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20/07/2011

n°31 - Libye / Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion - 18-07 : début : Mario Franssen : Mission d’observation à Tripoli.

n°31 -  Libye / Analyse -  Géopolitique et stratégie - Réflexion  - 18-07 : début : Mario Franssen : Mission d’observation à Tripoli.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye 

n°31 du 18-07

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Le " Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie de la Libye " est  visible  sur nos blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

c) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) Sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 




Sommaire :  

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Pepe Escobar : Que se passe-t-il vraiment en Libye ?

1-2 Thierry Portes : Voyage dans les villes fantômes de Libye.

1-3 Manlio Dinucci : Rapine à main armée à Tripoli.

1-4 Mario Franssen : Mission d’observation à Tripoli.

1-5 Tu viens avec nous en Libye? Evidemment!

1-6 Mario Franssen : Les amis louches de l’Otan.

suite

1-7 Retour de Libye de Gilles Munier. 

1-8 Interview d’Ali al-Ahwal, coordinateur du Forum des tribus.

1-9 Thierry Meyssan : Tripoli bombardé ne faiblit pas.

1-10 Gilles Munier : Dans Tripoli martyrisée.

1-11 Ginette Hess Skandrani : Qui sont les rebelles de Bengazi ?

1-12 Kharroubi Habib : Une réclamation qui vaut aveu.

2 Annexe

2-1Tripoli , Damas , la " répression " et le Traité Européen .

2-2 Pierre Mellet : Comment la structure rituelle du Journal télévisé formate nos esprits.



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Pepe Escobar : Que se passe-t-il vraiment en Libye ?

Sous l’épais brouillard de la guerre, la tragédie en cours en Libye se transforme en une guerre de sigles qui dépeint graphiquement les confuses "douleurs de l’enfantement" du nouvel ordre mondial qui se dessine.

D’un côté il y a l’OTAN, l’organisation du traité nord atlantique) et LA (la ligne Arabe) ; de l’autre l’Union Africaine (UA) et le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). On peut aussi dire que l’occident atlantiste et ses alliés arabes dans la contre-révolution se retrouvent contre l’Afrique et les pouvoirs économiques émergents de la planète.

Des mensonges, des mensonges et encore des mensonges

On a entendu beaucoup de grognements en provenance du Congrès étasunien à propos de la Libye -qui concernaient des aspects techniques de la loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act). En deux mots, les législateurs étasuniens ont refusé jusqu’à présent d’autoriser ce qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une guerre (mais qui selon la Maison Blanche n’est pas une guerre). Ils refusent de voter des fonds pour un investissement plus important des USA dans cette aventure de l’OTAN ; mais les fonds continueront d’affluer quand même.

Les contorsions sémantiques concernant la tragédie libyenne ont déjà largement dépassé le niveau habituel, et elles laissent à penser qu’en réalité les drones étasuniens vont continuer à se joindre aux avions de combat de l’OTAN pour bombarder les civils de Tripoli.

A part Vijay Prashad de Trinity College dans le Connecticut, peu de gens en Occident ont remarqué ce que le premier ministre chinois Wen Jiabao a dit de tout cela. Dans un article d’opinion du Financial Times du 23 juin intitulé "Comment la Chine projette de renforcer la reprise mondiale" Wen a déclaré que la Chine était prête à exercer son pouvoir politique dans MENA (Moyen Orient/Afrique du nord) par l’intermédiaire des BRICS.

Beijing n’est pas particulièrement content d’avoir été obligé d’abandonner ses importants investissements énergétiques en Libye -plus de 30 000 ouvriers ont été évacués en seulement deux jours ; il veut demeurer un acteur central quoiqu’il arrive en Libye.

Le ministre russe des affaires étrangères, de son côté, a déjà souligné que "la destruction physique de [Mouammar] Kadhafi et de sa famille soulève de sérieux doutes". La fille de kadhafi, Aisha, fait un procès à l’OTAN à Bruxelles pour le meurtre de sa fille, Mastoura, son frère et les autres petits-enfants de Kadhafi.

Donatella Rovera, une conseillère de crise d’Amnistie Internationale bien connue, a dit qu’après avoir enquêté pendant trois mois en Libye, elle n’avait trouvé aucune preuve que les troupes libyennes avait commis des viols massifs (bien que ce soit un fait avéré pour la Cour Criminelle Internationale).

Amnistie n’a pas non plus trouvé de preuves que des mercenaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale combattent les "rebelles". Selon Rovera, ceux qui ont été présentés aux journalistes comme des mercenaires étrangers ont été ensuite discrètement relâchés.... La plupart étaient des immigrants sub-sahariens qui travaillaient en Libye sans papiers. Certains d’entre eux ont toutefois été lynchés voire exécutés. La Cyrénaïque a toujours fait preuve de racisme envers les Africains noirs.

Les civils ont été bombardés à la fois par l’armée libyenne et par l’OTAN. Pourtant il n’y a aucune évidence que les forces aériennes libyennes aient bombardé massivement les villes "rebelles" ; et pas d’évidence non plus d’assassinats massifs de civils comparables à ceux de Syrie ou du Yemen. Bref, le régime de Kadhafi s’est peut-être livré dans le passé à la répression brutale de toutes sortes d’oppositions mais il n’a pas commis de génocide. Cela enterre les arguments des faucons humanitaires en faveur de la guerre six pieds sous terre.

 

L’hypocrisie règne. La Cour Criminelle Internationale accuse Kadhafi et son fils Saif al-Islam -celui qui était le chouchou de l’Ecole d’Economie de Londres- et le tsar des services secrets Abdallah al-Senoussi de "crimes contre l’humanité" alors que l’odieuse dictature de Burma/Myanmar et les al-Khalifa du Barhein ne sont pas le moins du monde inquiétés.

Dans le doute, balkanise

Il faut être une petite souris dans les halls immenses de l’OTAN près de Bruxelles, pour voir à quel point l’essaim de bureaucrates militaires qui y bourdonne est imperméable à la réalité. L’OTAN continue de croire qu’il a "gagné" la guerre contre Slobodan Milosevic ne bombardant la Serbie pendant 78 jours en 1999. Ce qui en fait a "gagné" la guerre c’est le fait que Milosevic ait perdu le soutien politique de la Russie.

Après plus de 100 jours de bombardements sur la Libye, avec 12 000 sorties et 2 500 objectifs, l’OTAN continue de prétendre qu’il "gagne". Bien sûr, exactement comme il "gagne" en Afghanistan.

Les éléments de langage dominent l’information dans le contexte d’une guerre sans merci de désinformation. L’OTAN refuse d’admettre que la libération humanitaire de la Libye qu’il envisage passe par un changement de régime, ce qui n’est pas autorisé par la Résolution 1973 de l’ONU. 

Les USA de leur côté ont déconnecté la télévision libyenne du satellite Arabsat -dont la Libye est un partenaire financier. Le nouveau représentant libyen à l’ONU n’a pas obtenu de visa étasunien. Cela signifie que seule l’équipe suspecte et disparate des "rebelles" a accès aux médias internationales de langue anglaise.

En dépit de "la précision des bombardements" si vantée, l’OTAN perd au moins un missile sur 10. Cela explique l’augmentation des "dommages collatéraux". Les objectifs ne sont pas seulement militaires ; ils sont de plus en plus économiques comme par exemple l’hôtel de la monnaie libyen qui imprime les dinars.

Il n’y a pas de soulèvement national contre le régime. La Tripolitaine -la Libye de l’ouest- s’est ralliée à Kadhafi ; De toute évidence, il est considéré comme le défenseur du pays contre une attaque néo-coloniale étrangère.

Quant à ceux de Benghazi qui croient que l’opportuniste, néo-napoléonien Nicolas Sarkozy les aime tant qu’il veut les "libérer" à coups de Rafales, ils sont considérés comme des gogos, sinon des traîtres.

Les Djihadistes d’al-Qaeda d’Afrique du nord pour leur part s’amusent comme des fous à manipuler l’OTAN pour arriver à leurs fins - se livrer de temps en temps à un lynchage ou une amputation traditionnelle dans l’endroit "libéré" de leur choix.

Le mélange d’arrogance et d’incompétence de l’OTAN mène inévitablement à une balkanisation de la Libye -un scénario que le site Asia Times avait prédit. Considérant que presque deux millions de fusils mitrailleurs ont déjà été distribués à la population et que l’OTAN va finir par intervenir sur le terrain -la seule manière d’obtenir une "victoire" décisive- on peut s’attendre à des combats de rue très meurtriers.

Un nouveau protectorat de l’OTAN

La Libye est déjà un cas d’école de pillage néo-colonial post-moderne.

La "victoire" de l’OTAN signifie en réalité que la Cyrénaïque deviendra une république indépendante -même si les "rebelles" préféreraient restaurer la monarchie (le candidat peut à peine cacher son impatience à Londres). Il se trouve que c’est aussi ce que l’Arabie Saoudite et le Qatar -les principaux adeptes du changement de régime- veulent.

Le futur émirat "indépendant" de l’est libyen a déjà été reconnu par quelques pays, dont la France de Sarkozy. Rien d’étonnant à cela ; il est déjà considéré comme un protectorat de l’OTAN. Le très douteux conseil de transition ne veut même pas qu’on connaisse ses membres -des transfuges opportunistes, des recrues des services secrets des USA, des religieux liés aux Djihadistes.

De plus des milliards de dollars d’actifs libyens ont déjà été saisis -illégalement- par les USA et l’Union Européenne. Et le Qatar est en train de vendre une partie de la production nationale du pétrole libyen.

Cette guerre de l’OTAN qui ne dit pas son nom n’a absolument rien à voir avec RdP (responsabilité de protéger), le nouvel évangile des faucons humanitaires qui font marcher le droit international sur la tête. Les civils ne sont pas protégés mais au contraire bombardés à Tripoli. Il y a un problème de réfugiés -la conséquence directe de la guerre civile. Malgré les supplications répétées de la Turquie et de l’UA, les faucons humanitaires ne se sont même pas donné la peine d’organiser un corridor humanitaire vers la Tunisie et l’Egypte.

La seule manière de s’en sortir est un cessez le feu qui mette l’OTAN hors jeu. Le contrôle sur le terrain serait confié aux casques bleus de l’ONU -composés de préférence d’Africains. l’Occident n’a absolument aucune crédibilité comme médiateur ; les Africains seraient les premiers à s’y opposer. Donc il resterait la ligue arabe et l’Union Africaine.

 

La ligue arabe est pro-Benghazi. En fait un vote arabe truqué (seulement 9 des 22 pays ont voté, et sur ces 9, 6 font partie du club des contre-révolutionnaires du Golfe connu aussi sous le sigle CCG), manipulé par l’Arabie Saoudite, a permis l’approbation arabe de ce qui est devenu la résolution 1973 ; en fait c’était un marchandage en échange duquel la Maison de Saoud** a eu les mains libres pour réprimer les manifestations pro-démocratiques du Barhein comme Asia Times l’a relaté. (Voir Exposed : The US/Saudi deal, sur le site Asia Times, 2 avril).

L’Union Africaine a été dédaignée avec constance par le consortium Anglo-Franco-Etasunien du changement de régime -même après qu’elle ait obtenu l’engagement de Kadhafi de négocier. L’UA se réunit à nouveau ce jeudi en Guinée équatoriale. Le président de la commission de l’UA pour la Libye -le Président de la Mauritanie, Mohamed Abdel Aziz- a déjà dit officiellement que Kadhafi "ne peut plus gouverner la Libye"- ce qui est un pas en avant considérable pour l’UA.

Mais cela ne signifie pas que l’UA -à la différence de l’OTAN et des "rebelles" veut une changement de régime tout de suite. Le départ de Kadhafi devra être la conséquence naturelles de négociations circonstanciées. En un mot, l’UA a un plan pour solutionner le problème ; l’OTAN a des bombes. Et les BRICS, surtout la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud préfèrent la stratégie de l’UA.

Il faut pourtant s’attendre à ce que le consortium USA/OTAN se batte à mort. Pour des raisons évidentes -toutes en lien avec la doctrine éternelle et immuable de la domination absolue à quoi s’ajoute une intrigue secondaire, le nouveau concept stratégique de l’OTAN adopté à Lisbonne en novembre 2010 (voir Welcome to NATOstan sur le site Asia Times, 20 novembre 2010).

La définition de l’OTAN du mot "gagner" implique que Benghazi devienne le nouveau Camp Bondsteel -le plus grand camp militaire étasunien d’Europe qui se trouve être en même temps l’état "indépendant" qui porte le nom de Kosovo. La Cyrénaïque est le nouveau Kosovo. C’est le règne de la balkanisation.

C’est un scénario de rêve pour le couple OTAN/Africom***. Africom obtient la base africaine qu’il désirait tant (le quartier général actuel est à Stuttgart en Allemagne) après avoir participé à sa première guerre africaine. L’OTAN avance son projet primordial de faire de la Méditerranée le lac de l’OTAN. Après l’Afrique du nord il ne restera plus autour de la Méditerranée que deux gêneurs à "éjecter" : la Syrie et le Liban. Le nom de ce jeu n’est pas Libye, c’est Longue Guerre.

Notes :

*En Anglais R2P :responsability to protect

** Saoud ben Abdelaziz Al Saoud (12 janvier 1902 - 23 février 1969), fils de Abdelaziz ben Abderrahman Al Saoud, le fondateur de la dynastie saoudienne, et de Wadhba, est roi de l’Arabie saoudite de 1953 à 1964. 

***Le Département de la Défense des États-Unis a décidé de créer un commandement unifié pour l’Afrique (United States Africa Command), dont l’acronyme est USAFRICOM ou AFRICOM et qui est destiné à coordonner toutes les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur ce continent. Il a commencé à fonctionner le 1er octobre 2008. Son baptême du feu pour des opérations de grande ampleur à eu lieu en mars 2011 lors de l’application de la zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye.

* Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge. Son dernier livre vient de sortir ; il s’appelle : Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

On peut le joindre à pepeasia_AT_yahoo.com.

 mercredi 6 juillet 2011 - 06h:29

Pepe Escobar -

30 juin 2011 - Asia Times - Pour consulter l’original :
http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MF30Ak02.html
Traduction : Dominique Muselet
http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MF30Ak02.html
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10854


1-2 Thierry Portes : Voyage dans les villes fantômes de Libye.

Yefren, Gualich, Aweinya, Zawit Bagoul, Ryana…

La liste des villes fantômes s'allonge dans le Djebel Nefousa, à mesure de l'avancée des rebelles sur ce plateau collé à la frontière tunisienne, au nord-ouest de la Libye. Curieux spectacle, sans équivalent ailleurs dans ce pays en guerre depuis plus de quatre mois, que ces localités, vidées précipitamment de leurs habitants, qui ont fui, la peur au ventre, tantôt les troupes de Kadhafi, tantôt celles de la rébellion.

 

Traverser les rues désertes d'Aweinya vous rappelle une visite à Pompéi. Les 15.000 habitants de cette bourgade noyée sous le soleil ont tout laissé derrière eux. Le coiffeur n'a pas pris soin de balayer les cheveux qui traînent sur le sol carrelé de sa boutique. Les peignes sont là, disposés devant les glaces et les deux fauteuils noirs semblent attendre d'être réglés à la taille du prochain client. Quelques rues plus loin, le mécanicien a laissé en plan ses outils et nombre de pièces de rechange. Passent quelques chiens morts de soif et des poules en piteux état. Pas un souffle de vent, peu d'ombre, pas un bruit.

 

Au hasard des maisons visitées, le spectacle change de nature: elles ont toutes été saccagées ou pillées. Entre les amoncellements de matelas, de jouets d'enfants, de vêtements épars, les cadres où figuraient les photographies en noir et blanc des ancêtres ont été brisés. Les posters de Kadhafi ont été déchirés en mille morceaux. Sur le mur d'une habitation, les combattants victorieux ont signifié leur haine du dictateur, et fièrement apposé la signature de leur ville - Nalut, Yefren, Zenten -, comme pour témoigner de l'union du Djebel Nefousa contre les «traitres» demeurés fidèles au Colonel honni.

 

«Jamais les gens d'Aweinya ne reviendront», assure notre chauffeur qui, comme tout habitant de Zenten, avoue détester ceux qu'on appelle les Michachya. On entre ici de plain-pied dans les ancestrales bisbilles entre montagnards. Il y a plusieurs siècles, venue du désert, la tribu bédouine des Michachya a poussé ses chèvres dans le Djebel Nefousa, puis s'est installée, non loin de Zenten, à Aweinya. Les gens de Zenten, qui possédaient toutes les terres alentour, ont, de leur cité perchée, regardé de haut ces nouveaux venus à la recherche de quelques lopins de terre. Le machiavélique dictateur libyen d'origine bédouine s'est efforcé durant quarante-deux ans de diviser pour mieux régner en soutenant, administrativement et financièrement, ceux d'Aweinya contre ceux de Zenten.[tout est bien sûr de sa faute. Diviser pour mieux règner, tiens, l'Otan y penser...]


Règlements de comptes

Cette guerre civile a permis de régler les comptes. Les Michachya, qui ont accueilli et soutenu les troupes de Kadhafi, sont partis avec elles. En face d'Aweinya, le hameau rural lové entre les oliveraies de Zawit Bagoul, est également désert. Les quelque 5000 Michachya qui y vivaient sont, eux aussi, retournés dans le désert, au sud, ou partis en Tunisie ou vers Tripoli. Où qu'ils soient, sans doute, rêvent-ils sous leurs abris de fortune de prendre leur revanche, si les troupes de Kadhafi parviennent, ce qui paraît aujourd'hui peu probable, à les ramener chez eux.

 

À Yefren, la ville berbère plantée en haut d'un pic rocheux à l'est du Djebel Nefousa, le retour à la maison n'est qu'une question de temps. Aujourd'hui, seule une petite centaine d'hommes occupent cette ville où vivaient il y a quelques mois encore 20.000 à 30.000 personnes. Tout le monde a fui, quand les troupes de Kadhafi ont, après deux tentatives infructueuses, pris leurs quartiers au centre de cette cité qui, malgré les destructions, a conservé son charme. Les familles se sont réfugiées dans les villages alentour ou en Tunisie. Le 2 juin dernier, les combattants berbères ont libéré Yefren. Mais l'électricité n'est toujours pas totalement revenue et l'eau, l'essence et la nourriture arrivent chichement par camions de Tunisie. «Nous allons voir nos familles là-bas, et nous leur disons d'attendre encore», explique Kamel, qui regrette que la situation ne s'améliore que si lentement. Des patrouilles de rebelles arpentent les rues désertes et veillent sur les maisons demeurées vacantes. Une présence est assurée, à des horaires variables, dans un bâtiment où se croisent parfois les représentants de cette municipalité. L'antenne locale de la rébellion du Djebel Nefousa a ouvert non loin. On peut, à pied, se rendre aussi à l'hôpital d'une cinquantaine de lits qui, lui, n'a jamais cessé de fonctionner, grâce à son générateur. Il n'a pas souffert de l'occupation des forces du régime et soigne encore une dizaine de combattants, dont trois soldats de Kadhafi. «L'autre jour, se lamente cependant le docteur Mohamed Abudia, on a eu deux coupures d'électricité pendant une opération.»

 

Entre Yefren et Zenten, le hameau de Ryana, divisé en deux gros bourgs où vivaient avant guerre quelque 20.000 personnes, est un autre exemple de cité fantôme du Djebel Nefousa. Un peu plus complexe, car la population s'est divisée, quasiment à part égale, entre supporteurs de Kadhafi et partisans de la rébellion. Unique personne rencontrée ce jour-là à Ryana, Abdelassin Massaout arbore les couleurs de la rébellion, sa kalachnikov posée sur le pas-de-porte de sa maison. Sa famille s'est réfugiée à Rujban. «Les pro-Kadhafi sont partis à Tripoli», assure ce quadragénaire édenté. «Mais tout le monde va revenir», ajoute-t-il. Tout le monde ? «Bah oui, enfin, se reprend l'homme, tous ceux qui sont pour une Libye libre

Thierry Portes

11/07/2011
http://www.lefigaro.fr/international/2011/07/10/01003-20110710ARTFIG00206-voyage-dans-les-villes-fantomes-de-libye.php


1-3 Manlio Dinucci : Rapine à main armée à Tripoli.

Que feriez-vous si une banque, à laquelle vous avez confié 100.000 euros pour les faire fructifier, vous communiquait qu’en une année ils se sont réduits à moins de 2.000 euros ? 

C’est ce qui est arrivé à la Libye, d’après une enquête du Wall Street Journal. Après que les USA et l’Ue aient révoqué l’embargo en 2004, affluèrent en Libye des dizaines de banques et sociétés financières étasuniennes et européennes. Parmi lesquelles Goldman Sachs, une des plus grandes banques d’investissement du monde, dont le siège principal est à New York. Dans la première moitié de l’année 2008, l’Autorité libyenne d’investissement lui confia 1 milliard et 300 millions de fonds souverains (capitaux de l’Etat investis à l’étranger). La banque Goldman Sachs les investit dans un panier de valeurs et en actions de six sociétés : l’étasunienne Citigroup Inc., la banque italienne Unicredit et l’espagnole Santander, la compagnie allemande d’assurances Allianz, la compagnie énergétique française Electricité de France et l’italienne Eni. Un an après, Goldman Sachs communiqua à l’Autorité libyenne qu’à cause de la crise financière, le fonds libyen avait perdu 98% de sa valeur, les 1 milliard et 300 millions se réduisant à 25 millions de dollars. Les responsables de l’Autorité  libyenne, furieux, convoquèrent à Tripoli le responsable de Goldman Sachs pour l’Afrique du Nord. La rencontre fut turbulente, si bien que Goldman Sachs évacua précipitamment  ses employés de Tripoli, craignant qu’ils ne fussent arrêtés. Comme la Libye menaçait d’intenter un procès, qui aurait compromis la réputation de la banque aux yeux d’autres investisseurs institutionnels, Goldman Sachs lui offrit en dédommagement des actions privilégiées de la banque elle-même.  Mais les Libyens étant à juste titre soupçonneux, l’accord ne fut pas signé. Restait ainsi ouverte la possibilité, redoutée par Goldman Sachs, que l’Autorité libyenne n’entreprit un procès international. Des cas analogues de « mauvaise administration de l’argent libyen » sont rapportés par une enquête publiée par le New York Times. Par exemple, la société Permal -unité de Legg Mason, une des principales sociétés de gestion d’investissements, dont le siège est à Baltimore- a administré 300 millions de dollars de fonds souverains libyens, qui ont perdu 40% de leur valeur entre janvier 2009 et septembre 2010. En compensation, Permal a perçu 27 millions de dollars pour ses prestations. Même chose pour d’autres banques et sociétés financières, comme la hollandaise Palladyne, la française BNP Paribas, la britannique HSBC et le Crédit Suisse. L’Autorité libyenne menaçait d’entreprendre contre elles des actions judiciaires internationales, qui auraient endommagé l’image de ces « prestigieux » organismes financiers. Le tout s’est résolu de façon heureuse quand, en février dernier, Etats-Unis et Union européenne ont « congelé » les fonds souverains libyens. Leur « surveillance » a été confiée à ces mêmes banques et sociétés financières qui les avaient si bien gérés.

Et, du vol, on est passé à la rapine à main armée quand la guerre a commencé, en mars. A l’abri des chasseurs-bombardiers de l’OTAN, HSBC et d’autres banques d’investissement ont débarqué à Benghazi pour créer une nouvelle  « Central Bank of Libya », qui leur permettra de gérer les fonds souverains libyens « congelés » et les nouveaux qu’ils tireront de l’exportation pétrolifère. Cette fois, sans aucun doute, en obtenant de forts rendements.

Manlio Dinucci

5/7/2011

Edition de mardi 5 juillet 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110705/manip2pg/14/manip2pz/306147/
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Commentaire de M-A.Patrizio

Voir aussi à propos du sort du fonds souverain libyen, l'article de T. Meyssan :

http://www.voltairenet.org/a170056 , en  particulier le (dernier) paragraphe :

Le grain de sable

[...]

Bien que le détail exact du montage imaginé par Dominique Strauss-Kahn pour créer cette nouvelle monnaie de réserve adossée aux Droits de tirages spéciaux du FMI soit secret, il apparaît que la Libye y jouait un rôle clé : à titre expérimental, c’est la Banque centrale libyenne qui la première avait décidé de fonder sa monnaie, le dinar, sur l’or et au delà sur les DTS. La chose est d’autant plus importante que la Libye dispose d’un fond souverain parmi les mieux dotés du monde (il est même un peu plus riche que celui de la Russie).

Or, en entrant en guerre contre la Libye, la France et le Royaume-Uni ont provoqué un gel théorique des avoirs non seulement de la famille Kadhafi, mais de l’État libyen. Pis, Paris et Londres ont dépêché des cadres de la banque HSBC à Benghazi pour créer une Banque centrale libyenne rebelle et tenter de s’emparer des avoirs nationaux. Sans que l’on sache si Nicolas Sarkozy et David Cameron se sont laissés emporter par l’ivresse de leur force ou ont agi sur instruction de leurs mandants à Washington, le fragile édifice élaboré par Dominique Strauss-Kahn s’est effondré.

Selon nos contacts à Tripoli, au moment de son arrestation, DSK partait à Berlin pour trouver une solution avec la chancelière Angela Merkel. Il devait ensuite partir avec un émissaire de Mme Merkel négocier avec des représentants du colonel Kadhafi —voire avec lui directement—. La signature du Guide libyen étant indispensable au déblocage de la situation.

On assiste désormais à une guerre financière d’une ampleur jamais égalée : alors que la situation économique des États-Unis vacille et que le dollar pourrait devenir rapidement une monnaie de singe, l’accord conclu au G8 et avalisé au G20, mis en œuvre par le FMI en coordination avec la Banque mondiale et les milieux bancaires internationaux dont DSK était le champion, est suspendu. La domination du dollar est intacte quoique plus que jamais artificielle ; ce dollar que les États émergents voulaient relativiser, mais sur lequel le complexe militaro-industriel israélo-états-unien assoit sa puissance.

Dans ce contexte que vaut l’honneur d’un homme ?"

 


1-4 Mario Franssen : Mission d’observation à Tripoli.

L'Association des Avocats et Juristes de la Méditerranée" a organisé les 12 et 13 juin une mission d’observation à Tripoli en Libye. Le but était de dénoncer l’intervention de l’OTAN. Des délégations de Tunisie, France, Grande-Bretagne, Maroc et Italie ont participé à la mission. En tant que partisan fidèle de l’OTAN, le gouvernement Belge – et par extension tout le parlement – a participé à l’offensive. Il était donc logique que des Belges se rendent également à Tripoli. La délégation était composée de Mohamed Hassan (spécialiste de l’Afrique), Michel Collon (journaliste), Frédéric Dahlmann et Mario Franssen (porte-parole intal).

Mario Franssen a interviewé Mohamed Hassan sur la situation en Libye.

Mohamed Hassan suit de près la situation en Afrique et en Libye. Il n’a donc pas hésité lorsqu’il a eu l’occasion de partir à Tripoli. Les trois jours qu’il a pu y passer l’ont éclairé quant à la réalité de la guerre à Tripoli et environs. C’était également une occasion unique pour lui de nouer des contacts avec l’importante communauté Africaine en Libye.

Mohamed Hassan : "Ce que l’on a pu voir à Tripoli m’a étonné. Le calme régnait dans la ville. Il n’y avait pas de militaires en vue, ni de rebelles. Le moral des Libyens était bon et ils comprennent parfaitement ce que désire l’OTAN. Ils nous ont expliqué que les rebelles sont en fait des bandes criminelles qui avec l’OTAN veulent voler les richesses Libyennes. Ils veulent donc protéger leur pays. Il est clair que Kadhafi a encore beaucoup de soutien parmi la population de Tripoli et des environs. Le représentant de quelques 200 clans a exprimé son soutien au gouvernement tout comme les 17 Soefi-Zawia, comparables avec les ordres religieux avec leurs abbayes dans la chrétienté. Kadhafi a également armé la population. Environ 2.000.000 Libyens ont reçu une Kalachnikov ainsi qu’une formation pour pouvoir l’utiliser. Ceci prouve que les autorités ne craignent pas leur propre population."

Lors de la conférence sur la guerre et les droits de l’homme, Mohamed Hassan a rencontré le président et le vice-président de l’Organisation Générale Africaine en Libye. Il nous raconte : "Tripoli est une ville très cosmopolite. Il ne faut pas oublier qu’avant la guerre, 1.000.000 Egyptiens, 850.000 Tunisiens, 500.000 Algériens et des centaines de milliers d’Africains noirs demeuraient en Libye. La grande communauté Africaine de Libye condamne l’agression de l’OTAN, et cela n’est pas étonnant. La Libye est un pays africain et les leaders Libyens ont une vue panafricaine comme la plupart des autres pays Africains. Les Africains du Soudan, Niger, Tchad.....que l’on a rencontré en rue nous ont confirmé ces dires. Ils n’ont pas besoin d’un permis de travail pour se mettre au boulot en Libye. Qu’il s’agisse du privé ou des autorités. Ils profitent de soins de santé gratuits et leurs enfants vont à l’école tout comme les enfants Libyens. Dans l’enseignement supérieur, la plupart des étudiants en dehors des Libyens sont des Soudanais."

La mère de l’Afrique

Mohamed Hassan : "Lors d’une des promenades à travers Tripoli, nous avons visité un souk. Nous avons bu du café avec quelques Soudanais propriétaires de magasins et ils nous ont raconté la même histoire. Pendant plus de 15 ans ils n’ont connu aucun problème en Libye. Ils font leurs achats en Chine et en Turquie. Le gouvernement ne prélève pratiquement aucune taxe à l’importation et ils n’ont pas non plus d’ennuis avec la bureaucratie. Ils sont mieux traités en Libye que dans leur propre pays. Pour eux la Libye est la mère de l’Afrique.

La guerre a néanmoins changé beaucoup de choses. Par crainte des bombardements de l’OTAN, beaucoup d’Africains ont renvoyés femmes et enfants à la maison. Des 4.000.000 Africains qui travaillaient en Libye, beaucoup sont rentrés chez eux. Avec comme conséquence par exemple l’accumulation des détritus dans les rues de la ville. Les Africains qui restent en Libye sont aussi très critiques vis-à-vis de l’attaque de l’Otan. A cause de cette attaque, le pays est disloqué. L’OTAN soutient Al Qaeda qui fait partie des soi-disant rebelles dans l’est du pays. La Libye risque ainsi de devenir un port d’attache pour les extrémistes musulmans de toute la région. Ils expliquent clairement que, dans ces conditions, l’OTAN peut garder sa démocratie pour elle-même."

Les trois stratégies de l’OTAN

L’OTAN veut avoir la mainmise sur les richesses de la Libye. Tout sera donc fait pour déstabiliser le pays. Les Libyens en sont parfaitement conscients et distinguent 3 stratégies qui sont appliquées par les Etats-Unis et leurs alliés.

Mohamed Hassan : "Premièrement ils veulent créer un conflit interne entre les tribus. Cela se voit très clairement à Misrata. Les bandes armées y ont fait de l’épuration ethnique. Toutes les personnes non originaires de Misrata ont été terrorisées et ont dû quitter la ville. Cela vaut autant pour les Libyens que pour les étrangers.

Deuxièmement, des attaques sont organisées contre les Libyens noirs et les autres Africains noirs. C’est une autre façon de créer des problèmes internes parmi les Libyens. A Benghazi par exemple, 3 Somaliens ont été tués par les rebelles. Ceci n’est pas sans importance lorsque l’on sait que la région riche en pétrole autour de Brega est l’endroit où habitent principalement des Libyens ‘noirs’. Si l’OTAN arrive à diviser le pays de cette manière, elle peut continuer à le déstabiliser, situation similaire au Darfour.

Pour conclure, l’économie Libyenne est fauchée. Les bombardements autour de Tripoli par exemple visent principalement les infrastructures et les cibles civiles. C’est surtout le développement du pays qui est paralysé. Les projets en cours en Libye se montaient de 70 à 100 milliards de dollars. Toutes les entreprises étrangères ont néanmoins quitté le pays et la main d’œuvre étrangère est également partie."

Mario Franssen

19 juin 2011

Source : INTAL


1-5 Tu viens avec nous en Libye? Evidemment!

Mario Franssen

29 juin 2011

Vendredi matin 18 mars 2011, mon radio réveil s’enclencha et j'eu directement droit à une interview avec le ministre des Affaires Etrangères Vanackere. Il trépignait d'impatience de pouvoir partir en guerre contre la Libye. 

Et malgré que les deux premiers points de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l'ONU appèlent à une solution diplomatique, Vanackere ne parlait que du point 3 selon lequel ‘toutes les mesures’ sont permises. Il était donc très clair à quoi on pouvait s’attendre. Cela m'a rendu malade et j'ai juré.

La guerre me rend malade

Je ne sais pas ce que les gens ressentent lorsque l’on bat les tambours de guerre, mais moi j’en suis littéralement malade. Et quelques heures plus tard, après le débat au Parlement Belge, je ne me sentais pas mieux. Personne, je veux donc dire pas un seul membre du parlement, n’a voté contre ou s’est abstenu lors du vote sur le soutien de la Belgique à la guerre. Et cela alors que les membres de notre parlement ont l'habitude de palabrer durant des mois avant de prendre une décision et sont à ce jour occupés depuis plus d’un an à la formation d'un gouvernement.

Mercredi matin 8 juin, j’ai reçu un appel … me demandant si je voulais aller en Libye. Comme le souligne Michel Collon : “chaque guerre est précédée par des média-mensonges”, c’était donc une occasion unique d'aller m’en rendre compte sur place. Je n’ai donc pas hésité très longtemps, et vendredi 10 juin nous sommes partis avec 4 autres belges en direction de Tunis, en Tunisie. De là, nous avons continué le samedi matin avec 9 autres participants internationaux en direction de Tripoli, un voyage en car de 17 heures. Pendant 3 jours nous avons participé à une mission d’observation et à une conférence sur la guerre et les droits de l’homme sur invitation de l’ “Association des Avocats et Juristes de la Méditerranée”. 

“Vas-tu soutenir Kadhafi ?”, ai-je plusieurs fois entendu. J’ai fait partie de ce voyage afin de me rendre compte moi-même des conséquences des bombardements de l’OTAN sur Tripoli. Contrairement à Van Rompuy, Sarkozy, Berlusconi, Obama ou Verhofstadt, qui étaient honorés de serrer la main à Kadhafi lorsqu’il s'agissait de signer des contrats, je n’ai aucune affinité avec Kadhafi. Cela ne veut pas dire pour autant que je ne vais pas m’opposer à une guerre de l’OTAN qui défend uniquement les intérêts occidentaux. Surtout lorsque nous examinons le palmarès de l’OTAN. S’ils bombardaient vraiment pour défendre les droits de l’homme – ce qui me semble déjà une contradiction en soi – on peut alors trouver d’autres adresses comme l’Arabie Saoudite par exemple. Rappelons-nous l’histoire du 'bon' et 'mauvais' Arabe vers laquelle renvoie Mohamed Hassan lors de son interview avec Michel Collon concernant l’histoire de la Libye. Un bon Arabe se soumet aux intérêts occidentaux, contrairement au mauvais Arabe. Lorsque Kadhafi était en France il y a quelques mois, il faisait encore partie de la première catégorie, car il ne fut pas arrêté à l’Elysée, à présent il fait partie de la deuxième.

 

Le calme règne dans la zone de guerre

Alors que nous approchions de la frontière Tunisie/Libye, la tension augmenta dans le car. L’un des participants Tunisiens de la délégation reçut un appel. Al Jazeera annonça qu’ il y avait des affrontements à Zawiyah, une ville située sur le chemin vers Tripoli. Après quelques minutes de discussion, il fut décidé de continuer notre chemin. Nous avons appris par la suite qu’un groupe de rebelles avait essayé d’occuper la ville, mais n’y était pas parvenu. Lorsque vers 3 heures du matin nous roulions à travers la ville, tout était très calme.

En chemin vers Tripoli, notre car fut quelques fois contrôlé par des policiers en uniforme. Nous n'avons apperçu ni char, ni matériel militaire lourd. A Tripoli également, tout était remarquablement calme. Pas de soldats ni de tanks dans les rues. Les bazars étaient agréablement animés. De petits bus de transport faisaient des allers-retours et les gens étaient à la plage. Pas tout à fait une situation de guerre comme je me l’étais imaginée. En tout cas, pas une ville qui pourrait tomber à chaque moment, comme nous le fait croire l’OTAN lorsqu’ils parlent de la période post-Kadhafi. Pourtant, les habitants de Tripoli avaient quand même peur. La ville est régulièrement bombardée et ils peuvent donc en être victime à chaque instant.

L’OTAN part en guerre

Pendant 3 jours, nous sommes restés à Tripoli et nous pouvions nouer des contacts. Entre les conférences et les visites organisées, nous nous sommes rendus seuls en ville en reconnaissance. Les réactions des gens avec lesquels nous parlions étaient toujours les mêmes. Aussi bien le représentant des clans en Libye, la communauté africaine en Libye, les propriétaires de magasins, les étudiants et l’homme de la rue nous ont confirmé leur soutien au gouvernement. Tous condamnaient l’attaque de l’OTAN qui n’est là que pour « voler les richesses Libyennes ». Et malgré qu’un certains d’entre eux étaient également critiques vis-à-vis du gouvernement, ils n’encensèrent pas pour autant les rebelles qu’ils qualifient unanimement comme : “Al Qaeda, maffieux, opportunistes, ...”. Depuis le début, il s’agit d’une rébellion armée qui a commencé en Occident. Ils n’ont aucune confiance dans les leaders de la rébellion qui ont combattu en Afghanistan contre l’occupation des Etats-Unis, ou dans des opportunistes qui se trouvaient auparavant dans le gouvernement et qui font tout à coup volte-face.

Au même moment, ils nous mettent en garde - nous Européens - du fait qu'en cas de victoire des rebelles, la Libye deviendrait un pôle d’attirance pour les extrémistes religieux, du Mali au Soudan. L’Europe ne doit pas s’étonner que de cette ‘nouvelle’ Libye, des attentats soient planifiés contre l’Europe. La Libye va être tiraillée entre des guerres de clans, entre Arabes et Africains. Le développement du pays et de toute l’Afrique du Nord sera miné. La Libye s’oriente plus vers l’Afrique que vers le monde Arabe et les 4.000.000 d'étrangers en Libye ont génèré jusqu’au début de la guerre, des ressources pour les pays voisins. Ils nous ont mis en garde contre la "Somalisation" de la Libye, ce qui finalement déstabilisera toute la région.

L’OTAN avait espéré que le régime libyen s’écroulerait de l’intérieur. L’Occident savait probablement que les ministres de la Justice, des Affaires Etrangères et Intérieures, et d’autres diplomates retourneraient leurs vestes. Néanmoins, le gouvernement tient toujours bon et l’OTAN se retrouve avec un fameux problème. A Tripoli, les gens nous ont confirmé que la population avait été armée. On parle de 2.000.000 armes qui ont été distribuées. Ce ne sera donc pas évident pour l’OTAN de contrôler Tripoli. Sûrement pas s’ils ne comptent que sur les rebelles, qui ne font plus aucune avancée depuis des semaines et ce malgré l’aide des bombardements de l’OTAN.

 

Cibles civiles et infrastructure

Sur ces 3 jours, nous avons pû visiter l’ancien centre de la ville, l’Académie, La Place Verte, le Bab Al Azizia et la maison bombardée du fils de Kadhafi. Chacune de ces places est une cible ou peut en devenir une, pour l’OTAN. Dans le centre ville, nous avons visité tous les jours le souk et avons discuté avec les commerçants. Quelques jours plus tard un autre souk fut bombardé. Nous avons également visité l’Académie. Des étudiants y suivent une formation afin d’obtenir un master ou un doctorat en langues ou en sciences. Le même jour, l’OTAN bombarda l’université de Al Fatah à Tripoli. Lors du bombardement du 30 avril sur la maison de Saif Al-Arab, le fils de Kadhafi ainsi que trois de ses enfants sont morts. En 1986, les Etats-Unis ont bombardé Bab Al Azizia, la résidence de Kadhafi. Aujourd’hui c’est une place centrale où les Libyens viennent montrer leur soutien au gouvernement. On y trouve de nombreuses familles et des étrangers venus de toute l’Afrique. Depuis le début de la guerre, le 19 mars, cette place a été déjà bombardée à trois reprises.

Il apparaît que l’OTAN bombarde des cibles civiles et des infrastructures à Tripoli, ce qui est illégal, même selon la résolution 1973. Les Tripolitains n’en sont pas pour autant découragés et s’opposent encore plus fort contre l’OTAN. Sur la Place Verte centrale, peu après notre départ - le 17 juin (4 mois après le début de la rébellion) - des centaines de milliers de Libyens se retrouvèrent pour exprimer leur soutien au gouvernement. Ce qui fit dire au journaliste de la chaîne CNN “... this crisis in Libya isn't ending any time soon”.

 

Le Hold-up du siècle

Avec les participants à la conférence nous avons eu le temps d’analyser les enjeux de la guerre et d’échanger nos opinions. L’indépendance de la Libye, qui n'a pas d'emprunt auprès de la Banque Mondiale ou du FMI, exaspère l'Occident. Ce que je ne savais pas c’est que la Libye possède plus de 143 tonnes d’or (valeur de +/- 4,8 milliard d’euro). Une quantité non négligeable dans des temps de crise financière. Cette attaque de l’OTAN s'avère ainsi être le hold-up du siècle. La Libye est également la force motrice pour l’établissement d’une banque Africaine de développement et à plus long terme, elle pense aussi à une monnaie unitaire Africaine. Ce n’est pas pour rien que la Libye est appelée la mère de l’Afrique. La guerre devient donc une nouvelle guerre coloniale qui menace l’indépendance des pays Nord-africains et menace par extension toute l’Afrique. N’oublions pas que l’Afrique est un continent très riche. Étant donné que les relations entre la Libye et le reste de l’Afrique sont très solides, il est logique que la Libye reçoive à ce titre l’aide des pays voisins. C'est ainsi qu'il y a des allers-retours de camions entre la Tunisie et la Libye. Il en est de même avec l’Algérie et le Niger. 

 

Tout le monde était d’accord pour dire que l’Occident convoite aussi le pétrole (9e au monde sur le plan des réserves avérées), le gaz (23e) et l'uranium. Dans le même temps, l’intervention militaire menace aussi les révoltes populaires en Tunisie et en Egypte. Il était clair pour tout le monde que la rébellion en Libye n’est pas comparable avec ces révoltes et veut obtenir exactement le contraire. L’occident veut à tout prix éviter un front indépendant « Tunisie-Libye-Egypte ». Cela menacerait leurs intérêts géostratégiques dans la région. Le canal de Suez doit rester accessible et Israël ne peut être menacé.

Et enfin encore ceci : n’oublions pas que la Libye est un des nombreux pays qui coopère actuellement avec la Chine, l’Inde, le Brésil,.... Le monde unipolaire, dans lequel les Etats-Unis déterminent ce qui se passe dans le monde, est en train de changer vers un monde multi-polaire. La crise économique touche surtout l’occident et la force économique des Etat-Unis s’en trouve défiée. Obama fait donc tout ce qu’il peut pour ne pas perdre la position dominante des Etats-Unis. Néanmoins il apparaît qu’il y a à présent un vent contraire. Aux Etats-Unis, une dizaine de membres du congrès contestent la légalité de cette guerre. A l’intérieur de l’OTAN, les oppositions augmentent du fait que la guerre se prolonge plus que prévu et que l'addition, surtout pour la France, augmente considérablement. Pour la Belgique le problème n’est apparemment pas le même. De Crem vient d’annoncer que la Belgique pourra honorer son engagement en Libye pendant une durée indéterminée, même si la facture s'élève déjà à 5.000.000 euro par mois.

 Alors « diplomatie » quand-même ?

Il apparaît que ce que notre ministre Vanackere et nos parlementaires n’ont jamais voulu, est quand même en train d'arriver. Comme les articles 1 & 2 de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l'ONU le demandent, des initiatives diplomatiques émergent de partout afin de mettre un terme à la guerre. Il y a déjà des contacts entres les autorités Libyennes et les rebelles. La Russie demande depuis longtemps de laisser faire le travail diplomatique ; Amr Mousa de la Ligue Arabe appelle à un cessez-le-feu et à une solution politique. « Last but not least », Groen ! demande un-cessez-le-feu temporaire. Ils s’inspirent peut-être des déclarations de Robert Gates, ministre de la Défense des Etats-Unis, sur la guerre en Afghanistan : “Cette sorte de guerre se termine généralement par des pourparlers”. On peut douter du fait que l’Occident et les rebelles vont s’inscrire dans ces propositions. Les propositions venant du Venezuela, de la Turquie et de l’Union Africaine avaient déjà été rejettées auparavant. De plus, la proposition du gouvernement Libyen d’organiser des élections a peu de chance d’aboutir. Tout comme en Palestine, ce ne seront probablement pas ‘nos’ hommes qui gagneront.

A la recherche d’informations

De retour en Belgique, un tel voyage vous poursuit. Je me suis donc mis immédiatement à la recherche de plus d’informations sur la Libye. Ce n’est pas évident de trouver des informations qui n’émanent pas des médias Occidentaux, d’Al Jazeera, ou des médias libyens (oui, ils existent). Je suis ainsi tombé sur ce rapport récent : “Libye : Un avenir incertain - Compte-rendu de mission d’évaluation auprès des belligérants libyens”, d’une mission d’observation française indépendante. Pour être honnête, j’étais assez déçu après l’avoir lu. Non pas à cause du contenu, mais soudainement je n’avais plus rien à raconter de mon voyage. Le rapport, écrit par des experts indépendants, compte 44 pages et traite de toutes les facettes de la guerre en Libye. Un « must » pour tout un chacun qui veut juger de la situation en étant bien informé.

Et avant d’oublier : cette guerre n’a rien à voir avec les droits de l’homme. Vous vous en doutiez déjà, non ?

Mario Franssen

29 juin 2011


1-6 Mario Franssen : Les amis louches de l’Otan.

Qui fait partie du Conseil National de Transition?

Le 27 février 2011, à Benghazi, les rebelles fondaient le Conseil national de transition, qu’ils proclamaient « seul représentant de la Libye ».

Nous distinguons quatre fractions importantes, dans ce CNT.

Les royalistes : Ce sont les partisans du roi Idris Senoussi. Leur siège se trouve à Riyad, en Arabie saoudite. En 1951, Idris a pris le pouvoir avec l’aide des Britanniques et il a régné en Libye jusqu’en 1969. Son pouvoir reposait sur quelques clans de l’est de la Libye. En 1969, Idris était chassé du pouvoir par Kadhafi. Le rapport des experts français (Libye : un avenir incertain) affirme que ce groupe ne peut être soupçonné du moindre réflexe démocratique : il veut tout simplement remettre la maison royale au pouvoir.

Les transfuges : Jusqu’il y a peu, ils faisaient partie du gouvernement libyen ou de l’appareil militaire. Sur base de leur expérience, ils jouent aujourd’hui un rôle important dans la direction du CNT. Il s’agit entre autres de l’ancien ministre de la Justice, Mustapha Abdujalil Al-Bayda (président du CNT), de l’ancien ambassadeur en Inde, Al-Essaoui (responsable des relations extérieures du CNT) et d’Omar al-Hariri (responsable des affaires militaires du CNT). Ce dernier a commis le coup d’État de 1969 en compagnie de Kadhafi mais, déjà en 1975, il tentait vainement un coup d’État destiné à renverser ce dernier.

Les mafieux : L’Est de la Libye est depuis longtemps une sorte de port franc sur lequel les autorités n’exercent que peu de contrôle. Ces quinze dernières années, la mafia locale y a organisé un trafic d’humains de l’Afrique vers l’Europe. Les rentrées de ce commerce s’élevaient à des milliards de dollars. Avec l’accord conclu l’an dernier entre l’Italie et la Libye à propos des réfugiés et l’arrestation de plusieurs chefs de la mafia, ce commerce a été mis à l’arrêt. D’après le rapport français déjà cité, ces bandes mafieuses sont responsables des agressions et assassinats racistes contre des Libyens noirs et des Africains à Benghazi.

Les fondamentalistes musulmans : Enfin, il y a les islamistes radicaux. Depuis les années 90, ils sont actifs en tant que Groupe islamique combattant libyen, ou GICL. Depuis 2007, ils font partie d’al-Qaïda. L’Est de la Libye est renseigné aux États-Unis comme le principal fournisseur des djihadistes qui, en Irak, sont allés combattre contre les occupants américains.

Les experts français disent encore que les forces démocratiques ne constituent qu’une petite minorité, au sein du CNT. Human Rights Watch accuse les rebelles libyens d’avoir déjà arrêté des dizaines de citoyens tout simplement parce qu’ils étaient favorables à Kadhafi. L’une des personnes arrêtées, Mohamed El-Dabr, a été torturée à mort. Les prisonniers ne peuvent s’adresser à aucun avocat et ils n’ont pas encore pu voir le moindre juge.

Le 17 juin, le Ministre des Affaires Etrangères, Vanackere, a fait savoir au parlement qu'il avait invité quelques représentants du Conseil national de transition à Bruxelles. On serait bien curieux de savoir qui, parmi ce petit club du CNT, peux venir séduire ministre Vanackere.

29 juin 2011

Mario Franssen


 

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