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17/10/2011

n°94 - Journal des Guerres de l'Otan : du 13-90 au 16-10- - Début : La guerre du faible au fort s'appelle rébellion, guérilla, lutte.... Mais généralement pas terrorisme!


n°94 - Journal des Guerres de l'Otan : du 13-90 au 16-10- - Début : La guerre du faible au fort s'appelle rébellion, guérilla, lutte.... Mais généralement pas terrorisme!



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



  Journal des Guerres de l'Otan. 

Libye

n° 94- du 13-09 au 16-10

            C.De Broeder & M.Lemaire     



Le " Journal des Guerres de l'Otan " est  visible :

a)   sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :  http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

Le " Journal des Guerres de l'Otan " est  visible :

a)   sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau :  http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

Tiré à part :

Diana JOHNSTONE : APRÈS MILOSEVIC, KADHAFI

«.Guerre globale contre la terreur »

The Rebel Griot : Les chefs du CNT avaient préparé la conquête de l'OTAN depuis 2007

Mikhaϊl Berestov : L’impuissance de l’OTAN en Libye et les « héros accidentels » de la guerre contre Kadhafi.

La guerre du faible au fort s'appelle rébellion, guérilla, lutte.... Mais généralement pas terrorisme!

Tony Busselen : Libye : Otan en emporte les enfants.

Guerres de l'Otan

Au jour le jour

Bombardements meurtriers de l’OTAN sur fond de résistance et de vide de pouvoir.

Massacre à Syrte  

Reuter : Frappes aériennes de l'Otan à Bani Walid.

1 Politique L'OtanSur le terrain

La mission de l'OTAN visant à ‘protéger’ les populations civiles se poursuit ; elle a été récemment prolongée de 90 jours par le Conseil de l'Atlantique Nord….

Allain Jules : Les dernières nouvelles du front (14-10-2011)

c Les USA

Sur le terrain

FaridMerrad : Les Etats-Unis appellent l'Otan à serrer les rangs face à la baisse des budgets.  

Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos.

2-1 Le Nouvel Observateur : Le Tripoli merveilleux de l'Otan.

2-2 Vidéo : Entretien avec Thierry Meyssan. : L'OTAN massacre des civils en Libye.

3  Dossiers

3-1 M'sili : L’OTAN et la Libye: quand on aime, on ne compte pas. Ni l’argent, ni les morts…

3-2 Ibrahim Moussa : « Les habitants de Syrte ont été littéralement massacrés et chassés de leurs maisons »



Tiré à part :

Diana JOHNSTONE :APRÈS MILOSEVIC, KADHAFI

Moins de douze ans après que l’OTAN ait écrasé la Yougoslavie sous ses bombes, arrachant la province du Kosovo de la Serbie, il y a des signes que l’alliance militaire se prépare à une nouvelle petite “guerre humanitaire” victorieuse, cette fois-ci contre la Libye.

Les différences sont bien sûr énormes. Mais voyons quelques troublantes similitudes.

Un leader diabolisé

En tant que “nouvel Hitler” – l’homme que vous aimez haïr et que vous devez détruire – Milosevic était en 1999 un néophyte comparé à Muammar Kadhafi aujourd’hui. Les médias disposaient de moins de dix ans pour transformer Milosevic en monstre, alors qu’avec Kadhafi, ils s’y emploient depuis plusieurs décennies. E tKadhafi est plus exotique, parle moins anglais et se présente au public dans des tenues qu’aurait pu créer John Galliano (un autre réputé monstre récent). Cet aspect exotique ressuscite les quolibets et le mépris de cultures “inférieures” qui ont permis la conquête de l’Ouest, la colonisation de l’Afrique et le saccagez du Palais d’été de Beijing par des soldats occidentaux se battant pour que le monde puisse s’adonner à l’opium en toute liberté.

Le chœur des “il faut faire quelque chose”.

Comme dans le cas du Kosovo, la crise en Libye est perçue par les faucons comme une occasion d’affirmer leur pouvoir. L’inénarrable John Woo, le conseiller qui convainquit le gouvernement Bush II des avantages de la torture de prisonniers, s’est servi du Wall Street Journal pour pousser l’administration Obama à ignorer la charte des Nations Unies et à plonger dans le bouleversement libyen. “En se passant des règles vétustes de l’ONU, les Etats-Unis peuvent en même temps sauver des vies, améliorer le bien-être global et défendre leurs intérêts nationaux”, a-t-il proclamé. Et un autre grand théoricien de l’impérialisme humanitaire, Geoffrey Robertson, a expliqué à l’Independant que, malgré les apparences, violer le droit international était légal.

Le spectre des “crimes contre l’humanité” et du “génocide” est évoqué pour justifier la guerre.

Comme au Kosovo, un conflit interne entre un gouvernement et des rebelles armés est présenté comme une “crise humanitaire” dans laquelle un seul côté, le gouvernement, est considéré comme “criminel”. Cette criminalisation a priori se manifeste par l’appel à une juridiction internationale sensée se pencher sur les crimes prétendument commis ou sur le point de l’être. Dans son éditorial, Geoffrey Robertson a parfaitement précisé comment la Cour internationale de justice devait planter le décor d’une éventuelle intervention armée. L’Occident peut se servir de la

Cour pour éviter le risque d’un veto de l’action militaire au Conseil de sécurité, a-t-il expliqué. “Dans le cas de la Libye, le Conseil a au moins établi un important précédent en décidant à l’unanimité de se référer à la Cour de justice. (…) Que se passera-t-il si des inculpés libyens en liberté aggravent leurs crimes – par exemple en exécutant de sang froid par pendaison ou coup de feu des adversaires, des témoins éventuels, des civils, des journalistes ou des prisonniers de guerre ? (Notez

que jusqu’ici il n’y a ni “inculpés” ni preuves de crimes qu’ils pourraient “aggraver” de façons plus ou moins imaginaires. Mais Robertson cherche avec avidité un moyen de “relever le défi” si le Conseil de sécurité décide de ne rien faire). Les défaillances du Conseil de sécurité rendent nécessaire la reconnaissance d’un droit limité, sans son mandat, reconnu à une alliance comme l’OTAN d’utiliser la force pour empêcher que soient perpétrés des crimes contre l’humanité. Ce droit entrerait en vigueur une fois que le Conseil aurait identifié la situation comme étant une menace pour la paix mondiale – et il l’a fait pour la Libye, en renvoyant à l’unanimité le cas devant le procureur de la Cour.”

Ainsi renvoyer un pays devant le procureur de la Cour peut fournir le prétexte à lui faire la guerre ! Incidemment, la juridiction de la Cour internationale de justice est supposée s’étendre aux Etats ayant ratifié le traité de sa création ce qui, à ma connaissance n’est le cas ni de la Libye – ni des Etats-Unis. Une grande différence est que les USA ont réussi à persuader, par la menace ou la corruption, de nombreux pays signataires d’accepter de ne jamais, sous aucune circonstance, renvoyer devant le procureur des coupables américains. Un privilège refusé à Kadhafi.

Robertson, un membre du Conseil juridique de l’ONU, conclut : “le devoir d’empêcher le meurtre massif d’innocents, du mieux que nous pouvons s’ils demandent notre aide, s’est matérialisé : il rend l’usage de la force par l’OTAN non seulement légitime, mais légal.”

Ineptie gauchiste.

Il y a douze ans, la plus grande partie de la gauche européenne a soutenu la “guerre du Kosovo” qui a mis l’OTAN sur la voie sans fin qu’elle suit aujourd’hui en Afghanistan. N’ayant rien appris, elle semble prête à se répéter. Une coalition de partis se qualifiant de “Gauche européenne” a publié une déclaration “ condamnant avec force la répression perpétrée par le régime criminel du colonel Kadhafi” et appelant l’Union européenne “à condamner l’usage de la force et à agir rapidement pour protéger les gens qui manifestent pacifiquement et luttent pour leur liberté.”

Etant donné que l’opposition à Kadhafi ne fait pas que “manifester pacifiquement” mais a pris les armes, cela revient à condamner l’usage de la force par les uns et non par les autres – mais il est douteux que les politiciens qui ont rédigé cet appel se rendent même compte de ce qu’ils disent.

L’étroitesse de la vision de la gauche est illustrée par une déclaration publiée dans un journal trotskyste selon laquelle “de tous les crimes de Kadhafi, le pire et le moins connu est sa complicité avec la politique d’immigration de l’UE”. Pour l’extrême gauche, le pire péché de Kadhafi est de collaborer avec l’Occident , de même que doit être dénoncée la collaboration de l’Occident avec Kadhafi. Cette gauche finit, par simple confusion, par prendre le parti de la guerre.

Les réfugiés

La masse de réfugiés fuyant le Kosovo au début du bombardement de l’OTAN servit à justifier ce bombardement, sans enquête sur les causes variées de cet exode temporaire, la principale étant sans doute le bombardement lui-même. Aujourd’hui, d’après la façon dont les médias rendent compte du grand nombre de réfugiés quittant la Libye depuis le début des troubles, on pourrait croire qu’ils fuient la persécution de Kadhafi. Comme ils le font souvent, les médias se concentrent sur l’image superficielle sans chercher d’explications. Pourtant un minimum de réflexion pourrait combler cette lacune. Il est peu probable que Kadhafi soit en train d’expulser les travailleurs étrangers que son régime a importés pour réaliser d’importants projets d’infrastructures. Il est plutôt évident que certains des insurgés “démocratiques” ont attaqué les travailleurs étrangers par pure xénophobie. Les ouvertures à l’Afrique de Kadhafi mécontentent un certain nombre d’Arabes. Il ne faut pas trop en parler, parce que ces derniers sont aujourd’hui nos “bons gars”. Cela ressemble à la façon dont les attaques de Roms par les Albanais du Kosovo furen tignorés ou excusés par les occupants de l’OTAN sous prétexte que “les Roms avaient collaboré avec les Serbes”.

Osama ben Laden

Une autre similitude entre l’ex-Yougoslavie et la Libye est que les USA (et leurs alliés de l’OTAN) se retrouvent un fois de plus du côté de leur vieil ami du temps des mudjahidins, Osama ben Laden. Ce dernier fut l’allié discret du parti islamique d’Ali jaIzetbegovic durant la guerre en Bosnie, un fait soigneusement passé sous silence par les puissances de l’OTAN. Bien entendu, les médias occidentaux ont présenté comme le délire d’un aliéné l’affirmation de Kadhafi qu’il se battait contre ben Laden.

Pourtant le combat entre les eux est très réel et antérieur à l’attentat contre les Tours jumelles et le Pentagone du 11 septembre 2001. Kadhafi fut le premier à essayer d’alerter Interpol à propos de ben Laden, sans susciter la moindre coopération de la part des Etats-Unis. En novembre 2007, selon l’AFP, les leaders du “Fighting IslamicGroup” en Libye ont annoncé qu’ils rejoignaient Al Qaeda. Comme les mudjahidins qui combattirent en Bosnie, ce groupe de combattants islamistes a été créé en 1995par des vétérans de la guerre américaine contre les Soviétiques dans les années1980 en Afghanistan. Leur but proclamé est de renverser Kadhafi pour établir un Etat islamiste radical. La base de l’islamisme radical a toujours été la partie orientale de la Libye où la révolte a éclaté. Etant donné que celle-ci ne ressemble pas aux pacifiques manifestations de masse qui ont eu raison des dictateurs en Tunisie et en Egypte, mais comporte une composante visible de militants armés, on peu raisonnablement penser que les islamistes participent à la rébellion.

Refus des négociations.

En 1999, les USA voulaient absolument se servir de la crise du Kosovo comme “baptême du feu” de la nouvelle vocation internationale de l’OTAN. La mascarade des pourparlers de paix de Rambouillet fut sabotée par la secrétaire d’Etat US Madeleine Albright, qui écarta les leaders kosovars albanais plus modérés en faveur de Hashim Thaci, le jeune chef de “l’Armée de libération du Kosovo” (UCK), un réseau notoirement lié à des activités criminelles. Les rebelles albanais du Kosovo étaient un ensemble hétérogène ; mais comme souvent, les USA ne firent qu’en extraire le pire.

En Libye, la situation pourrait empirer

Mon impression, inspirée en partie par la visite à Tripoli il y a quatre ans, est que la révolte actuelle est encore plus hétérogène, avec de sérieuses contradiction politiques internes. A la différence de l’Egypte, la Libye n’est pas un Etat surpeuplé, comptant des milliers d’années d’histoire, doté d’un fort sentiment d’identité nationale et fort d’une longue culture politique. Il y a un demi-siècle, elle était un des pays les plus pauvres du monde, et elle n’a pas encore émergé tout à fait de sa structure clanique. Kadhafi, à sa façon excentrique, a été un facteur de modernisation, utilisant les revenus pétroliers pour élever les conditions de vie au plus haut niveau du continent africain. Son opposition est paradoxalement constituée à la fois par des islamistes traditionnels réactionnaires qui considèrent comme hérétiques ses opinions relativement progressistes et par les bénéficiaires occidentalisés de sa modernisation qui sont gênés par son image et veulent encore plus de progrès. Il y a aussi d’autres tensions qui peuvent aboutir à une guerre civile et même à une partition du pays selon des lignes géographiques.

Jusqu’ici les chiens de guerre fouinent pour trouver plus de sang qu’il n’en a encore été versé. Jadis, les USA ont poussé à l’escalade au Kosovo pour être “obligés d’intervenir” ; le même risque existe aujourd’hui en Libye où la même ignorance de l’Occident des effets de son ingérence est encre plus grande.

La proposition de Chavez d’éviter la catastrophe par une médiation neutre est la voie de la sagesse. mais en Otanie, la notion même de résoudre les problèmes par la médiation plutôt que par la force semble s’être complètement évaporée.

Diana JOHNSTONE.

Auteur de “La croisade des fous : la Yougoslavie, l’OTAN et les illusions


«.Guerre globale contre la terreur »

«.Guerre globale contre la terreur » : étymologiquement, cette terminologie pose un problème de stricte logique formelle.

Le terrorisme n’est pas une substance, mais un flux, sinon une technique – guerre du faible au fort – dont les modus operandi ne cessent de se transformer.
Cette affirmation que le « terrorisme »* est « l'arme des faibles » est souvent répétée.

Pourtant, force est de constater que c'est loin d'être le cas. Passons sur l'acte de terreur qu'a constitué les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, passons les actes de terreurs que sont les bombardements de civils, les guerres, les « techniques spéciales d'interrogatoire »*, les exécutions extra-judiciaires (les US « liquident »* maintenant ouvertement leurs propres « citoyens »*, passons sur la violence exercée par l'ordre économique qui fait craindre à tout un chacun la possibilité de se retrouver dans la misère et constatons que ce qu'il est généralement convenu d'appeler « terrorisme » est un ensemble d'actions servant à terroriser le peuple. Comment croire que c'est la population qui se terrorise elle-même? N'est-ce pas les tenants du pouvoir ou ceux envisageant de l'exercer à court terme qui ont intérêt à user de la terreur? Nous avons d'ailleurs moult exemples de « terrorisme d'état » effectué, cela va de soit, sous « fausse bannière » qui montrent l'usage de la terreur pour affirmer le pouvoir de l'ordre établi (voir par exemple les travaux de Ganser : « Les guerres secrètes de l'OTAN »). Les actes de terreur sont bien sur parfois réalisés par des exaltés pensant « servir » une cause, mais force est de constater qu'ils sont souvent encadrés et/ou surveillés par des agents de l'ordre établi (voir par exemple « Les attentats déjoués par le FBI », la nébuleuse "Al Quaida" ou plus anciennement, « Les CCC étaient infiltrés »).

ilmanifesto.it

Mondialisation.ca,

Le 21 septembre http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=DIN20110921&articleId=26694


The Rebel Griot : Les chefs du CNT avaient préparé la conquête de l'OTAN depuis 2007.
Une violente révolte éclatait le 15 février dernier (1). Six jours après, le ministre libyen de la justice, Moustafa Abdel-Jalil, démissionnait pour constituer un gouvernement provisoire. Le 27 février, le Conseil National de Transition était mis en place et le 5 mars cette instance se déclarait « l'unique représentant de toute la Libye », sous la direction de Moustafa Abdel-Jalil. Le 10 mars la France reconnaissait le CNT comme le gouvernement légitime de la Libye et ce même jour la Grande-Bretagne lui offrait un bureau diplomatique en territoire britannique. Neuf jours plus tard, le Conseil créait une nouvelle Banque Centrale Libyenne et une compagnie nationale pétrolière libyenne (2). En moins d'un mois depuis le début de l'insurrection Abdel-Jalil se positionnait en chef non seulement des rebelles mais aussi du nouveau gouvernement en attente, contrôlant les ressources libyennes et la politique monétaire avec la bénédiction de l'occident. Le 17 mars, l'OTAN entamait son massacre massif des soldats libyens afin d'installer son régime.

Il est clair que des puissances impériales aussi chevronnées que la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis n'allaient pas s'engager dans les considérables dépenses d'une campagne aérienne de longue durée afin de porter quelqu'un au pouvoir dans un Etat aussi stratégiquement important et aussi riche en pétrole sans posséder un atout sûr et avéré. Alors, qui est exactement Abdel-Jalil ?

Abdel-Jalil occupe son poste dans le gouvernement libyen depuis janvier 2007 lorsqu'il fut nommé secrétaire du Comité général du peuple à la Justice (l'équivalent de ministre de la justice). Depuis, il n'a cessé de paver la voie à la conquête militaire et économique de la Libye par l'OTAN.

Premièrement, en tant que chef du pouvoir judiciaire, il a supervisé la libération de prison des centaines de combattants anti-Kadhafi qui allaient constituer le cœur de l'insurrection. Saif al-Islam (fils de Mouammar) dirigeait le programme de libération des prisonniers – geste qu'il regrettera publiquement pour son extrême naïveté – mais il rencontra une forte opposition de la part de puissants éléments de son gouvernement. Il importait donc d'avoir un ministre de la justice sympathique pour permettre aux libérations de se poursuivre en douceur. Des centaines de membres du Groupe islamique combattant en Libye (GICL) – y compris son fondateur Abdulhakim Belhadj, à présent chef militaire de Tripoli – furent libérés en 2009 et 2010 (3) et continuèrent à former les seules unités entraînées et expérimentées de la rébellion. En janvier 2010, Abdel-Jalil menaça de démissionner si le programme de libération de prisonniers n'était pas accéléré (4). Le deuxième jour de l'insurrection, la dernier contingent des 110 membres du GICL était libéré. Sa tâche accomplie, Abdel-Jalil quitta peu après son poste de ministre de la justice pour établir le CNT.

Deuxièmement, Abdel-Jalil sut se servir de sa position pour aider à préparer le canevas légal en vue du transfert institutionnel des ressources libyennes, qui fut réalisé tellement vite après la création du CNT. Bien que son rôle officiel fût celui de chef du judiciaire, une large part du dialogue entre Abdel-Jalil et les autorités états-uniennes, archivé dans des dépêches diplomatiques fuitées, était consacrée à la privatisation de l'économie. Elles témoignent de l'enthousiasme d'Abdel-Jalil pour «  l'engagement du secteur privé » et révèlent sa conviction que cela nécessite un changement de régime, ou, selon l'euphémisme des dépêches, une « aide internationale » permettant son parachèvement. Les dépêches rapportent également le commentaire inquiétant de Jalil à propos d'un « environnement commercial légal solide  » et d'une amélioration des relations entre Libye et USA, « qu'il fallait moins de paroles et plus d'action » (5).

Troisièmement, Abdel-Jalil réussit à arranger « en toute discrétion » des rencontres secrètes entre les Libyens pro-privatisation du « Programme de développement de la législation commerciale » et les autorités US, tant aux Etats-Unis qu'en Libye. Les dépêches US fuitées louent sa «  bonne volonté permettant à son équipe de communiquer avec les emboffs (officiels de l'ambassade) en dehors des canaux officiels » et notent que «  son organisation semble suivre une piste parallèle assurant l'approbation des visas tout en contournant le protocole et le MFA (ministère des affaires étrangères) » (6).

Peu après la nomination d'Abdel-Jalil en 2007, l'autre joueur majeur du CNT actuel – le président Mahmoud Jibril – fut également nommé au gouvernement libyen. Il devint le patron du Conseil national de planification et ensuite le chef du Conseil national de développement économique où, selon les dépêches US, lui aussi aida à « paver le chemin » pour la privatisation de l'économie libyenne et « accueillit les compagnies américaines ». Les autorités US se montraient positivement en extase devant Jibril après leur rencontre de mai 2009, concluant que « Jibril, docteur en sciences politiques de l'Université de Pittsburgh, et y ayant enseigné la planification stratégique, est un interlocuteur sérieux qui 'saisit' le point de vue états-unien ». En outre, à la lumière de la série de défections d'ambassadeurs qui suivirent la rébellion de Benghazi, le fait que Jibril avait aidé à faciliter six programmes d'entraînement américains pour les diplomates est très révélateur (7).

2007 fut également une année cruciale pour l'autre gros joueur du CNT actuel, le chef du conseil militaire de Tripoli Abdelhakim Belhadj. C'est lui qui fonda le Groupe islamique combattant, affilié à Al-Qaïda et qui lança une insurrection armée contre l'Etat libyen en 1995, pendant deux ans. Sa libération de prison en mars 2010 parmi des centaines d'autres combattants du GICL, fut le point culminant d'un processus qui commença par une lettre ouverte publiée en novembre 2007 par Norman Benotman – l'un des nombreux combattants du groupe qui avaient reçu asile au Royaume-Uni après l'échec de l'insurrection. Sa lettre renonçait à la violence et selon le London Times « demandait à Al-Qaïda de renoncer à toutes ses opérations dans le monde islamique et en Occident, ajoutant que l'Occidental moyen n'était pas à blâmer et ne devrait pas être attaqué ». La lettre entraîna un processus de dialogue entre le GICL et le gouvernement libyen, suivi deux ans plus tard par les excuses du GICL pour sa violence anti-gouvernementale et par une déclaration selon laquelle « réduire le jihad à un combat avec le glaive est une erreur et une lacune  » (8). Quelqu'un leur avait manifestement signalé que des drones et des bombardiers B-52 seraient bien plus efficaces.

2007 fut donc l'année qui lança les trois hommes sur la voie de leur rôle actuel de dirigeants de proximité pour l'OTAN en Libye. La lettre de Benotman rendit politiquement possible une aide de l'OTAN à un affidé violent d'Al-Qaïda et aida à persuader Saif al-Islam de relâcher ceux-là même qui deviendraient les forces de base qui renverseraient son gouvernement. La nomination d'Abdel-Jalil comme ministre de la justice faciliterait la libération des combattants et préparerait le canevas légal pour la prise de pouvoir par les entreprises occidentales. La nomination de Jibril comme Ministre de la Planification préparait, à un micro-niveau, le détail des modalités de cette prise de pouvoir, et elle entretenait les relations avec les compagnies occidentales qui seraient invitées à y participer.

Alors pourquoi tout cela se produisit-il ? Qui tirait les ficelles ?

Dans le cas de la lettre de Benotman, ce serait tout simplement le MI6 qui l'aurait contacté à Londres, où il vivait, et l'aurait mis en contact avec une bonne firme de RP pour l'aider à forger la lettre qui permettrait politiquement à l'OTAN de s'ériger en force aérienne du GICL.

Quant à ces deux nominations au gouvernement, Saif al-Islam Kadhafi en est le responsable ultime, mais il est clair qu'il ne visait pas le résultat qui s'ensuivit. Il mettait en œuvre des réformes politiques et économiques motivées par une conviction sincère et un désir naïf d'améliorer les relations entre son gouvernement et l'Occident ; il ne se rendait pas compte qu'il posait involontairement les jalons de la destruction politique et économique de son pays. La question est donc : agissait-il sur les conseils de quelqu'un d'autre ?

Si oui, le candidat le plus plausible est Mark Allen.

Mark Allen était l'agent MI6 qui avait facilité le rapprochement avec l'Occident en 2003. Saif-al-Islam menait les négociations pour la Libye, de sorte qu'en 2007 les deux hommes se connaissaient déjà assez bien. Mais par la suite Mark Allen ne fut plus officiellement employé par le MI6. En 2004 il avait été pratiquement pisté par le bureau du Cabinet britannique, contournant les procédures de sécurité habituelles, en vue de travailler pour BP et le gouvernement libyen (9) ; et en 2007, il réussit à conclure un contrat géant de 15 milliards de £ entre BP et le gouvernement libyen. Les nominations d'Abdel-Jalil et de Mahmoud Jibril pourraient-elles avoir fait partie de cet accord ? Avec le recul et vu leurs rôles ultérieurs, il semble hautement probable que le MI6 ait utilisé tout levier possible pour manœuvrer des complices consentants pour qu'ils occupent des postes au sein du gouvernement libyen.

Selon le Daily Mail (10), Allen s'est aussi activement impliqué dans les pressions exercées sur le gouvernement britannique pour qu'il soutienne le programme de libération de prisonniers. Bien sûr, le ton de cet article, conforme au tapage médiatique autour de la complicité du MI6 dans les tortures infligées à Belhadj, cadre complètement avec le récit d'ensemble selon lequel Kadhafi et l'Occident auraient eu une grande relation, jusqu'à ce que la rébellion démarre et force l'OTAN à mener une intervention humanitaire. Tout cela vise à obnubiler le fait réel que la Libye sous la conduite de Kadhafi était un obstacle à la domination occidentale et à la subordination de l'Afrique, et que le MI6 a comploté son éviction dès son arrivée au pouvoir.

Notes :

(1) Al-Jazeera
(2) Bloomberg.com

The Rebel Griot

Mardi 27 septembre 2011

Source :The Rebel Griot, 12 septembre 2011

Traduction : Anne Meert pour Investig'Action


Mikhaϊl Berestov : L’impuissance de l’OTAN en Libye et les « héros accidentels » de la guerre contre Kadhafi.

 L’opération de l’OTAN  en Libye a mis en évidence l’impuissance militaire de l’alliance, raconte le politologue russe Alexandre Khramtchikhine  dans son article « L’Impuissance militaire de l’OTAN : une victoire qui est devenue une défaite ».

Selon l’expert, les motifs de l’intervention de l’Occident dans le conflit civil  en Libye sont « incompréhensibles » et il souligne  que les membres de l’alliance n’ont pas été unis.

Les événements en Libye on montré que la discipline à l’Intérieur de l’OTAN s’est ébranlée  encore plus qu’à l’époque de l’opération militaire commune contre la Yougoslavie en 1999, annonce le politologue Alexandre Khramtchikhine. L’opération a été accomplie par la Grande-Bretagne et la France et elle a été soutenue symboliquement  par le Canada et la Belgique. Le rôle d’autres membres de l’OTAN  a été plutôt  symbolique, alors que les Etats-Unis se sont désistés.

Ces appréciations correspondent aux conclusions du compte-rendu « Les héros accidentels : la Grande-Bretagne, la France et l’opération n Libye » de Royal United Services Institute.   On y annonce que le renversement de Kadhafi est devenu possible  grâce à « l’improvisation, l’innovation et la chance » aussi bien que grâce à la maîtrise militaire. En même temps, on annonce dans le document  que les Forces aériennes royales  ont épuisé leurs réserves de missiles et les forces navales ont été obligées de suspendre certaines d’autres opérations.  Les Britanniques soulignent   que les Etats-Unis sont sortis de cette opération déjà au début. Finalement, la Grande-Bretagne et la France  ont exercé le rôle principal. La décision de sortir de l’opération a été dictée dictée, selon Alexandre Khramtchikhine,  par la mauvaise volonté de participer à la troisième guerre :

Deux guerres dans le monde islamique, en Irak et en Afghanistan leur suffisent. Il ne leur restait que déclancher la troisième   et discréditer définitivement leur image aux yeux des musulmans.  Les Américains ont décidé de « piéger » l’Europe  et de mettre en évidence sa faiblesse.

Selon les observateurs, après la Libye l’OTAN peut entreprendre  une tentative  de se mêler  dans le conflit syrien pour renverser le président Bachar el-Assad. Cependant, Alexandre Khramtchikhine   évalue d’une façon sceptique la possibilité du commencement de cette  opération.

A ce qu’il parait, l’OTAN ne veut pas mettre encore une fois en évidence son impuissance militaire. Parce que si cela a lieu encore une fois, les contribuables européens auront le droit de poser à leurs autorités la question suivante : avons-nous besoin d’une telle alliance?
french.ruvr.ru

25 Septembre

Commentaires

1.Posté par AFRIK le 25/09/2011 21:07

Etats-Unis d'Afrique (LVO) : Le 22 Septembre, 70 femmes et enfants innocents ont été tués à l'intérieur d'une école à Syrte selon de nouveaux rapports. Les familles utilisaient cette école comme abri, pensant que l’Organisation de l’Atlantique Nord ne les prendrait pas pour cible. Faisons un moment de silence, et prions pour les âmes de ces innocents qui ont été tués. Ces crimes contre l'humanité ne seront jamais oubliés. Les gens disent que le pardon est possible, peu importe le crime odieux, mais il ne sera jamais oublié, peu importe combien de médias corrompus nient le terrorisme de l’Otan.
Les mercenaires de l'OTAN ont déclaré avoir créer un gouvernement fantoche dimanche dernier (18 sept. 2011). Ils ont en réalité lamentablement échoué à créer un régime fantoche pour de multiples raisons :
1. Les forces de l'OTAN se sont, comme des voleurs, tourné les uns contre les autres (division).
2. La presque totalité de la Libye est sous contrôle du gouvernement de la Jamahiriya libyenne.
3. Différents membres de l'OTAN sont aussi divisés, chacun voulant voir ses propres marionnettes occuper un poste clé.
Ce sont trois problèmes majeurs qui doivent être résolus avant de prétendre avoir mis en place un gouvernement de marionnettes.
Les supporters de l’OTAN ont légèrement changé leur tactique, cette fois-ci ils affirment que de nombreuses villes du Sud de la Libye sont occupés, certains médias prétendent même que Bani Walid et Syrte sont les deux dernières villes contrôlées par le gouvernement de la Jamahiriya libyenne, tentant désespérément de résoudre le problème numéro 2.

L'ironie est que même si elles ont créé cette fausse perception, sur le terrain, une fois de plus les observateurs suggèrent que l'OTAN ne parviendra pas à créer un régime fantoche. Tout le battage médiatique de la propagande de l'OTAN selon laquelle le gouvernement fantoche sera annoncé la semaine prochaine pourrait à son tour devenir une blague le moment venu, semblable à celle de la semaine dernière. L'heure h est proche, et ils sont pris de panique, ils ne sont pas capables de former un régime fantoche d'ici là, et les membres de l'OTAN pourraient ne pas être satisfait des évolutions et pourraient donc potentiellement voter contre la poursuite des opérations terroristes, à cause de leurs échecs économiques .
Le Dr. Moussa Ibrahim a parlé sur Reuters hier, il a dénoncé au monde les assassinats brutaux qui ont eu lieu au cours de la nuit par l'OTAN. "Au moins 151 femmes et enfants innocents ont été tués à Syrte, c'est ce qu'ils appellent sauver des vies civiles. Les médias sont restés majoritairement silencieux, pour une raison quelconque, une chose est sûre, les médias sont totalement complices de ces crimes contre l'humanité, tout comme l'ONU et les organismes internationaux."
Le Dr. Ibrahim a aussi parlé de l'ironie que le drapeau de la monarchie ait été hissé dans le bâtiment de l'ONU, il a dit que "cela fait 60 ans que les Palestiniens ont demandé un siège à l'ONU et ils attendent toujours alors qu’un tas de voyous qui ne contrôlent même pas 20% du pays, aidé des agresseurs étrangers reçoivent un siège. Toute crédibilité de l'ONU est tombée. Le viol a été un des nombreux outils utilisés par les mercenaires barbares de l'OTAN pour faire taire les Libyens et les forcer à la soumission. De nombreux cas violents sont apparus, mais aucune organisation a condamné de telles atrocités, ni même promis d'organiser des poursuites en responsabilité contre l'OTAN pour ces atrocités. Cas après cas, des viols brutaux et impitoyables de la part des mercenaires de l'OTAN ont eu lieu avant, mais les médias sont resté silencieux dans leur ensemble. En revanche, ces médias et les organisations Internationales ont fabriqués des histoires sur le compte du gouvernement libyen en l’accusant d’utiliser le viol comme arme de guerre et leurs accusations furent d’ailleurs rapidement envoyé aux ordures comme étant un mensonge fabriqué. Les médias ont finalement décidé de montrer un aperçu du terrorisme de l'OTAN en Libye, une vidéo montre quelques-unes des victimes des mercenaires de l'OTAN, le viol a été sans aucun doute l'un des outils d'oppression utilisé par l'OTAN."
 

25 Septembre

Mikhaϊl Berestov


La guerre du faible au fort s'appelle rébellion, guérilla, lutte.... Mais généralement pas terrorisme!
«Elle [la stratégie américaine] a produit le phénomène inverse : selon plusieurs rapports de l’administration américaine, la menace terroriste a été multipliée par six depuis l’intervention anglo-américaine en Irak. Mais pour nombre d’analystes américain, cette contre-performance est loin d’être une défaite et s’inscrit – au contraire – parfaitement dans la mise en œuvre de l’instabilité constructive.»

De New-York à Kaboul, Mythes et réalités de la Global War On Terror

Par Richard Labévière, Consultant international, Auteur de Vérités et mythologies du 11 septembre. Ed. Nouveau Monde

1er mai 2003. Sur le porte-avions USS Abraham Lincoln, le président américain George W. Bush annonce avec fierté la fin des « combats majeurs » de l’opération « Libération de l’Irak ». En toile de fond, une grande banderole sur la tour de commandement précise «  Mission Accomplished.». 

Cette prestation est d’autant plus grotesque qu’au même moment trois attentats frappent le coeur de Bagdad. Commençaient alors l’occupation angloaméricaine et le démantèlement de l’Etat-nation irakien, livré aux communautés, aux tribus et autres pillards, avant-goût de la démocratie selon Washington. Grotesque, ce discours l’est à plus d’un titre, mais sa structure formelle confirme au moins un point capital : la deuxième guerre d’Irak s’inscrivait bien dans le cadre stratégique plus large de la « Global War on Terror », déclenchée au lendemain des attentats du 11-Septembre.

A cette date-là, l’OTAN déclare en effet qu’il ne s’agit pas d’une attaque contre les Etats-Unis, mais contre les 19 pays de l’Alliance. C’est la première fois que la clause de solidarité de l’article 5 du Traité de l'Atlantique Nord est invoquée depuis sa création en 1949. Rapidement, Al-Qaïda et son chef Oussama Ben Laden sont désignés comme responsables. Un contingent d’américains débarque le 7 octobre 2001 en Afghanistan pour l’opération Enduring Freedom. Le 20 décembre 2001, la résolution 1386 de l’ONU est votée. Elle mandante officiellement une coalition internationale. 

La Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) est mise en place. La troisième guerre d’Afghanistan commence. Trois objectifs sont affichés : capturer Ben Laden, détruire les bases Al-Qaïda et renverser le régime taliban. Les deux derniers objectifs sont rapidement atteints.

GWOT : confusion volontaire des fins et des moyens

De la troisième guerre d’Afghanistan à celles d’Irak et de Libye (2011), ces opérations se démarquent des ripostes anti-terroristes et du contre-terrorisme traditionnels par des actions militaires de grande ampleur à l’étranger, non dénuées de visées stratégiques différentes de leurs objectifs initiaux. «.Guerre globale contre la terreur » : étymologiquement, cette terminologie pose un problème de stricte logique formelle. Le terrorisme n’est pas une substance, mais un flux, sinon une technique – guerre du faible au fort – dont les modus operandi ne cessent de se transformer.

Peut-on faire la guerre à un flux ? Ne s'opposant pas à des Etats mais à des groupes non étatiques, la GWOT n'a pas de calendrier clairement établi et conduit immanquablement à l’instauration d'un « état d'exception permanent ». Elle recourt parfois à des procédures étrangères au droit international et finit par imposer, sinon « légaliser » le concept de « guerres préventives » contre les États soupçonnés d’abriter des groupes terroristes et/ou susceptibles de leur fournir des « armes de destruction massive.».

Dans une confusion volontairement établie entre ses finalités stratégiques et ses moyens tactiques, la GWOT combine la lutte directe, c’est-à dire le démantèlement des cellules terroristes, la destruction des camps d’entraînement et la lutte indirecte. Cette dernière recouvre les enquêtes et les pressions sur les gouvernements, organisations et personnes soutenant les organisations terroristes et le gel des avoirs soupçonnés d’appartenir ou de servir à des groupes terroristes. Elle englobe aussi les aides financières aux pays participant à la lutte contre le terrorisme, les coopérations policière et judiciaire internationales ainsi que de la coopération entre services de renseignement. Sa dernière invention préconise une tentative de réorganisation politique des Proche et Moyen- Orient – le Grand Moyen-Orient – concocté par les idéologues néo-conservateurs de l’administration Bush. La deuxième guerre d’Irak aura été sa séquence la plus dévastatrice.

Le choix de l’instabilité constructive

La stratégie des Etats-Unis ne se résume pas à une traduction mécanique de ces éléments, mais de l’aveu même du président des Etats-Unis et de ses conseillers, ils permettent d’élaborer une « vision globale » et des « lignes directrices ». Le directeur exécutif du très influent Washington Institute for Near East Policy, Robert Satloff, a baptisé cette stratégie « instabilité constructive ». Il constate que la recherche de la stabilité des Etats de la région, qui fut, «  historiquement », le trait dominant d’une politique proche-orientale des Etats- Unis, a abouti « à des impasses ». Cette remise en cause d’une politique étrangère privilégiant la « stabilité » des Etats des Proche et Moyen-Orient a été, certes, confortée par les attentats du 11 septembre 2001, mais son chantier était ouvert dix ans plus tôt, début 1991, dès la fin de la première guerre du Golfe. Les experts des officines néo-conservatrices, comme Paul Wolfowitz qui deviendra numéro deux du Pentagone, expliquent alors qu’il aurait fallu « poursuivre la guerre de libération du Koweït jusqu’à Bagdad, pour démanteler un pays qui restera une menace pesant à la fois sur nos intérêts énergétiques et sur la sécurité d’Israël.». Les attaques du 11-Septembre apporteront le meilleur argument aux adeptes de l’instabilité constructive, qui estiment que la menace terroriste est ancrée principalement dans certains États de la région, dont l’Irak, la Syrie et l’Iran. En « déstabilisant » ces trois Etats de «  l’Axe du mal », la stratégie américaine « révisée » prétendait anéantir le terrorisme en changeant, par la force, la nature de leur régime.

Elle a produit le phénomène inverse : selon plusieurs rapports de l’administration américaine, la menace terroriste a été multipliée par six depuis l’intervention anglo-américaine en Irak. Mais pour nombre d’analystes américain, cette contre-performance est loin d’être une défaite et s’inscrit – au contraire – parfaitement dans la mise en oeuvre de l’instabilité constructive. 

GWOT : un bilan désastreux

L’utilisation optimale des attentats du 11- Septembre a fourni l’habillage médiatique idéal pour justifier les nouvelles priorités de la politique étrangère des Etats-Unis. En proclamant la priorité à la GWOT, à la chasse de ben Laden et de ses complices, « les décideurs américains vont disposer du plus bel alibi historique à leur disposition depuis la fin de la Guerre froide », explique un attaché militaire européen en poste à Washington : « Au nom de la lutte anti-terroriste, ils vont opérer le redéploiement militaire américain le plus considérable depuis la fin de la Seconde guerre mondiale ».

Directeur de l’IRIS, Pascal Boniface explique.: « Les Américains ont prôné le modèle du coup de pied dans la fourmilière, y compris par la guerre. Le bilan de celle d’Irak apparaît largement et globalement négatif. Les adversaires de cette politique estiment qu'ils peuvent être de l’extérieur un mouvement démocratique mais que celui-ci doit avant tout être le fruit d’un processus interne » . En définitive, la guerre globale contre la terreur et son corollaire diplomatique – le Grand Moyen-Orient – auront sérieusement amplifié la menace qu’ils étaient censés circonscrire, sinon anéantir. Discréditant durablement les principes fondateurs des vieilles démocraties occidentales et leurs capacités à inspirer l’avenir constitutionnel et politique de pays d’autres continents, les réponses aux attentats du 11 septembre 2001 auront aussi passablement consolidé la fabrication du « choc des civilisations ».

Texte publié dans la brochure de l'IRIS "Dix ans de guerre de l'information en Afghanistan"

 http://www.afghana.org/1015/index.php?option=com_docman&task=doc_download&gid=31

(ou http://csotan.org/pdf/574.pdf)


Tony Busselen : Libye : Otan en emporte les enfants.

En septembre, l’Otan a effectué pas moins de 427 bombardements sur la ville de Syrte. Les habitants de la ville assiégée parlent de milliers de morts. Et le discours du nouvel ambassadeur des États-Unis a des relents ouvertement colonialistes.

Depuis le 25 août, Syrte est assiégée par des groupes de rebelles et bombardée par les avions de l’Otan. Cela provoque une gigantesque catastrophe humanitaire, pour une ville qui compte 100.000 habitants. Selon ses propres estimations, l’Otan a bombardé 427 fois la ville, entre le 25 août et le 29 septembre. La semaine dernière, le colonel Roland Lavoie, porte-parole de l’alliance, faisait même état de 35 raids pour la seule journée du 27 septembre. D’après le récapitulatif hebdomadaire de l’armée belge, « nos » F-16 ne chôment pas non plus. Dans le même temps, les rebelles arrosent la ville de leurs missiles. Les gens qui ont fui la ville décrivent les scènes d’horreur et parlent de milliers de morts.

Le porte-parole de Médecins Sans Frontières (MSF), le Dr Mego Terzian, a expliqué à l’agence de presse Reuters que le personnel médical de la ville avec qui MSF a des contacts, se plaint de l’afflux de blessés, dont une majorité d’enfants : « On manque d’électricité, d’eau et de matériel médical élémentaire tels antibiotiques, pochettes de sang, etc. ». MSF voulait se rendre dans les hôpitaux avec du matériel, mais l’accès en a été formellement interdit par le Conseil national de transition. Par la mer, aucun accès n’est possible, en raison du blocus par les navires de l’Otan. Des centaines de fugitifs tentent de quitter la ville, mais les rebelles les en empêchent en bloquant les routes. Bien des Libyens noirs ainsi que des jeunes gens sont arrêtés et accusés d’être des partisans de Kadhafi.

Cette guerre de l’Otan revêt de plus en plus les allures d’une brutale guerre de conquête. C’est ce qui ressort lorsqu’on écoute les représentants des pays de l’alliance. On se croirait de retour à la fin du 19ème siècle, aux « beaux » jours du colonialisme. Par exemple, avec Gene Cretz, le nouvel ambassadeur des États-Unis en Libye. Le 22 septembre, une semaine après la chute de Tripoli, il s’est adressé à 150 hommes d’affaires lors d’une conférence : « Nous savons que le pétrole est le “diamant de la couronne” des richesses naturelles libyennes. Mais, même à l’époque de Kadhafi, ces dernières années, on s’est beaucoup occupé de travaux d’infrastructure. Si nous pouvons employer à grande échelle des entreprises américaines en Libye, la situation pourra s’améliorer aux États-Unis même et générer des emplois ».

Conquérir des terres et de nouveaux marchés

« Diamant de la couronne » est littéralement le terme qu’utilisait régulièrement le Premier ministre britannique Disraeli, dans la période 1868-1880, pour désigner les richesses de l’Inde à la « glorieuse » époque du colonialisme britannique. Le journal zimbabwéen The Herald comparait à juste titre ce discours de Cretz à une phrase prononcée en 1895 par Cecil Rhodes, le grand colonialiste britannique qui donna son nom à la Rhodésie, comme s’appelait le Zimbabwe de l’époque. En 1895, Rhodes notait : « Hier, j’ai assisté à un meeting de chômeurs dans l’East End londonien et j’ai entendu les discours rageurs qui, tous, ne revenaient qu’à des demandes de pain. Quand je suis rentré chez moi, j’y ai repensé et j’ai été encore plus convaincu de l’importance de l’impérialisme. Mon idée, c’est de résoudre le problème social. Si nous voulons sauver la Grande-Bretagne d’une guerre civile sanglante, il nous faut alors conquérir de nouvelles terres et de nouveaux marchés dans lesquels nous pourrons mettre au travail l’excédent de notre population. L’empire est une question de pain. Si vous voulez éviter la guerre civile, il vous faut devenir impérialiste ».

Les raisons invoquées à l’époque par Rhodes pour justifier les guerres coloniales de conquête sont les mêmes que celles des États-Unis aujourd’hui. Le taux officiel du chômage y est actuellement de 9,1 %, soit 14 millions de personnes. Mais ce chiffre ne reprend que les gens qui ont cherché du travail ces quatre dernières semaines. Le véritable taux de chômage est au moins deux fois plus élevé. Ainsi, en 2010, pas moins de 23 % des Américains de 20 à 64 ans n’avaient pas de travail. Chez les Afro-américains, ce chiffre est même de 51 %. « La guerre contre la Libye ouvre la porte de l’Afrique à l’Africom et à l’Otan », disait encore récemment un analyste. Il pourrait bien avoir raison.

Sources : Russia Today, 30 septembre ; Récapitulatif hebdomadaire des opérations à l’étranger de l’Armée belge, Reuters, 28 septembre ; The New York Times, 22 septembre ; The Herald, 27 septembre ; Libération, 29 septembre.

Tony Busselen


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