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11/08/2011

n°9 - Syrie : Géopolitique et stratégie - 10.8 :- Syrie et la 'Vicissitudes et réalités' du « Printemps arabe ».


n°9  - Syrie : Géopolitique et stratégie - 10.8 :- Syrie et la 'Vicissitudes et réalités' du « Printemps arabe ».


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources.



Syrie : Géopolitique et stratégie

 

n°9                              10-08       C.De broeder & M.Lemaire



Le "Dossier deSyrie" est  visible :

a) sur nos blogs :

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.


Tiré à part

Kalashnikov: L’Occident fournit des armes aux groupes terroristes en Syrie.

La Syrie n'abandonnera pas la chasse aux groupes terroristes et poursuit ses réformes.

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Ivashov : La Syrie est confrontée à une campagne de vaste envergure visant sa politique indépendante et son soutien à la résistance.

1-2 Léon Camus : Libye, Syrie : un projet géopolitique qui ne se comprend que sur la longue durée...

2 Annexe

2-1 Louis Denghien : les monarchies du Golfe au secours de la liberté !

2-2 Pierre PICCININ :Syrie et la 'Vicissitudes et réalités' du « Printemps arabe ».

2-3 Maurizio Matteuzzi : Guerres étasuniennes : le coût.



Tiré à part

Kalashnikov: L’Occident fournit des armes aux groupes terroristes en Syrie

Le premier vice président de la commission des relations internationales au conseil russe de la Douma, Leonid Kalashnikov, a accusé l'Occident d’exercer contre la Syrie une politique agressive, notamment en offrant  aux groupes terroristes, armes et munitions, sans compter un appui logistique dans certaines villes rurales syriennes, et ceci, pour empêcher la Syrie d'assumer son rôle clé dans la région.

Dans une déclaration à l'agence Sana, Kalashnikov a fustigé l'ingérence étrangère dans les affaires syriennes dénonçant  la politique de deux poids, deux mesures, adoptée à l'égard de la Syrie. Il a assuré qu'aucun changement dans la position de la Russie vis-à-vis des événements en Syrie n’est envisageable.

Kalashnikov a, condamné l'attitude des pays occidentaux qui accusent les autorités syriennes de violer les droits de l'homme, ignorant les faits qui prouvent que ce sont les groupes terroristes qui violent les droits de l'homme en tuant les civils et les militaires et en coupant les routes.

Il a affirmé, dans ce contexte qu'aucun pays dans le monde n'acceptera de rester les bras croisés devant des actes criminels qui menacent la sécurité de ses citoyens.

Pour sa part, le président de l'association russe pour l'amitié et la coopération avec les pays arabes, Vyacheslav Matuzov,  a réitéré le refus de Moscou à toute forme d'ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Syrie.

Dans une interview à la TV syrienne, Matuzov a affirmé que la position russe est stable et inchangeable à l'égard de la Syrie, car elle reflète les intérêts patriotiques russes, selon ses termes.

Matuzov a aussi indiqué que la Russie s'oppose à toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Syrie.

Matuzov a expliqué que le ministère russe des AE, a publié un communiqué   après l'adoption par le Conseil de sécurité du communiqué présidentiel contre la Syrie et dans lequel, il a  indiqué que Moscou se tiendra aux côtés de la la Syrie, soulignant  que le plus important point dans ce communiqué est l'appel aux pays étrangers de ne plus s'ingérer dans les affaires intérieures de al Syrie, et telle est la position réelle de la Russie amie de la Syrie.

Source: Agences

 

La Syrie n'abandonnera pas la chasse aux groupes terroristes et poursuit ses réformes.

Le président syrien Bachar al- Assad a déclaré mardi au ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, que "nous n'abandonnerons pas la chasse aux groupes terroristes armés", selon l'agence de presse officielle SANA.

M. Assad a informé M. Davutoglu de la situation en Syrie et des actes des groupes armés qui ont terrorisé la population et tué des civils ainsi que des forces du gouvernement. Il a souligné que la Syrie est déterminée à poursuivre le processus de réforme et est ouverte à toute aide.

Pour sa part, M. Davutoglu a souligné qu'il ne transmettait " aucun message de personne" mais qu'il exprimait la volonté de son pays de voir la stabilité et la sécurité se rétablir en Syrie.

Il a réitéré que la Syrie de Bachar al-Assad deviendra un noyau dans le monde arabe après la mise en place des réformes adoptées par le leadership syrien, ajoutant que la stabilité de la Syrie est essentielle pour la stabilité de la région.

M. Davutoglu est arrivé plus tôt dans la journée pour discuter avec les officiels syriens de la crise qui a éclaté dans le pays à la mi-mars et et des moyens pour mettre un terme aux violences contre les manifestants.

Washington a déclaré avoir demandé au ministre turc de dire au leader syrien de retirer ses unités armées de leurs baraquements immédiatement.

Avant cette visite, la Turquie avait fait savoir qu'elle envoyait son ministre des Affaires étrangères avec un message " ferme" pour Damas de cesser son opération militaire.

 Xinhua

2011-08-10 08:47:08  
http://french.cri.cn/781/2011/08/10/302s250631.htm



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Ivashov : La Syrie est confrontée à une campagne de vaste envergure visant sa politique indépendante et son soutien à la résistance.

Le général, Leonid Ivashov, président de l'Académie russe des sciences géopolitiques, a indiqué que ce qui se passe en Syrie est une campagne de forte et vaste envergure exécutée par le Mossad et les pays d'Occident, en particulier les Etats-Unis et la France, dans le but de la démembrer en raison de sa politique indépendante, de son soutien à la résistance contre Israël et de ses relations étroites avec l'Iran.

Dans une interview accordée au correspondant de SANA à Moscou, le général Ivashov a ajouté que l'Occident vise aussi la Syrie pour son position distinguée dans le monde arabe.

Les Etats-Unis exécute actuellement la 3ème étape de son plan de déstabiliser la Syrie consistant à faire passer le cours d'événement du stade politique à celui de combat au moyen des actes de sabotage et de l'effusion du sang dans l'ensemble du pays, estime le général, ajoutant que la 2ème étape du plan vise à provoquer une confrontation armée avec les forces de l'armée et de l'ordre, alors que la 1ère étape avait focalisé sur le financement et l'armement des groupes armés, en plus du lancement d'une campagne médiatique de tromperie.

Dans ce sens, le général Ivashov a critiqué la guerre médiatique et psychologique déclenchée par nombre de mass médias et de chaînes satellitaires contre la Syrie en vue de provoquer le chaos et la panique parmi les Syriens, saluant dans ce sens l'information syrienne qui fait face à ces armes médiatiques et démasque leurs mensonges.

Le général Ivashov a exprimé sa confiance que la Syrie sortirait de cette crise plus forte grâce aux initiatives adoptées par le président Bachar al-Assad et qui verse dans l'intérêt de la société syrienne, soulignant qu'elle va mettre fin aux actes terroristes et de sabotage soutenus par le Mossad et les services occidentaux de renseignement.

Le général Ivashov a fait savoir que les Etats-Unis avaient organisé dans l'un des pays voisins de la Syrie des sessions de formation pour les opposants syriens pour exécuter des actes terroristes et de sabotage en Syrie.

Dans le même contexte, et un article analytique sur la conjoncture en Syrie, publié par le quotidien serbe Novi Standard, le général Ivashov, a souligné que résistance aux pressions et aux ingérences étrangères est pour la Syrie la seule sortie de la conjoncture en cours.

Le général Ivashov a indiqué que la Syrie suit une politique extérieure et intérieure indépendante basée sur les fondements de l'unité nationale, sociale et politique de la société syrienne.

Il a fait noter que les Etats-Unis exploitaient dans leur bataille contre les pays qu'ils considèrent comme ennemis tous les moyens dont la technologie révolutionnaire et la force militaire et que

Le général Ivashov a évoqué aussi le rôle des mass médias hostiles à la Syrie qui faisaient apparaître les actes criminels commis en Syrie comme étant de la protestation contre le régime.

Il a souligné que la déclaration de la direction de la Syrie sur la mise au point d'un plan complémentaire de réforme dans le pays va dépasser toutes les revendications de l'opposition.

Sur un autre plan, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, M. Mikhaïl Bogdanov, a insisté de nouveau sur la position de son pays rejetant l'ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Syrie, estimant que le procédé le plus important pour régler les problèmes intérieurs est le dialogue national via les réformes dans les différents domaines.

Dans une interview télévisée, M. Bogdanov a souligné que son pays soutenait les efforts déployés par la Syrie pour poursuivre le dialogue national, émettant l'espoir que ce dialogue aboutira, d'autant que la direction syrienne avait adopté nombre de programmes et de plans de réforme qui doivent être exécutés d'une manière active et rapide.

Passant à la conjoncture dans les territoires palestiniens occupés, M. Bogdanov a commencé par insisté que la cause palestinienne reste la cause centrale du monde arabe et du Moyen-Orient, affirmant que son pays soutient l'établissement d'un Etat palestinien indépendant.

Et au sujet de la situation en Libye, M. Bogdanov a rappelé la position de son pays appelant dès le début à un arrêt immédiat des opérations militaires, estimant que les opérations militaires et le bombardement aérien par l'OTAN augmentent la souffrance du peuple libyen et font nombre de victimes parmi les Libyens.

30 Juil 2011

http://www.sana.sy/fra/55/2011/07/30/361327.htm


1-2 Léon Camus : Libye, Syrie : un projet géopolitique qui ne se comprend que sur la longue durée...

Ou le calendrier des guerres programmées…

Pourquoi la France, cette malheureuse est-elle embarquée militairement en Libye et diplomatiquement en Syrie dans d’infernales galères prétendument au service des droits humains ?

Car est-ce bien là le fond de la question ?

Un doute raisonnable est en effet permis en ce domaine.
Chacun peut constater avec quelle fougue Paris enfourche ces temps-ci le blanc destrier des indignations vertueuses contre des hommes avec lesquels Paris avait affiché hier d’éclatantes réconciliations. D’abord avec Bachar el Assad, le maudit accusé d’avoir commandité le meurtre de Rafic Hariri en 2005, cet ex Premier ministre libanais et grand ami de l’ex président Chirac. Les accusations ayant fait long feu, certains témoins ayant été convaincus de mensonges et d’affabulations, il a bien fallu se résoudre à désigner un autre coupable politiquement incorrect, en l’occurrence le Hezbollah, le « Parti de Dieu »… accessoirement acteur fondamental de la vie publique libanaise.
Bachar le paria revenu temporairement en grâce, assiste au défilé du 14 juillet 2008, en compagnie il est vrai d’une cinquantaine de chefs d’État invités pour une grand messe euroméditerranéenne.

Le 28 mars précédent Bachar el-Assad recevait à Damas le libyen Mouammar Kadhafi qui de son côté avait décliné l’invitation du président Sarkozy, lui ayant opposé une verte fin de non-recevoir au motif que l’« idée » même d’une Union pour la Méditerranée n’était à ses yeux qu’un « appât » et pour tout dire « une sorte d’humiliation » : « Nous ne sommes ni affamés, ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os » ! Ce mauvais état d’esprit n’était peut-être pas si sot que cela comme l’avenir le prouvera ? Pourtant à la mi décembre 2007, le bouillant Colonel allait être reçu à Paris, mais en invité d’honneur cette fois et en grande pompe… jusqu’à être autorisé de planter sa tente bédouine sur la pelouse de l’Hôtel Marigny afin que le Guide de la Jamahiriya libyenne puisse y recevoir ses invités « conformément à la tradition du désert, qu’il respecte à la lettre ». Ah mais ! Paris valait bien une messe et le premier client miraculeux décidé à acquérir une poignée de Rafales (invendables) valait bien d’avaler quelques couleuvres voire des anacondas ! Oubliés les infirmières bulgares et tant d’autres sujets mineurs de fâcheries (le malheureux vol d’UTA ?)...
Autre temps, autres mœurs, les deux hommes hier salués pour leur retour d’enfants prodigues dans le giron démocratique de la Communauté des croyants dans les insignes vertus du libre Marché - à l’instar du libre renard dans le libre poulailler – sont aujourd’hui les bêtes noires de la communauté internationale réduite aux acquêts : É-U + UE (France, Royaume-Uni, l’Italie en proie à la vindicte de ses Marchands de Venise, ses Shylock intimes, ayant fait piteuse défection) + Israël, 28e États de l’UE et 51e état de l’Union américaine... Une belle brochette parlant haut et fort au nom de la planète entière. À ceci prêt que si Russie et Chine se sont, volens nolens, laissées forcer la main en votant la Résolution 1973 relative à la protection des civils dans la Libye en guerre civile, chacun sait que réitérer la même manœuvre – et nul ne s’y risque – au détriment de la Syrie se verrait immédiatement sanctionné au Conseil de Sécurité par un veto catégorique des deux membres permanents précités (sur cinq : É-U, France, GB).
En Libye l’échec de l’Otan devient chaque jour de plus en plus patent, les arsenaux sont vides et il ne suffit plus (en dépit d’une guerre des communiqués triomphalistes), aux « oppositions » (les tribus et le lumpenprolétariat islamiste de la Cyrénaïque en rébellion contre à l’État central et la Tripolitaine) de recevoir in situ les exhortations enflammées du triste sire BH Lévy, lequel tisse l’étoffe de sa médiocre gloire parisianiste avec la vie des autres ! Mais faire couler des flots de sang dans des guerres atroces (Yougoslavie, Irak, Soudan…) n’a jamais vraiment perturbé nos petits marquis si joliment autoproclamés « nouveaux philosophes » ! En vérité mieux vaudrait les nommer brandons de discorde à l’instar du mauvais dieu Loki, des gens dont la science infuse se réduit à manier le verbe comme un fouet pour faire se battre les montagnes… Revenons aux dissidents libyens armés et désormais encadrés par les forces spéciales de l’Otan (R-U et France rappelons-le exclusivement), mais qui marquent désespérément le pas, et ce malgré les roulements de tambours de la grande presse qui ne manque pas une occasion d’exalter leur bravoure et de stigmatiser les exactions réelles et supposées des forces loyalistes.
Ne parlons pas plus du décompte macabre des morts dans les manifestations qui se succèdent en Syrie comme vagues sur la grève… Or nous avons connu cette même presse plus fine bouche lorsque l’aviation de Tsahal bombardait en 2006 les infrastructures et la population libanaises, lorsque les israéliens en guise d’adieu disséminèrent des centaines de milliers de micro mines au moyen de bombes à fragmentation sur le Sud Liban ou encore lorsqu’ils allumèrent délibérément (assortissant leur vilenie de sempiternelles excuses a posteriori) un poste d’observation des Nations Unies liquidant d’un seul coup au but cinq casques bleus… Une presse résolument modérée lorsqu’il s’est agi de faire le (lourd) bilan de l’Opération Plomb durci en janvier 2009, treize cents morts civils passées par pertes et profits…
Bref, une presse partiale et amnésique impuissante à chercher les vraies causes – pas forcément cachées d’ailleurs – des malheurs frappant les Nations souveraines méritant (« on » le dit) d’être classées parmi les États voyous et à ce titre, traitées comme tels. Parce qu’enfin les crises ne tombent pas du ciel sans crier gare, elles s’annoncent de longues années à l’avance, elles naissent, grandissent, prennent corps sous nos yeux, encore faut-il savoir et vouloir les voir : la crise financière de septembre 2008 était annoncée à cor et à cris deux ans auparavant… or personne, surtout pas les politiques, n’avaient tenu compte des signaux d’alarme ! Et à ce propos, si l’on se donne la peine de remonter le temps sur une courte décennie, l’on commencera à entendre d’une tout autre oreille les commentaires vengeurs annonçant dans nos lucarnes domestiques la fin imminente des deux dictateurs, autrement dit d’hommes qui ne se sont pas totalement pliés, et assez vite, aux impérieux diktats de la Communauté internationale (… réduite aux acquêts).
En 2002, le 6 mai, John Bolton Sous-Secrétaire d’État de GW Bush donnait une conférence à l’Heritage Foundation 
1dans laquelle Cuba, la Syrie et la Libye venaient rejoindre l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord sur la Liste noire de l’Axe du Mal. Il y dénonçait notamment la Syrie pour sa possession « de réserves de gaz neurotoxique sarin 2… laquelle poursuivrait le développement de l’agent VX, plus dangereux encore et plus puissant ». Simultanément, le Secrétaire à la Défense, M. Rumsfeld rappelait que la Syrie figurait toujours sur la Liste noire des États soutenant le terrorisme international (nous sommes un an et demi après le 11 sept.) et qui « s’est associée au [mouvement extrémiste] Hezbollah en acheminant des terroristes, du matériel terroriste, des équipements et des explosifs à travers la vallée de la Bekaa ». Un an et une guerre plus tard, le commentateur de Radio France Internationale Elio Comarin, le 14 avril 2003, plus lucide que la moyenne, n’hésitait pas à en déduire que « ces prises de positions semblent indiquer que Washington a [déjà] choisi sa prochaine cible ».
Le 10 mai 2002, le même Bolton, un homme prévoyant envoyait une lettre au Secrétariat général des Nations Unies pour annuler la décision du Président Clinton de participer à la création d’une Cour Pénale Internationale. L’Amérique n’entendait en effet, en vue des guerres imminentes (un an après fer et feu s’abattront sur l’Irak), exposer, ne serait-ce que d’un poil, ses militaires à une justice qui ne doit s’appliquer qu’aux vaincus… et non à des soldats auxquels la bride serait bientôt lâchée avec le beau résultat que l’on sait : six cent mille, un million de morts en Irak pour 9 ans d’occupation ?!
En fait, le principe d’une attaque simultanée de la Libye et de la Syrie avait été adopté à Washington quelques jours seulement après les attentats du 11 Septembre. Le général Wesley Clark ancien commandant en chef de l’Otan avait, le 2 mars 2007 à l’occasion d’un entretien télévisé 
3, en témoignait sans aucune ambiguïté et livrait le palmarès gagnant des sept États devant être détruits « dans les cinq ans » par les États-Unis d’Amérique : Irak, Syrie, Liban, Lybie, la somalie, Soudan et in fine, l’Iran. Alors aujourd’hui qu’en est-il ? L’Irak, c’est fait ; le Soudan est en bonne voie de décomposition ; la Libye, c’est en cours ; quant aux autres ils sont plus que jamais dans le collimateur d’Israël et des É-U, et pour tout dire, en ce qui concerne la Syrie, le ton monte graduellement… Le Liban et l’Iran ne perdent, eux, certainement rien pour attendre.
Maintenant en ce qui concerne Paris, contrairement à ce que le lecteur pourrait imaginer le tournant n’a pas été pris en 2007, mais depuis belle lurette, mais ceci est une autre histoire

Notes

(1 ) John R. Bolton, Under Secretary for Arms Control and International Security, « Beyond the Axis of Evil : Additional Threats from Weapons of Mass Destruction ». Remarks to the Heritage Foundation, Washington, DC, May 6, 2002. http://www.mtholyoke.edu/acad/intre...
(2 ) Gaz utilisé avec un succès très médiocre par la secte Aum dans le métro de Tokyo en mars 1995, le Sarin étant ainsi présent de facto comme cauchemar potentiel dans tous les inconscients des classes politiques occidentales.
(
3 ) Vidéo - http://www.youtube.com/watch?v=gJWB...

Léon Camus

Jeudi 28 Juillet 2011

http://www.geopolintel.fr/article382.html



2 Annexe

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

2-1 Louis Denghien : les monarchies du Golfe au secours de la liberté !

A peu près personne ne semble relever le "comique" de la situation actuelle.

Le Barhein qui vient d'écraser dans le sang des manifestations pacifiques (elles) se déclare outré des violences du "régime" syrien.

A Londres nos journaleux n'ont pas de mots assez durs pour condamner la violence criminelles des hooligans... mais ceux qui en Syrie ou en Libye brûlent des commissariats, portent des armes, tuent des militaires gouvernementaux, ceux-là sont des bons manifestants pacifiques, et les pays occidentaux sont tout prêts à les reconnaître comme le gouvernement légitime...

La destruction de la Libye par l'Otan est une violence sans commune mesure avec celle de Londres en tout cas.

RM

Louis Denghien : les monarchies du Golfe au secours de la liberté !

Il y a dans l’actualité politique comme dans celle de la mode des « tendances ».

En ce qui concerne la Syrie, les commentateurs et analystes ont, par exemple, privilégié un temps le cas des milliers de réfugiés syriens de Turquie. Il est aujourd’hui difficile d’avoir la moindre nouvelle de ceux-ci, comme s’ils étaient « démodés » depuis que nombre d’entre eux ont choisi de regagner leur pays.

La dernière « tendance » – qui s’est imposée voici quelques jours seulement – c’est de pointer l’ « isolement croissant » du régime. Les médias d’Occident semblent très excités par les récentes condamnations ou prises de distance émanant de la Ligue arabe et du Conseil de coopération du Golfe. Certains des Etats membres du CCG  -Arabie Saoudite, Koweit et Bahrein – ont même rappelé théâtralement, dimanche 7 et lundi 8 août, leurs ambassadeurs et le roi Abdallah d’Arabie Saoudite est sorti de sa traditionnelle réserve pour condamner la répression en Syrie, exigeant que s’arrête « la machine à tuer et l’effusion de sang« .

L’ « autorité morale » des monarchies pétrolières.

Cette recommandation, venant d’un monarque absolu ne tolérant pas la moindre contestation chez lui et ayant envoyé ses troupes réprimer le soulèvement populaire chiite au Bahrein, est tellement surréaliste que même la correspondante de l’Associated Press à Beyrouth le remarque au passage. Et faut-il parler des dictatures couronnées du Koweit et du Bahrein où l’on n’a guère hésité à tirer sur la foule – au Bahrein – voici quelques mois.

Bref la presse française convoque comme témoins de moralité anti-Bachar des autocrates – les derniers monarques absolus de la planète – dirigeant des sociétés théocratiques où femmes et minorités religieuses sont confinées dans un statut subalterne.

On accordera  - un peu – plus de considération à la Ligue arabe qui a appelé, dimanche 7 août, à l’arrêt « immédiat » des violences contre les civils. Mais on attend encore qu’elle appelle à l’arrêt de l’agression de l’OTAN contre la Libye, ou à celle de la répression au Yémen ou au Bahrein, par exemple. D’ailleurs, ce « front vertueux arabe » n’a pas réussi à enrôler sous sa bannière le Liban, dont le gouvernement est faborable à Damas, ni l’Irak qui entretient de bons rapports avec son voisin, ni même la Jordanie, plutôt pro-occidentale mais qui vient de faire savoir qu’elle refusait de s’ingérer dans les affaires intérieures syriennes. Et on ne sache pas que l’Egypte ou les pays du Maghreb aient l’intention de rappeler leurs ambassadeurs à Damas.

De la Turquie, enfin, qui envoie aujourd’hui son ministre des Affaires étrangères à Damas pour exprimer la « lassitude » d’Erdogan, on a déjà dit ici (voir « Réponse du berger à la bergère » mis en ligne le 8 août) qu’elle serait bientôt contrainte de baisser d’un ton par les réalités géopolitiques de la région.

Pour le reste, rien de nouveau sous le soleil : Bachar al-Assad peut toujours compter sur l’hostilité militante des Etats-Unis et de ses vassaux européens. Le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, a ainsi déclaré que le président syrien n’avait « plus aucun avenir » et on n’attendait à vrai dire pas moins d’un pays qui dispute à la France de Sarkozy/Juppé la place de meilleur sujet de l’écurie atlantiste.

Et, pour autant qu’on sache, la Syrie bénéficie toujours de l’appui diplomatique de la Russie, de l’Iran, du Liban, de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, du Venezuela.

Bref, rien de nouveau – ni de convaincant – sous le soleil des médias, seulement une désinformation  de plus !

Louis Denghien,

http://www.infosyrie.fr/actualite/sensationnel-les-monarchies-du-golfe-au-secours-de-la-liberte/

Autres articles à lire sur l'excellent site www.infosyrie.fr


2-2 Pierre PICCININ :Syrie et la 'Vicissitudes et réalités' du « Printemps arabe ».

L'ordre règne à nouveau dans le sud...

À Deraa, le fief de l'insurrection druze, seuls quelques barrages routiers, où une poignée de fantassins, harassés par le soleil de l'été, agitent la main pour presser le passage des automobiles, rappellent qu'il s'est probablement là passé quelque chose...

À l'entrée de la ville, la statue du Cheikh Saleh al-Ali, qui avait conduit la révolte arabe contre le colonisateur français en 1918, se dresse -ironie du sort- face aux gigantesques portraits d'Hafez et Bashir al-Assad, serrant dans son poing les fleurs desséchées du Printemps arabe.

 

Le cas des révoltes qui agitent la Syrie depuis le début du mois de février vient ajouter ses spécificités à un « Printemps arabe » devenu déjà très complexe et divers, et dont le bilan s’éloigne de plus en plus de l’image simpliste qu’en avaient forgée maints observateurs euphoriques, celle d’une « vague révolutionnaire démocratique déferlant sur tout le monde arabo-musulman », de Rabat à Téhéran.

Pendant que le Yémen et la Libye s’enfoncent dans la guerre civile, guerre de clans et de tribus, guerre des chefs aussi, avec, dans un cas, l’interventionnisme des monarchies du Golfe et, dans l’autre, l’ingérence de l’Occident, alors que les « révolutions » égyptienne et tunisienne ont la gueule de bois et peinent à se débarrasser des establishments moubarakiste et benaliste qui contrôlent encore tous les rouages de la société et de l’État, tandis que le Bahreïn et, à présent, le Maroc (plus modestement) répriment la contestation dans la violence, la Syrie offre une autre variante encore de ce « Printemps arabe », qui détrompe l’analyste et démontre combien le monde arabe est pluriel et multiple.

Bien loin du cliché véhiculé et appliqué partout sans nuance, le cas syrien, pas plus qu’en Libye ou ailleurs, ne saurait être décrit comme la révolution et l’élan démocratique d’un peuple opprimé déterminé à renverser une féroce dictature (celle de Bashar al-Assad et du parti Baath), vision que démentent, entre autres éléments, les gigantesques manifestations de soutien au gouvernement, qui bénéficient d’une réelle adhésion de la part d’une fraction non négligeable de la population et ne sauraient être expliquées simplement par les velléités propagandistes du régime.

Certes, on ne peut pas nier l’émergence d’une société civile et d’un mouvement revendicatif exigeant la démocratisation des institutions: des manifestations ont eu lieu dans la plupart des grandes villes du pays. Mais ce mouvement reste limité et est tout à fait minoritaire, presqu'anecdotique...

Ainsi, les 4 et 5 février, un appel à se rassembler pour une immense manifestation à Damas avait circulé sur Facebook, mais il n’avait été que fort peu suivi et s'était soldé par un lamentable flop. D’autres cas similaires ont été épinglés depuis.

Ce mouvement existe donc, mais il ne constitue cependant pas le moteur des révoltes en Syrie, qui procèdent moins d’un soulèvement populaire à la tunisienne ou à l’égyptienne que des enjeux régionaux et idéologiques liés aux différents mouvements politiques, communautés et confessions qui structurent la population syrienne, enjeux auxquels se superposent en outre les intérêts des voisins saoudiens, israéliens et iraniens, états-uniens aussi, à une échelle internationale.

 

Sur le plan intérieur, d’abord, il faut donc bien faire la différence entre les manifestations pacifiques et les révoltes, parfois armées et qui ont nécessité une intervention militaire.

Les révoltes, violentes, mais très localisées (à certains quartiers des villes concernées seulement -force est d'admettre que les images postées sur Youtube sont trompeuses), ne sont en effet pas généralisées à tout le pays et ne concernent que deux territoires bien délimités situés, l’un, au nord-ouest d’Alep, le long de la frontière turque, et, l’autre, à l’extrême sud-ouest, autour de la ville de Deraa. Un troisième foyer s’est aussi déclaré dans la ville de Hama, ville très religieuse et fief des Frères musulmans syriens.

Mais chacun de ces territoires s’est insurgé pour des raisons différentes, et différentes aussi des motivations des manifestants réclamant des réformes démocratiques.

Très puissants en Syrie et idéologiquement ultra-radicaux, les Frères musulmans syriens représentent probablement la branche la plus intransigeante de ce mouvement au Moyen-Orient, bien moins accommodants que leur équivalent égyptien par exemple.

 

Profitant des troubles qui touchent la Syrie, ils ont relancé la révolte qu’ils avaient déjà soulevée à Hama, en 1982, contre Hafez al-Assad (le père de l’actuel président), qui avait réprimé l’insurrection dans le sang (on estime le bilan de la répression de 1982 entre dix et trente mille morts ; les Frères musulmans avaient déjà tenté d’assassiner Hafez al-Assad en 1980).

Au sud-ouest, Deraa et ses environs abritent une très large majorité de Druzes (courant de l’Islam hétérodoxe). Historiquement repoussée et concentrée dans cette région, le Djebel druze, la communauté druze, qui représente moins de 4% de la population syrienne, a toujours été écartée du gouvernement et socialement défavorisée. L’appel à manifester contre le pouvoir alaouite avait été l’occasion pour elle de se révolter contre l’hégémonie de Damas.

Au nord-ouest, la population est essentiellement composée de Turcomans, descendants de populations turques et parlant un dialecte turc. Leur nombre est difficilement estimable : au total, ils représenteraient 20 à 25% de la population syrienne ; ils sont également très présents à Hama, aussi à Homs, ville plus au sud de la frontière où de violentes altercations ont eu lieu avec les forces de l’ordre. Soutenus par Ankara, des éléments de cette communauté revendiquent une autonomie régionale qui lui assurerait une certaine indépendance vis-à-vis du gouvernement central, revendication tout à fait contraire à la conception de l’État baathiste.

Si la révolte druze est presqu'éteinte à Deraa, il n'en est pas encore de même dans le nord-ouest. Toutefois (exception faite de Hama, fief de l'insurrection islamiste, où les Frères musulmans mobilisent encore les foules, et particulièrement le vendredi, à la sortie des mosquées), on n'en est plus aux grandes manifestations qui avaient rempli la rue de milliers de personnes. La fermeté du pouvoir a en effet découragé les velléitaires des premiers jours : la contestation se traduit désormais par des actions ciblées, par lesquelles des groupes de quelques centaines d'activistes, quelques dizaines seulement parfois, dont plusieurs sont armés, comme nous avons pu le constater à Homs notamment, s'emploient, lors de sorties nocturnes, à entretenir un état de tension et d'instabilité; il arrive régulièrement que les soldats (pour la plupart de jeunes conscrits) ripostent dès lors, et que l'on dénombre des morts parmi les « manifestants ». Et il est bien difficile de déterminer dans quelle mesure et dans quelles proportions ces bandes sont constituées de militants autonomistes et/ou de citoyens soucieux de démocratiser le régime.

 

Quoi qu'il en soit, ils n'ont pas le soutien complet de la population, qui qualifie les troubles qu'ils génèrent de « problèmes », la conséquence en étant la fermeture régulière des commerces, volets de fer tirés, « pour protester contre le gouvernement », selon l'opposition, par « crainte du vandalisme », selon les personnes rencontrées dans les souks de Homs.

Trois groupes aux revendications bien distinctes, donc, et qui ne partagent pas nécessairement les préoccupations de l’opposition démocratique.

En revanche, le régime bénéficie du soutien de plusieurs autres communautés, et notamment des Chrétiens (10% de la population), qui craignent l’essor du courant islamiste radical, dont les intentions sont très claires : l’instauration d’une république islamique sans concession et l’éradication du christianisme et des courants musulmans considérés comme hérétiques. Pour les mêmes raisons, il bénéficie aussi du soutien des Kurdes (bien que ces derniers soient en partie exclus socialement) et des communautés juive et musulmanes chiite et alaouite, de cette dernière dont est issue la famille du président Bashar al-Assad et qui représente environ 20% de la population syrienne.* La Syrie est en effet un État laïc, où Chrétiens, Juifs et Musulmans cohabitent en totale convivialité.

 

A ce bloc, qui représente presque 40% de la population syrienne, il faut encore ajouter une large partie de la bourgeoisie sunnite (courant majoritaire en Syrie), laquelle se félicite des mesures économiques promues par Bashar al-Assad depuis son accession à la présidence, le 10 juillet 2000.

Tournant le dos à la dimension éminemment socialiste du baathisme traditionnel, l’actuel président a autorisé la privatisation de plusieurs secteurs économiques et financiers, des banques notamment. Il a aussi favorisé le secteur du tourisme et celui des nouvelles technologies, rattrapant rapidement le lourd retard que la Syrie accusait dans ce domaine, comme, par exemple, celui de la téléphonie mobile et de l’internet. Des facilités douanières furent négociées avec la Turquie et divers partenaires, de telle sorte que, en quelques années seulement, un essor économique palpable a transfiguré les grandes villes, à commencer par la capitale.

La bourgeoisie, qui profite à présent du succès de cette politique, n’a certainement pas l’intention de ruiner ces acquis en laissant renverser le régime auquel elle les doit.

Bashar al-Assad a enfin le soutien de l’armée, dont la majorité des cadres sont des Alaouites.

Concernant la situation intérieure, force est donc de conclure, d’une part, que le régime, pour peu démocratique qu’il soit, fonde sa légitimité sur un consensus nécessaire et dont la majorité des Syriens est bien consciente et, d’autre part, que, s’il existe une aspiration de la classe moyenne à la démocratie, les troubles les plus importants sont le fait de protagonistes dont les objectifs divergent et n’ont que peu à voir avec la démocratisation du régime.

De fait, à l'exclusion des fiefs rebelles, partout ailleurs dans le pays, règne un calme plat.

On ne rencontre quasiment aucun barrage sur les routes et l'armée comme la police sont presqu'absentes du paysage.

Chacun vaque à ses occupations et, partout, sont fièrement arborés les portraits du président Bashar al-Assad et de son père, Hafez, à chaque coin de rue, au milieu de chaque rond-point, à l'entrée de chaque ville, devant chaque édifice public, sur les casquettes, sur les t-shirts, sur la porte de chaque commerce, dans chaque boutique du souk, sur les lunettes arrières des automobiles, parfois en compagnie de l'effigie d'Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah... Personne ne les arrache, personne ne les mutile, personne ne s'en départit.

 

Sur le plan extérieur, ensuite, il serait faux d’affirmer que les révoltes feraient l’affaire d’Israël et des États-Unis et seraient attisées par ces deux puissances, voire, comme l’ont soutenu certains analystes, que les événements seraient le résultat d’un « plan de déstabilisation de la Syrie » fomenté par Washington.

Certes, la Syrie, alliée traditionnelle de l’Iran, hostile à l’hégémonie états-unienne sur le monde arabe, ne peut (pouvait) pas être qualifiée d’allié privilégié de Washington. De même, la Syrie, le seul des États arabes qui, avec celui du Liban, n’a jamais renoncé à la lutte contre l’occupation israélienne de la Palestine (officiellement et en paroles, du moins), bénéficie aussi du soutien du Hezbollah et de la sympathie de la résistance palestinienne, mais également de celle des populations de la région, de manière générale, pour qui la Syrie demeure le champion de la cause arabe.

Cependant, pour les États-Unis, d’une part, la Syrie, proche de Téhéran, pourrait constituer un intermédiaire intéressant entre l’Amérique et l’Iran. C’est pourquoi la Maison blanche a poussé son allié saoudien à tendre la main à Bashar al-Assad, en lui proposant un partenariat économique, tandis qu’elle jouait son nouvel allié français, qui encouragea la création d’un tribunal onusien à la suite de l’assassinat du premier ministre libanais Rafiq Hariri, en 2005, orientant d’emblée l’enquête vers les services secrets syriens. L’objectif de cette politique de la carotte et du bâton n’a pas échappé à Bashar al-Assad, qui a immédiatement saisi la main tendue, entamant ainsi le chemin vers le retour en grâce. La réussite de la manœuvre ne saurait être mise en péril par les révoltes actuelles, d’où le non-interventionnisme états-unien, qui laisse la répression se poursuivre, se contentant de condamner du bout des lèvres.

D’autre part, le gouvernement de Bashir al-Assad assure le statu quo à l’égard d’Israël (paradoxalement au discours officiel de Damas, mais en réalité et en actes en tout cas) : depuis le début des négociations sur le Golan, en 2007, et la perspective de la restitution de ce territoire à la Syrie contre un accord de paix, Damas a scrupuleusement contrôlé sa frontière et assuré la tranquillité à son voisin hébreux. Israël ne peut donc que se féliciter de la stabilité politique en Syrie et dudit statu quo, qu’un renversement de régime risquerait plus que probablement de remettre en question.

Si al-Assad était renversé, outre le règne de la division et l’instabilité, c’est l’islamisme radical effectif qu’il faudrait craindre. « Plutôt Al-Assad que ces gens-là », doit-on se dire, dès lors, dans certaines chancelleries.

Sans aucun doute, le « Printemps arabe », en Syrie, n’a été qu’un mirage, interprété, à tort, à l’aune des expériences tunisienne et égyptienne ; les autorités sont sûres d’elles ; tout est calme à Damas ; et le président al-Assad a encore de beaux jours devant lui.

*Les pourcentages présentés sont le résultat d'estimations : la Syrie est un État laïc; la religion et l'appartenance communautaire (ni non plus l'origine ethnique) ne figurent pas sur la carte d'identité des citoyens et ne font pas l'objet de recensement.

Lien(s) utile(s) :

La Libre Belgique.

Pierre PICCININ : Professeur d'histoire et de sciences politiques

15 juillet 2011
Olivier MONTULET

« L'homme, en effet, ne pourrait jamais atteindre le possible s'il ne tentait d'abord l'impossible, et cela requiert plus de souffle que de science »

Paul Klein

Ce message vous est adressé à titre et usage privés exclusivement. Seuls les textes signés de ma plume sont publics et libres de droits pour autant que l'usage n'en déforme pas les propos (« Le droit de chercher la vérité implique aussi un devoir. On ne doit cacher aucune partie de ce qui a été reconnu comme étant vrai » Albert Einstein) et que mon nom soit sité.

Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

exprimées n'engagent que les auteurs des messages, et non le CSO.


2-3 Maurizio Matteuzzi : Guerres étasuniennes : le coût.

"Première question : les Etats-Unis d’Amérique pourraient-ils vivre sans que quelque guerre n’alimentât, surtout en temps de crise économique, leur puissant système militaro-industriel ?

Seconde question (ingénument rhétorique) : que pourraient faire les Etats-Unis d’Amérique s’ils destinaient les colossales ressources économiques utilisées pour les guerres à leurs problèmes sociaux ?

Questions qui surgissent à la lecture de l’étude produite par l’Université Brown de Providence, dans le Rhode Island, de la prestigieuse chaîne universitaire Ivy-league.

On peut se reporter pour ce faire au site de l’université : « Cost of war, 250.000 lives and up to £4 trillion »[i] et sur le site du quotidien londonien The Independant, qui y a consacré hier un article, synthétisé ainsi : « La guerre au terrorisme s’apprête à dépasser le coût de la seconde guerre mondiale ».

Le coût total pour l’Amérique ( !? pour les Etats-Unis d’Amérique, NdT), des guerres post-11 septembre contre l’Irak et l’Afghanistan, et des opérations militaires corrélées au Pakistan (genre l’Opération Jeronimo contre -le présumé, NdT- Ben Laden), est en voie, étant donné qu’elles ne sont pas encore finies, de dépasser les 4 trillions de dollars (4 mille milliards)".

Suite en pièce jointe ; j'ai traduit cet article surtout pour les chiffres rapportés, dont on peut penser qu'ils sont loin d'exagérer le coût réel (surtout dans l'estimation du nombre de victimes civiles) de ces guerres.

 

Voir aussi un très bel article sur Le Grand Soir :Guerres de merde (Rebelion)

Ndlr : la publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

 

Collectif « Luciano Romero Molina  ».

"Dans ce qui est appelé « missions internationales », ceux qui meurent ce sont ceux d’en bas, les pauvres types, les moins que rien.

Deux soldats colombiens sont morts en Afghanistan cette semaine, l’un sous l’uniforme de l’armée espagnole et l’autre sous l’uniforme de l’armée impériale des Etats-Unis ».

http://www.legrandsoir.info/guerres-de-merde-rebelion.html
[i] NdT : voir exactement :
http://news.brown.edu/pressreleases/2011/06/warcosts et, ne serait-ce que pour quelques photos, qu’on ne voit jamais, de dévastations de la guerre à Bagdad :

http://costsofwar.org/

Oussama Charabeh, Franco-syrien spécialisé en finance de marché est un observateur attentif des événements du Proche-Orient. Il y vit depuis plusieurs années après 23 ans passés à Paris.

Sa connaissance à la fois de la France et de la Syrie et les trois derniers mois qu’il vient de passer dans ce dernier pays lui permettent de jeter un regard critique sur les informations présentées à ce sujet par les médias, informations dont le but manifeste est de manipuler l’opinion des Français et fabriquer un consensus artificiel contre le régime syrien, étape décisive sur la voie d’une intervention militaire.

A côté des Américains et des Européens, Oussama Charabeh pointe le jeu dangereux d’une Turquie qu’on a  cru peut-être un peu vite détachée de l’alliance avec Washington et Tel Aviv…

Une alliance rejetée par la grande majorité des Turcs, mais quid de M. Erdogan

Le colonialisme des siècles passés a toujours eu pour but la domination économique par le contrôle des matières stratégiques, les XXeme et XXIeme siècles ne connaissent qu’une seule matière stratégique : le pétrole, qui est abondant au Moyen-Orient. Mais il n’est plus acceptable aujourd’hui de coloniser, non pas parce que les dirigeants des ex-colonies sont devenus plus humanistes mais parce qu’ils tomberaient instantanément devant la pression de leurs peuples.

Le colonialisme doit donc se moderniser et revêtir un costume plus coloré et plus doux pour obtenir le même résultat : ce costume à la mode ce seront la démocratisation des pays du tiers monde, les droits de l’homme ou tout prétexte suffisamment noble en apparence. Le garant des intérêts stratégiques des USA au Moyen-Orient c’est Israël et il est tout simplement interdit à qui que ce soit d’avoir les moyens de s’opposer à ce pays même s’il occupe nos territoires et tue nos peuples. Tout Etat qui résiste à Israël ou qui a les moyens de lui résister est donc un danger qui doit être écarté soit par intervention directe sous prétexte humanitaire comme en Libye, soit par un renversement de l’intérieur.

La Syrie s’inscrit dans ce schéma et, à cause de ses positions hostiles aux ambitions impérialistes et coloniales d’Israël, n’a jamais été appréciée par les administrations américaines et leurs alliés. La Syrie a toujours été la cible de tentatives de déstabilisation par l’extérieur et pendant les dix dernières années ces tentatives ont été régulières et répétées, surtout depuis le refus d’Assad de l’invasion de l »Irak et son soutien affiché à toutes les résistances de la région.

En 2004, l’assassinat du Premier ministre libanais dont la Syrie fut aussitôt accusée sera le premier coup dur de la décennie pour le régime de Damas. La résolution 1559 est adoptée par l’ONU et la Syrie est la cible de sanctions américaines et européennes.

En 2006, la guerre du Liban a pour objectif de détruire la résistance libanaise et d’affaiblir le régime syrien mais à la surprise du monde entier Israël est vaincu.

Les événements actuels s’inscrivent dans ce même schéma et les Américano-sionistes profitent du courant de révolte qui traverse les pays arabes pour forcer le changement en Syrie, ce malgré le peuple syrien. Tout indique une manipulation extérieure dans les événements en cours.

La main étrangère

Les Américains n’ont pas attendu longtemps avant de revendiquer leur implication dans la violence en Syrie. Le 2 Avril 2011, l’adjoint au Secrétaire d’Etat américain au affaires étrangères déclare dans une conférence de presse que « la Syrie pourrait retrouver à nouveau son calme et sa stabilité si elle répond aux exigences qui lui ont été transmises« .

Les exigences en question sont passées par les arrières-cours de la diplomatie mais elles ne sont pas nouvelles. Déjà en 2003, lors de l’invasion de l »Irak, Colin Powell envoyé de Bush, croyant que maintenant que l’armée américaine était aux frontières syriennes Bachar al-Assad serait effrayé, avait débarqué a Damas avec une feuille récapitulant les exigences américaines : ne pas soutenir la résistance irakienne ; stopper tout soutien à la résistance libanaise ; fermer les bureaux de la résistance palestinienne à Damas et enfin rompre les liens avec l’Iran. La Syrie aurait pu devenir l’enfant gâté des Américains au Moyen-Orient si elle avait repondu positivement mais c’aurait été au prix de son asservissement à la volonté expansionniste et dominatrice d’Israël dans la région.

La déstabilisation de la Syrie et du Liban figurait sur l’agenda israélo-américain et sur celui de l’Otan depuis ces dix dernières années : selon le commandant général de l’OTAN l’Américain Wesley Clark, 2001 a vu la mise en place d’un plan quinquennal pour envahir sept pays (en commençant par l »Irak puis la Syrie , le Liban, la Libye, la Somalie et le Soudan) de la région et redéfinir la carte du Moyen-Orient (Le Nouveau Moyen-Orient selon les termes de l’alors Secrétaire d’Etat américaine Condolesa Rice).

Dans son livre « Gagner les guerres modernes » le général Wesley Clark écrit ainsi :

« En novembre 2001 alors que je repassais au Pentagone et en posant la question de l’Irak  à un haut officier de l’armée américaine, celui-ci me dit :  » Oui nous sommes toujours en route vers l’Irak ».  Et d’ajouter avec un ton plein de désagrément : « Mais il y a plus : ceci (l’Irak) a été discuté dans le cadre d’un plan plus général de campagne contre sept pays: Irak, puis Syrie, Liban, Libye, Iran, Somalie et Soudan. »

Cette discussion a également été relatée par le général Clark dans une émission télévisée :

Il est tout aussi légitime de se demander pourquoi les affrontements armés sont intervenus dans des régions frontalières où il est plus facile de faire passer des combattants, des armes, de la drogue et de l’argent : il y a eu Daraa à la frontière jordanienne et israélienne, puis il ya eu Banyas et Tal Kalakh à la frontière libanaise et enfin récemment Jisr El Shoughour à 10 km seulement de la frontière turque. Ceci montre clairement à qui est de bonne foi que ces rébellions armées avaient bien pour bases arrières des pays étrangers frontaliers.

Et pourquoi, au fait, ces événements ne se sont-ils pas produits en même temps mais se sont au contraire succédés ? L’insurrection éclatait dans une ville lorsqu’elle état jugulée par l’Etat dans la précédente, comme pour signifier que quand les extrémistes sont neutralisés dans un point géographique donné et quand leur ravitaillement est coupé sur une frontière, ils se dirigent alors vers une autre frontière.

L’objectif est donc de déstabiliser la Syrie et de provoquer un « changement de régime » (traduire : pour implanter un régime soumis à Israël), ce par une insurrection armée infiltrée par des extrémistes islamistes. Les rapports sur des civils tués seraient utilisés pour légitimer une intervention sous le volet « droits de l’Homme » et en invoquant le devoir de « protéger les civils » : copie conforme de ce qui s’est déroulé – se déroule encore – en Libye.

D’ailleurs, sait-on qui sont ceux qui  se battent contre l’armée libyenne; ceux que les médias appellent indécemment des « révolutionnaires » ? Sait-on d’où viennent leurs armes sophistiquées et leurs méthodes de combat en Toyota à la Taliban ? Car oui, ces groupes sont encadrés et entraînés par des combatants d’Al Qaida. Et puis sait-on enfin combien de civils les bombardements de l’OTAN ont-ils  tué ? Mais tout cela importe peu aux éditorialistes pro-américains.

Et puis, si ce principe de protection des civils, des droits de l’homme et des droits internationaux est si important pour Sarkozy ou Obama pourquoi ne les entend-on  pas lorsqu’il s’agit des Palestiniens tués – ou opprimés – par Israël ? Pourquoi ne les entend-on pas quand les résolutions de l’ONU sont bafouées par Israël ?

La propagande, la désinformation et le pilonnage médiatique

Toutes les preuves d’existence d’une rébellion extrémiste armée en Syrie est systématiquement niée par les médias et agences de presse occidentales et même certains médias arabes comme Al Jazeera ou Al Arabia qui ont deja perdu leur crédibilité au Moyen-Orient.

Les civils tués sont systématiquement imputés au compte du régime négligeant toute preuve d’existence de tireurs embusqués tirant sur la foule.

Les massacres des hommes de l’armée et de ceux des forces de sécurité sont régulièrement omis et lorsque les images montrent les militaires massacrés et leur corps mutilés les médias mentionnent timidement l’événement qu’ils expliquent par une fable qui insulte à l’intelligence de l’esprit humain : la fable de l’armée tuant et mutilant les corps de ses propres sodats qui ont refuseé de tirer sur la foule.

Le 17 avril dernier, huit membres des forces de securite sont égorgés dans un petite commune de la banlieue de Daraa. Le 8 Mai, 10 policiers sont froidement égorgés à leur tour a Homs. Le 7 Juin, 120 militaires et policiers sont attaqués dans leur caserne a Jisr Al Shoughour à la frontière turco-syrienne et décapités après avoir été tués. Al Jazeera et la BBC ont préféré parler alors de 120 manifestant pacifistes tués par les forces de sécurité !

Toutes les vidéos (sans exception) diffusées pour soutenir la thèse d’une révolution populaire ne durent jamais plus de 15 secondes, c’est-à-dire pas suffisamment pour discerner ce que dit réellement l’image ; d’ailleurs souvent on ne voit que des pieds ou le ciel avec comme fond sonore des cris. Puis les ingénieurs de son y ajoutent un slogan et finalement le commentaire du journaliste, qui du reste, est bien habillé et a l’air honnête, anéantit tout esprit critique ou doute quant aux images montrées.

Et finalement, quand la bêtise dépasse toute imagination, les agences de presse s’excusent pour avoir commis des erreurs. Reuters, fin avril, publie un communiqué officiel d’excuse pour avoir fourni des vidéos des événements d’Irak ou du Yémen avec le sous-titre « a eu lieu en Syrie« .

France 24 diffuse un appel en direct d’une personne qui se fait passer pour l’ambassadeur de Syrie à Paris, et annonçant sa démission en direct en raison des atrocités commises. L’ambassadeur dément immédiatement et porte plainte contre la chaîne. Enfin l’AFP reconnaît pour la première fois – bien tardivement – la présence d’une rébellion armée en diffusant des photos le 18 juin.

Que valent les excuses quand chaque image et chaque titre incitent à plus de violence et à plus de sang versé, et encouragent les terroristes qui se voient dotés des moyens médiatiques les plus puissants… et ce gratuitement.

La Turquie : de l’ONU à l’OTAN ?

Si les positions américaine et britannique n’ont surpris personne car ces deux pays ont toujours été les premiers à soutenir les attaques contre le régime syrien, et si la position clairement hostile du gouvernement francais s’inscrit dans l’inféodation de Sarkozy à Washington, le choc est venu de la Turquie qui, tel Judas, est passé du jour au lendemain du rôle d’ami fidèle à celui de prédateur affamé.

La dernière rébellion armée à Jisr al Shoughour, à la frontière turque, a indéniablement reçu le support logistique des Turcs ainsi que le montrent les équipements saisis sur les terroristes et leurs aveux : réseau de télécommunication à disposition des rebelles, armes et fonds ont transité par la Turquie.

Des sources offcielles affirment que les tentes avaient été plantées à la frontière il y a déjà deux mois pour accueillir les futurs réfugiés. Ceux-ci étaient donc attendus et les Turcs participaient à la préparation des ces événements. Pourquoi ? Dans le cadre de quel deal ont-ils monnayé leur relation avec la Syrie ? Et comment la carte des réfugiés va-t-elle être utilisée par Ankara et Washington ?

Les réponses seront certainement connues dans les quelques semaines a venir. Mais il est d’ores et déjà clair que la Turquie a toujours eu la nostalgie de l »empire ottoman et de sa domination et nous avons sous-estimé – ou enterré trop vite – l’alliance militaire de la Turquie avec Israël, son appartenance à l’OTAN (sous hégémonie américaine) et son désir de devenir membre de UE. Nos amis Turcs viennent d’ailleurs de se retirer du convoi humanitaire d’aide à Gaza.

Le revirement de la position turque et l’échec diplomatique américano-européen  après les vétos russe et chinois à l »ONU sur une condamnation de la Syrie, l’acharnement de ces ex-puissances coloniales (France et Grande-Bretagne) me poussent à penser que la Turquie pourrait être utilisée comme base d’intervention de l’OTAN aux frontières syriennes.

La dénonciation incessante du sort des réfugiés syriens à la frontière turque et l’exagération médiatique autour de ces derniers suggèrent que le prétexte de l’OTAN utilisera pourrait bien être (comme en Libye) de nature humanitaire.

Les quelques semaines à venir seront donc cruciales.

Oussama Charabeh

25-06

http://www.lepost.fr:80/article/2011/06/25/2532769_le-colonialisme-des-temps-modernes.html



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

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10/08/2011

n°8 - Dossier de Syrie - 09-08 –Début -L’Affaire de Hama » ou comment 10.000 manifestants se multiplient en 500.000 dans les dépêches de l’AFP.


n°8  - Dossier de Syrie  - 09-08 –Début -L’Affaire de Hama » ou comment 10.000 manifestants se multiplient en 500.000 dans les dépêches de l’AFP.


Sommaire :  

Tiré à part 

M. K. Bhadrakumar : Israël fait son apparition dans le Printemps arabe…

1 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

1-1 Thierry Meyssan décrypte les mécanismes du « journalisme...

2 Dossier

2-1 Guy Delorme : Syrie/Irak/Iran : un gazoduc très politique…

2-2 Pierre Piccinin: L’Affaire de Hama » ou comment 10.000 manifestants se multiplient en 500.000 dans les dépêches de l’AFP.

2-3 Louis Denghien - Hama : chiffres invérifiables & chœur des vierges occidentales.

2-4 Domenico Losurdo : La Syrie vue depuis l’Irak.

Fin

3 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

3-1 Pierre Piccinin- Une révolte complexe et des chiffres manipulés...

3-2 Oussama Charabeh : Le colonialisme des temps modernes.

 


Tiré à part 

M. K. Bhadrakumar : Israël fait son apparition dans le Printemps arabe…
Après être prudemment resté tapi dans l’ombre pendant près de huit mois, le temps de comprendre la signification et les dangers du Printemps arabe, Israël s’est soudainement réveillé mardi denier. Dans une manouvre sans précédent, le président israélien Shimon Pérès a convié les médias arabes à une conférence de presse pour déclarer qu’Israël soutenait un changement de régime à Damas.

Jusque là, Israël avait bien pris soin de ne pas s’identifier au Printemps arabe, préférant se focaliser sur les conséquences des changements de régime plutôt qu’encourager les révolutionnaires sur les barricades. Dans le cas de la Syrie, Israël a même été soupçonné de soutenir en secret le régime du président Bechar el-Assad, voyant en lui un mur dressé entre Israël et le déluge que représenterait une prise de pouvoir par les Frères Musulmans.

Mardi, Pérès a dissipé d’un seul coup cette ambiguïté stratégique. « Assad doit partir. Plus tôt il partira, mieux se sera pour son peuple », a déclaré Pérès. Le président israélien a salué les manifestants syriens, déclarant : « Il est facile [pour les Syriens] de descendre dans la rue et de manifester, mais lorsque [l’armée syrienne] vous tire dessus ? C’est stupéfiant. Leur courage et leur fermeté sont honorables. »

Pérès a insisté sur le fait que le changement de régime à Damas serait dans les intérêts de la paix arabo-israélienne. Il a exprimé sa confiance qu’un régime successeur à Damas conclurait un traité de paix avec Israël - « Ceux qui recherchent la paix prévaudront ».

C’est une performance innovatrice. Pourquoi Israël a-t-il choisi de se débarrasser de son ambiguïté stratégique envers la Syrie ? Après tout, Israël ne sait que trop bien qu’un changement de régime n’importe où dans le monde arabe dans les conditions actuelles ne peut agir que contre ses intérêts. L’Egypte est un cas typique, où lorsque les dirigeants par intérim remettront le pouvoir à un gouvernement élu - s’ils le font -, il devra prendre en compte le fort souhait populaire pour une politique étrangère qui prenne ses distances avec les Etats-Unis et Israël.

Une large majorité d’Egyptiens exigera que leur gouvernement s’éloigne de toute forme de coopération étroite avec Israël sur les questions économiques et de sécurité, et Israël observe avec appréhension la perspective d’une amélioration des liens entre l’Egypte et l’Iran. Le chef du renseignement militaire israélien, le Général Aviv Kochavi, a fait récemment une déclaration étonnante, disant que l’Iran finançait secrètement les Frères Musulmans égyptiens. Bref, Israël n’a pas lieu d’être optimiste sur les conséquences d’un changement de régime en Syrie.

Apparemment, le calcul de Pérès est tout autre. Ce qui ressort est qu’Israël a évalué froidement qu’un changement de régime à Damas n’est pas d’actualité. Patrick Seal, le célèbre auteur arabisant, l’a résumé ainsi la semaine dernière : « La situation n’a pas atteint sa masse critique. Damas ne s’est pas soulevée, les services de sécurité ne sont pas encore divisés, l’économie ne s’est pas effondrée. Le régime a l’air faible, mais l’opposition semble encore plus faible. Plus le sang coule, plus il est difficile de trouver une solution. Une solution ou une autre devra être négociée. Si aucune solution n’est trouvée, il y aura la guerre civile ».

De même, Israël serait démoralisé de ne voir aucun signe d’une action internationale concertée, comme cela s’est produit en Libye. Au contraire, les coups et les humiliations qu’elles prennent de Mouammar Kadhafi dans la guerre libyenne, ne peuvent que rendre encore plus circonspectes les nations occidentales sur la sagesse d’ouvrir un front syrien dans un futur proche.

Les pays du BRICA - le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud - en compagnie du Liban, ont étouffé les manouvres occidentales au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, ne serait-ce que pour débattre de la Syrie. La récente visite à Damas du secrétaire général de la Ligue Arabe, Nabil Elaraby, a montré que, dans cette région, le vent tourne en faveur d’Assad.

M. K. Bhadrakumar

samedi 6 août 2011,

Comité Valmy

http://www.comite-valmy.org:80/spip.php?article1731



1 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur mais doit être vu comme information.

1-1 Thierry Meyssan décrypte les mécanismes du « journalisme...

Par Mecanopolis

http://www.dailymotion.com:80/video/xkfp8f_thierry-meyssan-decrypte-les-mecanismes-du-journalisme-de-guerre_news



2 Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

2-1 Guy Delorme : Syrie/Irak/Iran : un gazoduc très politique…

Il semble qu’au bout de quatre mois de manœuvres et pressions en tous genres, les Américains aient finalement échoué dans leur projet de marginalisation de la Syrie dans la région.

En effet, la Turquie a baissé le ton vis-à-vis de Damas, au grand dam de certains déstabilisateurs qui ont espéré très fort, voici un ou deux mois, que l’armée d’Ankara franchirait la frontière pour « protéger » les populations – en partie turcophones – de la région de Jisr al-Choughour. Mais l’armée syrienne a chassé les activistes salafistes, réoccupé ses postes frontières, et les réfugiés de Turquie se sont mis à rentrer au pays.

Le gouvernement de Damas vient de marquer un autre point important sur le front diplomatique régional avec la signature, lundi 25 juillet, à Téhéran, d’un « mémorandum d’entente » sur la réalisation d’un gazoduc de 5 600 kilomètres de longueur, permettant le transport quotidien de 110 millions de m3 de gaz iranien vers l’Europe via la Syrie et l’Irak. Plusieurs sociétés européennes devraient être associées à l’exploitation de ce « gazoduc islamique« .

Le ministre syrien du pétrole et de la Richesse minière, Sofiane Allaou, a apposé sa signature aux côtés de celles de ses homologues iraniens Mohammad Ali Abadi et irakien Abdel Karim al-Laebi. L’ambassadeur syrien à Téhéran, Hamed Hassan, assistait à la séance de signatures. De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Rahmin Mehmanparast, a estimé que ce gazoduc servirait les intérêts des pays de la région.

Les amis de mes amis…

Bien évidemment, un tel accord entre Damas, Bagdad et Téhéran, dans le contexte tendu que connaît la Syrie, a une dimension autant politique qu’économique. Si les bonnes relations entre l’Iran d’Ahmadinejad et la Syrie d’al-Assad sont une réalité bien intégrée par la géopolitique régionale, celles existant entre l’Irak post-Saddam et la Syrie de Bachar sont moins aisées à analyser. On sait que les deux pays partageaient jadis peu ou prou la même filiation baasiste, nationaliste arabe et laïque. Mais la personnalité de Saddam Hussein avait transformé cette proximité idéologique en rivalité régionale – et personnelle avec Hafez al-Assad – qui avait culminé en 1991 avec la participation d’un contingent syrien à la coalition anti-irakienne lors de la première Guerre du Golfe. Après la chute du rais de Bagdad en 2003 et le chaos sanglant qui s’en est suivi, la Syrie, on le sait, a accueilli près d’un million et demi de réfugiés irakiens qui, pour la majorité d’entre eux, sont restés dans leur nouvellle patrie.

La nouvelle majorité politique issue des élections irakiennes, qui est l’expression de la majorité démographique chiite, est proche de Téhéran, principal allié régional de Damas. On ne peut en tous cas que constater un renforcement – récent – des relations entre les deux pays, dont l’un est tout de même toujours occupé par plus de cinquante-mille G.I.’s. On pourrait presque dire qu’avec leur guerre injuste et tellement coûteuse en hommes et en dollars, les Américains ont finalement travaillé en Irak pour l’Iran et, par ricochet diplomatique, pour la Syrie ! Syriens et irakiens se trouvant actuellement confrontés aux mêmes ennemis immédiats, à savoir des terroristes islamistes plus ou moins proches d’Al-Qaida, voire de l’Arabie Saoudite.

Le nouveau régime irakien, sous étroit contrôle américain, a d’abord reproché à son voisin d’héberger sur son sol plusieurs des activistes islamiques opérant en Irak. Mais la proximité géographique et les intérêts commerciaux bien compris avaient conduit les deux nations à renouer officiellement, en novembre 2006, des relations diplomatiques normales. Interrompues pendant plus d’une année en 2009/2010, suite à un litige portant sur la présence d’opposants baasistes irakiens en Syrie, ces relations ont été rétablies en septembre 2010, à la demande des Irakiens.

L’économie est donc un vecteur de la politique et de la diplomatie entre les deux pays : une délégation syrienne forte de 136 hommes d’affaires est attendue mercredi 27 juillet à Bagdad, avec à sa tête le ministre de l’Economie Mohammad Nida al-Chaara, pour une réunion plénière du comité ministériel mixte syro-irakien. Lequel comité doit plancher sur les mesures et traités propres à développer les échanges commerciaux entre les deux pays. Qui sont déjà liés par un certain nombre d’accords dans différents domaines. Entre autres, des protocoles de coopération industrielle signés en 2009, ainsi que des accords de coopération scientifique et techniques, portant aussi bien sur le pétrole, le gaz et l’électricité que le secteur bancaire. Ajoutons que l’Irak est le premier partenaire commercial de Damas.

De l’économie à la politique il n’y a décidément qu’un pas et Bachar al-Assad a reçu mardi 26 juillet un message de son homologue irakien Jalal Talabani, que lui a transmis Adel Abdel Mahdi, envoyé spécial irakien  

La signature de cet accord sur le « gazoduc islamiste » apparaît donc bien comme un échec de la stratégie américaine d’isolement de la Syrie, et comme un geste d’indépendance du gouvernement irakien de Nouri al-Maliki, en place depuis décembre 2010, à quelques mois du retrait des dernières troupes américaines, qui devrait être achevé en décembre prochain.

Guy Delorme,

INFO SYRIE

http://www.mleray.info/article-syrie-irak-iran-un-gazoduc-tres-politique-80531725.html


2-2 Pierre Piccinin: L’Affaire de Hama » ou comment 10.000 manifestants se multiplient en 500.000 dans les dépêches de l’AFP.
Durant ce mois de juillet 2011, je me suis rendu en Syrie, dans le but d’y vérifier une hypothèse relative aux origines de la contestation.

J’ai pu circuler en toute liberté et indépendance dans tout le pays, de Deraa à Damas et de Damas à Alep, en croisant tout le Djebel druze, au sud, en passant par Homs, Hama, Maarat-an-Nouman, Jisr-al-Shugur, en longeant la frontière turque et en inspectant les points de passage vers la Turquie, par lesquels, comme on sait, les réfugiés ont quitté la Syrie, puis de Alep à Deir-ez-Zor, tout à l’est du pays, en traversant le désert syrien suivant plusieurs itinéraires…

J’ai ainsi pu vérifier que, d’une part, le mouvement issu de la société civile aspirant à la démocratisation du régime s’essouffle et que, d’autre part, il existe d’autres mouvances d’opposition, parfois violentes et dont les objectifs ne sont pas identiques à ceux des démocrates pacifiques.

C’est notamment le cas de la fraction islamiste de la communauté sunnite, organisée autour des Frères musulmans, qui ambitionnent l’instauration d’une république islamique en Syrie, ce qui terrifie les Chrétiens et la plupart des autres minorités, dès lors favorables au statu quo actuel et au parti Baath, garant de la laïcité de l’État.

Mais, outre cette vérification de mon hypothèse, j’ai aussi été confronté, de facto, à une constatation qui m’a stupéfait, alors que je m’attendais à trouver un pays en révolution : l’image de la Syrie qui est proposée dans les médias occidentaux, image d’un pays en en plein chaos régulièrement ébranlé par des manifestations gigantesques rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes, ne correspond en aucun cas à la réalité observable sur le terrain.

En effet, déjà minoritaire à l’origine, la contestation démocratique des débuts s’est progressivement étiolée, notamment du fait de la répression exercée par le gouvernement, et se limite aujourd’hui à quelques quartiers périphériques des grandes villes, où se rassemblent épisodiquement quelques centaines de personnes seulement, quelques milliers parfois, le plus souvent le vendredi, à la sortie des mosquées, non sans une certaine influence islamiste, très présente dans ces quartiers défavorisés. Ces manifestations n’ont que peu de conséquence sur le régime.

A côté de ce mouvement démocratique, la contestation se traduit aussi dans l’action de bandes armées, principalement à Homs, en une forme de guérilla urbaine, dont il est bien difficile de déterminer l’origine et les objectifs. Ces jeunes, cagoulés et violents, peu nombreux, ne constituent pas non plus une réelle menace pour le gouvernement.

Par contre, une contestation plus ample se poursuit à Hama, fief des Frères musulmans, la seule ville de Syrie, quasiment en état de siège, où ont encore lieu de grandes manifestations.

Hama avait été le centre d’une violente révolte, en 1982, qui avait été écrasée par Hafez al-Assad, le père de l’actuel président, Bashar al-Assad. Le bilan de la répression avait été estimé entre dix et quarante mille morts.

Lorsque la contestation a commencé, en février dernier, les Frères ont relancé leur mouvement à Hama et le régime, craignant une insurrection similaire à celle de 1982, a directement ouvert le feu contre un mouvement qui, cette fois, s’est révélé, à ce stade, non-violent (à Hama du moins).

Les habitants de Hama ont dès lors fortifié les entrées de la ville, dont l’armée s’est aujourd’hui retirée et qu’elle a encerclée de blindés prêts à intervenir en cas de débordement. Le gouvernement, de toute évidence, a choisi d’éviter le bain de sang, par crainte des réactions de la communauté internationale, et, la contestation s’essoufflant partout ailleurs, en dépit de tentatives d’incursion régulières, semble avoir opté pour le pourrissement.

Le vendredi 15 juillet, je suis entré dans Hama, sans être arrêté aux barrages routiers. Dans la ville, déserte, c’est le chaos : voitures et autocars calcinés, gravats, rues fermées par des barricades de fortunes, immondices qui ne sont plus enlevés… L’ordre y est maintenu par des groupes de jeunes en moto qui sillonnent les boulevards.

Très vite, j’ai été entouré par ces jeunes, inquiets de me voir prendre des photographies. Quand j’ai montré mon passeport belge, la situation s’est détendue : « Belgîcaa !, Belgîcaa ! » ; seul observateur étranger sur place (le régime refuse l’entrée dans le pays aux journalistes), j’ai été encadré par ces jeunes qui m’ont fait toute une fête ; j’ai pu me déplacer parmi les manifestants, puis accéder à un haut immeuble, d’où j’ai pris une série de clichés d’ensemble.

Sur la place Asidi, au bas de la grande avenue al-Alhamein, la prière terminée, des milliers de personnes sont sorties des mosquées et ont déboulé de tous les quartiers de la ville. Au cri de « Allah akbar », elles ont invectivé le régime. « Voulez-vous de Bashar ? » ; « Non ! ». Un long cortège a ensuite fait le tour de la place, déployant un drapeau syrien de plusieurs dizaines de mètres. L’armée n’est pas intervenue ; il n’y a pas eu de violence. J’ai ensuite eu l’occasion de m’entretenir avec ces jeunes, qui m’ont demandé de témoigner de leur mouvement.

Le soir même, rentré dans ma chambre d’hôtel, quelle ne fut pas ma surprise de lire la dépêche de l’AFP, qui annonçait un million de manifestants à travers la Syrie, ce 15 juillet, considéré comme la journée ayant connu la plus forte mobilisation depuis le début de la contestation, dont 500.000 à Hama.
A Hama, ils n’étaient, en réalité, pas 10.000.

Cette « information » est d’autant plus absurde que la ville de Hama ne compte que 370.000 habitants. D’autres dépêches ont suivi, tout aussi absurdes : 450.000, puis 650.000 manifestants à Deir ez-Zor, une ville de 240.000 habitants. Je m’y suis rendu ; la ville est l’une des plus calmes du pays.

Certes, les chiffres sont toujours différents, d’une source à l’autre ; ils varient parfois très sensiblement ; et les estimations ne sont pas toujours aisées.

Mais, dans ce cas-ci, il ne s’agit plus d’estimations difficiles ou de variantes ; dans ce cas, il s’agit « d’intox », de désinformation, de propagande. 500.000 manifestants peuvent ébranler le régime ; 10.000 n’ont que peu de conséquence.

Et toutes les « informations » qui sont diffusées sur la Syrie depuis des mois sont du même ordre.

Comment ces 10.000 manifestants ont-ils pu ainsi miraculeusement se multiplier en 500.000 dans les dépêches de l’AFP ?

La source de l’AFP ? Celle qui revient et revient, systématiquement, depuis des mois, dans tous les médias. Celle qui est devenue, peu à peu, quasiment la seule source sur les événements qui touchent la Syrie. C’est l’Observatoire syrien des droits de l’homme (l’OSDH).

Je me suis immédiatement intéressé à cet OSDH. Il ne m’a pas fallu bien longtemps pour découvrir que, derrière cette étiquette aux apparences honorables, comme peuvent l’être des associations telles qu’Amnesty International ou la Ligue des droits de l’homme, se cache une organisation politique, basée à Londres, dont le président, Rami Abdel Ramane, opposant de longue date au régime baathiste, est très connu en Syrie où l’on sait les rapports étroits qu’il entretient avec les Frères musulmans, dont il serait lui-même membre.

C’est cette même organisation, l’OSDH, qui multiplie les vidéos sur Youtube, montrant des « dizaines de milliers de manifestants », dans toutes les grandes ville de Syrie, alors que, si l’on examine ces vidéos, on ne peut compter que quelques dizaines de personnes, filmées en plans rapprochés, qui, certes, donnent une impression de masse, mais ne trompent pas l’œil critique.

Ainsi, depuis plusieurs mois, c’est une réalité imaginaire que les médias diffusent à propos de la Syrie, une réalité revue et corrigée par une source unique sur laquelle personne, semble-t-il, n’a jugé utile de s’interroger.

Cette image d’une Syrie en pleine révolution et d’un parti Baath au bord du gouffre ne correspond en aucun cas à la réalité du terrain, où le pouvoir contrôle la situation et où la contestation s’est considérablement réduite.

Mais, au-delà de cette désinformation relative au cas syrien, il y a plus grave : de manière générale, les leçons de Timisoara, de la Guerre du Golfe ou des événements de Yougoslavie n’ont toujours pas porté. Et les médias, même les plus fiables, continuent de se laisser prendre au piège des dépêches hâtives, sans prendre davantage le temps d’en vérifier ni le contenu, ni l’origine, au risque de servir à leurs lecteurs une réalité virtuelle et de leur construire un monde imaginaire...

Pierre PICCININ

Pierre Piccinin publié parCRM

Professeur d’histoire et de sciences politiques(de retour de Syrie)

http://guerre.libreinfo.org/manipulations/mensonges-de-guerre/109-syrie/652-hama-afp.html

 

 

les

 


2-3 Louis Denghien - Hama : chiffres invérifiables & chœur des vierges

occidentales.

Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, exprime une condamnation « vigoureuse »,

Barack Obama est « horrifié » ,

Alain Juppé exprime sa « très vive préoccupation » ,

Rome parle d’  « acte horrible » et demande à ce que soit saisi le conseil de sécurité des Nations-Unies,

Berlin promet de nouvelles sanctions,

Ankara exige que Damas retienne son armée.

La cause de cette commune émotion diplomatique ?

Dimanche 31 juillet, l’armée syrienne est rentrée dans Hama, la grande ville du nord-ouest du pays, pour y reprendre le contrôle de la situation, des milliers de manifestants de l’opposition maintenant depuis des semaines un climat d’insurrection plus ou moins larvé.

Cette intervention aurait fait une centaine de tués – 95 précisément – et des dizaines de blessés parmi les habitants, lesquels auraient manifesté vendredi – jour de la prière et des rassemblements d’opposants – à hauteur de 500 000 contre le régime de Bachar al-Assad.
Et, afin de singulariser cette nouvelle et de frapper d’avantage les esprits, les médias le baptisent « massacre du Ramadan ».

Quatre remarques, à propos de Hama et d’ailleurs
Tout cela – chiffres impressionnants et invérifiables de tués et de manifestants, imputation de la violence à la seule armée syrienne– a comme un air de déjà vu et lu depuis des semaines. Et une fois de plus, Infosyrie.fr voudrait rappeler des éléments très simples, qui conservent toute leur pertinence nous semble-t-il.

 

1) La totalité des estimations chiffrées de victimes comme de manifestants anti-Bachar, à Hama et ailleurs, émane de « cyberdissidents » toujours établis à l’étranger et s’appuyant, selon leurs dires, sur tout un réseau de correspondants locaux équipés de téléphones, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ont -outre des calculettes « satellitaires »- une réactivité qui défie les lois de l’espace-temps !

La source la plus citée par les agences de presse et les médias occidentaux demeurant Rami Abdel Rahmane et son « Observatoire syrien des droits de l’homme », sur l’identité duquel d’ailleurs le mystère s’épaissit (voir l’article que nous allons mettre en ligne aujourd’hui).

Reste qu’on peut aussi « créditer » dans cette affaire un certain Ammar Qourabi et son « Organisation nationale des droits de l’homme » , sans oublier Abdel Karim Rihaoui et sa « Ligue syrienne des droits de l’homme » et Wissam Tarif  honorable correspondant syrien – à l’étranger – du groupe de pression américain Avaaz (voir « Les superpouvoirs de M. Wissam Tarif » ).
Autant d’associations qui se partagent le marché de l’indignation et des communiqués, et dont il est difficile d’apprécier la représentativité, l’objectivité des rapports et même la localisation.

2) Il y a évidemment des morts, à Hama et ailleurs, mais leur nombre est systématiquement exagéré, et mis au compte des seules forces armées. L’agence officielle syrienne Sana affirme pour sa part que les soldats syriens ont été confrontés, à Hama dimanche 31 juillet, à des groupes armés qui auraient fait au moins deux victimes parmi les militaires. Ces groupes auraient notamment érigé des barricades et incendié des postes de police. Sana cite aussi le témoignage d’un habitant de Hama selon lequel «des dizaines d’hommes organisés en bande armées sont actuellement postés sur les toits des principaux bâtiments de la ville, ils ont des fusils mitrailleurs et ils effraient la population en tirant sans arrêt ».
Propagande ? Il n’y a en tout cas pas de raisons sérieuses d’accorder moins de crédit aux affirmations gouvernementales qu’à celles d’opposants résolus à noircir au maximum le pouvoir syrien et émettant depuis l’étranger.

En ce qui concerne l’existence à Hama de snipers appartenant à l’opposition armée nous renvoyons à la vidéo que nous avons mise en ligne le 20 juillet dernier et qui montre sans contestation possible un policier syrien, victime de tirs adverses.

3) Il n’est pas très « professionnel » de relayer sans réserves aucune – à part de temps à autres la mention « selon des militants » – les chiffres délirants fournis par les cyber-opposants de « 500 000 manifestants » chaque vendredi à Hama, quand on sait que l’agglomération en compte au maximum 700  000.
Il y a certainement des dizaines de milliers de manifestants « réels » contre le pouvoir à Hama, qui a toujours été un bastion de la contestation islamiste, et a subi en 1982, suite à une insurrection des Frères musulmans, une sanglante répression de la part de Hafez al-Assad, dont son fils Bachar a reconnu dans un récent discours qu’elle avait laissé des traces jusqu’à aujourd’hui.

4) Et à ce propos, il est irresponsable – de la part de journalistes prétendant informer leurs lecteurs – de présenter, de façon lénifiante autant qu’inexacte, les manifestants de Hama comme de simples partisans d’une démocratie pluraliste à l’occidentale.

A Hama plus que partout ailleurs en Syrie, ce sont les Frères musulmans qui sont à la manœuvre, eux dont cette ville est un bastion historique, eux qui dominent aussi, de l’aveu des journalistes occidentaux, l’opposition extérieure et radicale au régime syrien. Eux qui semblent bénéficier de la mansuétude des Américains – qui ont envoyé, au mépris des règles diplomatiques communément admises, leur ambassadeur parader au milieu des manifestants de Hama. Des Américains toujours prompts à manipuler – comme en Libye actuellement – tout ce qui sert leur jeu déstabilisateur. Et, précisément, en minorant ou taisant carrément le rôle des islamistes radicaux à Hama et dans le reste du pays, les journalistes du Monde, de Libération, du Figaro ou du Nouvel Observateur font le jeu – consciemment ? – du Département d’Etat américain qui n’a pas renoncé à l’opportunité historique de renverser ou au moins d’affaiblir de façon décisive un pouvoir qui s’oppose à la domestication du monde arabe par Washington et ses alliés, pour le plus grand profit d’Israël.

Tout ceci a déjà été dit et redit sur ce site, mais nous ne craindrons pas de nous répéter aussi longtemps que les désinformateurs, conscients ou instrumentalisés, continueront d’asséner leurs approximations ou mensonges.
M. Obama est « horrifié » par ce qui se passe à Hama ? Mais alors, en toute logique, il doit être plus qu’épouvanté par ce que ses troupes ont fait depuis huit ans en Irak et ce que ses indéfectibles alliés israéliens ont perpétré depuis tant d’années à Gaza, à Jérusalem Est, en Cisjordanie et au Sud-Liban, autant de faits et d’exactions qui, au contraire des « tueries » d’Hama, sont dûment avérés !

Louis Denghien

http://www.infosyrie.fr

 


2-4 Louis Denghien : BHL veut maintenant "sauver" la Syrie.

C’est dans le cadre élégant et éminemment bobo du cinéma Saint-Germain-des-Prés, à un jet de bouchon de champagne du célèbre café des Deux Magots, que le dandy, lobbyiste atlanto-sioniste et imposteur littéraire Bernard-Henri Lévy tenait, lundi 4 juillet (jour de l’Independance day américain, au fait), la réunion de lancement de son assoce-gadget SOS Syrie, en présence de personnalités bien connue pour leur engagement pro-palestinien et pro-arabe en général comme Laurent Fabius, Bernard Kouchner, André Glucksmann, Frédéric Encel, Fadela Amara jouant ici le rôle du harki et Dominique Sopo, patron de SOS Racisme, celui de la potiche antiraciste. 

Naturellement, Infosyrie se devait d’être présent à cette dernière manipulation politico-médiatique bien parisienne, juste avant les vacances.

Choses vues, et entendues.

(Presque) autant de CRS que de participants

La première chose qu’on remarque, c’est la grosse vingtaine de véhicules de CRS qui s’étirent le long du boulevard Saint-Germain puis de la rue Bonaparte : il paraît que l’initiative de BHL et de sa revue atlantiste de langue française La Règle du Jeu a suscité des réactions contrastées dans les milieux arabes de Paris. Devant le cinéma, une centaine de personnes, policiers en civil inclus, certaines lancées dans des débats sur le Proche-Orient.

Dès l’entrée on a l’impression d’un événement mondain autant que politique : il y a des hôtesses qui accueillent les people de l’américano-sionisme parisien, et vont les placer dans le carré VIP de la réunion.

Justement nous descendons dans le cinéma ; on remarque, appuyés contre le mur, quatre ou cinq malabars à l’évidence chargés du service d’ordre (peut-être recrutés par SOS Racisme, partenaire de la soirée). La salle du cinéma contient 208 places assises. Elles se remplissent à peu près toutes, avec le renfort de journalistes, et une cinquantaine de personnes se tiennent debout ou assises à même la moquette. Un rapide coup d’oeil confirme que les Arabes sont en nette minorité dans cette assistance (un peu comme parmi les parrains de SOS Syrie, tiens).

On croise assez vite BHL qui a revêtu sa tenue réglementaire d’intello combattant : costume gris bien coupé, chemise blanche ouverte, brushing de vieux minet et air grave et concerné. Un peu plus loin son alter égo moins élégant André Glucksmann donne une interview à l’un des nombreux micros présents pour cette circonstance minuscule mais néanmoins abondamment relayée.

Un journaliste arabe parle interminablement devant la caméra d’une télévision non identifiée. Assis au dernier rang de la salle, le journaliste de France 2 Philippe Rochot, otage au Liban en 1986, est interrogé par une dame de RFI : il explique que même s’il ne cautionne pas forcément tout ce qui sera dit ce soir, il est content qu’on s’intéresse à la Syrie ; la journaliste lui fait remarquer que la réunion fait l’objet de polémiques ; Rochot admet que les organisateurs de celle-ci sont "assez marqués" , mais bon…

La réunion débute peu avant 21 heures par un film d’une quinzaine de minutes retraçant l’histoire de la Syrie indépendante, et l’on en arrive rapidement à l’actualité : des vues de manifestations, de victimes ensanglantées et de policiers répressifs se succèdent ; bien sûr, il est beaucoup question de Hamza, enfant tombé au cours d’une manifestation à Deraa, et dont le cadavre décomposé est présenté rituellement comme portant des traces de torture (voir notre article Le martyr que trop de gens attendaient) ; on a même droit une petite séquence consacrée au colonel Harmoush, ce déserteur de l’armée syrienne qui prétendait, devant la BBC notamment, avoir sauvé la population  de Jisr al-Choughour, en plaçant des mines anti-chars avec une vingtaine de ses hommes (voir notre article Déserteur et/ou menteur), avant que la même BBC reconnaisse que le colonel était peut-être un déserteur mais surtout un bidonneur : on a les témoins de moralité qu’on peut.

A propos de témoins de moralité, l’actrice Angelina Jolie,  en visite promotionnelle dans un camp de réfugiés syriens en Turquie, a droit à 2 bonnes minutes d’interview : c’est largement suffisant pour qu’on saisisse toute la finesse de ses analyses géopolitiques, et c’est complètement raccord avec la tonalité très fashion de cette soirée de gala SOS Syrie. Naturellement, on nous assène la comparaison de Bachar avec Hitler, ça ne mange pas de pain et ça fait toujours genre…

Incidents

Le film achevé, un collaborateur de La Règle du Jeu annonce les festivités à venir, salue les personnalités présentes, physiquement ou via un message de soutien : Martine Aubry, Bertrand Delanoe, Laurent Fabius, Bernard Kouchner, François Bayrou, Jane Birkin, Xavier Beauvois. Le « maitre-Jacques » de la soirée explique que ce qui a décidé Lévy et ses amis à agir, c’est le « silence assourdissant de la communauté internationale et des grandes consciences » sur la Syrie (on ne doit pas regarder la même télévision !) 

 Il est interrompu par un jeune homme barbu qui dénonce, au nom de l’opposition syrienne, l’escroquerie politique et morale de cette réunion, dont le but n’est pas vraiment de soutenir le peuple syrien : le perturbateur est ceinturé par deux ou trois malabars et évacué sans ménagement vers une sortie, mais continue de hurler son indignation.

 

Un autre pilier de la revue de BHL, Bernard Schalscha, lui succède pour raconter la genèse de l’opération SOS Syrie. Mais cette fois c’est une jeune fille arabe, épaulée par un garçon, qui se lève et crie que les organisateurs de la réunion se foutent bien du peuple syrien, et d’ailleurs elle les désigne franchement comme « sionistes » : elle et son compagnon sont expulsés à leur tour par les gros bras.

Shalscha fait le malin imperturbable : « Quand ces gens-là disent « sionistes », explique-t-il, il faut traduire par « juifs »". Ce qui lui attire une nouvelle réaction depuis le fond de la salle : un type se lève à son tour et dit que « sioniste, désolé, mais ça veut dire sioniste ! » ; le ton est moins agressif, mais ferme ; Schalscha lui demande, un rien menaçant, de se taire ou de partir. Obéissant ou expulsé – nous n’avons pas bien vu – l’intervenant se tait. La réunion peut suivre tranquillement son cours mensonger.

 BHL & son téléphone rouge

A 21h10, BHL monte au micro : pendant un quart d'heure, il explique comment avec une poignée d’amis, il a ressenti la nécessité de faire quelque chose pour ce peuple syrien si sympathique comme il l’avait déjà fait avec André (Glucksmann) et Bernard (Kouchner) pour la Bosnie, la Tchétchénie (un coup de patte à Poutine, soutien de Bachar, au passage) ou encore le Darfour. Et BHL, qui, il faut le reconnaître n’a peur de rien, de citer sa démarche exemplaire pour le cas libyen : « J‘ai passé un coup de fil, au bon numéro, dit-il en substance, et tout est allé très vite ! » Eh oui, un simple coup de fil à son ami Sarkozy, par-dessus la tête du ministre Juppé, et la guerre a aussitôt démarré en Libye, simple mais il fallait y penser ! Lévy-Botul évoque aussi l’engagement solennel pris par sa revue de soutenir la révolution syrienne jusqu’au départ de Bachar al-Assad, et dans l’immédiat d’accueillir les étudiants syriens désireux de poursuivre leur cursus en exil. L’ex-mari d’Arielle Dombasle dit encore que la France est un pays de débats, parfois violent, mais où les gens biens de droite et de gauche savent s’unir pour la bonne cause.

Si tous les gars du petit monde de Saint-Germain-des-Prés pouvaient se donner la main…

L’animateur-modérateur (sic) de la réunion lit ensuite des messages de soutien de Martine Aubry et de Bertrand Delanoe, des « gens biens » de gauche qui, sur ce sujet comme sur d’autres, disent la même chose que les « gens bien » de droite Sarkozy et Bayrou. Tout de même, présidentielle oblige, Martine lance un coup de griffe à Nicolas, coupable d’avoir invité Bachar al-Assad à un récent défilé du 14 juillet.

Tiens, une Syrienne ! C’est Lama Atassi, présentée par BHL comme issue d’une grande famille de Syrie, et en tout cas membre de cette opposition sous influence américaine et sous domination des Frères musulmans, qui a tenu naguère congrès à Antalya en Turquie. Lama Atassi, jeune femme parlant un bon français, explique que son discours a été rédigé avec l’aide des plumitifs de la Règle du Jeu décidément très attentionnés pour les Arabes. Il est, ce discours, sans surprise, maximaliste, appelant au soulèvement anti-Bachar ; Mlle Atassi ne parle pas des Frères musulmans, pourtant présents en force à Antalya, ni d’ailleurs des opposants plus modérés réunis voici quelques jours à l’hôtel Sheraton de Damas.

Peut-être que ça gênait les co-rédacteurs de La Règle du Jeu

Après c’est le réalisateur comblé du film Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois, qui monte à la tribune ; il donne vite le sentiment de moins bien parler le français que Lama Atassi, et bafouille de toutes façons les lieux communs bien pensants qui lui servent apparemment de vision du monde et de la Syrie. Lénine appelait ce genre de compagnon de route des "idiots utiles" . Beauvois, « trop rebelle » comme disent les jeunes, passe des manifestants de Deraa aux sans-papiers en France, espérant que de nombreux réfugiés syriens en obtiennent très vite (des papiers) du gouvernement français.

 Kouchner : une intervention militaire hélas « impensable »

Puis le théoricien du droit d’ingérence, Bernard Kouchner lui-même, prend la parole : de ce ton grave et « inspiré » – un peu le registre Dominique de Villepin – qu’on lui connaît, l’ex-ministre-potiche des Affaires étrangères de Sarkozy crache carrément le morceau : il faut, en renversant Bachar, briser l’axe Hamas-Hezbollah-Damas-Téhéran, trop peu « american & israelian friendly » en quelque sorte. Hélas, reconnaît-il, une intervention militaire en Syrie est impensable, car il n’existe pas de consensus là-dessus à l’ONU (nouvelle allusion perfide à la Russie, autre grand méchant de la soirée).

Kouchner reconnaît aussi que le précédent irakien est plutôt un " mauvais exemple" , qui continue de polluer un peu son concept d’ "ingérence humanitaire ", avec notamment le sort peu enviable des minorités chrétiennes livrées à la haine des extrémistes musulmans.

Bref, c’est mal parti pour faire grand chose contre le régime de Damas, mais Kouchner réclame quand même, pour le principe, le départ de Bachar.

Place à Radwan Badini, professeur d’université et président de « Syria in change for Democracy » (en américain dans le texte), un autre congressiste d’Antalya. Lui parle surtout pour la minorité kurde, dont il est issu. Notamment il dénonce la politique d’immigration arabe du gouvernement syrien en zone kurde qui tend à faire basculer la majorité démographique.

Que pensent BHL et ses séides de cette dénonciation de l’immigration-invasion ? Tout de même, Radwan Badini se réclame d’une Syrie unie, et refuse toute intervention étrangère, même si elle est déclenchée sur simple coup de fil de BHL.

Et voici Jane Birkin, idiote plus trop ravissante et fidèle compagnon de toutes les manips de la bande à Lévy : de sa voix de très vieille petite fille ingénue-bouleversée, elle lit le message d’un opposant syrien de l’intérieur qui parle, entre autres, de filles violées devant leurs mères, d’enfants tués devant leurs parents : un moment d’émotion démocratique.

 

A qui le tour ? A Axel Poniatowski, député UMP, chargé de représenter ce soir, par ordre décroissant d’importance, la droite, le gouvernement et Jean-François Copé. On retiendra de sa péroraison qu’il mélange allègrement les situations de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye, oubliant que MM Ben Ali et Moubarak étaient les meilleurs amis de ses amis américains et israéliens.

A un moment, Axel P. commet un lapsus assez révélateur, dénonçant la « Russie » au lieu de la Syrie ! Sinon, le député sarkozyste déplore comme son ami « Bernard » (Kouchner) qu’une intervention de type OTAN soit impossible en Syrie, regrette que la Ligue arabe refuse de condamner le régime de Damas, mais met tout son espoir de démocrate dans de sévères sanctions économiques et financières.

Puis c’est un nouvel opposant syrien, Ashraf Almmoqdad de Deraa et d’ailleurs, paraît-il, cousin du jeune Hamza, martyr officiel de l’opposition syrienne ; dirigeant d’un syndicat étudiant de Damas, il est le seul à s’exprimer en arabe, mais c’est pour dire peu ou prou la même chose que BHL.

De l’air !

C’est là que nous avons décidé d’interrompre l’expérience, loupant ainsi un message enregistré  de François Bayrou et un prêche « en direct » d’André Glucksmann. Cécile Duflot, des Verts, et Rama Yade, de la "gauche de la droite", se sont, paraît-il, contentées de se montrer.

Nous avons, de toute façon, compris le message de la soirée : Vive la Syrie sous influence atlanto-sioniste !

Nous quittons le cinéma Saint-Germain, pour un soir point de critallisation de l’escroquerie intellectuelle et du mensonge politique, en nous demandant si BHLet ses amis poursuivront leur combat pour une Syrie libre au Café de Flore ou bien chez Lipp.

 

Et puis aussi nous avons une petite pensée triste pour les opposants syriens sincères : à partir du moment où leur cause est prise en main par un Bernard-Henri Lévy, elle est évidemment déshonorée, décrédibilisée, en attendant d’être démodée.

Louis Denghien,

4 juillet

http://www.infosyrie.fr/decryptage/8-minutes-de-reinformation-involontaire-sur-rmc/


2-4 Domenico Losurdo : La Syrie vue depuis l’Irak.

Informations tragiques et détails effarants arrivent de ce pays, mais il est difficile de distinguer entre la vérité et la manipulation, entre les protestations légitimes et les tentatives infâmes de déstabilisation. Il peut cependant s’avérer utile de regarder vers la Syrie à partir non pas de l’Occident mais, par exemple, de l’Irak. L’occasion nous en est fournie par un article de Tim Arango sur l’International Herald Tribune du 30-31 juillet. Lisons :

 « En Irak, la Syrie représente encore quelque chose de semblable à un oasis. Les Irakiens commencent à se réfugier là-bas pour fuir la guerre dirigée par les Usa et le bain de sang de la violence sectaire qui s’en suit. Au cours de la guerre, la Syrie a accueilli environ 300 mille réfugiés irakiens, plus que n’importe quel autre pays de la région (d’après le Haut Commissariat Onu pour les réfugiés).

Ces jours-ci (1er août 2011),  même si la Syrie doit faire face à ses désordres, rares sont les Irakiens qui rentrent chez eux. En effet, les Irakiens qui partent pour la Syrie sont beaucoup plus nombreux que ceux qui rentrent dans leur patrie ».

Les Irakiens fuient non seulement pour laisser derrière eux la guerre qui continue à sévir, mais aussi parce qu’ils n’en peuvent plus d’un pays caractérisé par l’inefficience et la corruption des services publics. Oui, « la Syrie est vue comme un pays où il est meilleur de vivre ».

Interrogés par l’International Herald Tribune, les Irakiens s’expriment avec simplicité et efficience. Se référant à la Syrie, ils disent : « Là-bas la vie est belle, là-bas les femmes sont belles » (il n’y a pas d’obligation de port du voile). En tous cas, « il y a là-bas une chose importante : liberté et sécurité partout ». C’est à partir de cette conviction diffuse que, « à cause des vacances estivales, le nombre des personnes qui abandonnent l’Irak  pour la Syrie a augmenté ».

Mais que disent ceux qui se sont déjà établis dans ce pays (on présume dans les régions les plus tranquilles) ? Interrogé, toujours, par le quotidien étasunien, un Irakien témoigne : en effet, à la télévision le spectacle qui est offert de la Syrie est assez inquiétant, mais « quand je téléphone à ma famille, ils me disent que tout est ok » !

Le cadre ici tracé est certainement unilatéral et excessivement rose. Mais ceux qui, après avoir déchaîné la guerre et avoir provoqué directement ou indirectement des dizaines et dizaines de milliers de morts, ont réduit l’Irak à des conditions, aujourd’hui encore, catastrophiques au point de faire apparaître la Syrie comme un « oasis », ceux-là n’ont de leçons à donner ni à l’un ni à l’autre de ces pays. Pour rester au Moyen-Orient : ceux qui, alors qu’ils continuent à bombarder la Libye, sans hésiter à massacrer les journalistes et les techniciens de la télévision de ce pays, prétendent donner des leçons sur les « droits humains » et rêvent d’une nouvelle « guerre humanitaire », ceux-là démontrent qu’ils ont perdu jusqu’au sens de la pudeur et du ridicule.

Domenico Losurdo 

Edité sur le blog de l’auteur le 1er août 2011.
http://domenicolosurdo.blogspot.com/
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio