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07/10/2011

n°16 - Dossier de Syrie - 05-10 : - Qui Sont les Djihadistes Responsables de L'Insurrection Armée.



Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Dossier deSyrie

n°16                              05-10

C.De broeder & M.Lemaire



Le "Dossier deSyrie" est  visible 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous vouleznous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be




Sommaire

Tiré à part

7sur7.be : Les USA "furieux" de l'échec de la résolution sur la Syrie.

7sur7.be : Une fille donnée pour morte sous la torture apparaît à la télé syrienne.

 René Naba  Syrie: Des dangers d’une lecture occidentaliste des soulèvements dans le Monde arabe

1 Dossier

1-1 Louis Denghien : « A l’ONU, une vision syrienne de la crise syrienne » 

1-2 Domenico Losurdo : La Syrie vue depuis l’Irak.

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Yacine Farah : L’opposition laïque appelle l’Occident à protéger le peuple syrien.

2-2 Pr. Elias Zahlaoui : Lettre ouverte d’un prêtre syrien à Alain Juppé.

2-3 La situation des chrétiens à homs.

3  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Mireille Delamarre : Qui Sont les Djihadistes Responsables de L’Insurrection Armée ?

3-2 Pierre Khalaf : La vague colonialiste se brisera en Syrie. 

3-3 Kinan Al Kourdi : Entretien avec Gilles Munier sur la Syrie.



7sur7.be : Les USA "furieux" de l'échec de la résolution sur la Syrie.

Les Etats-Unis sont "furieux" de l'échec d'une résolution du Conseil de sécurité qui condamnait le régime syrien, après les vetos russe et chinois, a indiqué mardi l'ambassadrice américaine à l'ONU Susan Rice peu après le vote.

"Les Etats-Unis sont furieux du fait que ce Conseil ait complètement échoué" dans sa tentative de traiter "un défi moral urgent et une menace croissante à la paix régionale", a déclaré Mme Rice. Elle a condamné les pays qui se sont opposés à la résolution et qui, a-t-elle dit, "préféreraient vendre des armes au régime syrien".
"Aujourd'hui, deux membres ont opposé leur veto à un texte déjà profondément amendé qui ne mentionne même pas de sanctions", a-t-elle dit en parlant de la Russie et de la Chine. 
"Que je sois claire: les Etats-Unis pensent qu'il est grand temps que ce Conseil assume ses responsabilités et impose des mesures ciblées dures et un embargo sur les armes contre le régime" du président syrien Bachar al-Assad, a déclaré Mme Rice.
"Aujourd'hui, le peuple courageux de Syrie peut maintenant voir qui dans ce Conseil soutient ses aspirations à la liberté et aux droits de l'homme universels et qui ne le fait pas", a insisté l'ambassadrice. 
La Chine et la Russie, deux membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, ont opposé mardi leur veto à un projet de résolution des pays occidentaux menaçant le régime syrien de "mesures ciblées" pour la répression sanglante des manifestations. (belga)

7sur7.be 

05/10/

http://www.7sur7.be/7s7/fr/9478/Revolution-dans-les-pays-arabes/article/detail/1328913/2011/10/05/Les-USA-furieux-de-l-echec-de-la-resolution-sur-la-Syrie.dhtml



7sur7.be : Une fille donnée pour morte sous la torture apparaît à la télé syrienne.

Nb : pour 7sur 7 une fille pas une femme…

La télévision publique syrienne a diffusé un entretien d'une jeune fille présentée comme Zaïnab al-Hosni pour démentir les informations sur la mort brutale de cette Syrienne devenue l'un des symboles de la répression sanglante exercée par le régime.

L'histoire de cette jeune fille, devenue le symbole des victimes de la répression du régime de Bachar al-Assad, a fait en septembre le tour du monde, après l'annonce par des organisations internationales des droits de l'Homme de la découverte de son corps décapité et démembré.
"J'ai fui ma famille car mes frères me battaient. Mes parents ne savent pas où je suis", a affirmé mercredi soir cette jeune fille présentée comme Zaïnab, à la télévision. Elle était habillée en noire, un voile sur la tête. Elle a montré une carte d'identité avec le nom de Zaïnab al-Hosni.
Confirmation

"Ils ne savent pas que je suis vivante. J'ai appris ma mort par les chaînes de télévision qui ont annoncé que la Sécurité syrienne m'avait arrêtée et brûlée, et découpé mon corps", a-t-elle ajouté. "La famille de Zaïnab al-Hosni a confirmé que la jeune femme apparue à la télévision syrienne était bien Zaïnab al-Hosni", ont annoncé mercredi soir les organisations de défense des droits de l'Homme Amnesty international (AI) et Human Rights Watch (HRW).
L'identité de la victime enterrée par la famille al-Hosni demeure inconnue, et les deux organisations ont appelé à une enquête indépendante pour déterminer qui elle est. AI et HRW, qui ont dénoncé les exécutions de détenus en Syrie, avait cité le 23 septembre le cas de Zaïnab al-Hosni, 18 ans, arrêtée à Homs (centre).
Erreur d'identification(…)

Les deux organisations "regrettent cette erreur d'identification" et soulignent vérifier leurs informations avec de multiples sources indépendantes, affirmant que l'erreur est venue de la famille qui pensait effectivement avoir reconnu le corps de Zaïnab.
Elles ont demandé aux autorités de pouvoir se rendre en Syrie pour pouvoir enquêter sur ce cas et sur d'autres suspects, soulignant être interdites d'accès depuis le début de l'insurrection populaire en mars. Amnesty avait précédemment annoncé que la jeune fille avait été enlevée par des hommes en civil le 27 juillet, apparemment pour faire pression sur son frère Mohammad pour qu'il se rende. Agé de 27 ans, il participait à l'organisation de manifestations à Homs.
Le 13 septembre, leurs parents ont été convoqués dans un hôpital militaire pour récupérer le corps de Mohammad, lui-même arrêté, apparemment torturé, et mort en détention. Ils ont alors découvert un corps, mutilé et défiguré, qu'ils ont cru être celui de Zaïnab mais n'ont pas été autorisés à le récupérer qu'après avoir signé un document selon lequel leurs enfants ont été tués par une "bande armée". Le corps avait été décapité, démembré et écorché, selon Amnesty et d'autres ONG internationales. (belga)

7sur7.be 

06/10/

http://www.7sur7.be/7s7/fr/9478/Revolution-dans-les-pays-arabes/article/detail/1329527/2011/10/06/Une-fille-donnee-pour-morte-sous-la-torture-apparait-a-la-tele-syrienne.dhtml


Naba  : Syrie: Des dangers d’une lecture occidentaliste des soulèvements dans le Monde arabe.

Loin de moi toute polémique, mais gardons nous d’une lecture occidentaliste des soulèvements populaires dans le Monde arabe.

Si la critique est nécessaire pour le bon fonctionnement de la démocratie, une pédagogie politique des peuples commande que la critique porte sur tous les aspects du problème, dont une lecture fractale pointera immanquablement les tortuosités du discours dominant occidental.

Primo: Au delà des vives critiques fondées sur les tares du pouvoir syrien, la déstabilisation de la Syrie vise à compenser le basculement de l’Egypte dans le camp de la contestation arabe et à rompre la continuité stratégique entre les diverses composantes de l’axe de la résistance à l’hégémonie israélo-américaine en coupant les voies de ravitaillement du Hezbollah au sud Liban.

L’effet secondaire est de détourner l’attention sur la phagocytose de la Palestine par Israël avec la complicité des états occidentaux. Israël et la Syrie ne partagent pas le même intérêt. L’Etat hébreu cherche à constituer une ceinture d’états vassaux sur son pourtour, la Syrie à se dégager du nœud coulant glissé autour de son cou pour la forcer à la reddition.

Deuxio: La Syrie et l’Irak constituaient les deux seuls états du Monde arabe animés d’une idéologie laïque. L’Irak a été démantelé par les Américains avec pour conséquence la constitution ‘une enclave autonome pro israélienne dans le Kurdistan irakien, le schéma qui a préludé au démembrement du Soudan avec la constitution d’une enclave pro israélienne au sud soudan, sur le parcours du Nil. Il sera par la suite plus aisé de dénoncer l’intolérance des pays arabes du fait de leur intégrisme présumé.

Tertio: La libre détermination des peuples est un droit sacré inaliénable. Cela doit s’appliquer en Syrie, comme en Palestine. Cautionner, en juillet à Paris, avec Bernard Henri Lévy, le fer de lance de la campagne médiatique pro israélienne en Europe, une conférence de l’opposition syrienne, discrédite les participants et jette un voile de suspicion sur leurs objectifs, au même titre que l’alliance du parti islamiste «Al-Tharir» au nord Liban avec le chef de file des milices chrétiennes libanaises Samir Geagea, le plus solide allié des Israéliens au Liban .

Quarto: La succession dynastique doit être prohibée. Mais ce principe doit s’appliquer sans exception à Bachar Al-Assad, certes, mais aussi à Saad Hariri, qui a succédé à son père Rafic Hariri, sans la moindre préparation, à la tête d’un pays situé à l’épicentre du Moyen orient. A Ali Bongo dont la France a truqué les élections pou favoriser a propulsion à la tête de l’état gabonais. A Amine Gemayel, élu à l’ombre des blindés israéliens en remplacement de son frère assassiné Bachir, lui même élu à l’ombre des blindés israéliens. A Nicolas Sarkozy qui a veillé à propulser son fils Jean à la tête de l’EPAD (Hauts de Seine). A Hosni Moubarak qui se préparait à passer la main à son fils Jamal, avec la bénédiction des occidentaux dont Sarkozy saluera le courage de son départ, sans le moindre mot pour la courageuse lutte du peuple palestinien.

Cinquo: Faire le procès de la perte du Golan au régime syrien est un argument d’une indigence pitoyable, un procès de mauvaise foi. La disproportion des forces est patente entre Israël, première puissance nucléaire du tiers monde, de surcroît inconditionnellement soutenue par les Etats-Unis, la première puissance militaire de l’époque contemporaine, face à un pays, la Syrie, qui fait l’objet de tentatives répétitives de déstabilisation particulièrement de la part de ses frères arabes (le coup d’état du colonel Salim Hatoum, en Syrie, financé par l’Arabie saoudite, est intervenu en 1966, en pleine phase de détournement des eaux du Jourdain par Israël et la révolte de Hamas en 1982 est intervenue en 1982, à cinq mois de l’invasion israélienne du Liban, une opération destinée à propulser les frères Gemayel à la magistrature suprême libanaise.

Sexto: Se placer sous l’égide la Turquie relève d’une tragique méconnaissance des réalités régionales lorsque l’on sait que la Turquie a été le principal allié stratégique d’Israël pendant un demi siècle, tétanisant le monde arabe par une alliance de revers avec l’état hébreu.

In fine, le dignitaire religieux syrien qui s’étonne des infiltrations d’armes devrait lire un plus assidument la presse libanaise pour recenser le démantèlement, en deux mois, de quatre réseaux de contrebande d’armes du Liban via la Syrie, par mer ou par terre, par des réseaux des milice chrétiennes, ou des partisans du parti Al Mostaqbal, le parti de Saad Hariri.

Gageons que si la Syrie souscrivait à un règlement de paix avec Israël, dans des conditions avilissantes pour elle, elle retrouverait grâce aux yeux des occidentaux, particulièrement de Nicolas Sarkozy en voie de carbonisation et de Barack Obama, en voie de pantinisation.

René Naba

 

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=26917



1 Dossier

1-1 Louis Denghien : « A l’ONU, une vision syrienne de la crise syrienne » 

Il fallait bien que la voix – autorisée – de la Syrie se fasse un peu entendre dans l’enceinte des Nations-Unies à New York, jusqu’à présent vouée à retentir des accusations de « crimes contre l’humanité » et des menaces de sanctions diverses et variées ce pays. C’est chose faite depuis lundi 25 septembre, avec le discours prononcé en ce lieu par Walid al-Mouallem, ministre syrien des Affaires étrangères.

M. al-Mouallem n’a certe rien dit d’inattendu. Ni rien de faux non plus : accuser les Occidentaux de « semer le chaos » et de saboter la coexistence entre les différentes communautés religieuses afin de « démanteler le pays », ce n’est pas faire preuve de paranoïa ni de complotisme, c’est appeler, même en termes diplomatiques, un chat un chat, et les Euro-américains des enragés de la déstabilisation et de la « normalisation » du monde arabo-musulman. Ce qui menace la Syrie a déjà frappé l’Irak et frappe actuellement la Libye.

Le chef de la diplomatie syrienne a du reste enfoncé tous les clous qu’il pouvait dans son discours-réquisitoire contre la désinformation, les pressions et l’ingérence : il a donc dit que les manifestations des opposants étaient devenus pour les Occidentaux des « prétextes à des interventions étrangères » sur le modèle libyen, interventions que réclament d’ailleurs certains manifestants qui n’ont apparemment pas d’yeux pour voir ce qui se passe dans l’Irak voisin. « Comment pourrions-nous expliquer autrement les provocations médiatiques, le financement et l’armement de l’extrémisme religieux ? (…) Quel autre but cela pourrait-il servir que de semer un chaos total qui aboutirait au démantèlement de la Syrie ? » Gageons que cette interpellation sera tombée dans les oreilles des sourds Hillary Clinton et Alain Juppé, mais peut-être aura-t-elle fait réfléchir un certain nombre de représentants prudents et hésitants, à un moment où tous ont pu voir tout récemment, en ce même lieu, que la soit-disant défense de la liberté et de la dignité des peuples prônée par l’administration américaine et ses chiens couchants européens s’arrêtait aux frontières d’Israël et de la Palestine.

Walid al-Mouallem, sans surprise là non plus, a assuré son universel auditoire que le peuple syrien était « déterminé à rejeter toute forme d’intervention étrangère« . Et ce disant, il était encore globalement dans le vrai, la grande majorité des opposants syriens s’étant officiellement prononcés contre toute initiative de ce type.

Echec d’une tentative US de débauchage de la Chine.

On notera que dans le même temps, et dans le cadre de l’assemblée de l’ONU, Hillary Clinton a tenté de circonvenir le chef de la diplomatie chinoise M. Yang Jiechi. La Russie s’avérant inentamable sur le dossier syrien, la responsable du Département d’Etat espérait casser l’autre géant du bloc des BRICS, constant dans son refus de condamner et d’isoler Damas. Eh bien c’est apparemment raté : le ministre chinois des Affaires étrangères a été aussi ferme dans le fond que mesuré dans la forme :

« La communauté internationale doit respecter la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie, agir et réagir avec prudence afin d’éviter de nouveaux bouleversements qui menaceraient la paix régionale » a déclaré M. Yang, qui a en outre souhaité que « les différentes parties syriennes fassent preuve de retenue pour éviter toute forme de violence et de nouvelles effusions de sang et apaiser au plus vite la situation. »

Ces mises en gardes chinoises, identiques à celles formulées, au sein du Conseil de sécurité, par la Russie, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil, sont dans la continuité de la vision de Pékin sur la Libye, où la Chine a récemment invité les Euro-Américains « à réparer les dégâts » qu’ils avaient commis dans ce pays, sous prétexte de libérer un peuple. Le moins qu’on puisse dire c’est que, à l’occasion du « printemps arabe », de la crise syrienne et du rebondissement de la question palestinienne, deux blocs antagonistes se sont dessinés à l’échelle mondiale, et que l’un refuse fermement désormais d’être dupe des manoeuvres géopolitiques de l’autre maquillées en croisade humaniste et morale. Et c’est notre douleur de Français que de voir à quel point notre pays est arrimé au mauvais bloc !

Louis Denghien,

le 27 septembre 2011 

 Commentaire

Mohamed dit :

Certes, la Syrie a parlé devant les Nations Unies, mais sera-t-elle entendue ?
Elle l’est par des pays amis du BRICS, Amérique Latine et certains pays arabes.
Mais pour les autres qui veulent la peau de la Syrie, ils iront de l’avant vers la réalisation, quoi de plus en plus improbable, de leurs desseins, en légitimant et en officialisant la militarisation de l’insurrection et la désobéissance civile. Ils ne lâcheront prise sur la Syrie que quant leur défaite, dans cette guerre, devienne « claire comme de l’eau de roche ».
Et, ils ne vont pas démordre de ci-tôt !

http://www.infosyrie.fr/actualite/a-lonu-une-vision-syrienne-de-la-crise-syrienne/


1-2 Domenico Losurdo : La Syrie vue depuis l’Irak.

Informations tragiques et détails effarants arrivent de ce pays, mais il est difficile de distinguer entre la vérité et la manipulation, entre les protestations légitimes et les tentatives infâmes de déstabilisation.

Il peut cependant s’avérer utile de regarder vers la Syrie à partir non pas de l’Occident mais, par exemple, de l’Irak.

L’occasion nous en est fournie par un article de Tim Arango sur l’International Herald Tribune du 30-31 juillet. Lisons : « En Irak, la Syrie représente encore quelque chose de semblable à un oasis. Les Irakiens commencent à se réfugier là-bas pour fuir la guerre dirigée par les Usa et le bain de sang de la violence sectaire qui s’en suit. Au cours de la guerre, la Syrie a accueilli environ 300 mille réfugiés irakiens, plus que n’importe quel autre pays de la région (d’après le Haut Commissariat Onu pour les réfugiés).Ces jours-ci (1er août 2011),  même si la Syrie doit faire face à ses désordres, rares sont les Irakiens qui rentrent chez eux. En effet, les Irakiens qui partent pour la Syrie sont beaucoup plus nombreux que ceux qui rentrent dans leur patrie ». Les Irakiens fuient non seulement pour laisser derrière eux la guerre qui continue à sévir, mais aussi parce qu’ils n’en peuvent plus d’un pays caractérisé par l’inefficience et la corruption des services publics. Oui, « la Syrie est vue comme un pays où il est meilleur de vivre ». Interrogés par l’International Herald Tribune, les Irakiens s’expriment avec simplicité et efficience. Se référant à la Syrie, ils disent : « Là-bas la vie est belle, là-bas les femmes sont belles » (il n’y a pas d’obligation de port du voile). En tous cas, « il y a là-bas une chose importante : liberté et sécurité partout ». C’est à partir de cette conviction diffuse que, « à cause des vacances estivales, le nombre des personnes qui abandonnent l’Irak  pour la Syrie a augmenté ».  Mais que disent ceux qui se sont déjà établis dans ce pays (on présume dans les régions les plus tranquilles) ? Interrogé, toujours, par le quotidien étasunien, un Irakien témoigne : en effet, à la télévision le spectacle qui est offert de la Syrie est assez inquiétant, mais « quand je téléphone à ma famille, ils me disent que tout est ok » !Le cadre ici tracé est certainement unilatéral et excessivement rose. Mais ceux qui, après avoir déchaîné la guerre et avoir provoqué directement ou indirectement des dizaines et dizaines de milliers de morts, ont réduit l’Irak à des conditions, aujourd’hui encore, catastrophiques au point de faire apparaître la Syrie comme un « oasis », ceux-là n’ont de leçons à donner ni à l’un ni à l’autre de ces pays. Pour rester au Moyen-Orient : ceux qui, alors qu’ils continuent à bombarder la Libye, sans hésiter à massacrer les journalistes et les techniciens de la télévision de ce pays, prétendent donner des leçons sur les « droits humains » et rêvent d’une nouvelle « guerre humanitaire », ceux-là démontrent qu’ils ont perdu jusqu’au sens de la pudeur et du ridicule.

Domenico Losurdo

Edité sur le blog de l’auteur le 1er août 2011.
http://domenicolosurdo.blogspot.com/
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Yacine Farah : L’opposition laïque appelle l’Occident à protéger le peuple syrien.
nb - Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

Alors qu’en Syrie des voix commencent à demander la «militarisation» de la révolution face à un régime qui est prêt à tuer toute la population, s’il le faut, pour rester au pouvoir, l’opposition à l’étranger n’arrive toujours pas à accorder ses violons sur cette question qui tend à devenir lancinante en Occident.
Paris  de notre correspondant.
  Ceux qui sont pour l’intervention militaire étrangère justifient leur position par le caractère sauvage du régime en place qui n’offre aucune alternative de dialogue sérieux depuis mars 2011. C’est le cas de Bassam Bitar, ancien diplomate syrien en France et membre du parti Infitah (ouverture) dont le siège est à New York. «Je suis partisan d’une intervention aérienne rapide contre le palais présidentiel, le ministère de la Défense ainsi que l’ensemble des sièges de renseignements, de la police politique et militaire, a-t-il estimé. Le but étant, d’une part, de réduire à néant les capacités militaires de l’armée qui réprime sans état d’âme les manifestants et d’éviter, d’autre part, de créer des problèmes de sensibilités sur le sol entre d’éventuels soldats étrangers et ceux qui soutiennent le régime. En somme, il faut reproduire le scénario libyen.»
  Pour Abdelbaki Hussini, opposant politique et écrivain vivant en Norvège, l’idée d’une intervention militaire est d’actualité. Pis, elle est même recommandée et revendiquée par les manifestants syriens : «Tout le monde a bien vu que les banderoles déployées lors des manifestations demandaient une intervention militaire étrangère. Nous devons demander à la France, à la Grande-Bretagne et aux USA de frapper certaines cibles du régime syrien sans même attendre qu’une résolution de ce type soit votée par le Conseil de sécurité.» Et d’ajouter : «Nous devons demander au Qatar et à l’Arabie Saoudite de préparer le terrain régional pour faciliter une intervention militaire turque et de s’engager à payer les coûts financiers de cette opération.»
Appel à la protection des populations civiles
  Toutefois, ces avis, loin de susciter un dialogue sérieux et constructif, ont provoqué l’ire de nombreux représentants de partis, à l’image du parti Assyrien qui a menacé de quitter l’Alliance laïque si celle-ci venait à voter l’option militaire. «Les conséquences d’une intervention militaire contre la Syrie seront catastrophiques. Nous, nous avons des représentants à l’intérieur de la Syrie, et de ce fait, nous ne pouvons pas prendre la décision d’appeler ou pas à une intervention militaire», a soutenu Saïd Lahdou, membre du secrétariat général de l’appel de Damas à l’étranger et représentant du parti minoritaire assyrien. «Je vous prie d’entendre les voix qui nous viennent de l’intérieur et qui toutes disent, pas d’intervention militaire étrangère.»
  Néanmoins, ce participant s’est dit favorable à un appel international pour la protection de la population civile syrienne. C’est également l’avis de Mahmud Moussalat, professeur des études du Moyen-Orient à l’université d’Oberlin aux USA. Pour ce Syrien qui a quitté son pays depuis deux décennies, les USA et l’Europe ne sont pas prêts à entrer dans une nouvelle bataille après celle de la Libye. «Oui, nous demandons la protection des civils. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Armer le peuple ? Décréter aux avions militaires syriens de survoler le territoire ? En réalité, cette question n’est pas arrivée à maturité. Le scénario libyen ne peut pas s’appliquer à la Syrie. Certes, l’intervention militaire est inévitable, mais pas maintenant.»
  Par ailleurs, l’Alliance laïque a fustigé la position de la Russie et de la Chine vis-à-vis de ce qui se passe dans son pays. Elle a également critiqué la position de la Turquie, qualifiée d’obscure et de changeante au gré des intérêts économiques et politiques. Elle a appelé Ankara à améliorer les conditions d’accueil des réfugiés syriens sur son territoire ou alors à laisser un autre pays les accueillir. Depuis le début de la révolution syrienne en mars 2011, plusieurs réunions de l’opposition ont eu lieu dans différentes villes comme Istanbul, Antalya, Le Caire, Berlin et Paris. Mais aucun accord visant à unifier ses rangs n’a été trouvé pour des raisons idéologiques. Etant déjà important, le fossé qui sépare l’opposition islamiste des démocrates et laïcs risque encore de se creuser et de rendre l’alternative au régime d’Al Assad compliquée.
Yacine Farah

21-09-

http://www.elwatan.com/international/syrie-l-opposition-laique-appelle-l-occident-a-proteger-le-peuple-syrien-21-09-2011-140593_112.php


2-2 Pr. Elias Zahlaoui : Lettre ouverte d’un prêtre syrien à Alain Juppé.

20 septembre 2011

Monsieur le Ministre, Depuis votre nomination au poste de Ministre des Affaires Étrangères de la France, vos déclarations à l’encontre de mon pays la Syrie, sont, pour le moins qu’on puisse dire, sinistres et orageuses.
Pas plus tard qu’hier vous avez accusé la Syrie d’être responsable de crimes contre l’Humanité, emboîtant ainsi le pas de votre prédécesseur Bernard Kouchner, le valeureux « défenseur des droits de l’homme » !

Ces graves accusations, vous vous plaisez à les lancer contre la Syrie, chaque fois que vous vous trouvez au cœur de ce boiteux et aveugle Conseil de Sécurité ; ou encore quand vous vous pavanez auprès de Mme Hilary Clinton.

N’auriez-vous donc pas été parachuté au Quai d’Orsay, après votre longue disgrâce politique, par on ne sait quelle main mystérieuse, pour préparer et justifier aux yeux de l’opinion publique, française et internationale, la destruction programmée et définitive de la Syrie, pour bien assurer la survie d’Israël ?

Ignorez-vous donc que cette opinion publique, française et internationale, est savamment matraquée par des médias au service aveugle des tout puissants lobbys sionistes ?
Ignorez-vous aussi que ces fameuses Instances Internationales, qui ont pour noms Assemblée Générale des Nations-Unies, Conseil de Sécurité et Conseil des droits de l’Homme, qui sont censées asseoir la justice et la paix mondiale, sont, depuis des décades, effrontément manipulées par les États-Unis ?

Ignorez-vous aussi que ces mêmes États-Unis, leurs présidents en tête, sont, de l’aveu même de chercheurs américains, courageux, comme Paul Findley, Edward Tivnan, Noam Chomsky, David Duke, Franklin Lamb, Stephen Walt et John Mearsheimer, sont tenus en laisse par le tout-puissant lobby israélien ?

La Syrie, dites-vous, est responsable de crimes contre l’humanité. Mais depuis quand est-il interdit à un pays de défendre son existence propre, ainsi que la sécurité et la dignité de ses citoyens ?

Cela ne serait-il permis qu’aux puissants de ce monde, comme les États-Unis, la
France, l’Angleterre et l’Allemagne, qui s’érigent toujours, en dépit de leur écœurant machiavélisme et de leurs distorsions sans nombre, en arbitres infaillibles des droits et des légitimités de toute sorte ?

En attendant, et surtout depuis les mystérieux événements du 11 septembre 2001, vous prenez prétexte de tout pour justifier l’injustifiable, comme d’envahir et de détruire d’autres pays, comme l’Afghanistan, le Pakistan, l’Irak, et tout dernièrement la Lybie, pour en faire à votre façon odieuse, des "paradis" de paix, de droits et de démocratie !

N’est-il pas vrai que vous êtes intervenus en Lybie, pour soi-disant protéger les droits humains des civils, contre un dictateur, que, pourtant, la France et l’Italie n’ont cessé de flatter, et que l’Angleterre et les États-Unis ont fini par chérir ! Et vous vous en êtes acquittés en laissant sur le sol de la Lybie, un charnier de 50,000 morts, pour la plupart des civils.

Ah, de quelle "bravoure" vous y avez tous fait preuve !

Je me dois aussi de signaler que vous avez eu l’intelligence de ne pas toucher aux installations de pétrole, but unique et ultime de votre fameuse "intervention humanitaire" !

Étrange "humanisme" que celui des États-Unis, de la France, de l’Angleterre, de
l’Allemagne et de l’Italie, digne, il est vrai, de l’Histoire de vos différents pays, toute remplie, sans exception, d’injustices, de charniers et d’horreurs !

Cependant, si, en Occident, vous êtes si sensibles au problème des droits de l’homme, pouvez-vous me dire ce qui vous rend totalement aveugles à ce que fait Israël en Palestine, depuis plus de 60 ans, en décimant systématiquement le peuple palestinien, et en dévorant même la portion de terre, qui lui a été décidée par les fameuses Nations Unies en 1947 ?

A ce propos, Monsieur le Ministre, pouvez-vous m’assurer que la France et tous les pays occidentaux, si servilement alignés sur les États-Unis et Israël, ne voteront pas le 20 septembre courant, contre le droit du Peuple palestinien à avoir "sa " Patrie, si réduite soit-elle ?

Seriez-vous donc aussi, tous en Occident, aveugles et esclaves, pour ne pas oser voir, et dénigrer ce qu’a fait et continue de faire, Israël, sans impunité, au Liban, en Égypte, au Soudan, en Syrie, et même en pleine mer, contre les bateaux venus au secours des habitants de cette immense prison de Gaza, d’un million et demi d’habitants ?

Par quelle étrange procédure, Israël a pu arracher la langue de tous ces "Grands" de l’Occident, pour s’être privés, durant tant d’années, de lui adresser le moindre reproche, face aux monstrueux et continuels défis qu’il ne cesse de lancer à tout moment, à toutes les lois et conventions internationales, dont l’Occident pourtant est l’auteur ?

Pauvre et monstrueux Occident ! Savez-vous dans quel gouffre vous vous précipitez, et où vous risquez d’embarquer bientôt le monde entier ?

Monsieur le Ministre, sachez bien que je ne vous déteste pas. Mais je vous plains. Tout comme je plains avec vous, toute l’Église d’Occident qui devrait crier tout haut, face à de telles distorsions et injustices, comme l’a fait un jour le Cardinal de Boston, Mgr. Bernard Law, en adressant une terrible lettre ouverte à Mr. Georges Bush, lettre qui lui a valu d’être démis peu après. Cette Église d’Occident, serait-elle donc réellement morte, comme je vous l’avais dit dans la première lettre ouverte, que je vous avais adressée en date du 9/6/2011 ?

Et pourtant, ce qui se passe au niveau du monde, et ce qui se commet par les
Puissances Occidentales, sont de nature à réveiller les morts. Il a donc fallu la toute dernière visite du Patriarche Maronite en France, Sa Béatitude Béchara Raï, pour dire à la France et à tout l’Occident, à travers la France, sa triste vérité.

Qu’il en soit remercié, au nom de tous les opprimés du monde, surtout les opprimés du Monde Arabe et Musulman.

Pr. Elias ZAHLAOUI
Église Notre-Dame de Damas

Source : mondialisation.ca


2-3 La situation des chrétiens à homs.

Le curé de Bab Sbah, à Homs,  relate ce qui suit, le 23 septembre 2011 :

« Ces deux dernières semaines la situation à Homs était des plus tendues. Je peux vous dire que l'épreuve renforce notre foi, nous unit entre chrétiens et entre chrétiens et musulmans et nous détache des choses de ce monde. Nous voyons la mort de nos yeux tous les jours. Notre vie quotidienne est bouleversée.  Comme d'habitude je vous transmets ce que nous vivons au fil des jours.

La population sunnite de Bustan Diwan, Bab Dreib, Bab Sbaa, s’était ralliée à 30 % à Bilal El Ken, Emir autoproclamé de la principauté (Imârat) de Homs. Ce dernier avait loué de la famille Traboulsi une grande villa dans le quartier huppé de Warcheh où il avait installé son Quartier Général. Ce Bilal El Ken, était fort de plusieurs centaines d’hommes, armés jusqu’aux dents. La plupart sont  recrutés parmi les artisans de la classe pauvre de Homs. De toute évidence ils ne sont pas entraînés au port des armes ce qui les rend plus dangereux car ils tirent dans tous les sens, surtout lorsqu’ils sentent le danger. Mais ils sont encadrés par des professionnels de la nébuleuse salafiste internationale : afghans, irakiens, séoudiens, libanais ou jordaniens. Les jeunes des Comités populaires en ont capturés quelques-uns. Ces groupuscules ont pour mission de terroriser les forces de l’ordre et l’armée pour les faire démissionner ainsi que de dissuader la population au cas où elle chercherait à contredire l’opposition.

Profanation à l’église de Saint Elian et enlèvement de jeunes chrétiennes

Depuis une dizaine de jours les salafistes ont forcé la porte de l’antique église Saint Elian à Homs. Ils pensaient que les ustensiles sacrés étaient en or aussi les ont-ils raflés. L’Evêque grec-orthodoxe, S.E. Mgr. Abou Zakhm a eu le courage d’aller voir l’Emir de Homs, Bilal El Ken. Il lui a dit «Nous sommes des frères et avons toujours vécu ensemble. Pourquoi as-tu pris nos vases sacrés ?, tu dis que tu te passes des forces de l’ordre, il t’appartient donc de nous défendre ». Bilal a rassuré l’Evêque sur les intentions des insurgés mais a nié avoir commandité la rafle. Les rebelles avaient, en passant, vidé la caisse de l'église.

Puis les sbires de Bilal El Ken enlevèrent quatre filles chrétiennes d’un minibus faisant l’aller retour de Homs à Zeidal. L’une d’entre elles, Maya Semaan, fut rendue au bout de quatre jours, de toute évidence violée. L’armée intervint alors pour mettre une limite aux exactions des salafistes. Bilal fut tué le 7 septembre 2011 durant les affrontements et son quartier général fut perquisitionné. On y trouva les vases sacrés volés et ils furent rendus à l’église de Saint Elian. 

Bilal El Ken, l’Emir décédé de l’Emirat salafiste de Homs

La désinformation assure que Bilal EL Ken est un officier dissident faisant partie de l’armée libre de Syrie. Il n’en est rien. Les salafistes ont mis la main sur un dépôt d’uniformes de l’armée syrienne. Ils s’en revêtent et se font passer pour des officiers et des soldats repentis. Ce sont les gens du quartier de Bilal  à Bab Sbah à Homs qui affirment que toute sa vie cet individu était un voyou qui s’est converti au wahabisme salafiste par pur intérêt. Les musulmans modérés se plaignent de lui autant sinon plus que les chrétiens. Ils l’accusent de viol, séquestration, terrorisme, intimidation et fondamentalisme meurtrier.

Ces jours-ci les rues sont plus calmes. On entend cependant toujours des rafales de balles. Maintenant on peut sortir faire les achats nécessaires, mais depuis quinze jours on était terrés à la maison.  Homs était devenu un champ de bataille. Les insurgés ont des armes lourdes qu’ils utilisent sans discernement. Avec les RPG ils peuvent détruire les chars de l’armée.  La façade de l’Evêché est criblée de balles et quelques vitres sont cassées. Etant situé sur une ligne de démarcation le bâtiment aurait dû être beaucoup plus endommagé. Il faut remercier l’armée qui avance avec un soin infini. Cependant ceci n’a pas encouragé les locataires de l’Evêché à y rester. Il semble abandonné dans un quartier ravagé, autrefois si paisible.

Les groupes salafistes continuent à investir plusieurs quartiers de Homs, surtout Bab Amr. Ils ont juré d’empêcher les écoles d’ouvrir à travers ce slogan : « La dirassé wa la tadriss hata isqat al ra2is » (« Pas d’études ni d’enseignements jusqu’à faire tomber le Président »). Les écoles publiques ont ouvert et les écoles privées ouvriront la semaine prochaine mais les salafistes tirent sur les écoles ce qui dissuadera les parents d’envoyer leurs enfants. De plus les « manifestants » ont décidé de marcher dans la rue au moment de la sortie des écoles. Sur les photos et les vidéos il y aura plus de monde de plus  çà fait bien que les écoliers et les étudiants paraissent faire partie de l’opposition.

Depuis longtemps la grande majorité des jeunes s’est retirée. Les chrétiens ne sentent plus que les revendications les interpellent. Il n’y a d’ailleurs aucune autre revendication que d’en finir avec le régime et cela est crié dans tous les sens, blasphèmes à l’appui, au son des « Allah Akbar », « Haya ila ljihâd »,  islamiques (Dieu est grand, allons au combat).

Les jeunes ou moins jeunes qui sont restés fidèles au mouvement contestataire sont réapparus armés, et farouches. Auparavant nul ne parlait de la religion de l’autre. Aujourd’hui on entend des injures contre les chrétiens et les alaouites et…vice versa. C’est une situation désastreuse qui laisse présager le pire.

Mes paroissiens et nos amis musulmans nous nous regardons souvent avec une interrogation lancinante : que s’est-il passé pour que nous en soyons arrivés là ? Au début j’ai approuvé tacitement que quelques uns de nos jeunes aillent aux « manifestations » avec leurs camarades. C’était une belle expérience de solidarité. Les revendications étaient justes et légitimes et elles continuent à nous tenir à cœur.  Mais, très vite, ces manifestations sont devenues d’un autre esprit. Nous avons vu des barbus armés et drogués tirer partout d’un œil hagard. Je vous en avais déjà parlé, mais vous me dites qu’on ne vous croit pas ? Pourquoi n’avez-vous pas amené vos amis journalistes à Homs ? Ils auraient vu de leurs yeux nos voisins devenus subitement des salafistes féroces et méconnaissables, les barricades occupées par des groupes armés, les destructions, les slogans islamistes.

Nous tous, musulmans modérés (la grande majorité), chrétiens, alaouites, druzes, ismaélites et même kurdes nous craignons l’avènement d’un Etat islamique qui nous impose, comme lois civiles, les lois religieuses de l’Islam. Une conversation étayera ce que je dis.

Redevenir Dhimmi ?

Un dhimmi est un citoyen de l’état islamique qui n’est pas musulman. D’après les normes du Coran, il est traité comme un citoyen de seconde zone. Il doit verser une capitation pour être « protégé » par l’état islamique. Il n’a pas les mêmes privilèges que les citoyens musulmans.

L’autre jour j’étais chez le mécanicien à Sinaa (la cité industrielle).  Celui-ci, un fervent sunnite, me questionne à brûle-pourpoint : « Que pensez-vous des affirmations du Patriarche Maronite ? On dirait qu’il a peur pour les chrétiens si le régime tombe ? ». Je lui réponds : « Je pense qu’il a raison. Il est difficile pour un chrétien d’aujourd’hui d’accepter de redevenir un dhimmi. C’est inacceptable »

Il rétorqua : « Mon frère,  il ne faut pas avoir peur de nous, nous vivons ensemble depuis longtemps. »

Je lui précisais : « Nous avons vécu ensemble sous le protectorat français puis sous des régimes laïcs. Devant la loi nous sommes égaux. Dans un état islamique nous ne vivrons pas en égaux. Accepterais-tu d’être traité par un chrétien comme un citoyen de deuxième catégorie ? ».

Il sursauta et je renchéris : « Ce n’est acceptable ni chez nous ni ailleurs, ce serait retourner en arrière, au Moyen-Âge, vers un régime basé sur une discrimination confessionnelle. C’est pourquoi les chrétiens ne briguent pas un état chrétien mais préfèrent un régime laïc devant lequel nous sommes tous des citoyens aux droits et devoirs égaux, abstraction faite de notre appartenance religieuse. Tandis que votre réclamation d’un Etat islamique vous amènera, une fois qu’il sera instauré, à distinguer derechef les musulmans des non-musulmans. Nous serons en plein dans la discrimination et l’apartheid ».

Mon mécanicien ne répondit plus rien, il préféra vaquer à son travail."  

 Propos recueillis par Mère Agnès-Mariam de la Croix

Higoumène du monastère Saint Jacques l’Intercis

Qâra - Syrie

Une analyse de Mère Agnès-Mariam de la Croix



3  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

3-1 Mireille Delamarre : Qui Sont les Djihadistes Responsables de L’Insurrection Armée ?

Malgré toute la propagande occidentale politique médiatique des ONG et même de l’ONU/ Conseil des Droits de L’Homme qui voudrait faire croire à l’opinion publique que les manifestations contre le régime syrien de Bashar Al Assad sont pacifiques, il est clair que le mouvement de revendication a été détourné dés le début par les Djihadistes soutenus et armés par des puissances étrangères ce que La Russie qui est contre toute résolution/sanctions au CSONU contre la Syrie a pointé du doigt. Qui sont ces Djihadistes ?

L’invasion de l’Irak par les Américains en 2003 a joué un rôle prépondérant dans l’augmentation du nombre de Djihadistes syriens. Avec une frontière Syrie Irak poreuse des régions syriennes telle celle de Bou Kamal sont devenues des points de passage pour les Djihadistes allant combattre les Américains en Irak. Le dirigeant de l’époque d’Al Qaeda en Irak, Abu Mus’ab al-Zarqawi, soucieux d’installer une branche d’Al Qaeda au Levant s’appuyait sur ces Djihadistes « locaux » et a développé leur recrutement.
Depuis cette époque le nombre de Djihadistes syriens n’a cessé de croître à tel point qu’une proportion importante des Salafi-Djihadistes en Irak était d’origine syrienne constituant 13% des volontaires arabes en Irak.
Leurs activités ne se limitaient pas à l’Irak et à la Syrie mais s’étendait aussi au Liban où ils ont été très actifs lors des combats au camp de réfugiés palestiniens de Nahr al-Bared entre l’armée libanaise et des Djihadistes. 13% de ces Djihadistes étaient syriens, 16% saoudiens, les Palestiniens des camps de réfugiés 31% et les Libanais 33%. 7% avaient des origines différentes.
Cet accroissement du nombre de Djihadistes syriens s’est faite en même temps qu’ une production abondante de milliers de pages d’écrits théorisant la confrontation avec le régime Allawouite syrien des Assad. Les plus connus de ces écrits sont ceux d’Abu Musa Al Suri (Mustafa bin Abd al-Qadir Sitt Maryam Nasr, qu’on pense être emprisonné en Syrie après avoir été kidnappé et livré par les Etats Unis lors de l’une de leurs opérations dite de «rendition»)
Al -Suri a écrit plusieurs livres sur le Djihad en Syrie et sa vision du Levant en particulier de la Syrie comporte deux volets : le premier représente une théorie intellectuelle et le second porte sur des stratégies d’une révolution ou confrontation avec le régime syrien qu’il considère comme un régime kafir représentant « Nusayris » terme péjoratif pour parler des Allawouites auxquels appartient la famille Assad et les Baathistes le parti au pouvoir.
Après la mort d’ Hafez el Assad ( le pére de Bashar) Al- Suri a écrit un livre intitulé « Ahl as-Sunna fi'l-Sham fi Muwajihat al-Nusayria wa'l-Salibeen wa'l-Yahoud (The Sunni People in the Levant in the Face of Nasiriyah, Crusaders and Jews) dans lequel il se concentre sur deux sujets principaux : le groupe « Nusayri » et sa domination injuste pour lui de la Syrie et l’état syrien et son appareil qui selon Al-Suri est soutenu par l’Occident pour faire la paix avec Israël. Al-Suri envisage une révolution sunnite en Syrie comme solution stratégique.« Nous devons mettre en évidence le caractère de base de cette confrontation avec les Alawi Nusayris, en concentrant l’axe de confrontation sur le point précis de ce conflit djihadiste entre la vérité et le mensonge, les Sunnites face aux Alawis Nasiriyah ».

Autre théoricien bien connu des Djihadistes, Husain Bin Mahmoud, qui a écrit le 26 Mars un article "Demashq: Qa'dat a-Jihad fi al-Ard" (Damascus: the Jihad Base on the Earth - Damas la base du djihad sur la terre) dans lequel il présentait plusieurs hadiths (versets) du prophète Mohammad qui mettaient l’accent sur la qualité du Levant comme base du Djihad car c’est « la terre de la foi et de la science », la maison des « meilleurs soldats sur terre » et « le meilleur endroit pour émigrer ».

Bin Mahmoud met l’accent sur le sectarisme de la société en Syrie vue sous l’angle djihadiste et affirme que 80% du peuple syrien est musulman et réprimé par 20% de « non musulmans » la minorité allawouite et se demande comment « une minorité méprisable humiliée constitue les supérieurs des meilleurs soldats sur terre» ? Fournissant lui-même la réponse, Bin Mahmoud dit que les peuples du Levant ont été humiliés quand « ils ont remplacé le drapeau du Djihad par celui de la résistance nationale et remplacé l’identité islamique par le nationalisme et la doctrine de l’Islam par le Baathisme et le socialisme ».
Bin Mahmoud comme la majorité des Djihadistes ayant dans leur champ de mire la Syrie espère que le peuple syrien adhérera au Djihad : « quand les peuples du Levant reviendront à la vertu et que le bruit des balles sera exalté et que les jeunes gens crieront sur les places « Dieu est grand » et que les minarets commenceront à appeler au Djihad alors je precherai le Gospel des Musulmans en Orient et en Occident et les infidèles seront détruits… et alors malheur aux infidèles et leurs peuples face aux soldats d’Al-Sham ».
Il est clair que ces Djihadistes sont engagés dans des actes de terreur menés à la fois contre l’appareil d’état syrien de Bashar Al Assad, militaires, policiers et forces de sécurité dont plusieurs centaines ont été tués depuis février (à inclure dans les plus de 2000 victimes de cette insurrection armée) et le peuple syrien dont les manifestants réclamant des réformes et qui en grande majorité veulent qu’elles soient faites par le régime d’Assad. Il est également clair que ces actes de terreur sont le fruit d’une perspective idéologique et géopolitique visant la division sur une base sectaire de la Syrie, une Balkanisation de ce pays, plan qui n’est absolument pas soutenu par la majorité des Syriens y compris sunnites mais qui constitue le projet américano sioniste (et celui de leurs larbins européens dont Sarkozy) pour la Syrie mais aussi pour le Liban. Cette balkanisation du Levant fait l’affaire des Sionistes qui tentent par tous les moyens d’y maintenir leur hégémonie en manipulant ces Djihadistes via leurs services secrets (Mossad, CIA et C°) y compris en utilisant des sites internet incitant au Djihad que leurs agents ont infiltré.
Certaines informations sont tirées d’un article de Murad Batal al-Shishani spécialiste des mouvements islamistes en Tchéchénie et au Moyen Orient publié sur Asia Times On Line dans lequel il dédouane ces Djihadistes des violences actuelles en Syrie - d’après lui ils ne seraient pas encore intervenus dans le conflit - contredisant ainsi la présentation qu’il fait de ces Djihadistes.

Mireille Delamarre

13 Septembre 2011

http://www.planetenonviolence.org/Syrie-Qui-Sont-Les-Djihadistes-Responsables-De-L-Insurrection-Armee_a2488.html


3-2 Pierre Khalaf : La vague colonialiste se brisera en Syrie. 
Les élites occidentales colonialistes se comportent comme si elles avaient repris l’initiative après l’occupation de la Libye et le lancement d’une contre-attaque avec la collaboration d’Israël, de la Turquie et des pays arabes tournant dans leur orbite, contre la Syrie et la Résistance libanaise.
Les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne agissent avec arrogance, alors qu’ils vivent une crise financière sans précédent. Ils s’investissent en Tunisie et en Égypte dans l’espoir de cueillir les fruits des révolutions populaires, alors que rien n’indique qu’ils engrangeront les dividendes souhaités. Le concept des guerres préventives a prouvé son échec et il sera suivi, très prochainement, par celui des guerres humanitaires, sorti à la hâte des tiroirs et dépoussiéré.
En Libye, les forces du Conseil national de transition et ses alliés de l’Otan n’arrivent toujours pas à prendre le contrôle effectif de l’ensemble du pays ; et en Syrie, Washington et ses alliés sont dans une impasse. Ils n’arrivent à arracher aucune concession à Bachar el-Assad sur les dossiers régionaux et ne parviennent pas, non plus, à déstabiliser de manière significative le pouvoir syrien, uni dans toutes ses institutions derrière son président. De plus, l’option de l’intervention militaire contre la Syrie est une menace que les Occidentaux gardent sur le tapis sans être en mesure de la concrétiser. Il n’y a pas à comparer entre les brigades de Mouammar Kadhafi, qui résistent encore au CNT et à l’Otan, et l’armée syrienne, beaucoup plus nombreuse, mieux équipée et certainement plus motivée à défendre la souveraineté de la Syrie et l’intégrité de son territoire.
Pourtant, les pressions exercées sur la Syrie sont immenses. Des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar financent les groupes extrémistes et leur assurent une généreuse couverture médiatique, tandis que la Turquie s’est chargée du soutien politique et diplomatique. Pendant ce temps, les armes affluent, surtout du Liban, pour tenter de déstabiliser le pouvoir syrien.
Les élites occidentales ne jubileront pas longtemps. Lorsque la Syrie écrasera les groupes terroristes qu’elle a déjà connus dans les années 80, et qu’elle aura fini de nettoyer les derniers foyers de l’insurrection armée, elle ressortira renforcée de cette amère expérience qui aura couté au pays des centaines de vies humaines et des centaines de millions de dollars de pertes et de dégâts. Elle pourra alors passer à la contre-attaque pour briser une fois pour toute cette nouvelle vague colonialiste dont l’objectif principal est d’assurer un filet protecteur à Israël après le retrait des troupes états-uniennes d’Irak, à la fin de l’année.
De nouveaux rapports de force seront alors consacrés et ils ne seront certainement pas en faveur de l’Occident et de ses séides locaux et régionaux. Bien au contraire, c’est l’axe de la résistance, dans toutes ses composantes, qui se verra renforcé. C’est alors que les vrais changements commenceront. Et cette fois, la vague emportera tous ceux qui auront collaboré ou misé sur une recolonisation du Machrek arabe.

Pierre Khalaf

03/10/2011
http://www.voltairenet.org/La-vague-colonialiste-se-brisera


3-3 Kinan Al Kourdi : Entretien avec Gilles Munier sur la Syrie.
 (Algérie Network – Portail de la diaspora algérienne - 20-9-11)*

1 – M. Munier, vous revenez d’un voyage en Syrie, à l’invitation de chefs d’entreprise syriens, lors duquel vous vous êtes rendu à Damas et à Hama. Quelle est l’atmosphère générale dans ces deux villes, dont l’une, Hama, a connu une période d’insurrection ? Quelle estimation faites-vous de l’intensité du soutien à Bachar al-Assad, d’une part, et à l’opposition d’autre part, au sein de la population syrienne ?

L’invitation en Syrie m’a été adressée directement par une association de chefs d’entreprise syriens cherchant à combler un déficit en matière de communication sur la situation dans leur pays. Ces hommes d’affaires qui voyagent beaucoup savent bien que ce n’est pas en adoptant la stratégie de l’autruche que l’on répond à une campagne de diabolisation. Une centaine de personnalités, de journalistes venus d’un peu partout dans le monde, y ont répondu. Evidemment, l’initiative était soutenue par le gouvernement syrien, mais il ne s’agissait pas d’un voyage organisé par le ministère de l’Information, comme j’en ai connu beaucoup, en Irak et ailleurs, depuis les années 70.

Damas était telle que je l’ai toujours connue. Je suis arrivé à 2 heures du matin. Il n’y avait pas de mesures de sécurité renforcées à l’aéroport, un seul check point – mais fluide – à l’entrée de la capitale. Le lendemain, je me suis baladé sans accompagnateur et n’ai remarqué aucun déploiement de force particulier, ni aux carrefours, ni devant les bâtiments officiels. Dans le souk Hamadiyé, cœur de Damas, la vie suivait son cours habituel. Je n’ai pas vu de présence policière anormale près de la mosquée des Omeyyades ou aux alentours du tombeau de Salah Eddine, comme le prétendent les communiqués de l’opposition extérieure.

Mais à Hama, l’atmosphère est différente. Pour moi, le temps y semblait suspendu. Je pense que ma perception de la ville est faussée par ce que j’ai lu ou entendu sur le soulèvement organisé en 1982 par les Frères musulmans, durement réprimé. En juin et début juillet, les manifestations d’opposants qui s’y sont déroulées, infiltrées par des extrémistes armés, ont fait d’importants dégâts. Le gouverneur, partisan de la négociation, avait ordonné aux forces de sécurité et à l’armée de quitter la ville. Il n’a pas pu empêcher les émeutes et pillages qui ont suivi et a été remplacé. Son successeur, Anas Naëm, a repris la situation en main. Il y a eu des combats de rues, des morts et des arrestations. La vidéo qu’il nous a fait projeter témoigne des échauffourées et des destructions, mais la Syrie ne s’est pas «enflammée du sud au nord, d’est en ouest » comme le prédisait le « facebookiste » Rami Abdelrahman, directeur de l’obscur Observatoire syrien pour les droits de l’homme (OSDH), officine pro-OTAN basée à Londres.

Je pense que les Syriens, dans leur majorité, n’adhèrent pas à la politique du pire. Ils refusent l’irakisation de leur pays. Globalement, Bachar al-Assad est soutenu par ceux qui craignent que les désordres sanglants actuels débouchent sur le chaos. L’intensité du soutien dont il bénéficie dépend en grande partie de cette prise de conscience. L’opposition extérieure surfe, à des degrés divers, sur la vague de mécontentement manipulée par les services secrets occidentaux, saoudiens, jordaniens, turcs. L’opposition intérieure, plus nationaliste, en phase avec les réalités du pays, est en général pour une solution négociée de la crise. Elle répond donc favorablement aux offres de dialogue du régime, trouve que les réformes proposées vont dans le bon sens, même si elle les juge insuffisantes, ce qui normal de la part d’une opposition.

2 – Quelle appréciation générale portez-vous sur les causes et origines de l’actuelle crise en Syrie ? Y voyez-vous le résultat d’un plan de déstabilisation de l’étranger ou un phénomène spontané de décomposition des vieux systèmes autoritaires dans le monde arabe ?

Je pense qu’il n’y aurait pas eu de crise en Syrie - du moins pas maintenant - si les pays de l’OTAN ne s’étaient pas senti dépassés par les révolutions arabes de Tunisie et d’Egypte. Ce qui était en cause, c’était l’inféodation de la plupart des régimes de ces pays aux desiderata politiques et économiques occidentaux, et leur inaptitude à se réformer de l’intérieur.

Tout le monde s’attendait à ce qu’un jour la colère des peuples explose contre l’injustice, la misère, le chômage, l’impossibilité de s’exprimer librement. Il y a longtemps qu’aux Etats-Unis, des think tanks planchaient sur des scénarii de gestion des crises futures. Les stages offerts à des jeunes originaires des pays arabes pour les former aux techniques d’influence via Internet et Facebook le prouvent. Mais loin de moi l’idée que les réseaux sociaux sont à l’origine des « Printemps arabes »… Les messages repris par la presse occidentale sont souvent conçus hors des pays concernés, par des officines spécialisées !

Un exemple… Prenons le cas de Rami Abdelrahman, agitateur syrien dont j’ai parlé tout à l’heure. Sa véritable identité n’est pas établie. Personne ne l’a rencontré, l’AFP l’a interviewé, mais par téléphone. On dit qu’il aurait été formé à Stockholm aux techniques de subversion par réseaux sociaux et Internet, par l’Institut suédois, une institution financée par l’Etat dispensant des cours pour « façonner l’opinion publique » dans le monde arabe. Il affirme diriger un réseau de « 200 correspondants » en Syrie, disposant de matériels de communication sophistiqués et lui rendrait compte « heure par heure » de l’état de la situation… ! Aucun média n’a pris la peine d’enquêter sur cette machine de guerre « droit-de-l’hommiste », pourtant tous répercutent ses communiqués sans se poser de question. Curieux, non ?

Plus menaçant est le jeu des Frères musulmans syriens. Leurs relations avec l’Intelligence Service - MI6 - datent des années 40, celles avec la CIA des années 50. Le soulèvement organisé à Deraa, ville située près de la frontière jordanienne, déclencheur des événements actuels, n’est pas sans rappeler l’ « Opération straggle », montée en 1956 par les anglo-américains avec l’aide des services secrets jordaniens et des Frères musulmans pour se débarrasser d’un gouvernement syrien qui ne leur plaisait pas. Un des organisateurs du complot était Kermit Roosevelt junior, l’homme qui a renversé le docteur Mohammad Mossadegh en 1953, en Iran.

En Syrie, les Etats-Unis ont allumé un contre-feu pour sauver, au moins provisoirement, les régimes qui leur sont inféodés. Rien ne dit qu’ils y parviendront. La panique du roi Abdallah d’Arabie rentrant d’urgence du Maroc, où il était en convalescence, pour étouffer à coup de milliards de dollars le mécontentement dans son pays, est un signe qui ne trompe pas.

3 –Quelles sont selon vous les conditions nécessaires à un scénario de sortie de crise en Syrie? A l’inverse le risque d’une intervention de l’OTAN en Syrie, dans un scénario à la libyenne, vous paraît-il possible ?

Je ne crois pas à un scénario à la libyenne en Syrie. Comme l’a dit Nicolas Sarkozy : « il n'est pas nécessaire, devant des réalités politiques différentes, d'agir chaque fois de la même façon» ! Mais, il ne faut pas se faire d’illusion, l’OTAN ira jusqu’au bout de sa logique.

En revanche, une intervention israélienne au Liban, entraînant la Syrie dans le conflit, est de l’ordre du possible. L’octroi d’un mandat international de l’ONU permettrait alors à l’OTAN, France en tête bien sûr, d’intervenir. Au fond de lui-même, Sarkozy rêve peut-être d’entrer dans Damas, de poser son pied sur le tombeau de Salah Eddine et de dire comme l’a fait le général Gouraud en juillet 1920 : « Réveille-toi Saladin, nous sommes de retour. Ma présence ici consacre la victoire de la croix sur le croissant» !

4 – L’intervention en Libye a été l’occasion d’une alliance militaire d’un nouveau style entre les monarchies arabes du CCG (avec à leur pointe le Qatar) et l’OTAN. Quels sont les intérêts qui cimentent cette alliance que l’on voit actuellement mettre la pression sur Damas ?

L’intérêt de l’OTAN, occupée par le théâtre d’opération libyen, et du Conseil de coopération du Golfe (CCG) est d’empêcher que les « révolutions arabes » renversent un émir ou un roi arabe. Craignant l’effet domino, ils ont vite étouffé les manifestations de mécontentement au Bahreïn et au Koweït. Les Emirats arabes, l’Arabie, sont des dictatures obscurantistes créées, pour la plupart, par le gouvernement des Indes britanniques et l’Intelligence Service, soutenues par la CIA depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Les rois et émirs arabes savent qu’ils auraient dû être les premières victimes des mouvements de contestation. Ils mettent la pression sur Damas pour retarder leur chute en livrant des armes aux rebelles, entraînent des terroristes et font d’Al-Jazeera une chaîne de propagande occidentale, alors que dans leur pays la liberté de parole n’existe pas. Le pire, c’est qu’ils savent aussi que les Etats-Unis n’hésiteront pas à les lâcher si leurs intérêts sont menacés…

5 – On sait que le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki (chiite), qui subit l’influence contradictoire de l’Iran et des Etats-Unis, est proche de Damas. Par ailleurs certains indices montrent que Damas a soutenu un temps certains groupes de l’insurrection sunnite (le Baas clandestin d’al-Douri, notamment). En quoi a consisté le jeu politique syrien en Irak depuis 2003 ?

La Syrie soutient comme elle le peut la résistance irakienne, tout en entretenant de bonnes relations avec le régime de Bagdad. Elle ne soutient pas seulement le Baas clandestin dirigé par Izzat al-Douri, mais également des courants bassistes dissidents. Il ne faut pas oublier que le Commandement national (pan-arabe) baasiste siégeant à Damas comprend un représentant irakien depuis la scission historique survenue après l’éviction de Syrie du fondateur du parti, Michel Aflak. Depuis avril 2003, je crois qu’à Damas on est conscient que l’opposition baasiste n’a de chance de revenir au pouvoir que par la voie parlementaire. Mais, pour cela, le Baas irakien doit évoluer.

Nouri al-Maliki, réfugié à Damas à l’époque de Saddam Hussein, a eu maille à partir avec Bachar al-Assad lorsqu’il l’a accusé de soutenir le terrorisme, mais tout est rapidement revenu dans l’ordre sur pression de l’Iran. Aujourd’hui, les organisations bassistes irakiennes et le gouvernement de Nouri al-Maliki soutiennent officiellement Bachar al-Assad.

6 – Pour finir, pouvez-vous nous dire quelques mots sur les conséquences du mouvement de révoltes arabes en Irak, pays que vous connaissez bien ?

Depuis l’invasion de 2003, les Irakiens résistent à une double occupation étrangère, américaine et iranienne. Ils manifestent dans les grandes villes du pays tous les vendredis, depuis février, réclamant de meilleures conditions de vie, la fin de l’occupation, des élections véritablement démocratiques. Nouri al-Maliki et Massoud Barzani font tirer à balles réelles sur les rassemblements. Bilan : des dizaines de morts et de blessés. Un journaliste, un des principaux organisateurs des « Journées de la colère irakienne » , a été assassiné dernièrement à son domicile de deux balles dans la tête, après avoir été menacé de mort par des agents du régime. Aux Etats-Unis et en Europe, les médias ne crient pas au scandale, Alain Juppé ne parle pas de crime contre l’humanité, car les tyrans locaux servent, pour l’instant, les intérêts occidentaux. Imaginez qu’un tel événement se soit produit en Syrie…

Kinan Al Kourdi

Mardi 20 septembre 2011

Source : France Irak : http://www.france-irak-actualite.com/...
Publié le 21 septembre 2011 avec l'aimable autorisation de Gilles Munier

 http://algerienetwork.com/info/monde/info-monde-/moyen-orient/10272-entretien-avec-g-munier-sur-la-syrie.html



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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