abri de l’aviation et des armes lourdes des pro-kadhafistes, mais parce que des puissances membres de la coalition lui ont assigné un but que ne prévoit pas la résolution 1973 de l’ONU : celui d’en finir coûte que coûte avec Kadhafi et ses partisans. Peu importe à ces puissances que dans l’affaire se produisent « des bavures ».

Si, comme il est prévisible, elles refusent d’entendre la demande italienne, le massacre de civils va donc continuer car Kadhafi et son régime, contre leur attente, ne se sont pas effondrés. Il ne s’agit pas de prendre prétexte de cette réalité pour revenir sur l’exigence du départ de ce dictateur et de la fin de son régime. Cela est désormais l’affaire du seul peuple libyen.

Or, ce qui se passe en Libye nous prouve que l’on n’est pas dans le schéma que les puissances occidentales et leurs médias nous ressassent. A savoir, d’un côté, un peuple libyen unanime derrière l’insurrection et, de l’autre, un dictateur coupé de tout soutien populaire. Rien n’est plus faux que cette présentation de la réalité libyenne.

Qu’on le veuille ou non, Kadhafi dispose de celui d’une partie de la population. D’où le caractère de guerre civile qu’ont les affrontements qui se déroulent dans le pays. Une guerre civile ne peut se conclure que par la négociation entre ses protagonistes. Ce dont des puissances membres de la coalition ne veulent pas entendre et s’acharnent à faire avorter les médiations internationales visant à rendre possible cette solution. Pour justifier leur refus d’une telle issue à la crise libyenne, elles font valoir que Kadhafi a perdu toute légitimité et, de ce fait, ne doit plus être considéré comme un interlocuteur valable.

Soit, mais les dirigeants autoproclamés de l’insurrection qu’elles appuient sont-ils eux légitimes et porteurs d’un projet de société démocratique pour la Libye ? Ces puissances elles-mêmes sont très réservées sur le sujet. En fait et pour des raisons multiples, leur objectif immédiat est d’en finir avec Kadhafi. Ce que sera l’après-Kadhafi aux normes de la démocratie est le dernier de leurs soucis. Ce qui leur importe est que les successeurs de Kadhafi, dont l’intervention internationale doit hâter l’accession au pouvoir, leur renvoient à ce moment-là l’ascenseur en tenant compte des ambitions d’intérêt que chacune nourrit pour la Libye.

En attendant, Kadhafi est toujours là, et la population libyenne subit les affres de la guerre civile et les conséquences des « bavures » que l’OTAN ne nie même plus.

Kharroubi Habib –

23 juin 2011 -

Le Quotidien d’Oran



2 Annexe

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

2-1Tripoli , Damas , la " répression " et le Traité Européen .

Beaucoup de bonnes âmes parlent de "répression", d'"atteintes aux droits de l'homme " en Libye et en Syrie .

Voici ce que proposait en 2002 le Traité Constitutionnel Européen :

L'article II-62 du projet de Constitution disait que : 
1. Toute personne a droit à la vie.
2. Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté. 
Mais dans les explications, on pouvait lire :
"La mort n'est pas considérée comme infligée en violation de cet  article dans les cas où elle résulterait d'un recours à la force rendu absolument  nécessaire:
a) pour assurer la défense de toute personne contre la violence
illégale;
b) pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher
l'évasion d'une personne régulièrement détenue; 
c) pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection. 

Les autorités Syriennes luttent non pas contre des manifestants, mais contre des commandos et des provocateurs armés, a annoncé mercredi à Astana (Kazakhstan) le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

"L'essentiel est de ne pas se figurer que les forces de l'ordre syriennes luttent uniquement contre les civils. Il y a beaucoup de provocateurs armés. Je suppose qu'aucun pays ne tolèrera une rébellion directe", a-t-il déclaré aux journalistes dans les couloirs du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

"Une bande de commandos armés qui sévit en Syrie a occupé plusieurs agglomérations. Les autorités syriennes tentent de les libérer", a poursuivi le chef de la diplomatie russe.

M. Lavrov a en outre confirmé que Moscou était déterminé à bloquer l'adoption d'un projet de résolution européenne sur la Syrie par le Conseil de sécurité de l'Onu.[ Ria Novosti ]

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1611


2-2 Pierre Mellet : Comment la structure rituelle du Journal télévisé formate nos esprits.

Si le téléspectateur est de plus en plus attentif au traitement d’informations particulières par les journaux télévisés, il s’interroge rarement sur la structure même de cette émission. Or, pour Pierre Mellet, la forme est ici le fond : conçu comme un rite, le déroulement du journal télévisé est une pédagogie en soi, une propagande à part entière qui nous enseigne la soumission au monde que l’on nous montre et que l’on nous apprend, mais que l’on souhaite nous empêcher de comprendre et de penser.

Le journal télévisé est le cœur de l’information contemporaine. Principale source d’information d’une grande partie des Français, il n’était pourtant, à ses débuts, en 1949 en France, que le sous-produit de ce que n’avaient pas voulu diffuser au cinéma la Gaumont et les Actualités Françaises. Défilé d’images sur lesquels était posé un commentaire, le « présentateur » ne s’est installé dans son fauteuil qu’en 1954, quand le journal a été fixé à 20h. Depuis lors, la mise en scène n’a fait qu’aller en s’accroissant, et l’information en a été écartée —si jamais elle était présente au départ— pour faire de ce théâtre non plus un journal, mais un spectacle ritualisé, une cérémonie liturgique. Le « 20h » n’a pas pour fonction d’informer, au sens de dégager une tentative de compréhension du monde, mais bien de divertir les téléspectateurs, tout en leur rappelant toujours ce qu’ils doivent savoir.

L’analyse qui suit se base sur les deux principaux journaux télévisés de 20h français, celui de TF1 et celui de France 2, mais peut, à bien des égards, trouver des correspondances avec les journaux télévisés d’autres pays, principalement en « Occident ».

Le contexte

Fixé à 20h, le journal télévisé est devenu, comme la messe à son époque, le rendez-vous où se retrouve (chacun chez soi) toute la société. C’est un lieu de socialisation essentiel, paradoxalement. Chacun découvre chaque soir le monde dans lequel il vit, et peut dès lors en faire le récit autour de lui, en discuter les thèmes du moment avec l’assurance de leur importance, puisqu’ils ont été montré au « jt ». Tout est mis en place comme dans un rituel religieux : l’horaire fixe, la durée (une quarantaine de minutes), le présentateur-prêtre inamovible, ou presque, qui entre ainsi d’autant mieux dans le quotidien de chacun, le ton emprunté, sérieux, distant, presque objectif, mais jamais véritablement neutre, les images choisies, la hiérarchie de l’information. Comme dans tout rituel, le même revient en permanence, et s’agrège autour d’un semblant d’évolution quotidienne. Les mêmes heures annoncent les mêmes histoires, racontées par les mêmes reportages, lancées et commentées par les mêmes mots, mettant en scène les mêmes personnages, illustrées par les mêmes images. C’est une boucle sans fin et sans fond.

En ouverture, le générique lance une musique abstraite où s’entend le mélange du temps qui passe, la précipitation des événements, et une façon d’intemporel nécessaire à toute cérémonie mystique. Sur la musique, un globe précède l’apparition du présentateur, ou un travelling vers ce dernier le fait passer de l’ombre à la lumière. Tout se passe comme si le monde allait nous être révélé.

Le présentateur y tient rôle de passeur et d’authentifiant. Personnage principale et transcendantal, il se trouve au cœur du dispositif de crédibilité du 20h. C’est par lui que l’information arrive, par lui qu’elle est légitimée, rendue importante et donnée comme « vraie ». Par lui également que le téléspectateur peut être rassuré : si le monde va mal et semble totalement inintelligible, il y a encore quelqu’un qui « sait » et qui peut nous l’expliquer.

(Dans d’autre cas, c’est un duo qui présente le journal télévisé. La relation avec le téléspectateur est du coup beaucoup moins professorale et paternaliste, mais plus de l’ordre de la conversation, et peut sembler plus frivole. Bien évidemment, on ne trouvera jamais deux présentateur, ou deux présentatrices, mais toujours un duo hétérosexuel. C’est qu’il s’agit de ne pas choquer la représentation de la famille bourgeoise chrétienne. Ce type de mise en scène étant rare en France, nous ne développerons pas ce point plus avant).

Crédibilité et information

« Madame, Monsieur, bonsoir, voici les titres de l’actualité de ce lundi 6 août », nous dit le présentateur au début de chaque journal. Il ne s’agit donc pas d’un sommaire, d’un tri de la rédaction dans l’information du jour, mais bien des « titres de l’actualité », c’est-à-dire précisément de ce qu’il faut savoir du monde du jour. Il n’y a rien à comprendre, le « journalisme » ne s’applique désormais plus qu’a nous apprendre le monde. Le présentateur ne donne pas de clé, il ne déchiffre rien, il dit ce qui est. Ce n’est pas une « vision » de l’actualité qui nous est présentée, mais bien l’Actualité.

Ce qui importe, dès lors, pour lui, c’est « d’avoir l’air ». Sa crédibilité n’est pas basé sur sa qualité de journaliste, mais sur son charisme, sur l’empathie qu’il sait créer, sa manière d’être rassurant, et sur son apparence d’homme honnête et intelligent. David Pujadas peut bien annoncer le retrait d’Alain Juppé de la vie politique, et Patrick Poivre d’Arvor montrer une fausse interview de Fidel Castro, ils sont tout de même maintenus à leur poste avec l’appui de leur direction, et n’en perdent pas pour autant leur statut de « journaliste » [1] et leur crédibilité auprès du public. Tout se passe comme si l’information délivrée n’avait finalement pas d’importance. Elle n’est là que pour justifier le rituel, comme la lecture des Évangiles à la messe, mais elle n’en est en aucun cas la raison centrale, le cœur, qui se trouve toujours ailleurs, dans le rappel constant des mots d’ordres moraux, politiques et économiques de l’époque. « Voici le Bien, voici le Mal », nous dit le présentateur.

La hiérarchie de l’information est donc inexistante. Alors que l’un des premiers travail effectués dans tout « journal » est de dégager les sujets qui semblent les plus essentiels pour tenter d’en ressortir un déroulé (propre à chaque rédaction) de l’information en ordre décroissant, de l’important vers l’insignifiant, ici, point. On passe de la dépouille du cardinal Lustiger à l’accident de la Fête des Loges, puis vient le dénouement dans l’affaire de l’enlèvement du petit Alexandre à la Réunion, suivit du suicide d’un agriculteur face aux menées des anti-OGM, à quoi font suite l’allocation de rentrée scolaire, les enfants qui ne partent pas en vacances, la hausse du prix de l’électricité, la spéléologue belge coincée dans une grotte, la campagne électorale états-unienne chez les démocrates, l’intervention de Reporters sans frontière pour dénoncer l’absence de liberté d’expression en Chine, la Chine comme destination touristique, le licenciement de Laure Manaudou, un accident lors d’une course aux États-Unis, le festival Fiesta de Sète, le décès du journaliste Henri Amouroux et enfin celui du baron Elie de Rothschild [2]. Il n’y a aucune cohérence, à aucun moment. Les sujets ne semblent choisis que pour leur insignifiance quasi-générale, ou leur semblant d’insignifiance. Tout y est mélangé, l’amour et la haine, les rires et les pleurs, l’empathie se mêle au pathos, les images spectaculaires ou risibles aux drames pathétiques, et l’omniprésence de la fatalité nous rappelle toujours la prédominance de la mort sur la vie.

Le reportage

Une fois les « titres » annoncés, le présentateur en vient au lancement du reportage. Le reportage est la démonstration par l’exemple de ce que nous dit le présentateur. En effet, tout ce qui va être dit et montré dans le reportage se trouve déjà dans son lancement. Le présentateur résume toujours au lieu précisément de présenter. Cela crée de la redondance. Ce qui est dit une fois en guise d’introduction est systématiquement répété ensuite dans le reportage. Ce sont les mêmes informations qui sont énoncées, la première fois résumées, et la seconde fois étendues pour l’élaboration de l’histoire contée. Le reportage ajoute très peu de chose à ce qu’à déjà dit le présentateur, tout juste développe-t-il les détails anodins qui contrebalancent « l’objectivité » du présentateur en créant de la « proximité ». Aux éléments de départ, trouvé dans le lancement, s’ajoute ensuite à l’histoire les petits détails romanesques nécessaire à son instruction ludique.

Le reportage est constitué de deux choses : l’image et son commentaire. Or, si l’on coupe le son, l’image ne signifie plus rien. Alors même que tout devrait reposer sur elle, c’est l’inverse précisément qui se produit à la télévision : le commentaire raconte ce que l’image ne fait qu’illustrer. Cette dernière n’est là que comme faire-valoir. C’est une succession de paysages semblables, de visages et de gestes interchangeables, collés les uns à côté des autres, et sans lien entre eux. À la télévision, l’image ne sert qu’à justifier le commentaire, à l’authentifier. Elle lui permet d’apparaître comme « vrai ». Et elle le lui permet précisément parce que ne disant rien par elle-même, le commentaire peut alors la transformer en ce qu’il veut, et c’est là le principal danger de ce media. L’image possédant une force de conviction très importante, le consentement est d’autant plus simple à obtenir une fois que vous avez dépouillée l’image de tout son sens et l’avez transformée en preuve authentifiant votre discours. Tout repose donc désormais sur le commentaire, et sur la vraisemblance de l’histoire qui va nous être racontée.

« Dans le reportage, note l’anthropologue Stéphane Breton, le commentaire est soufflé depuis les coulisses, cet arrière-monde interdit au téléspectateur (…) et d’où jaillit, dans le mouvement d’une révélation, un sens imposé à l’image. La signification n’est pas à trouver dans la scène mais hors d’elle, prononcée par quelqu’un qui sait » [3]. Le journaliste n’apparaît que très rarement à la fin de son reportage. Nous entendons donc une voix sans énonciateur. C’est une parole divine qui s’impose à nous pour nous expliquer ce que nous ne pourrions comprendre en ne regardant que les images. Il n’y a pas d’interlocuteur, donc pas de contradiction. Le reportage est un fil qui se déroule suivant une logique propre, celle que le journaliste veut nous donner à apprendre, où les « témoins » ne se succèdent que pour accréditer la parole qui a de toute manière déjà dit ce qu’ils vont nous expliquer. Comme avec le lancement, la redondance est omniprésente dans le reportage. Tout « témoin » est présenté non pas selon sa fonction, ni dans le but de justifier sa place dans ce reportage à ce moment là, mais suivant ce qu’il va nous dire. Et la parole du « témoin » accrédite le commentaire en donnant un point de vue nécessairement « vrai ». « Puisqu’il le dit, c’est que c’est comme ça ». Et bien souvent, le « témoin » n’a strictement rien à dire, mais va le dire tout de même, le journaliste devant faire la preuve de son objectivité et de l’authenticité de son reportage, de son enquête, en démontrant qu’il s’est bien rendu sur place et qu’il peut donc nous donner à voir ce qui est.

Le reportage, au journal télévisé, n’est pas la réalisation d’une enquête qui explore différentes pistes, mais le récit d’un fait quelconque montré comme fondamental. C’est une vision du monde sans alternative, qui tente d’apparaître comme purement objective. Si le présentateur dit ce qui est, le reportage, lui, le montre. Et c’est précisément là que l’image pêche par son non-sens, et que le commentaire semble devenir parole divine. « Voici le monde », nous dit l’un, « et voilà la preuve », poursuit le reportage. Et comment contester la preuve alors qu’elle nous est présentée, là, sous nos yeux ébahis ? La réalité se construit sur l’anecdote, et non plus sur un ensemble de faits plus ou moins contradictoires qui permettent de regarder une situation dans une tentative de vision globale pour pouvoir ensuite en donner une analyse.

Les mots d’ordre

Tout cela se rapporte à la logique de diffusion de la morale. Le journal télévisé, comme la quasi-totalité des médias, est un organe de diffusion des mots d’ordre de l’époque. Il ne discute jamais le système, il ne semble d’ailleurs même pas connaître son existence, mais diffuse à flux tendus les ordres que la classe dominante édicte. Le journal télévisé fait partie de ce « service public », dont parle Guy Debord dans les Commentaires sur la société du spectacle, « qui [gère] avec un impartial "professionnalisme" la nouvelle richesse de la communication de tous par mass media, communication enfin parvenue à la pureté unilatérale, où se fait paisiblement admirer la décision déjà prise. Ce qui est communiqué, ce sont des ordres  ; et, fort harmonieusement, ceux qui les ont donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent » [4] .

Le 20h, issu d’une société où la mémoire a été détruite, transmet les mots d’ordre, comme pour tout conditionnement, par la répétition permanente et quotidienne. Les histoires racontées semblent toutes différentes, quand bien même elles sont finalement toutes semblables. Tout y est répété, soir après soir, constamment, et à tous les niveaux. Seuls les noms et les visages changent, mais le film, lui, reste toujours identique. C’est un perpétuel présent qui est montré et qui permet d’occulter tous les mouvements du pouvoir. Les évolutions n’étant plus jamais mises en lumière, c’est bien qu’elles n’ont plus cours. Le journal télévisé diffuse donc la morale bourgeoise (chrétienne et capitaliste) en bloc compact. C’est un vomi long et lent qui s’écoule, dilué et disséminé tout au long du 20h. Ils connaissent plusieurs modes de diffusions :

- L’accusation. Elle est constante, et généralement dite par les « témoins », ce qui permet de faire croire au journaliste qu’il a donné à voir un « avis », et qu’il a donc rendu un regard objectif de la situation. Un incendie ravage une maison, et ce sont les pompiers qui auraient dû arriver plus tôt. Un violeur est sorti de prison parce qu’il avait droit à une remise de peine, et c’est la justice qui dysfonctionne. Un gouvernement refuse de se plier aux injonctions occidentales, et c’est une dictature, un pays sous-développé où la stupidité se mêle à la barbarie, et mieux encore, où la censure bâillonne tous les opposants, qui sont eux nécessairement d’accord avec le point de vue des occidentaux mais ne peuvent pas le dire. Il s’agit toujours de trouver quelqu’un à vouer aux gémonies pour rappeler ce qui est « bien » et ce qui est « mal », et où l’on retrouve toute la sémantique chrétienne du « pardon », de la « déchéance », etc.

- L’évidence. Particulièrement utilisée pour régler sans discussions les questions économiques, elle consiste à diffuser les dogmes ou les décisions gouvernementales sans jamais les remettre en question. C’est par exemple le cas de la « croissance », qui est toujours la voie nécessaire à la survie jamais remise en cause et dont le présentateur nous annonce les chiffres avec un air catastrophé : « la croissance ne sera que de 1,2 % cette année selon les experts »...

- L’hagiographie. Commme à la messe, le journal télévisé a ses saints à mettre en avant. C’est le portrait de quelqu’un qui a « réussi », soit qu’il vienne de mourir, soit qu’il ait « tout gagné », soit qu’il se soit « fait tout seul », etc. C’est le prisme de l’exception qui édicte le modèle à suivre en suscitant admiration et respect. « Voilà ce que vous n’êtes pas, que vous devriez être, mais ne pourrez jamais devenir, et que vous devez donc adorer », nous répète le journal télévisé en permanence.

- Le voisinage. Particulièrement efficace, il s’agit de dire que « la France est le dernier pays en Europe à aborder cette question ». C’est le mécanisme qui régit la sociabilité de base, l’appartenance au groupe par l’imitation, par la reproduction de ce qu’il semble faire ou être. Le présentateur nous dit alors « eux font comme cela, pourquoi faisons nous autrement ? », présupposant que notre manière de faire est nécessairement moins bonne. « Travailler après 65 ans, aux États-Unis ça n’est pas un problème ». Aucune analyse n’est jamais donnée des points positifs et négatifs du système voisin, seulement un regard « objectif », qui dit : « voilà comment ça se passe là, et pourquoi c’est mieux que chez nous ».

- Le folklore. Ici sont présentés, avec le sourire aux lèvres et l’indulgence pour l’artiste un peu fou mais qui ne fait finalement pas de mal, des gens qui vivent un peu autrement. C’est alors, et seulement dans ce genre de sujet, que le présentateur souligne le caractère « exceptionnel » des personnes qui vont nous être présentées, pour dissuader quiconque de suivre leur exemple.

Ce ne sont là que quelques exemples.

Anecdote et fatalité

Deux modes de représentation du monde bercent principalement le journal télévisé, et sont les deux principaux mouvements de diffusion des mots d’ordre : l’anecdote et la fatalité.

L’anecdote se trouve au début de chaque sujet. Tout part du fait particulier, du fait divers du jour, et s’étend vers le problème plus vaste qu’il semble contenir en lui-même, ou que les journalistes font mine de croire qu’il contient. C’est une rhétorique particulière qui se retrouve aujourd’hui à la base de tous les discours politiques ou journalistiques, un renversement de la logique, du déroulement effectif de la démonstration et de l’analyse du monde : c’est l’exception qui explique désormais la règle, qui la construit. Tout part du fait particulier pour se prolonger, comme si ce dernier détenait en lui toutes les causes et toutes les conséquences qui ont fondé la situation plus générale qu’il est censé démontrer. Le 20h ne se préoccupe jamais de décrire des phénomènes endémiques, ou les sort toujours de la chaîne d’événements qui les a amené à la situation présente. C’est une nécessité dialectique logique pour qui veut transmettre les consignes sans se mettre en devoir de les expliquer, sans quoi il se trouve obligé d’apporter de la complication à sa démonstration et se rend compte que les choses sont moins simples qu’il ne voulait les faire paraître. Pour que les mots d’ordre soient diffusés efficacement, il ne faut pas donner la possibilité d’être contredit, donc il vaut mieux ne rien expliquer. De toute manière, nous l’avons dit, il ne s’agit jamais de donner à comprendre, mais toujours à apprendre.

La fatalité, elle, berce l’ensemble du journal télévisé. Les événements arrivent par un malheurs contingent, un hasard distrait qui touche malencontreusement toujours les mêmes (personnes, pays…). C’est une lamentation constante : « si les pompiers étaient arrivés plus tôt », « si le violeurs n’était pas sorti de prison », « si l’Afrique n’était pas un continent pauvre et corrompu », etc. Elle est la base de toute religion puisqu’elle permet de ne rien avoir jamais à justifier, et rappel le devoir de soumission face à la transcendance, puisque nous sommes toujours « dépassés ». La fatalité revient sonner en permanence comme une condamnation, et ajoute avec dépit (mais pas toujours) : « c’est comme ça ». Le système se régule tout seul et est « le meilleur des systèmes possibles », l’homme est un être « mauvais » et passe son temps à « chuter » et à « rechuter » malgré toutes les tentatives de lui « pardonner », le pauvre est responsable de sa situation parce qu’il est trop fainéant pour chercher des solutions et les mettre en application alors même qu’on les lui donne, etc. C’est un soupir constant, un appel permanent à l’impuissance et à la soumission face à la souffrance. Le monde va et nous n’y pouvons rien…

Une fois les mots d’ordre transmis, le messager divin peut nous donner congé, concluant le sermon du jour en n’omettant jamais de nous donner rendez-vous le lendemain à la même heure, puis disparaît, rangeant les papiers qui font foi de son sérieux, la caméra s’éloignant, l’ombre grandissant, et se fondant progressivement dans cette sorte de musique qui ouvrait déjà la cérémonie.

Pierre Mellet

[1] Patrick Poivre d’Arvor, reconnnu comme la star du journalisme français, n’a pas de carte de presse car ses revenus principaux ne proviennent pas du journalisme, mais de ses activités de conseil et d’écriture.

[2] 20h de France 2, lundi 6 août 2007.

[3] Stéphane Breton, Télévision, Hachette Littérature, 2005.

[4] Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, Gallimard, Folio, 1996.

Pierre Mellet

Réseau Voltaire |

 18 septembre 2007

http://www.voltairenet.org/Comment-la-structure-rituelle-du



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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