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19/09/2011

n°14- Suite - Dossier : Syrie :Manipulation de l’opinion. - - 18-09


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre


    (Suite)   Dossier : Syrie :Manipulation de l’opinion.

n°14    - 18-09  

 C.De broeder & M.Lemaire



 


Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

5-1 Chems Eddine Chitour: « Les pays occidentaux veulent changer la carte du Moyen-Orient et la rendre favorable à Israël ».

Le professeur Chems Eddine Chitour développe dans cet entretien une analyse sur la situation en Syrie, un pays qui fait l'objet d'un véritable «complot» mené par les Etats-Unis d'Amérique, la France et leurs alliés dans la région du Moyen-Orient, à savoir les rois des pays du Golfe.

Selon le politologue, le peuple syrien doit parvenir à un changement politique pacifique, légal et endogène. Quant aux réactions des pays du Golfe et de la Ligue arabe, le professeur relativise cette «pression» en estimant quelle est orchestrée par les pays occidentaux qui contrôlent les pays du Moyen-Orient.
Le Temps d'Algérie : Comment analysez-vous la situation en Syrie. S'achemine-t-on vers le scénario libyen avec cette campagne de pression sur le président Al Assad ?
Chems Eddine Chitour : La situation en Syrie est différente de celle en Libye. La Syrie se trouve à proximité d'Israël.

Pendant longtemps, les pays de l'Occident ont laissé faire les choses et ne voulaient pas perturber l'équilibre actuel. De plus, il faut savoir qu'en Syrie, il existe un Etat, des institutions et un parti structuré.

Ce qui n'est pas comparable avec la Libye, qui est une République populaire dont le pouvoir est dilué entre les différentes tribus et organisations de masse. En Syrie, il y a un gouvernement qui continue ses activités de manière normale. Il ne faut pas croire à ce que disent les chaînes d'information et les journaux. La vie suit son court.

C'est vrai qu'il y a des manifestations dans certaines villes et que l'armée est intervenue. Mais ce que les médias occidentaux ne disent pas, c'est qu'il y a une rébellion à l'intérieur qui profite du contexte des appels pour le changement de régime pour agir. C'est vrai aussi que le parti politique Baâth a régné sur le pays depuis plus de 50 ans. Le problème ne se situe pas là.

Cependant, il faut reconnaître que l'information qui parvient sur la Syrie est injuste. On ne donne pas toute l'information. On préfère diffuser des vidéos amateurs et on exagère pour dire qu'il y a des milliers de morts en Syrie. Depuis 5 mois du début des tensions, on parle de 2000 morts, dont près de 400 sont des éléments de sécurité.

C'est une guerre entre les forces armées syriennes et c'est que le pouvoir appelle les «contre révolutionnaires» et «hors-la loi». Ceci dit, la position de Bachar Al Assad a changé complètement depuis le début des troubles. Il y a eu beaucoup de choses qui ont été annoncées et l'Occident ne tient pas compte et ne veut plus de Bachar Al Assad.

Le président syrien a annoncé des élections. Pourquoi l'Occident ne l'aide pas à les organiser dans la transparence. Les «révolutionnaires» veulent que le président syrien parte, mais il faut que cela se fasse de manière légale. C'est-à-dire par l'organisation des élections. Sans les élections, le changement sera fait par un coup d'Etat.

Des questions subsistent quant au poids de cette opposition qui a été d'ailleurs invitée par Bachar Al Assad au dialogue. Et comme cette opposition est inféodée à l'Occident et reçoit des instructions, elle ne peut répondre à cet appel. Les Etats-Unis d'Amérique ont tout fait pour phagocyter les tentatives de réconciliation entre les Syriens.

Tout le monde est d'accord qu'il faudrait qu'il y ait de l'alternance au pouvoir et l'ouverture. Mais on se méfait encore de l'Occident surtout avec ce qui se passe actuellement en Libye. C'est tragique et inimaginable. D'où d'ailleurs la décision de la Russie et de la Chine de ne pas cautionner les décisions du Conseil de sécurité sur la Syrie.

La Russie et la Chine ont été échaudées par ce qui s'est passé en Libye. Ils ont décidé de bloquer toute résolution contre la Syrie. Ils savent que la Syrie est confrontée à une contre révolution armée. La Syrie est dans son droit de se défendre contre des groupes qui veulent semer la terreur. Si l'Occident était de bonne foi, il accompagnerait Bachar Al Assad dans son programme de réformes, les élections, le multipartisme...
Que veulent justement les pays de l'Occident ?

Ils veulent changer la carte du Moyen-Orient pour la rendre favorable à Israël. Il faut savoir qu’Israël est en train de construire un mur dans le Golan, comme celui de la bande de Ghaza. Cela veut dire que c'est une annexion définitive des territoires syriens. Et justement, aucune personne ne s'intéresse à cette question. Il y a derrière tout cela une volonté occidentale de réorganiser les peuples faibles, surtout du monde arabe.

C'est ce que font d'ailleurs les rois des pays du Golfe qui ont exécuté les ordres des Etats-Unis d'Amérique en rappelant leurs ambassadeurs de la Syrie. Et dans ce contexte, il faut le dire et le souligner avec force, il n'y a plus de Ligue arabe. Dans ces conditions, ils sont en train de recomposer le plan de l'ex-président américain Bush pour le Grand Moyen-Orient.
Pourquoi il y a eu cette pression des pays du Golfe sur la Syrie, alors qu'on avait assisté à l'intervention des forces armées saoudiennes pour mater les manifestants pacifiques du Bahreïn et enfreindre la souveraineté d'un Etat qui est censé pourtant protéger ses concitoyens ?

Justement, au Bahreïn, le pouvoir est illégitime et les Saoudiens le savent très bien. Plus de 80% de la population est de confession chiite. Les Américains et les Saoudiens ne veulent pas de révolution dans ce pays.

L'Arabie Saoudite a envoyé donc ses chars pour tuer les manifestants pacifiques, parce qu'elle a peur que les chiites saoudiens se soulèvent. Le nord-est de l'Arabie Saoudite est de confession chiite. Et tout cela va renforcer évidemment le peuple iranien qui est chiite.

Il ne faut pas aussi oublier que la plus grande base militaire américaine se trouve au Bahreïn, dont la superficie est presque l'équivalent de la commune d’El Harrach à Alger. Imaginez donc une révolution qui va se produire à trois kilomètres de la base américaine. Il faut absolument écraser le peuple du Bahreïn. Nous avons vu des images effroyables sur les hôpitaux bahreïnis.

On a tué des malades manifestants. Sur ce plan, c'est le black-out total. Les deux pays (Bahreïn et Arabie Saoudite) ont reçu des ordres des Etats-Unis d'Amérique de maintenir le statu quo. Quant à la Syrie, il reste le seul pays de la région à s'opposer à Israël.

L'Occident ne veut pas de ce régime syrien. Il veut un Etat docile. Pour atteindre cet objectif, il a décidé de déstabiliser la Syrie. Mais j'insiste pour dire qu'il ne faudrait jamais écouter et croire à ce que disent les médias occidentaux et les journaux officiels américains ou français. Tout simplement, on ne fait pas la part des choses pour donner à tout le monde le droit de s'exprimer sur les problèmes.

Il existe des sites alternatifs animés par des journalistes occidentaux qui donnent d'autres sons de cloche sur la situation en Syrie. Ces journalistes sont partis à Damas et ils ont évoqué une autre situation. Ils ont dénoncé avec des images et des écrits fondés ce que disent les journaux

et médias du pouvoir américain ou autres. Il faudrait vraiment engager une commission d'enquête impartiale pour démontrer à l'opinion internationale que la vie suit son cours normal en Syrie et que cette machine médiatique a été conçue en faveur des pouvoirs américains et européens.
Vous pensez que la position de la Syrie vis-à-vis de la question palestinienne et sa détermination à récupérer le Golan lui ont coûté cette campagne de déstabilisation ?

C'est le cas de le dire. Le peuple syrien veut récupérer absolument son Golan, à n'importe quel prix. Il y a aussi la coopération étroite existant entre la Syrie et l'Iran qui dérange beaucoup dans la région.
Est-ce que la Syrie peut résister à cette pression des pays occidentaux et ceux du Golfe ?

Pour cette question, on peut citer l'exemple libyen. Malgré l'intervention de l'Otan et les armes larguées par les Français aux rebelles, les Libyens résistent depuis 5 mois aux forces de l'ennemi. Beaucoup croyaient que l'intervention de l'Otan durera quelques jours. Mais finalement la Libye a très bien résisté. La raison est très simple. Quand les peuples sont avec leurs dirigeants, il n'y a plus lieu de craindre du tout. Dans ces conditions, les Syriens et les Libyens ont des dirigeants vraiment nationalistes qui vont aller dans la bonne direction. C'est sûr qu'il est inéluctable que les pouvoirs changeront. Mais le changement doit être endogène, voulu par le peuple. Il ne faut pas qu'il soit imposé de l'extérieur. Il faut que le peuple syrien trouve la solution par lui-même. Al Assad a fait énormément pour son pays. Il faut une alternance, mais de manière pacifique et légale. Il ne faut pas oublier que la Syrie est confrontée à une situation économique difficile. C'est malheureux parce que ce pays veut être maître de son destin, alors que les autres pays arabes du Golfe ne décident de rien.
Comment analysez-vous les démarches de la Turquie vis-à-vis de la Syrie qui de plus en plus apparaît comme un serviteur de l'Occident, particulièrement des Américains ?

La Turquie fait son intrusion dans la situation de la Syrie étant donné le problème des Kurdes qui pourrait avoir un effet sur sa stabilité.

La Turquie avait protégé les populations syriennes qui ont fuit les évènements des derniers mois. Mais il se trouve que beaucoup de familles syriennes réfugiées en Turquie ont retrouvé il y a quelques jours leurs villages et maisons après le retour de la sécurité.

Les médias occidentaux ont donné l'image que des milliers de Syriens ont fui leur pays. Or ce n'est pas vrai. La Turquie veut jouer donc un rôle dans la région. Elle ne veut pas perdre la bénédiction des Etats-Unis d'Amérique et de l'Europe.

Tout le monde attend d'ailleurs de la réunion prévue aujourd'hui (hier) entre le ministre des Affaires étrangères turque et le président Al Assad, pour mettre les choses au clair. Certainement, la position de la Turquie va être revue.

Le gouvernement de Bachar Al Assad a entrepris des réformes importantes et se dit prêt à organiser des élections libres. Dans ces conditions, je ne vois pas ce que va demander la Turquie à la Syrie. Si la Turquie veut être leader dans la région, elle doit prendre l'initiative d'organiser l'alternance. Elle peut couper l'herbe sous les pieds de tous les pays qui veulent le chaos en Syrie.

Propos recueillis par Farouk Belhabib

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Nationale Polytechnique enp-edu.dz

www.letempsdz.com 2011 ©
10 août 2011


5-2Mireille Delamarre : Qui Au Moyen Orient Profiterait De La Chute D’Assad ?

Bien qu’Israël ait longtemps gardé le silence sur les évènements en Syrie, désormais à Tel Aviv on se réjouit d’avance d’une possible éviction d’Assad prélude à un affaiblissement du pouvoir central syrien au profit de gouvernements régionaux sectaires s’opposant comme par le passé les uns aux autres. Une Balkanisation de la Syrie c’est ce à quoi participe en coulisses les Sionistes en soutenant les islamistes fanatiques armés par l’étranger avec l’aide de la Turquie.

Lors d’une présentation faite à l’Institut for Contemporary Affairs du Jerusalem Center for Public Affaires le 16 Juin 2011, le professeur Eyal Zisser - un expert israélien de renom sur l’histoire et la politique moderne de la Syrie du Liban et du conflit arabo israélien - préconise le renversement de Bahsar al Assad dont le régime est considéré par lui comme une menace pour Israël.
Dans un article intitulé
The syrian uprising implications for Israël, Zisser - universitaire influent dans le monde politique israélien - détaille sa position dans le dernier chapitre «A new syrian régime might be better for Israël » c'est-à-dire expose les désidératas de Tel Aviv vis-à-vis de Damas.
Ci-dessous la traduction de ce chapitre

« Un nouveau régime syrien serait mieux pour Israël «
« Plus faible est la Syrie plus fort sera le Liban. Tout changement de régime en Syrie pourrait être un coup porté au Hezbollah bien que le Hezbollah représente en fait un grand nombre de Shi’ites. C’est un pouvoir central shi’ite libanais profondément enraciné et authentique. Cependant, c’est l’aide de l’Iran et de la Syrie qui ont transformé le Hezbollah en pouvoir régional. Mettre hors jeu la Syrie pourrait réduire le Hezbollah à une taille plus raisonnable - pour devenir un parti libanais fort mais rien de plus.
« La Syrie a soutenu les Shi’ites au Liban mais en même temps a apporté un certain soutien aux Sunnites car la logique derrière l’intervention syrienne au Liban a toujours été : diviser pour régner (règle d’or du régime sioniste oeuvrant actuellement avec son parrain américain pour monter les Sunnites avec à leur tête l’Arabie Saoudite contre les Shi’ites tournés vers l’Iran .ndlt). Un régime sunnite en Syrie pourrait changer la balance au Liban en faveur des Sunnites.
« Un nouveau régime en Syrie cela pourrait vouloir dire un retour aux années 1950 et 1960 quand il y avait un gouvernement syrien central faible et des régions fortes. Chaque région a ses propres caractéristiques ethniques et communales et il pourrait y avoir un coup d’état de temps en temps et un manque de stabilité. Le pire scénario c’est que la Syrie devienne un nouvel Irak car il y a actuellement non seulement des comptes historiques à rendre mais également des comptes liés aux évènements actuels. Il y a eu 2000 Syriens tués et les familles exigeront une vengeance non pas contre Bashar mais contre leurs voisins Alawites et Chrétiens.

« Je ne pense pas que ce soit dans l’intérêt d’Israël d’avoir Bashar au pouvoir. Certainement comme en Egypte c’est possible que les Frères Musulmans prennent le pouvoir en Syrie mais je ne suis pas sûr que cela soit le cas. Si Bashar tombe la situation a des chances d’être comme au cours des décennies antérieures avec un régime central très faible. Cela pourrait conduire à des incidents frontaliers avec Israël mais pas à une guerre avec des actes terroristes qu’un régime faible ne peut pas empêcher. L’opposition syrienne pourrait éventuellement prendre le pouvoir et comme c’est le cas en Egypte ils savent que leurs intérêts c’est d’entretenir des relations amicales avec les pays occidentaux comme les US et pas avec l’Iran .Donc à long terme un nouveau régime syrien pourrait être mieux pour Israël que le régime actuel. »
Information complémentaire
Un article intitulé :
« DERNIÈRE HEURE : L’OTAN et la Turquie appuient les rebelles armés en Syrie. Recrutement de moudjahidines. » publié le 16/08/2011par le site canadien version française Mondialisation.ca fait état de préparatifs militaires de l’OTAN/Turquie contre la Syrie avec une implication israélienne à terme.
«… Des développements récents en Syrie indiquent qu’il s’agit d’une insurrection armée à part entière, intégrée par des moudjahidines (« combattants de la liberté islamistes »), appuyés, entraînés et équipés par l’OTAN et le haut commandement de la Turquie….
Bien qu’affirmant être contre toute intervention étrangère en Syrie, la Turquie n’en a pas moins déployé des officiers réservistes dans des bases le long de la frontière avec la Syrie pour selon la presse turque parer à toute crise humanitaire liée à un afflux massif de réfugiés venant de Syrie en assurant leur protection.
Les militaires turcs en armant et en entraînant ces moudjahidines et en favorisant leur passage en territoire syrien ne sont-ils pas plutôt entrain de soutenir la rébellion armée contre le régime de Bashar al Assad première étape d’une intervention militaire englobant d’autres intervenants dont Israël ? 

Mercredi 17 Août 2011

Mireille Delamarre

http://www.planetenonviolence.org/Qui-Au-Moyen-Orient-Profiterait-De-La-Chute-D-Assad-Israel_a2474.html


5-3 Chatta : Mme Chaabane affirme que les événements en Syrie sont liés à des plans sionistes et occidentaux pour diviser les pays arabes.

Rencontrant aujourd'hui à Moscou le président et les activistes de l'association d'amitié russo-syrienne, Mme Botheyna Chaabane, conseillère politique et médiatique à la présidence de la République, a indiqué que les événements en Syrie sont liés à des plans sionistes et occidentaux, destinés à diviser les pays arabes et à mettre fin au conflit arabo-israélien sans restituer tout droit aux Arabes.
Lors de la rencontre, Mme Chaabane a parlé des facettes de la crise syrienne et son lien à un agenda extérieur, soulignant que les réalités sur le terrain et les aveux des groupes terroristes armés prouvent l'existence des plans et des parties étrangères présentant un soutien logistique: l'argent, l'arme et la couverture médiatique pour provoquer la violence et frapper la stabilité de la Syrie.
De son côté, le président de l'association d'amitié russo-syrienne, M. Alexander Dzasokhov, a insisté sur l'appui du peuple russe à leurs frères syriens face aux plans hostiles visant leur pays, sa sécurité et sa stabilité.
Sur un autre plan, Mme Chaabane a rencontré les membres de la communauté syrienne en Russie, avec qui elle a examiné la conjoncture en Syrie, les tentatives de s'ingérer dans ses affaires et la campagne provocatrice lancée par des médias arabes et autres pour tromper l'opinion à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie.
Mme Chaabane a évoqué les démarches et les lois de réforme dans les domaines politique, économique et social pour développer la Syrie.
De leur côté, les membres de la communauté ont insisté sur leur appui à la mère-patrie sous la direction du président Bachar al-Assad, affirmant leur rejet de toutes les tentatives visant à frapper la stabilité et à porter atteinte à la dignité de la Syrie.
Ils ont mis l'accent sur les positions honnêtes du peuple et de la direction russe soutenant les principes du droit et de la justice.
A. Chatta / L.A.

13 Sept 2011

http://www.sana.sy/fra/51/2011/09/13/369152.htm


5-4 Louis Denghien : L’ONU au service du NOE (Nouvel Ordre Mondial) ?

Une « mission d’évaluation » des Nations-Unies sera en Syrie ce week-end a annoncé jeudi 18 août Valérie Amos, coordinatrice des affaires humanitaires de l’ONU. Cette visite, accepté par le gouvernement syrien, s’inscrit dans la suite logique de la conversation téléphonique entre Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, et Bachar al-Assad, mercredi soir 17 août. Ban Ki-moon avait alors exprimé sa vive inquiétude sur la poursuite de la répression en Syrie, et Bachar avait affirmé que les opérations de l’armée et de la police contre les opposants violents venaient de prendre fin.

Ce même jeudi 18 août, le haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU avait publié un rapport sur la « répression en Syrie« , assurant que celle-ci avait conduit à de « graves violations des droits de l’homme » pouvant « relever de crimes contre l’humanité« . Ce rapport s’appuyait sur le résultats d’une mission d’enquête ayant recueilli « aux confins de la Syrie« , entre le 15 mars et le 15 juillet, des témoignages sur les exactions éventuelles des forces de l’ordre. Cette « commission d’enquête » avait reçu mandat d’une résolution votée lors d’une session « spéciale Syrie » du conseil des droits de l’homme de l’ONU, le 29 avril dernier.

Les gens de l’ONU ont donc collecté des éléments prouvant selon eux « une apparente volonté de tirer pour tuer, la plupart des blessures par balles ayant été localisées dans la tête, la poitrine et généralement la partie supérieure du corps« . Bien sûr, le rapport onusien parle de manifestations forcément « pacifiques » sur lesquelles les forces de l’ordre syriennes « ouvrent le feu sans discernement sur des civils, sans sommation et à courte portée« . Bref, pour les enquêteurs, on constate en Syrie depuis 4 mois « un ensemble de violations des droits de l’homme constituant une attaque généralisée ou systématique contre la population civile« , ce qui justifierait que le conseil de sécurité « envisage de saisir la Cour pénale internationale sur la situation en Syrie« .

Un rapport malhonnête car partial et partiel

A suivre. Mais disons déjà, ou plutôt répétons que ce rapport pèche par un manichéisme et un simplisme qui hypothèquent gravement son impartialité proclamée. D’abord, une grande partie des témoignages collectés, pendant 4 mois, « aux confins de la Syrie » – c’est-à-dire on suppose dans les camps de réfugiés encadrés par les Turcs, ou parmi les milieux, libanais ou syriens, acquis à l’opposition – relèvent de la propagande ou du lyrisme consubstantiel à la rhétorique islamiste ou aux slogans politiquement corrects des branchés Facebook.

Loin de nous, une fois encore, de nier les morts, les bavures et les brutalités. Mais celles-ci découlent d’un schéma « provocation-répression » institué par des émeutiers armés, prenant pour cible, à Hama, Homs, Lattaquié, Deir Ezzor, Idleb, les forces de l’ordre, et poussant celles-ci à tirer dans le tas ou à l’aveuglette, ce dans un contexte de guérilla urbaine où les snipers de l’opposition radicale peuvent être partout. La « nervosité » des soldats et policiers syriens s’expliquant aussi par le souvenir du massacre de leurs camarades survenu à Jisr al-Choughour à la mi-juin. Ne pas tenir compte de ces circonstances, occulter l’action des groupes armés attestée pourtant par plusieurs vidéos, ne rien dire des pertes de l’armée et de la police, qui ne peuvent s’expliquer que par l’action de ces groupes armés, taire les inquiétudes des minorités religieuses ou des très nombreux partisans du régime, c’est ne nous raconter, au mieux, que la moitié du film, et c’est, pour les Nations-Unies, s’abaisser au niveau des chancelleries euro-américaines ! Mais l’ONU ne s’est-elle pas déconsidérée depuis longtemps par son incapacité à s’opposer aux « justes guerres » de l’Amérique – de l’Irak à la Yougoslavie – et d’Israël – du Sud-Liban à Gaza. Encore devrait-on se demander si le mot « incapacité » était bien celui qui convenait dans ces circonstances…

Nous avons, à Infosyrie.fr, visionné depuis le mois de mai pas mal de vidéos de manifestations de rue : souvent nous avons vu des manifestants fuir sous des tirs. Oui, « sous des tirs », car si les forces de l’ordre avaient tiré à hauteur d’homme, avec les moyens dont elles disposent on aurait eu droit à un carnage à chaque démonstration de l’opposition. Or même les estimations maximalistes et invérifiables de nos cyber-statisticiens de l’opposition fixent à 1 900 ou 2 000 morts en 5 mois le bilan de la « sanglante répression » bachariste. Mais, compte tenu des pratiques militaires que dénonce le rapport de l’ONU, ce bilan devrait être au moins dix fois supérieur ! Une seule intervention brutale, à tir tendu et à bout portant, des soldats et blindés contre une manifestation de 50 000 personnes à Hama, par exemple, aurait pu atteindre en 10 minutes à peine ce chiffre de 2 000 victimes !

Non, les forces de l’ordre syrienne, dans un contexte pour le moins difficile, nous paraissent avoir fait preuve d’une retenue certaine. Rappelons que même les propagandistes de l’OSDH reconnaissent qu’au moins 20% – soit 500 personnes – des victimes du « printemps syrien » appartiennent à la police et à l’armée. Et parmi les victimes civiles, combien de partisans du régime, de membres de minorités religieuses, victimes des activistes islamistes ?

Dans ce contexte, l’ONU et son « haut-commissariat aux droits de l’homme » nous paraissent travailler pour le Département d’Etat et pour l’Union européenne, beaucoup plus que pour la justice et la vérité. Quant à la Cour pénale internationale, que ces messieurs songent à saisir – et dont, curieusement, les Américains ont refusé de ratifier l’existence et les compétences -, disons ou redisons simplement qu’elle a suffisamment fait preuve, ces dernières années, de sa partialité pour que nous – et éventuellement les Syriens – la récusent à l’avance.

Louis Denghien,

 

 

COMMENTAIRE D’UN LECTEUR

alephdit :

Merci Louis pour vos commentaires éclairés.

Il est clair que l’ONU à l’intention d’instruire un nouveau procès à charge après celui avorté pour l’assassinat de Rafiq harriri via le TSL.

On ouvre un nouveau volet de désinformation et de manipulation de façade et de pressions sur le gouvernement syrien en coulisse.

La conférence de presse de Bashar Jaafari (Merci Shamsi) indique clairement la stratégie onusienne de mépris et de mis à l’écart des représentants officiels de la Syrie pour ne discuter qu’avec des opposants désignés par ceux qui les rémunérent et qui ne représentent qu’eux mêmes.

C’est bien entendu une masscarade de justice et un levier de pression contraire au principe de souveraineté des états.

Est-ce qu’il serait envisageable que Blair et Bush soient poursuivis pour crimes contre l’humanité après la mort de deux millions d’irakiens? excusez du peu! Circulons!

http://www.infosyrie.fr/actualite/lonu-au-service-du-noe-nouvel-ordre-mondial/


5-5 Louis Denghien : ONU : la mascarade continue !

C’est suite à une proposition pressante des Etats-Unis, de l’Union Européenne et de quatre pays arabes dont trois au moins sont connus pour leur intransigeance en matière de libertés démocratiques – Arabie Saoudite, Koweit, Qatar, Jordanie – que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a accouché mardi 23 août d’une résolution demandant la création d’une commission d’enquête internationale indépendante sur les « violations des droits de l’homme en Syrie« .

Harcèlement américano-onusien

C’est donc l’énième épisode d’un feuilleton politico-diplomatique qui s’étire depuis l’échec, courant juillet, du projet de résolution franco-euro-américain destiné à faire condamner Damas par le Conseil de sécurité. On se rappelle peut-être que les mêmes avaient obtenu une « condamnation » symbolique, par le Conseil de sécurité, du gouvernement syrien, invité à cesser les violences contre les manifestants (voir notre article « ONU : Tout ça pour ça« , mis en ligne le 4 août). 

Mais pas question pour l’axe Washington-Paris-Londres-Bruxelles d’en rester là : ne pouvant obtenir l’essentiel – la résolution anti-syrienne du Conseil de sécurité – les « alliés » multiplient menaces verbales, pressions diplomatiques et sanctions économiques (voir notre article « Les Occidentaux ne renoncent pas… les Russes non plus« , mis en ligne le 22 août) ; et en ce qui concerne la diplomatie, c’est visiblement l’ONU et son obligeant secrétaire général, Ban Ki-moon, qui sont chargés de donner un nouveau souffle à l’offensive anti-syrienne :  après donc le vote début août de cette « condamnation » à vrai dire sans effets, après la constitution d’une « commission d’enquête » accouchant d’un « rapport » envisageant la possibilité d’une condamnation de Damas pour « crimes contre l’humanité« , et prévoyant l’envoi d’une « mission humanitaire » sur place, après la menace d’une saisine de la Cour pénale internationale, c’est donc cette commission d’enquête, beaucoup plus internationale qu’indépendante, qui est chargée de poursuivre l’instruction à charge contre la Syrie et son gouvernement. Naturellement le dossier est surtout plein des allégations toujours invérifiables et très souvent mensongères de l’opposition, qui continue d’asséner ses bilans truqués – 2 200 morts civils – et de dresser de la société syrienne un tableau apocalyptique qui ne manque pas d’étonner la plupart des étrangers se rendant sur place, pour ne pas parler de la masse des Syriens eux-mêmes. La haut-commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay, parlait ainsi, lundi 22 août, d’utilisation de « l’artillerie lourde » par l’armée syrienne contre les opposants, ces opposants qui avaient déjà prétendu, via l’OSDH, que la marine de guerre syrienne avait pilonné le quartier d’al-Ramel à Lattaquié. On peut donc dire que cette commission d’enquête a déjà prononcé ses conclusions, avant même que de se rendre en Syrie. Conclusions qu’elle remettra, qu’on se le dise, à Ban Ki-moon « fin novembre » : de quoi collationner un maximum d’informations exclusives – et pour cause – auprès de l’OSDH et des opposants à téléphone portable.

Quand Ban Ki-moon met l’ONU à l’heure de l’OTAN

On a déjà écrit ici que l’ONU, sous le « règne » de Ban Ki-moon, semble s’être transformée en « chambre d’enregistrement » des directives géopolitiques américaines et associées : les mêmes qui n’ont pas mots et de textes assez durs contre Bachar al-Assad, Ahmadinejad ou Kadhafi  sont d’une discrétion de violette démocrate sur les régimes du roi Abdallah et des émirs du Golfe, sur la répression de la révolte au Bahrein ou au Yémen, ou sur les violations répétées des résolutions de l’ONU sur la colonisation et la répression israélienne dans les Territoires occupés, ceux qui réclament une transition démocratique immédiate en Syrie sont moins impétueux en ce qui concerne la création officielle d’un Etat palestinien. C’en est au point qu’on serait tenté de dire qu’un Etat ou un dirigeant condamné ou sermonné par l’ONU sont à coup sûr des Etats, des dirigeants libres, non alignés sur le Nouvel Ordre Mondial. Le « machin » jadis moqué par De Gaulle est vraiment devenu « la chose » de la Maison Blanche, du Département d’Etat et du Pentagone : l’ONU, qui n’autorise rien contre Israël, a déjà donné son « feu vert » à l’OTAN contre l’Irak, la Yougoslavie, la Libye – quitte à laisser « élargir » quelque peu, dans ce dernier cas, la mission initiale. Et s’il n’y avait la Russie, la Chine et quelques autres, elle aurait dit « go ! » au G.i.’s pour se ruer sur la Syrie et l’Iran.

Faysal Khabbaz Hamoui, représentant de la Syrie auprès des Nations-Unies, n’a pu que dénoncer « le langage utilisé dans le projet de résolution (…) odieux » et qui ne fera que prolonger la crise en Syrie. Tout en soulignant le caractère politique « à 100% » de la résolution, le diplomate a confirmé, mardi 23 août, que son gouvernement autoriserait néanmoins la mission du Haut-commissariat aux droits de l’homme « aussitôt que l’enquête indépendante syrienne aura terminé ses propres investigations« . Et ceux qui ricanent déjà à propos de l’indépendance des enquêteurs syriens devraient éclater d’un rire franc relativement à l’indépendance des employés de Ban Ki-moon !

Louis Denghien,

http://www.infosyrie.fr/actualite/onu-la-mascarade-continue/

 

 



6 Annexe

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

6-1 Mohamed Bouhamidi : Aggravation des menaces guerrières du capitalisme.

Par une espèce d’ironie, chaque prise de position des démocrates-modernistes algériens sur une question arabe coïncide totalement avec les points de vue des monarchies du Golfe ou du régime égyptien. C’est encore vrai aujourd’hui pour la Syrie. La colère des monarchies du Golfe et le rappel de l’ambassadeur saoudien nous parviennent comme l’écho de l’appel de l’expulsion de l’ambassadeur syrien formulé par M. Bouchachi et sa nébuleuse à l’intérieur de la Ligue des droits de l’Homme. Nos démocrates pleuraient en 2008 «les Palestiniens pris en otage par le Hamas» pendant qu’Israël bombardait Ghaza. Cette position recoupait tout à fait les postions du régime égyptien et celles des pays du Golfe qui nous poussait à croire que le Hamas travaillait plus pour son allié l’Iran que pour la Palestine. On connaît aujourd’hui l’ampleur des connivences entre Israël frappant un «allié de l’Iran» et ces pays du Golfe et nous sommes, aujourd’hui, carrément abasourdis de découvrir la profondeur insoupçonnée des complicités secrètes entre Israël et ces pays du Golfe. Plus tôt en 2006, il apparaissait clairement que l’agression israélienne contre le Liban avait le soutien appuyé de ces mêmes pays du Golfe. Au Liban aussi, il fallait frapper une «base de l’Iran». Nos démocrates ont suivi cette ligne, le Hezbollah représentant pour eux la quintessence de l’islamisme dans sa version iranienne de surcroît. Ils ne trouvèrent aucune gêne – aujourd’hui non plus – à s’aligner sur le wahhabisme. L’échec patent d’Israël et du plan américain de balayer le Hezbollah en deux semaines – c’était quelques jours pour l’Etat libyen – puis l’adhésion populaire fantastique à la résistance libanaise et à la figure de son chef ainsi que la mobilisation des opinions européennes avaient obligé les Américains à différer leur «chaos créateur» par crainte de voir ce chaos se retourner contre eux. C’est pourquoi avec Freedom House ils ont organisé la rencontre des ONG arabes d’Amman entre le 17 et le 19 juin 2007, puis celle du Danemark pour tracer une nouvelle feuille de route qui ferait «émaner» des sociétés arabes elles-mêmes la demande «d’ingérence démocratique et/ou humanitaire». La demande d’expulsion de l’ambassadeur syrien est donc dans la droite ligne de la feuille de route d’Amman, affinée au Danemark.  Dans un texte à la logique implacable, Ahmed Halfaoui a démonté cette compassion à double vitesse. Combien d’Algériens connaissent l’existence de cette feuille de route pour se faire démocratiquement et en toute connaissance de cause une idée des sources d’inspiration de ces indignations à géométrie variable et combien d’Algériens savent que de Amman ces ONG arabes sont sortis avec une feuille de route intitulée : «Planification stratégique pour les réformes démocratiques» ? Révisons nos connaissances en français pour saisir pleinement le sens de ces  termes de «planification» et de «stratégie» et tout ce que cela implique de suivi des étapes dans l’art de gagner les guerres auquel se réfère le document sorti de Amman. Combien le savent pour situer exactement dans le cadre de la planification générale et à long terme la valeur et la fonction exacte de ces prises de position à l’intérieur de l’ensemble du plan ? Rappelons quand même que cette réunion d’Amman a suivi l’échec d’Israël au Liban et visait à frapper en premier lieu la Syrie. Il fallait absolument séparer la Syrie de l’Iran. Deux candidats étaient en course : les Français et les Turcs. Chacun avec sa méthode. Ils étaient à leur manière deux carottes différentes au milieu desquelles s’est glissée la cagnotte saoudienne. Les Américains devaient juger du meilleur exécutant – c’est encore le cas pour la Libye et pour l’élargissement de la guerre à l’Iran – mais eux gardaient bien levé leur bâton combiné à des promesses creuses mais surtout à des préparations secrètes qui ont abouti à l’infiltration à partir de l’Irak et de la Jordanie de groupes armés qui ont enveloppé la colère des Syriens dans les orientations mortifères des groupes animés par las Saoudiens. Séparer de gré ou de force la Syrie de son allié iranien. Par la carotte, cela n’a pas marché malgré l’invitation de Bachar El Assad à un défilé du 14 juillet. Cela ne vous rappelle-t-il pas le tapis rouge pour Kadhafi ? Cela devrait surtout servir d’avertissement pour les dirigeants algériens sur la duplicité des dirigeants occidentaux, singulièrement les Anglais et les Français. La trahison, le faux semblant, les flatteries soporifiques ne sont jamais loin du coup bas et du coup en traître. N’ayant pas obtenu le divorce syro-iranien par la carotte, les USA passent à l’usage de la subversion. La colère saoudienne ressemble à la rage de William Hague devant la résistance du peuple libyen. C’est finalement cette résistance du peuple libyen qui a rendu impossible la mission de la CNCD en Algérie et impossible de maquiller les visées réelles des Américains et des sionistes et de leurs alliés du Golfe dans la manipulation syrienne pour préparer la guerre contre l’Iran, alors que les opinions musulmanes ont été si bien «travaillées» qu’elles trouvent aujourd’hui, massivement, les chiites pires que le diable lui-même ! Le royaume saoudien est en colère et il gronde devant les difficultés de la mise en œuvre d’un encerclement de l’Iran et de son attaque par le flanc syrien, le flanc irakien étant sérieusement miné par les Iraniens. L’appel d’Alger est dans cette dynamique de l’agression. C’est à la fois une pression sur le gouvernement algérien qui refuse de marcher dans cette combine. C’est aussi un message des Américains et une de leurs menaces pour l’empêcher d’agir contre eux à défaut de l’avoir avec eux. C’est enfin l’offre d’une caution arabe qui tardait à venir (alors qu’elle avait été si promptement offerte par Amr Moussa pour attaquer la Libye). Au même moment que notre «nébuleuse Ligue des droits de l’homme» s’indignait, les pays du Golfe offraient cette caution arabe qui manque aux Etats-Unis et ses vassaux de l’Otan pour dépasser l’obstacle russe et chinois sur leur route pour l’agression.  Non seulement les Russes resteront un dur morceau à avaler dans l’exécution de ce plan parce qu’ils tiennent à leur base navale syrienne, mais ils se font déjà un devoir de prévenir sur les vrais buts de guerre de cette guerre civile créée par les Euro-Américains en Syrie comme celle qu’ils ont créée en Libye, même si en Syrie les bases de la contestation sont réelles mais pas forcément séduites par les sirènes euro-américaines.Sans le moindre effort – en tout cas sans vrai effort – vous pouvez trouver une demi-douzaine de sites très sérieux qui reprennent les documents américains qui détaillent les cibles inscrites au bout de leurs canons dans des textes officiels américains. Les régimes qui se montrent réticents à un alignement sans murmure sur les positions américaines et hésitent à se soumettre sans retard aux désirs des Etats-Unis doivent tomber d’une façon ou d’une autre. La méthode s’est plutôt sophistiquée depuis l’invasion de l’Irak en matière de maîtrise globale de l’information, des médias, des termes et du vocabulaire, etc. mais aussi, et surtout, en matière de mise en scène avec tout au-devant «la demande indigène d’ingérence». Combien de fois les bouches criminelles des dirigeants occidentaux n’ont-elles pas seriné que l’Otan bombarde avec l’assentiment des Arabes et à leur demande et avec leur participation ? Dans la liste de ces pays récalcitrants, vous trouverez en tête la Syrie pour son alliance avec l’Iran et pour ses liens avec le Hezbollah qui rendent plus difficile la guerre programmée contre l’Iran. Vous trouverez aussi la Libye et l’Algérie. Le paquet devait être livré «au changement démocratique» dans le même mois de février avec les CNT algériens et libyens et l’entrée en action des groupes wahhabites en Syrie. Cela n’a pas marché. Les palans américains marchent de moins en moins, hormis en Irak où il faut admettre qu’ils ont mis le paquet : une coalition des plus grandes puissances militaires mondiales contre un régime miné de toutes parts. Dans ce plan l’Algérie leur paraissait déjà comme un morceau un peu difficile. La résistance du peuple libyen avec la mémoire tout de suite retrouvée de la lutte anticoloniale a refroidi leurs ardeurs, alors que leurs documents signalaient déjà le caractère incertain, voire aventureux d’une attaque frontale contre notre pays. Il leur reste tout au plus l’aide de la nébuleuse d’un président fictif de la Ligue des droits de l’Homme puisque le président légal s’appelle Hocine Zahouane. 
Ces nouveaux développements à propos de la Syrie jettent une nouvelle lumière sur la guerre de reconquête coloniale faite à la Libye. Mais le contexte de l’accélération des manifestations de la crise qui frappe le capitalisme aggrave les inquiétudes. La tactique des Euro-Américains «du sauve-qui-peut», couplé au «faire-n’importe-quoi» pour donner à leurs opinions l’illusion d’une action positive dans un tableau toujours plus sombre, ne marche pas non plus. La confrontation avec la Chine ne peut plus attendre le renforcement du pôle des BRICS et l’enlisement dans des guerres périphériques d’encerclement par l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan et par le choix d’une guerre sur le continent africain. Les dirigeants des grands pays capitalistes connaissent tout à fait la profondeur et la gravité de cette crise. Ils n’ont aucun moyen, hormis la guerre mondiale, d’y faire face. Il est temps de se demander si la troisième guerre mondiale va ressembler aux deux premières et si ses prémices ne sont pas déjà en œuvre dans cette balkanisation du nord de l’Afrique et du Sahel. La guerre contre la Chine commence déjà par lui barrer les territoires conquis commercialement et pacifiquement dans nos contrées. La carotte du pétrole saoudien à bon prix contre un lâchage chinois de l’Iran ne semble pas non plus fonctionner correctement. Quand les Saoudiens essayaient de séduire les Chinois à la demande des Américains, la Chine engageait des investissements colossaux en Libye et gagnait une influence sans pareille pour les autres pays. C’était surtout cela la source de la guerre contre la Libye, combinée à d’autres facteurs bien sûr.

Mohamed Bouhamidi :

Jeudi 11 août 2011

Publié sur La Tribune source : Ahmed Halfaoui


6-2 Aline de Diéguez : Quelle est la bonne distance pour comprendre les évènements de Syrie ?

Dans la vaste fresque en quatre volumes de Lawrence Durrell intitulée le Quatuor d'Alexandrie, quatre personnages (Justine, Balthazar, Mountolive et Cléa) racontent quatre fois la même histoire, mais vue à travers les sentiments de chacun des protagonistes, leurs intérêts privés et surtout une appréciation différente du sens des mêmes évènements politiques auxquels ils participent en fonction de la situation sociale qu'ils occupent dans la ville, ainsi que de leur degré de lucidité politique. De plus, chacun fantasme sur le rôle joué par les trois autres personnages dans cette épopée.

Imaginons la fresque que le grand romancier anglais pourrait écrire aujourd'hui s'il se lançait dans la rédaction d'un Quatuor de Damas?

Quelle serait la bonne distance pour comprendre les évènements de Syrie?

Celle du diplomate anglais Mountolive, qui, du point de vue de Sirius, rappellerait l'histoire de la Syrie depuis les croisades et déroulerait logiquement les conditions géopolitiques pro et contra l'idée que la Syrie est victime d'une coalition étrangère? Il mettrait en évidence le rôle positif du pays dans son aide aux organisations de résistance libanaises et palestiniennes, l'asile généreux offert au chef de la résistance palestinienne, Khaled Meschaal, le refus d'imiter la Jordanie et l'Egypte en signant un traité de paix déshonorant avec Israël. Il remonterait aux conséquences de l'action du général Gouraud en 1919. Il énumèrerait les preuves des influences extérieures véhiculées par les grandes chaînes d'information télévisuelle qui déversent sur le Moyen Orient la vision occidentale du monde, notamment la chaîne qatarienne Al Jazzirah, la saoudienne Al Arabiyah ou l'irakienne Al Hurra devenues par un de ces miracles propres au Moyen Orient de vertueuses porte-paroles de la "Liberté" et de la "Démocratie", oubliant de jeter de serait-ce qu'un coup d'œil critique sur le degré de "Démocratie" des Etats qui les financent. Il insisterait fortement sur les funestes projets américano-sionistes de "remodelage du Moyen Orient" qui prévoient de dépecer le pays à l'égal du sort infligé à l'Irak en créant des micro-entités quasiment indépendantes et toujours prêtes à en découdre les unes contre les autres. Diviser pour régner, vieille règle toujours d'actualité.

Faut-il comme Justine, la maîtresse juive du narrateur demeurer le nez collé sur l'évènement et ne jouir d'une connaissance de la situation guère supérieure à celle de Fabrice sur la bataille de Waterloo dans la Chartreuse de Parme? Pour cela, il suffit de se lamenter sur la "violence" des masses arabes et de déplorer la "disproportion" des moyens utilisés par le pouvoir tout en insistant sur la nécessité pour tout Etat de "rétablir l'ordre" et de "protéger les honnêtes citoyens"?

Cléa, l'artiste, qui a ses entrées dans les allées du pouvoir et qui croit tout comprendre à partir des bribes qu'elle glane ici et là est-elle un meilleur juge? Il n'y pas de manifestants pacifiques, ces "voyous" dans les rues ne sont que des "terroristes" et des "bandits armés" déclarerait-elle haut et fort. D'ailleurs, ajouterait-elle, ces groupes de "bandits" sont armés par l'étranger. La preuve? Des va-nu-pieds très jeunes et visiblement drogués, que personne ne connaît dans les villages, sont équipés de téléphones satellitaires. Ce sont eux qui provoquent des carnages, les filment complaisamment avec leurs appareils ultra modernes et vendent à l'étranger des vidéos dégoulinantes de sang dont ils attribuent ensuite la paternité aux forces de l'ordre.

Quant à Balthazar, le militant de la Liberté et de la Dignité du peuple syrien, le révolutionnaire qui milite pour un changement radical de la politique de son pays, il refuserait la fatalité de la soumission des peuples arabes à des tyrans inamovibles et héréditaires ou à des théocrates obscurantistes. Il dirait que la Liberté et la Justice ne se marchandent pas et que les peuples arabes, trop longtemps opprimés par des potiches au service des colonisateurs, ou par des potentats tyranniques défendus par des gardes prétoriennes, ont le devoir de prendre place dans le grand courant révolutionnaire qui balaie tout le Moyen Orient, du Maroc à la Péninsule arabique. Le printemps arabe, affirmerait-il, a soufflé les miasmes de la "guerre américaine contre le terrorisme" et relégué le diable Oussama Ben Laden et son "terrorisme" opportunément inventé au rang des accessoires utiles à la main mise américano-israélienne sur les pays arabes. Nous sommes dorénavant libérés de ces chaînes et pouvons inventer votre futur, chanterait-il.

Le porteur d'espoir en l'avenir rappellerait quelques exploits particulièrement odieux du clan Assad, notamment les massacres de masse à Hama du père et du fils et le calvaire du camp palestinien de Tar-el-Zataar en 1976, au cours duquel furent massacrés quatre mille palestiniens avec la complicité des groupes libanais maronites et du général Aoun, rebaptisé aujourd'hui grand défenseur des Palestiniens. (*) Voilà, dirait notre militant, une vérité soigneusement occultée et que les partisans d'un régime syrien n'ont pas intérêt à sortir de dessous le tapis sous lequel il ont balayé cette réalité peu glorieuse de leurs héros, alors que les "forces de sécurité" au service du fils ressemblent comme deux gouttes d'eau à celles qui sévissaient du temps du père. Le militant pour la liberté des peuples sait que les grands vents de l'histoire finissent toujours par emporter les tyrans grands et petits, parce que ce sont toujours eux qui trahissent les intérêts de leur pays et aliènent la souveraineté nationale, alors que les peuples qui luttent pour leur propre liberté se battent d'un même élan pour la dignité et l'indépendance de leur patrie.

L'Egypte en est un exemple particulièrement éloquent. Notre défenseur de la libération des nations montrerait que les généraux actuellement à la tête du pays des Pharaons et anciens complices de Moubarak, le représentant des priorités américaines au Moyen Orient, sont aujourd'hui contraints, volens nolens, par une foule plus patriote que ses dirigeants, d'infléchir à 180° la politique de l'Egypte à l'égard du régime sioniste et de refuser l'humiliation de l'abaissement d'une grande nation devant un petit cyclope agressif.

Le point de vue d'où l'on parle est capital, car c'est lui qui donne son sens au regard, donc aux évènements.

L'arrière-monde géopolitique est certes la grande scène du théâtre sur lequel se joue aujourd'hui la pièce qui conditionne l'avenir de la Syrie, mais rien n'est intelligible si l'on ne remonte pas à l'origine du déclenchement des mouvements populaires actuels, devenus émeutes au fil des semaines. On voit alors que la cause profonde de ces évènements est avant tout syrienne et je vais tenter de le démontrer.

Le 25 juillet 2011, le gouvernement syrien a adopté un projet de loi autorisant enfin le multipartisme afin de "permettre l'alternance du pouvoir" en Syrie. Que voilà une grande nouvelle! Comment appelle-t-on un pays dans lequel l'alternance du pouvoir était interdite? Une monarchie absolue ou une dictature.

En février 2011, un Bachar El Assad , sûr de lui, affirmait que la Syrie était à l'abri des mouvements qui secouaient alors la Tunisie et l'Egypte en raison, disait-il, d'une politique étrangère "honorable". Il se vantait de sa non soumission à l'axe américano-sioniste. Bachar aurait dû mieux connaître l'histoire en général et son peuple en particulier. Il aurait alors compris qu'une politique étrangère habile ne peut faire oublier une vie quotidienne de plus en plus insupportable qui génère une vraie et profonde demande de changement. Surtout il aurait dû savoir que la contagion de la révolte sociale et politique qui avait balayé les inamovibles dictateurs de Tunisie et d'Egypte et embrasé Bahreïn et le Yémen, n'allait pas laisser la Syrie en dehors de l'incendie. Si Bachar avait été assez fin politique et avait étudié les révolutions françaises, il aurait su que l'esprit de révolution se propage comme une traînée de poudre et il aurait promulgué son projet de loi sur le pluralisme des partis le 25 février 2011 et non alors qu'il était déjà pris à la gorge. De plus, il aurait entrepris dare-dare les fameuses réformes annoncées depuis des lustres et jamais mises en pratique, et cela dès le début des mouvements politiques et sociaux en Tunisie sans attendre que le peuple se déverse dans les rues. Mais un pouvoir absolu rend aveugle et sourd. Gouverner, c'est prévoir.

Dès lors, comment s'étonner que les Syriens étouffent sous le trop long règne du père et du fils? Le peuple est peu accessible à des considérations de géopolitiques quand sa vie quotidienne devient de plus en plus difficile et qu'il a l'impression d'être oublié du pouvoir pendant que prospère une frange aisée de commerçants et de notables de la capitale et des grandes villes? Comme tous les peuples de la terre le peuple syrien aspire à une plus grande justice sociale. De plus, il est dégoûté par une corruption généralisée et il étouffe sous la poigne de fer des services sécuritaires omniprésents hérités du père. Un parti unique, le Baas, représentant une petite tribu et un mouvement religieux particulier et minoritaire, les Allaouites, détient tous les leviers du pouvoir depuis un demi-siècle.

Un des réels avantages de la démocratie, c'est que les maffieux et les corrompus de tout poil ne peuvent s'enkyster durablement dans les tuyaux du pouvoir. La corruption a besoin de la durée pour établir ses réseaux et se "légitimer". Or, comme en Tunisie avec les familles Ben-Ali-Trabelsi ou en Egypte avec celle des Moubarak, la famille proche et élargie des Assad était devenue une véritable horde de termites gloutonnes encore plus voraces et plus rapaces s'il se peut depuis que la lutte contre la corruption avait été seulement évoquée.

Le peuple n'est pas amnésique. Il courbe l'échine un temps sous le fouet d'une répression impitoyable, mais il n'oublie pas les massacres, la corruption et l'immoralité du clan au pouvoir et un régime policier insupportable. Tous ces facteurs de mécontentement réunis étaient plus que suffisants pour que la rue syrienne soit encouragée à imiter les révoltes tunisienne et égyptienne et veuille, elle aussi, jouir du grand vent de liberté que portait l'espérance du "printemps arabe".

Car les Assad et leur parti militaro-religieux héréditaire sont au pouvoir depuis 1963. Il suffisait d'un prétexte ou d'une étincelle pour mettre le feu au pays. Point n'était besoin d'un complot. Quand le peuple est dans la rue, tout est toujours trop peu et trop tard. Le temps des réformes est passé. On entre dans le temps de la révolution.

L'aspiration à la justice et à la liberté sont "totalitaires" au sens où le peuple veut tout et tout de suite et aucune considération de géopolitique ou de prudence n'a de prise sur les demandes d'un peuple en colère, de plus en plus exigeant au fil des répressions et des capitulations du pouvoir. Sur une vingtaine de millions d'habitants, il n'était pas impossible de rassembler un million de sympathisants du régime en place autour d'un gigantesque drapeau. Issus principalement de la classe moyenne de Damas et d'Alep, chouchoutée par le pouvoir, ils crient leur amour pour leurs dirigeants tout en défendant leurs privilèges. Mais aucune conspiration extérieure n'est en mesure de jeter dans les rues de toutes les autres villes du pays, depuis six mois, jour après jour, les centaines de milliers de manifestants les plus pauvres et les plus revendicateurs: les innombrables laissés- pour-compte qui font les révolutions.

Aucune révolution ne se fait pour des motifs géopolitiques et aucun motif géopolitique n'empêche un peuple qui revendique plus de liberté politique, plus de justice sociale, plus de considération, plus de libertés individuelles, plus de morale de la part des dirigeants, de crier sa colère. La Tunisie et l'Egypte servant de modèles, les Syriens ont emboîté le pas à ces prédécesseurs. Toutes les grandes révoltes populaires sont avant tout des "révolutions du pain" et des "révolutions de la dignité".

A quoi servait la pléthore de forces de police, de sécurité ou de contre-espionnage sans compter une armée de composition tribale et dévouée au pouvoir, si tous ces organes de répression se sont révélés incapables de localiser au préalable et de maîtriser ensuite quelques groupes marginaux violents sis aux frontières, dénoncés aujourd'hui par le pouvoir comme sources du complot? Aucune manifestation de masse n'est exempte de troubles violents qui parasitent les cortèges pacifiques, comme on l'a vu récemment en Angleterre ou comme cela se produit régulièrement en France. On se souvient de l'embrasement des banlieues françaises en 2005. Les documents de Wikileaks avaient alors révélé l'ampleur de manipulations secrètes américaines en direction des "minorités visibles", c'est-à-dire, pour parler sans langue de bois, les Maghrébins et les Africains noirs, par opposition, je suppose, aux "minorités invisibles", qu'on évite pudiquement - ou prudemment - de nommer. Mais ces manipulations n'étaient en aucun cas les déclencheurs des mouvements.

Plus l'Etat réprime, plus des groupes minoritaires violents s'agrègent au mouvement revendicatif initial, se radicalisent et accroissent la confusion générale. La spirale diabolique d'une répression de plus en plus sanglante est enclenchée, au point que dans le port de Lattaquié, le pouvoir syrien n'a pas hésité à masser des milliers d'opposants - dont un grand nombre de Palestiniens - dans le stade de la ville et à bombarder la foule à partir de navires de guerre. Le symbole de Pinochet plane sur la ville martyrisée.

Par la force des choses, d'innombrables circonstances intérieures sont sources de mécontentement et peuvent être qualifiés de "complots": retour d'Irak des Syriens sunnites salafistes qui cherchent à en découdre avec les alaouites chiites qui monopolisent le pouvoir depuis plus d'un demi-siècle, luttes intestines entre tribus, rivalités entre mouvements religieux accusés d'être manipulés tantôt par l'Iran, tantôt par le pays des Saoud, tantôt par la Turquie, tantôt par les Etats-Unis, tantôt par les sionistes, tantôt par la France. La présence de notre ambassadeur et de celui des Etats-Unis dans un cortège accrédite ce point de vue. Mais il s'agit d'une simple péripétie théâtrale et m'as-tu-vuiste, bien digne de notre politique étrangère en lambeaux.

Il faut savoir que les manipulations souterraines sont une donnée permanente des relations entre Etats qui depuis toujours entretiennent des armées d'espions et d'agents d'influence plus ou moins occultes dont le complot est le métier. Il suffit de lire les mémoires de Talleyrand pour s'en convaincre.

Tout cela augmente la confusion générale, mais seul un corps social et politique malade permet aux influences parasitaires parallèles de prospérer. C'est faire injure aux Syriens de considérer qu'ils sont assez stupides pour accepter de se soulever, de braver une dure répression depuis six mois et de mourir pour l'Iran, pour l'Arabie ou pour tel ou tel exilé, marionnette des Américains.

Quand la foule brocarde le pouvoir en chansons dans les défilés, la situation des dirigeants devient périlleuse. On se souvient du "Ah ça ira".

"Bachar tu n'es pas des nôtres.
" Prends ton frère Maher, et lâche-nous
"Prends le parti Baas avec toi et prends la porte, il y a la liberté qui y frappe
"Maher, idiot, agent des Américains, le peuple syrien tu ne le soumettras pas.
"Bachar, le sang des martyrs n'est pas bon marché,
"Le feu que Dieu a allumé dans nos cœurs emportera le système et châtiera les criminels.
" Allez dégage Bachar."

Entre chaque couplet la foule de Hama reprenait le refrain:

"Yallah irhal ya Bachar" ("Allez dégage Bachar!").

On remarquera que la foule reproche au pouvoir son pro-américanisme. N'est-ce pas paradoxal, alors que Bachar se vantait précisément de ce que l'anti-américano-sionisme représentait son succès principal? Est-ce là une forme de lucidité du peuple qui ne s'en laisse pas compter devant les fanfaronnades du pouvoir? Il est des humiliations que le peuple ressent plus profondément que ses dirigeants. Je pense au bombardement des installations militaires par l'aviation israélienne entrée dans le pays comme dans un moulin. Quand les forces de sécurité sont principalement acharnées à contrôler leurs propres citoyens, la surveillance des frontières laisse nécessairement à désirer. Au lieu de nous harceler, l'armée ferait mieux de chercher à récupérer notre province du Golan, pense le peuple, qui n'est pas dupe du silence remarquable du pouvoir sur la construction de trente colonies juives sur les terres annexées et sur l'expropriation massive des concitoyens arabes syriens.

En effet, la Syrie est restée bien sage face à Israël et s'est surtout attachée à empêcher les réfugiés palestiniens de harceler l'Etat sioniste à partir de ses frontières. Elle n'a autorisé leur sortie qu'au moment de la commémoration de la Nakba, mais sans les protéger, si bien qu'elle a permis à la soldatesque israélienne de se livrer à un véritable tir au pigeon et de provoquer le carnage dont ils sont coutumiers.

C'est pourquoi l'Etat hébreu s'est plutôt bien accommodé de Bachar et de son régime répressif. Un pouvoir fort à ses frontières, même s'il s'affiche comme hostile en paroles, lui convient parfaitement. Seule la démocratisation du monde arabe lui fait peur, car elle seule est porteuse de principes et d'exigences universels et se révèle donc lourde d'incertitude et de dangers. Car, Israël a horreur des principes universels et revendique une "morale" particulière - une immoralité, dirons-nous - qui lui permet de poursuivre le vol et la colonisation des terres, l'emprisonnement et l'assassinat d'autant de Palestiniens qu'il le juge bon sans qu'aucune instance internationale s'avise d'y mettre le holà.

Le pouvoir syrien ne s'y est pas trompé. L'auteur de la chanson brocardant le régime a été assassiné.

Egorgé.

Alep et surtout la capitale, Damas, demeurent toujours fidèles au pouvoir en place. Pour l'instant, la révolte est cantonnée aux grandes villes de province, ce qui n'est pas suffisant pour assurer le triomphe rapide d'une révolution.

L'avenir nous dira si la "révolution du pain et de la dignité" réussira à entraîner le pays tout entier et à renverser les structures politiques dictatorialo-archaïques du régime, si elle évoluera en guerre civile ou en guerre religieuse, ou bien encore si le pouvoir parviendra à à écraser l'authentique révolte populaire et à neutraliser les groupuscules qui polluent les manifestations pacifiques.

Le plus probable est que dans l'immédiat le régime syrien se cramponnera à un statu quo, avec l'idée que réformer sous la contrainte de la rue serait faire preuve de faiblesse. Quand il n'y a plus de bonne solution, le drame n'est pas loin. Car à un certain degré de pourrissement de la situation le poids des victimes de la répression est trop lourd pour qu'un retour en arrière qui permettrait au régime de se re-légitimer à l'intérieur et à l'extérieur des frontières, soit possible, si bien qu'il se résolve à réformer ou qu'il continue à réprimer et à massacrer, l'auto-suicide du pouvoir est assuré à long terme.

 (*) Voir : Chahid Slimani : La vérité sur les Assad et les autres girouettes, Michel Aoun et tutti quanti

Aline de Diéguez

Mardi 23 Août 2011

http://chahidslimani.over-blog.com/pages/Chahid_Slimani_La_verite_sur_les_Assad_et_les_autres_girouettes_Michel_Aoun_et_tutti_quanti-5615613.html
http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr



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" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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