Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

14/05/2012

n°3 - Journal du Mali - 30-04 au 13-05 - - Yves Bonnet : Sarkozy est responsable du chaos en Libye et au Mali

,



Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



Journal du Mali

n°3                                        30-03 au 30-04

Par C.Debroeder &  M.Lemaire

 



Le journal du Mali se retrouve

a) sur nos  blogs : http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                               http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

c) sur le site de Eva Resis : no-war.over-blog.com

d) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-              solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

1 tiré à part

L'Ex-directeur de la DST Yves Bonnet : Sarkozy est responsable du chaos en Libye et au Mali.

Fatma Kassoul, Michel Collon, Mouâd Salhi : Le Mali, une terre riche, un Etat endetté…

1 Mali occupé :

Envoi immédiat de troupes au Mali pour sauver son "intégrité territoriale" !

2   Politique internationale

a) Usa

Nile Bowie : Washington et la déstabilisation politique de l'Afrique.

Après le coup d'État, une guerre séparatiste menace le Mali

b) France

Odile Tobner : Le Mali dans l’œil du cyclone.

3 Médias

3-1 GROS APPETITS POUR LE SAHEL

4 Les brèves

4-1 Chien Guevara : Mali, révolte touareg : et si l’on parlait vrai ?

5 Dossier

5-1 Jeunesse africaine : Le MNLA gagne du terrain face à une armée malienne faible, ATT est-il contraint de négocier ?

5-2 Investig’Action : Ruée vers l’or au Mali. Qui accourt ?

6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net 

6-1 Nord-Mali : comment éviter un nouvel "Afghanistan", au cœur du Sahel ?

7 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

7-1 Amy Goodman : Mali, un pays pris dans un jeu d’échec.

7-2 Salima Tlemçani : De l’autre côté de l’oued, les réfugiés maliens livrés à la misère.

7-3 Mountaga : LE MALI, VICTIME DU POISON DÉMOCRATIQUE



Tiré a part

L'Ex-directeur de la DST Yves Bonnet : Sarkozy est responsable du chaos en Libye et au Mali.

L’ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST), un service de renseignements du ministère de l'Intérieur, Yves Bonnet, a accusé  le président Nicolas Sarkozy d’être responsable «  du chaos en Libye, au Mali », soulignant que " le manque de confiance entre l'Algérie et la France a aggravé la situation dans la région de la côte de l'Afrique ".

Dans  une interview accordée au quotidien  algérien alAkhbar, Bonnet a jugé que "l’Afrique fait l’objet de perturbations sécuritaires de plus en plus dangereuses en raison du chaos provoqué en Libye, et dont  les parties responsables sont bien connues à savoir  l'OTAN et la France. Or, ces derniers n’ont pas tenu compte de quelque chose de grave, celui de  réfléchir sur les résultats d’une intervention dans les affaires d'un Etat quel que soit la nature de son régime".

Il a souligné qu’ "en politique, il est impératif de s'assurer que le règlement que nous cherchons dans une quelconque situation esera de loin meilleur que la situation elle-même, autrement dit  dans le cas de la Libye, je pense que la situation d’avant était bien meilleure que celle d’aujourd'hui."

Directeur du DST entre 1982 et 1985, Yves Bonnet connaît bien la Libye et les Libyens, c’est pour cela il affirme que "la Libye était un pays bien géré et a réalisé des progrès sociaux importants, voire que  les Libyens étaient parmi les peuples les plus riches du Maghreb et maîtrisaient l’art de bien traiter avec autrui, sans compter qu’ils baignaient dans la paix et la sécurité, et donc  la situation qui leur a été imposée est tout à fait différente de ce qu’elle était auparavant".

Et de poursuivre :"qu’au cours de sa visite l’an dernier à Benghazi et à Tripoli, durant laquelle il était accompagné par les membres d’un centre qui s’intéresse aux questions sécuritaires, nous avons exprimé de sérieuses préoccupations envers l'extrémisme islamique croissant et mis en garde contre la fragmentation de l'Etat ".

Yves Bonnet a accusé "le gouvernement du président Nicolas Sarkozy et l'OTAN d’avoir entraîné la Libye dans un chaos et une perturbation sans précédent ", soulignant que "ces deux parties savaient parfaitement la taille des conflits tribaux là-bas et ses conséquences dans le cas où le pays sortait de sa stabilité".

Pour ce qui est du Mali, l’ancien DST a mis en garde contre la présence d’Al-Qaïda en Lybie: "Nul doute que certaines parties en Libye sont contrôlées par Al-Qaïda, or cette dernière a implanté un homme dans une région vitale, ce qui est dangereux non seulement pour la Libye, mais pour tous les pays dans la région" !  

Interrogé sur la nécessité d’une intervention militaire étrangère au Mali pour résoudre la crise, Bonnet n’a pas exclu cette option mais ne l’a point encouragée en raison de la gravité de ses conséquences, surtout que « les pays dans la région du Sahel sont confrontées à des situations  de plus en plus difficiles,  et que cette région est une zone de confluence des civilisations, ainsi la civilisation bédouine et celle des nomades autochtone n'ont pas réussi à trouver un état d'harmonie ».

Enfin, l’ex-DST a mis en garde contre une marginalisation du rôle de l’Algérie : « La plus grande erreur qu’a commis la France, c’est qu’elle a oublié que  Algérie est aussi un Etat du désert du Sud, et donc un partenaire incontournable ».

"On peut trouver des solutions aux problèmes de la région sous influence française, en créant une entente ou un accord entre l'Algérie et la France, sans que cela n’évolue en un problème plus complexe, surtout si les deux pays n’ont pas confiance l’un dans l’autre. Malheureusement, la France n’a pas confiance en Algérie, et non l’Algérie", a ajouté Yves Bonnet .

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=59859&cid=21&fromval=1&frid=21&seccatid=61&s1=1


Fatma Kassoul, Michel Collon, Mouâd Salhi : Le Mali, une terre riche, un Etat endetté…

Le Mali possède de nombreuses ressources naturelles allant des mines d’or jusqu’aux innombrables rizières. Paradoxalement le peuple malien mange un riz industriel venant de l’Orient…

Investig’Action s’est entretenu avec Eric Pauporté, spécialiste du Mali. Il nous a éclairé sur la question et nous a demandé de veiller au grain

L’attitude du pouvoir politique malien et le contrôle de la région par la France s’expliquent-ils par le problème du contrôle des richesses et de l’indépendance économique du Mali ?

Effectivement, il y a un contrôle autant politique qu’économique. C’est toute la politique enjointe par la France et le FMI avec son réajustement structurel qui a barré la route aux développements possibles.

Qu’est-ce que le FMI a dit au Mali et dans quelles circonstances ?

Le marché mondial a provoqué un appauvrissement du pays par étranglement. Un des mécanismes d’étranglement était la spéculation sur le coton. Dans les années nonante, le FMI a engagé le Mali dans une production à grande échelle de coton pour l’exportation. Le marché mondial a réduit fortement le prix du coton malien. Cette spéculation a endetté le Mali. Ils se sont tournés vers le FMI qui leur prêtait de l’argent sous les conditions de sacrifier tous les investissements publics et de s’ouvrir à l’investissement étranger.

 Résultat, toutes les richesses et ressources naturelles ont été bradées. Le chemin de fer a été vendu à une compagnie canadienne pour 107 millions de Francs CFA, autant dire rien du tout.

C’est un pillage ! Pour ce qui est des mines, les multinationales ont acheté les terres aux paysans à 54€ pour 7 hectares. Les paysans se retrouvent sans rien après.

Et qui achetait ces terres ?

Morila SA, c’est la société d’extraction qui appartient à Anglogold issue du consortium Anglo American et à Randgold qui appartient à Oppenheimer-Debeers (monopoliste sud-africain).

Avec quels intérêts ?

L’intérêt est le contrôle total du pays. Le Mali est disséqué.

Regardez la carte minière du Mali. C’est un territoire qui a été privatisé et repartagé comme un gâteau entre les multinationales.

Que pouvez-vous nous dire sur l’Office du Niger ?

L’Office du Niger est la régie des terres de rizières dans le delta intérieur du Niger non loin de la ville de Ségou. Cet Office appartient à l’Etat. Il y a une énorme plaine très bien irriguée par le Niger se trouvant en aval du barrage de Markala. La plaine a un potentiel de production de riz de plus d’un million d’hectares. Elle a la capacité de nourrir toute l’Afrique de l’Ouest ! L’Office du Niger a la responsabilité d’entretenir toute cette plaine.

Les paysans ont-ils le droit d’exploiter cette plaine ?

Oui, ils peuvent exploiter ces terres à condition de louer. Concrètement, ils payent une redevance sur l’entretien du réseau d’irrigation. Ces taxes sont coûteuses et ne servent qu’à remplir les poches des personnes qui sont au pouvoir. En plus de toute l’infrastructure qui accompagne l’Office : il y a des usines d’engrais, des usines d’huiles extraites à partir des noyaux de coton.

Toutes les infrastructures du domaine public ont été liquidées. Aminatou Toumani Touré, le président déchu, les a vendues les unes après les autres pour pas un sou aux multinationales et aux fonctionnaires corrompus. Dans toutes ces terres vendues, le pouvoir a chassé les paysans par milliers.

Comment les paysans ont-ils vécu cela ?

Cela a éveillé un mécontentement énorme. Il y a eu des luttes armées.

Un des élus locaux, du parti SADI (opposition de gauche) a été assassiné juste après l’élection.

Après cela, une loi a été érigée sur la réforme agraire. Elle consiste à donner un titre de propriété d’une terre à qui la revendique.

Traditionnellement, les terres appartiennent à la collectivité. Mais comme les paysans sont endettés, ils ne peuvent que les vendre, c’est un cercle vicieux !

Propos recueillis par Michel Collon, Mouâd Salhi et Fatma Kassoul

Pour Investig'Action michelcollon.info



1 Mali occupé :

Envoi immédiat de troupes au Mali pour sauver son "intégrité territoriale" !

Réponse à ACTUS sur le Mali et la "rebellion Touareg" du MNLA (qui est en fait une alliance de diverses tribus du nord du Mali, et pas seulement des Touaregs) :

 La CEDEAO, c'est-à-dire l'impérialisme français, vient de décider de l’envoi immédiat de troupes au Mali pour sauver son "intégrité territoriale" !

    Salut à toutes et à tous, 

Je pense qu'ACTUS, qui croit que les Touaregs du nord du Mali sont alliés à l'impérialisme français, se trompe totalement sur ce qui se passe au nord du Mali. 

Les Touaregs étaient dans le camp de Kadhafi, et ils se sont battus  en Libye contre al-Qaïda, contre l'OTAN et contre la France, afin d'aider la Libye Verte de Kadhafi. 

Je suis dans le camp des Touaregs, a priori, depuis bien avant la guerre de Libye : 

http://mai68.org/journal/N28/11janvier2000.htm

J'ai été confirmé dans mon soutien aux Touaregs quand je les ai vu soutenir Kadhafi. Pour ce faire, ils se sont battus entre autre contre al-Qaïda. Et aujourd'hui, la télé française veut nous faire croire que les Touaregs sont alliés à al-Qaïda ? Je n'en crois rien !

Et on ne peut pas raisonner sainement quand on ne sait pas qu'AQMI appartient aux services secrets français. En voici les preuves :

http://mai68.org/spip/spip.php?article1372 

Les nomades Touaregs sans frontière ont toujours été considérés comme des ennemis par les sédentaires colonialistes occidentaux fabriqueurs de frontières artificielles telles que, par exemple, celle du Mali (Le Mali n'est pas une création malienne, le Mali est une création française !).

Aussi, tenant compte de tout ça...

Comment va-t-on s'y prendre pour me faire croire que les Touaregs sont aujourd'hui au service de l'impérialisme français au Mali, dès le lendemain qu'ils viennent de le combattre en Libye ? Je n'en crois rien ! : 

http://mai68.org/spip/spip.php?article4015 (Regarder en particulier la seconde vidéo)

Par ailleurs, j'apprends aujourd'hui 27 avril 2012 que la CEDEAO, c'est-à-dire l'impérialisme français vient de décider de l’envoi immédiat de troupes au Mali pour sauver son "intégrité territoriale" :

http://mai68.org/spip/spip.php?article4052

Après ça, il est d'autant plus impossible de continuer à soutenir que l'impérialisme français et le MNLA (alliance des Touaregs et d'autres tribus du nord du Mali) soient dans le même camp.

Il faut se renseigner à la source :

http://www.mnlamov.net

Bien à vous,

do

http://mai68.org/spip 



2   Politique internationale

a) Usa

Nile Bowie :Washington et la déstabilisation politique de l'Afrique.

Après le coup d'État, une guerre séparatiste menace le Mali.

Alors que la communauté internationale et les membres voisins de la Communauté économique des États d'Afrique occidentale (CEDEAO) condamnent le coup d'État militaire au Mali, mené par des protagonistes inexpérimentés, des milliers de personnes ont pris les rues de la capitale malienne de Bamako en appui à la nouvelle junte. Les citoyens brandissaient des pancartes et des banderoles affichant: « À bas la communauté internationale » et « À bas Sarkozy », en chantant des slogans à la gloire du chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo. [1]

Bien que Sanogo ait visité les États-Unis à plusieurs reprises après avoir été choisi par le Pentagone pour participer à un programme international d’éducation et d’entraînement militaire parrainé par le département d'État étasunien [2], les représentants des États-Unis ont appelé les dirigeants du coup d'État au Mali à démissionner et permettre la tenue d'élections.
Le porte-parole du département d'État étasunien Mark Toner a menacé l'État indigent d’Afrique de l'Ouest d’un embargo diplomatique et financier substantiel  si le pouvoir n'est pas retourné au président évincé Amadou Toumani Touré dans les soixante-douze heures. [4] Alors que la moitié de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour [5], l'imposition de sanctions économiques pour ce pays enclavé et dépendant de l’importation conduira inévitablement à une plus grande instabilité sociale et à des troubles civils. Puisque la probabilité d’un embargo nourrit davantage les conditions guerrières dans un milieu appauvri depuis longtemps, le bloc de la CEDEAO a mis ses troupes en attente près des frontières du Mali et elles sont prêtes à intervenir si la situation se détériore [6]. Au cours de la crise en Côte d'Ivoire en 2010-2011, les forces fidèles à Alassane Ouattara, soutenu par les Français, ont entrepris une vaste campagne d'atrocités contre des civils [7], un autre rappel du danger que posent les invasions militaires précipitées de la communauté internationale dans les régions africaines en crise.

Tandis que les États-Unis et d'autres soulignent l'importance du retour à l'ordre constitutionnel et que les Maliens appuient la junte, la solidité des institutions démocratiques renommées du Mali semble très discutable. La justification principale du  coup est la réponse inadéquate du gouvernement civil à une campagne permanente des Touaregs en faveur du séparatisme dans le nord du Mali, bien que le désarroi récent à Bamako ait suscité la progression régulière des milices armées touaregs vers le sud. Sous la bannière du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), les milices armées auraient saisi la région nord-est de Kidal, incitant l'armée malienne, mal équipée, à abandonner ses positions stratégiques au nord. [8] Les Touaregs sont un groupe ethnique minoritaire traditionnellement nomade et rural d’environ 1,5 millions de personnes cherchant à se séparer de la république du Mali et à former une nation indépendante appelée Azawad. Ce groupe vit dispersé sur un territoire traversant les pays du Sahel et du Sahara, largement exploité par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Même si l’on a imputé aux Touaregs la déstabilisation dans le nord du Mali, il est davantage probable qu’AQMI soit à l'origine de l'activité des insurgés dans la région [9]. Le MNLA a déclaré que l'objectif de sa campagne pour l'indépendance est de développer un bastion pour se protéger de la violence d'AQMI, tandis que Bamako a affirmé que le MNLA cherche à fonder un État islamiste strict en partenariat avec l’AQMI [10]. Après la chute de Kadhafi dans le théâtre de guerre libyen de l’OTAN, des combattants touaregs armés maliens et nigériens ont été vus descendant dans le Sahara à bord de camions de l’armée Toyota Salut-Lux utilisés par les rebelles libyens affiliés à Al-Qaïda [11]. Bien qu'il puisse être difficile de distinguer les véritables protagonistes de la violence dans le nord du Mali, la résurgence de leur activité s’est grandement intensifiée en raison de leur accès aux mortiers, aux mitrailleuses, aux armes antichars et antiaériennes appartenant initialement au Groupe islamique combattant en Libye (GICL), une organisation radicale [12].

La présence d'un second groupe séparatiste dominé par les Touaregs, Ancar Dine, complique davantage la situation. Le mouvement cherche à imposer la charia dans tout le nord du Mali et est dirigé par Iyad Ag Ghaly, une personnalité salafiste éminente, soupçonnée d'avoir des liens avec une filiale d’AQMI d'Ayman al -Zawahiri, dirigée par son cousin Hama Ag Hamada [13]. Comme les séparatistes contrôlent désormais un tiers du Mali, une crise alimentaire est à venir dans la région du Sahel et du Sahara alors que près de 80 000 réfugiés demandent l'amnistie dans les pays voisins, dont l'Algérie, le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso [14]. Comme le groupe militant Ancar Dine semble réclamer le contrôle de régions attribuées auparavant au MNLA [15], leur avance pourrait avoir de plus grandes implications, pouvant déstabiliser la région de façon drastique.

Avec la possibilité accrue que des soulèvements généralisés comme ceux du printemps arabe surviennent dans la région du Sahel, un afflux de réfugiés mettra une pression supplémentaire sur l'Algérie et le Niger. L'Algérie pourrait être déstabilisée davantage si la situation sécuritaire continue de se détériorer au Mali et la France pourrait se sentir obligée d'intervenir dans les affaires de ses anciennes colonies, comme on l’a vu malheureusement en Côte d'Ivoire. Il y a un parallèle entre la crise au Mali et les événements en cours au Nigeria, une nation aux prises avec les activités des insurgés islamiques séparatistes de Boko Haram au nord. Compte tenu de l'instabilité politique à Abuja, un coup d'État orchestré par des officiers de grades inférieurs contre le président nigérian Goodluck Jonathan basé sur le modèle malien ne serait pas impensable. Au moment où la Banque mondiale et la Banque africaine de développement suspendent toute aide au Mali, une certaine forme d'intervention militaire est concevable si les appels du Conseil de sécurité pour le « rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel et du gouvernement démocratiquement élu » ne sont pas respectés [16].

Alors que les voisins du Mali menacent de recourir à des sanctions et à la force militaire pour renverser l'actuel Comité pour la réinstauration de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDR) dirigée par le capitaine Amadou Sanogo [17], la junte a dévoilé une nouvelle constitution garantissant la liberté de parole, de pensée et de mouvement [18]. Sanogo a promis de ne pas s'accrocher au pouvoir et de mettre en place des élections démocratiques lorsque l'insurrection touareg sera maîtrisée. Ceux qui ont pris part au coup d'État ne pourraient pas participer aux élections [19]. L'afflux d'armes découlant du changement de régime de l'OTAN en Libye a créé de nouvelles perspectives désastreuses favorisant une guerre civile au Mali, où les parties seraient lourdement armées. Il reste à voir comment le bloc de l'OTAN réagira si le CNRDR refuse les appels à démissionner et s'engage dans un interminable conflit avec les séparatistes islamistes. Comme l'armée américaine s’oppose à l’Armée de résistance du Seigneur en étendant sa présence militaire par le biais d’AFRICOM en République démocratique du Congo, l'aggravation de la situation au Mali et au Nigeria fournit une justification supplémentaire pour l'intervention étrangère et l’exploitation de la guerre.
Notes

[1] Mali: des milliers de manifestants soutiennent la junte, comprise en vue, AFP March 28, 2012

[2] Leader of Mali military coup trained in U.S., Washington Post, March 25, 2012

[3] US calls for Mali coup leaders to step down, CNN March 30, 2012

[4] Ibid

[5] Human Development Indices, United Nations Development Programme, 2008

[6] Mali coup: African Spring Russia Today March 29, 2012

[7] Côte d’Ivoire: Ouattara Forces Kill, Rape Civilians During Offensive, Human Rights Watch, April 9, 2011

[8] Tuareg rebels force Mali army out of North, World News Australia, March 31, 2012

[9] Mali's muti

 Nile Bowie

Nile Bowie est un auteur indépendant et photojournaliste vivant à Kuala Lumpur, en Malaisie, il contribue régulièrement au site de Tony Cartalucci,  Land Destroyer Report, et à celui du professeur Michel Chossudovsky, Global Research. Twitter: @ NileBowie

Nile Bowie est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.

 Articles de Nile Bowie publiés par Mondialisation.ca

 Le 4 avril 2012

Mondialisation.ca,

Article original en anglais : Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca


b) France

Odile Tobner : Le Mali dans l’œil du cyclone.
Après la Libye et la Côte d’Ivoire, passées sous contrôle occidental à la suite de guerres menées notamment par l’armée française, on subodorait que le Mali était le prochain sur la liste.

Cela n’a pas manqué : on assiste depuis janvier 2012 à la réactivation de la rébellion du mouvement national de libération de l’Azawad, mouvement sécessionniste revendiquant la partie saharienne du territoire malien.

Puissamment armé, le MNLA a lancé dans le nord-est du pays une offensive victorieuse contre l’armée malienne. Le 24 janvier, à Aguel Hok, les rebelles ont exécuté, dans des conditions atroces, 80 prisonniers de guerre. On peut voir dans ce massacre l’origine du putsch militaire qui a renversé, le 21 mars, le président Amadou Toumani Touré. Depuis février, en effet, des familles de militaires, mais aussi des jeunes, se rassemblent pour dénoncer l’impuissance du chef de l’État, voire sa complicité avec la rébellion, et ces manifestations, parties du camp militaire de Kati, ont gagné Bamako et Ségou.

Les déclarations faites le 26 février par Juppé à Bamako, où il a été accueilli par des manifestations hostiles, n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu. Celui-ci s’est dit convaincu qu’il n’y aurait pas de solution militaire à la crise au Nord-Mali, ajoutant : « Il faut donc prendre la voie du dialogue aussi inclusif que possible avec tous ceux qui doivent s’assoir autour de la table et le président Amadou Toumani Touré a confirmé que c’était son intention ». C’était méconnaître totalement la situation ainsi que l’état d’esprit de l’armée et de la population malienne. En pompier pyromane, le même Juppé n’a pas manqué, une fois Touré destitué par de jeunes officiers, de lancer de vertueux appels au retour de la légalité constitutionnelle, demandant à la junte militaire d’organiser des élections.

 

Pendant ce temps, les vastes étendues du nord sont livrées à divers mouvements groupusculaires, mais surarmés. Outre le MNLA, on a le MPA (Mouvement populaire de l’Azawad) salafiste devenu le mouvement fondamentaliste Ançar Edine, sans compter l’AQMI, qui, ensemble ou séparément, revendiquent de lutter, qui contre l’État malien, qui pour la Charia, contre l’Occident, etc. Les habitants des localités du nord, en butte à leurs attaques ou craignant les représailles, s’enfuient vers le sud ou les pays limitrophes. Une grande partie des 200 000 personnes qui ont ainsi fui les combats vivent désormais dans des conditions critiques sur le plan humanitaire. Le cortège habituel des calamités de guerre s’abat sur un pays qui a le malheur de se trouver pris entre les manœuvres d’une politique française à la gribouille et la convoitise que suscite, chez les grandes puissances, un territoire quasi vide et recelant d’immenses ressources minières encore inexploitées. Une telle situation est propice à la création d’un État-fantôme assujetti, dont on fera au minimum peser la menace sur le Mali s’il ne consent pas à s’aligner sur les mots d’ordre de « protecteurs » intéressés.

On observe en effet que ni la CEDEAO, communauté des États d’Afrique de l’Ouest, ni la France, ni les États-Unis, ni l’Union européenne, si empressés à exiger des putschistes le retour à la légalité républicaine, n’ont demandé aux mouvements séparatistes qui sèment le chaos au Sahara de cesser leurs violentes attaques contre l’État et les citoyens maliens. Il faut croire qu’un Mali rétif aux injonctions des puissances étrangères gêne plus les appétits impérialistes qu’une guerre civile frappant opportunément une région convoitée.

Odile Tobner

Source : Survie



3 Médias

3-1 GROS APPETITS POUR LE SAHEL

 Tandis que les médias de masse nous abreuvent de détails sur l’ordre constitutionnel, l’islamisme, l’intangibilité des frontières, chaque « expert » (bien payé et pas neutre comme le démontre le documentaire sur « les nouveaux chiens de garde ») trouvant ainsi l’occasion d’étaler son savoir sur des questions qui, pour les puissants de ce monde, sont secondaires.

L’ordre constitutionnel n’est respectable que tout autant qu’il n’est pas dérangé par le résultat d’un référendum comme en 2005 en France , l’islamisme est ici encouragé ( guerre d’Afghanistan 1979-1989) là utilisé ( Yougoslavie) ou brandi à l’occasion comme un épouvantail  alors que les relations les plus étroites sont entretenues avec les pays qui le financent ( Arabie saoudite, Qatar) .

Tout ce spectacle hypocrite sert à masquer d’autres enjeux.

La carte qui suit émane d’un club très officiel puisqu’il est une sorte de commission spécialisée de l’OCDE sur le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Rien de plus respectable pour les pouvoirs capitalistes en place puisque l’OCDE est l’institution qui a succédé à l’OECE chargée dés les débuts de la guerre froide de la répartition des crédits Marshall c'est-à-dire de la mise sous contrôle économique par les Etats-Unis des pays de l’Ouest européen. Depuis l’OCDE s’est installée comme bureau de recherche et de planification de l’ordre capitaliste occidental dominant.

Qu’ait été créé au sein de l’OCDE un club SAHEL et AFRIQUE DE L’OUEST  suffit à démontrer que cette région  du monde est considérée par le capitalisme occidental comme une de ses arrière-cours et qu’il a dans cette zone des projets et des appétits qui ne s’embarrassent pas de la souveraineté des Etats de la région.

Que dit cette carte ?

1-    D’abord sur la population

Que les touaregs sont majoritaires dans la zone Nord du Mali, ce qui est une évidence démographique de longue date  et cette partie du territoire malien actuel est appelée AZAWAD, terme revendiqué par le MNLA.

Qu’ils ne sont pas majoritaires au Sud de la boucle du Niger. Là aussi simple rappel des faits.

Mais surtout elle montre que la zone à dominante touareg dépasse très largement le Mali, qu’elle s’étend jusqu’en Libye et qu’elle est donc déstabilisée par la disparition du régime libyen. 

2 -Ensuite sur les ressources convoitées :

Le niveau actuel des cours de l’or et les inquiétudes des possédants sur la stabilité des monnaies des pays capitalistes riches a déchainé une ruée mondiale vers le métal jaune

L’accès à de nouvelles sources de pétrole et de gaz est une préoccupante stratégique des Etats-Unis comme de l’Union européenne et iles veulent mettre la main sur les nouveaux gisements avant l’Inde et la Chine. L’Afrique de l’Ouest est donc de ce point de vue le terrain de chasse prioritaire.

3 - Dernière indication de portée politique et stratégique considérable : « le gaz du bassin de Taoudéni pourrait être exporté via l’Algérie ». Là s’exprime la crainte que l’Algérie et sa société pétrolière nationale la SONATRACH qui a déjà commencé à prendre part aux côtés des sociétés occidentales (Total et ENI en particulier) aux recherches prometteuses en Mauritanie et au Mali devienne le maitre du jeu.

 Pour l’empêcher rien de tel qu’un  bon gros désordre « islamique » pour mettre le pouvoir algérien, le seul qui conserve encore un peu d’indépendance du Caire à Rabat, sur la défensive. 

Mais une autre histoire est possible qui n’est évidemment pas celle que veulent écrire les puissances membres de l’OCDE : que sous la houlette de l’Algérie, qui aujourd’hui a seule les capacités militaires et techniques pour le faire,  les pays de la région se mettent d’accord pour exploiter ensemble ces nouvelles ressources pétrolières, les utilisent pour leur propre développement et exportent  le reste par un port à construire sur l’Atlantique en Mauritanie ou au Sénégal.

Un vrai projet Sud-Sud qui constituerait une véritable décolonisation du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.

http://comaguer.over-blog.com



4 Les brèves

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information 

4-1 Chien Guevara :Mali, révolte touareg : et si l’on parlait vrai ?

DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DE L’AZAWAD (Vendredi, 06 Avril 2012 02:24) NOUS, PEUPLE DE L’AZAWAD, Par la voix du Mouvement National de Libération de L’Azawad après concertation avec : Le Comité Exécutif, Le Conseil Révolutionnaire, Le Conseil Consultatif, L’Etat-Major de l’Armée de Libération, Les bureaux régionaux Rappelant les principes du droit international et les principaux instruments juridiques internationaux régissant le droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes, notamment, la charte des Nations Unies en ses articles 1 et 55, les dispositions pertinentes de la déclaration internationale des droits des peuples autochtones ; Considérant, la volonté explicitement exprimée dans la lettre datée du 30 mai 1958 adressée au président français par les notables, guides spirituels de toutes les composantes de l’AZAWAD ; Considérant qu’en 1960, à l’occasion de l’octroi de l’Indépendance aux peuples Ouest-Africains, la France a rattaché sans son consentement l’AZAWAD à l’Etat malien qu’elle vient de créer ; (...)

Lire la suite :http://www.legrandsoir.info/mali-revolte-touareg-et-si-l-on-parlait-vrai.html» .

Chien Guevara



5 Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information 

5-1 Jeuness africaine : Le MNLA gagne du terrain face à une armée malienne faible, ATT est-il contraint de négocier ?

Depuis les premières opérations du 17 Janvier à Ménaka et dans la région de Kidal ,le MNLA(mouvement national pour la libération de l’Azawad) n’a cessé de faire parler de lui .Les autorités maliennes tous comme la communauté internationale ont pris à la légère ce mouvement qui s’érige aujourd’hui en une force qu’il faut prendre au sérieux.

En effet la naissance de ce mouvement n’est que la conséquence logique des bombardements de l’OTAN sur la Libye qui ont finis par mettre fin au régime du guide libyen Kadhafi qui a été un acteur important dans le maintien de la paix dans les pays qui compose le Sahel .La chute du régime de Kadhafi a permis à plusieurs groupes de s’emparer d’armes lourdes ,groupes parmi lesquels des Touaregs qui avaient combattu a Sebha au côté de l’armée libyen et l’un des chefs de ces groupes Touaregs Mohammed Ag Najem colonel dans l’armée libyen est rentré au Mali pour lancer la plus grand rébellion armée touareg que le Mali n’a jamais connu.

Il faut cependant souligner que les responsabilités liés au déclanchement de cette rébellion sont partagées entre plusieurs acteurs .D’abord il s’agit de dégager la responsabilité des puissances impérialistes qui ont menés cette guerre contre Kadhafi sans mesurer les conséquences pour les pays voisins de la Libye ,il y a aussi la responsabilité du CNT qui a aveuglement mené sa révolution sans sécuriser les frontières ,Kadhafi est également responsable pour avoir permis le pillage des dépôts d’armes ,il y a aussi la responsabilité du Niger et de l’Algérie qui ont laissés ces rebelles passés par leurs frontières car le Mali ne fait pas frontière avec la Libye ,et enfin la responsabilité des autorités maliennes à la tête desquelles le président Toumani Touré qui a fait preuve de naïveté en laissant des hommes lourdement armé rentrer dans le territoire malien .ATT aurait dû faire comme le président Nigérien ,désarmer les rapatriés de la Libye avant de les laisser franchir les frontières. ATT est aujourd’hui en train de payer le prix de ces passivités dans la sécurisation de son pays mais aussi des pays voisins notamment dans la gestion des menaces terroristes des islamistes d’AQMI, des rebellions touareg ,et des trafiquants de drogue.

Sur le terrain le Mali a face lui un MNLA différent des autres mouvements de rébellion ,d’abord de par sa puissance militaires mais aussi de par ses revendications qui ne se limitent plus cette si fois si à l’insertion des populations du nord ou à des questions d’emplois ou économiques, mais l’autonomie totale de la région de l’Azawad avec la création d’un nouvel État pour les Touaregs comme promis par la puissance coloniale française depuis la pénétration coloniale .Le massacre d’Aguelhok ,la prise du camp militaire d’Amachach et toute la ville de Tessalit, Libération de la Ville de Goudam (Région de Tinbouctou),contrôle d’un Camp d’Entraînement de la milice militaire malienne à Soudere-Gourma,…le MNLA contrôle désormais plus 1/3 du territoire maliene et envisage de prendre le contrôle de Kidal ,Ménaka et Tombouctou pour avoir un contrôle effective sur l’Azawad dont il réclame .Ce qui est dramatique c’est que l’armée malienne est incapable de bloquer cette marche vers la séparation mettant ainsi en cause la souveraineté de l’État malien qui est à la limite ridiculiser par les fuites de son armée ,par des morts et prise d’otage au sein de cette armée.

Soutenu par le mouvement islamiste touareg Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali et AQMI(Al-Qaïda au Maghreb Islamique),le MNLA est plus que jamais en position de force et contraint les autorités maliennes à la négociation. Il est évident que avec toutes ces villes prises par le MNLA ,les otages et les morts dans le rang de l’armée malienne ,les soutiens internes et externes dont bénéficie le MNLA ,les milliers de maliens ayant fuient les combats et refugiés dans des camps au Niger ,au Burkina Faso ,en Mauritanie et en Algérie, et avec l’approche des élections ,le président malien est aujourd’hui obligé de négocier avec les rebelles. Mais la grande question qui se pose est négocier sur laquelle base car les autorités maliennes insistent sur le fait que la souveraineté du Mali n’est pas négociables alors même que c’est là que se trouve la principale revendication des rebelles.

ATT doit-il concéder la souveraineté de son pays à une force africaine pour mettre fin au MNLA ?

ATT doit-il négocier avec le MNLA sur une décentralisation plus poussée avec une réelle autonomie et insertion des populations du nord ?

ATT doit-il accepter la création de l’État touareg ?

ATT fait-il preuve de passivité exprès pour se maintenir au pouvoir ?

L’État touareg naitra-t-il un jour ?,les jours à venir nous édifierons d’avantage sur ces questions que beaucoup se posent aujourd’hui.

http://www.jeunessafricaine.blogspot.fr/search?updated-min=2012-01-01T00:00:00-08:00&updated-max=2013-01-01T00:00:00-08:00&max-results=12


5-2 Investig’Action : Ruée vers l’or au Mali. Qui accourt ?
Le sage grec Chilon disait : « Le feu éprouve l’or et l’or éprouve l’homme ». Le dernier documentaire d’Eric Pauporté, Mali d’or, confirme cette maxime.

Le cinéaste belge s’est rendu dans le pays d’Afrique de l’Ouest, sur le site minier de Morila. Investig’Action a rencontré Eric Pauporté.

Il nous explique comment les multinationales du secteur minier ont les mains libres pour exploiter l’or du Mali dans des conditions insupportables pour les populations locales et l’environnement. Il nous dévoile également le véritable rôle de la coopération dans les relations Nord-Sud

Le cinéaste Éric Pauporté se rend au Mali en 2005 en territoire Bambara.

Il y découvre une gigantesque mine d’or à ciel ouvert, la mine de Morila, exploitée par une filiale à capital partagé entre Randgold Resources et Anglogold Ashanti.

Aujourd’hui fermée, la mine Morila a laissé place à un paysage lunaire : « … La zone d’exploitation a été aujourd’hui laissée à l’abandon. La mine est devenue un immense trou avec à côté des terrils et un grand bassin de traitement des eaux usées. Autour de la mine des dizaines de maisons et des champs à l’abandon. Les gens qui se sont fait voler leurs terres ne les ont jamais récupérées. La compagnie minière avait un plan de fermeture et de réhabilitation du site. »

La mine de Morila est-elle un cas isolée ? Non.

Présentées par la banque mondiale, le FMI et le secteur privé comme des projets de développement pour les populations locales, les mines provoquent partout dans le monde les mêmes conséquences : la déstructuration des communautés, la spoliation, les pollutions et aussi bien sûr l’enrichissement des acteurs financeurs financiers de ces exploitations.

L’histoire ancienne du Mali est une histoire peu connue. Pouvez-vous nous en parler ?

Le Mali est historiquement riche en or et riche de son or. Cela remonte à la nuit des temps : l’or du Mali a été acheminé vers l’Égypte, Carthage, Rome, l’Europe, le Monde Arabe. Sur cette richesse furent bâties des sociétés élaborées qui sont les premières à avoir laissé des traces remarquables dans l’Histoire. C’est le cas de la région du Hodh, avec la ville d’Awdaghost, mais aussi de l’empire du Ghana, de l’empire Almoravide (empire berbère), puis de l’empire du Mali ou Mandé dés 1234 avec son fondateur, Sundjata Keita. Ce dernier créa un État fédéral avec une organisation élaborée qui comprenait un parlement, une armée très bien structurée, un système d’enseignement, un trésor public ainsi qu’une organisation de l’extraction et de la vente de l’or. Il développa aussi l’agriculture : coton, arachide. Ce fut aussi l’époque de grands centres urbains universitaires comme Tombouktou, Jenné ou Ségou.

Sundjata Keita eût d’illustres successeurs comme Boubakar II qui, deux siècles avant Christophe Colomb, lança deux expéditions maritimes pour découvrir l’Amérique.

À la fin du 19ème siècle, des grands hommes d’État comme Babemba, Amadou, Alibouri et Samory, ont eux aussi réussi à contenir les assauts des colons européens qui lorgnaient sur les richesses du Mali. Mais pour un temps seulement : en 1883, le Mali devint une colonie française. Durant cette période, les bases économiques de production ne changèrent pas fondamentalement mais la métropole contraint à l’exportation des produits et surexploita les ressources.

 

Quelle est l’histoire de la mine de Morilla sur laquelle vous avez enquêté ?

La mine s’installe en 1998 et commence à exploiter en novembre 2000. Une seule concession est exploitée, mais l’entreprise en possède huit autres dans la région. La mine devait avoir une durée de vie de treize ans, mais finalement, elle cessera ses activités huit ans après sa création, en 2009.

Cette mine est une conséquence du boom minier industriel qu’a connu le Mali. Dans les années 80, la Banque Mondiale force le pays à s’ouvrir aux investissements étrangers et à ne plus avoir de contrôle sur les flux financiers. Cette dérégulation permet l’arrivée massive de sociétés qui ont toute liberté pour s’installer et exploiter. La nouvelle législation leur permet de contrôler tous les aspects de la production : contrôle de l’exploitation de la mine, des produits chimiques et de l’exportation.

C’est pendant cette période que des belges obtiennent une concession d’exploration dans la zone qui allait devenir la mine Morila. En suivant les pistes traditionnelles des orpailleurs locaux, ils identifient une vaste mine avec des teneurs en or exceptionnelles : 900 g par tonnes de minerais ! L’étude d’Impact Environnement et Social (EIES) faite pour la compagnie confirme cette information.

 

Qui sont les différents acteurs de ce projet d’exploitation ?

Dans le contrat signé avec le gouvernement malien, l’exploitant supposé est Union Minière, compagnie belge qui exploite aussi au Congo. Mais à ce moment-là, Union Minière est nationalisée par Mobutu et la branche commerciale, UMICORE, s’en détache et s’installe à Washington.

Cette séparation est probablement la raison pour laquelle, l’exploitation de Morila passe dans les mains d’Angloglod Ashanti et de Randgold Resources à travers la filiale Morila SA. Angloglod et Randgold sont les branches spécialisées dans l’exploitation minière de deux consortiums financiers : Oppenheimer et Angloamerican.

Le premier est connu pour avoir le monopole de l’extraction de diamants et de l’or en Afrique du Sud. Le deuxième est une major du secteur minier. Etienne Davignon, célèbre figure de la vie politique et économique belge, fait partie de son conseil d’administration.

Étienne DAvignon est une des grosses fortunes de Belgique qui s’est d’abord bâtie avec la colonie au Congo. Il est impliqué dans l’assassinat de Lumumba et la mise en place de Mobutu. Il a participé à la création dans les années 70 du think tank « Groupe de Bilderberg » (pour la création d’une Europe libérale). Il est un des principaux acteurs du dossier Morila et a été à la tête d’Union Minière

Le contrat d’exploitation de la mine Morila porte sur l’or, mais Morila SA exploite aussi du nickel, des platinoïdes, de l’argent… Cela ne fait pas partie des contrats, mais ça fait partie du processus de spoliation dans le sans où l’épuration de l’or se fait en Afrique du sud.

Autre information intéressante : si Anglogold et Rangold ont certes créé Morila SA, c’est la Somadex, une entreprise sous-traitante, qui extraie l’or. Et la Somadex, c’est Bouygues….

 

Le groupe Bouygues n’est pas connu pour ses capacités techniques dans l’exploitation de l’or !

Ils ont toute la capacité qu’ils veulent quand il y a du fric derrière.

Que s’est-il passé avec les populations locales qui vivaient sur le territoire de la concession de Morila ?

Il y avait environ 20.000 personnes sur le territoire concerné. Ce sont des Bambaras qui vivaient et travaillaient ces terres, surtout des agriculteurs et des forgerons.

Entre 1.000 et 1.500 habitants furent directement déplacés mais en tout, 10.000 personnes qui dépendaient de cette zone pour l’agriculture ont perdu leur accès à ces terres. Ces populations n’ont pas été informées ni consultées d’une manière adéquate. Traditionnellement au Mali, la terre est un bien commun qui est géré par les sages, les notables du village. On ne peut donc normalement pas vendre la terre. Mais l’État a donné les droits d’exploitation à l’insu de la population. La compagnie a donc pu acheter des terres, le plus souvent à très bas prix : cinquante euros pour sept hectares. Aussi, l’entreprise avait promis septante emplois par villages. Au final, n’y en eut que trois ou quatre.

Parallèlement, à Domba, un village situé sur une des concessions minières à côté de Morila, la direction de la mine est venue interdire aux orpailleurs traditionnels d’exploiter l’or de surface. Alors que les gens exercent cette activité depuis la nuit des temps, à la pioche et qu’il existe actuellement, selon des estimations, 200,000 personnes qui vivent de l’orpaillage au Mali….

 

Autour de la mine, quelles sont les conséquences observables de cette exploitation sur l’environnement ?

Les problèmes de pollution sont en général liés à la surexploitation. En surface, les taux d’or présents dans les roches sont élevés. Mais en profondeur, ils le sont moins. C’est à ce moment-là qu’intervient l’exploitation minière industrielle qui utilise les produits chimiques. On peut donc dire que les problèmes de pollutions environnementaux sont liés à la surexploitation.

Un autre problème : l’eau. Il s’agit d’une zone où il y a beaucoup d’eau. Mais avec une extraction de quatre millions de tonnes de minerais par an et un brassage dans dix-sept millions de mètre cube d’eau dans lequel se déverse aussi sept tonnes de cyanure, l’accès à l’eau en général et à une eau saine en particulier est très compliqué pour les villageois. L’eau qui sert au traitement du minerai va dans la nappe phréatique. Elle est déversée d’abord dans un bassin de rétention qui fait environ quarante hectares mais qui ne possède aucun système de protection, pas de bâches. Par conséquent, les eaux usées peuvent s’infiltrer dans le sol. La compagnie minière prétend que le cyanure s’évapore. D’une part, ce n’est vrai qu’en surface, d’autre part, il s’évapore dans l’air qu’on respire. De plus, avec le système de cette mine, du cyanure s’infiltre quand-même dans le sol et donc dans les nappes phréatiques. Enfin, il y a aussi le problème de la pollution insidieuse à l’arsenic. En effet, j’ai vu des trains d’écoulement avec des traces de carbone et d’arsenic. Le minerai explosé lors du processus d’exploitation libère l’arsenic dans l’environnement.

 

Y a-t-il des impacts sur la santé des travailleurs ou des populations de l’utilisation des produits chimiques ? Et comment ces populations ont-elles réagi à cette situation ?

Oui, il y a eu de nombreux cas d’étourdissement qui ont provoqué des accidents souvent mortels. En effet, le cyanure est un anoxiant qui agit par asphyxie en se fixant sur le sang. Il aura fallu cinq ans pour que l’accumulation des intoxications inquiète les populations et que celles-ci fassent le lien entre leurs problèmes de santé et l’exploitation minière. En mai 2005, à Morila, un homme est mort devant la porte de la mine. Un de trop.

C’est à partir de là que les gens ont commencé à s’organiser. Le sentiment général était la colère. Une grève a commencé en juillet car les gens se rendaient compte qu’ils mouraient les uns après les autres.

Ensuite, il s’est avéré que ni les conditions de travail ni le système de prime n’étaient respectées. Et il y avait des problèmes avec les contrats des travailleurs : il y avait plus de 300 contrats falsifiés qui étaient en réalité des contrats d’essai, systématiquement photocopiés.

Les populations locales se sont senties trahies sur toute la ligne par les autorités du pays et par les autorités de la mine.

Mais maintenant que la mine est fermée, elles ne peuvent plus revendiquer leurs droits car elles n’ont plus personne à qui se plaindre : la SOMADEX a disparu et est devenue MARS, pour l’exploitation d’une autre mine. Il n’y a donc plus d’interlocuteur juridique.

 

Y a-t-il selon vous une dimension internationale à ce problème, un shcéma qui se répète ailleurs dans le monde ?

Toutes ces sociétés minières ont un siège dans un paradis juridique : le Canada. Et pour la circulation des flux financiers, ces compagnies ont des sièges dans les paradis fiscaux.

Le contrat minier imposé au Mali est calqué sur le code minier canadien. De plus, l’époque coloniale n’est pas loin avec la liquidation des opposants et la corruption. Quand il y a 890 grammes d’or qui disparaissent sur 900, on voit bien la marge que les grosses compagnies minières ont pour corrompre autour d’elles… Le fait est que nous sommes dans un système de dérégulation générale où l’État ne peut jouer aucun rôle de contrôle. Tout le contrôle se retrouve dans les mains des multinationales.

La coopération entre les pays du Nord et du Sud permet-elle d’améliorer la situation des peuples victimes de ce type d’exploitation ?

La présence de la coopération est directement liée à la présence des multinationales. La coopération, c’est la mission du capital. Au même titre que pendant les colonies on a envoyé l’église catholique, maintenant on envoie des coopérants. Ils jouent exactement le même rôle, mais avec des outils plus élaborés, plus sophistiqués.

Jean Bofane en parle bien dans son bouquin, Mathématiques congolaises : la coopération est le vecteur de rétribution d’un petit pourcentage des fruits de l’exploitation qui s’occupe de conditionner cette rétribution par des critères choisis, décidés en Occident.

La coopération, par l’argent, conditionne le fonctionnement politique de ces pays : les « démocraties » provoquées sont faites pour faire valoir l’incapacité humaine, politique et sociale du colonisé et pour imposer le savoir-faire occidental.

Investig’Action

Source :www.michelcollon.info



6 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net 

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme

6-1 Nord-Mali : comment éviter un nouvel "Afghanistan", au cœur du Sahel ?

Alors que les rebelles touaregs ont ouvert la porte à la domination du Nord-Mali par les groupes salafistes et terroristes du type Aqmi, Jeune Afrique tente d'analyser les pistes possibles de sortie de crise.

Une enquête à découvrir dans son édition n° 2676, en kiosques du 22 au 28 avril 2012.

Dans le nord du Mali, ce ne sont plus les rebelles touaregs, mais les islamistes qui ont pris le pouvoir. À Gao ou Tombouctou, les émirs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), les redoutables Mokhtar Belmokhtar, Abou Zeïd et Yahya Abou Hammam, se sont alliés aux combattants touaregs d'Ansar Eddine et se déplacent à leur guise. « Si la communauté internationale n'intervient pas vite, a prévenu le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz le 15 avril, tous les ingrédients sont là pour faire du Mali un Afghanistan ».

Depuis la fin du mois de mars, le Nord fait peur et les capitales de la sous-région vivent dans la hantise d'une infiltration terroriste. Enlèvements, attentats ou tir de missile contre un avion civil, tout est possible. Mais que faire ?

L'armée malienne est démotivée, désorganisée et sous-équipée. Les pays de la sous-région sont, à quelques rares exceptions près, réticents à intervenir militairement chez leur voisin en crise.

 

L'Algérie sur ses gardes

L'Algérie elle-même, qui serait la seule capable de faire peur aux nouveaux maîtres de Tombouctou, a dit qu'elle refusait d'opérer hors de ses frontières. Et pour l'instant, négocier paraît tout aussi compliqué, compte tenu de l'imbroglio politique à Bamako, depuis le putsch du 22 mars.

Peut-on encore sauver le Nord et éviter qu'un nouvel Afghanistan ne se constitue au cœur du Sahel ? C'est une enquête à lire dans Jeune Afrique n°2676.
Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Nord-Mali : comment éviter un nouvel "Afghanistan", au coeur du Sahel ? | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120422104916/algerie-mali-islamisme-terrorismenord-mali-comment-eviter-un-nouvel-afghanistan-au-coeur-du-sahel.html

17 avril 2012



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

7-1 Amy Goodman :Mali, un pays pris dans un jeu d’échec.

Devant la difficulté croissante d’obtenir des informations sur ce qui se passe réellement au Mali, il nous parait primordial de donner la parole aux vrais connaisseurs de la situation. Dans une interview accordée au programme Democracy Now ! Firoze Manji explique dans les grandes lignes la réalité malienne. Firoze Manji anime le site Pambazuka News qui traite de la justice sociale en Afrique. Ex-directeur d’Amnesty International en Afrique, il vient de publier, en anglais, le livre 'Un livre : Le réveil Africain : les révolutions émergentes.'

Quelques extraits de cette interview :

 

Amy Goodman : Pouvez-vous nous parler de la signification des propos du Président Malien lorsqu’il dit qu’il démissionne, et quel est l’enjeu derrière tout cela ?

 

Firoze Manji : Je ne pense pas que cela soit aussi dramatique qu’on veut nous faire croire. Même si le coup d’état n’avait pas eu lieu, il était obligé de se retirer en avril de toute manière. Je ne pense pas qu’il avait beaucoup de choix. Cela faisait probablement partie des négociations avec les officiers militaires qui se sont emparés du pouvoir. Et donc, je n’attacherais pas une grande importance à cela.

Je pense que ce qui est plus sérieux, ce sont les menaces venant des communautés économiques pour l’Occident – ou les Etats Africains Occidentaux, la CEDEAO – qui menacent d’entrer militairement au Mali. Et s’ils le font, cela pourrait causer une situation tragique.

Je pense que ce que nous avons au Mali est une situation très complexe. Vous avez, d’un côté, des officiers de rang moyen démobilisés, qui n’ont pas d’objectifs ou de plan précis de ce qu’ils veulent. On sait qu’ils sont démoralisés par la défaite qu’ils ont essuyée lors du Mouvement National pour la libération des Azawad, que les gens appellent communément Touaregs. Et ils ont actuellement pris la moitié du territoire du Mali. Mais cela est une partie de leur territoire traditionnel. Et ils ont maintenant organisé un cessez-le-feu. Ils ont occupé le territoire. Ils ont gagné ce qu’ils voulaient.

Cependant, la situation est beaucoup plus compliquée, à cause de mouvements comme Al Qaida au Maghreb, AQMI, qui ont été les porteurs de toutes sortes d’activités terroristes – et le porte parole des Nations Unies prétend que c’est le mouvement Azawad qui a perpétué toutes ces attaques terroristes. La réalité est bien différente. Selon des fuites récentes de WikiLeaks, le gouvernement malien a été très proche d’AQMI, dans le but de miner les efforts du peuple Azawad dans leur lutte pour l’indépendance.

 

Amy Goodman : - Pouvez-vous expliquer comment la Lybie et la chute de Kadhafi entre en ligne de compte et parler de qui sont les rebelles touaregs – pour certains, c’est la première fois dont ils en entendent parler.

Firoze Manji : Oui, Et bien, il y a eu beaucoup d’articles dans les médias, de publications, faisant allusion au fait que Kadhafi était membre de cette rébellion en particulier. Mais en réalité, ce mouvement a été organisé depuis un certain temps. Il y a certainement de nombreuses personnes que Kadhafi a entrainées dans son armée qui est issue de la population appelée Touareg. Et beaucoup d’entre eux sont retournés dans le mouvement après l’effondrement de la Libye. La moitié d’entre eux a certainement rejoint la rébellion touarègue, mais l’autre moitié est en fait à Bamako, la capitale du Mali, et a rejoint l’armée malienne, en prétendant être Maliens. Donc, il n’est pas très clair que ceux qui viennent de Lybie font désormais partie du mouvement de libération nationale.

 

En ce qui concerne les Touaregs, ce sont des gens qui ont occupé de larges régions d’Afrique. Ils se situent au Maroc, en Mauritanie, au Burkina Faso. Ce que nous devons comprendre, c’est que ce sont des bergers de bétail. Ce sont des gens qui sont nomades traditionnellement, qui bougent, et qui ont été incorporés au Mali à cause du gouvernement colonial français, qui a tout simplement divisé le territoire en fonction des ressources qu’il voulait exploiter. Et il faut se rappeler que le Mali a de très bonnes sources d’or, aussi bien que de gaz et de pétrole.

 

Donc, les Touaregs sont reliés à une grande communauté de gens qui s’étend du Nord de l’Afrique à beaucoup d’autres parties d’Afrique de l’Ouest. Ils demandent à avoir leur propre Etat, ce qui n’est pas déraisonnable, et ils sont nombreux à essayer de former un mouvement pour libérer leur territoire. La communauté internationale à renié leurs attentes. Ils ont été reniés par le gouvernement français. Dans les faits, les Etats-Unis ont une présence militaire dans cette zone, appelée AFRICOM. Et il n’y a pas doute qu’ils sont actifs pour empêcher les agissements du mouvement de libération nationale, le mouvement des Azawed, pour les empêcher d’atteindre une quelconque forme d’indépendance.

 

Amy Goodman : Quelle est la relation entre la formation américaine AFRICOM et la formation africaine, le CEDEAO, les nations africaines, et l’organisation des Etats d’Afrique de l’Ouest ?

Firoze Manji : Officiellement, aucun des pays africains, à part le Libéria, et plus récemment, la Libye, ont officiellement accepté la présence de AFRICOM et de la présence militaire en Afrique. Bien que les positions officielles soient ainsi, en pratique, AFRICOM a été présente dans cette région depuis de nombreuses années. Ils ont certainement été actifs en Algérie, au nord du Mali, et ils ont certainement une présence dans d’autres pays africains. Imaginez que les troupes kenyanes occupent une partie des Etats Unis, je ne pense pas que la population américaine sera contente. Et je pense que la population africaine a la même réponse : elle refuse la présence de troupes étrangères sur son territoire.

 

Amy Goodman : Et comment le Mali entre-t-il en ligne de compte dans ce qui se passé au Sénégal ?

Firoze Manji : L’ex-président du Sénégal, Abdoulaye Wade, a tenté de changer la constitution pour la 16ème fois pour s’assurer de remporter les élections avec plus de 25 pourcent des votes. Et les jeunes gens sont sortis dans les rues, et il y a eu de nombreuses manifestations. Ces protestations ont mené à une situation où un changement de la constitution n’était tout simplement pas possible. Et c’est ce qui a mis en place un bon contexte pour des élections réussies au Sénégal, ce qui a mené à la tête de la présidence Macky Sall. Et donc, c’est une immense victoire.

Mais je pense que c’est une partie d’un phénomène plus large, qui est en train de passer à travers le continent, qui vient du fait que les trente dernières années, notre peuple a perdu tous les gains de l’indépendance. Les Africains ont été habitués à avoir des soins de santé gratuits, une éducation gratuite, l’accès à l’eau, leurs propres infrastructures de télécommunication et de communication. Toutes ces choses gagnées avec l’indépendance ont été perdues, et cela à cause de l’application de ce que j’appelle les politiques néolibérales, qui ont été imposés à de nombreux pays africains par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.

Et donc, nous avons une situation dans la plupart de l’Afrique où les règles sont souvent non respectées par les sociétés multinationales. Et je pense qu’il y a un mécontentement grandissant du fait que les gens sentent qu’ils n’ont pas les moyens de déterminer leur propre destinée. Et donc, l’autodétermination est devenue un dynamisme vital à travers le continent. Et je pense que la montée du Mouvement National pour la libération des Azawad, que les gens appellent les Touaregs, cela fait partie du même processus de sentiment de perte d’autodétermination.

 Amy Goodman

18 avril 2012

Traduit de l’anglais par Fatma Kassoul pour Investig'Action michelcollon.info

Source : Democracynow 


7-2 Salima Tlemçani : De l’autre côté de l’oued, les réfugiés maliens livrés à la misère.
De l’autre côté de l’oued Tin Zaouatine, des dizaines de tentes, faites d’étoffe rafistolée, abritent près de 200 fmilles, en majorité des nomades.

Cela fait presque trois mois que celles-ci ont fui les violences à Kidal, Ménaka et Aguelhoc. Beaucoup d’entre elles se trouvaient dans les zones que l’aviation militaire malienne a bombardées, après les premières attaques menées par les combattants du Mouvement national pour la libération de l’Azawad. Elles comptent parmi elles de nombreuses victimes. «Nous étions en train de faire paître nos chèvres, lorsque les avions ont commencé à larguer des bombes. Nous ne savions pas quoi faire. Fallait-il sauver nos femmes et nos enfants qui étaient sous les tentes, ou faire évacuer nos troupeaux qui sont nos seules ressources ?
Nous avons vécu l’horreur. Mon voisin et cousin a perdu deux de ses enfants, et un autre nomade a vu sa femme se faire déchiqueter. Nous avons pris la décision de quitter les lieux, parce que les avions n’ont pas cessé de faire des allers-retours. Nous nous sommes rapprochés de la frontière algérienne avec comme bagages uniquement nos vêtements et quelques chèvres ayant échappé au massacre», raconte Mohamed Ag Issa. Il est père de six enfants, tous en bas âge. A moitié nus, quelques-uns accourent vers nous, dans l’espoir d’arracher un morceau de pain ou uniquement une bouteille d’eau.
Fièvre
  «Nous manquons de tout. Nos enfants mangent rarement et se suffisent de quelques tasses de lait de chèvre que nous partageons avec nos voisins», souligne Akli qui a à sa charge une famille de douze membres, qu’il peine à nourrir. «Nous n’avons ni de quoi manger ni de l’argent pour traverser et acheter de la nourriture. La majorité des enfants sont atteints de maladies liées au manque d’hygiène. Affaiblis, leurs corps ne peuvent plus se défendre. Nous ne pouvons plus retourner chez nous de peur d’une éventuelle reprise des combats dans nos régions», lance Ahmed. Il nous emmène dans le camp qui fait face. Une maman tient un de ses enfants dans les bras et semble très préoccupée.
«Cela fait trois jours qu’il a de la fièvre et je n’ai pas de quoi le soigner  ou l’emmener chez le médecin. C’est à peine si je peux trouver de quoi nourrir ses autres frères et sœurs», nous dit-elle d’une voix nouée. A peine 4 ans, son fils ne cesse de pleurer. Il transpire très fort. C’est le cas d’un autre enfant un peu plus âgé. «Il a dû manger quelque chose qu’il n’a pas supporté. Il a une forte diarrhée et des douleurs au ventre. Je lui ai donné quelques herbes, mais il ne s’est pas rétabli», précise son père. D’autres familles vivent dans les mêmes conditions de pauvreté extrême. Elles se bousculent pour venir nous parler, en pensant que nous faisions partie d’une mission humanitaire.
«Le monde nous a abandonnés à notre misère. Nous avons choisi d’être sur la bande frontalière, parce que nous ne voulons pas nous exiler en Algérie. Nous restons sur notre territoire en espérant que le monde nous prête un peu plus d’attention. Les grandes chaleurs arrivent et nous n’avons même pas de quoi soigner ou nourrir nos enfants», crie une femme, mère de cinq enfants. Elle exhibe les deux jambes de son fils et ses deux bras recouverts de boutons, dont plusieurs totalement infectés.
Une autre femme nous montre les yeux de sa petite-fille recouverts d’une substance jaunâtre.
«Cela fait deux jours qu’elle n’arrive pas à les ouvrir. Elle a très mal. Je lui ai mis du khôl. En vain. Sa sœur souffre de la même maladie et je crois que c’est elle qui l’a contaminée. Nous n’avons ni médecin
ni médicaments pour soigner nos enfants. Faites quelque chose pour eux. Ils ne méritent pas toutes ces souffrances. Nous aurions aimé retourner sur nos terres, mais la situation ne le permet pas pour l’instant», déclare-t-elle, avant qu’elle ne s’arrête pour nous montrer une file de poids lourds qui passe à toute vitesse. «Regardez, ces camions passent quotidiennement de nuit comme de jour, pour aller livrer la marchandise et le carburants aux trafiquants. La quantité laissée ici est vendue à des prix exorbitants, précise t-elle. Personne ne peut se permettre d’acheter même un kilogramme de riz.»
Salima Tlemçani
http://www.elwatan.com/international/de-l-autre-cote-de-l-oued-les-refugies-maliens-livres-a-la-misere-27-04-2012-168425_112.php


7-3 Mountaga : LE MALI, VICTIME DU POISON DÉMOCRATIQUE

Si l’impérialisme occidental voulait détruire les nouveaux États africains, il a en partie réussi son coup. Grâce au poison très efficace qu’est la « démocratie ».

Un concept aussi abstrait que flou qui, au lieu de favoriser l’égalité ou le mérite, n’a fait qu’accentuer la division et la corruption dans des sociétés déjà gangrénées par des clivages ethniques ou de castes. Pour m’en limiter au Mali, beaucoup de mes compatriotes s’accordent pour dire que la « démocratie » a carrément tué ce pays, en y consacrant la MORT DE TOUTE FORME D’AUTORITÉ, favorisant l’effritement du tissu social et brouillant les repères grâce auxquels fonctionnait cette société. Et surtout, en y instaurant une AUTRE FORME DE DICTATURE : celle du GAIN MAL ACQUIS.

On assiste à l’émergence d’un OSTENTATOIRE EGOÏSME, aussi féroce que destructeur. Si bien que le VÉRITABLE DANGER qui guette le Mali n’est pas la menace de partition brandie par les rebelles touaregs ou l’intégrisme brandi par les islamistes, mais celle d’une EXPLOSION SOCIALE pouvant prendre des formes variées, toutes aussi tragiques.

LES RAVAGES D’UNE DÉMOCRATIE COCA-COLA

Comme le rappelait NYERERE, la démocratie doit se faire conformément à l’histoire, à la culture et au niveau de développement d’un pays et ne peut se concevoir « comme une BOUTEILLE DE COCA-COLA que chacun est obligé de boire. » En fait de bouteille de coca-cola, il aurait dû parler de CIGÜE, ce poison que le philosophe grec Socrate fut condamné à boire pour succomber. C’est cela qui est arrivé au Mali, face aux diktats des institutions de Bretton Woods, faisant de la « démocratie », présentée comme la voie toute indiquée pour le « développement », une condition pour leur aide financière. Et depuis, ce pays a amorcé une pente dangereuse, au point que certains en arrivent à regretter le temps de la dictature militaire du Général Moussa Traoré qui, à l’époque, avait justement pressenti en cette démocratie imposée une « CAMISOLE DE FORCE » que le Mali n’était pas prêt à porter.

Le problème réside en réalité au niveau de la FORME que cette « démocratie » a prise chez nous. Au lieu d’une « démocratie sociale » qui aurait véritablement soulagé les populations, on s’est retrouvé parachuté, sans aucune préparation, dans l’une des PIRES FORMES DE GOUVERNANCE. Un succédané de « démocratie libérale » ou DÉMOCRATIE DE MARCHÉ s’inspirant du LIBÉRALISME SAUVAGE qui fait tant de ravage dans certains pays occidentaux, pourtant culturellement  mieux aguerris que nous sur la question. Et le DOGME s’est très vite enraciné chez nous que c’est cela LA « DÉMOCRATIE », dans le meilleur des mondes. La panacée !

Mal inspirés ou opportunistes, nos intellos, naguère zélateurs du parti unique UDPM, ont tôt fait de tourner casaque, adoptant des procédures et des institutions (des coquilles vides) et des mœurs nouvelles pour faire avaler aux populations cette dangereuse mixture. Avec à la clé une FLORAISON DE PARTIS POLITIQUES en proie à l’ERRANCE IDÉOLOGIQUE, n’ayant comme seul objectif que la prise du pouvoir pour accéder aux richesses nationales. D’où des formations à base régionaliste, avec la rapide émergence d’une BOURGEOISIE COMPRADORE faite de nouveaux riches qui ont saigné le pays à blanc, notamment par le truchement des privatisations massives des entreprises publiques, l’attribution de marchés de gré à gré, la spéculation foncière, etc.. Le DÉTOURNEMENT DES RICHESSES NATIONALES se faisant avec la complicité de leurs PARTENAIRES OCCIDENTAUX, prêts à tout pour CAUTIONNER ces FORFAITURES à travers leurs médias, fermant les yeux sur les FRAUDES ÉLECTORALES MASSIVES. Ainsi, l’AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT, ayant servi d’objet de chantage pour l’instauration de la « démocratie », retourne en partie dans les pays occidentaux, par le truchement de cette IMPOSTURE.

 

LES FILS À PAPA DE LA DEUXIÈME GÉNÉRATION

Après avoir été victime des gabegies de la première vague, le Mali ploie maintenant sous le poids d’une nouvelle génération de « démocrates » compradors, plus résolus que jamais à faire mieux que leurs pères dans le banditisme politique et l’enrichissement illicite, via le démantèlement du patrimoine national. Ayant grimpé l’échelle sociale avec le nom, le réseau et les ressources de leurs pères retraités, ils veulent en imposer aux autres, brandissant souvent des titres fictifs prétendument obtenus en Occident. Au fond, leur devise est la suivante : « J’ai préséance sur les autres, du fait de l’héritage politique de mon père. » Pour ne pas dire : « Mon mérite est que mon père a su mieux se prostituer que vos pères. » ou « Je sais mieux me vendre que vous ne pouvez le faire ».

Ils savent effectivement bien se vendre, puisqu’ils ont compris qu’il faut passer par des BLANCS et leurs réseaux pour s’imposer dans son propre pays. Pour cela, ils accepteraient volontiers de devenir FRANCS-MAÇONS ou autres sectaires, pourvu que cela les mène au sommet…

À suivre

Mountaga Fané Kantéka

mountaga40@hotmail.com

Tél: 223 76 69 24 47

http://www.kanteka.blogspot.com/


Les commentaires sont fermés.