Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

01/05/2012

n°2 - Journal du Mali - 20-04 au 30-04 - : a1 : - Le Mali, une terre riche, un Etat endetté…


Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources



       Journal du Mali

                     n°2                                      20-04 au 30-04

    Par C.Debroeder &  M.Lemaire

 



Le journal du Mali se retrouve

a) sur nos  blogs : http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                               http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

c) sur le site de Eva Resis : no-war.over-blog.com

d) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

e) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-              solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire

Tiré à part

Fatma Kassoul, Michel Collon, Mouâd Salhi :Le Mali, une terre riche, un Etat endetté…

1 Mali occupé.

Almanar : Pour l’Ex-directeur de la DST Yves Bonnet: : "Sarkozy est responsable du chaos en Libye et au Mali."

2 Surle terrain

2-1 Des Canons ... pas du beurre

Le MNLA gagne du terrain face à une armée malienne faible , ATT est-il contraint de négocier ?

do : Réponse à ACTUS sur le Mali et la "rebellion Touareg" du MNLA.

3  Politique internationale - Les alliés de l'opposant

a) Usa

Les grandes manœuvres

Nile Bowie : Washington et la déstabilisation politique de l'Afrique : Après le coup d'État, une guerre séparatiste menace le Mali.

b) France

Chien Guevara : Mali, révolte touareg : et si l’on parlait vrai ?

4 Dossier

4-1 Amy Goodman : Mali, un pays pris dans un jeu d’échec .

4-2 Jeune Afrique : Nord-Mali : comment éviter un nouvel "Afghanistan", au cœur du Sahel

5 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net 

5-1 Investig’Action :Ruée vers l’or au Mali. Qui accourt ?

5-2 Salima Tlemçani : De l’autre côté de l’oued, les réfugiés maliens livrés à la misère.

6  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

6-1Comaguer : GROS APPETITS POUR LE SAHEL

6-2 Odile Tobner: Le Mali dans l’œil du cyclone.

6-3 Mountaga Fané Kantéka : LE MALI, VICTIME DU POISON DÉMOCRATIQUE.



Tiré à part

Fatma Kassoul, Michel Collon, Mouâd Salhi :Le Mali, une terre riche, un Etat endetté…
Le Mali possède de nombreuses ressources naturelles allant des mines d’or jusqu’aux innombrables rizières. Paradoxalement le peuple malien mange un riz industriel venant de l’Orient… Investig’Action s’est entretenu avec Eric Pauporté, spécialiste du Mali. Il nous a éclairé sur la question et nous a demandé de veiller au grain…

L’attitude du pouvoir politique malien et le contrôle de la région par la France s’expliquent-ils par le problème du contrôle des richesses et de l’indépendance économique du Mali ?

Effectivement, il y a un contrôle autant politique qu’économique. C’est toute la politique enjointe par la France et le FMI avec son réajustement structurel qui a barré la route aux développements possibles.

Qu’est-ce que le FMI a dit au Mali et dans quelles circonstances ?

Le marché mondial a provoqué un appauvrissement du pays par étranglement. Un des mécanismes d’étranglement était la spéculation sur le coton. Dans les années nonante, le FMI a engagé le Mali dans une production à grande échelle de coton pour l’exportation. Le marché mondial a réduit fortement le prix du coton malien. Cette spéculation a endetté le Mali. Ils se sont tournés vers le FMI qui leur prêtait de l’argent sous les conditions de sacrifier tous les investissements publics et de s’ouvrir à l’investissement étranger.

 Résultat, toutes les richesses et ressources naturelles ont été bradées. Le chemin de fer a été vendu à une compagnie canadienne pour 107 millions de Francs CFA, autant dire rien du tout. C’est un pillage ! Pour ce qui est des mines, les multinationales ont acheté les terres aux paysans à 54€ pour 7 hectares. Les paysans se retrouvent sans rien après.

Et qui achetait ces terres ?

Morila SA, c’est la société d’extraction qui appartient à Anglogold issue du consortium Anglo American et à Randgold qui appartient à Oppenheimer-Debeers (monopoliste sud-africain).

Avec quels intérêts ?

L’intérêt est le contrôle total du pays. Le Mali est disséqué. Regardez la carte minière du Mali. C’est un territoire qui a été privatisé et repartagé comme un gâteau entre les multinationales.

Que pouvez-vous nous dire sur l’Office du Niger ?

L’Office du Niger est la régie des terres de rizières dans le delta intérieur du Niger non loin de la ville de Ségou. Cet Office appartient à l’Etat. Il y a une énorme plaine très bien irriguée par le Niger se trouvant en aval du barrage de Markala. La plaine a un potentiel de production de riz de plus d’un million d’hectares. Elle a la capacité de nourrir toute l’Afrique de l’Ouest ! L’Office du Niger a la responsabilité d’entretenir toute cette plaine.

Les paysans ont-ils le droit d’exploiter cette plaine ?

Oui, ils peuvent exploiter ces terres à condition de louer. Concrètement, ils payent une redevance sur l’entretien du réseau d’irrigation. Ces taxes sont coûteuses et ne servent qu’à remplir les poches des personnes qui sont au pouvoir. En plus de toute l’infrastructure qui accompagne l’Office : il y a des usines d’engrais, des usines d’huiles extraites à partir des noyaux de coton.

Toutes les infrastructures du domaine public ont été liquidées. Aminatou Toumani Touré, le président déchu, les a vendues les unes après les autres pour pas un sou aux multinationales et aux fonctionnaires corrompus. Dans toutes ces terres vendues, le pouvoir a chassé les paysans par milliers.

Comment les paysans ont-ils vécu cela ?

Cela a éveillé un mécontentement énorme. Il y a eu des luttes armées. Un des élus locaux, du parti SADI (opposition de gauche) a été assassiné juste après l’élection. Après cela, une loi a été érigée sur la réforme agraire. Elle consiste à donner un titre de propriété d’une terre à qui la revendique. Traditionnellement, les terres appartiennent à la collectivité. Mais comme les paysans sont endettés, ils ne peuvent que les vendre, c’est un cercle vicieux !

Propos recueillis par Michel Collon, Mouâd Salhi et Fatma Kassoul

Pour Investig'Action michelcollon.inf



1 Mali occupé.

Almanar : Pour l’Ex-directeur de la DST Yves Bonnet: : "Sarkozy est responsable du chaos en Libye et au Mali."

L’ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST), un service de renseignements du ministère de l'Intérieur, Yves Bonnet, a accusé  le président Nicolas Sarkozy d’être responsable «  du chaos en Libye, au Mali », soulignant que " le manque de confiance entre l'Algérie et la France a aggravé la situation dans la région de la côte de l'Afrique ".

Dans  une interview accordée au quotidien  algérien alAkhbar, Bonnet a jugé que "l’Afrique fait l’objet de perturbations sécuritaires de plus en plus dangereuses en raison du chaos provoqué en Libye, et dont  les parties responsables sont bien connues à savoir  l'OTAN et la France. Or, ces derniers n’ont pas tenu compte de quelque chose de grave, celui de  réfléchir sur les résultats d’une intervention dans les affaires d'un Etat quel que soit la nature de son régime".

Il a souligné qu’ "en politique, il est impératif de s'assurer que le règlement que nous cherchons dans une quelconque situation esera de loin meilleur que la situation elle-même, autrement dit  dans le cas de la Libye, je pense que la situation d’avant était bien meilleure que celle d’aujourd'hui."

Directeur du DST entre 1982 et 1985, Yves Bonnet connaît bien la Libye et les Libyens, c’est pour cela il affirme que "la Libye était un pays bien géré et a réalisé des progrès sociaux importants, voire que  les Libyens étaient parmi les peuples les plus riches du Maghreb et maîtrisaient l’art de bien traiter avec autrui, sans compter qu’ils baignaient dans la paix et la sécurité, et donc  la situation qui leur a été imposée est tout à fait différente de ce qu’elle était auparavant".

Et de poursuivre :"qu’au cours de sa visite l’an dernier à Benghazi et à Tripoli, durant laquelle il était accompagné par les membres d’un centre qui s’intéresse aux questions sécuritaires, nous avons exprimé de sérieuses préoccupations envers l'extrémisme islamique croissant et mis en garde contre la fragmentation de l'Etat ".

Yves Bonnet a accusé "le gouvernement du président Nicolas Sarkozy et l'OTAN d’avoir entraîné la Libye dans un chaos et une perturbation sans précédent ", soulignant que "ces deux parties savaient parfaitement la taille des conflits tribaux là-bas et ses conséquences dans le cas où le pays sortait de sa stabilité".

Pour ce qui est du Mali, l’ancien DST a mis en garde contre la présence d’Al-Qaïda en Lybie: "Nul doute que certaines parties en Libye sont contrôlées par Al-Qaïda, or cette dernière a implanté un homme dans une région vitale, ce qui est dangereux non seulement pour la Libye, mais pour tous les pays dans la région" !  

Interrogé sur la nécessité d’une intervention militaire étrangère au Mali pour résoudre la crise, Bonnet n’a pas exclu cette option mais ne l’a point encouragée en raison de la gravité de ses conséquences, surtout que « les pays dans la région du Sahel sont confrontées à des situations  de plus en plus difficiles,  et que cette région est une zone de confluence des civilisations, ainsi la civilisation bédouine et celle des nomades autochtone n'ont pas réussi à trouver un état d'harmonie ».

Enfin, l’ex-DST a mis en garde contre une marginalisation du rôle de l’Algérie : « La plus grande erreur qu’a commis la France, c’est qu’elle a oublié que  Algérie est aussi un Etat du désert du Sud, et donc un partenaire incontournable ».

"On peut trouver des solutions aux problèmes de la région sous influence française, en créant une entente ou un accord entre l'Algérie et la France, sans que cela n’évolue en un problème plus complexe, surtout si les deux pays n’ont pas confiance l’un dans l’autre. Malheureusement, la France n’a pas confiance en Algérie, et non l’Algérie", a ajouté Yves Bonnet .

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=59859&cid=21&fromval=1&frid=21&seccatid=61&s1=1



2 Surle terrain

2-1 Des Canons ... pas du beurre

Le MNLA gagne du terrain face à une armée malienne faible , ATT est-il contraint de négocier ?

Depuis les premières opérations du 17 Janvier à Ménaka et dans la région de Kidal ,le MNLA(mouvement national pour la libération de l’Azawad) n’a cessé de faire parler de lui .

Les autorités maliennes tous comme la communauté internationale ont pris à la légère ce mouvement qui s’érige aujourd’hui en une force qu’il faut prendre au sérieux.

En effet la naissance de ce mouvement n’est que la conséquence logique des bombardements de l’OTAN sur la Libye qui ont finis par mettre fin au régime du guide libyen Kadhafi qui a été un acteur important dans le maintien de la paix dans les pays qui compose le Sahel .La chute du régime de Kadhafi a permis à plusieurs groupes de s’emparer d’armes lourdes ,groupes parmi lesquels des Touaregs qui avaient combattu a Sebha au côté de l’armée libyen et l’un des chefs de ces groupes Touaregs Mohammed Ag Najem colonel dans l’armée libyen est rentré au Mali pour lancer la plus grand rébellion armée touareg que le Mali n’a jamais connu.

Il faut cependant souligner que les responsabilités liés au déclanchement de cette rébellion sont partagées entre plusieurs acteurs .D’abord il s’agit de dégager la responsabilité des puissances impérialistes qui ont menés cette guerre contre Kadhafi sans mesurer les conséquences pour les pays voisins de la Libye ,il y a aussi la responsabilité du CNT qui a aveuglement mené sa révolution sans sécuriser les frontières ,Kadhafi est également responsable pour avoir permis le pillage des dépôts d’armes ,il y a aussi la responsabilité du Niger et de l’Algérie qui ont laissés ces rebelles passés par leurs frontières car le Mali ne fait pas frontière avec la Libye ,et enfin la responsabilité des autorités maliennes à la tête desquelles le président Toumani Touré qui a fait preuve de naïveté en laissant des hommes lourdement armé rentrer dans le territoire malien .ATT aurait dû faire comme le président Nigérien ,désarmer les rapatriés de la Libye avant de les laisser franchir les frontières. ATT est aujourd’hui en train de payer le prix de ces passivités dans la sécurisation de son pays mais aussi des pays voisins notamment dans la gestion des menaces terroristes des islamistes d’AQMI, des rebellions touareg ,et des trafiquants de drogue.

Sur le terrain le Mali a face lui un MNLA différent des autres mouvements de rébellion ,d’abord de par sa puissance militaires mais aussi de par ses revendications qui ne se limitent plus cette si fois si à l’insertion des populations du nord ou à des questions d’emplois ou économiques, mais l’autonomie totale de la région de l’Azawad avec la création d’un nouvel État pour les Touaregs comme promis par la puissance coloniale française depuis la pénétration coloniale .Le massacre d’Aguelhok ,la prise du camp militaire d’Amachach et toute la ville de Tessalit, Libération de la Ville de Goudam (Région de Tinbouctou),contrôle d’un Camp d’Entraînement de la milice militaire malienne à Soudere-Gourma,…le MNLA contrôle désormais plus 1/3 du territoire maliene et envisage de prendre le contrôle de Kidal ,Ménaka et Tombouctou pour avoir un contrôle effective sur l’Azawad dont il réclame .Ce qui est dramatique c’est que l’armée malienne est incapable de bloquer cette marche vers la séparation mettant ainsi en cause la souveraineté de l’État malien qui est à la limite ridiculiser par les fuites de son armée ,par des morts et prise d’otage au sein de cette armée.

Soutenu par le mouvement islamiste touareg Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali et AQMI(Al-Qaïda au Maghreb Islamique),le MNLA est plus que jamais en position de force et contraint les autorités maliennes à la négociation. Il est évident que avec toutes ces villes prises par le MNLA ,les otages et les morts dans le rang de l’armée malienne ,les soutiens internes et externes dont bénéficie le MNLA ,les milliers de maliens ayant fuient les combats et refugiés dans des camps au Niger ,au Burkina Faso ,en Mauritanie et en Algérie, et avec l’approche des élections ,le président malien est aujourd’hui obligé de négocier avec les rebelles. Mais la grande question qui se pose est négocier sur laquelle base car les autorités maliennes insistent sur le fait que la souveraineté du Mali n’est pas négociables alors même que c’est là que se trouve la principale revendication des rebelles.

ATT doit-il concéder la souveraineté de son pays à une force africaine pour mettre fin au MNLA ?

ATT doit-il négocier avec le MNLA sur une décentralisation plus poussée avec une réelle autonomie et insertion des populations du nord ?

ATT doit-il accepter la création de l’État touareg ?

ATT fait-il preuve de passivité exprès pour se maintenir au pouvoir ?

L’État touareg naitra-t-il un jour ?,les jours à venir nous édifierons d’avantage sur ces questions que beaucoup se posent aujourd’hui.

ttp://www.jeunessafricaine.blogspot.fr/search?updated-min=2012-01-01T00:00:00-08:00&updated-max=2013-01-01T00:00:00-08:00&max-results=12

13-01


do : Réponse à ACTUS sur le Mali et la "rebellion Touareg" du MNLA.

(qui est en fait une alliance de diverses tribus du nord du Mali, et pas seulement des Touaregs) : 

La CEDEAO, c'est-à-dire l'impérialisme français, vient de décider de l’envoi immédiat de troupes au Mali pour sauver son "intégrité territoriale" !

    Salut à toutes et à tous, 

Je pense qu'ACTUS, qui croit que les Touaregs du nord du Mali sont alliés à l'impérialisme français, se trompe totalement sur ce qui se passe au nord du Mali. 

Les Touaregs étaient dans le camp de Kadhafi, et ils se sont battus  en Libye contre al-Qaïda, contre l'OTAN et contre la France, afin d'aider la Libye Verte de Kadhafi. 

Je suis dans le camp des Touaregs, a priori, depuis bien avant la guerre de Libye : 

http://mai68.org/journal/N28/11janvier2000.htm

J'ai été confirmé dans mon soutien aux Touaregs quand je les ai vu soutenir Kadhafi. Pour ce faire, ils se sont battus entre autre contre al-Qaïda. Et aujourd'hui, la télé française veut nous faire croire que les Touaregs sont alliés à al-Qaïda ? Je n'en crois rien !

Et on ne peut pas raisonner sainement quand on ne sait pas qu'AQMI appartient aux services secrets français. En voici les preuves :

http://mai68.org/spip/spip.php?article1372 

Les nomades Touaregs sans frontière ont toujours été considérés comme des ennemis par les sédentaires colonialistes occidentaux fabriqueurs de frontières artificielles telles que, par exemple, celle du Mali (Le Mali n'est pas une création malienne, le Mali est une création française !).

Aussi, tenant compte de tout ça...

Comment va-t-on s'y prendre pour me faire croire que les Touaregs sont aujourd'hui au service de l'impérialisme français au Mali, dès le lendemain qu'ils viennent de le combattre en Libye ? Je n'en crois rien ! : 

http://mai68.org/spip/spip.php?article4015 (Regarder en particulier la seconde vidéo)

Par ailleurs, j'apprends aujourd'hui 27 avril 2012 que la CEDEAO, c'est-à-dire l'impérialisme français vient de décider de l’envoi immédiat de troupes au Mali pour sauver son "intégrité territoriale" :

http://mai68.org/spip/spip.php?article4052

Après ça, il est d'autant plus impossible de continuer à soutenir que l'impérialisme français et le MNLA (alliance des Touaregs et d'autres tribus du nord du Mali) soient dans le même camp.

Il faut se renseigner à la source :

http://www.mnlamov.net

Bien à vous,

do

http://mai68.org/spip



3  Politique internationale - Les alliés de l'opposant

a) Usa

Les grandes manœuvres

Nile Bowie : Washington et la déstabilisation politique de l'Afrique : Après le coup d'État, une guerre séparatiste menace le Mali.

KUALA LUMPUR – Alors que la communauté internationale et les membres voisins de la Communauté économique des États d'Afrique occidentale (CEDEAO) condamnent le coup d'État militaire au Mali, mené par des protagonistes inexpérimentés, des milliers de personnes ont pris les rues de la capitale malienne de Bamako en appui à la nouvelle junte. Les citoyens brandissaient des pancartes et des banderoles affichant: « À bas la communauté internationale » et « À bas Sarkozy », en chantant des slogans à la gloire du chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo. [1]

Bien que Sanogo ait visité les États-Unis à plusieurs reprises après avoir été choisi par le Pentagone pour participer à un programme international d’éducation et d’entraînement militaire parrainé par le département d'État étasunien [2], les représentants des États-Unis ont appelé les dirigeants du coup d'État au Mali à démissionner et permettre la tenue d'élections.
Le porte-parole du département d'État étasunien Mark Toner a menacé l'État indigent d’Afrique de l'Ouest d’un embargo diplomatique et financier substantiel  si le pouvoir n'est pas retourné au président évincé Amadou Toumani Touré dans les soixante-douze heures. [4] Alors que la moitié de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour [5], l'imposition de sanctions économiques pour ce pays enclavé et dépendant de l’importation conduira inévitablement à une plus grande instabilité sociale et à des troubles civils. Puisque la probabilité d’un embargo nourrit davantage les conditions guerrières dans un milieu appauvri depuis longtemps, le bloc de la CEDEAO a mis ses troupes en attente près des frontières du Mali et elles sont prêtes à intervenir si la situation se détériore [6]. Au cours de la crise en Côte d'Ivoire en 2010-2011, les forces fidèles à Alassane Ouattara, soutenu par les Français, ont entrepris une vaste campagne d'atrocités contre des civils [7], un autre rappel du danger que posent les invasions militaires précipitées de la communauté internationale dans les régions africaines en crise.

Tandis que les États-Unis et d'autres soulignent l'importance du retour à l'ordre constitutionnel et que les Maliens appuient la junte, la solidité des institutions démocratiques renommées du Mali semble très discutable. La justification principale du  coup est la réponse inadéquate du gouvernement civil à une campagne permanente des Touaregs en faveur du séparatisme dans le nord du Mali, bien que le désarroi récent à Bamako ait suscité la progression régulière des milices armées touaregs vers le sud. Sous la bannière du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), les milices armées auraient saisi la région nord-est de Kidal, incitant l'armée malienne, mal équipée, à abandonner ses positions stratégiques au nord. [8] Les Touaregs sont un groupe ethnique minoritaire traditionnellement nomade et rural d’environ 1,5 millions de personnes cherchant à se séparer de la république du Mali et à former une nation indépendante appelée Azawad. Ce groupe vit dispersé sur un territoire traversant les pays du Sahel et du Sahara, largement exploité par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Même si l’on a imputé aux Touaregs la déstabilisation dans le nord du Mali, il est davantage probable qu’AQMI soit à l'origine de l'activité des insurgés dans la région [9]. Le MNLA a déclaré que l'objectif de sa campagne pour l'indépendance est de développer un bastion pour se protéger de la violence d'AQMI, tandis que Bamako a affirmé que le MNLA cherche à fonder un État islamiste strict en partenariat avec l’AQMI [10]. Après la chute de Kadhafi dans le théâtre de guerre libyen de l’OTAN, des combattants touaregs armés maliens et nigériens ont été vus descendant dans le Sahara à bord de camions de l’armée Toyota Salut-Lux utilisés par les rebelles libyens affiliés à Al-Qaïda [11]. Bien qu'il puisse être difficile de distinguer les véritables protagonistes de la violence dans le nord du Mali, la résurgence de leur activité s’est grandement intensifiée en raison de leur accès aux mortiers, aux mitrailleuses, aux armes antichars et antiaériennes appartenant initialement au Groupe islamique combattant en Libye (GICL), une organisation radicale [12].

La présence d'un second groupe séparatiste dominé par les Touaregs, Ancar Dine, complique davantage la situation. Le mouvement cherche à imposer la charia dans tout le nord du Mali et est dirigé par Iyad Ag Ghaly, une personnalité salafiste éminente, soupçonnée d'avoir des liens avec une filiale d’AQMI d'Ayman al -Zawahiri, dirigée par son cousin Hama Ag Hamada [13]. Comme les séparatistes contrôlent désormais un tiers du Mali, une crise alimentaire est à venir dans la région du Sahel et du Sahara alors que près de 80 000 réfugiés demandent l'amnistie dans les pays voisins, dont l'Algérie, le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso [14]. Comme le groupe militant Ancar Dine semble réclamer le contrôle de régions attribuées auparavant au MNLA [15], leur avance pourrait avoir de plus grandes implications, pouvant déstabiliser la région de façon drastique.

Avec la possibilité accrue que des soulèvements généralisés comme ceux du printemps arabe surviennent dans la région du Sahel, un afflux de réfugiés mettra une pression supplémentaire sur l'Algérie et le Niger. L'Algérie pourrait être déstabilisée davantage si la situation sécuritaire continue de se détériorer au Mali et la France pourrait se sentir obligée d'intervenir dans les affaires de ses anciennes colonies, comme on l’a vu malheureusement en Côte d'Ivoire. Il y a un parallèle entre la crise au Mali et les événements en cours au Nigeria, une nation aux prises avec les activités des insurgés islamiques séparatistes de Boko Haram au nord. Compte tenu de l'instabilité politique à Abuja, un coup d'État orchestré par des officiers de grades inférieurs contre le président nigérian Goodluck Jonathan basé sur le modèle malien ne serait pas impensable. Au moment où la Banque mondiale et la Banque africaine de développement suspendent toute aide au Mali, une certaine forme d'intervention militaire est concevable si les appels du Conseil de sécurité pour le « rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel et du gouvernement démocratiquement élu » ne sont pas respectés [16].

Alors que les voisins du Mali menacent de recourir à des sanctions et à la force militaire pour renverser l'actuel Comité pour la réinstauration de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDR) dirigée par le capitaine Amadou Sanogo [17], la junte a dévoilé une nouvelle constitution garantissant la liberté de parole, de pensée et de mouvement [18]. Sanogo a promis de ne pas s'accrocher au pouvoir et de mettre en place des élections démocratiques lorsque l'insurrection touareg sera maîtrisée. Ceux qui ont pris part au coup d'État ne pourraient pas participer aux élections [19]. L'afflux d'armes découlant du changement de régime de l'OTAN en Libye a créé de nouvelles perspectives désastreuses favorisant une guerre civile au Mali, où les parties seraient lourdement armées. Il reste à voir comment le bloc de l'OTAN réagira si le CNRDR refuse les appels à démissionner et s'engage dans un interminable conflit avec les séparatistes islamistes. Comme l'armée américaine s’oppose à l’Armée de résistance du Seigneur en étendant sa présence militaire par le biais d’AFRICOM en République démocratique du Congo, l'aggravation de la situation au Mali et au Nigeria fournit une justification supplémentaire pour l'intervention étrangère et l’exploitation de la guerre.
Article original en anglais :

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca
Notes

[1] Mali: des milliers de manifestants soutiennent la junte, comprise en vue, AFP March 28, 2012

[2] Leader of Mali military coup trained in U.S., Washington Post, March 25, 2012

[3] US calls for Mali coup leaders to step down, CNN March 30, 2012

[4] Ibid

[5] Human Development Indices, United Nations Development Programme, 2008

[6] Mali coup: African Spring Russia Today March 29, 2012

[7] Côte d’Ivoire: Ouattara Forces Kill, Rape Civilians During Offensive, Human Rights Watch, April 9, 2011

[8] Tuareg rebels force Mali army out of North, World News Australia, March 31, 2012

[9] Mali's muti

 Nile Bowie

Nile Bowie est un auteur indépendant et photojournaliste vivant à Kuala Lumpur, en Malaisie, il contribue régulièrement au site de Tony Cartalucci,  Land Destroyer Report, et à celui du professeur Michel Chossudovsky, Global Research. Twitter: @ NileBowie

Nile Bowie est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Nile Bowie publiés par

Mondialisation.ca,

Le 4 avril 2012


b) France

Chien Guevara : Mali, révolte touareg : et si l’on parlait vrai ?

DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DE L’AZAWAD (Vendredi, 06 Avril 2012 02:24) NOUS, PEUPLE DE L’AZAWAD,

Par la voix du Mouvement National de Libération de L’Azawad après concertation avec : Le Comité Exécutif, Le Conseil Révolutionnaire, Le Conseil Consultatif, L’Etat-Major de l’Armée de Libération, Les bureaux régionaux Rappelant les principes du droit international et les principaux instruments juridiques internationaux régissant le droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes, notamment, la charte des Nations Unies en ses articles 1 et 55, les dispositions pertinentes de la déclaration internationale des droits des peuples autochtones ; Considérant, la volonté explicitement exprimée dans la lettre datée du 30 mai 1958 adressée au président français par les notables, guides spirituels de toutes les composantes de l’AZAWAD ; Considérant qu’en 1960, à l’occasion de l’octroi de l’Indépendance aux peuples Ouest-Africains, la France a rattaché sans son consentement l’AZAWAD à l’Etat malien qu’elle vient de créer ; (...)

Lire la suite :http://www.legrandsoir.info/mali-revolte-touareg-et-si-l-on-parlait-vrai.html» (long article)

Chien Guevara



4 Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information 

4-1 Amy Goodman :Mali, un pays pris dans un jeu d’échec
Devant la difficulté croissante d’obtenir des informations sur ce qui se passe réellement au Mali, il nous parait primordial de donner la parole aux vrais connaisseurs de la situation. Dans une interview accordée au programme Democracy Now ! Firoze Manji explique dans les grandes lignes la réalité malienne. Firoze Manji anime le site Pambazuka News qui traite de la justice sociale en Afrique. Ex-directeur d’Amnesty International en Afrique, il vient de publier, en anglais, le livre 'Un livre : Le réveil Africain : les révolutions émergentes.'

 

Quelques extraits de cette interview :

 

Amy Goodman : Pouvez-vous nous parler de la signification des propos du Président Malien lorsqu’il dit qu’il démissionne, et quel est l’enjeu derrière tout cela ?

 

Firoze Manji : Je ne pense pas que cela soit aussi dramatique qu’on veut nous faire croire. Même si le coup d’état n’avait pas eu lieu, il était obligé de se retirer en avril de toute manière. Je ne pense pas qu’il avait beaucoup de choix. Cela faisait probablement partie des négociations avec les officiers militaires qui se sont emparés du pouvoir. Et donc, je n’attacherais pas une grande importance à cela.

Je pense que ce qui est plus sérieux, ce sont les menaces venant des communautés économiques pour l’Occident – ou les Etats Africains Occidentaux, la CEDEAO – qui menacent d’entrer militairement au Mali. Et s’ils le font, cela pourrait causer une situation tragique.

Je pense que ce que nous avons au Mali est une situation très complexe. Vous avez, d’un côté, des officiers de rang moyen démobilisés, qui n’ont pas d’objectifs ou de plan précis de ce qu’ils veulent. On sait qu’ils sont démoralisés par la défaite qu’ils ont essuyée lors du Mouvement National pour la libération des Azawad, que les gens appellent communément Touaregs. Et ils ont actuellement pris la moitié du territoire du Mali. Mais cela est une partie de leur territoire traditionnel. Et ils ont maintenant organisé un cessez-le-feu. Ils ont occupé le territoire. Ils ont gagné ce qu’ils voulaient.

Cependant, la situation est beaucoup plus compliquée, à cause de mouvements comme Al Qaida au Maghreb, AQMI, qui ont été les porteurs de toutes sortes d’activités terroristes – et le porte parole des Nations Unies prétend que c’est le mouvement Azawad qui a perpétué toutes ces attaques terroristes. La réalité est bien différente. Selon des fuites récentes de WikiLeaks, le gouvernement malien a été très proche d’AQMI, dans le but de miner les efforts du peuple Azawad dans leur lutte pour l’indépendance.

 

Amy Goodman : - Pouvez-vous expliquer comment la Lybie et la chute de Kadhafi entre en ligne de compte et parler de qui sont les rebelles touaregs – pour certains, c’est la première fois dont ils en entendent parler.

 

Firoze Manji : Oui, Et bien, il y a eu beaucoup d’articles dans les médias, de publications, faisant allusion au fait que Kadhafi était membre de cette rébellion en particulier. Mais en réalité, ce mouvement a été organisé depuis un certain temps. Il y a certainement de nombreuses personnes que Kadhafi a entrainées dans son armée qui est issue de la population appelée Touareg. Et beaucoup d’entre eux sont retournés dans le mouvement après l’effondrement de la Libye. La moitié d’entre eux a certainement rejoint la rébellion touarègue, mais l’autre moitié est en fait à Bamako, la capitale du Mali, et a rejoint l’armée malienne, en prétendant être Maliens. Donc, il n’est pas très clair que ceux qui viennent de Lybie font désormais partie du mouvement de libération nationale.

 

En ce qui concerne les Touaregs, ce sont des gens qui ont occupé de larges régions d’Afrique. Ils se situent au Maroc, en Mauritanie, au Burkina Faso. Ce que nous devons comprendre, c’est que ce sont des bergers de bétail. Ce sont des gens qui sont nomades traditionnellement, qui bougent, et qui ont été incorporés au Mali à cause du gouvernement colonial français, qui a tout simplement divisé le territoire en fonction des ressources qu’il voulait exploiter. Et il faut se rappeler que le Mali a de très bonnes sources d’or, aussi bien que de gaz et de pétrole.

 

Donc, les Touaregs sont reliés à une grande communauté de gens qui s’étend du Nord de l’Afrique à beaucoup d’autres parties d’Afrique de l’Ouest. Ils demandent à avoir leur propre Etat, ce qui n’est pas déraisonnable, et ils sont nombreux à essayer de former un mouvement pour libérer leur territoire. La communauté internationale à renié leurs attentes. Ils ont été reniés par le gouvernement français. Dans les faits, les Etats-Unis ont une présence militaire dans cette zone, appelée AFRICOM. Et il n’y a pas doute qu’ils sont actifs pour empêcher les agissements du mouvement de libération nationale, le mouvement des Azawed, pour les empêcher d’atteindre une quelconque forme d’indépendance.

 

Amy Goodman : Quelle est la relation entre la formation américaine AFRICOM et la formation africaine, le CEDEAO, les nations africaines, et l’organisation des Etats d’Afrique de l’Ouest ? 

Firoze Manji : Officiellement, aucun des pays africains, à part le Libéria, et plus récemment, la Libye, ont officiellement accepté la présence de AFRICOM et de la présence militaire en Afrique. Bien que les positions officielles soient ainsi, en pratique, AFRICOM a été présente dans cette région depuis de nombreuses années. Ils ont certainement été actifs en Algérie, au nord du Mali, et ils ont certainement une présence dans d’autres pays africains. Imaginez que les troupes kenyanes occupent une partie des Etats Unis, je ne pense pas que la population américaine sera contente. Et je pense que la population africaine a la même réponse : elle refuse la présence de troupes étrangères sur son territoire.

 

Amy Goodman : Et comment le Mali entre-t-il en ligne de compte dans ce qui se passé au Sénégal ? 

Firoze Manji : L’ex-président du Sénégal, Abdoulaye Wade, a tenté de changer la constitution pour la 16ème fois pour s’assurer de remporter les élections avec plus de 25 pourcent des votes. Et les jeunes gens sont sortis dans les rues, et il y a eu de nombreuses manifestations. Ces protestations ont mené à une situation où un changement de la constitution n’était tout simplement pas possible. Et c’est ce qui a mis en place un bon contexte pour des élections réussies au Sénégal, ce qui a mené à la tête de la présidence Macky Sall. Et donc, c’est une immense victoire.

 

Mais je pense que c’est une partie d’un phénomène plus large, qui est en train de passer à travers le continent, qui vient du fait que les trente dernières années, notre peuple a perdu tous les gains de l’indépendance. Les Africains ont été habitués à avoir des soins de santé gratuits, une éducation gratuite, l’accès à l’eau, leurs propres infrastructures de télécommunication et de communication. Toutes ces choses gagnées avec l’indépendance ont été perdues, et cela à cause de l’application de ce que j’appelle les politiques néolibérales, qui ont été imposés à de nombreux pays africains par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.

Et donc, nous avons une situation dans la plupart de l’Afrique où les règles sont souvent non respectées par les sociétés multinationales. Et je pense qu’il y a un mécontentement grandissant du fait que les gens sentent qu’ils n’ont pas les moyens de déterminer leur propre destinée. Et donc, l’autodétermination est devenue un dynamisme vital à travers le continent. Et je pense que la montée du Mouvement National pour la libération des Azawad, que les gens appellent les Touaregs, cela fait partie du même processus de sentiment de perte d’autodétermination.

 Amy Goodman

18 avril 2012

Traduit de l’anglais par Fatma Kassoul pour Investig'Action michelcollon.info

Source : Democracynow 


4-2 Jeune Afrique : Nord-Mali : comment éviter un nouvel "Afghanistan", au cœur du Sahel ?

Alors que les rebelles touaregs ont ouvert la porte à la domination du Nord-Mali par les groupes salafistes et terroristes du type Aqmi, Jeune Afrique tente d'analyser les pistes possibles de sortie de crise. Une enquête à découvrir dans son édition n° 2676, en kiosques du 22 au 28 avril 2012.

Dans le nord du Mali, ce ne sont plus les rebelles touaregs, mais les islamistes qui ont pris le pouvoir. À Gao ou Tombouctou, les émirs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), les redoutables Mokhtar Belmokhtar, Abou Zeïd et Yahya Abou Hammam, se sont alliés aux combattants touaregs d'Ansar Eddine et se déplacent à leur guise. « Si la communauté internationale n'intervient pas vite, a prévenu le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz le 15 avril, tous les ingrédients sont là pour faire du Mali un Afghanistan ».

Depuis la fin du mois de mars, le Nord fait peur et les capitales de la sous-région vivent dans la hantise d'une infiltration terroriste. Enlèvements, attentats ou tir de missile contre un avion civil, tout est possible. Mais que faire ? L'armée malienne est démotivée, désorganisée et sous-équipée. Les pays de la sous-région sont, à quelques rares exceptions près, réticents à intervenir militairement chez leur voisin en crise.

L'Algérie sur ses gardes

L'Algérie elle-même, qui serait la seule capable de faire peur aux nouveaux maîtres de Tombouctou, a dit qu'elle refusait d'opérer hors de ses frontières.

Et pour l'instant, négocier paraît tout aussi compliqué, compte tenu de l'imbroglio politique à Bamako, depuis le putsch du 22 mars.

Peut-on encore sauver le Nord et éviter qu'un nouvel Afghanistan ne se constitue au cœur du Sahel ?

C'est une enquête à lire dans Jeune Afrique n°2676.
Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Nord-Mali : comment éviter un nouvel "Afghanistan", au coeur du Sahel ? | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120422104916/algerie-mali-islamisme-terrorismenord-mali-comment-eviter-un-nouvel-afghanistan-au-coeur-du-sahel.html

17 avril 2012



5 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net 

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme

5-1 Investig’Action :Ruée vers l’or au Mali. Qui accourt ?

Le sage grec Chilon disait : « Le feu éprouve l’or et l’or éprouve l’homme ». Le dernier documentaire d’Eric Pauporté, Mali d’or, confirme cette maxime. Le cinéaste belge s’est rendu dans le pays d’Afrique de l’Ouest, sur le site minier de Morila. Investig’Action a rencontré Eric Pauporté. Il nous explique comment les multinationales du secteur minier ont les mains libres pour exploiter l’or du Mali dans des conditions insupportables pour les populations locales et l’environnement. Il nous dévoile également le véritable rôle de la coopération dans les relations Nord-Sud

 

Le cinéaste Éric Pauporté se rend au Mali en 2005 en territoire Bambara. Il y découvre une gigantesque mine d’or à ciel ouvert, la mine de Morila, exploitée par une filiale à capital partagé entre Randgold Resources et Anglogold Ashanti.

Aujourd’hui fermée, la mine Morila a laissé place à un paysage lunaire : « … La zone d’exploitation a été aujourd’hui laissée à l’abandon. La mine est devenue un immense trou avec à côté des terrils et un grand bassin de traitement des eaux usées. Autour de la mine des dizaines de maisons et des champs à l’abandon. Les gens qui se sont fait voler leurs terres ne les ont jamais récupérées. La compagnie minière avait un plan de fermeture et de réhabilitation du site. »

La mine de Morila est-elle un cas isolée ? Non.

Présentées par la banque mondiale, le FMI et le secteur privé comme des projets de développement pour les populations locales, les mines provoquent partout dans le monde les mêmes conséquences : la déstructuration des communautés, la spoliation, les pollutions et aussi bien sûr l’enrichissement des acteurs financeurs financiers de ces exploitations.

L’histoire ancienne du Mali est une histoire peu connue. Pouvez-vous nous en parler ?

Le Mali est historiquement riche en or et riche de son or. Cela remonte à la nuit des temps : l’or du Mali a été acheminé vers l’Égypte, Carthage, Rome, l’Europe, le Monde Arabe. Sur cette richesse furent bâties des sociétés élaborées qui sont les premières à avoir laissé des traces remarquables dans l’Histoire. C’est le cas de la région du Hodh, avec la ville d’Awdaghost, mais aussi de l’empire du Ghana, de l’empire Almoravide (empire berbère), puis de l’empire du Mali ou Mandé dés 1234 avec son fondateur, Sundjata Keita. Ce dernier créa un État fédéral avec une organisation élaborée qui comprenait un parlement, une armée très bien structurée, un système d’enseignement, un trésor public ainsi qu’une organisation de l’extraction et de la vente de l’or. Il développa aussi l’agriculture : coton, arachide. Ce fut aussi l’époque de grands centres urbains universitaires comme Tombouktou, Jenné ou Ségou.

Sundjata Keita eût d’illustres successeurs comme Boubakar II qui, deux siècles avant Christophe Colomb, lança deux expéditions maritimes pour découvrir l’Amérique.

À la fin du 19ème siècle, des grands hommes d’État comme Babemba, Amadou, Alibouri et Samory, ont eux aussi réussi à contenir les assauts des colons européens qui lorgnaient sur les richesses du Mali. Mais pour un temps seulement : en 1883, le Mali devint une colonie française. Durant cette période, les bases économiques de production ne changèrent pas fondamentalement mais la métropole contraint à l’exportation des produits et surexploita les ressources.

 

Quelle est l’histoire de la mine de Morilla sur laquelle vous avez enquêté ?

La mine s’installe en 1998 et commence à exploiter en novembre 2000. Une seule concession est exploitée, mais l’entreprise en possède huit autres dans la région. La mine devait avoir une durée de vie de treize ans, mais finalement, elle cessera ses activités huit ans après sa création, en 2009.

Cette mine est une conséquence du boom minier industriel qu’a connu le Mali. Dans les années 80, la Banque Mondiale force le pays à s’ouvrir aux investissements étrangers et à ne plus avoir de contrôle sur les flux financiers. Cette dérégulation permet l’arrivée massive de sociétés qui ont toute liberté pour s’installer et exploiter. La nouvelle législation leur permet de contrôler tous les aspects de la production : contrôle de l’exploitation de la mine, des produits chimiques et de l’exportation.

C’est pendant cette période que des belges obtiennent une concession d’exploration dans la zone qui allait devenir la mine Morila. En suivant les pistes traditionnelles des orpailleurs locaux, ils identifient une vaste mine avec des teneurs en or exceptionnelles : 900 g par tonnes de minerais ! L’étude d’Impact Environnement et Social (EIES) faite pour la compagnie confirme cette information.

 

Qui sont les différents acteurs de ce projet d’exploitation ?

Dans le contrat signé avec le gouvernement malien, l’exploitant supposé est Union Minière, compagnie belge qui exploite aussi au Congo. Mais à ce moment-là, Union Minière est nationalisée par Mobutu et la branche commerciale, UMICORE, s’en détache et s’installe à Washington.

Cette séparation est probablement la raison pour laquelle, l’exploitation de Morila passe dans les mains d’Angloglod Ashanti et de Randgold Resources à travers la filiale Morila SA. Angloglod et Randgold sont les branches spécialisées dans l’exploitation minière de deux consortiums financiers : Oppenheimer et Angloamerican.

Le premier est connu pour avoir le monopole de l’extraction de diamants et de l’or en Afrique du Sud. Le deuxième est une major du secteur minier. Etienne Davignon, célèbre figure de la vie politique et économique belge, fait partie de son conseil d’administration.

Étienne DAvignon est une des grosses fortunes de Belgique qui s’est d’abord bâtie avec la colonie au Congo. Il est impliqué dans l’assassinat de Lumumba et la mise en place de Mobutu. Il a participé à la création dans les années 70 du think tank « Groupe de Bilderberg » (pour la création d’une Europe libérale). Il est un des principaux acteurs du dossier Morila et a été à la tête d’Union Minière

Le contrat d’exploitation de la mine Morila porte sur l’or, mais Morila SA exploite aussi du nickel, des platinoïdes, de l’argent… Cela ne fait pas partie des contrats, mais ça fait partie du processus de spoliation dans le sans où l’épuration de l’or se fait en Afrique du sud.

Autre information intéressante : si Anglogold et Rangold ont certes créé Morila SA, c’est la Somadex, une entreprise sous-traitante, qui extraie l’or. Et la Somadex, c’est Bouygues….

 

Le groupe Bouygues n’est pas connu pour ses capacités techniques dans l’exploitation de l’or !

Ils ont toute la capacité qu’ils veulent quand il y a du fric derrière.

Que s’est-il passé avec les populations locales qui vivaient sur le territoire de la concession de Morila ?

Il y avait environ 20.000 personnes sur le territoire concerné. Ce sont des Bambaras qui vivaient et travaillaient ces terres, surtout des agriculteurs et des forgerons.

Entre 1.000 et 1.500 habitants furent directement déplacés mais en tout, 10.000 personnes qui dépendaient de cette zone pour l’agriculture ont perdu leur accès à ces terres. Ces populations n’ont pas été informées ni consultées d’une manière adéquate. Traditionnellement au Mali, la terre est un bien commun qui est géré par les sages, les notables du village. On ne peut donc normalement pas vendre la terre. Mais l’État a donné les droits d’exploitation à l’insu de la population. La compagnie a donc pu acheter des terres, le plus souvent à très bas prix : cinquante euros pour sept hectares. Aussi, l’entreprise avait promis septante emplois par villages. Au final, n’y en eut que trois ou quatre.

Parallèlement, à Domba, un village situé sur une des concessions minières à côté de Morila, la direction de la mine est venue interdire aux orpailleurs traditionnels d’exploiter l’or de surface. Alors que les gens exercent cette activité depuis la nuit des temps, à la pioche et qu’il existe actuellement, selon des estimations, 200,000 personnes qui vivent de l’orpaillage au Mali….

 

Autour de la mine, quelles sont les conséquences observables de cette exploitation sur l’environnement ?

Les problèmes de pollution sont en général liés à la surexploitation. En surface, les taux d’or présents dans les roches sont élevés. Mais en profondeur, ils le sont moins. C’est à ce moment-là qu’intervient l’exploitation minière industrielle qui utilise les produits chimiques. On peut donc dire que les problèmes de pollutions environnementaux sont liés à la surexploitation.

Un autre problème : l’eau. Il s’agit d’une zone où il y a beaucoup d’eau. Mais avec une extraction de quatre millions de tonnes de minerais par an et un brassage dans dix-sept millions de mètre cube d’eau dans lequel se déverse aussi sept tonnes de cyanure, l’accès à l’eau en général et à une eau saine en particulier est très compliqué pour les villageois. L’eau qui sert au traitement du minerai va dans la nappe phréatique. Elle est déversée d’abord dans un bassin de rétention qui fait environ quarante hectares mais qui ne possède aucun système de protection, pas de bâches. Par conséquent, les eaux usées peuvent s’infiltrer dans le sol. La compagnie minière prétend que le cyanure s’évapore. D’une part, ce n’est vrai qu’en surface, d’autre part, il s’évapore dans l’air qu’on respire. De plus, avec le système de cette mine, du cyanure s’infiltre quand-même dans le sol et donc dans les nappes phréatiques. Enfin, il y a aussi le problème de la pollution insidieuse à l’arsenic. En effet, j’ai vu des trains d’écoulement avec des traces de carbone et d’arsenic. Le minerai explosé lors du processus d’exploitation libère l’arsenic dans l’environnement.

 

Y a-t-il des impacts sur la santé des travailleurs ou des populations de l’utilisation des produits chimiques ? Et comment ces populations ont-elles réagi à cette situation ?

Oui, il y a eu de nombreux cas d’étourdissement qui ont provoqué des accidents souvent mortels. En effet, le cyanure est un anoxiant qui agit par asphyxie en se fixant sur le sang. Il aura fallu cinq ans pour que l’accumulation des intoxications inquiète les populations et que celles-ci fassent le lien entre leurs problèmes de santé et l’exploitation minière. En mai 2005, à Morila, un homme est mort devant la porte de la mine. Un de trop.

C’est à partir de là que les gens ont commencé à s’organiser. Le sentiment général était la colère. Une grève a commencé en juillet car les gens se rendaient compte qu’ils mouraient les uns après les autres.

Ensuite, il s’est avéré que ni les conditions de travail ni le système de prime n’étaient respectées. Et il y avait des problèmes avec les contrats des travailleurs : il y avait plus de 300 contrats falsifiés qui étaient en réalité des contrats d’essai, systématiquement photocopiés.

Les populations locales se sont senties trahies sur toute la ligne par les autorités du pays et par les autorités de la mine.

Mais maintenant que la mine est fermée, elles ne peuvent plus revendiquer leurs droits car elles n’ont plus personne à qui se plaindre : la SOMADEX a disparu et est devenue MARS, pour l’exploitation d’une autre mine. Il n’y a donc plus d’interlocuteur juridique.

 

Y a-t-il selon vous une dimension internationale à ce problème, un shcéma qui se répète ailleurs dans le monde ?

Toutes ces sociétés minières ont un siège dans un paradis juridique : le Canada. Et pour la circulation des flux financiers, ces compagnies ont des sièges dans les paradis fiscaux.

Le contrat minier imposé au Mali est calqué sur le code minier canadien. De plus, l’époque coloniale n’est pas loin avec la liquidation des opposants et la corruption. Quand il y a 890 grammes d’or qui disparaissent sur 900, on voit bien la marge que les grosses compagnies minières ont pour corrompre autour d’elles… Le fait est que nous sommes dans un système de dérégulation générale où l’État ne peut jouer aucun rôle de contrôle. Tout le contrôle se retrouve dans les mains des multinationales.

La coopération entre les pays du Nord et du Sud permet-elle d’améliorer la situation des peuples victimes de ce type d’exploitation ?

La présence de la coopération est directement liée à la présence des multinationales. La coopération, c’est la mission du capital. Au même titre que pendant les colonies on a envoyé l’église catholique, maintenant on envoie des coopérants. Ils jouent exactement le même rôle, mais avec des outils plus élaborés, plus sophistiqués.

Jean Bofane en parle bien dans son bouquin, Mathématiques congolaises : la coopération est le vecteur de rétribution d’un petit pourcentage des fruits de l’exploitation qui s’occupe de conditionner cette rétribution par des critères choisis, décidés en Occident.

La coopération, par l’argent, conditionne le fonctionnement politique de ces pays : les « démocraties » provoquées sont faites pour faire valoir l’incapacité humaine, politique et sociale du colonisé et pour imposer le savoir-faire occidental.

Source :www.michelcollon.info


5-2 Salima Tlemçani : De l’autre côté de l’oued, les réfugiés maliens livrés à la misère.
De l’autre côté de l’oued Tin Zaouatine, des dizaines de tentes, faites d’étoffe rafistolée, abritent près de 200 fmilles, en majorité des nomades
Cela fait presque trois mois que celles-ci ont fui les violences à Kidal, Ménaka et Aguelhoc. Beaucoup d’entre elles se trouvaient dans les zones que l’aviation militaire malienne a bombardées, après les premières attaques menées par les combattants du Mouvement national pour la libération de l’Azawad. Elles comptent parmi elles de nombreuses victimes. «Nous étions en train de faire paître nos chèvres, lorsque les avions ont commencé à larguer des bombes. Nous ne savions pas quoi faire. Fallait-il sauver nos femmes et nos enfants qui étaient sous les tentes, ou faire évacuer nos troupeaux qui sont nos seules ressources ?
Nous avons vécu l’horreur. Mon voisin et cousin a perdu deux de ses enfants, et un autre nomade a vu sa femme se faire déchiqueter. Nous avons pris la décision de quitter les lieux, parce que les avions n’ont pas cessé de faire des allers-retours. Nous nous sommes rapprochés de la frontière algérienne avec comme bagages uniquement nos vêtements et quelques chèvres ayant échappé au massacre», raconte Mohamed Ag Issa. Il est père de six enfants, tous en bas âge. A moitié nus, quelques-uns accourent vers nous, dans l’espoir d’arracher un morceau de pain ou uniquement une bouteille d’eau.
Fièvre
  «Nous manquons de tout. Nos enfants mangent rarement et se suffisent de quelques tasses de lait de chèvre que nous partageons avec nos voisins», souligne Akli qui a à sa charge une famille de douze membres, qu’il peine à nourrir. «Nous n’avons ni de quoi manger ni de l’argent pour traverser et acheter de la nourriture. La majorité des enfants sont atteints de maladies liées au manque d’hygiène. Affaiblis, leurs corps ne peuvent plus se défendre. Nous ne pouvons plus retourner chez nous de peur d’une éventuelle reprise des combats dans nos régions», lance Ahmed. Il nous emmène dans le camp qui fait face. Une maman tient un de ses enfants dans les bras et semble très préoccupée.
«Cela fait trois jours qu’il a de la fièvre et je n’ai pas de quoi le soigner  ou l’emmener chez le médecin. C’est à peine si je peux trouver de quoi nourrir ses autres frères et sœurs», nous dit-elle d’une voix nouée. A peine 4 ans, son fils ne cesse de pleurer. Il transpire très fort. C’est le cas d’un autre enfant un peu plus âgé. «Il a dû manger quelque chose qu’il n’a pas supporté. Il a une forte diarrhée et des douleurs au ventre. Je lui ai donné quelques herbes, mais il ne s’est pas rétabli», précise son père. D’autres familles vivent dans les mêmes conditions de pauvreté extrême. Elles se bousculent pour venir nous parler, en pensant que nous faisions partie d’une mission humanitaire.
«Le monde nous a abandonnés à notre misère. Nous avons choisi d’être sur la bande frontalière, parce que nous ne voulons pas nous exiler en Algérie. Nous restons sur notre territoire en espérant que le monde nous prête un peu plus d’attention. Les grandes chaleurs arrivent et nous n’avons même pas de quoi soigner ou nourrir nos enfants», crie une femme, mère de cinq enfants. Elle exhibe les deux jambes de son fils et ses deux bras recouverts de boutons, dont plusieurs totalement infectés.
Une autre femme nous montre les yeux de sa petite-fille recouverts d’une substance jaunâtre.
«Cela fait deux jours qu’elle n’arrive pas à les ouvrir. Elle a très mal. Je lui ai mis du khôl. En vain. Sa sœur souffre de la même maladie et je crois que c’est elle qui l’a contaminée. Nous n’avons ni médecin
ni médicaments pour soigner nos enfants. Faites quelque chose pour eux. Ils ne méritent pas toutes ces souffrances. Nous aurions aimé retourner sur nos terres, mais la situation ne le permet pas pour l’instant», déclare-t-elle, avant qu’elle ne s’arrête pour nous montrer une file de poids lourds qui passe à toute vitesse. «Regardez, ces camions passent quotidiennement de nuit comme de jour, pour aller livrer la marchandise et le carburants aux trafiquants. La quantité laissée ici est vendue à des prix exorbitants, précise t-elle. Personne ne peut se permettre d’acheter même un kilogramme de riz.»
Salima Tlemçani

http://www.elwatan.com/international/de-l-autre-cote-de-l-oued-les-refugies-maliens-livres-a-la-misere-27-04-2012-168425_112.php 



6  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

6-1Comaguer : GROS APPETITS POUR LE SAHEL

Tandis que les médias de masse nous abreuvent de détails sur l’ordre constitutionnel, l’islamisme, l’intangibilité des frontières, chaque « expert » (bien payé et pas neutre comme le démontre le documentaire sur « les nouveaux chiens de garde ») trouvant ainsi l’occasion d’étaler son savoir sur des questions qui, pour les puissants de ce monde, sont secondaires.

L’ordre constitutionnel n’est respectable que tout autant qu’il n’est pas dérangé par le résultat d’un référendum comme en 2005 en France , l’islamisme est ici encouragé ( guerre d’Afghanistan 1979-1989) là utilisé ( Yougoslavie) ou brandi à l’occasion comme un épouvantail  alors que les relations les plus étroites sont entretenues avec les pays qui le financent ( Arabie saoudite, Qatar) .

Tout ce spectacle hypocrite sert à masquer d’autres enjeux.

La carte qui suit émane d’un club très officiel puisqu’il est une sorte de commission spécialisée de l’OCDE sur le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Rien de plus respectable pour les pouvoirs capitalistes en place puisque l’OCDE est l’institution qui a succédé à l’OECE chargée dés les débuts de la guerre froide de la répartition des crédits Marshall c'est-à-dire de la mise sous contrôle économique par les Etats-Unis des pays de l’Ouest européen. Depuis l’OCDE s’est installée comme bureau de recherche et de planification de l’ordre capitaliste occidental dominant.

Qu’ait été créé au sein de l’OCDE un club SAHEL et AFRIQUE DE L’OUEST  suffit à démontrer que cette région  du monde est considérée par le capitalisme occidental comme une de ses arrière-cours et qu’il a dans cette zone des projets et des appétits qui ne s’embarrassent pas de la souveraineté des Etats de la région.

Que dit cette carte ?

1-    D’abord sur la population

Que les touaregs sont majoritaires dans la zone Nord du Mali, ce qui est une évidence démographique de longue date  et cette partie du territoire malien actuel est appelée AZAWAD, terme revendiqué par le MNLA.

Qu’ils ne sont pas majoritaires au Sud de la boucle du Niger. Là aussi simple rappel des faits.

Mais surtout elle montre que la zone à dominante touareg dépasse très largement le Mali, qu’elle s’étend jusqu’en Libye et qu’elle est donc déstabilisée par la disparition du régime libyen. 

2 -Ensuite sur les ressources convoitées :

Le niveau actuel des cours de l’or et les inquiétudes des possédants sur la stabilité des monnaies des pays capitalistes riches a déchainé une ruée mondiale vers le métal jaune

L’accès à de nouvelles sources de pétrole et de gaz est une préoccupante stratégique des Etats-Unis comme de l’Union européenne et iles veulent mettre la main sur les nouveaux gisements avant l’Inde et la Chine. L’Afrique de l’Ouest est donc de ce point de vue le terrain de chasse prioritaire.

3 - Dernière indication de portée politique et stratégique considérable : « le gaz du bassin de Taoudéni pourrait être exporté via l’Algérie ». Là s’exprime la crainte que l’Algérie et sa société pétrolière nationale la SONATRACH qui a déjà commencé à prendre part aux côtés des sociétés occidentales (Total et ENI en particulier) aux recherches prometteuses en Mauritanie et au Mali devienne le maitre du jeu.

 Pour l’empêcher rien de tel qu’un  bon gros désordre « islamique » pour mettre le pouvoir algérien, le seul qui conserve encore un peu d’indépendance du Caire à Rabat, sur la défensive. 

Mais une autre histoire est possible qui n’est évidemment pas celle que veulent écrire les puissances membres de l’OCDE : que sous la houlette de l’Algérie, qui aujourd’hui a seule les capacités militaires et techniques pour le faire,  les pays de la région se mettent d’accord pour exploiter ensemble ces nouvelles ressources pétrolières, les utilisent pour leur propre développement et exportent  le reste par un port à construire sur l’Atlantique en Mauritanie ou au Sénégal.

Un vrai projet Sud-Sud qui constituerait une véritable décolonisation du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.

http://comaguer.over-blog.com 


6-2 Odile Tobner: Le Mali dans l’œil du cyclone.
Après la Libye et la Côte d’Ivoire, passées sous contrôle occidental à la suite de guerres menées notamment par l’armée française, on subodorait que le Mali était le prochain sur la liste.

Cela n’a pas manqué : on assiste depuis janvier 2012 à la réactivation de la rébellion du mouvement national de libération de l’Azawad, mouvement sécessionniste revendiquant la partie saharienne du territoire malien.

Puissamment armé, le MNLA a lancé dans le nord-est du pays une offensive victorieuse contre l’armée malienne. Le 24 janvier, à Aguel Hok, les rebelles ont exécuté, dans des conditions atroces, 80 prisonniers de guerre. On peut voir dans ce massacre l’origine du putsch militaire qui a renversé, le 21 mars, le président Amadou Toumani Touré. Depuis février, en effet, des familles de militaires, mais aussi des jeunes, se rassemblent pour dénoncer l’impuissance du chef de l’État, voire sa complicité avec la rébellion, et ces manifestations, parties du camp militaire de Kati, ont gagné Bamako et Ségou.

Les déclarations faites le 26 février par Juppé à Bamako, où il a été accueilli par des manifestations hostiles, n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu. Celui-ci s’est dit convaincu qu’il n’y aurait pas de solution militaire à la crise au Nord-Mali, ajoutant : « Il faut donc prendre la voie du dialogue aussi inclusif que possible avec tous ceux qui doivent s’assoir autour de la table et le président Amadou Toumani Touré a confirmé que c’était son intention ». C’était méconnaître totalement la situation ainsi que l’état d’esprit de l’armée et de la population malienne. En pompier pyromane, le même Juppé n’a pas manqué, une fois Touré destitué par de jeunes officiers, de lancer de vertueux appels au retour de la légalité constitutionnelle, demandant à la junte militaire d’organiser des élections. 

Pendant ce temps, les vastes étendues du nord sont livrées à divers mouvements groupusculaires, mais surarmés. Outre le MNLA, on a le MPA (Mouvement populaire de l’Azawad) salafiste devenu le mouvement fondamentaliste Ançar Edine, sans compter l’AQMI, qui, ensemble ou séparément, revendiquent de lutter, qui contre l’État malien, qui pour la Charia, contre l’Occident, etc. Les habitants des localités du nord, en butte à leurs attaques ou craignant les représailles, s’enfuient vers le sud ou les pays limitrophes. Une grande partie des 200 000 personnes qui ont ainsi fui les combats vivent désormais dans des conditions critiques sur le plan humanitaire. Le cortège habituel des calamités de guerre s’abat sur un pays qui a le malheur de se trouver pris entre les manœuvres d’une politique française à la gribouille et la convoitise que suscite, chez les grandes puissances, un territoire quasi vide et recelant d’immenses ressources minières encore inexploitées. Une telle situation est propice à la création d’un État-fantôme assujetti, dont on fera au minimum peser la menace sur le Mali s’il ne consent pas à s’aligner sur les mots d’ordre de « protecteurs » intéressés.

On observe en effet que ni la CEDEAO, communauté des États d’Afrique de l’Ouest, ni la France, ni les États-Unis, ni l’Union européenne, si empressés à exiger des putschistes le retour à la légalité républicaine, n’ont demandé aux mouvements séparatistes qui sèment le chaos au Sahara de cesser leurs violentes attaques contre l’État et les citoyens maliens. Il faut croire qu’un Mali rétif aux injonctions des puissances étrangères gêne plus les appétits impérialistes qu’une guerre civile frappant opportunément une région convoitée.

Source : Survie

Odile Tobner



6-3 Mountaga Fané Kantéka : LE MALI, VICTIME DU POISON DÉMOCRATIQUE.

Si l’impérialisme occidental voulait détruire les nouveaux États africains, il a en partie réussi son coup.

Grâce au poison très efficace qu’est la « démocratie ». Un concept aussi abstrait que flou qui, au lieu de favoriser l’égalité ou le mérite, n’a fait qu’accentuer la division et la corruption dans des sociétés déjà gangrénées par des clivages ethniques ou de castes. Pour m’en limiter au Mali, beaucoup de mes compatriotes s’accordent pour dire que la « démocratie » a carrément tué ce pays, en y consacrant la MORT DE TOUTE FORME D’AUTORITÉ, favorisant l’effritement du tissu social et brouillant les repères grâce auxquels fonctionnait cette société. Et surtout, en y instaurant une AUTRE FORME DE DICTATURE : celle du GAIN MAL ACQUIS.

On assiste à l’émergence d’un OSTENTATOIRE EGOÏSME, aussi féroce que destructeur. Si bien que le VÉRITABLE DANGER qui guette le Mali n’est pas la menace de partition brandie par les rebelles touaregs ou l’intégrisme brandi par les islamistes, mais celle d’une EXPLOSION SOCIALE pouvant prendre des formes variées, toutes aussi tragiques.

LES RAVAGES D’UNE DÉMOCRATIE COCA-COLA

Comme le rappelait NYERERE, la démocratie doit se faire conformément à l’histoire, à la culture et au niveau de développement d’un pays et ne peut se concevoir « comme une BOUTEILLE DE COCA-COLA que chacun est obligé de boire. » En fait de bouteille de coca-cola, il aurait dû parler de CIGÜE, ce poison que le philosophe grec Socrate fut condamné à boire pour succomber. C’est cela qui est arrivé au Mali, face aux diktats des institutions de Bretton Woods, faisant de la « démocratie », présentée comme la voie toute indiquée pour le « développement », une condition pour leur aide financière. Et depuis, ce pays a amorcé une pente dangereuse, au point que certains en arrivent à regretter le temps de la dictature militaire du Général Moussa Traoré qui, à l’époque, avait justement pressenti en cette démocratie imposée une « CAMISOLE DE FORCE » que le Mali n’était pas prêt à porter.

Le problème réside en réalité au niveau de la FORME que cette « démocratie » a prise chez nous. Au lieu d’une « démocratie sociale » qui aurait véritablement soulagé les populations, on s’est retrouvé parachuté, sans aucune préparation, dans l’une des PIRES FORMES DE GOUVERNANCE. Un succédané de « démocratie libérale » ou DÉMOCRATIE DE MARCHÉ s’inspirant du LIBÉRALISME SAUVAGE qui fait tant de ravage dans certains pays occidentaux, pourtant culturellement  mieux aguerris que nous sur la question. Et le DOGME s’est très vite enraciné chez nous que c’est cela LA « DÉMOCRATIE », dans le meilleur des mondes. La panacée !

Mal inspirés ou opportunistes, nos intellos, naguère zélateurs du parti unique UDPM, ont tôt fait de tourner casaque, adoptant des procédures et des institutions (des coquilles vides) et des mœurs nouvelles pour faire avaler aux populations cette dangereuse mixture. Avec à la clé une FLORAISON DE PARTIS POLITIQUES en proie à l’ERRANCE IDÉOLOGIQUE, n’ayant comme seul objectif que la prise du pouvoir pour accéder aux richesses nationales. D’où des formations à base régionaliste, avec la rapide émergence d’une BOURGEOISIE COMPRADORE faite de nouveaux riches qui ont saigné le pays à blanc, notamment par le truchement des privatisations massives des entreprises publiques, l’attribution de marchés de gré à gré, la spéculation foncière, etc.. Le DÉTOURNEMENT DES RICHESSES NATIONALES se faisant avec la complicité de leurs PARTENAIRES OCCIDENTAUX, prêts à tout pour CAUTIONNER ces FORFAITURES à travers leurs médias, fermant les yeux sur les FRAUDES ÉLECTORALES MASSIVES. Ainsi, l’AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT, ayant servi d’objet de chantage pour l’instauration de la « démocratie », retourne en partie dans les pays occidentaux, par le truchement de cette IMPOSTURE.

 

LES FILS À PAPA DE LA DEUXIÈME GÉNÉRATION

Après avoir été victime des gabegies de la première vague, le Mali ploie maintenant sous le poids d’une nouvelle génération de « démocrates » compradors, plus résolus que jamais à faire mieux que leurs pères dans le banditisme politique et l’enrichissement illicite, via le démantèlement du patrimoine national. Ayant grimpé l’échelle sociale avec le nom, le réseau et les ressources de leurs pères retraités, ils veulent en imposer aux autres, brandissant souvent des titres fictifs prétendument obtenus en Occident. Au fond, leur devise est la suivante : « J’ai préséance sur les autres, du fait de l’héritage politique de mon père. » Pour ne pas dire : « Mon mérite est que mon père a su mieux se prostituer que vos pères. » ou « Je sais mieux me vendre que vous ne pouvez le faire ».

Ils savent effectivement bien se vendre, puisqu’ils ont compris qu’il faut passer par des BLANCS et leurs réseaux pour s’imposer dans son propre pays. Pour cela, ils accepteraient volontiers de devenir FRANCS-MAÇONS ou autres sectaires, pourvu que cela les mène au sommet…

À suivre

Mountaga Fané Kantéka

mountaga40@hotmail.com

Tél: 223 76 69 24 47

http://www.kanteka.blogspot.com/



20/04/2012

n°1 - Dossier Mali - 19-04 - a1- y a eu une campagne de désinformation sur le coup d’Etat militaire au Mali

 


n°1 - Dossier Mali - 19-04 - a1-  y a eu une campagne de désinformation sur le coup d’Etat militaire au Mali




Face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Sa diffusion est un acte de résistance.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources


Dossier Mali

    n°1                              19-04 

C.De broeder & M.Lemaire



Le "Dossier deSyrie" est  visible 

a) sur nos blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

b) sur le site de Eva Resis           :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) sur le site : www.palestine-solidarite.org à cette adresse : http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

 

NB : Si vous voulez nous contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire de la lutte pour la libération du territoire.

Tiré à part :

Mali : chronique d’une recolonisation programmée.

1 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

1-1 : Mountaga Fané Kantéka- Entretien par Chérif Abdedaïm: ««Il y a eu une campagne de désinformation sur le coup d’Etat militaire au Mali».

2  Dossier

2-1 Mountaga Fané Kantéka : MALI : LES « DÉMOCRATES » DE LA HONTE.

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Fernent : Situation au Mali.

4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

4-1 Comment Paris joue l'autonomie du Nord Mali.

4-2 Chems Eddine CHITOUR :" La partition du Mali : premier domino après l’effritement de la Libye".

4-3 Yoro SOW : Nord- Mali : Le MNLA n’existe que par les medias français.

 



Tiré à part :

Mali : chronique d’une recolonisation programmée.
Forum pour un Autre Mali (FORAM)

samedi 7 avril 2012, par Comité Valmy

« Que les chèvres se battent entre elles dans l’enclos est préférable à l’intermédiation de l’hyène ».
Proverbe bamanan.

1. Le Mali dans l’ordre cynique du monde

Mis en lumière par l’amputation des deux tiers de son territoire, le coup d’Etat du 22 mars 2012 et l’embargo total de la CEDEAO, l’extrême vulnérabilité du Mali tient d’abord à la trahison des élites. Elles se voilent la face, réfutent tout débat de fond sur les enjeux de la mondialisation capitaliste. Désormais, tout est clair : la recolonisation du pays à travers les politiques néolibérales entre dans une nouvelle phase qui obéit au schéma libyen avec l’intervention directe de l’OTAN en moins.

L‘impérialisme collectif avait besoin d’exploiter, comme à Benghazi, les rancœurs et les rancunes d’une partie de la population qui a le sentiment d’être marginalisée. La rébellion touareg faisait parfaitement l’affaire. La revendication des deux tiers du territoire malien par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) vient d’être satisfaite avec la complicité de la « communauté internationale ».

L’os malien étant bien moins dur à briser que l’os libyen, il suffisait de mettre à profit l’état de déliquescence de l’armée nationale et de fermer les yeux sur la progression des assaillants lourdement équipés d’armes sophistiquées en provenance des arsenaux libyens pour que le tour soit joué.

Tout cela s’est passé rapidement, entre le 17 janvier 2012 et le 04 avril 2012. Les puissants membres de la « communauté internationale » n’ont donc pas eu à se salir les mains. Ils pensent avoir l’honneur sauf pour avoir fait des déclarations de principes sur l’inviolabilité de l’intégrité territoriale du Mali. Or, c’est lorsque les rebelles du MNLA ont déclaré qu’ils ont atteint leurs objectifs que les Etats-Unis d’Amérique leur ont demandé de « cesser » les opérations militaires.

Les enjeux énergétiques, sécuritaires, migratoires et idéologiques de la guerre globale trouvent leurs expressions dans cette recolonisation que les dirigeants politiques maliens n’ont pas vu venir et que certains d’entre eux refusent toujours d’admettre. La France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré (ATT) n’a pas su ou voulu lui accorder : la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration « clandestine » et Al Qaeda au Maghreb (AQMI).

Plus ou moins indifférente au sort du peuple malien face à la double agression de la rébellion et de la CEDEAO, l’opinion publique occidentale est ébranlée après avoir appris la participation de Ançar dine et de AQMI à cette recolonisation du Mali.

2. La violence de la CEDEAO contre le peuple martyr du Mali

Ebranlés et meurtris à l’idée d’être un peuple sans Etat et sans armée digne de ce nom face à des combattants lourdement armés, faisant tomber les villes les unes après les autres, les Maliennes et les Maliens subissent à présent le traitement de choc de l’embargo total de la part de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

C’est lors du Sommet extraordinaire du 27 Mars 2012 à Abidjan (Côte-d’Ivoire) que l’organisation sous-régionale a pris la décision d’envoyer à Bamako une délégation de très haut niveau pour demander au Capitaine Amadou Haya Sanogo qui a pris le pouvoir 22 Mars 2012 de restaurer, le plus rapidement possible, l’ordre constitutionnel. Elle a du rebrousser chemin face à la mobilisation des victimes de la démocratie formelle et corrompue qui vivent ce coup d’Etat comme une délivrance. C’est à l’aéroport d’Abidjan que les Chefs d’Etats de la CEDEAO ont donné aux nouvelles autorités maliennes un ultimatum de 72 heures pour s’exécuter au risque de voir le Mali subir un embargo.

Ils ont mis cette menace à exécution à partir du lundi 02 Avril 2012, alors qu’à l’issue de la rencontre à Ouagadougou (Burkina Faso) d’une délégation du CNRDRE avec le Président du Burkina Faso qui joue le rôle de médiateur, le Capitaine Amadou Haya Sanogo a accepté le retour à l’ordre constitutionnel. Cette avancée, saluée par la plupart des Maliens et des Maliennes, n’était pas suffisante pour certains des Chefs d’Etat de la CEDEAO particulièrement intransigeants. Les sanctions dont il s’agit se traduisent en autres par :

la suspension du Mali de toutes les instances de la CEDEAO,
le rappel des ambassadeurs de l’organisation pour consultation, la fermeture des frontières,
le gel des avoirs du Mali à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et le non approvisionnement des banques nationales,
la suspension des programmes d’aide au développement

Le levier militaire pourra se traduire par "la montée en puissance de la Force en attente de la CEDEAO pour parer à toute éventualité… " Plus importants que l’aide extérieure pour les familles qui en bénéficient, les fonds de la diaspora dont une partie passe par Western Union et Money Gram manqueront également aux Maliennes et aux Maliens. La cherté de la vie qui, à elle seule, a créé un climat quasi insurrectionnel avant la rébellion et le coup d’Etat s’aggrave. Les prix flambent dans les régions occupées où les pillages portent surtout sur les aliments et les médicaments qui commencent à manquer.

3. Le sens du coup de force du 22 mars 2012

Les femmes, en l’occurrence les mères et les épouses des soldats qui montaient, sous équipés, au Nord pour défendre le Mali ont été les premières à manifester leur colère. Elles sont allées directement vers le Président Amadou Toumani Touré et lui ont demandé, plus d’une fois, des comptes. La dégradation de la situation s’est ensuite traduite par des manifestations portant atteinte aux biens des personnes et personnalités appartenant à l’ethnie Touareg.

Le pourrissement de la situation est à l’origine du soulèvement d’Amadou Haya Sanogo et ses camarades qui a débouché sur le coup d’Etat du 22 mars 2012.

La « communauté internationale » ne s’est pas émue, outre mesure, des atrocités commises à Aguelhok contre des militaires désarmés ni de l’occupation des villes du Nord les unes après les autres. Mais elle est immédiatement montée au créneau pour condamner un coup d’Etat qu’elle juge d’autant plus inacceptable qu’il survient dans l’un des « pays phare de la démocratie » à la veille d’une élection présidentielle à laquelle ATT n’était pas candidat.

Simpliste mais surmédiatisée, cette lecture arrange tous ceux et celles qui se laissent convaincre que le Mali était jusqu’ici une démocratie exemplaire.

Le point de vue des déçus et des laissés-pour-compte de la démocratie est superbement ignoré voire méprisé.

4. Quand l’ordre constitutionnel « normal » sert de paravent

« Nous ne voulons pas d’ancien, rien que du neuf » scandaient les manifestants maliens lors des événements sanglants de Mars 1991 pour traduire leur aspiration profonde à un changement démocratique véritable. Ils étaient persuadés que le Président Moussa Traoré était le seul et unique fautif du naufrage de la nation et que son éviction suffisait à instaurer la démocratie et la justice. Il n’en a rien été. En vingt ans de « transition démocratique », assistée et encensée par la « Communauté Internationale », la montagne a accouché d’une souris. Le peuple est désemparé mais inaudible. Le coup d’Etat est survenu à cinq semaines du premier tour de l’élection présidentielle, dans un contexte quasi insurrectionnel.

Totalement dévoyée, la démocratie servait de paravent aux affaires. Jugeons-en :

Le multipartisme que nous appelions de tous nos vœux, au lieu de favoriser le débat d’idées et la confrontation de projets de société entre formations politiques, s’est traduit par la prolifération des partis dont le nombre dépasse 140 actuellement pour un pays de 14 millions d’habitants. Coupés de leur base électorale, les dirigeants démocratiquement élus sont occupés à plein temps par toutes sortes de stratégie de captation de « l’aide au développement » et des opportunités d’affaires que le système néolibéral offre.

Ce sont les gagnants de ce système économique et politique mafieux qui, en « démocrates milliardaires » s’apprêtaient à se disputer la place d’ATT en achetant tout ce qui peut l’être, du bulletin de vote à la conscience des électeurs/trices.

« Enrichissez-vous et taisez-vous » est la règle non écrite du jeu politique, pendant que les opérations cosmétiques de bonne gouvernance dont le Bureau du Vérificateur Général entretiennent l’illusion de l’exemplarité démocratique.

Leurs enfants qui, avec ostentation, fêtent leurs milliards ajoutent à l’indignation des jeunes déshérités qui n’ont droit ni à une école de qualité ni à l’emploi et au revenu ni à un visa pour aller tenter leur chance ailleurs.

Aucun parti politique ne peut se prévaloir aujourd’hui d’une base électorale éduquée et imprégnée des enjeux et des défis du changement de manière à choisir leurs dirigeants en connaissance de cause et à les contrôler dans l’exercice de leurs fonctions. Les électeurs/trices ne sont contactés que sporadiquement mais assaillis à la veille des scrutins par des candidats toujours prêts à payer leurs voix.

La société civile, dont le rôle est d’éduquer, de contrôler et d’interpeller la classe politique vit de compromis et de compromissions. C’est en évitant les sujets qui fâchent, qu’elle parvient à bénéficier des financements des partenaires techniques et financiers (PTF).

La liberté d’expression chèrement acquise est sous surveillance dans les médias publics. Elle se traduit par l’existence d’un paysage médiatique dense (journaux et radios privés) qui, pour survivre, se comporte comme la société civile : savoir se vendre. Quant à l’unique chaine de télévision nationale, l’ORTM, elle est « la voix de son maître ».

Les entrepreneurs véritables, les locaux comme ceux de la diaspora qui ont envie d’investir dans leurs pays sont démotivés par une administration corrompue, prête à entraver les meilleures initiatives quand elle n’y trouve pas son compte.

5. Il est encore possible de sauver véritablement le Mali et sa bande Sahélo-saharienne

Le Mali n’est pas en danger du fait d’un « putsch militaire » mettant en péril un processus de démocratisation exemplaire, mais du fait de la démocratie formelle et des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques dont les citoyens ordinaires n’ont pas la moindre idée. Face au rôle de pompier pyromane de la France dans la crise malienne, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la loi N° 57-27 du 10 janvier 1957 créant une Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS). Elle visait « l’expansion économique et la promotion sociale des zones sahariennes de la République française et à la gestion de laquelle participent l’Algérie, la Mauritanie, le Soudan (l’actuel Mali), le Niger et le Tchad ». Pour sauver véritablement le Mali, il convient de :
mettre ce drame national à profit pour renouer avec la pensée critique et le courage politique. Il est illusoire et suicidaire de croire que nous sommes un pays libre et indépendant, qui a juste besoin de dirigeants démocratiquement élus pour aller de l’avant. Les défenseurs de cette thèse sont les gagnants de l’ordre injuste et violent du monde, plus soucieux de leurs intérêts que du sort du peuple malien ;

Repenser l’indispensable démocratisation du Mali en termes de seconde libération. Cette exigence qui s’imposait au plan politique, économique, monétaire et culturel revêt désormais une dimension territoriale. La tâche est d’autant plus rude que les enjeux sont colossaux et les rapports totalement asymétriques ;

Privilégier la résistance par le réarmement moral, la créativité politique et la solidarité envers les plus vulnérables en l’occurrence les femmes, les jeunes et les ruraux. La tentation de mobiliser immédiatement cinquante millions de dollars pour l’achat d’armement ou de faire appel à la force d’interposition de la CEDEAO, ouvre la voie à une guerre asymétrique et sans fin ;

gagner en lucidité et en maturité politique en nous disant que les « émergés » qui dictent leur loi en économie comme en matière de démocratisation ont d’abord besoin des immenses richesses de notre continent, en occultant la violence du modèle économique qu’ils planétarisent : pendant que le Mali s’enlise dans la guerre au Nord et que les Maliens se demandent comment survivre, le pillage de l’or, dont leur pays est riche, se poursuit allègrement au profit des multinationales. Il nous appartient d’être perspicaces dans l’analyse des enjeux et des rapports de force et audacieux dans la défense des intérêts de notre pays qui ne sauraient être confondus avec le compte en banque de quelques individus légitimés par des élections frauduleuses ;

faire du Mali un cas d’école pour la CEDEAO, dont les chefs d’Etat dans leur intransigeance envers les auteurs du coup de force du 22 mars craignent surtout d’être déstabilisés tant dans leur position de rente que dans leurs certitudes. La remarque est valable pour les partis politiques dont le rêve est de les remplacer dans l’ouverture de nos économies au marché mondial déloyal ;

rappeler aux puissances occidentales que ce sont les mêmes politiques d’assujettissement et de pillage qui sont à l’origine de l’émigration « clandestine », l’intégrisme religieux et les attentats qu’ils qualifient de terroristes.

Nous concluons, à la lumière de ce qui précède, qu’il n’appartient pas aux Chefs d’Etat de la CEDEAO d’être juges et partie en statuant sur l’état de la démocratie comme dans le cas malien, mais aux peuples souverains.

La gravité de la situation au Mali et dans la bande sahélienne exige la convergence des luttes des peuples agressés du Sud et celles du Nord dont les dirigeants, donneurs de leçons de démocratie et fauteurs de guerres se sentent plus redevables de comptes aux agences de notations qu’à leurs électeurs.

Rendre justice au peuple martyr du Mali dans les circonstances actuelles, commence par la levée immédiate de l’embargo qui lui est infligé et la reconnaissance de son droit à l’initiative, de penser et de proposer à la CEDEAO une stratégie concertée de sortie de crise.

Fait à Bamako, le 04 Avril 2012

samedi 7 avril 2012,

Comité Valmy



1 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur mais doit être vu comme information

1-1  : Mountaga Fané Kantéka- Entretien tenu par Chérif Abdedaïm: ««Il y a eu une campagne de désinformation sur le coup d’Etat militaire au Mali»

TROUBLES AU MALI : INTERVIEW DE MF KANTEKA AVEC LE QUOTIDIEN ALGERIEN '' La Nouvelle République''

Face à la nouvelle crise malienne, et la précipitation vertigineuse des événements, plusieurs questions taraudent les esprits sur ce nouveau conflit et ses enjeux. Coup du sort, le Mali fait l’objet déjà de toutes sortes de supputations. D’une part, des médias qui nous ont habitués à leur rôle propagandiste, et d’autre part, un Occident prédateur aux visées hégémoniques. Au cœur de cette équation, d’autres protagonistes participent à cette nouvelle tragédie africaine. Cela dit, le peuple malien va-t-il se laisser emporter par cette déferlante vague qui a déjà emporté le peuple libyen ? Va-t-il lutter pour préserver son pays du chaos ? Afin de répondre à ces questions, La Nouvelle République a pris attache avec l’écrivain, poète et journaliste malien, Mountaga Fané Kanteka, qui se trouve actuellement à Bamako.

LA NR/ Au vu des informations véhiculées par les médias occidentaux, c’est l’apocalypse au Mali. D’une part, comment peut-on décrire la situation qui prévaut actuellement ? ET d’autre part, quelle a été la réaction du peuple malien vis-à-vis de ce coup d’Etat ?

 

Comme je l’avais mentionné dans un article, il y a eu toute une campagne de désinformation autour des putschistes sur le WEB et sur des médias occidentaux comme RFI, FRANCE 24 ou LA VOIX DE L’AMERIQUE, faisant croire que c’était l’apocalypse au Mali, alors que dans la réalité, ce n’était guère le cas. A Bamako, la chute d’ATT a été plutôt bien accueillie en général, que ce soit par satisfaction, par soulagement ou par fatalisme. Le front de partis politiques protestant contre le putsch a été largement contrebalancé par le Mouvement Populaire 22 MARS, soutenant les putschistes et bien plus représentatif de la population.

LA NR/Quelles seraient d’après-vous les motivations profondes de ces putschistes ?

Les motivations des putschistes sont certainement multiples et traduisent un ras-le-bol général face au laxisme entretenu par le régime ATT. Mais le massacre des soldats maliens à Aguelhoc y est pour beaucoup. Les circonstances nébuleuses qui entourent cette funeste tragédie ont servi vraisemblablement de catalyseur à ce coup de force.

LA NR/ Ce coup d’Etat pourrait-il constituer un alibi pour une intervention militaire étrangère ?

La CEDEAO, par la voix du président béninois Yayi Boni, avait menacé d’une intervention militaire contre les jeunes putschistes. Heureusement que nous n’en sommes pas venus là, sans quoi c’aurait créé un précédent fâcheux confirmant la servitude des pays africains vis-à-vis des diktats occidentaux qui transitent par des organisations sous-régionales comme la CEDEAO.

LA NR/D’après-vous, les militaires qui ont pris le pouvoir ont-ils les moyens de contrôler la situation sécuritaire sans subir d’influence de récupération par l’Occident ?

Les événements récents nous ont malheureusement démontré que les militaires maliens n’ont pas pu résister à la très forte pression occidentale. Et c’est bien dommage, parce qu’ils avaient une occasion toute rêvée d’assainir ce pays, gangréné par une corruption innommable, et d’y insuffler du sang neuf. Cela prouve que ne nous sommes pas des Etats souverains et que nous sommes toujours à la merci de l’Occident qui n’a que faire de nos préoccupations.

LA NR/Dans un passé récent, on s’est également posé la question si ces putschistes avaient les moyens nécessaires pour contenir la révolte des touaregs et éviter le démembrement du Mali. Or, vue la situation actuelle, on est désenchanté. Sur qui faudrait-il compter pour sauver le Mali de cette guerre civile ?

Quoiqu’il en soit, ce n’est pas seulement sur les militaires qu’il faut compter pour contenir cette invasion de bandits touaregs et islamistes. Mais sur toute la population malienne. Et croyez-moi, ces bandits touaregs et islamistes se sont fourrés dans un guêpier dont ils auront du mal à se tirer. Ils sont très minoritaires au Nord du pays et ce ne sont pas leur arsenal militaire qui pourra venir à bout du peuple malien. Passés les premiers moments de surprise et de débandade, la riposte s’organisera contre eux pour les bouter dehors ou les écraser comme des insectes. L’Histoire se répète, et l’Histoire démontre que les Touaregs, mus par des forces et des sentiments obscurs, ne sont jamais arrivés à prendre le dessus sur le peuple malien. Et comment le pourront-ils d’ailleurs ?

S’ils sont intelligents, ils devront sauter sur la perche tendue par la CEDEAO pour une éventuelle négociation, à supposer que leurs revendications soient négociables. Parce que l’intégrité territoriale, ce n’est pas négociable. Et comme je l’ai rappelé dans un récent article, aucune réalité sociologique ou historique n’autorise des rebelles touaregs à revendiquer une quelconque indépendance au Mali. Si toutes les composantes ethniques du Mali devaient agir comme eux, ce pays serait une mosaïque de petits Etats.

LA NR/ Certains évoquent la reprise du célèbre plan d’Alain Peyrefitte sur la création d´un Etat pour les Touaregs, chevauchant sur quatre pays, le Nord du Niger et du Mali, le sud de l´Algérie, le sud et l´ouest de la Libye. Partagez-vous cet avis ?

C’est facile pour ces Occidentaux comme Alain Peyrefitte de s’asseoir dans leur salon et échafauder des plans sur le sort des autres pays. Si c’est si facile que cela, qu’il commence déjà par la France en reconnaissant un Etat pour les Corses, puis pour les Bretons, les Alsaciens et bien d’autres composantes ethniques de la France. Et pendant qu’on y est, pourquoi ne pas attribuer un territoire aux Roumis ou Gitans (persécutés en France) qui circulent entre plusieurs pays européens, comme c’est le cas avec les Touaregs en Afrique occidentale? Pourquoi ces Occidentaux proposent-ils aux autres ce qu’ils ne sont pas prêts à accepter chez eux ? Pourquoi croient-ils que nous sommes voués à être leurs esclaves ?

LA NR/ On suspecte également la main des services de renseignements français dans cette nouvelle crise malienne ? Etes-vous de cet avis ?

C’est clair que c’est la France qui est encore en train de tirer les ficelles de cette soi-disant rébellion qui, curieusement, se dédouble d’un mouvement islamiste dirigé par un certain Iyad Ag Ghali, sans compter la participation d’AQMI. Un ménage plutôt bizarre. Un confrère malien affirme avec certitude que Sarkozy a, en la circonstance, envoyé au Mali deux logisticiens, anciens mercenaires habitués de ces opérations en Afrique. Ils seraient descendus à Bamako puis se seraient dirigés vers Hombori pour organiser un faux enlèvement de ressortissants européens dans le but de brouiller les pistes. Et au même moment, la France aidait des colonnes de Touaregs à quitter la Libye pour se diriger vers le Mali, avec armes et bagages, au vu et au su de l’OTAN. (Voir Le Reflet du mardi 03 avril 2012).

Ceci pour dire que nous connaissons les tenants et les aboutissants de cette affaire. Ce complot commence déjà à prendre corps dans les propos de certaines représentations diplomatiques, comme celle de la Belgique, parlant de reconnaissance d’autonomie aux rebelles. A ce rythme-là, on va bientôt parler d’ « indépendance ». Je les avertis là-dessus, tout ce qu’ils risquent de gagner, c’est un génocide comme au Rwanda. Et ils devront en répondre.

LA NR/Estimez-vous que la « révolte » des Touaregs contre l’ex.régime malien est légitime ou serait-elle dictée par ceux qui veulent instaurer une nouvelle configuration géopolitique dans la région du Sahel ?

Au risque de me répéter, il n’y a aucune légitimité dans cette action dont des Touaregs ont accepté d’être les complices. Et ils doivent s’attendre à en devenir les dindons de la farce. Ils n’ont que des circonstances aggravantes à leur actif. Ils ne pourront même plus jouer au jeu du « groupe minoritaire persécuté », puisqu’en l’occurrence ce sont eux les agresseurs, armés jusqu’aux dents. Agresseurs, criminels de guerre, pilleurs et violeurs de femmes, comme on l’a vu notamment à Aguelhoc et à Gao ! Rien à redire !

LA NR/Cette « gangrène » qui a touché la Libye (actuellement menacée d’une guerre civile généralisée), la Côte d’ivoire et maintenant le Mali, va-t-elle s’étendre à d’autres pays africains ou s’arrêter à ce niveau ?

Tant qu’il y aura parmi nous des brebis galeuses pour prêter le flanc, ces vautours feront de notre existence un véritable ergastule. Et ils ne s’arrêteront jamais d’allumer ou d’attiser des foyers de tension chez nous…

LA NR/ Malgré la situation actuelle, vous êtes de ceux qui semblent confiants quant au sursaut d’orgueil des enfants de l’Afrique. Dans quelle mesure cela pourrait-il déjouer les complots tramés par les Occidentaux afin de s’accaparer les richesses africaines ?

Si les Occidentaux nous manipulent, c’est que nous sommes manipulables. Et c’est cela qui fait le plus mal. Le jour où les soi-disant intellectuels ou idéologues africains se libéreront de l’aliénation mentale et de la peur congénitale vis-à-vis de l’Occident, ces impérialistes ne pourront plus rien contre nous. Il serait plus que jamais temps que nous nous réapproprions notre histoire et que nous prenions exemple sur des pays comme le Vietnam qui ont mis en déroute des puissances occidentales comme la France et les États-Unis. Il faut d’abord commencer par réduire nos rapports de dépendance vis à vis de l’Occident et les remplacer par une coopération accrue entre pays africains et d’autres pays comme le Brésil, l’Inde, la Chine qui ont presque la même culture que nous. Avec les Occidentaux, ça ne marchera jamais. Ils ont trop de complexes et de haine à notre égard. L’idéal serait de définitivement couper les ponts avec eux. On ne s’en portera que mieux. Non seulement ils ne nous aident pas comme ils le prétendent, mais aussi cette histoire de « mondialisation » n’est qu’une autre mauvaise farce, une autre forme d’esclavage se faisant à leur profit. C’est à nous d’être assez courageux et assez entreprenants pour arriver à une nouvelle formulation des rapports Nord-Sud. Et Dieu sait que nous sommes en position de force, pourvu que nous soyons unis. L’Afrique peut vivre sans l’Occident, mais l’Occident ne peut vivre sans l’Afrique.

LA NR/Comment voyez-vous la place de l’Algérie dans ces conflits qui rôdent près de ses frontières ?

L’Algérie, compte tenu de son vécu colonial (sa lutte de libération) et sa maturité face aux troubles islamistes et terroristes, peut jouer un rôle central dans cette affaire. Elle pourrait coordonner les efforts visant à éradiquer ce fléau. Le tout est de savoir où elle place ses intérêts. Parce que dans cette affaire, on ne sait pas toujours comment se positionnent les différents acteurs locaux. Par exemple, je n’ai jamais compris ce pacte visant à la démilitarisation du Nord du Mali. Avec le recul, on se rend compte que c’était un piège visant à mettre le Mali à la merci d’une invasion. On ne peut pas prétendre à une souveraineté, en laissant les armes de côté. Je ne sais pas exactement quel rôle l’Algérie a eu à jouer dans cette initiative de démilitarisation. Ce qui est sûr, l’Algérie, tout comme les autres Etats voisins, n’a pas intérêt à ce que la situation pourrisse au Mali. Car, une fois le Mali déstabilisé, c’est toute la zone qui est menacée. Les Touaregs ne sont que des bras armés d’une politique de déstabilisation manigancée par l’Occident.

Entretien réalisé par Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République du 11 avril 2012-

Publié par Mountaga Fané Kantéka



2  Dossier

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

2-1 Mountaga Fané Kantéka : MALI : LES « DÉMOCRATES » DE LA HONTE.

Pendant que le Mali brûle et s’effondre au Nord, certaines BÊTES POLITIQUES croient bon de PARALYSER LE PAYS au nom de la « démocratie ». Ils s’en vont jusqu’à soutenir la scélérate décision de la CEDEAO de mettre leur pays sous un EMBARGO qui, dans le meilleur des cas, ne contribuera qu’à l'exposer davantage l à une EXPROPRIATION SAVAMMENT PLANIFIÉE par la FRANCE, se servant à la fois des rebelles et des islamistes dans un scénario particulièrement diabolique. Et au pire, un INÉVITABLE GÉNOCIDE, dans un camp ou l’autre – car, ce serait très naïf de croire que les populations civiles vont se laisser faire …

Très peu soucieux du bien-être collectif et COMPLICES du laxisme qui a plongé le pays dans le chaos, ce sont ces mêmes « DÉMOCRATES » qui ont pris le président déchu ATT en otage, en organisant autour de lui le CONSENSUS DE LA MÉDIOCRITÉ, rien que pour TRAIRE LE PAYS de sa moelle substantielle.

DE QUI SE MOQUE-T-ON ?

Qui sont-ils en fait ces « démocrates » qui ABOIENT ainsi aux quatre vents ? J’ai déjà eu à les épingler dans Aspects de la mendicité sociopolitique au Mali. SANS FOI, NI LOI, ces spécimens n’ont d’autre impératif que le gain matériel. Ce n’est ni la « démocratie », ni ATT qu’ils pleurent. Ce sont eux-mêmes qu’ils pleurent ! Apparaissant tantôt sous le masque de l’INTELLECTUEL à la langue mielleuse ou fielleuse selon les circonstances, tantôt sous celui d’HOMME D’AFFAIRE avisé ou véreux, ils sont impliqués dans tous les COUPS FOIREUX, et intimement associés au processus de DEMANTÈLEMENT et D’ALIÉNATION du PATRIMOINE NATIONAL, au profit des entités étrangères.

Ils sont au CŒUR DES FRUSTRATIONS qui mettent le pays en ébullition, aussi bien au Nord qu’au Sud. En vérité, pour eux, « démocratie » est synonyme d’IRRESPONSABILITÉ face aux urgences et d’IMPUNITÉ pour leurs multiples félonies. Pour cette RACE DE RAPACES, la « démocratie » doit nécessairement rimer avec « réussite individuelle fulgurante » saluée par les griots du terroir et matérialisée par des villas cossues, de rutilantes voitures 4x4 énergivores et de petites maîtresses à entretenir avec de l’ARGENT MAL ACQUIS. Obsédés par l’acquisition de postes alléchants, de marchés publics, de subventions, de terrains et de fortunes diverses, ces CANCRES verraient bien le pays partir en lambeaux, pourvu que leur BEURRE demeure.

Très confortables dans une DÉMOCRATIE SANS OPPOSITION sous ATT, leur rôle n’a consisté qu’à ÉLUDER le DÉBAT SOCIAL, tant que leurs affaires personnelles roulaient. Et c’est sur leur conseil qu’ATT comptait briguer un TROISIÈME MANDAT, au mépris de la CONSTITUTION qu’il voulait SABORDER avec leur complicité, n’eût été le COUP D’ÉTAT AU NIGER qui a mis un frein à ce PROJET INSENSÉ.

 

QUAND LA JUNTE MILITAIRE DEVIENT LE BOUC ÉMISSAIRE

Après avoir précipité le pays dans le gouffre de la GUERRE CIVILE IMMINENTE avec leur consensus de la médiocrité autour d’un homme médiocre – ATT–, ces « DÉMOCRATES » DE LA HONTE, ne pouvant fonctionner sans consensus, sont en train de créer un autre consensus autour de la junte militaire venue précipitamment pour sauver les meubles. Ce consensus vise à FAIRE ENDOSSER par les jeunes putschistes la responsabilité de la prise des trois villes du Nord Mali (Kidal, Gao, Tombouctou) par les rebelles. Comme si le MAL n’était pas DÉJÀ FAIT sous ATT ! Comme si en l’espace de quelques jours, on peut inverser un processus enclenché depuis…

En réalité, si REPROCHE il y a faire à l’égard des putschistes, c’est d’être intervenus TROP TARD, comme l’ont souligné certains esprits perspicaces. Le coup d’Etat aurait dû intervenir plusieurs années plus tôt. Peut-être, dès le début du règne ATT, ou même sous le règne d’Alpha Oumar Konaré qui a sa part de responsabilité dans cette dérive, ne serait-ce que par le fait d’avoir œuvré pour l’intronisation du médiocre déchu…

 

EN QUOI LE MALI SERAIT-IL DIFFÉRENT DU NIGER OU DE LA GUINÉE ?

Si mes souvenirs sont bons, les coups d’Etat intervenus, il n’y a pas si longtemps, au Niger et en Guinée-Conakry, n’ont pas entraîné pour ces pays l’EMBARGO que la CEDEAO fait subir au Mali. Et la « communauté internationale » a même LAISSÉ LE TEMPS (un an au moins) à ces putschistes pour organiser sereinement des élections. Pourquoi s’affole-t-on alors après ceux du Mali ? Ont-ils dit ou fait croire qu’ils veulent s’accrocher au pouvoir ? N’ont-ils pas d’emblée appelé à l’ouverture ? Pourquoi toute cette campagne de déstabilisation autour d’eux ? Pourquoi confondre vitesse et précipitation ? Qui a peur d’être contrarié dans ses projets ? Qui veut empêcher le Mali de réaliser son destin ?

Mountaga Fané Kantéka

mountaga40@hotmail.com

Tél: 223 76 69 24 47

http://www.kanteka.blogspot.com/



3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

3-1 Fernent : Situation au Mali.
Entretien réalise par Chérif Abdedaïm,

La Nouvelle République du 7 avril 2012

Yves Fernand Nkodia-Mantseka : « C’est la stabilité de tout le sahel qui est menacée par les événements du Mali »

Une Europe, secouée par une crise économique.

Une Europe au bout du déclin.

Des Occidentaux et leurs alliés sionistes cherchant à étendre leurs ailes d’influence en Afrique.

Face ces prédateurs, la Chine, pays émergeant.

Un bras de fer sur un continent riche dont les populations sont confrontées à la pauvreté et qui tarde à prendre en main sa destinée.

Problématique à plusieurs variables que nous avons tenté d’étayer avec Yves Fernand Nkodia écrivain, poète et critique littéraire Congolais, docteur en Droit et financement de développement et économiste et vient de publier son premier recueil de poème « Tendre Nostalgie ».

> LA NR/ Après le récent putsch qui vient d’avoir lieu au Mali, à quelles conséquences pourrait-on s’attendre sur la stabilité des pays du Sahel ?

> Le récent putsch qui vient d’avoir lieu au Mali témoigne, à fortiori, le climat d’instabilité politique qui règne dans le continent, malgré quelques zones constatées de paix considérable. Dans ce tohu-bohu, la démocratie est loin d’être sur une assise solide. Sa fragilité est dominante. La vitrine démocratie longtemps affichée par le Mali est éclaboussée par ce coup d’arrêt assené par la junte militaire qui s’est emparé du pouvoir. Oui, la stabilité des pays du Sahel est mise en branle dans cet affrontement entre d’un côté les Touareg et de l’autre la junte malienne. Les conséquences sont, à mon avis, duales: soit l’avenir se dessine dans la solution apaisée de cette région avec l’arrivée prochaine du nouveau gouvernement qui prônera de nouvelles mesures; soit le statu quo demeura. Et en perspective l’éventuel scénario catastrophe dans l’avancée irrésistible de MNLA, ce groupe de rebelles Touareg dans le contrôle des villes stratégiques. Et par conséquent la coupure du pays en deux, la perte d’unité nationale. Mais, dans tous les cas, je souhaite rapidement que cette partie de l’Afrique, si riche et capitale, trouve un cessez-le-feu et une paix profonde qu’elle mérite.

> LA NR/ L’occident défend une vieille idée de l’Afrique dans laquelle il contrôle tout à travers ses hommes de mains et s’accommodent volontiers d’une misère de masse. Ne pensez-vous qu’il est temps pour que cela change ?

> Indubitablement, il est temps que cela change. Si le changement est…il viendra à coup sûr de l’Afrique elle-même. En faisant fi de cette idée surannée qui entérine et perpétue la misère effroyable. L’heure a déjà sonné pour le changement du continent africain. Mais tout cela reste en état embryonnaire pour une éclosion réelle et visible. Dans le passé, l’Afrique était ankylosée et incapable de réagir face aux éléments coercitifs extérieurs. Aujourd’hui, un autre vent assiège l’antre dominé africain. Du nouveau germe dans la pensée libre du peuple et dans sa vision de forger un autre avenir. Des cris retentissent et des soulèvements gagnent, ici ou là à l’intérieur des états. Ce sont des preuves indéniables de ce temps de changement en marche. Cela étant, il faut des moments d’attente et de maturation aussi. L’Horizon s’éclaircit et demain se profile radieux. J’en suis persuadé!

> LA NR/ Le 17 décembre 2010, jour précis où l’Union Européenne annonçait d’avoir à l’unanimité choisi le camp de Ouattara dans la crise Ivoirienne, contre Laurent Gbagbo, la Chine nous annonçait d’être devenue la première partenaire commerciale du continent africain en publiant les chiffres de 10 mois d’échanges avec les pays Africains. Quelle interprétation pourrait-on faire de ce message ?

> Dans la crise Ivoirienne l’Union Européenne avait choisi son camp. Une stratégie favorable pour la défense de leur acquis et intérêt en jeu. La Chine, hier encore, inopérante est devenue en laps de temps un partenaire commercial de premier plan en Afrique. Une grande première. En supplantant les autres concurrents et privilégiés séculaires. Par ce fait, la Chine a réussi un coup de maître en renversant le rapport de force. Le message est éloquent et en dit long dans la stratégie qui se trame dans les cerveaux des leaders de l’empire rouge. Celle de la conquête du monde. Une démonstration éclairante dans le terrain d’échange et commercial assiégé, dominé par la Chine et une perte de champ de prédilection pour les autres. C’est un avantage pour l’Afrique en quête de sortie de crise et une nouvelle opportunité de partenariat propice au regard de l’échec considérable avec les autres. Mais tout reste à voir dans le long terme et à juger dans les résultats récoltés postérieurement dans la concrétisation des projets de croissance et de développement tant attendu.

> LA NR/ Au-delà des choix partisans pour l’un ou l’autre président élu ou réélu, certains analystes pensent qu’il y a une autre bataille, celle là, à distance qui est en train de se jouer entre la Chine et l’occident en Côte d’Ivoire. D’après-vous quels sont les enjeux de ce bras de fer opposant l’Occident (Europe/USA) et la Chine sur le sol africain ?

> S’agissant du bras de fer qui oppose l’Europe, les USA et la Chine sur le sol africain, c’est avant tout comme je l’ai souligné plus haut un enjeu stratégique et de conquête de leadership mondial. Chacun cherche à devenir l’interlocuteur incontournable et privilégié. En demeurant l’élément moteur dans le rôle prépondérant à jouer sur l’échiquier du marché international. L’Afrique a toujours été le foyer de multiples conflits ou d’affrontement permanent entre les états possédants dans la quête du profit et d’enrichissement hors de leurs frontières nationales. Cette bataille en est une. Une illustration frappante de l’assujettissement et de la domination perpétrés par ces différents camps. Avec une idée obscène le recul de l’Afrique et la non émancipation voire la liberté affirmée. A l’inverse d’une ambition de progression qui anime le peuple africain dans son entièreté. 

> LA NR/ Dans ce bras de fer, les Occidentaux ont-ils encore la force et l’audace pour résister longtemps au rouleau compresseur chinois ?

> La rébellion touareg menace-t-elle la stabilité politique fragile de Bamako ?

L’occident uni reste une force de frappe puissante. Mais la Chine seule est capable d’engloutir cette force et entamer l’audace. Avec son taux de croissance annuelle record qui fait d’elle le géant ou la grande créditrice mondiale. La Chine reste actuellement le champion du monde en matière d’investissement et d’exportation. On ne peut faire face à une économie forte sur laquelle vous vous reposez. C’est le cas aujourd’hui des occidentaux, à moitié tributaires des fonds chinois et courbant l’échine devant cette nation souvent décriée par sa politique de piétinement des droit de l’homme, et celle de sa vision de communisme rampant voilé par un semblant de libéralisme affiché. Oui le rouleau compresseur Chinois continuera de marcher sur l’occident en perte de vitesse et en proie à des crises multiformes. Mais l’avenir étant dans les genoux des dieux, tout peut changer d’ici là. Car aucune nation au monde n’est détentrice infinie d’une bonne santé économique voire politique. (-Les quelques frémissements ou ralentissements de la croissance de la Chine observés ces jours-ci peuvent jeter le trouble dans l’avenir. D’où la probable réinvention du modèle dit hyper croissance se profile en filigrane). Tout arrive, hélas, au gré des impondérables et des soubresauts d’une conjoncture internationale, sans cesse mouvante et versatile, difficilement contrôlable par les politiques, les États, les agences de notation et les marchés financiers.
>

> LA NR/ « Aujourd’hui, le développement de l’Afrique est une question de choix décisif dans le positionnement géostratégique de chaque pays. L’alliance avec l’Occident sur le point de déposer le bilan, me semble un choix suicidaire, parce que le résultat est connu d’avance : misère garantie comme plat de résistance et dettes pour dessert », disait un analyste. D’une part, partagez-vous cet avis ? Et d’autre part, les africains sont-ils conscients de ces choix stratégiques?

> Je ne partage pas totalement cet avis, bien que le bilan de l’alliance avec l’Occident soit somme toute négatif au regard de la situation actuelle qui n’est guère reluisante et exploratrice des possibles. C’est vrai, le choix de l’Occident n’est point favorable pour l’heure. Mais suicidaire ? non! Car l’Afrique a besoin de l’apport financier et soutien technologique et bien d’autres, malgré l’expérience passée assez calamiteuse et si compromettante pour une réussite certaine. Ce faisant, il me semble propice de redéfinir cette alliance non concluante et bien moribonde. Elle doit être fondée sur la réciprocité, la transparence, l’équité, l’égalité et l’entente cordiale ; dans toutes les sphères où repose la coalition, en mettant l’accent sur les choix stratégiques créateurs de richesses et des projets d’investissements bien ciblés et crédibles. Dans la formation, l’industrie de pointe, l’agriculture, la pèche, l’élevage, l’énergie…Qui doivent jeter les bases d’une indépendance et d’une souveraineté sans faille. Les Africains restent bien conscients de l’ampleur de ces choix tactiques pour sortir du marasme sans perspective.

> LA NR/Entrer sur la scène mondiale, comme de vrais protagonistes économiques. Est-ce possible au moment où les africains semblent des spectateurs passifs face à la confrontation et la dispute Occidentalo-Chinoise sur le sol africain ?

> Justement, c’est ce sentiment de défaitisme et de passivité qu’il faut élaguer dans la conscience collective et vision constructive que l’Afrique doit vanter dans l’espoir des lendemains meilleurs. Le pessimisme ambiant génère une énergie si asphyxiante pour sortir d’un guêpier. Ce faisant, elle doit se détacher de cet étau pour entrer de plain pied sur la scène mondiale souvent gangréné par un protectionnisme déguisé et une concurrence déloyale. Ses possibilités résident dans la volonté, dans l’effort et dans le maintien malgré ses faiblesses, ses manquements dans l’insertion de ce marché ou tout se crée, se décide, se gagne et se développe en se confrontant et se rivalisant avec les nantis, ce duo occidentalo-Chinois qui semble tout accaparer, amasser et dominer par sa puissance économique, voire recoloniser pour perpétuer et pérenniser à tout jamais leur véto et diktat notoire. Ce n’est que par ce biais que l’Afrique cessera d’être spectateur passif pour devenir un acteur indispensable, ce vrai protagoniste dépouillé de tout complexe et doté de son propre arsenal économique dérivé de ses matières premières et main d’œuvre abondante.

> LA NR/L’Afrique est un riche continent où les populations vivent dans la pauvreté. Comment expliquer cette dissonance économique africaine ?

> L’Afrique est un riche continent et un peuple dormant sur un lit doré. Cependant, elle reste dans un état de misérabilisme total. Ce contraste et cette dissonance économique sont des faits illustratifs d’un continent patraque et qui manque cruellement de force et d’énergie nécessaires pour prendre à bras le corps son destin de vie et de mettre en lumière ses potentialités, ses compétences et ses richesses à foison. C’est l’inertie d’action qui l’envahit dans le processus de croissance et de développement économique, social, politique, environnemental et écologique. Tout est dans la bonne gouvernance, la gestion efficiente des ressources nationales et dans la redistribution équitable de celles-ci. L’élite au pouvoir n’arrive guère à faire de l’économie l’élément moteur. Reléguée au second plan, l’économie étouffe l’éclosion de l’entité sociale qui montre à l’évidence l’érosion sans fin de la pauvreté massive et des inégalités criardes. C’est tout le pont entier de l’Afrique qui s’écroule dans cette orientation de politique interne inefficace. Il faut des politiques économiques opératoires qui mettent l’accent sur la promotion des initiatives privées sur le lit des institutions solides pilotées par un état libre. Qui ne s’engage pas dans les activités où il réussit mal par ce que ce n’est point sa vocation. Pour ce faire, il faut mettre fin aux antivaleurs: la corruption, le gaspillage, la gabegie, le clientélisme,… Qui rongent les états. Cette stratégie fondée sur la croissance et l’emploi permettra le développement rapide du pouvoir d’achat des ménages et par conséquent suscitera l’augmentation de la consommation interne et celle des exportations réduisant les importations excessives. Par l’effet d’entrainement, la dette sera réduite et la sortie de crise se fera jour dans bon nombre des pays africains sous perfusion de l’austérité ou politique de rigueur. Ces programmes d’ajustement structurel préconisés et véhiculés par les institutions financières internationales, notamment le Fonds et la Banque mondiale. 

> LA NR/Avec ses potentialités économiques et ses ressources l’Afrique serait-elle en mesure d’aller à la conquête du monde ? Si oui, quels seraient les leviers et les mécanismes à activer pour réaliser cet objectif ?

> Oui, l’Afrique, avec ses acquis économiques et ressources abondantes, est capable de rivaliser avec les plus grands d’aujourd’hui et devenir elle-même le géant baobab mondial. Car, l’Afrique est un géant endormi et peut, en se réveillant, être le continent puissant. A l’image d’hier, des dragons d’Asie et celle d’aujourd’hui des nations naissantes comme l’Inde, la Chine, le Brésil et des économies florissantes de l’occident. Ainsi, l’Afrique doit forger son propre modèle économique reposant sur ses valeurs intrinsèques. Le mimétisme ou le modèle importé a conduit à des échecs cuisants partout en Afrique avec comme cortège de maux l’appauvrissement massif et le surendettement colossal. Les leviers nécessaires demeurent l’exception africaine basée sur les atouts essentiels. Avec ce socle paradigmatique, l’Afrique unie et solide résoudra ses problèmes internes et sera à même de conquérir le monde en s’appuyant et imposant sa marque singulière. Ce modèle spécifique ouvert aux apports extérieurs dans la logique des principes de coopération et de l’échange des compétences diversifiées, donnera à l’Afrique nouvelle les moyens de s’affirmer sur l’échiquier international. Une présence et une force qui feront d’elle le rayonnant continent comme jadis. C’est cette historicité dominante que l’Afrique doit contempler pour trouver cette lumière perdue dans l’indolence, la domination, les conflits intérieurs, la pauvreté, les maladies et la crise accrue.

> LA NR/Aujourd’hui on assiste à cette crise économico-financière qui secoue l’Europe. N’est-ce pas là un échec de l’ultralibéralisme ?

> Tant il est vrai, la crise économico-financière qui secoue l’Europe montre l’échec patent des postulats de base du paradigme de l’ultralibéralisme. Cette pensée unique qui s’est propagée à l’échelle mondiale n’a fait qu’obérer les états nations et entraîner l’enrichissement des rentiers en chef qui ont bénéficié des gains d’aubaines issus de l’abstinence imposée au corps social comme l’a écrit fort justement le grand circuitiste français Alain Parguez. L’Austérité mise en avant par les économistes de l’offre, n’a nullement sortie les nations du tunnel de la crise économique. Le marché roi et dictateur a entrainé le chômage massif, a perpétré les injustices et augmenté les inégalités sociales. En chassant l’étatisme dans la sphère économique, les néolibéraux ont voulu enterrer la théorie Keynésienne. Une erreur ou faute doctrinale que ces détracteurs payent aujourd’hui dans leurs mécanismes autorégulateurs. Les marchés ont détracté les structures profondes en laissant échapper les bulles financières et en entretenant les fausses promesses qui ont englouti l’économie du monde dans la mer de la crise sans précédent.

> LA NR/Actuellement, aucun dirigeant Européen ne sait quoi faire pour venir à bout du déclin de l’Occident et que partout, c’est de la Navigation à Vue. D’autant plus que ce sont les spécialistes économistes Européens qui parlent de leur incapacité à comprendre ce qui leur arrive. Comment expliquer cet état de fait ?

> Évidemment, le déclin de l’Occident montre que son bateau est ivre et en perte de vitesse. A cet effet les dirigeants européens sont désemparés et ne savent plus sur quel pied danser. De plus, les spécialistes économistes Européens sont perdus dans leurs analyses et solutions salvatrices. Incapables, ils s’enlisent dans les propositions hasardeuses et hâtives. Tout semble leur échapper. Car l’économie est parfois cette nature indomptée et difficile à comprendre et à appréhender. Cet état de fait s’explique amplement par la crise qui secoue de plein fouet l’Union. Cette crise, née aux USA, a provoqué des remous. Les économistes ont conseillé les politiques de mener des réformes par le biais de la politique de rigueur. Cette stratégie a suscité partout des indignations et le rejet total des populations. Les indignés sont nés avec la compression de demande interne, la perte d’emploi, les licenciements abusifs, le gel des salaires, la fermeture des usines, la vague des délocalisations, la hausse de prix… Dans ce tourbillon de la crise les pays comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne…ont basculé dans l’endettement massif et dans le trou du déficit public abyssal. La France a perdu son triple A et l’Allemagne, meilleure élève, est aussi inquiétée dans cette décadence des autres États. Cette érosion montre que l’Europe est dans une passe difficile. Le manque d’une cohérence politique et d’harmonisation fiscale mine l’Union. (cf mes articles à ce sujets > http://ynkodia.unblog.fr/2012/01/16/%C2%ABle-naufrage-du-fameux-triple-a-francais%C2%BB/ 

> ou http://ynkodia.unblog.fr/2010/03/02/leurope-esseulee/).

 

LA NR/Les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël, ont décidé d’étendre leurs aires d’influence sur le continent africain. L’Afrique ne serait-elle pas en passe de devenir l’un des principaux terrains du « choc des civilisations»? Quel avenir pour l’Afrique dans ces conditions ?

> Je ne pense pas que la présence des USA, la Grande Bretagne et l’Israël va étendre les aires d’influence sur le continent africain et que ce dernier deviendra ce foyer incendiaire du « choc des civilisations », sur des valeurs, de religion, de langue, d’histoire, d’habitudes et d’institutions…ces aspects qui définissent le concept de civilisation. Car, ces Etats ont toujours existé sur le terrain africain et leur présence n’a nullement changé la donne et imposé largement leurs idéaux. L’opposition des civilisations dans le monde est prédominante avec comme substrat le religieux qui occupe le noyau central. Oui, cet essaim des pays dans notre champ africain attise une guerre de modèles et la culture véhiculée amplifie le choc. Mais par delà, l’Afrique gardienne du terrain reste consciente et optimiste pour l’avenir en édifiant un paravent nécessaire pour échapper à cette intrusion ou immixtion contestée, transformant son sol en un gigantesque choc des civilisations. Dans ces conditions, l’Afrique en crise, mais berceau de l’humanité s’identifiera à sa civilisation millénaire. Celle qui l’honore malgré ces assauts culturels venus d’ailleurs. Bien sûr, les aires anglo-saxonnes traversent l’Afrique et la tentation est grande de céder à ces sirènes politiques notoires en cette période morose et de processus démocratique non consolidé. Mais le continent en solitaire orgueilleux trouvera dans la coopération et l’échange d’avec ces entités dominantes, des moyens de regimber et d’être, ainsi, l’allié libre dans l’universalisme pluriel que la culture des autres apporte au profit de ce mondialisme positif, avec comme vecteur de structuration le monde multipolaire ou multi-civilisationnel. Ce vaste monde où toutes les civilisations s’acceptent, s’apprécient, se valent et s’échangent mutuellement dans l’intérêt général. 
Fernent/M.T.P-S

le MNLA
Le Secretariat Politique

> Entretien réalise par Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République du 7 avril 2012

> Source:http://www.lnr-dz.com/pdf/ journal/journal_du_2012-04-07/ lnr.pdf

> - http://www.alterinfo.net/Entretien-Yves-Fernand-Nkodia-Mantseka-a-La-Nouvelle-Republique-C-est-la-stabilite-de-tout-le-Sahel-qui-est-menacee_a74246.html 


Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

4-1 Comment Paris joue l'autonomie du Nord Mali.

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

La France pratique le billard à trois bandes dans la crise malienne : maintien de l'intégrité territoriale du pays, reconnaissance d'une autonomie renforcée de l'Azawad et défense de ses intérêts dans la région. Analyse.
Dans l'imbroglio politico-militaire qui se trame au Mali, Paris demeure une carte d'autant plus importante pour le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) que cette rébellion dispose d'une oreille attentive des plus hautes autorités françaises depuis sa création, le 16 octobre 2011. Ce mouvement issu de la fusion du Mouvement national de l'Azawad (MNA) et du Mouvement touareg du Nord Mali (MTNM) attend aujourd'hui beaucoup de l'Hexagone, où il a dépêché son porte-parole, Mossa Ag Attaher.
En décembre, une délégation avait déjà été reçue par Stéphane Gompertz, ex-monsieur Afrique du Quai d'Orsay. Le MNLA a même récemment demandé à Paris l'aide d'un constitutionnaliste.

La France s'efforce toutefois de ne jamais apparaître en première ligne. "Depuis l'indépendance du Mali et les velléités françaises de créer une Organisation commune des régions sahariennes, les Français sont accusés de soutenir les rébellions touarègues", expliquaient encore, le 29 février, les sénateurs Didier Boulaud (PS) et Alain Gournac (UMP) en commission des affaires étrangères. Pour les deux parlementaires en contact avec la rébellion, la position française consiste à réaffirmer l'unité du Mali, tout en militant pour la reprise du calendrier électoral et l'ouverture d'un "dialogue immédiat" entre Bamako et le MNLA. Position reprise ces derniers jours par Alain Juppé.
Sur ce dernier point, si l'objectif affiché est l'indépendance, les rebelles ciblent, en réalité, une autonomie renforcée dans les frontières de l'actuel Mali, en prenant modèle sur l'Espagne avec la Catalogne. Paris voit un double intérêt dans ce scénario : éloigner le spectre d'une intervention militaire à l'issue incertaine, tout en disposant d'un interlocuteur susceptible de contenir la montée islamiste dans la région.

Un pari risqué, le rapport des forces sur le terrain jouant pour l'instant en faveur d'organisations salafistes.
Vendredi 13 Avril 2012

http://cameroonvoice.com

cette problématique de " l'invasion chinoise" qui envahit la réflexion des africains progressistes est politiquement assez ambigüe
- tout en reconnaissant qu'elle met les occidentaux sur la défensive et permet de les soumettre à une concurrence  elle reprend le discours anti-chinois de l'UE et donc in fine défend les intérêts globaux des impérialistes
- elle ne distingue pas l'investissement économique et les bases militaires
- elle fait l'impasse sur le fait que la deuxième économie mondiale pèse nécessairement sur l'ensemble du système
- elle fait l'économie des chiffres  ; ainsi par exemple dans le cas des achats de terres agricoles l'Arabie et les émirats sont plus gourmands que la Chine mais on ne le dit pas
par ailleurs il y a une ignorance têtue sur l'activisme US via AFRICOM, Pan Sahel Counter Insurgency Initiative , Trans Sahel Initiative  et une difficulté à envisager  le fait que le chaos libyen actuel n'était probablement pas prévu :  oui l'Occident peut se tromper, oui  l'Occident peut perdre voilà ce qui semble ne pas encore suffisamment affleurer
enfin dire que Juppé a fabriqué le MNLA alors que dans le même temps il lance OUATTARA dans la croisade anti-touareg c'est voir une cohérence là où il n'y en a probablement plus en fait la véritable guerre en préparation devrait se jouer entre les généraux algériens  - les seuls qui aient les hommes , le matériel en même temps qu'une parfaite connaissance du terrain sahélien, les seuls du continent qui aient su vaincre l'occident  les armes à la main  - et le Pentagone car du Caire à Rabat il ne reste plus maintenant qu'un pays qui conserve une certaine indépendance


4-2 Chems Eddine CHITOUR :"La partition du Mali : premier domino après l’effritement de la Libye".

« Il y a crise quand l’ancien monde ne veut pas mourir et que le nouveau ne peut pas naître. » Antonio Gramsci (Philosophe italien)

En l’espace d’une quinzaine de jours, un conflit latent depuis des dizaines d’années a connu son épilogue d’abord, après la prise de pouvoir au Mali par une junte militaire dont on ne connaît pas les motifs profonds, puis par une partition unilatérale de la part des Touareg azawad en conflit avec le pouvoir malien depuis pratiquement l’indépendance de ce pays Cela n’a pas tardé ! Une dépêche du monde nous apprend que le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), importante composante de la rébellion touarègue malienne, a proclamé vendredi 6 avril « l’indépendance de l’Azawad » dans une déclaration sur son site Internet et via un de ses porte-parole sur la chaîne France 24. « Nous proclamons solennellement l’indépendance de l’Azawad à compter de ce jour », a déclaré Mossa Ag Attaher, qui a indiqué vouloir respecter « les frontières avec les Etats limitrophes ». Le porte-parole a condamné l’enlèvement jeudi du consul d’Algérie à Gao « par un commando terroriste ».

Pour rappel l’Azawad est une région considérée comme le berceau naturel des Touareg. Des rebelles touareg et groupes islamistes ont pris en fin de semaine dernière le contrôle des trois métropoles du Nord - Kidal, Gao et Tombouctou - sans rencontrer de résistance de la part d’une armée malienne sous-équipée, désorganisée et en déroute, coupant de fait le pays en deux. Les islamistes d’Ansar Dine, dirigés par le chef touareg Iyad Ag Ghaly, et des éléments d’Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI) ont, depuis lors, pris le dessus sur le Mnla, qui a annoncé unilatéralement jeudi soir la fin de ses « opérations militaires ». (1)

Qui sont les Touaregs ?

Ce sont des populations berbères nomades musulmanes. Bergers, ils vivent essentiellement au Niger, au Mali, en Algérie et en Libye. Les Touareg sont organisés en tribus. Les hommes portent un voile indigo (tagelmust), d’où leur surnom d’« hommes bleus ». Ce sont des musulmans sunnites et ils parlent une langue berbère : le tamacheq. Nomades dans l’âme, les Touareg se nomment eux-mêmes Imazeren (hommes libres). Ce peuple compte de 1 à 3 millions d’individus, d’après l’Unesco ; 85% d’entre eux vivent au Mali où ils représentent 10% de la population.

La main de l’Occident dans le chaos sahélien ?

Nile Bowie attribue cet état de déliquescence à l’intervention indirecte des Etat-Unis. Il écrit : « (...) Bien que Sanogo ait visité les États-Unis à plusieurs reprises après avoir été choisi par le Pentagone pour participer à un programme international d’éducation et d’entraînement militaire parrainé par le département d’État états-unien, les représentants des États-Unis ont appelé les dirigeants du coup d’État au Mali à démissionner et permettre la tenue d’élections. (...) La justification principale du coup est la réponse inadéquate du gouvernement civil à une campagne permanente des Touareg en faveur du séparatisme dans le nord du Mali, bien que le désarroi récent à Bamako ait suscité la progression régulière des milices armées touarègue vers le Sud. Sous la bannière du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (Mnla), les milices armées auraient saisi la région nord-est de Kidal, incitant l’armée malienne, mal équipée, à abandonner ses positions stratégiques au nord (...) » (2)

« Même si l’on a imputé aux Touareg la déstabilisation dans le nord du Mali, il est davantage probable qu’Aqmi soit à l’origine de l’activité des insurgés dans la région. Le Mnla a déclaré que l’objectif de sa campagne pour l’indépendance est de développer un bastion pour se protéger de la violence d’Aqmi, tandis que Bamako a affirmé que le Mnla cherche à fonder un État islamiste strict en partenariat avec l’Aqmi (...) Avec la possibilité accrue que des soulèvements généralisés comme ceux du printemps arabe surviennent dans la région du Sahel, un afflux de réfugiés mettra une pression supplémentaire sur l’Algérie et le Niger. L’Algérie pourrait être déstabilisée davantage si la situation sécuritaire continue de se détériorer au Mali et la France pourrait se sentir obligée d’intervenir dans les affaires de ses anciennes colonies, comme on l’a vu malheureusement en Côte d’Ivoire. Il y a un parallèle entre la crise au Mali et les événements en cours au Nigeria, une nation aux prises avec les activités des insurgés islamiques séparatistes de Boko Haram au nord. (...) L’afflux d’armes découlant du changement de régime par l’Otan en Libye a créé de nouvelles perspectives désastreuses favorisant une guerre civile au Mali, où les parties seraient lourdement armées. (...) Comme l’armée américaine s’oppose à l’Armée de résistance du Seigneur en étendant sa présence militaire par le biais d’Africom en République démocratique du Congo, l’aggravation de la situation au Mali et au Nigeria fournit une justification supplémentaire pour l’intervention étrangère et l’exploitation de la guerre. » (2)

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la boîte de Pandore libyenne en s’ouvrant a libéré toutes les forces centrifuges qui, il faut bien le dire, étaient d’une façon ou d’une autre maitrisées du temps de Kadhafi. Le chaos malien a ses prémices dans la dispersion de l’arsenal libyen laissé au grand jour par les puissances occidentales Royaume-Uni, France,Otan qui, après avoir réduit en miettes ce pays, dispersé ses forces, permis le lynchage atroce de son dirigeant, s’en lavent les mains pourvu que le pétrole coule et il coule sans discontinuer.

Un instituteur et directeur d’école malien dans une lettre au président français écrit : « Les Touareg qui formaient une partie importante de l’armée de Kadhafi ont déferlé sur le Mali et, n’espérant plus retrouver l’Eldorado perdu, ont choisi de retourner leurs armes contre ceux qui les ont toujours considérés comme leurs frères. En 2011, sous le mandat 1973 de l’ONU dévoyé par vos soins, vous avez, avec l’aide de certains de vos alliés et sur les conseils de Monsieur Lévy, fait attaquer la Libye par des forces coalisées. (...) Le prétexte évoqué pour justifier votre implication personnelle dans cette campagne anti-Kadhafi était votre engagement à protéger les braves populations de Benghazi et de Misrata, menacées par le Guide libyen, d’extermination. Ceci a abouti à son assassinat et à la dislocation totale des structures de l’État libyen. (...) Le problème est qu’en tant que président de « la France forte », soit vous avez agi sans grand discernement en n’ayant pas suffisamment apprécié toute l’étendue des immenses dommages collatéraux auxquels votre intervention allait aboutir ; soit vous aviez tout prévu grâce à vos géo-stratèges. Dans l’un ou l’autre des cas, incommensurable est votre responsabilité morale, car les conséquences en sont dramatiques.(...) Kadhafi a été sauvagement assassiné, grâce à quoi, maintenant, le pétrole et les marchés tant convoités de Libye sont à vos pieds. Mais en revanche : de nouvelles milices armées terrorisent, rackettent, torturent et massacrent chaque jour les populations en question. La Libye redeviendra difficilement une entité géographique, politique et économique stable puisqu’elle est en voie de dislocation et de morcellement. Des groupuscules infiniment plus dangereux que Kadhafi se positionnent çà et là et menaceront désormais la quiétude et la stabilité du monde entier dont celle de la France Forte. (...) Je vous suggère de vous poser une question simple : « Combien de vies, combien de foyers ai-je bouleversés, détruits de par mes actions en tant que Président de la-France-Forte ? » (3)

« Il faut dire et répéter que le facteur déclenchant de tout cela est l’intervention occidentale » en Libye. La sentence est sévère, elle concerne le Mali et est signée Eric Denécé, Directeur du CF2R (Centre français de recherche sur le renseignement). Coauteur en mai 2011 d’un rapport intitulé Libye, un avenir incertain, il y décrivait déjà les liens historiques entre Kadhafi et les Touareg en provenance du Mali, activement protégés et financés par le Guide dans les années 1990. « Kadhafi fait de nouveau parler de lui en 2005, en accordant à tous les Touareg nigériens et maliens présents sur son territoire une carte de séjour à durée illimitée. (...)Parce qu’il ne faut pas perdre de vue que c’est parce que cette même France, aux côtés d’autres puissances, a choisi de déclencher une guerre en Libye, que le Mali se retrouve aujourd’hui en lambeaux. » (4)

Dans une tribune publiée des intellectuels maliens, dont Aminata Traoré, fustigent « l’impérialisme » responsable de tous les maux et les élites : « Mis en lumière par l’amputation des deux tiers de son territoire, le coup d’Etat du 22 mars 2012 et l’embargo total de la Cedeao, l’extrême vulnérabilité du Mali tient d’abord à la trahison des élites. Elles se voilent la face, réfutent tout débat de fond sur les enjeux de la mondialisation capitaliste. Désormais, tout est clair : la recolonisation du pays à travers les politiques néolibérales entre dans une nouvelle phase qui obéit au schéma libyen avec l’intervention directe de l’Otan en moins.(...) La revendication des deux tiers du territoire malien par le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) vient d’être satisfaite avec la complicité de la « communauté internationale ». L’os malien étant bien moins dur à briser que l’os libyen, il suffisait de mettre à profit l’état de déliquescence de l’armée nationale et de fermer les yeux sur la progression des assaillants lourdement équipés d’armes sophistiquées en provenance des arsenaux libyens pour que le tour soit joué. (...) » (5)

« Les enjeux énergétiques, sécuritaires, migratoires et idéologiques de la guerre globale trouvent leurs expressions dans cette recolonisation que les dirigeants politiques maliens n’ont pas vu venir et que certains d’entre eux refusent toujours d’admettre. La France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré (ATT) n’a pas su ou voulu lui accorder : la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration « clandestine » et Al Qaîda (Aqmi). (...) Face au rôle de pompier pyromane de la France dans la crise malienne, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la loi n°57-27 du 10 janvier 1957 créant une Organisation commune des régions sahariennes (Ocrs). ».(5)

Epilogue provisoire

La junte malienne a finalement lâché le pouvoir. Soumis à d’intenses pressions internationales et locales, l’éphémère chef de l’Etat, le capitaine Amadou Haya Sanago, a accepté vendredi dans un bref discours à la télévision, de rétablir totalement l’ordre constitutionnel. C’est le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, qui va prendre provisoirement la tête de l’Etat malien. L’Union africaine (UA) s’est « félicitée » de l’accord.En théorie, la tâche de Dioncounda Traoré devrait se limiter, selon la loi fondamentale, à organiser une élection dans les 40 jours. Or, la tenue d’un tel scrutin est totalement illusoire dans ce Mali en plein chaos et divisé en deux par l’occupation du nord du pays par les rebelles touareg. Un vote reviendrait au mieux à conduire au pouvoir un président faible car mal élu et au pire à entériner la partition du pays. Le nord du pays est toujours occupé par des sécessionnistes touareg et des groupes salafistes. Pour faire face, les nouvelles autorités seront presque nues. Elles ne pourront compter ni sur l’armée, en pleine débandade ni sur des finances à sec. Les secours ne pourront venir que d’une aide extérieure.

Le danger pour l’Algérie

Ahmed Lagraa, ancien dilomate, fait remonter le chaos actuel à une décolonisation bâclée. « Le Sahel contient en son sein les ingrédients de son propre éclatement. Il est du ressort des politiques de chaque pays de s’ériger en démineurs. (...) (...) Il y a quelques mois, sur l’invitation d’une institution, un ex-ministre européen des Affaires étrangères a fait un exposé sur cet avenir qui attend les pays, notamment arabes. (...) Grosso modo, deux paramètres ont retenu mon attention : *le déplacement du centre d’intérêt de la grande puissance américaine vers l’Asie et le second, *céder l’Atlantique à la gestion de l’Otan comme nouveau gendarme pour cette région occidentale de la planète ». (6)

« Autour de la région du Hoggar, riche en matières premières, nous avons l’impression pense Mohand Tahar Yala ancien général que des forces veulent vider cette zone stratégique pour nous imposer des solutions à nos dépens ! L’Algérie ne peut rester muette avec ce qui se passe à nos frontières Sud. Notre pays doit avoir une réaction vigoureuse. Avoir une position d’un pays fort, qui peut servir d’intermédiaire régional ou, si les belligérants outrepassent leurs engagements, imposer sa force. C’est ce qu’on doit faire au Mali avec les derniers dangereux développements. Ou nous sommes offensifs ou nous sommes perdants ! » (7)

Au-delà de la nécessité de faire tout pour récupérer les diplomates enlevés, le problème de l’Algérie est complexe. Certaines parties la poussent à s’engager dans le conflit. Ce serait dangereux. Il ne faut pas être naïf tout le monde attend que l’Algérie soit le prochain domino à commencer par nos frères et voisins. Le plus grand pays d’Afrique, qui contient des richesses insolentes et prometteuses ne peut pas laisser indifférent en ces temps de pénuries d’énergie et de matières premières. Il ne faut pas croire que nous en sortirons indemnes si nous ne faisons rien pour nous protéger. Il est urgent plus que jamais d’informer et de mettre en garde et d’affirmer plus que jamais ce désir d’être ensemble loin du régionalisme et des courtes vues. Le destin de l’Algérie ne se décide pas à la foire aux sièges de députés promis par les élections où l’on voit les partis politiques s’agiter frénétiquement sans cap si ce n’est le verbiage de la langue de bois qui n’a plus cours. Les jeunes qui porteront l’avenir doivent avoir, toute affaire cessante, une perspective de sortie. L’heure est grave, nous avons besoin d’unité. Seul le parler vrai et partant, l’alternance sereine permettra de prétendre à une Algérie heureuse fascinée par l’avenir, unie, bien dans son identité et ce faisant réfractaire à toute manipulation. Amen.

Professeur Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Mali : les rebelles touareg du Mnla proclament l’indépendance AFP 06.04.2012

2. Washington et la déstabilisation politique de l’Afrique. Après le coup d’État, une guerre séparatiste menace le Mali. Nile Bowie Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca Le 4 avril 2012 http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30142

3. Mamadou Dramane Traoré http://www.legrandsoir.info/lettre-d-un-malien-a-monsieur-sa...

4. Marianne 2 Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-mali-consequence-de-l-interve...

5. Forum pour un Autre Mali (Foram) Chronique d’une recolonisation programmée. Bamako, le 04 avril 2012

6. Ahmed Lagraa : Etats sahéliens nés de la décolonisation. La menace d’implosion 07.04.2012

7. Général Mohand Tahar Yala. http://www.elwatan.com//actualite/le-changement-ne-peut-etre...

Chems Eddine CHITOUR

URL de cet article 16340
http://www.legrandsoir.info/la-partition-du-mali-premier-domino-apres-l-effritement-de-la-libye.html


4-3 Yoro SOW : Nord- Mali : Le MNLA n’existe que par les medias français.

Après l’occupation  des trois régions dans le nord de notre pays, on se rend compte que le Mouvement national pour la libération de l’Azaouad n’est qu’une coquille vide. Sur le terrain, la réalité est triste pour la France, sa marraine, il ne contrôle rien. Partout, il est chassé par les éléments du mouvement islamiste Ançar- Dine et des salafistes d’Aqmi, les maîtres incontestés des zones.

Au grand désespoir d’Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères.
Financé, armé par la France de Nicolas Sarkozy, le Mouvement national pour la libération de l’Azaouad (MNLA) dont on avait surévalué la force de frappe s’est révélé sur le terrain face à d’autres bandits comme un tigre en carton.
la très faible armée malienne a quand même été éjectée militairement des principales villes du Nord Mali dans des conditions suffisamment calamiteuses pour que les jeunes capitaines maliens s'en prennent à leurs dirigeants
 Il ne contrôle aucune zone dans le Nord. La preuve, ces combats ont été chassés de Tombouctou, de Gao, où ils ont été ligotés suite à l’enlèvement  du consul d’Algérie. Mais sur les médias français,
??????
on a l’impression que le MNLA domine la situation. Alors qu’il n’en est rien.
 
Les vrais maîtres de ces zones sont le mouvement Ançar- Dine et l’Aqmi.

- anti islamisme à la sauce toulousaine  
!
 Il faut que les Maliens comprennent que l’existence du MNLA est due aux médias et autorités françaises qui ne cessent de monter des surenchères pour mettre au devant de la scène leur moribond  MNLA. La force de frappe qu’Alain Juppé, le pyromane du Rwanda, ne cesse de clamer sur les médias français de la haine, n’est que de la diversion.
> Selon ses louanges sur RFI, les rebelles du MNLA sont aguerris au combat et compte des colonels valeureux en son sein et mieux armés du pillage des stocks d’armement de la Libye et du largage des armes françaises sur eux. Où sont- ils, Juppé ? Que représente leur armement ?
> Dans leur propagande médiatique, les médias français ne diffusent que des anciennes images des soldats libyens en démonstration de force au temps de Kadhafi. Uniquement dans le seul but de créer la panique au sein de l’opinion publique malienne et dans les rangs de l’armée.
> Si on veut amener les autorités maliennes à négocier avec des gens qui n’existent que par des médias, il y a un pas que les nouvelles autorités de la transition ne doivent pas franchir. En le faisant, le risque sera de nous conduire encore dans un autre chaos.
> Selon Alain Juppé, la solution touareg passe par le dialogue et les négociations. Ce dernier pense que les Touareg sont des laissés pour compte de la société malienne. Il se trompe. Tous les observateurs de la scène politique malienne, ces dernières années, le démentiront, s’ils sont de bonne foi. Tous les projets ou programmes de développement on été confiés aux cadres touaregs qui s’agitent aujourd’hui. Au lieu d’un développement véritable de leurs localités, ils ont préféré la belle vie à Bamako et dans les capitales européennes.
> Le Mali ne cédera aucune portion de son territoire à une poignée d’agitateurs, rejetés par leur propre communauté. Ils ne défendent aucune cause. Sauf leurs propres intérêts et ceux de la France haineuse.
> Nous invitons Alain Juppé à revisiter l’histoire du Mali. Au lieu de lancer des diatribes contre le peuple malien, le ministre français doit savoir que les Touareg, dont il défend leur cause perdue de la création d’un Etat indépendant n’ont jamais formé une entité politique dans l’histoire du Mali. A titre de rappel, ils payaient le droit de sol, c’est-à-dire d’installation, aux Sonraï.
> Après les différentes condamnations qui ont accompagné la création de «son Etat» sur le sol malien, la France ne compte pas lâcher du lest. Son plan B serait la création d’une République fédérale du Mali ou d’une autonomie pour la Région de Kayes.
> Signer un autre accord, en plus du Pacte national, du Livre Blanc et de l’Accord d’Alger, reviendrait à la mort du Mali dont aucun Malien digne de ce nom n’acceptera.
> Le seul langage pour le MNLA, c’est les armes. Le dialogue, c’est avec Ançar- Dine dont les éléments eux se considèrent comme des Maliens
 et maintenant main tendue aux islamistes !
Yoro SOW

Inter De Bamako  du   11 avril 2012. 



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19