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08/10/2011

n°17 -Médias et Manipulation de l’opinion - 06-10 - Fin - : "Top secret america": aux Etats-Unis, un monde caché hors de tout contrôle…

n°17 -Médias et Manipulation de l’opinion - 06-10 - Fin -  : "Top secret america": aux Etats-Unis, un monde caché hors de tout contrôle…



 

Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Annexe deSyrie

                              n°17                         06-10                             

C.De broeder & M.Lemaire



Le "Dossier annexe deSyrie" est  visible 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous vouleznous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :  

2 Analyse &Réflexion

2-3 Pierre Khalaf : L’Occident ne comprend que le langage de la force.

2-4 Mère Agnès-Mariam de la Croix : Une guerre civile ne profiterait qu’à Israël.

2-5Manlio Dinucci : MOYEN-ORIENT : L’incendie est hors contrôle...

3 Annexe

3-1 Dana Priest et William M. Arkin : "Top secret america": aux Etats-Unis, un monde caché hors de tout contrôle



2-3 Pierre Khalaf : L’Occident ne comprend que le langage de la force.

Le soutien accordé à Israël par l’Occident face à la demande déposée par les Palestiniens à l’Onu pour la reconnaissance de leur État est une preuve supplémentaire de l’hypocrisie de la communauté internationale concernant la cause palestinienne, depuis 1948.
La reconnaissance par les Nations unies d’un État palestinien virtuel est un gain moral et politique qui renforcerait la position diplomatique des Palestiniens face à Israël ; cet État spoliateur, protégé depuis sa création par le véto états-unien, lequel a neutralisé toutes les résolutions prises par le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, empêchant ainsi toute enquête sérieuse sur les crimes qu’il a commis contre le peuple palestinien.
Cette protection états-unienne et européenne a bloqué tout débat sérieux dans les instances et les organisations internationales sur les politiques racistes dont sont victimes les Palestiniens sur leur terre natale, de la part du dernier État de la planète qui pratique encore une colonisation basée sur la discrimination et la séparation des races depuis la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. Il ne faut pas oublier que le soutien de l’Occident à l’État hébreu a consacré les crimes perpétrés par les organisations terroristes sionistes qui ont déraciné un peuple, volé sa terre et tenté de le faire disparaitre politiquement et physiquement avec l’aide du colonisateur britannique qui occupait la Palestine.
L’Occident peut se vanter d’avoir poussé au défaitisme la direction palestinienne officielle ainsi que la plupart des États arabes. Ceux-ci ont présenté concession sur concession, acceptant de ne revendiquer que 22 % de la Palestine historique, des miettes qu’Israël se refuse à leur restituer sous n’importe quel prétexte. Pourtant, la résistance des Palestiniens a marqué des points importants ces dernières années, les plus importants étant d’avoir contraint l’État hébreu à se retirer unilatéralement de la Bande de Gaza et de l’empêcher d’y revenir, lors de l’offensive de l’hiver 2008-2009.
L’attitude américano-européenne vis-à-vis de la question de la Palestine prouve, une nouvelle fois, que la mission de ces pays est de consacrer l’hégémonie israélienne sur le monde arabe et de liquider la cause palestinienne. Leur but est aussi d’empêcher tout revers, même moral, pour le projet israélien, dont l’objectif est, actuellement, de consacrer la judaïté d’Israël et le contrôle du Machrek arabe.
Le président Nicolas Sarkozy a évoqué, dans son discours à l’Onu, un rôle supposé de l’Europe. Mais le chef d’État français sait plus que tout autre que ce présumé rôle européen a toujours été, depuis la fin du mandat de Charles de Gaule, d’appliquer à la lettre les instructions US. Sarkozy sait, aussi, que la Syrie, contre laquelle il complote actuellement, a tout fait pour encourager cette même Europe à avoir une politique indépendante des États-Unis au Moyen-Orient. Mais en vain. Le Vieux continent se complait dans son rôle peu glorieux de fidèle suiveur et serviteur. Sarkozy sait pertinemment qu’Israël commet tous les jours des dizaines de crimes contre les Palestiniens, en tuant, en blessant, en arrêtant, en humiliant et en expulsant des militants, en séparant les familles, en découpant les villages, en bâtissant des murs de la honte, en démolissant des maisons, en confisquant des terres, en empêchant le retour de cinq millions de réfugiés depuis 1948… mais il fait semblant de ne rien voir.
La mascarade de New York s’est transformée en tragi-comédie lorsque Nicolas Sarkozy a évoqué un soi-disant rôle européen, alors que tout le monde sait que l’Europe n’a jamais osé s’opposer à la volonté israélienne. Et cette comédie noire, qui se poursuit dans les positions du « Quartet international » et dans le « processus de paix », dans lequel les dirigeants palestiniens se sont fait piéger depuis les accords d’Oslo, ne font que conforter les Palestiniens dans leur conviction que seule la résistance est susceptible de leur rendre leurs droits légitimes.
L’Occident n’a qu’un seul souci, celui d’assurer la protection d’Israël après la fuite des États-uniens hors d’Irak. Il se partage le pétrole et les eaux du Moyen-Orient et complote contre le dernier bastion anti-israélien de la région, représenté par la Syrie. Tout cela prouve que l’Occident ne comprend que le langage de la force et que tout ce qui s’appelle « négociations » et « processus de paix » ne sont que supercherie et tromperie.

La tendance au Liban

Le mode de scrutin proportionnel mettra fin à la représentation exclusive des communautés
Le débat politique de fond au Liban s’articule autour de la forme de la prochaine loi électorale, depuis que le gouvernement s’est engagé à élaborer une nouvelle législation basée sur la proportionnelle. Les réactions et prises de positions au sujet de cette question reflètent les intérêts des différentes forces politiques du pays.
Il est clair que le chef du Courant du Futur, Saad Hariri, mène une bataille par procuration contre le projet de la proportionnelle à travers ses alliés chrétiens, Samir Geagea et Amine Gemayel. Ces deux personnalités se sont visiblement engagées à torpiller toute entente sur cette question lors de la rencontre interchrétienne qui s’est tenue au siège du Patriarcat maronite. Hariri appréhende la proportionnelle car elle risque de lui faire perdre la représentation exclusive de la communauté sunnite, en effet ce mode de scrutin ouvrira la voie à la diversité politique dans chaque communauté religieuse au Liban. Ainsi, les opposants de Saad Hariri à Beyrouth et dans la plaine de la Békaa réussiront à accéder au Parlement alors qu’en ce moment, le mode de scrutin majoritaire lui permet d’écarter tous ses opposants. La proportionnelle permettra au courant centriste sunnite, aujourd’hui représenté par le Premier ministre Najib Mikati et le ministre des Finances Mohammad Safadi, tous deux originaires de la ville de Tripoli, au Liban-Nord, d’opérer une percée significative au sein de la communauté sunnite dans différentes régions du pays.
Samir Geagea et Amine Gemayel ont accepté de jouer les fers de lance dans la bataille contre la proportionnelle car ils semblent connaitre mieux que quiconque la réalité des rapports de force au sein de la communauté chrétienne. L’alliance du général Michel Aoun et du député et leader maronite du Liban-Nord, Sleiman Frangié, dispose d’une confortable majorité. Les nouvelles positions adoptées par le Patriarche maronite Mgr Béchara Raï au sujet de la crise en Syrie, de la crainte de voir des régimes extrémistes accéder au pouvoir au Machrek arabe, de la nécessité de préserver les armes de la Résistance au Liban jusqu’au retrait israélien de tous les territoires occupés, rejoignent celles défendues par ces deux chefs politiques et par le président de la République Michel Sleiman. Une telle alliance sur la scène chrétienne ne laissera que peu de chance à MM. Geagea et Gemayel de se constituer des blocs parlementaires significatifs. Sans l’aide de Saad Hariri, qui intègre dans ses listes quelques candidats proches de ces deux personnalités, leur poids politique sur la scène libanaise serait insignifiant. Voilà pourquoi ils s’efforcent de torpiller toute entente interchrétienne sur le mode de la proportionnelle.
Le député Walid Joumblatt a peur de la proportionnelle pour les mêmes raisons que Saad Hariri, car elle permettra à ses rivaux au sein de la communauté druze d’accéder au Parlement sans avoir besoin d’intégrer ses listes, comme le fait l’émir Talal Arslan depuis 1992. L’opposition au leadership de type féodal, exercé par Joumblatt, pourra alors se développer et menacer sérieusement le monopole qu’il exerce sur la communauté druze. De même qu’il libèrera l’électorat chrétien dans ses fiefs d’Aley et du Chouf de son hégémonie et permettra au Courant patriotique libre de Michel Aoun, fortement présent, de faire élire ses candidats.
Mais contrairement à MM. Geagea et Gemayel, Walid Joumblatt a ouvertement exprimé son hostilité au projet de loi électorale basé sur la proportionnelle.
Cependant, il est clair que l’adoption du mode de scrutin proportionnel avec le maintien du système du confessionnalisme politique (c’est-à-dire la répartition sur des bases communautaires des postes politiques dans le pays) présente de sérieux problèmes. La solution réside dans l’adoption du système bicaméral : l’instauration d’un sénat destiné à représenter les différentes communautés et l’élection d’un Parlement non-confessionnel. Ceci constituerait une réforme majeure du système politique libanais, grippé par le confessionnalisme politique qui encourage les doubles allégeances et la corruption.

La tendance en Syrie

« Des oppositions » sous perfusion atlantiste
Les divisions au sein « des oppositions » syriennes ont atteint un degré tellement dramatique que les opposants ont senti le besoin impératif de donner à la journée de mobilisation du 23 septembre le nom du « vendredi de l’unité ». Ces opposants reconnaissent que ces divisions sont provoquées par des luttes de pouvoir et par les ingérences des divers États qui les téléguident et qui ont chacun créé son « comité », « conseil » ou « rassemblement ». Ces structures naissent à un tel rythme que les Syriens ont le tournis et n’arrivent plus à adapter leurs « compteurs de comités ».
La semaine dernière, les scandales liés à l’opposition ont atteint un sommet lorsque Haïtham el-Maleh a prétendu, ouvertement sur les écrans de télévision, qu’il était l’opposant le plus en vue en Syrie. Alors que tout le monde sait qu’il est à l’origine du « Conseil » créé à Istanbul sous le parrainage des services de renseignement turcs et des Frères musulmans, il a dénigré à partir du Caire ce même conseil. Il a assuré que l’opposition syrienne souffre d’une lutte de pouvoir, tandis qu’un autre opposant, Burhane Ghalioune, a parlé de disputes autour de « la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».
Ce même Haïtham el-Maleh a poussé le ridicule à son comble en appelant sur al-Jazeera à une intervention militaire étrangère pour renverser le régime syrien, avant de rejeter sur al-Arabiya toute attaque extérieure, à cause du tollé provoqué par ses précédents propos. Décidément, c’est un bien triste modèle de cohérence, de sérieux, de crédibilité et de patriotisme que proposent au peuple syrien les opposants.
Scandales également du côté des chaines satellitaires arabes qui pratiquent ouvertement la propagande et la désinformation. Celles-ci continuent de parler de « grandes manifestations », alors que l’Agence France presse a interviewé des opposants sur les raisons de la baisse de la mobilisation. Le 23 septembre, pas plus de 4 000 personnes ont manifesté dans toute la Syrie. Al-Jazeera a ainsi diffusé des images attribuées à des manifestations anti-régime en Syrie, alors que les manifestants portaient des pancartes dénonçant la famine en Somalie. Pressé de montrer des images de manifestants introuvables, le réalisateur a puisé au hasard dans ses archives, ne faisant pas attention que les banderoles permettraient de révéler sa mauvaise plaisanterie.
Toujours sur al-Jazeera, la présentatrice a eu en direct un accrochage avec un « témoin oculaire » qui prétendait parler de la région de Homs. N’arrivant pas à lui arracher ce qu’elle souhaitait sur les « manifestations monstres » et sur « la répression sanglante », elle a haussé le ton contre lui et a interrompu la conversation téléphonique. Un vrai scandale à inscrire dans les annales du « journalisme professionnel ». Autre scandale, les confusions géographiques qui montrent à quel point les chaines de télévisions manquent de crédibilité. Des localités situées dans un gouvernorat sont présentées comme faisant partie d’une autre région ; des habitants apprennent par les médias que des manifestations géantes se déroulent dans leur village, alors qu’ils n’ont rien vu etc…
Alors que la mobilisation a baissé, les actes terroristes contre la police, les véhicules et les postes militaires se poursuivent, avec les encouragements des puissances occidentales et de la Turquie. Des armes, de l’argent, du matériel de communication électronique, sont introduits en Syrie illégalement en provenance des pays voisins. Ankara s’est joint aux pays ayant imposé des sanctions contre la Syrie, et a commencé par des actes de piratage contre des navires se dirigeant vers ce pays. Pendant ce temps, les très démocratiques pétromonarchies du Golfe poursuivent leurs pressions politiques et diplomatiques et invitent à un renforcement des sanctions internationales et à un isolement de la Syrie.
Il semble que le plan de déstabilisation de la Syrie, orchestré par les États-Unis et exécuté par la Turquie et les pétromonarchies, va se poursuivre pendant des mois. Mais en parallèle, le pays va continuer à défendre son unité et sa stabilité et à appliquer les réformes politiques mises sur les rails par le président Bachar al-Assad.

Discours et déclarations

Mgr Béchara Raï, Patriarche des chrétiens maronites
« Ce que nous avons dit lors de notre tournée en France sur les craintes qui nous préoccupent, nous l’exprimerons de nouveau partout, parce que ces inquiétudes sont motivées par ce qui se passe dans le monde arabe, notamment en Irak et en Égypte. Nous en sommes arrivés là parce qu’au lieu de nous asseoir courageusement à la table de dialogue, nous avons préféré communiquer à travers les médias, derrière lesquels nous nous réfugions. Il y a des constantes que nous devons transformer en pacte national. Parmi ces constantes, la Résistance, qui poursuit sa lutte pour la souveraineté du Liban, ainsi que le dialogue national et la stratégie de défense en tant que fondement de l’État fort. Tout homme a le droit de vivre dans le respect des libertés publiques et a le droit de réclamer des réformes, mais ce que nous craignons est le passage de régimes de type autoritaire à d’autres qui le sont encore plus. »

Michel Aoun, principal leader chrétien libanais
« Ceux qui souhaitent le renversement du président syrien Bachar al-Assad vont s’en aller bien avant lui. Le président Assad se déplace dans toutes les régions syriennes. La chute du régime en Syrie n’est dans l’intérêt ni des chrétiens ni des musulmans. Nous avons soutenu les réformes constitutionnelles en vue de la création d’un climat démocratique libre dans ce pays. Nous assistons à une nouvelle tentative de turquisation ou un néo-ottomanisme, sachant que l’empire ottoman s’est effrité après la Seconde Guerre mondiale. Il ne faut pas oublier que ce fut une période sombre pour nous, marquée par la faim, l’esclavage et les persécutions religieuses. La politique ottomane a fini par saboter la coexistence islamo-chrétienne lorsque la Turquie ottomane a mis la main sur les pays arabes en transférant le califat à Istanbul. »

Nabih Berry, président du Parlement libanais
Extraits d’une réponse à Benyamin Netanyahu qui a déclaré que le Liban, contrôlé par le Hezbollah, préside actuellement le Conseil de sécurité des Nations unies
« Que les Nations unies soient fières de la présidence du Conseil de sécurité par ce pays (le Liban) qui a appris au monde l’alphabet, qui est le berceau de la culture, l’école de la démocratie et la source des législations et des droits de l’Homme. Celui qui préside le Conseil de sécurité n’est autre que le Liban où sont tombés des soldats internationaux sous les missiles israéliens ; le Liban qui parle au nom de tous les Arabes pour défendre leur droit à récupérer leurs territoires spoliés. Que Netanyahu et ses alliés le sachent, c’est le Liban résistant, qui a fait échec à l’agression israélienne, qui préside le Conseil de sécurité et qui prendra position avec la justice face à l’injustice que vous incarnez dans ce monde. »

Revue de Presse

As Safir (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 22 septembre 2011)
Sateh Noureddine
La réinsertion de la Palestine sur l’agenda international après une longue période de négligence est un exploit important. L’Autorité palestinienne a su saisir au bon moment le signal provenant de la rue arabe, qui est désormais plus prête que jamais à contribuer à forger la politique étrangère arabe, à œuvrer pour se délester du poids politique et moral de la cause palestinienne, et à voir dans cette cause un test déterminant pour sa capacité à se faire respecter par l’Occident. L’Autorité palestinienne a certainement dû recevoir une inspiration de la part des capitales occidentales qui en ont assez du comportement des Israéliens et de leur gouvernement actuel présidé par Benjamin Netanyahu, qui semble vivre encore à l’époque de Hosni Moubarak et de Zein el-Abidine Ben Ali, et qui refuse de reconnaître le besoin pressant de l’Occident de se réconcilier avec la rue arabe. Il s’agit plus qu’une simple inspiration qui aurait été donnée à l’Autorité palestinienne par certains États-uniens et Européens qui souhaitent donner une leçon aux Israéliens et leur apprendre comment s’adapter aux bouleversements arabes radicaux. D’autant plus que la rue arabe est en train de reprendre l’initiative et d’imposer sa volonté au monde entier.

As Safir (20 septembre 2011)
Le Moyen-Orient se tient sur un champ gazier qui s’apparente à un baril de poudre, d’autant plus que Chypre a décidé de lancer l’exploration de ces ressources —décision qui a entraîné une riposte rapide de la part de la Turquie—. Le Liban se retrouve au seuil d’un conflit gazier qui menace la sécurité de la région, et probablement celle du monde entier. D’où les grands défis qui se présentent aussi bien au gouvernement qu’au Parlement, le Liban étant invité à se montrer intraitable à l’égard de toute partie pouvant porter atteinte à ses richesses naturelles. D’ailleurs, le gouvernement a bien fait d’adopter la délimitation de la Zone d’exclusivité économique (ZEE). Les démarches à venir sont les suivantes : après publication du décret dans le Journal officiel, l’Onu se verra remettre une copie de la loi libanaise adoptée précédemment, en plus de la décision relative à la délimitation de la ZEE. Ce qui devrait préparer le terrain à de nouvelles négociations avec le gouvernement chypriote, et pousser Chypre à amender l’accord signé avec Israël au détriment du Liban.

As Safir (20 septembre 2011)
Nabil Haïtham
Comment se fait-il que le président Michel Sleiman, qui d’habitude traite les dossiers polémiques avec une extrême prudence, ait soudain décidé de soutenir ouvertement les positions du patriarche maronite Béchara Raï ? Des observateurs voient dans ce positionnement de Sleiman les marques d’un vieux projet, cher au cœur du président depuis son accession au pouvoir : celui de créer une troisième force chrétienne qui viendrait contrebalancer le poids des Forces libanaises et des aounistes, une force sur laquelle Sleiman peut compter pendant et au-delà de son mandat présidentiel, lors des prochaines élections législatives. Le président a dû laisser de côté son projet pendant un certain temps, parce les conditions n’étaient pas propices pour la formation d’une troisième force chrétienne. Aujourd’hui, il semble avoir enfin trouvé le moment opportun, d’autant plus que Saad Hariri livre contre lui une guerre politique, ouvertement et en secret, depuis qu’il a été écarté du pouvoir.

An Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars, 23 septembre 2011)
Rajeh Khoury
Le président Barak Obama a mérité les remerciements de Netanyahu pour son discours à l’Onu, qui est tout « à son honneur », selon le Premier ministre israélien. Il est très « honorable » en effet de soutenir l’occupation, de combattre la revendication légitime d’un peuple, de s’opposer à la volonté de 137 États membres des Nations unies, ou de consacrer les doubles critères en appelant le Conseil de sécurité à imposer des sanctions contre la Syrie pour soutenir le peuple syrien, tout en menaçant de saboter ce même Conseil s’il soutient le peuple palestinien et accepte qu’il établisse son État. Obama a ainsi déclaré devant le monde entier que le Conseil de sécurité n’est qu’une serpillère pour la politique états-unienne.
Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, par contre, a marqué trois points importants. Il a fait de la cause palestinienne la star de cette session onusienne et lui a permis de remporter un soutien international croissant ; il a démasqué les véritables intentions d’Obama et ses fausses promesses ; il a, enfin, accepté l’idée d’un package-deal qui consisterait à déposer la demande d’adhésion auprès du Conseil de sécurité, tout en mettant à feu doux les propositions du président Sarkozy pour une solution

An Nahar (21 septembre 2011)
Hiyam Kosseify
Un responsable libanais proche de l’ambassadeur de France, M. Denis Pietton, explique que si l’ambassadeur a modifié sa position au sujet de la visite du Patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, en France, ce fut suite à une décision claire de la part de l’Élysée et non seulement du Quai d’Orsay. Des contacts ont lieu entre le Vatican et l’Arabie saoudite et une visite d’une délégation du Vatican est prévue à Riyad pour limiter les dégâts provoqués par les propos des maronites libanais et leur incidence sur les chrétiens du Golfe. Le Vatican avait prévu que le Patriarche Raï œuvre à l’institutionnalisation de l’Église pour la tenir à l’écart des conflits politiques, mais sept mois plus tard, Bkerké se retrouve au cœur de ces conflits, ce qui se fera certainement sentir lors de la prochaine tournée américaine du Patriarche.

An Nahar (20 septembre 2011)
Ali Hamadé
La couverture politique assurée par Michel Sleiman ou par Najib Mikati au patriarche maronite Béchara Raï ne suffit pas pour apaiser la polémique suscitée par les déclarations du prélat en France, car c’est l’opinion publique qui compte. Il est regrettable que lors de sa récente visite à Baalbeck, « dans la République du Hezbollah », le patriarche se soit obstiné à jeter le blâme sur les médias, qu’il accuse d’avoir rapporté ses propos de façon tronquée, mais sans pour autant clarifier ses positions. Mgr Raï doit exprimer clairement devant l’opinion publique ses positions sur deux points : le dossier syrien et sa vision du rôle des chrétiens en Orient : doivent-ils soutenir les régimes totalitaires si ces derniers leur garantissent une présence physique en Orient, ou sont-ils porteurs d’un message de liberté et de dignité humaine dans la région ; le dossier des armes du Hezbollah que Raï a lié, pour des motifs confessionnels, au retour des Palestiniens à leur terre.
Livrer le pays au Hezbollah et à l’Iran permettrait-il de vivre en paix et en sécurité, en repoussant le danger sunnite ? Si c’est l’avis du patriarche, qu’il dise alors clairement qu’il s’aligne sur l’axe chiito-alaouite pour contrebalancer la présumée prédominance sunnite dans le Machrek arabe.

An-Nahar (20 septembre 2011)
Rosanna Bou Mounsef
Le Liban prend parti de manière flagrante pour le régime syrien bien que ses responsables aient déclaré qu’il se gardait de toute ingérence dans les affaires intérieures syriennes. Peu avant de quitter le Liban à destination de New York dans le cadre de la délégation officielle libanaise, le ministre des Affaires étrangères, Adnane Mansour, a exprimé ce parti pris en affirmant que le Liban rejettera toute résolution du Conseil de sécurité à l’encontre du régime syrien. De telles déclarations, faites avant le déplacement du président de la République et du Premier ministre à New York, seront une source d’embarras pour l’un et l’autre lorsqu’ils s’exprimeront sur le dossier syrien.

Al-Akhbar (Quotidien proche de la nouvelle majorité, 23 septembre 2011)
Mohammad Bdeir
Les Israéliens ont trois craintes principales au sujet de la reconnaissance par les Nations unies d’un État palestinien. D’abord, ils redoutent le déclenchement d’une troisième intifada inspirée des révoltes arabes, qui serait plus violente que les deux précédentes, avec la possible entrée en jeu de certaines tierces parties. Ils craignent que les Palestiniens n’exercent en pratique des activités qui consacrent le principe de souveraineté sur leur espace terrestre, aérien et maritime, notamment grâce à leur adhésion à de nombreuses organisations et conventions internationales. Enfin, ils craignent, surtout, d’être poursuivis par les Palestiniens devant la Cour pénale internationale.

Al-Akhbar (19 septembre 2011)
Nicolas Nassif
Le président français Nicolas Sarkozy a condamné devant le Patriarche maronite Béchara Raï le dernier attentat contre le contingent français de la Finul. Il a affirmé que son pays reverrait sa position sur la présence de cette force au Liban-Sud si une communauté ou un parti tentait de contrôler le Liban, et en particulier les parties qualifiées par Sarkozy d’« extrémistes ». La France reverrait sa position non seulement sur la présence de la Finul, mais sur la situation au Liban en général. Il a affirmé d’un ton qui dénotait son mécontentement : « Vous êtes un pays amis, nous sommes allés à l’aide d’un pays ami. Il est inacceptable que nous soyons traités ainsi. Cela nous rend disposés à partir ». Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a exprimé un avis différent autour de la même question : « Un retrait de la Finul du Liban serait une catastrophe », a-t-il affirmé.
Le président Sarkozy a fait assumer au Hezbollah, qu’il évoquait toujours de manière négative, une responsabilité directe dans ce qui s’est passé avec le contingent français. « Lorsque ce parti renoncera à ses armes nous nous ouvrirons à lui », a-t-il affirmé.

Ad Diyar (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 23 septembre 2011)
Selon l’un des membres de la délégation ayant accompagné le Patriarche maronite Béchara Raï à Paris, le président français Nicolas Sarkozy a dit au patriarche : « Comme les chrétiens ne sont plus qu’1,3 million au Liban et 1,5 million en Syrie, pourquoi ne viendraient-ils pas vivre en Europe, d’autant plus que deux millions de chrétiens irakiens ont déjà été accueillis en Europe ? » Le président Sarkozy a expliqué au prélat maronite qu’au regard du choc entre les civilisations, notamment le conflit islamo-chrétien, il n’y avait pas de place pour les chrétiens dans le Machrek arabe, et il serait préférable qu’ils se rendent dans les 27 pays de l’Union européenne. Stupéfait d’entendre de tels propos, le patriarche a demandé à Sarkozy : « Comment serait-ce possible ? » Sarkozy a alors saisi un papier faisant état d’informations qui indiquent que plus de 3 millions de chrétiens ont quitté le Liban ces 20 dernières années, et que de nombreux problèmes s’annoncent au Moyen-Orient.

Ad Diyar (21 septembre 2011)
Radouane El-Zib
Les changements exceptionnels au Moyen-Orient annoncent une nouvelle étape coloniale : mainmise sur les ressources, nouvelle carte pour la région. L’un des éléments-clés de ce projet est le règne des majorités dans les pays de la région. Michel Sleiman sera-t-il le dernier président maronite au Liban ? Pour atteindre leur objectif, les pays occidentaux comptent soutenir ceux qui représentent à leurs yeux « l’Islam modéré », contre « l’Islam radical ». Les chrétiens seront la principale victime de ce remodelage de la région.
C’est cette crainte pour le sort des chrétiens que le Patriarche Raï a transmise à Paris. Il a cependant constaté que la France ne veut plus jouer le rôle de la « tendre mère » des maronites et des chrétiens du Liban. C’est ce que le président Sarkozy a dit clairement, tout en soulignant que la France veut des relations distinguées avec toutes les parties libanaises. Sarkozy a violemment critiqué Bachar al-Assad, et lorsque le Patriarche a exprimé ses craintes quant au sort des chrétiens et la montée de l’extrémisme, le président français a consulté sa montre à plusieurs reprises, comme pour suggérer qu’il n’a pas le temps et qu’il n’est pas d’accord avec ce que dit Raï.
Des sources qui ont visité Paris notent un changement radical dans la position française sur les développements dans la région. « Mon sentiment est que les Français vendent les chrétiens et n’importe qui pour un baril de pétrole », commente une source qui estime que la France veut reproduire le « sentiment de victoire » en Libye en contrôlant les pays du bassin méditerranéen. Pour ce faire, elle doit affronter l’Iran d’abord et la Turquie ensuite. Les États-uniens, eux, soutiennent fermement la Turquie pour faire face à l’Iran et aux visées françaises. Selon certaines sources, le patriarche a remarqué que le point central qui importe les responsables français est la chute du régime syrien, parce que la Syrie est le principal obstacle au projet de morcellement de la région. Les mêmes sources ajoutent que Mgr Raï a informé le Vatican du bilan de sa visite en France et lui a transmis ses craintes et appréhensions.

Ad-Diyar (19 septembre 2011)
Johnny Mnayyar
Selon des sources diplomatiques européennes, une partie importante de l’administration française partage les craintes du Patriarche maronite Béchara Raï et approuve ses propos. Le projet de morcellement du Moyen-Orient et la naissance de mini-entités confessionnelles qui croiseront le fer sont une question sérieuse, et il y a malheureusement de fortes chances de voir ce scénario se matérialiser. Cette partie de l’administration française sait bien que le président Nicolas Sarkozy pourrait quitter l’Élysée prochainement, alors que le Moyen-Orient, lui, restera avec ses dangers, ses drames et ses terrifiants méandres.

Al-Joumhouriya (Quotidien libanais proche du 14-Mars)
Charles Jabbour (21 septembre 2011)
Le fameux manifeste de Bkerké, lancé le 20 septembre 2000, a enclenché une vaste dynamique intérieure qui s’est recoupée avec un contexte arabo-international favorable pour mener au retrait de l’armée syrienne du Liban. Toute la stratégie syrienne était basée sur le principe de diviser pour régner. L’appel du patriarcat maronite y a mis un terme. Les Libanais se sont entretués dans le passé car certains semaient les germes de la discorde entre eux. Le Hezbollah a hérité de ces germes et s’en servirait dans le cadre d’une tentative désespérée de saper le partenariat national qui a sorti la Syrie du Liban, afin de réinstaurer un climat de dissensions confessionnelles qui, seul, permettra à son projet de rester en vie. Mais l’unité des Libanais, qui a redonné au Liban son indépendance, lui redonnera tôt ou tard sa souveraineté en ôtant au Hezbollah ses armes iraniennes.

L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone, proche du 14-Mars, édition du 21 septembre 2011)
Le Patriarche maronite Béchara Raï a participé à Balamand à un sommet religieux avec le Patriarche Grec-orthodoxe Ignace IV Hazim. Le sommet a duré une heure et demie, au terme duquel un communiqué conjoint a été publié. Le texte précise que les discussions ont porté sur des sujets « qui intéressent les deux communautés grecque-orthodoxe et maronite » et que NN.SS. Hazim et Raï ont tous deux mis l’accent sur « un accroissement des efforts devant renforcer leur coopération ». Ils ont également insisté sur « la solidarité islamo-chrétienne dans les affaires nationales et humaines » et passé en revue la situation dans le monde arabe, précisant que les deux chefs religieux estiment que les chrétiens, de manière générale, considèrent que « l’État qui tient compte de la citoyenneté, des obligations et des droits égaux, représente une véritable garantie pour un avenir prometteur et prospère, permettant à tout le monde de vivre en toute liberté et dignité, sans discrimination religieuse ou confessionnelle ». Jugeant nécessaire que les chrétiens « plaident auprès des instances internationales les causes nationales et arabes légitimes, telles que la cause palestinienne », les deux prélats ont mis l’accent sur le rôle historique des chrétiens dans la région. Ils ont ensuite rejeté le principe « de la protection d’une partie, quel que soit le protecteur ». « L’État fondé sur la justice et l’équité peut, seul, protéger toutes les composantes d’un pays », ont-ils indiqué, avant de mettre l’accent sur l’importance du dialogue national en vue de « réaliser une justice sociale, de parvenir à une vie digne et d’éloigner le spectre de la discorde et des conflits civils et communautaires ».

Al Balad (Quotidien libanais indépendant, 21 septembre 2011)
Elias Khattar
Deux déceptions sont restées en travers de la gorge du président français. Deux déceptions qui pourraient probablement pousser la France à revoir sa politique chiraquienne envers le Liban, même si une source diplomatique française assure à Al Balad que « l’histoire s’arrête là » et que « rien ne changera dans les considérations françaises envers le Liban ». Deux déceptions qui en entraînent une autre chez le patriarche maronite, déçu d’une prise de position que ne reflétaient pourtant pas les visages des responsables français rencontrés pendant sa visite à Paris (…) Nombreux sont ceux qui voient aujourd’hui dans les politiques du président Nicolas Sarkozy la réplique exacte du positionnement chiraquien envers le Liban, s’agissant en particulier de l’appui au 14-Mars. D’autres y ripostent en arguant de la continuité du pouvoir en France et dans de nombreux autres pays, contrairement à ce qu’il en est au Liban. Explication d’une source diplomatique française : « Cette approche est liée à notre politique étrangère qui n’appuie pas une partie aux dépens de l’autre mais plutôt la justice internationale et le renforcement du rôle des institutions. De telles prises de position conviennent à certains courants et partis mais pas à d’autres ».
La France cherche-t-elle à épargner au Liban les retombées des crises environnantes, notamment de la crise syrienne ? Interrogée à ce propos, la même source diplomatique reconnaît la complexité de la question, et ajoute : « Il est bien connu que la France est engagée en faveur de l’appui à la sécurité et à la stabilité du Liban. En revanche, nous ne pouvons que soutenir l’aspiration du peuple syrien à respirer à travers son mouvement de contestation. Il ne faut pas réprimer de tels mouvements qui revendiquent plus de démocratie et de liberté. Ce qui se passe aujourd’hui en Syrie est inacceptable ».
D’aucuns craignent aujourd’hui que l’Élysée ne prenne une décision lourde de conséquences pour le Liban, comme le prétendu réexamen de la participation française à la Finul ou de l’assistance financière et militaire au Liban. D’autant plus que la France estime avoir reçu plusieurs camouflets : les prises de position du patriarche, l’inquiétude quant à la position du gouvernement libanais au sujet du TSL et de son financement, l’agression sanglante contre le contingent français de la Finul. D’autres, face à de telles craintes, minimisent l’importance du rôle de la France et n’y voient qu’une perpétuation de la ligne chiraquienne d’appui à un camp déterminé contre l’autre.

Al-Anbaa (Quotidien Koweitien, 20 septembre 2011)
Le Patriarche maronite Béchara Raï aurait exigé de l’ambassadeur de France, Denis Pietton, qu’il lui présente des excuses avant de le rencontrer. Des sources du Patriarcat maronite ont ainsi indiqué que le chef de l’Église maronite refuse d’accorder tout rendez-vous à M. Pietton avant que ce dernier lui présente des excuses.
Toujours selon ces sources, Mgr Raï n’a pas apprécié les dernières déclarations de l’ambassadeur qui a critiqué ses propos. En effet, lors de sa tournée en France, le Patriarche avait légitimé les armes de la Résistance face à Israël jusqu’à la libération de toutes les terres libanaises et avait exprimé également ses craintes face à un changement de régime en Syrie et une probable prise du pouvoir par les Frères musulmans. « Mgr Raï veut des explications claires sur l’attitude de M. Pietton et sur le mécontentement de l’Élysée qui, à son tour, a demandé à son ambassadeur de se rendre le plus vite possible auprès de sa Béatitude pour éclaircir la position officielle du Patriarcat », à indiqué la source.

Pierre Khalaf

Source : New Orient News (Liban)

27 septembre 2011 

http://www.voltairenet.org:80/L-Occident-ne-comprend-que-le


2-4 Mère Agnès-Mariam de la Croix :Uneguerre civile ne profiterait qu’à Israël.

Une excellente analyse de Mère Agnès-Mariam de la Croix (*), Higoumène du monastère Saint Jacques l’Intercis en Syrie.

 Il convient de prendre très sérieusement en compte ce qu’elle affirme.

22 septembre 2011

Chrétiens du Moyen-Orient : Le Patriarche, les catacombes et la révolution

Les chrétiens du Moyen-Orient ont suivi avec le plus grand intérêt la visite protocolaire du Patriarche maronite Mar Boutros Béchara Raï en France [1].

On n’en revenait pas d’entendre de la bouche du Pasteur ce que chacun d’entre nous aurait souhaité dire au monde. Pour quelques jours les chrétiens se sont sentis dignes et libres, loin de toute récupération du langage et de toute sophistication des idées qui les obligeaient à se contenter de vivre dans les catacombes de l’actualité.

Il faut avoir vécu la guerre du Liban, celle de l’Irak ou le génocide arménien, pour savoir ce que c’est que d’être court-circuité par les moyens de (dés) information et de ne plus faire partie du consensus mondial, et de subir ainsi l’injustice tout en étant vilipendé. En ces temps-là-les chefs religieux devaient, par égard pour leurs ouailles, relativiser les sévices commis contre elles. Ultime humiliation : il fallait ne jamais transgresser le politiquement correct même pour stigmatiser une injustice, une répression ou un génocide.

Que les régions chrétiennes soient bombardées jour et nuit par une armée arabe venue pour instaurer la paix, au Nom de Dieu on réclamait le silence et la patience ; que les chrétiens soient chassés de leur région, massacre aidant, dans le cadre d’une redistribution démographique programmée, on insistait sur la nécessité de pardonner ; qu’ils soient persécutés au point de prendre le chemin de l’exil laissant à d’autres leurs biens meubles et immeubles, on leur disait qu’il était inutile de réclamer. En ces temps-là, leurs pasteurs ne se permettaient pas l’imprudence de contrarier les bourreaux et moins encore les commanditaires internationaux de ces derniers.

Qu’ils soient dissidents ou sympathisants du régime, les chrétiens ont toujours tort. Au Liban ou jadis en Arménie ils avaient tort de réclamer leur indépendance. En Irak ou en Syrie ils ont tort de ne pas trahir leur pays. Ils ont tort de ne pas se plier aux diktats des grandes puissances qui un jour répriment la dissidence et un autre l’imposent.

C’est ainsi que les chrétiens des pays arabes payent la dette d’être en trop sur l’échiquier de la région. C’est sans doute pour leur épargner de plus grandes souffrances que leurs pasteurs ont préféré vivre dans les catacombes du silence, les entraînant à y résider avec eux. Il faudrait avoir été obligé, manu militari et in nomine Dei (par la force des armes et au Nom de Dieu) à rentrer dans ces catacombes-là pour comprendre la libération que sentent aujourd’hui beaucoup de chrétiens grâce aux prises de position courageuses de ce Patriarche à qui « la Gloire du Liban a été donnée ». Oui, ils constatent que les temps ont changé puisque leur Pasteur ose dire simplement ce qu’ils pensent dans le secret : leurs peurs, leurs désirs, leur vérité. En vérité il les guide vers la plus grande libération : celle de la vérité qui s’ose dire puisque c’est la vérité qui rend libre. C’est bien ici que la révolution, la vraie, commence, avec son chemin de croix pour quiconque « rend témoignage à la vérité » [2].

Les chrétiens sont tellement reconnaissants que « leur » Patriarche ne craigne pas d’affronter le tollé d’une opinion publique massivement ralliée à des thèses préfabriquées. Oh comme ils apprécient que cet homme de Dieu n’ait pas peur des voix dissidentes qui se sont élevées à l’intérieur même de son troupeau. Ils reconnaissent en ce Patriarche le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

C’est un miracle qu’un Patriarche parle à l’encontre de la majorité bien pensante du Nouvel Ordre Mondial. C’est une révolution que les chrétiens des catacombes du mutisme et de la répression retrouvent un chef qui dise leur vérité nue sans additifs ni édulcorants. Le monde en a été suffoqué, les médias abasourdis, les chancelleries, la française en premier, n’en reviennent pas que l’Eglise d’Orient puisse avoir un chef si ancré dans la véracité qu’il n’a pas peur de dire simplement ce qu’il pense.

La gêne qui l’accueille montre à quel point, sans le savoir, nous avons tous glissé dans un totalitarisme d’un genre nouveau, aussi dangereux que larvé.

Depuis des mois nous pouvons constater, en zappant entre les diverses chaînes satellitaires d’information, que partout c’est le même son de cloche, la même version. On se croirait revenu au régime du parti unique à cette nuance près que chaque chaîne déploie différemment les artifices du tridimensionnel multicolore pour enjoliver la ration pour dupes qu’elle propose à ses téléspectateurs. Cette information « uniformisée » et monopartite, administrée sous couvert d’intérêt militant pour la démocratie et la liberté des peuples opprimés, est ingurgitée pieusement et massivement par les téléspectateurs qui ont peur de se départir des scénarios qui leur sont inlassablement présentés parce qu’ils croient qu’ils prennent parti pour la bonne cause.

Aussi, c’est avec soulagement et gratitude que les chrétiens non gagnés aux thèses fallacieuses des maîtres du monde, accueillent les courageuses et franches assertions du Patriarche concernant la situation dramatique liée au « printemps arabe ». Face à ce printemps qui a déjà fait plus de 60’000 morts en Libye, Béchara Raï reste dubitatif quant à sa portée réelle sur le présent et l’avenir de la démocratie au Moyen-Orient [3] en général et au sort des chrétiens en particulier. Il le dit en toutes lettres : « Il est nécessaire pour tous les régimes de la région de respecter leurs peuples mais la théorie du soulèvement romantique des opprimés contre les régimes dictatoriaux est caricaturale. L’action de la communauté internationale, que ce soit au niveau des Etats ou du Conseil de sécurité, devrait tenir compte de ce paramètre. » Pour la Syrie il le dit haut et fort : « Nous redoutons une guerre civile ou l’avènement d’un régime plus radical, ainsi que le démembrement du monde arabe en mini-Etats confessionnels qui ne conviendraient qu’à Israël. [4] »

Et de préciser : « Que se passera-t-il en Syrie ? Y aura-t-il une guerre sunnito-alaouite dans ce pays ? Ce serait non pas une démocratie mais un génocide. Lorsque des sociétés sont victimes de guerres, de crises économiques et de privation des droits élémentaires de l’homme, nous ne pouvons que nous inquiéter pour les chrétiens, parce que nous ne voulons pas qu’ils soient traités en tant qu’étrangers. Lorsque les régimes dans certains Etats sont religieux (...), nous vivons en danger permanent » [5].

Aussi, fidèle aux orientations générales de l’Église Catholique, le Patriarche favorise l’option d’un État civil avec la séparation du politique et du religieux, seule garantie contre les « déviations » du confessionnalisme.

Auprès des officiels français, le Patriarche n’a pas craint d’évoquer le sort des chrétiens dans les pays dont les régimes ont été renversés, ou dans les pays en proie à des soulèvements populaires. « Il est nécessaire d’aider les chrétiens du monde arabe aux plans matériel, humain et spirituel, pour leur permettre de tenir bon dans leurs pays respectifs » [6].

Je cite en son entier le rapport de presse de Louis Denghien du site Infosyrie paru le 9 septembre 2011 :

« Au cours d’une conférence de presse tenue à Paris le 8 septembre, le nouveau patriarche maronite Mgr Béchara Raï a mis l’Occident et la France en garde contre la percée de mouvements islamistes radicaux dans le monde arabe, à la faveur des révoltes et révolutions en cours. Et le 77e patriarche de l’Eglise chrétienne maronite a clairement dit que la Syrie n’était pas totalement à l’abri d’une sanglante subversion de type islamiste. Il a du reste invité les occidentaux à donner « plus de chance à Bachar al-Assad » pour mettre en application les réformes politiques et sociales annoncées en juillet. « En Syrie, le président n’est pas comme quelqu’un qui, à lui seul, peut décider des choses. Il a un grand parti Baas qui gouverne. (Assad) lui, en tant que personne, est ouvert » a notamment déclaré le patriarche d’Antioche qui a encore précisé : « Nous ne sommes pas avec le régime mais nous craignons la transition ».

Mgr Raï, qui est libanais, s’est également étonné que les pays occidentaux s’opposent à renforcer l’armement de l’armée libanaise, ou refusent de faire appliquer les résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies relatives au retour des Palestiniens dans leur pays.

A dire vrai, Mgr Raï n’est pas si naïf : il a mis les pieds dans le plat géopolitique en remarquant, au cours de sa conférence de presse, que les pays occidentaux n’étaient soucieux que des intérêts d’Israël. « Tout ce qui se passe dans les pays arabes, émiettant leur unité, va dans l’intérêt d’Israël » a précisé le patriarche qui s’est encore « interrogé » sur le type de démocratie que les Américains avaient installée en Irak.

Mgr Béchara Raï n’est certes pas le premier dignitaire chrétien à s’inquiéter ouvertement de la montée en puissance, notamment militaire, des groupes islamistes radicaux en Syrie (voir nos articles « Une religieuse syrienne : mensonges médiatiques & réalités de terrain » et « Ca commence à se dire : les chrétiens syriens redoutent la « dérive islamiste » de la rébellion », mis en ligne les 19 et 16 août). Recevant les lettres de créances du nouvel ambassadeur syrien auprès du Saint-Siège, le 9 juin dernier, le Pape, tout en appelant en substance le gouvernement de Damas à privilégier le dialogue par rapport à la répression avait eu ces mots : « Pour faire progresser la paix dans la région, une solution globale doit être trouvée. Celle-ci ne doit léser les intérêts d’aucune des parties en cause et être le fruit d’un compromis et non de choix unilatéraux imposés par la force. Celle-ci ne résout rien, pas plus que les solutions partielles ou unilatérales qui sont insuffisantes ». Une ou deux pierres symboliques dans le jardin des puissances occidentales, très pressées de faire de la Syrie un nouvel Irak, au risque de contraindre à leur tour les chrétiens syriens à choisir entre la valise et le cercueil !
Fin de citation.

Dans ses prises de position, le Patriarche Raï était en harmonie avec celles du Patriarche grec orthodoxe Ignace IV Hazim et du Patriarche grec-catholique Grégoire III Laham. Il s’est interrogé sur le genre de démocratie que les puissances occidentales privilégient en Orient. « De quelle démocratie s’agit-il en Iraq, à la lumière de l’exode massif des chrétiens de ce pays ? ». Le chef de l’Église maronite a manifesté sa crainte que le processus entamé pour renverser le régime syrien –dont il n’a pas caché les vices – ne mène à un exode massif des chrétiens et à une guerre civile aux conséquences désastreuses pour toute la région.

Sans craindre de prendre une position différente de celle de la France, le Patriarche Raï a parlé avec réalisme du Président Bachar El Assad –de qui le Président Sarkozy affirme qu’« il est fini » [7] - et a demandé qu’une chance soit donnée à son plan de réforme. Il soulignait indirectement son désaveu de toute ingérence extérieure et de toute escalade para militaire dans le processus de démocratisation de la Syrie. En cela il rejoint les préoccupations d’une partie non négligeable de l’opposition syrienne intra muros. Il a cependant pris soin de préciser que l’Église n’appuie aucun régime en particulier. Son action n’étant pas politique mais pastorale.

Le Patriarche n’a pas eu peur de contrecarrer les médias de la désinformation. Il a exprimé sa sollicitude et son inquiétude pour l’avenir des minorités chrétiennes du Moyen-Orient, plus précisément en Syrie où, affirmait-il, l’instauration d’un régime religieux d’obédience sunnite allait exaspérer les tensions entre Sunnites et Chiites dans la région.

Revenir aux catacombes pour concilier l’avenir ?

Les positions pastorales du Patriarche maronite ont été reçues disgracieusement par les chrétiens de la nouvelle opposition libanaise qui ont essayé de jeter de la poudre aux yeux de l’opinion publique en dénonçant « des propos confessionnels discriminatoires » de la part de leur chef religieux.

Les positions de ces politiciens veulent, par précaution, ménager la sensibilité de l’opposition syrienne qui, jouissant de l’appui international, est convaincue qu’elle va renverser le régime. Les chrétiens ne devraient donc pas prendre trop clairement position contre l’opposition syrienne. Ils prônent en définitive encore et toujours les catacombes pour les chrétiens du Moyen-Orient. Mais, pour toute personne non engagée politiquement, comment justifier l’injustifiable devant les crimes confessionnels de Qusayr, de Homs ou de Kafarbohom, perpétrés par des sunnites contre des chrétiens ou des alaouites ? Ces actes barbares cherchent à fomenter la guerre civile en comptant sur les actes de vengeance de la part des familles des victimes.

Il faut venir en Syrie et, notamment, à Homs ces jours-ci pour voir de ses propres yeux l’incroyable réalité des groupuscules terroristes qui, protégés par le silence international, dévastent la ville et, plus précisément, les vieux quartiers chrétiens du centre. Une amie syro-arménienne, était avec son mari et son fils, médecins de profession, dans leur clinique privée dans le quartier Bab Sbah lorsque les révolutionnaires entourèrent le quartier et empêchèrent les habitants de sortir de chez eux, les prenant comme boucliers humains contre l’offensive de l’armée.

Arminée me raconte : « Nous avons essayé de sortir de l’immeuble par la porte de derrière pour regagner notre appartement. Mais les rebelles nous ont surpris avec des jets de flamme pour nous dissuader de partir. Mon mari a essayé de les convaincre : en effet je suis cancéreuse, et rester la nuit à même le sol dans la clinique, était impensable pour moi. Mon mari a risqué sa vie pour demander à parler aux rebelles. A sa grande surprise il a noté qu’ils étaient sous stupéfiants, et n’avaient aucun sens de la réalité. Ils ne sont pas syriens, leur accent les trahit. Malgré nos supplications ils ont refusé de nous entendre et ont repoussé mon mari à l’intérieur. De loin, leur chef, tirait en l’air et leur faisait signe de fermer la porte de l’immeuble. Nous avons passé à même le sol une nuit d’enfer. Ce n’est que le lendemain, lorsque l’armée est entrée, que nous avons pu rejoindre notre appartement, faire nos valises et…partir vers le littoral en attendant la pacification de la ville ».

Cette présence d’une cellule terroriste multinationale avait été corroborée par divers témoins. Homs est une ville importante qui commande la route internationale entre Damas et Alep et Damas et le littoral. Par là transitent les marchandises en provenance des ports de Lattaquieh ou de Tartous. Par là passent les caravanes en provenance d’Alep ou d’Idleb. Si Hama avait une signification culturelle essentiellement sunnite, Homs est une ville stratégique et est appelée à être la Benghazi de Syrie.

Nous ne pouvons que regretter la position timorée ou hostile de clercs ou de laïcs chrétiens « bien pensants » qui continuent à être influencés par la campagne de désinformation médiatique et qui s’indignent des descriptions en temps réel de ceux qui vivent les évènements en Syrie avec le souci d’informer, sans parti-pris politique. Il n’y a qu’à suivre l’évolution des évènements et lire entre les lignes des médias pour se rendre compte que cette version « vécue » est la bonne. Depuis le début nous témoignons d’une situation qui n’est pas uniquement celle d’une opposition pacifique et populaire contre un régime sanglant. Un agenda international récupère ce schème pour déstabiliser impunément la région et redessiner ses contours au profit de nouveaux gouvernements marionnettes d’obédience religieuse sunnite pour qui la démocratie est le droit d’imposer la Sharia islamique à tous les citoyens d’une manière autrement obligatoire que les régimes laïcs en voie de disparition forcée.

La nouvelle phase de la révolution syrienne

Revenons à Homs : depuis le début des manifestations décrites unanimement par les médias de la désinformation comme étant «  pacifiques » les rangs étaient infiltrés par des activistes qui avaient pour mission de semer le désordre et inciter les forces de l’ordre à la riposte. Très vite, comme durant le fameux dimanche des Rameaux, des terroristes hirsutes, ont envahi certaines rues de Homs pour tout casser et provoquer un état de siège.

La majorité des habitants de la ville attendait depuis des mois l’intervention décisive de l’armée. Ils ont vécu des exactions, des exécutions sommaires, un état de siège et une loi martiale de la part des insurgés. La pression internationale a ralenti le pouvoir décisionnaire de l’État. Aujourd’hui c’est fait. L’armée encercle Homs et somme les insurgés de se rendre. Ces derniers ont enfin fait surface avec leur armement léger et lourd et leurs formations jihadistes implacables. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de l’insurrection syrienne : celle de la guerre de rue liée à la présence de cellules sunnites combattantes, auparavant dormantes et aujourd’hui bien alertes.

Ce saut d’une insurrection armée larvée, occultée par les médias, à une insurrection armée publique, justifiée par les médias, a été préparé par une reformulation de la stratégie de la révolution syrienne.

Pour Rami Khouri, analyste basé à Beyrouth, la chute de Kadhafi « montre qu’il y a différents moyens de faire tomber les régimes arabes. » « Une fois que le mouvement est lancé et que la bonne combinaison est là - volonté populaire de changement et soutien régional et international -, aucun régime ne peut résister. En Syrie cette combinaison entre un soulèvement populaire et un soutien régional et international existe. Ces régimes autoritaires, aussi forts soient-ils, finissent par chuter, » prédit-il. Pour lui, la révolte de la majorité chiite à Bahreïn, petit royaume dirigé par une dynastie sunnite, n’a pas abouti car elle n’était pas soutenue depuis l’étranger… « Louaï Hussein, une figure de l’opposition syrienne, craint que la victoire des rebelles libyens ne renforce ceux qui, en Syrie, appellent le mouvement jusqu’ici largement pacifique à prendre les armes. "J’ai peur que certains opposants pressés de faire tomber le régime, que nous avons toujours mis en garde contre une réplique du modèle libyen, aient maintenant recours aux armes", dit l’écrivain. » [8]

C’est chose faite. Dans un article-phare intitulé « La révolution pacifique en danger en Syrie », Ignace Leverrier introduit avec une emphase pathétique ce qui « justifie » le recours aux armes de l’opposition :

« Ce qu’il est malheureusement en voie de gagner (le régime syrien), c’est le défi cynique d’entraîner certains de ses concitoyens, uniquement avides de liberté et de dignité mais trop longtemps exposés dans l’indifférence internationale aux balles des militaires, aux tortures des moukhabarat et aux exactions des shabbiha, à céder à la tentation de recourir aux armes. Faut-il rappeler que "cynique", qui en grec renvoie au chien, signifie la perte de tout sens moral ? » [9].

Ce développement stratégique ne se heurte à aucune prévention car l’opinion publique internationale a été préparée à une diabolisation du régime face à une canonisation de l’opposition. Cela est dû en majeure partie aux rapports fallacieux de Rami Abdel Rahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme sis à Londres, dont la mission est de faire un décompte quotidien des «  morts » et « blessés » parmi les opposants, jamais du côté adverse. Ce décompte aussi morbide que mensonger falsifie la réalité au gré des besoins médiatiques et est reçu sans plus de vérification par la presse internationale.

Présentées comme étant des quêtes démocratiques populaires, les manifestations sont le trompe-l’œil tout trouvé pour faire exploser la situation en Syrie et justifier, au cas où le besoin se présente, une intervention militaire comme en Libye. Avec les prises de position des chefs religieux chrétiens, en particulier, les assertions sans équivoques du Patriarche maronite, et la déclaration du Secrétaire de la Ligue Arabe Nabil Arabi, en conclusion à sa visite à Damas, la recolonisation de la Syrie semble être encore relativement éloignée de la portée « humanitaire » des stratèges de l’Otan. Rendons grâces à Dieu et espérons que les réformes que nous souhaitons tous deviennent une réalité patente pour éviter le pire où tous nous retournerions aux catacombes.

Agnès-Mariam de la Croix
Higoumène du monastère Saint Jacques l’Intercis
22 septembre 2011


2-5Manlio Dinucci : MOYEN-ORIENT : L’incendie est hors contrôle...

L’art de la guerre.

On avait pensé à Washington pouvoir dompter les flammes de la rébellion populaire qui s’était propagée dans les pays arabes qui leur sont alliés, et mettre le feu à d’autres qu’ils ne contrôlent pas (ils y sont arrivés en Libye), de façon à construire sur leurs cendres le « Grand Moyen-Orient » dont ils ont toujours rêvé, celui sous bannière étoilée, flanquée de la rose des vents de l’OTAN. Mais, bien qu’ils y mettent le paquet, les choses ne vont pas comme ils voudraient. Surtout au Bahrein et au Yémen, supports importants de leur stratégie.
Au Bahrein les Etats-Unis ont le quartier général des forces navales de leur Commandement central. Situé à 200 Kms à peine de l’Iran, il dispose de dizaines de navires de guerre, porte-avions et unités d’assaut amphibie compris, avec 28 mille soldats et 3 mille à terre, qui opèrent en Mer Rouge, dans la Mer d’Arabie et dans d’autres parties de l’Océan Indien, pour « assurer la paix et la stabilité et protéger les intérêts vitaux de l’Amérique ».  En d’autres termes, pour conduire les guerres en Irak et Afghanistan et en préparer d’autres (Iran et Syrie sont dans le collimateur). D’où l’importance du Bahrein, que les Etats-Unis ont désigné comme « plus grand allié non-OTAN ». La monarchie  héréditaire, garante de la solide alliance, continue cependant à être assiégée par la rébellion populaire, qu’elle n’est pas arrivée à étouffer même avec l’aide de l’Arabie Saoudite, des Emirats et du Qatar qui, en mars, avaient envoyé des troupes au Bahrein. Cinq mois après la « féroce répression du soulèvement populaire », rapportée par le New York Times (15 septembre), il y a tous les soirs à Manama des jeunes qui descendent dans la rue, et affrontent la police.  Les autorités ont conquis « une éphémère victoire grâce aux tortures, arrestations et licenciements », surtout contre la majorité chiite (70% de la population) discriminée par la monarchie sunnite. Malgré cela, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton s’est déclarée « impressionnée par l’implication avec laquelle le gouvernement de Bahrein avance sur la voie de la démocratie » et en août, Washington a renouvelé son accord militaire avec Manama, signé en 1991.

Au Yémen aussi, il y a « d’encourageants signes d’une volonté rénovée du gouvernement de promouvoir la transition politique » : c’est ce qu’assure le Département d’Etat le 15 septembre, au lendemain du jour où les Nations Unies ont publié un rapport documenté sur la féroce répression.  Confirmée par le fait que, trois jours après à Sana, les militaires ont ouvert le feu avec des mitrailleuses lourdes sur une manifestation pacifique. Les Yéménites n’ont aucun souci à se faire : les Etats-Unis « continuent à appuyer la transition pacifique et ordonnée, répondant aux aspirations du peuple yéménite pour la paix et la sécurité ». C’est le New York Times lui-même qui rapporte comment cela se fait : « L’administration Obama a intensifié la guerre secrète au Yémen, en frappant des militants suspectés, avec des drones armés et des chasseurs-bombardiers ». La guerre est conduite par le Commandement conjoint du Pentagone pour les opérations spéciales qui, sous prétexte de faire la chasse à Al Qaeda, a installé à Sana sa propre position. L’opération est coordonnée par la Cia, qui a construit à cet effet au Moyen-Orient une base aérienne secrète. Mais les missiles Hellfire (Feu de l’enfer) des drones Usa ne font qu’alimenter les flammes de la rébellion populaire.

Edition de mardi 20 septembre 2011 de il manifesto
Manlio Dinucci

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Manlio Dinucci est géographe et journaliste au quotidien italien il manifesto.

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3 Annexe

3-1 Dana Priest et William M. Arkin : "Top secret america": aux Etats-Unis, un monde caché hors de tout contrôle

L’éventuelle prolongation de la présence des troupes US  en Irak, l’envergure de l’ambassade américaine en Irak, qui ne comportera pas moins de 16 000 personnes (!) au statut flou, l’immense pouvoir occulte délégué à une organisation telle que le JSOC (Joint Special Operations Command), comme exposé ci-dessous dans un article paru dans le Washington Post, laissent planer des doutes sur la capacité de l’Irak à assurer sa souveraineté et son indépendance.

   Les drones militaires et les forces paramilitaires de la CIA ont tué des dizaines de chefs d’Al-Qaïda et des milliers de ses soldats. Mais, il existe une autre organisation mystérieuse qui, elle aussi, a éliminé encore plus d’ennemis des Etats-Unis au cours de la décade qui a suivi le 11 septembre.

   Les agents de la CIA ont emprisonné et interrogé près d’une centaine de terroristes présumés dans leurs prisons secrètes éparpillées dans le monde mais les hommes de cette autre organisation en ont interrogé dix fois plus dans des prisons qu’elle seule contrôle en Irak et en Afghanistan.

   Depuis les attaques du 11 septembre, ce groupe d’hommes (et quelques femmes), a été multiplié par dix tout en maintenant un degré de clandestinité sans aucune mesure avec celle de la CIA. « Nous sommes la matière noire, nous sommes la force qui ordonne l’univers mais on ne peut nous voir ». C’est en ces termes qu’un homme de SEAL Marine (initiales pour mer, air et terre) décrit son unité sous couvert d’anonymat.

Choisir les individus à mettre sur sa liste de cibles et les tuer plutôt que de les capturer

   Les SEALs font partie du Commandement des Opérations Spéciales de l’armée américaine connu sous l’acronyme de JSOC (Joint Special Operations Command), qui, d’une petite équipe de sauvetage d’otages est devenue une armée secrète. Quand des membres de cette force d’élite a tué Ossama ben Laden, en mai dernier, au Pakistan, les chefs  ont célébré non seulement le succès de l’opération, mais le fait que peu de gens connaissaient leur commandement, basé à Fayetteville, NC. Peu d’informations ont circulé, jusqu’à présent, dans le public sur cette organisation.

   Deux présidents et trois secrétaires d’Etat ont assez souvent demandé au JSOC de monter des missions de contre espionnage et des raids mortels en Irak et en Afghanistan mais aussi dans des pays avec lesquels les Etats-Unis n’étaient pas en guerre, notamment, le Yémen, le Pakistan, la Somalie, les Philippines, le Nigeria et la Syrie. « La CIA n’a ni la taille ni l’autorité pour faire ce que nous pouvons faire » dit-on chez les JSOC.

   Le président a, aussi, conféré au JSOC le pouvoir de choisir les individus à  mettre sur sa liste de cibles – et de les  tuer plutôt que de les capturer. Des critiques ont dénoncé cette chasse à l’homme individuelle, la considérant comme un assassinat, une méthode interdite par la loi américaine. Cette liste n’est en rien rattachée à une  liste similaire de la CIA, mais qui comporte moins de noms.

   Créée en 1980, mais réinventée ces dernières années, le JSOC est passé de 1800 personnes avant le 11 septembre à 25000, nombre qui fluctue en fonction des missions. Elle a son propre service de renseignement, ses propres drones, et avions de  reconnaissance, même ses propres satellites. Elle a aussi ses propres cyber-guerriers, qui, en septembre 2008, ont fermé tous les sites des djihadistes qu’ils connaissaient. Le secret est la marque de fabrique de cette unité ; quand ses membres travaillent au sein d’agences ou ambassades US, à l’étranger, ils se dispensent de porter l’uniforme, ou tout autre nom ou grade, au combat… Le JSOC prend ses ordres directement du Président ou du Secrétaire à la Défense et est  dirigé et sous le contrôle d’un commandement strictement militaire.

   Sous le Président Bush, les opérations du JSOC étaient rarement soumises au regard du Congrès, ni avant ni après d’ailleurs car les conseillers du gouvernement considéraient leurs activités comme « des activités militaires traditionnelles ». Obama a adopté exactement la même position  mais il a insisté pour que les opérations sensibles du JSOC soient présentées à un comité du Congrès spécialement sélectionné.

Force létale

   La première mission du JSOC en 1980, l’Opération Griffe de l’Aigle (Eagle Claw) consistait en une mission de sauvetage des diplomates retenus en otages par les étudiants iraniens à l’ambassade US à Téhéran et s’est terminée par une collision dans le désert et la mort de huit des membres de l’équipe. L’extrême  « discrétion » de l’unité engendrait la méfiance des chefs militaires traditionnels et on n’y eut plus recours.

   Le Secrétaire à la Défense, Ronald Rumsfeld, se gaussant de ce que la CIA avait pénétré la première en Afghanistan et frustré de la lenteur de l’armée, a insufflé une nouvelle vie à l’organisation. Le noyau du JSOC regroupe la Force Delta, le SEAL de la marine, le 24ème Special Tactics Squadront de l’armée de l’air, le 160th Special Operations Aviation Regiment de l’armée et le 75 Ranger Regiment.

   Le caractère dangereux de la JSOC s’est manifesté en décembre 2001, dans les montages de Tora Bora où, dans les nuits du 13 et  14 décembre, JSOC a tué tant de forces ennemies qu’il a fallu enlever les cadavres des combattants d’Al-Qaïda par camions le lendemain. Mais elle a aussi commis des fautes : le 1er juillet 2002, dans ce que la Rand Corporation a qualifié « la pire attaque dévoyée de toute la guerre » une équipe de reconnaissance de la JSCO  à la poursuite de Talibans est tombée dans une embuscade. Un AC 130 a tiré sur six sites dans le village de Kakarak ; tuant des centaines de civils. « L’incident du mariage » du nom qui lui a été donné parce que ceux qui assistaient à ce mariage ont été pris pour cible a convaincu les Afghans que les forces américaines n’avaient aucun respect pour la vie des civils.

   Il n’empêche que, le 16 septembre 2003, Rumsfeld a signé un ordre renforçant la position du JSOC comme centre mondial du contre-terrorisme, et établissant une liste de 15 pays et les activités permises selon certains scénarii avec les approbations préétablies pour les appliquer. En Irak et en Afghanistan, il n’y avait pas besoin d’autre accord pour toute action contre Al-Qaïda. Dans d’autres pays, comme l’Algérie, l’Iran, la Malaisie, le Mali, le Nigeria, le Pakistan, les Philippines, la Somalie et la Syrie-  les forces du JSOC devaient requérir l’accord tacite du pays concerné ou au moins un blanc seing des hauts échelons de la chaîne de commandement. Aux Philippines, par exemple, le JSOC pouvait entreprendre une action psychologique pour confondre ou piéger les agents d’Al-Qaïda, mais avait besoin d’une approbation de la Maison Blanche pour toute action mortelle…

   A l’automne 2003, le JSOC eut un nouveau commandant qui désirait en faire l’arme la plus efficace de l’arsenal du contre-terrorisme des Etats-Unis. De son perchoir de vice-directeur des opérations de l’Etat-Major, Mc Chrystal en était venu à croire qu’au plus niveau du gouvernement, on détestait prendre des décisions. Personne ne voulait avoir tort, aussi posait- on plus de questions ou ajoutait-on des procédures au processus.

   Mc Chrystal se devait donc de « se glisser hors du trou » de l’administration suffocante de Washington. Il déménagea son quartier général dans la base de Balad à 60 kms de Bagdad et s’installa dans un vieil hangar avec trois centraux de communications : un pour combattre les affiliés à Al-Qaïda,  un autre pour les extrémistes chiites dans le pays et un troisième pour lui-même pour contrôler toutes les opérations. (…)

Aucune guerre moderne n’est gagnée  simplement par l’élimination mathématique de l’ennemi

   Tuer l’ennemi était le morceau le plus facile, grâce aux immenses moyens technologiques, mais le trouver ne l’était pas. Mais grâce à Roy Apseloff, directeur du Centre National pour l’Exploitation des Médias, l’agence gouvernementale US pour l’analyse des documents saisis par la communauté du renseignement et les militaires, JSOC put recueillir un nombre considérable d’informations….

   L’autre défi était d’origine humaine : les interrogateurs étaient mal formés et ignoraient tout de leurs détenus, ne sachant quelle question poser, comment les poser efficacement… Avant même que les photos sur Abu Ghraib n’apparaissent en 2004, un rapport confidentiel avertissait que des éléments du JSOC battaient les prisonniers et les détenaient dans des endroits secrets. Lorsqu’ils ne trouvaient pas les hommes dans les maisons fouillées, ils emmenaient les femmes, les mères et les filles. Le rapport concluait au caractère contreproductif de ces méthodes pour obtenir le soutien des Irakiens.

   Une autre enquête sur le JSOC, en 2004, réalisée sur une période de quatre mois montra que les interrogateurs ne fournissaient aux prisonniers que de l’eau et du pain ; d’autres prisonniers étaient entassés dans des cellules si peuplées qu’ils ne pouvaient ni se tenir debout ni se coucher tandis que leurs gardiens jouaient de la musique à haut volume pour les priver de sommeil. D’autres encore étaient déshabillés, trempés dans de l’eau froide et ensuite interrogés dans des pièces à air conditionné ou dehors dans le froid. …

   Le caractère dangereux du JSOC ressort du nombre de morts qu’il fit. En 2008, en Afghanistan seul, ses commandos ont frappé 550 cibles et fait  à peu près un millier de morts. En 2009, ils ont exécuté 464 opérations et tué de 400 à 500 personnes. Lors de la descente de l’Irak dans le chaos, à l’été 2005, JSOC  conduisait 300 raids par mois….Mais si tuer signifie gagner la guerre, le livre sur le JSOC pourrait être écrit. Or, aucune guerre moderne n’est gagnée simplement par l’élimination mathématique de l’ennemi. Même à une époque d’armes « intelligentes » les accidents surviennent qui peuvent entraîner des reculs politiques majeurs.

   Chaque raid du JSOC qui a blessé ou tué des civils, détruit leur maison ou leur source de revenus est devenu source de plaintes si lourdes que leurs effets contreproductifs, jusqu’à ce jour, sont difficiles à évaluer. Le taux de précision dans la cible visée (individu, maison, business) est pour le JSOC de seulement 50%, ce qu’il considère comme un bon score…

   Lors des raids les plus durs, Mc Chrystal s’est souvenu de la description de Lawrence d’Arabie des « cercles de chagrin »  ou le choc émotionnel ressenti par des petits groupes de combattants devant les morts. Fortement influencé par la vie de Lawrence, Mc Chrystal a vu dans ses troupes, des forces tribales des temps modernes : dépendantes les unes des autres pour la survie et l’attachement…

   … Le Département à la Défense a assigné au JSOC un plus grand rôle dans un domaine non militaire, dont celui de suivre le flux de fonds des banques internationales vers les réseaux terroristes. Il l’a aussi engagé dans des « opérations psychologiques » rebaptisées « opérations militaires d’information » et a envoyé des petites équipes de JSOC en habits civils dans les ambassades US pour les aider dans leurs campagnes en direction des médias.

   Lors de son arrivée à la Maison Blanche, Obama a chouchouté l’organisation et s’en est servi plus que son prédécesseur. En 2010, il a secrètement dirigé des troupes du JSOC au Yémen pour éliminer les chefs d’Al-Qaïda dans la péninsule arabe. Le Printemps arabe a obligé la Maison Blanche à différer certaines opérations du JSOC.

   Mais en dehors de réseaux terroristes, l’ennemi de longue date du JSOC reste en fait la bureaucratie à Washington…

Dana Priest et William M. Arkin

Version intérale : « Top Secret America : The Rise of the New American Security State » par

Dana Priest et William M. Arkin (Washington Post - 2/9/11) –

Traduction (extraits) : Xavière Jardez

http://www.washingtonpost.com/world/national-security/top-secret-america-a-look-at-the-militarys-joint-special-operations-command/2011/08/30/gIQAvYuAxJ_story.html

Livre:

http://www.amazon.fr/Top-Secret-America-American-Security/dp/0316182214/ref=sr_1_1?s=english-books&ie=UTF8&qid=1316365642&sr=1-1

http://www.france-irak-actualite.com/



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