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25/10/2011

n°40 : Dossier de Libye - La veuve de Kadhafi: 22-10 au 24-10 «je suis fière de lui, il a vécu en combattant et est mort en martyr »

n°40 : Dossier de Libye - La veuve de Kadhafi: 22-10 au 24-10 «je suis fière de lui, il a vécu en combattant et est mort en martyr »


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Dossier deLibye

n°40                                          22-10 au24-10

C.De broeder & M.Lemaire



Le "Journal deLibye" est  visible  sur les blogs : 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm


Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

Tiré à part

France/Grande-Bretagne : rivalité sur les ressources libyennes.  

KADHAFI : UNE « MORT » GLORIEUSE

La veuve de Kadhafi: «je suis fière de lui, il a vécu en combattant et est mort en martyr ». 

1 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

1-1 Farid Merrad : Kadhafi et son fils Moâtassim, torturés avant d'être exécutés.

2 Brèves

2-1 Seïf al-Islam Kadhafi jure de venger son père. 

2-2 Djamel Labidi : Kadhafi: ils ont exaucé son souhait.

3 Dossiers

3-1 Pilhaouer : Manichéisme en Libye : dans quel camp sommes-nous vraiment ?

3-2 Stephen Gowans : L'oppression de Kadhafi.

4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

4-1 Mountaga Fané Kantéka : KADHAFI, LE TERRORISME OCCIDENTAL ET LES SANGLOTS DE L’HOMME BLANC

4-2 Jean Bricmont : « Ce que Sarkozy, Obama, Cameron veulent, ce n’est pas la démocratie, c’est la soumission ».

Interview de Silvia Cattori

4-3 Interview de Jean Bricmont : Les questions palestinienne et libyenne entre "droit d’ingérence" et "responsabilité de protéger"...

Entretien réalisé par CHÉRIF ABDEDAÏM

 



Tiré à part 

France/Grande-Bretagne : rivalité sur les ressources libyennes.  

Le ministre britannique de la Défense, Philip Hammond, a appelé les compagnies britanniques à préparer leurs bagages, pour se rendre, en Libye, dévastée par la guerre, afin de s'octroyer des contrats juteux. Simultanément à l’ouverture des marchés du pays pétrolifère qu’est la Libye, aux pays étrangers, Philip Hammond a déclaré : «J’attends des compagnies britanniques qu’elles fassent, aujourd’hui même, leurs valises, pour se rendre, les premières, dans ce pays. Il a demandé à ces compagnies de ne pas se laisser coiffer sur le poteau par leurs rivales françaises. Ces inquiétudes font suite aux déclarations du ministre français des Affaires étrangères, disant qu’il est équitable et logique que les compagnies françaises obtiennent des contrats rentables, car la France figure parmi les premiers pays à avoir attaqué la Libye.

22/10

Irib

 

KADHAFI : UNE « MORT » GLORIEUSE.
Il y a des destins qui forcent l’admiration, quels que soient nos sentiments pour la personne.

Et celui de Kadhafi en fait partie. Après 42 ans de règne, il est « mort » de la bonne « mort ». La seule qui sied à son destin de GRAND ET FIER LEADER. Il est « mort » debout, en combattant. Sans connaître l’exil ni la fuite, ni l’abdication. Et c’est là une GIFLE qui fera chavirer un jour le BATEAU IVRE DE L’OCCIDENT. Je mets le mot « MORT » entre guillemets, parce que cet état n’est qu’une ILLUSION. La mort n’existe pas en réalité. Et surtout pas la mort d’un grand homme. Comme l’a dit un physicien : « Rien se crée, rien se perd, tout se transforme ». C’est cela la vérité. Une profonde vérité inaccessible. Et cette « mort » de Kadhafi entraînera une MUTATION si profonde dans la mentalité des masses populaires africaines qu’elle ne pourra que déboucher sur une révolution. Une RÉVOLUTION contre L’IMPOSTURE OCCIDENTALE. Une révolution que nulle bombe ne pourra arrêter. Une RÉVOLUTION SPIRITUELLE.
L’ESPRIT DE KADHAFI va faire plus de dégâts que lui-même, de son vivant, n’aurait jamais pu réaliser.

L’Occident a encore commis une ERREUR MONUMENTALE, en commanditant son ASSASSINAT. Le meilleur moyen de rendre service à un homme — surtout à un homme charismatique—, c’est de l’assassiner.
Mountaga Fané Kantéka

 

La veuve de Kadhafi: «je suis fière de lui, il a vécu en combattant et est mort en martyr ».  

Safia Ferkache, la seconde épouse de l'ex-leader libyen et mère de Moâtassim Billah, Hannibal, Saadi, Seif El Arab et Aïcha, dans une déclaration à la chaîne « Erraï, a demandé l'ouverture d'une enquête sur les conditions de la mort de son époux Mouammar Kadhafi.
Safia, qui se trouve en Algérie, s'est dite « fière du courage mon mari qui était un moudjahid, fière du courage de mes enfants qui ont affronté l'agression des forces de l'Otan pendant six mois. Ils auront leur place parmi les martyrs au Paradis », a-t-elle dit.
Par ailleurs, et selon Mohamed Saieh, membre du conseil national de transition, le corps de Mouammar Kadhafi sera enterré quelques part en Libye, sans préciser l'heure, se contentant de dire que ce serait fait dans les 24 heures. « Le CNT n'annoncera pas l'heure de l'enterrement et il n'y aura que peu de gens avec l'imam qui fera la prière », a-t-il dit, avant d'ajouter « notre devoir de musulman nous oblige à respecter le rite d'enterrement selon la charia de l'Islam ».
22/10/2011
http://www.djazairess.com/fr/ennaharfr/8530



Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

1-1 Farid Merrad : Kadhafi et son fils Moâtassim, torturés avant d'être exécutés.
Une vidéo de trois minutes, dont Ennahar détient une copie, montre le colonel Mouammar Kadhafi et son fils Moâtassim Billah, en vie et en bonne santé lors de leur capture à Syrte. Le leader libyen et son fils ont été exécutés, contrairement aux versions de l'Otan et des combattants du CNT, selon lesquelles les deux hommes étaient morts des suites de leurs blessures. Une vidéo de trois minutes, dont Ennahar détient une copie, montre le colonel Mouammar Kadhafi et son fils Moâtassim Billah, en vie et en bonne santé lors de leur capture à Syrte. Le leader libyen et son fils ont été exécutés, contrairement aux versions de l'Otan et des combattants du CNT, selon lesquelles les deux hommes étaient morts des suites de leurs blessures.
La première vidéo de Moâtiassim Billah Kadhafi, de quelques secondes seulement, montre le jeune homme dans une salle en bonne santé, assis sur un tapis.
Il n'avait pas de blessures au cou. Il fumait une cigarette et écoutait sans montrer de signes de peur, les combattants qui scandaient des slogans et insultaient son père. D'autres criaient « Misrata..Misrata » pour l'énerver.
Les tâches de sang sur les membres inférieurs de Moâtassim, plus exactement sur sa jambe gauche et sur son ventre, seraient dues aux éclats des bombardements aériens. Les blessures étaient légères, contrairement à ce qui a été montré sur les photos et vidéo lorsqu'il était mort.

De profondes blessures sont apparentes sur son cou, causées par des coups de feu.
L'autre vidéo de trois minutes et 55 secondes, montre les premières images de la capture de Kadhafi. Ce dernier marchait au milieu des combattants, ce qui veut dire qu'il était en sain. Quelques secondes plus tard, dans le désordre total après la venue d'autres combattants, la capture de Kadhafi se transforme en lynchage de ces derniers par des combattants ivre de vengeance. Ces derniers ont fait montre d'une sauvagerie inouïe, sans respect pour la vie ni les droits de l'homme. Kadhafi est jeté par terre avant que des combattants ne commencent à lui donner de violents coups de pieds dans la tête et sur la figure. Un autre lui tire une balle dans la tête.
Les images les plus odieuses sont celles où les combattants traînaient le corps de Kadhafi par terre pendant qu'un autre dirige son Kalachnikov et lui tire dessus.
Dans la confusion la plus totale et les cris de « Allah Akbar », on entend « laissez le en vie », d'autres criaient « tuez-le ». Kadhafi était blessé et saignait de la tête.
La vidéo muette diffusée par les chaînes Al Arabia et Al Jazira, pour éviter d'entendre les insultes, en plus de la suppression de certains passages horribles, montre le colonel au milieu des combattants sur le capot devant d'un véhicule, puis allongé par terre entouré d'un grand nombre de combattants qui le photographiaient ou l'enregistraient sur leurs téléphones portables.
Ces vidéos montrent les violentes tortures qu'a subit le colonel Kadhafi avant de mourir des suites de ses blessures. Pendant qu'il saignait abondamment de la tête, un combattant lui assène un violent coup à la tête avant qu'un autre ne le jette par terre alors qu'il agonisait.

Farid Merrad

http://www.djazairess.com/fr/ennaharfr/8531

 



2 Brèves ^

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

2-1 Seïf al-Islam Kadhafi jure de venger son père.  

Nb :: La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

 

Seïf al-Islam Kadhafi, un fils du dirigeant libyen renversé par la rébellion et assassiné le 20 octobre, s'est adressé dans la nuit de samedi à dimanche à ses partisans avec une brève allocution dans laquelle il a juré de venger son père.
"La résistance se poursuit. Je suis bien vivant et libre et je me trouve sur le sol libyen. Je lutterai jusqu'au bout et je me vengerai", a déclaré Seïf-al-Islam, cité par la chaîne Al-Rai, basée en Syrie.
Citant le Conseil national de transition, la chaîne Al Jazeera a annoncé jeudi que Seïf-al-Islam, le membre le plus recherché du clan Kadhafi, avait été capturé.
Le leader libyen déchu Mouammar Kadhafi est décédé jeudi 20 octobre des suites de ses blessures, après avoir été capturé par des combattants du nouveau gouvernement libyen. Le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a exigé une enquête sur les circonstances de la mort de l'ex-dirigeant libyen.

23/10/2011
http://fr.rian.ru/world/20111023/191632034.html

 


2-2 Djamel Labidi : Kadhafi: ils ont exaucé son souhait.

Ils ont donc fini par le tuer. Depuis le début, ils ont cherché à le faire. Les frappes de l'OTAN le cherchaient sans arrêt. Mais aujourd'hui, tel Ponce Pilate, ils veulent s'en laver les mains. Ponce Pilate  avait livré Jésus  aux marchands du Temple et aux grands prêtres proches des Romains. Il avait préféré  laissé les collaborateurs de l'empire Romain décider de sa mise à mort. Pour Kadhafi, l'OTAN a fait l'essentiel du travail, mais il a laissé faire le sale travail,  finir le travail  à des Libyens contre un autre Libyen.  Le crime était presque parfait, mais il y a eu d'abord cet anonyme qui a filmé et mis ces images sur You tube, puis les images d'une extrême cruauté de cette hystérie collective hallucinante  sur le site "The Global Post". Il a bien fallu ensuite trouver des explications.

Le colonialisme a toujours agi ainsi: libyens contre libyens, algériens contre algériens, vietnamiens contre vietnamiens, irakiens contre irakiens.  Faire ainsi coup double: éliminer l'ennemi,  Kadhafi, et tenter de faire perdre son âme à tout un peuple, en tentant de faire peser sur sa conscience un acte ignoble.

Mais pourquoi l'OTAN a-t-il si peur de dire la vérité, qu'il est le véritable responsable de cet assassinat  car les autres ne sont que des exécutants. Pourquoi cette campagne médiatique inouïe, acharnée, non seulement pour dégager sa responsabilité de ce crime, mais pour dévaloriser et salir sans cesse la personne de Kadhafi

Suite de l'article Le Quotidien d'Oran,  sur :

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27244



3 Dossiers

3-1 Pilhaouer : Manichéisme en Libye : dans quel camp sommes-nous vraiment ?

« … le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-­même en bête. …  » - Aimée Césaire (Discours sur le colonialisme) - http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article554

D’un côté « le tyran burlesque et cruel », de l’autre les bombardiers de l’impérialiste humanitaire alliés à de soi-disant révolutionnaires. Simple, facile, pratique !

La mort de Mouammar Khadafi éclaire cependant le théâtre sinistre et pétrolier de la Libye « libérée ».

Nous ne saurons probablement jamais la vérité car l’Histoire est toujours celle des vainqueurs, et, dans les mois qui viennent, on « découvrira l’ampleur des crimes de Khadafi » en lui attribuant les crimes du CNT et, pourquoi pas, ceux de la dynastie Senoussi qu’il avait renversée.

Mais peu de dictateurs meurent les armes à la main en résistant pendant des mois à la puissance technologique de l’impérialisme. 

Les dictateurs préfèrent en général la retraite dorée dont ils ont les moyens. C’est pourquoi le fantôme de Khadafi évoquera autre chose que ceux de Moubarakh ou de Ben Ali quand ils auront disparu.

On peut lire ici (#) un article intitulé « Lybie, le sang du lion et le festin »de Bahar Kimyongür avec cette phrase : « Mais le lion s’est dérobé à leurs griffes pour rejoindre Lumumba et Sankara, les autres enfants martyres de l’Afrique héroïque. »

On a le droit de ne pas partager cet avis tout en étant persuadé qu’il sera celui de tous les africains en lutte.

Patrice Lumumba a été fait héros national du Congo par l’un de ses bourreaux, Mobutu.

S’il n’avait pas été assassiné et s’il s’était maintenu à la tête du Congo, j’imagine facilement ce que la propagande impérialiste aurait répandu sur son compte pour en faire un tyran à abattre.

 Durant ces premiers mois de la guerre impérialiste contre la Libye de Khadafi, quel choix avons-nous fait ?

Disons le clairement :« LA GAUCHE * » EST RESTEE NEUTRE ! » lorsqu’elle n’a pas été complice.

La propagande impérialiste a été si efficace qu’avant de prononcer ou d’écrire le nom de Khadafi, il fallait obligatoirement préciser qu’il s’agissait d’un tyran et d’un criminel voire d’un fou aux costumes étranges (exotiques) et donc se placer immédiatement du côté des « humanitaires » et des « révolutionnaires ». 

Chaque fois qu’on essayait d’introduire une nuance et de faire la part de ce qui était prouvé et de ce qui ne l’était pas, on était immédiatement accusé de supporter un tyran.

En 1830 aussi s’opposer à la colonisation de l’Algérie revenait à soutenir un « obscurantiste » l’émir Abd El Kader ? (qui épargnait les prisonniers, lui, quand, de l’autre côté on récoltait des barrils d’oreilles ») 

Il était possible de rester clair sur Khadafi, et de ne pas absoudre les crimes avérés tout en considérant au moins que, par son entrée en résistance contre cette offensive néo-coloniale, il se trouvait du bon côté, mais ce qu’on a vu, c’est « une gauche » incapable de s’opposer à une guerre d’agression autrement que par des déclarations très ambigues quand elle n’approuvait pas carrément l’intervention.

« La gauche » s’est placée confortablement sur « l’axe entre « le Bien » et « le Mal » en penchant beaucoup à droite, du côté du « Bien ».

Rien d’étonnant venant des sociaux-démocrates, mais les autres ? Où étaient-ils ? A la recherche de leurs repères ?

AUCUNE MANIFESTATION DE « GAUCHE » N’A ETE ORGANISEE CONTRE CETTE GUERRE où notre pays était directement engagé !

Désormais, celui qui évoquera « le pays des Droits de l’homme » provoquera des ricanements, ce qui n’est pas nouveau, mais sans doute aussi de la haine

* Ce mot "gauche"ne mérite plus que des guillemets.

(#) « Lybie, le sang du lion et le festin »

Pilhaouer

22 octobre 2011

http://www.legrandsoir.info/manicheisme-en-libye-dans-quel-camp-sommes-nous-vraiment.html



3-2 Stephen Gowans :L'oppression de Kadhafi.

Mon journal local m'a informé ce matin que, avec l'assassinat de Mouammar Kadhafi, le "peuple libyen peut enfin tourner la page sur 42 années d'oppression brutale."

L'oppression a commencé lorsque Kadhafi a libéré la Libye de la tyrannie du pantin le roi Idris Ier, dont le drapeau est devenu la bannière des rebelles.

Elle a continué avec l'expulsion par Kadhafi des bases militaires étrangères et avec la nationalisation du pétrole du pays.

Une oppression supplémentaire s'est amoncelée sur les Libyens lorsque, sous le régime de Kadhafi, le niveau de vie s'est élevé jusqu'à dépasser ceux de tous les autres pays en Afrique.

Une oppression de plus a certainement été la lutte de Kadhafi pour éliminer le Groupe Islamiste de Combat en Libye (GICL), groupe dont les membres ont combattu les Américains en Afghanistan et en Irak et se sont battus aux côtés d'Oussama Ben Laden contre les Soviétiques en Afghanistan.

Le chef du GICL, Abdel Hakim Belhaj, qui fut emprisonné par les Américains pour terrorisme, est aujourd'hui le dirigeant militaire de Tripoli.

L'insistance de Kadhafi, malgré les objections des compagnies pétrolières US et des fonctionnaires du Département d'État, sur le fait que l'économie libyenne soit "libyanisée", c'est à dire que les investissements étrangers tournent à l'avantage des Libyens, a resserré l'oppression d'un ou deux crans supplémentaires.

Et l'aide généreuse de Kadhafi aux mouvements de libération nationale et aux pays africains sub-sahariens a étendu son oppression au monde entier.

 

Quelles forces pro-démocratiques se sont battues contre toutes ces oppressions?

  • Le Qatar, une monarchie absolue, qui a envoyé armes et munitions aux rebelles islamistes.
  • Les monarchistes, toujours furieux de la chute de leur roi.
  • Les islamistes, qui pendant des années avaient lutté pour amener un régime islamiste au pouvoir à Tripoli.
  • Des personnes liées à la CIA, qui détiennent des postes clés au sein du Conseil National de Transition, et promettent aux compagnies pétrolières occidentales les premiers bénéfices sur les concessions.
  • L'OTAN, dont les avions de guerre et les forces d'opérations spéciales se sont révélés décisifs dans le renversement de Kadhafi.

Au cours des dernières semaines, l'aviation de l'Otan s'est attelé à réduire la ville de Syrte en ruines - au nom de la protection des civils. Il s'avère qu'il n'y aucun problème pour que l'OTAN bombarde des civils, mais pas pour que des dirigeants de gouvernements indépendants répriment des insurrections.

Pendant que ces forces combattaient les oppressions de Kadhafi, les tanks saoudiens approvisionnés par les États-Unis écrasaient un soulèvement populaire au Barhein, le dirigeant pro-américain du Yémen, Ali Abdullah Saleh, tirait contre son peuple, et le Mubarakisme se poursuivait en Égypte, conduit par les sbires de Moubarak.

Ces événements impliquant tous des alliés des États-Unis, ont été peu remarqués. Pas d'intervention militaire pour eux, ou d'inculpations par la Cour Pénale Internationale, toutes ces attentions étant réservés uniquement pour Kadhafi.

C'est vrai que le peuple libyen peut enfin tourner la page de 42 ans - mais 42 ans d'indépendance, non d'oppression brutale.

Les bases militaires de l'Otan, une économie asservie aux compagnies pétrolières occidentales, et le joug oppressif de l'impérialisme US, les attendent.

Stephen Gowans,

 21 Octobre, 2011
http://gowans.wordpress.com/2011/10/21/gaddafi%E2%80%99s-oppressions/ 

 



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

4-1 Mountaga Fané Kantéka : KADHAFI, LE TERRORISME OCCIDENTAL ET LES SANGLOTS DE L’HOMME BLANC

L’ASSASSINAT du guide libyen, Mohamar Kadhafi, commandité par les « démocrates » de l’Ouest (OBAMA, SARKOZY, CAMERON, BERLUSCONI) questionne l’entendement sur les ravages du MONOLOGUE OCCIDENTAL qui mine le monde depuis un certain temps. Un monologue se fondant sur un EFFROYABLE TERRORISME (pardonnez-moi le pléonasme) aussi absurde que bestial.
KADHAFI, UN DICTATEUR ET UN TERRORISTE ? OUI, MAIS…
Inutile de revenir sur les véritables motivations de ce traquenard mortel tendu au défunt KADHAFI. Prenons les leaders occidentaux par leurs propres arguments. Ils taxent KADHAFI de dictateur et de terroriste. Nous voulons bien. Mais nous voudrons leur poser quelques questions :
Comment peut-on parler de DROITS DE L’HOMME tout en orchestrant des ASSASSINATS qu’on salue publiquement, comme le font OBAMA, SARKOZY, CAMERON et BERLUSCONI? Comment peut-on parler de la PROTECTION DES VIES CIVILES tout en provoquant des hécatombes avec des BOMBARDEMENTS ? N’y a-t-il pas eu PLUS DE VICTIMES CIVILES en Libye qu’en SYRIE livrée à elle-même ? Y a-t-il eu combien de victimes civiles en AFGHANISTAN et en IRAK avec les guerres (pour le pétrole) de Bush ? Est-ce que Bush est mort pour cela ? Et qu’en est-il du MASSACRE DES PALESTINIENS par ISRAËL ? Comment peut-on encore taxer les autres de dictateur quand on passe soi-même son temps à MENTIR À SON PROPRE PEUPLE, à le traîner dans la boue au profit du capital, à FOMENTER DES ACTES TERRORISTES CONTRE LUI pour justifier des guerres de conquêtes ? Comment d’actes terroristes et d’assassinats politiques sont imputables aux leaders occidentaux en AFRIQUE, en AMERIQUE LATINE et dans les PAYS ARABES ? Combien de peuples occidentaux ont le NIVEAU DE VIE SOCIALE DU PEUPLE LIBYEN sous le règne de KADHAFI ? À quoi cela sert-il d’avoir un SIMULACRE DE DROIT À LA PAROLE quand nos préoccupations ne sont pas prises en compte et que nos VOTES sont TRUQUÉS ? Combien de SUICIDES QUOTIDIENS sont-ils imputables à cette misère et cette humiliation sociales en Occident ?
On pourrait multiplier des questions du genre. Mais, vous avez bien compris. C’est une affaire de dingues, cette histoire de « démocratie », de « droits de l’homme » et de « libertés ».
LES SANGLOTS DE L’HOMME BLANC
Ce MENSONGE EXISTENTIEL est la gangrène du monde occidental, pris au piège de ses propres clichés et de ses propres contradictions, éprouvant le besoin vital qu'on lui fasse respirer l'air des hautes montagnes. Ô quelle tragédie donc que d'être livré à soi-même! J’ai mis le doigt sur ce DÉRÈGLEMENT PSYCHOAFFECTIF dans mon problématique ouvrage,ODYSSÉES NOIRES/ AMOURS ET MÉMOIRE D’OUTRE-MONDE…, en parlant de ce « Blanc, roi blasé et fatigué », détraqué par ses propres exactions qui cherche lui aussi des maîtres susceptibles de le mener sur le chemin, à jamais perdu pour lui, des vérités anciennes. Cet homme blanc, orphelin inconsolable, qui se tourne et se retourne dans son lit, s'agite la nuit au milieu de ses sanglots. Ces SANGLOTS DE LAMENTATIONS ET DE DÉTRESSE qu’évoque le poète français PAUL VERLAINE dans sa Chanson d'automne:

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure;


Oui, le Blanc pleure, il sanglote dans son lit et se meurt de ne trouver nulle voix qui le traîne hors de sa routine encrassante, cette routine si avilissante. L'homme blanc est en quête d'un père qui le guide dans ses ténèbres d'angoisse. Oui, il pleure le Blanc — le Blanc bien pensant —, il pleure dans son enclos de solitude, il pleure dans la TOUR DE MYTHES dans laquelle lui-même s'est emmuré. Il pleure sur son royaume d'enfance à jamais perdu. Il pleure son passé et son avenir. Tant de passé et si peu d'avenir, se dit-il dans ses moments d'inévitable mélancolie! Il pleure le Blanc, il pleure sur ses MAINS ENSANGLANTÉES du sang de l'univers, il pleure sur son puissant et arrogant INSTINCT DE GÉNOCIDAIRE mis au service du « progrès », il pleure sur sa conscience chargée de toute la tristesse et de toute la souffrance de ce monde. Oui, il pleure le Blanc, il pleure sur ses irrépressibles penchants possessivistes, il pleure sur ses possessions acquises aux dépens de l'espèce, il pleure sur sa VANITÉ D'AUMÔNIER AUTO-ORCHESTRÉE, il pleure le Blanc, il pleure sur son ventre repu et indigeste de l'abondance du monde. Et, nous le confie encore Verlaine, il se murmure à lui-même:
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà
Pareil à la
Feuille morte.


Oui, Paul Verlaine était parmi tant d'autres, bien avant et bien après lui, la MAUVAISE CONSCIENCE personnifiée de cette CIVILISATION depuis belle lurette MALADE D'ELLE-MÊME. Et, NIETZSCHE l'avait déjà prophétisé, plus d'un siècle plus tôt. Oui, voilà le TERRIBLE SECRET de l'homme blanc bien pensant.



Intervention de l’OTAN en Libye
4-2 Jean Bricmont : « Ce que Sarkozy, Obama, Cameron veulent, ce n’est pas la démocratie, c’est la soumission ».

Interview deSilvia Cattori

Dès février 2011, la campagne menée par Bernard-Henry Lévy — parallèlement aux allégations mensongères sur le massacre de milliers de personnes à Benghazi répandues par la Libyan League for Human Rights avec l’appui de l’ONG UN-Watch basée à Genève (*) — relayée par les médias du monde entier, a réussi à accréditer dans l’opinion publique l’idée fausse qu’il y avait urgence à intervenir en Libye. Le 17 mars, par 10 voix et 5 abstentions, le Conseil de sécurité approuvait la Résolution 1973 présentée par la France et le Royaume Uni instaurant « un régime d’exclusion aérienne afin de protéger les civils contre des attaques systématiques et généralisées ». Ce fut le début de l’intervention de l’OTAN et d’un massacre de masse toujours en cours.

Jean Bricmont fut l’un des rares intellectuels à s’être opposé publiquement à cette intervention. Avant même le vote de la Résolution du Conseil de sécurité, il avertissait : « Les partis de la gauche européenne (inclus les partis « modérés » communistes européens), les « Verts », avec José Bové maintenant allié à un Daniel Cohn-Bendit qui a toujours soutenu les guerres de l’OTAN, différents groupes trotskystes et, bien sûr, Bernard Henry Lévy et Bernard Kouchner, tous appelant à une sorte d’« intervention humanitaire » en Libye, ou accusant la gauche d’Amérique Latine -dont les positions sont bien plus sensées- d’agir comme des « idiots utiles » pour le « Tyran libyen ». (…) Quand vont-ils comprendre qu’on affirme que toutes les guerres sont justifiées pour des raisons humanitaires ? » [1]

Les faits ont malheureusement donné raison à Jean Bricmont. Cette « guerre humanitaire » sous mandat de l’ONU et de son bras armé, l’OTAN, n’aurait jamais dû être acceptée.


Silvia Cattori

: La résolution 1973 de l’ONU demande la protection du peuple Libyen [2]. Après six mois de bombardements et de massacres par l’OTAN et ses combattants libyens, on avance le chiffre plausible de dizaines de milliers de morts et de blessés [3]. L’ancien ministre socialiste Hubert Védrine, le 18 mars avait qualifié d’« historique » la résolution sur la Libye. Et encore tout récemment il se réjouissait de la mise en application de la « responsabilité de protéger » et félicitait Nicolas Sarkozy pour son intervention. Selon vous y a-t-il de quoi s’en réjouir ?

Jean Bricmont [4] : Le texte relatif à la « responsabilité de protéger » se limite à protéger les civils. Il ne dit absolument pas qu’il faut faire ce qu’a fait l’OTAN : armer les rebelles, envoyer des troupes spéciales, bombarder des villes. Des civils sont tués. Manifestement l’OTAN ne les protège pas.

Le texte sur la « responsabilité de protéger » dit qu’il faut aider les États à faire respecter les droits de l’homme, mais il a été interprété, contrairement à ce qu’il dit, pour autoriser l’Occident à intervenir où il veut, quand il le veut, sous couvert de « guerre humanitaire », de « droit d’ingérence humanitaire ». Tout cela - qui est basé sur des tonnes de mensonges - est, malgré l’Afghanistan, malgré l’Irak, entièrement légitimé dans l’esprit de l’immense majorité des dirigeants occidentaux et, ce qui est plus désolant, des dirigeants écologistes, de gauche et d’extrême gauche. Et qui souvent demandent maintenant une telle intervention en Syrie.

Silvia Cattori

: Vue dans la perspective des guerres récentes -Kossovo, Irak, Afghanistan- la manière dont s’est déroulée cette intervention en Libye n’est-elle pas, plus problématique et lourde de menace que les précédentes interventions ?

Jean Bricmont : Ce qui est inquiétant, c’est le fait que la guerre a été légitimée par l’ONU. Il ne faut jamais oublier que si la Russie était intervenue en Libye à la place de l’OTAN, personne en Occident n’accepterait une telle intervention, et tous ceux qui disent que ce n’est pas une guerre pour le pétrole, diraient que c’est une guerre pour le pétrole, si elle était faite par les Russes.

Il faut se rendre compte qu’on a légitimé uniquement l’ingérence des États-Unis et de leurs alliés. C’est cela qui est préoccupant. Ce qui est curieux c’est que la guerre en Irak, comme celle en Afghanistan, avait d’une certaine façon délégitimé l’ingérence. Mais quand il fallait justifier la guerre en Afghanistan, je me rappelle très bien des arguments avancés. Il fallait libérer les femmes afghanes. Des arguments humanitaires étaient utilisés là aussi. Or, plus personne ne parle aujourd’hui de l’oppression des femmes afghanes. On veut simplement se retirer de l’Afghanistan sans trop de pertes.

La guerre en Libye est préoccupante aussi parce que, à cause de la personnalité très particulière de Kadhafi, ce qu’on peut appeler le Tiers Monde, et d’une façon générale les forces progressistes, sont très divisés au sujet de cette guerre. L’Union africaine par exemple, avait une certaine sympathie pour Kadhafi. L’Amérique latine aussi. La Russie et la Chine voient le concept de souveraineté nationale démoli, n’aiment pas cela, et ils ont raison. Les pays non alignés n’aiment pas cela non plus. Parmi les musulmans, il y a des divisions. Il y a ceux qui se disent qu’avec le CNT ce sera mieux qu’avec Kadhafi. Que ce sera un gouvernement plus démocratique, plus musulman etc. Peut-être…

Silvia Cattori : Nous sommes en plein paradoxe. Voir soudainement des pays arabes et musulmans, comme le Qatar par exemple, apporter leur plein soutien à des puissances qui, depuis 2001, détruisent des pays arabes et musulmans et massacrent leurs peuples, n’est-il pas renversant ?

Jean Bricmont : Un certain nombre de gens détestent Kadhafi. Moi je ne le déteste pas, mais je n’étais pas sous sa coupe et je peux comprendre cette aversion. La même chose se passe avec Bachar el-Assad en Syrie. Donc, il y a des gens qui se disent que tout ira mieux après. Quand on voit ce qui se passe en Irak et en Afghanistan après le renversement de Saddam Hussein et des Talibans on se rend compte que ce n’est pas si simple.

Mais ma position ne porte pas sur la situation en Libye ou en Syrie, mais sur la politique de l’OTAN, qui entend probablement contrôler les révolutions arabes en les « aidant » ; pendant longtemps ils ont soutenu les autocraties, maintenant ils se rendent compte que ce n’est pas possible ; ils attaquent alors le régime qu’ils détestent le plus, à savoir Kadhafi ; et, en soutenant l’opposition sous prétexte de défendre la démocratie, ils espèrent sans doute la contrôler. Du point de vue des gens qui soutiennent le CNT, sans être favorable à l’OTAN (un certain nombre de musulmans par exemple), c’est un jeu de dupes. Eux espèrent utiliser l’OTAN à leurs fins pour arriver au pouvoir et puis dire à l’OTAN, rentrez chez vous. Cela risque de ne pas être évident.

Silvia Cattori

: Les conflits entre l’OTAN et les forces regroupées au sein du CNT sont-ils inéluctables ?

Jean Bricmont : Je n’en sais rien. Lors de la chute de l’Union soviétique, tout le monde a applaudi en Occident. D’abord il y eut Eltsine, qui était complètement pro-occidental et c’était donc parfait. Puis Poutine est arrivé avec un agenda plus nationaliste et, subitement la Russie a commencé à déplaire aux Occidentaux.

Ce que les Occidentaux veulent, ce n’est pas la démocratie, c’est la soumission. Ils ont soutenu des régimes affreux tant qu’ils étaient soumis. Maintenant que certains de ces dirigeants ne sont plus défendables, ils s’attaquent à ceux qui leur sont les moins favorables (Libye, Syrie, Iran) et ils espèrent que la « démocratie » va amener la soumission. Mais cela est douteux. Les intérêts nationaux et les différences religieuses ou idéologiques existent, indépendamment des régimes. Même si la Libye était une démocratie parfaite, je ne pense pas qu’elle aurait envie de reconnaître Israël. Mais je doute que BHL (Bernard-Henri Lévy) par exemple, avait envie de mettre au pouvoir des gens hostiles à Israël.

Il ne faut pas oublier que les gens contrôlent rarement toutes les conséquences de leurs actions.

Silvia Cattori

: Bernard-Henri Lévy, a joué un rôle clé, avec le président Sarkozy, en faveur de cette guerre. N’a-t-il pas réussi, par son argumentaire faussement humanitaire à semer confusion et division au sein du camp progressiste, paralysant ainsi toute velléité de protestation ?

Jean Bricmont : Du point de vue de BHL, le grand avantage c’est d’être arrivé à une terrible division des forces progressistes. Les gens vont continuer de se disputer au sujet de cette guerre. Notez que l’on a vu la même chose lors de la première guerre mondiale. Certains disaient : on ne peut pas s’allier avec la Russie tsariste. D’autres disaient : il faut tout faire pour abattre le militarisme allemand. Il est important d’élaborer une réflexion cohérente sur ces sujets. Mais ce n’est pas facile.

Des pays voisins de la Libye - dont des ressortissants, accusés d’être des mercenaires de Kadhafi, ont été tués par les rebelles libyens - n’aiment pas ce qui se passe en Libye. Il y a des armes qui circulent, tout cela préoccupe les pays du Maghreb et déstabilise la région. Le fait que la transition a été violente – et non pas négociée - est une bénédiction pour les gens qui veulent voir le chaos s’installer dans cette région. Qu’ils l’aient fait exprès ou pas, je n’en sais rien. Mais c’est une bénédiction pour le militarisme occidental. Presque tous les pays non occidentaux voulaient une solution négociée à ce conflit. Mais les Occidentaux ne veulent jamais de solution négociée ; quand ils sont dans une position de force ils y vont à fond. Le jour où la Chine sera plus forte que nous et qu’elle pourra utiliser la force, on verra les choses autrement. Mais, pour le moment, on se sent plus fort et, dès qu’il y a un conflit, on veut toujours une solution militaire, jouer sur la force, jouer sur la technologie, c’est d’ailleurs la seule chose qui nous reste. Dans le domaine du commerce, les Chinois sont bien plus forts que nous.

C’est à la question du militarisme que les progressistes devraient réfléchir. Mais ils ne le font pas. Ils encouragent ce militarisme au nom de l’« ingérence humanitaire ». Si, demain, on doublait le budget militaire en France, Madame Joly, qui est écologiste, s’y opposerait sans doute ; mais, alors qu’elle ne veut pas voir de troupes françaises défiler sur les Champs Elysées le 14 juillet, elle accepterait des troupes françaises en Libye [5] ! C’est incohérent, parce que les guerres humanitaires sont des guerres à zéro mort (de notre côté), qui nécessitent un appareil militaire de haute technologie, lequel coûte cher.

Cet appareil est essentiellement celui des États-Unis, mais là il y a des gens qui dorment dans leur voiture parce qu’ils ont perdu leur maison reprise par les banques, et l’État consacre une fortune aux dépenses militaires. Sans les appareils de surveillance des États-Unis et ses possibilités d’approvisionnement des avions de l’OTAN, cette guerre aurait été beaucoup plus difficile à mener.

Si on s’oppose au militarisme, particulièrement aux États-Unis, on s’oppose aussi aux interventions humanitaires, parce que sans l’appareil militaire américain, on n’aurait tout simplement plus les moyens de mener ces interventions.

L’immense majorité des pays du monde, même ceux qui ont une armée importante (Russie, Chine, Inde etc.) considèrent que la mission de leur armée est de protéger leurs frontières, pas d’envoyer des troupes un peu partout protéger les droits de l’homme. Notez que c’est aussi la position de la Suisse. Tout ce que je demande, c’est que les autres états occidentaux adoptent la position de la Suisse. Ce n’est ni révolutionnaire ni radical.

Silvia Cattori:

 Tout porte à croire que BHL ne va pas s’arrêter là. Qu’il va relancer sa campagne en soutien aux opposants au régime de Bachar el-Assad. Pour Israël qui occupe depuis 1967 illégalement le Golan syrien -un véritable réservoir d’eau pour la région- et n’entend pas le céder, la Syrie est un enjeu stratégique important. La chute d’Assad -mis par Tel Aviv sur la liste des dirigeants qui restent à abattre- serait tout bénéfice pour Israël. Va-t-on vers un scénario libyen ?

Jean Bricmont : Si vous regardez comment les choses se sont passées en Libye, ces Libyens que l’on disait si hostiles à Kadhafi, son gouvernement que l’on disait si faible et si détesté, etc. a résisté plus longtemps que Milosevic lors de l’intervention de l’OTAN en 1999, plus longtemps que les Talibans en 2001 à Kaboul, et plus longtemps que le régime de Saddam en 2003.

Face à une opposition appuyée par l’ensemble de toutes les forces occidentales je trouve cette résistance plutôt étonnante. Je croyais, comme Obama, que cela se terminerait en quelques jours. Que cela allait s’effondrer très vite.

Donc, je ne suis pas sûr que les analystes militaires, du moins ceux qui sont lucides -par opposition aux idéologues, comme notre gauche « humanitaire »- aient envie de répéter cette expérience en plus grand, en Syrie ou en Iran.

Ce que je trouve comique, par contre, c’est de voir qu’il y a une extrême-gauche qui ne « vit » littéralement que de l’exploitation de la mauvaise conscience coloniale, qui agite sans arrêt l’anticolonialisme et l’antiracisme, et puis, pendant la guerre en Libye, dit qu’il faut accepter l’intervention de l’OTAN pour soutenir les rebelles. Ils oublient que, lors des conquêtes coloniales, les mêmes justifications humanitaires étaient utilisées : combattre l’esclavage, renverser des satrapes ou des monarques absolus etc.

Il y a là quelque chose d’absurde. Il faut savoir dans quel monde on veut vivre. Veut-on vivre dans un monde où nous allons, nous, imposer des gouvernements un peu partout ?

Je pense que ce monde est fini. Que le colonialisme est terminé. L’Occident n’a plus les moyens des politiques impériales qu’il avait dans le passé. Et si la gauche occidentale devait être utile à quelque chose, ce serait à penser comment nous adapter à notre déclin inévitable, plutôt que d’inventer des justifications humanitaires aux derniers scintillements de l’empire américain.

Silvia Cattori : Je vous remercie.

Entretien réalisé le 13 septembre 2011.

Silvia Cattori

(*) Voir : « Urgent Appeal to Stop Atrocities in Libya, Sent by 70 NGOs to the US, EU, and UN », UN Watch, 21 février 2011. (L’ONG UN Watch est réputée pour servir les intérêts d’Israël)
Voir également : « 
Libya and the big lie : Using human rights organizations to launch wars », par Mahdi Darius Nazemroaya, 25 septembre 2011.

Sur la « responsabilité de protéger », voir aussi :
« 
La “responsabilité de protéger” : une façade légale pour légitimer l’ingérence ? - Entretien avec Jean Bricmont » , par Silvia Cattori, 24 septembre 2009.


 [1] Voir : « La Libye, la gauche européenne et le retour de l’impérialisme humanitaire », par Jean Bricmont, Le Grand Soir, 12 mars 2011.

[2] Voir le texte de cette résolution :
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2011/CS10200.doc.htm

[3] Cet entretien a été réalisé le 13 septembre 2011

[4] Figure du mouvement anti-impérialiste, Jean Bricmont est professeur de physique théorique à l’Université de Louvain (Belgique). Il a publié « Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ? » (Éditions Aden, 2005).

[5] Voir :http://www.marianne2.fr/Eva-Joly-veut-des-chars-en-Libye-pas-sur-les-Champs-Elysees_a208455.html. Elle appuyait « à 100% » l’opération et estimait qu’il est «

http://www.silviacattori.net:80/article2230.html


4-3 Interview de Jean Bricmont : Les questions palestinienne et libyenne entre "droit d’ingérence" et "responsabilité de protéger"...

Entretien réalisé par CHÉRIF ABDEDAÏM :

20 octobre 2011
La Nouvelle République : Vous soulignez que « d’un point de vue strictement légal, la résolution du Conseil de sécurité concernant la Libye est discutable. Elle est en fait le résultat d’années de lobbying pour faire reconnaître le droit d’ingérence qui se trouve ici légitimé ». Pouvez-vous expliciter davantage ?

Jean Bricmont : Depuis des décennies, les Occidentaux plaident pour un « droit d’ingérence humanitaire », qui est rejeté par l’immense majorité des pays du Sud. Avec la résolution sur la « responsabilité de protéger » ils sont arrivés en partie à leurs fins parce que cette résolution accepte, mais sous conditions, certaines formes d’ingérence. Il faut néanmoins noter que la première application de cette résolution, au moins de son esprit, en Libye, a mené immédiatement à une violation massive du droit international, y compris de la « responsabilité de protéger ». En effet, même en admettant tout ce qu’a dit l’Otan avant la chute de Tripoli, comment peut-on prétendre protéger des civils en bombardant lourdement encore aujourd’hui les villes qui résistent au CNT ? Cela explique sans doute pourquoi les Russes et les Chinois ne veulent plus se laisser rouler dans la farine et adoptent une attitude ferme sur la Syrie. En fait, la première application de la résolution sur la responsabilité de protéger pourrait bien être la dernière à cause, justement, de la façon dont l’Otan a abusé de la situation pour mettre en œuvre le « changement de régime » qui n’est absolument pas prévu par cette résolution et est en conflit fondamental avec la Charte de l’ONU.

 

NR : Vous ironisez également en disant que « les guerres de l’Otan sont recyclables et l’impérialisme a été intégré au développement durable », une déclaration lourde de sens...

 

JB : L’ironi

e portait sur l’attitude des Verts (ou écologistes) européens qui soutiennent à fond la guerre. Ce mouvement qui, lors de sa naissance dans les années 1970, en pleine guerre froide, prônait la résistance passive non violente, même face à une invasion, est devenu ultra-militariste du moment que les guerres sont faites au nom des droits de l’homme, comme en Kosovo et en Libye. M. Cohn-Bendit a fortement critiqué l’Allemagne pour sa non-participation à la guerre. Bien que ce soit une réaction plutôt sentimentale, pour quelqu’un de ma génération, celle de 1968, le fait qu’un ex-soixante-huitard, allemand d’origine juive, critique l’Allemagne pour son pacifisme apparent a quelque chose de surréaliste. Mme Joly, candidate des Verts français à l’élection présidentielle, qui critique les défilés militaires du 14 juillet — ils sont peut-être ringards, mais ne font pas grand mal —, approuve à 100 % la guerre et s’est même inquiétée du fait que celle-ci serait difficile à mener sans troupes au sol. A la suivre, les soldats français devraient être verboten sur les Champs Elysées, mais autorisés à Tripoli. Tout cela montre le chemin accompli, si l’on peut dire, dans la gauche, particulièrement celle issue de 1968, en ce qui concerne le militarisme et l’impérialisme « humanitaire ». Comble de l’ironie, les « fascistes » du Front national condamnent la guerre sans ambages. Ce qui fait que je me retrouve être « objectivement proche de l’extrême droite » parce que j’ai gardé des positions qui étaient traditionnellement celles de la gauche sur la question de la guerre, du militarisme et du droit international.

 

NR : Actuellement, avec les questions palestinienne et libyenne et autres, on assiste à une léthargie des instances onusiennes face à la violation du droit international, notamment au nom du « droit d’ingérence ». N’est-ce pas là une autre forme de dictature organisée et légalisée ?

 

JB : Les défenseurs autoproclamés des droits de l’homme, qui sont souvent mais pas toujours des apologistes des guerres humanitaires, soulignent le caractère affreux et oppressif des dictatures sur le plan interne. Je veux bien les suivre là-dessus, mais qu’en est-il des rapports de force sur le plan international ? Si un groupe de pays s’arroge le droit d’intervenir de façon militaire là où bon lui semble, droit qu’il s’attribue à lui et à lui seul — on n’imagine pas l’Otan accepter l’ingérence de la Russie, par exemple, en Libye —, pourquoi n’est-ce pas une forme de dictature au niveau mondial ? Les citoyens des pays de l’Otan se sentent évidemment à l’abri, mais qu’en est-il des autres ? Comment sont-ils supposés percevoir la situation ? Et si on est tous d’accord pour dire que la torture est horrible, pourquoi serait-il agréable de mourir de mort lente suite aux dommages collatéraux des bombardements atlantistes ? Les défenseurs des droits de l’homme répondraient sans doute que les dommages dus à l’Otan sont moindre que ceux dus aux « dictateurs ». Mais le calcul est moins évident qu’ils ne le pensent, si l’on considère, par exemple, la guerre en Irak, mais aussi les guerres en Indochine et tous les coûts directs et indirects des politiques impériales en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient et, jusqu’à ce qu’elle devienne réellement indépendante, en Asie. Par ailleurs, la question palestinienne montre toute l’absurdité de notre idée de « responsabilité de protéger » : lorsqu’Israël bombarde le Liban ou Gaza, loin d’intervenir militairement pour protéger les populations civiles, nos gouvernements cherchent à en faire un minimum sur le plan diplomatique pour mettre fin au conflit et nos intellectuels et nos médias cherchent toutes les excuses possibles et imaginables pour justifier ces agressions.

 NR : Dans l’un de vos entretiens vous avez déclaré : « Pour s’assurer le contrôle de la région et protéger Tel-Aviv, les Occidentaux veulent probablement se débarrasser des gouvernements déjà hostiles à Israël et à eux-mêmes. Les trois principaux sont l’Iran, la Syrie et la Libye. » Cela présupposerait-il qu’Israël serait derrière toute cette politique hégémonique, outre les avantages dont peuvent bénéficier les Occidentaux ?

 

JB : Non, je ne présuppose pas qu’Israël soit derrière cette politique — j’ai dit : hostiles à Israël et aux Occidentaux, les deux notions n’étant pas identiques —, même s’il est évident que notre souci d’ingérence humanitaire n’impliquera jamais rien en ce qui concerne Israël ou les pays qui sont « amis » avec cet Etat, la Jordanie ou l’Egypte jusque récemment, ou d’ailleurs avec les Etats-Unis, comme le Bahrein ou l’Arabie saoudite.

 NR : D’après-vous, jusqu’où peut conduire cette politique de « l’échiquier », à savoir destituer un « dictateur » pour imposer un autre ?

 

JB : Malheureusement, je pense qu’elle ira jusque-là où les rapports de force sur le terrain le permettront. Pendant la guerre du Vietnam, il y avait de vastes mouvements d’opposition à la guerre, même dans des pays comme la France qui n’y participaient pas. Dans les années 1980, il y avait encore des mouvements pacifistes très populaires dans de nombreux pays européens, mais pas en France, qui était déjà dominée à l’époque par une forme d’anticommunisme fanatique qui a, d’une certaine façon, précédé et accompagné l’émergence de la doctrine du droit d’ingérence humanitaire. Ces mouvements ont disparu à cause de deux facteurs. D’une part, la victoire idéologique de la doctrine de l’ingérence humanitaire qui a pratiquement tout balayé à gauche, surtout après la fin du communisme ; de même que la gauche a rationalisé les politiques néo-libérales au nom de la liberté individuelle ou de « l’égalité des chances », qui est une notion libérale, l’idée socialiste de justice se basant sur l’égalité de condition, au moins à un certain niveau, ou encore en les ignorant totalement et en se focalisant sur « l’antiracisme » ou « l’antifascisme », elle a aussi rationalisé les politiques impériales au nom du droit d’ingérence.

 

D’autre part, les progrès technologiques permettent de faire des guerres avec peu de morts de notre côté, ce qui diminue l’hostilité populaire à ces politiques. Mais ces guerres high-tech coûtent cher et, au moins aux Etats-Unis, ne sont pas étrangères aux problèmes économiques auxquels la population fait face. Celle-ci commence à réagir, par exemple avec les mouvements de type « indignés », mais ces mouvements sont très loin d’avoir un quelconque effet politique réel, ils se concentrent, de façon parfaitement compréhensible, sur les questions socio-économiques sans beaucoup parler du militarisme et de la guerre. Par conséquent, et il est triste pour moi de devoir le constater, je m’attends à ce que toute limitation de l’ingérence occidentale vienne non pas des populations ou des mouvements progressistes ici, mais des difficultés sur le terrain, en Afghanistan par exemple, de la crise financière — sans les énormes budgets militaires américains, aucune de ces guerres ne serait techniquement possible — et de l’opposition du reste du monde, comme on le voit pour le moment à l’ONU avec le veto sino-russe sur la Syrie.

 

NR : Concernant la France, certains observateurs soulignent que Sarkozy a échoué sur le plan interne. Ne pensez-vous pas qu’avec cette guerre libyenne, qu’il considère peut-être comme sa dernière carte pour sauver sa mise face aux Français, il se dirige vers un suicide politique ?

 

JB : Je ne veux pas trop spéculer sur ce que pense Sarkozy ; il faudrait aussi alors analyser les motivations de Cameron et d’Obama. Mais même avec la victoire de l’Otan, à supposer qu’elle soit définitive, cette guerre, comme celle en Afghanistan, n’est pas populaire. C’est un paradoxe de plus qui me frappe à propos de l’adhésion du gros de la gauche et de l’extrême gauche européennes à la doctrine de l’ingérence humanitaire. L’immense majorité de la population continue à penser que l’armée doit servir à défendre nos frontières ou, dans certains cas, nos « intérêts vitaux », mais pas à intervenir dans des conflits lointains où ni notre souveraineté ni nos intérêts ne sont en jeu. Elle se dit que, si l’on a de l’argent à dépenser pour des bonnes œuvres, comme défendre les droits de l’homme, alors, il y a sans doute des façons plus efficaces, moins ambiguës et moins coûteuses de procéder que de faire la guerre. De plus, elle pense, en grande partie avec raison, que lors d’une guerre, surtout une guerre civile, toutes les parties violent les droits de l’homme et il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Comme je l’ai dit, la population est avant tout préoccupée par la crise. Cela empêche en partie l’émergence d’un mouvement anti-guerre sérieux, mais fait aussi en sorte qu’elle reste froide, même face à des victoires militaires comme celle en Libye.

 

L’enthousiasme pour la guerre et la victoire réside presque exclusivement dans le personnel intellectuel, médiatique et politique ; je ne nie pas que celui-ci ait une certaine influence sur la population, mais elle n’est pas profonde. Et le drame est que, à cause de l’idéologie de l’ingérence, la gauche s’empêche elle-même d’utiliser le boulevard qui lui est ouvert par la crise et l’embourbement en Afghanistan et en Irak pour en finir une fois pour toute avec la longue histoire du colonialisme, de l’impérialisme et du militarisme occidental. A l’heure du déclin généralisé de l’Occident, la gauche de l’ingérence humanitaire nous force ainsi à rater un rendez-vous essentiel avec l’histoire.

CHÉRIF ABDEDAÏM :

20 octobre 2011

 http://www.lnr-dz.com/index.php?page=details&id=5723
http://www.legrandsoir.info/les-questions-palestinienne-et-libyenne-entre-droit-d-ingerence-et-responsabilite-de-proteger.html



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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